Ardèche - Nouvelles - Tome 1 - Régis Volle - E-Book

Ardèche - Nouvelles - Tome 1 E-Book

Régis Volle

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Beschreibung

Mathieu Versant ! Voici un digne défenseur d'un environnement qui lui est cher : kes contreforts des Cévennes. Pourra-t-il empêcher qu'une immense carrière à ciel ouvert impose le profit face au classement en Réserve Naturelle ? Isabelle et Michel. Aux abords des Gorges de l'Ardèche, ils ont tout pour être heureux... mais il semble bien que la guerre d'Algérie en ait décidé autrement.

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Seitenzahl: 144

Veröffentlichungsjahr: 2024

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SOMMAIRE

Mathieu Versant, la puissance des contreforts des Cévennes

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Isabelle et Michel, tranche de vie dans les Gorges de l’Ardèche

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

L’auteur

Mathieu Versant, la puissance des contreforts des Cévennes

Chapitre 1

Alors qu’il saute par-dessus le ru, Mathieu se demande comment il doit agir, à son niveau, pour que l’être humain fasse enfin preuve de plus d’humanisme. Bien sûr, il ne s’interroge plus sur l’aspect politique du sujet, et ce depuis longtemps, toutefois, il rêve encore que les cogitations des politiciens et politiciennes en arrivent à ce niveau-là. Néanmoins, il est réaliste. Il sent bien que, comme pour le commerce et les affaires publiques auxquels les singes nus se soumettent, les discours ne sont que de faux-semblants d’un « vivre ensemble » globalement hypocrite. Les mots ne sont là que pour permettre aux uns d’assouvir leurs besoins de pouvoir, et aux autres de satisfaire leurs inégalables besoins de gains financiers. Il rêve... oui, il rêve d’un humanisme qui n’aurait comme objectif que de s’assurer, et d’assurer à ses descendants, une vie calme et paisible. Seulement voilà, avec le temps, il a maintes fois fait le constat que ce n’est même pas une illusion, mais une chimère dont la trompeuse apparence est, et restera à jamais, une toquade.

Sur ces pensées plutôt sombres, il prend son lanceur et le met en place sur sa flèche polynésienne. Là-bas, à grands coups de pioche, un homme cherche à détourner le cours naturel du petit ruisseau qui chemine entre les arbres. Ce qu’il veut ? Arroser les brouts de marijuana qu’il vient de planter dans la clairière voisine.

Parfaitement concentré, Mathieu pointe sa cible et catapulte son trait de mort avec la juste et bonne puissance, celles qui vont lui permettre d’obtenir la précision et la pénétration maximum.

Le trafiquant reçoit la lance en plein milieu du dos, entre les omoplates. Immédiatement, ses jambes semblent ne plus être en capacité de le tenir... Mathieu sait qu’il vient de toucher la moelle épinière. Il s’approche du corps maintenant immobile, regarde les yeux effarés de cette mauvaise personne et, sans se poser de question ni faire preuve de la moindre sensibilité, il met fin à sa vie en lui brisant la nuque. Il sait qu’il n’est pas nécessaire de l’enterrer ou de le faire brûler, car rapidement les animaux du secteur vont en profiter. Il récupère sa lance, la nettoie avec beaucoup d’attention, rectifie le désordre que l’homme a commis et s’éloigne d’un bon pas, satisfait du bon déroulement de son action. Il ne fait pas dix mètres qu’il rencontre le chien sauvage, celui qui s’est habitué à lui. Définir sa race est simple : il est un carrefour, un indéfinissable. Il ne se permet pas de le qualifier comme étant son chien, car à ses yeux, personne ne peut appartenir à quelqu’un d’autre. Pour autant, il aime bien sa compagnie. Lorsque Mathieu se pose pour observer la nature, il vient quémander quelques caresses, puis, satisfait, il s’éloigne. Ce qui étonne un peu l’homme des bois, c’est que son ami le chien ne prend que très rarement part à ses combats et, pour être plus précis, il ne l’a fait qu’une seule fois. Mais cette fois-là, il lui a sauvé la vie.

Mathieu Versant n’est pas du genre causant et dire qu’il préfère la nature à la présence de l’homme n’est faire qu’un constat. Enfin, pour lui, cette expression doit être corrigée, car honnêtement, il n’est pas plus attiré par la présence de la femme. En résumé, il ne supporte pas l’éternelle volonté de domination des hommes et, pour la faire courte et limpide, il ne comprend pas grand-chose aux logiques des femmes.

Au moins, avec la nature, il n’y a aucune déviance, aucune envie de soumettre, aucun besoin de rendre quelqu’un ou quelque chose dépendant, et encore moins esclave. Certes, elle peut être dangereuse, et si tu ne cherches pas à l’appréhender avec sérieux, tu peux y laisser la vie simplement en la côtoyant. Mais même dans cette situation, elle ne désire pas te nuire, non, elle est telle qu’elle est, et si tu ne fais pas l’effort de comprendre ses actions/réactions, les conséquences de ta paresse peuvent en être fatales.

Bien sûr, à presque trente-cinq ans, il ne connait pas encore parfaitement la nature de son environnement, mais il a suffisamment emmagasiné d’expériences pour en éviter, en grande partie, les dangers. Pour l’expliquer, il faut savoir que, dès qu’il a pu marcher, son père l’a éduqué à vivre avec elle sans lui nuire. Ainsi, il a appris à la respecter et même à la protéger des agressions des humains. D’ailleurs, c’est certainement la raison qui fait qu’aujourd’hui il se sent plus proche de la nature que des deux pattes... oui, le plus souvent, il ne veut même plus utiliser le mot « Humain » pour les désigner. Toutefois, chaque fois qu’il fait une action de protection qui ne permet pas à ce fameux bipède de profiter de la nature d’une manière agressive, voire destructrice, il se repose la même question : « Qui suis-je pour m’autoriser à agir ainsi ? » Mais chaque fois, les réponses positives qui s’imposent à lui le poussent à poursuivre ses actions sur cette voie. Bien sûr, la nuisance à vocation mercantile est toujours celle qu’il combat avec le plus d’ardeur, mais, avec le temps, une autre bataille prend de plus en plus de valeur à ses yeux. Certes, elle est plus diffuse, moins évidente au premier abord, mais après un minimum de réflexion, elle s’avère prendre plus d’importance que toutes les autres, et ce, au point d’en devenir l’incontestable objectif à atteindre en priorité. Il s’agit de la préservation du couple Nature/Humain. En effet, ces deux-là devraient pouvoir vivre ensemble, au moins organiquement, sans se desservir.

Il n’est pas nécessaire d’avoir fait de grandes et longues études pour comprendre que l’humain fait partie de cette nature. Aussi, il n’est pas plus compliqué de saisir qu’il serait suicidaire de sa part de vouloir la ruiner. Toujours dans l’évidence, il est certain, et c’est malheureux, que les actions de l’humain n’ont pas, en général, de réactions immédiatement dangereuses pour notre mère nourricière. C’est d’ailleurs certainement la raison pour laquelle le besoin de profiter sans délai de ce qu’il peut en soutirer, même en la détruisant, qui est la plus forte... oui, c’est ce besoin qui toujours prévaut.

Pour l’homme, c’est le principe de l’immédiateté qui doit diriger le monde.

Le deux-pattes se sent puissant et indestructible, la preuve, il peut ordonner à la nature, il peut la dominer... et fort du constat de pouvoir satisfaire ses besoins, il en fait son esclave.

Seulement voilà, les besoins immédiats des bipèdes ne sont pas compatibles avec le temps nécessaire à Mère Nature pour se régénérer.

L’un veut tout et tout de suite, alors que l’autre ne peut donner qu’une certaine quantité en un certain temps, pas plus. Voici le noeud du problème... une incohésion qui ne peut aboutir qu’au naturel devenir d’un couple hôte/parasite, ménage dans lequel le parasite détruit toujours son hôte.

Nous sommes en 1968, dans le sud de l’Ardèche, sur les contreforts des Cévennes, à côté des Vans.

La famille Versant a toujours vécu dans ce secteur. D’ailleurs, les érudits du coin disent que ce nom serait lié à celui du village : « Les Vans ». Cette appellation viendrait d’un terme celte qui signifierait « versant », mais ce n’est pas certain. Il parait que les Versant se sont réfugiés sur ces contreforts à partir de la révolution de 1848, et il semble bien que ce soit depuis cette même période qu’ils évitent de côtoyer les autres deux-pattes, et ce, avec beaucoup d’efficacité.

Mathieu est le dernier de la lignée, aussi, au vu des difficultés relationnelles qu’il entretient savamment avec les femmes, les Versant risque fort de s’éteindre avec lui. Est-ce que cela le perturbe ? Non, pas du tout. Pour lui, la notion de famille n’a d’intérêt que si celle-ci a une valeur à transmettre. Dans le cas contraire, à ses yeux, cette notion n’est qu’un fond d’égoïsme que les bénéficiaires veulent absolument pérenniser. Un patrimoine grâce auquel ils pourront peut-être éviter la peur de finir leur vie seuls, isolés, sans personne pour s’occuper des vieux impotents qu’ils seront devenus.

D’ailleurs, sur ce dernier sujet, la vision que Mathieu projette pour la fin de son existence est totalement différente. Il a beau vivre isolé, il se rend régulièrement dans la bibliothèque des Vans pour y emprunter des livres et lire des magazines. C’est à ces occasions qu’il a découvert que d’anciennes peuplades avaient établi un principe de fin de vie qui lui a paru évident de lucidité, voire naturel. Chez les Inuits, dès que la personne âgée devenait une charge qui risquait de mettre en péril l’équilibre des ressources de la famille, et en conséquence sa survie, elle en prenait conscience, faisait ses adieux et s’éloignait sur la banquise. Là encore, lorsque la nourriture était difficile à trouver, elle l’était pour tous. Aussi, permettre à l’ours blanc de s’alimenter pouvait éviter qu’il s’attaque à la maisonnée pour satisfaire son besoin primaire, manger.

Sur cette Terre, nous ne sommes que de passage et il serait bien stupide de ne le marquer que de son inconséquence, de son manque de respect et de sa volonté de nuire. Enfin, c’est ainsi que Mathieu voit les choses et, pour l’instant, il n’a jamais rencontré une femme qui affiche le même mode de vie que lui. Bon, d’accord... il reconnait qu’il en existe certainement, mais comme il les évite toutes, et soigneusement, faire connaissance de la personne qui lui conviendrait relèverait plus du miracle que de la chance ! Aussi, Mathieu préfère se concentrer sur le sujet qui l’occupe à temps plein.

Lorsqu’il parvient à éviter une agression caractérisée sur la nature, il se sent réellement utile. D’ailleurs, hors toutes les actions nécessaires à sa survie, il lui semble que protéger la nature est la seule qu’il sache faire et, en réalité, la seule qui mérite que l’on s’implique totalement pour elle. Il s’est déjà interrogé sur l’attitude qu’il aurait si, lors d’une de ses actions, perdre la vie devenait un risque avéré qui s’imposait à lui. Mais chaque fois, une réponse simple et évidente vient balayer cette inquiétude : « Nous sommes tous voués à mourir un jour, alors, autant que ce passage obligé soit le plus utile possible. » Il n’hésite pas non plus à se critiquer, à se remettre en question et, en conséquence, à ne pas réaliser d’action nécessaire de façon définitive. Cependant, pour l’instant, chaque fois qu’il a tenté de réaliser cette approche, la conséquence en a été nettement plus violente. Concrètement, ne pas vouloir donner une mort rapide à un assassin génère toujours une discussion inutile et, systématiquement, au lieu d’accepter la chance qui lui est offerte, le malfaisant tente de mettre fin aux jours de son salvateur. Bien sûr, cela finit toujours en combat où la mort est la seule issue possible et, à tous les coups, celle-ci est beaucoup moins propre que lorsqu’il la donne sans que la cible résiste. Par trois fois, il a donné cette chance et, pour chacune, il a dû en arriver à se mettre volontairement en danger pour que le combat se termine à son avantage. D’ailleurs, réflexion faite, ce n’est pas d’accepter d’être blessé qui le perturbe, mais l’évidente nonvolonté de changement de l’assassin. À croire que ces êtres ne viennent au monde qu’avec un seul objectif : détruire. Une fois ce constat fait, un autre vient immédiatement s’imposer : cet objectif-là semble être suffisamment important pour eux pour qu’ils acceptent de mettre leur vie en jeu pour y parvenir. Fort de ces infructueuses tentatives de « mains tendues », Mathieu pourrait ne plus chercher les parcelles d’humanisme susceptibles de les habiter et ainsi, d’occire ces nuisibles le plus rapidement possible... Mais lorsque le doute pointe le bout de son nez, il ne peut pas s’empêcher de tirer sur le morceau de laine en espérant que la pelote se déroule correctement. Il est vrai qu’avec le temps, il parvient à se simplifier la vie. Il n’adopte une attitude radicale que si, et seulement si, il considère le sujet comme irrécupérable. Aussi, quand la drogue est présente, vous pouvez être sûrs que l’assassin va perdre la vie sans que Mathieu se pose la moindre question ni ne lui trouve la plus petite excuse. Il en est de même lorsque le criminel veut réaliser une action gravissime contre la nature avec pour seule ambition le profit. Il se souvient très bien de l’équipe de foreurs qui cherchait, par tous les moyens, à prouver que l’extraction du pétrole de schiste était rentable. Une attaque d’un soi-disant loup avait eu raison de leur volonté pourtant bien affirmée. Il faut dire que la vision du chef de chantier avec la gorge broyée avait été très dissuasive... preuve que les fausses mâchoires fabriquées par Mathieu avaient bien fait illusion !

Étonnement, son ami le chien semble être capable d’anticiper le véritable danger. Alors qu’aux yeux de Mathieu un destructeur paraissait pouvoir revenir dans le droit chemin, le chien lui avait démontré qu’il n’en était rien. Cette personne, comme les autres, était désireuse d’assassiner la nature pour en tirer profit, elle devait donc mourir. Lors de ce combat, Mathieu avait senti que son adversaire n’était pas qu’un trafiquant, mais qu’il était aussi un tueur professionnel. Il avait rapidement pris le dessus sur lui, et Mathieu savait qu’il n’allait pas pouvoir s’en sortir. C’est à ce moment-là que le chien était entré en scène. Sorti de nulle part, il avait d’abord mordu le mollet du tueur, mais pas trop, juste ce qu’il fallait pour qu’il arrête son geste meurtrier sur Mathieu et se retourne contre lui. Là, il avait bondi sur le poignet armé d’un magnifique poignard et l’avait littéralement broyé entre ses crocs. Une fois le constat fait que Mathieu pouvait terminer son travail sans danger, il était parti sans se retourner.

Aujourd’hui, face à la menace qui se présente, Mathieu sait qu’il va devoir faire fi de son devenir s’il veut que la nature l’emporte. Il va devoir la combattre avec une conviction telle, que jamais, plus jamais, cette idée ne vienne titiller le cerveau des profiteurs sans qu’ils en ressentent une effroyable peur.

« Les terres rares ». La recherche de cette extraordinaire source de rentabilité amène les meilleurs géologues de la planète à se mettre à son service. L’objectif final est de créer la plus grande carrière à ciel ouvert possible. Sur le papier, il est plus que probable que le sol de la bordure du secteur Est des Cévennes en soit suffisamment composé. Si cette hypothèse se confirme, la carrière pourra être exploitée à plein rendement durant une bonne vingtaine d’années.

D’ailleurs, les premiers sondages ont été réalisés, mais d’une drôle de manière ! Aucun dépôt de déclaration n’ayant été fait, officiellement, personne n’était informée de ces opérations.

Plusieurs équipes ont effectué des prélèvements le même jour, à la même heure, tant sur des terrains publics que sur ceux des particuliers. S’il fallait chercher une preuve que le potentiel de rentabilité était très important, se mettre dans une telle difficulté juridique en était une belle. La multinationale qui est derrière tout ça est prête à accepter de payer, sans discuter, le prix fort des conséquences de ses délits.

De là où se trouve Mathieu, il voit et entend deux avocats et un financier négocier mollement l’achat du terrain du père Tournefeu. Il approche les 80 ans le papé, et la rude vie qu’il a dû mener ne lui a pas laissé un corps exempt de faiblesses. Il sait bien que les deux cannes qui lui sont nécessaires pour se déplacer ne lui seront bientôt plus suffisantes, aussi, la porte de la Maison de Retraite va s’ouvrir devant lui sans qu’il ait besoin de sonner. Que faire ? Empêcher la vente et, par cette action, empêcher le papé de finir sa vie sans avoir trop de difficultés à surmonter ? Non, il ne le fera pas. D’ailleurs, après avoir consulté le cadastre, il a décidé de laisser les particuliers faire leurs petites affaires et, s’ils le désirent, de profiter de la situation pour s’enrichir un peu. En effet, la totalité de leurs terrains ne permettra pas à ce projet d’être validé et de passer en phase de réalisation. Non, ceux dont la multinationale a absolument besoin se trouvent être sur les fonds domaniaux. Cependant, pour Intertech, la plus importante société spécialisée dans ce domaine, il existe une difficulté que l’on peut qualifier de majeure et elle nécessite qu’elle agisse vite, très vite, et même plus que ça si elle veut avoir une chance d’aboutir. En effet, des discussions sont déjà en cours pour classer les Cévennes en Parc National ou en Réserve Naturelle, voire les deux. Elle sait très bien que dès qu’elles atteindront la phase de signature d’un accord de principe, il lui sera impossible de poursuivre cette opération. C’est aussi avant ce niveau temporel critique que Mathieu doit intervenir. Puisqu’il est indispensable qu’Intertech fasse le plus vite possible, il va faire en sorte que ce fameux temps devienne long, très long pour elle et en fin de compte… trop long !