Appartiens-moi Épisode 1 - Aude Réco - E-Book

Appartiens-moi Épisode 1 E-Book

Aude Réco

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Beschreibung

Quand Albern, chef de meute, mord un jeune humain par accident (et en état d'ébriété), il doit se faire à l'idée de former son premier louveteau. Sauf qu'Eldon attire les ennuis comme un aimant poilu. Déjà, il faut lui prouver que les Hommes-loups existent. (Ça ne devrait pas être trop compliqué avec les poils et les crocs qui lui pousseront à la prochaine pleine lune.) Ensuite, il faut lui enseigner à prendre son mal en patience. Pas gagné. Encore moins quand on a un chasseur de créatures surnaturelles aux fesses. Enfin, il faut le préparer à l'ultime étape qui fera officiellement de lui un homme-loup (qu'il le veuille ou non) : l'emprise de la lune. La plaie pour tout homme-loup en devenir et, surtout, pour la personne chargée de sa surveillance et de sa protection. (N'est-ce pas, Albern ?) (Préface de Cécile Duquenne.)

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Seitenzahl: 80

Veröffentlichungsjahr: 2019

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AUDE RÉCO

Appartiens-moi

Épisode 1

© 2023, Aude Réco

Édition : BoD – Books on Demand,

In de Tarpen 42, Norderstedt (Allemagne)

ISBN : 978-2-3221-6592-6

Table des Matières

Préface

1.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

8.

9.

Dans l’épisode 2

L’autrice

Préface

Certains auteurs créent des univers si vastes qu’on s’y perd ; d’autres des personnages si crédibles qu’on les croit réels.

À mon sens, Aude Réco appartient à la deuxième catégorie. Non qu’elle ne sache pas faire d’univers vastes – au contraire, les siens le sont ! –, mais disons que si je ne devais retenir qu’une force chez elle, ce serait sa capacité à créer des personnages incroyablement humains.

Et ce, qu’ils soient poilus… ou pas !

Je veux bien sûr parler des loups-garous, ces créatures si chères à Aude, et qui se trouvent au cœur du récit dont j’ai la joie d’écrire la préface. Appartiens-moi met en effet en scène deux lycans qui luttent contre leur nature, leurs instincts sauvages, mais apprennent aussi à les accepter. Au-delà de la romance, j’y vois une métaphore du même dans la différence ; une écriture de la monstruosité en tant que part intégrante de notre humanité.

D’ailleurs… qu’est-ce qu’un monstre ?

Premièrement, c’est un mot d’origine latine, monstrum, qui désigne « un phénomène singulier ».

Deuxièmement, le terme désigne une variété impressionnante de monstruosités : ce peut être un être vivant qui présente une malformation, un être fantastique issu des légendes ou d’une mythologie, un animal ou un objet gigantesque, quelque chose qui effraie, suscite l’horreur par son apparence, mais aussi sa cruauté, sa perversité… et son inhumanité.

Or, y a-t-il plus inhumain qu’un homme qui se transforme en loup ? Il perd sa forme, sa pensée, sa culture, son humanité, et retourne à l’état de bête sauvage.

Du moins est-ce ce que le mythe ancien veut nous faire croire. Dans ses réécritures modernes et contemporaines, le monstre est de plus en plus proche de l’humain : il n’y a qu’à relire le Frankenstein de Mary Shelley pour se surprendre à compatir avec la pauvre créature du docteur. Qui est plus monstrueux ? L’être rapiécé à partir de cadavres, ou celui qui l’a pensé et créé ainsi ?

Les créatures monstrueuses d’Appartiens-moi tendent à aller en ce sens elles aussi. Les monstres font preuve de plus d’humanité que certains humains. Ce qui est important, en tout cas, c’est qu’Aude apporte de la nuance à ces mythes monstrueux et anciens. Elle les revisite, les enrichit et, surtout, elle s’éloigne aussi de ce qui se fait le plus en ce moment, notamment grâce à une petite différence qui fait toute la différence ; un petit rien qui fait tout…

Aude donne une vraie voix au loup qui sommeille en l’humain.

Le loup, dès après la morsure, est un esprit qui habite le corps humain. Ce n’est pas un virus ou une maladie honteuse : c’est un vrai partage, une cohabitation, et une leçon d’acceptation de soi et de l’autre.

Le loup parle, évolue, conseille, protège : il est un allié et non un simple « parasite », comme c’est souvent le cas. Il n’est pas seulement synonyme de bestialité : il est aussi l’alter ego animal de l’homme. Un peu comme l’équivalent des totems dans la culture nord-américaine, mais pas seulement au sens « d’animal totem ».

Car Aude va plus loin : le loup, ici, est le totem de la langue ojibwa, celle qui était parlée autour des Grands-Lacs nord-américains et qui a en son sein le sens premier du mot. En Ojibwa, le « totem » est un profond rapport d’amitié entre deux personnes.

Dès lors, le loup-garou n’est pas un monstre. C’est un totem vivant, une symbiose parfaite et imparfaite, avec ses avantages et ses inconvénients.

Dans Appartiens-moi, le loup est le meilleur ami de l’homme. Et les hommes-loups veillent les uns sur les autres.

Enfin… presque. Je ne souhaite pas vous gâcher la surprise, donc je ne dirais rien. Mais disons qu’il y a un petit problème qui va de pair avec la lycanthropie, et qui n’est pas la transformation. Vous avez un gros indice dans le titre… et j’en ai déjà trop dit !

Mais assez parlé de définitions et de monstres. Place à la lecture !

J’espère que votre rencontre avec Albern et sa ribambelle de monstres poilus (et moins poilus) sera au moins aussi agréable que la mienne avec eux. Vous trouverez dans ce récit beaucoup de poilus, quelques blagues, du suspens, mais aussi du mystère et de la romance, ainsi qu’une écriture vive et imagée.

À lire de préférence par une nuit de pleine lune… évidemment.

Bonne lecture !

Cécile Duquenne.

1.

Le sol tanguait et menaçait de se retourner, de m’avaler tout cru. Mes jambes me portaient difficilement à cause de l’alcool absorbé tout au long de la soirée. Ma tête aussi tournait. Ma vision n’était que flashs aveuglants et multicolores. Mon ouïe, elle, encaissait mal la rumeur dans le club, exacerbée par mon état d’ébriété, et il me fallait bien le reconnaître, par ma perception d’homme-loup.

Mon propre club m’était étranger. Ses habitués s’apparentaient à une masse gluante qui se tortillait au son des Lupine& the Packerettes1. Le groupe se produisait nerveusement sur la grande scène, balayée par les cercles lumineux des spots. Le rythme saccadé de leur morceau me montait à la tête comme une bouffée d’alcool. La chanteuse gueulait dans son micro, habitée d’un enthousiasme qui me filait la migraine. Ici, on remuait, sautait, tapait dans les mains, et chaque claquement résonnait sous mon crâne comme un séisme.

Les lumières crues des plafonniers se déversaient sur l’assemblée. Du jaune, du blanc et du carmin s’entremêlaient dans un festival vomitif à souhait. J’avais le plus grand mal à en détacher le regard. Elles attiraient mon attention avec leur roulement irrégulier, incohérent pour mon esprit ralenti.

Au-delà de la musique, je percevais le tintement des verres sur les tables et le comptoir, le cognement sourd des canettes pleines sur le bois ciré, le froissement des tissus sur les banquettes... Certains piochaient des chips dans les coupelles disposées à cet effet, puis mastiquaient consciencieusement en trinquant. Le bruit des molaires qui broyaient et le mouvement tranquille des mâchoires ajoutaient à mon malaise ambiant. Partout, ce n’étaient que sonorités insupportables, graves ou aiguës, mélangées dans le grand shaker de la bonne humeur, voire de l’ivresse. Elles se répandaient autour de moi par vagues incessantes.

Sur ma droite, du côté des banquettes, régnait une ambiance feutrée, troublée d’éclats de rire et de gloussements. La lumière dorée noyait les jeunes gens en déformant leurs traits sous les rires. Une lueur absente flottait dans leurs yeux embués d’alcool.

Somme toute, moi, chef de la meute des Greuh – de son nom très peu officiel – étais rond comme une queue de pelle. Accessoirement, je me demandais comment j’allais rejoindre mon appartement, car pas question de toucher au volant, ce soir. Peut-être qu’en cherchant bien, je repérerais Daphne, en train de danser sur la piste, une jolie fille collée à elle, ou un beau mec, son petit ami vampire, de préférence. J’eus beau chercher dans le public et essayer de distinguer les fêtards des autres, je ne remarquai pas la grande rousse montée sur ses talons de dix kilomètres de haut. Une femme comme elle, pourtant, n’importe qui l’apercevrait de loin ! Il s’en dégageait une forte aura naturelle, en plus. Elle aimantait les gens sur son passage, mais pas moi. Jamais moi ; je préfèreles hommes.

— Bon, à pattes, mon vieux, tentai-je de me motiver.

Il était temps pour moi de me retirer discrètement, c’est-à-dire en évitant mes hommes-loups, ceux-là mêmes qui évoqueraient ma cuite dès le lendemain matin. Je tardais déjà à m’imposer à eux à cause de ma réputation de queutard insouciant, alors, si en plus, j’ajoutais « saoulard » sur mon CV de chef de meute...

Je soupirai en me faufilant à travers la foule, qui donnait l’impression de se resserrer pour m’étouffer. Ou bien, c’était mon estomac qui tanguait dangereusement et menaçait de répandre son contenu.

Sans trop comprendre par quel miracle j’atteignis l’entrée du club, je récupérai mon manteau au vestiaire, saluai le beau gosse installé derrière le comptoir et sortis, presque à regret.

L’air froid de l’automne me mordit instantanément les joues. Je remontai mon col pour me protéger du vent glacial qui soufflait sur l’artère principale, toujours bruyante et chargée de véhicules qui roulaient souvent au pas. Il me faudrait l’emprunter, malgré mes jambes flageolantes et mes tripes qui dansaient la carmagnole. L’idée de héler un taxi me traversa l’esprit, mais la perspective de monter en voiture agita mes boyaux. Je plaquai une paume sur ma bouche, pris une profonde inspiration, puis me mis en route.

Haut dans le ciel, la pleine lune semblait m’observer d’un air réprobateur. L’un de ses enfants se torchait la gueule jusqu’à plus soif et se cachait des siens pour éviter un embarras de tous les instants.

Joli boulot, Albern !

Je levai les yeux au ciel, exaspéré par mon propre état – pas tant mon ivresse que le reste. J’avais trop picolé, d’accord, mais les pensées qui claironnaient dans mon esprit me dépassaient. Comme si la pleine lune m’observait réellement et condamnait mon attitude ! Ce n’était qu’un gros caillou dans l’univers, qui s’illuminait à la nuit tombée, un peu comme les guirlandes de Noël en décembre.

— Je t’emmerde, d’abord ! beuglai-jeà son intention.

Sur le coup, ça me parut très viril et intelligent, mais, alors que je remontais l’artère, les paupières