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John Delatour est un jeune franco-américain, étudiant en médecine. Après avoir participé à l'expérience de Milgram, il décide de devenir psychiatre et psychologue afin de mieux comprendre l'être humain. En l'analysant sous toutes ses facettes, il explore en profondeur un élément présent dans un grand nombre de courants de pensée et de sciences : le libre-arbitre. Au cours de ses réflexions, l'idée d'un nouveau principe de gouvernance germe dans son esprit. Une organisation inconnue décide de le mettre en oeuvre, mais pour que ce projet soit viable, elle considère qu'il faut faire table rase du passé. Les religions doivent s'éteindre et les politiques se remettre en cause fondamentalement. Bien malgré lui, John se trouve être considéré comme responsable de ce brutal changement, et de ses conséquences...
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Seitenzahl: 350
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Sommaire
Chapitre 1
Chapitre 2 La Théologie
Chapitre 3
Chapitre 4 Les Sciences Physiques
Chapitre 5
Chapitre 6 La Philosophie
Chapitre 7 La Sociologie
Chapitre 8 La Psychologie
Chapitre 9 Les courants de pensée
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
L’auteur
Dans l’ensemble, la retraite convenait bien à John. Il n’avait pas de problèmes d’argent et sa santé ne l’ennuyait pas, enfin, pour l’instant, mais il était conscient que cela n’allait pas durer. D’ailleurs, son ami d’enfance venait de tirer sa révérence et, malheureusement pour lui, il n’avait pas eu la chance de passer vite et bien. Putain de cancer... non, pas putain, car une putain, ça se paie contre bons soins et ça s’en va. Alors que Robert, il avait payé cher, très cher, et le cancer n’était pas parti. En fin de compte, c’était lui qui, après six mois de lutte acharnée, avait jeté l’éponge. Et pourtant, le moins que l’on puisse dire, est que c’était un battant, un vrai.
Ils étaient très proches, comme le deviennent des gamins qui se rencontrent à l’âge de huit ans et qui s’apprivoisent immédiatement.
C’était à cette époque que ses parents s’étaient installés à New Haven. Pourquoi cette ville ? Il se souvient leur avoir demandé, mais leur réponse l’avait laissé sur sa faim, car il n’y avait aucune autre raison que celle d’y avoir trouvé de bons boulots. Allaient-ils ranger leurs sacs à dos définitivement ? Ils ne le savaient pas, en réalité, il croit qu’ils ne se posaient pas ce genre de questions.
Ils étaient venus de France pour vivre le rêve américain. Attirés par les récits des voyageurs comme le sont les papillons par le nectar des fleurs, ils cherchaient leur Eldorado. Le temps passa. D’une côte à l’autre du continent, des grands lacs au bayou, les routes se succédaient... Un jour de printemps, ils décidèrent de se poser à New Haven avec bagages et mouflet. Depuis, ils ne bougent plus de ce qui est leur première et certainement leur dernière résidence américaine.
Une fois par an, ses grands-parents faisaient le trajet Lyon/New Haven. Contrairement à ses parents, qui étaient du genre « Roule ma poule ! La vie est belle ! », ses aïeux paternels vivaient une autre histoire, comme le font deux caractères bien trempés qui, naturellement, se sont trouvés.
Une prof de math et un ingénieur des mines ! À se tordre de rire lorsque la discussion s’emballait sur un détail de calcul particulier. Ils pouvaient camper chacun sur leur position durant plus d’une semaine. Présenter une démonstration cohérente s’imposait avant toute autre chose, même dans les situations les plus inattendues ! Et que cela gêne les personnes qui les côtoyaient ne les effleurait pas une seconde. John se souvient d’un échange endiablé dont les paroles ne suffisaient plus pour convaincre « l’autre pénible », comme ils s’appelaient ! Sans hésiter, grand-mère ouvrit la porte des toilettes où elle se trouvait et grandpère, armé d’une chaise, s’installa face à elle, les brouillons sur lesquels il avait griffonné ses formules sur ses genoux. Inutile de vous dire qu’à partir de cet instant, plus aucun évènement ne pouvait les déranger, même la libération naturelle et malodorante de madame.
Ils sont morts l’année des trente ans de John, lui en janvier, des suites d’un accident de voiture, et elle trois mois plus tard, à la raison qu’il n’y en avait plus pour qu’elle reste. Amusant cette appellation, « accident de voiture », en réalité, avec ses potes de l’école « d’Ing », ils avaient l’habitude de fêter les premiers gros coups de gel en faisant une compétition. Le gagnant était celui qui effectuait les figures les plus inattendues avec une vieille R8 Gordini amoureusement entretenue. Ce jour-là, du haut de ses quatre-vingts ans, grand-père remporta haut la main le premier prix. Après avoir percuté un luminaire qui se trouvait bizarrement planté en plein milieu du parking de l’hypermarché, transformé pour l’occasion en piste d’essai, il partit en toupie, rebondit contre l’abri des chariots roulants, fit deux tonneaux et plongea dans le fossé d’un ancien ru, bien chargé pour la saison. Il mourut quelques heures plus tard, à l’hôpital, après que ses complices lui eurent remis le trophée, une bonne bouteille de Condrieu.
Est-ce que la mort de Robert fut la raison pour laquelle John quitta New Haven et vint s’installer à New York ? Non, pas vraiment, mais il était certain que cet évènement cancéreux avait eu une incidence sur son calendrier. En réalité, le pourquoi de ce choix était très banal. Comme souvent, ce sont les évènements de l’existence qui décident à notre place.
Il y a une vingtaine d’années, lors d’un voyage professionnel à New York (un congrès de psy), Elena et John étaient tombés amoureux de Soho. En sortant des gratte-ciel, se trouver directement au sein d’un village typiquement français, comme le disait sa femme, non seulement ce n’était pas courant, architecturalement parlant, mais d’une rue à l’autre, l’organisation de la vie était radicalement différente elle aussi. Le ressenti les séduisit tant qu’ils voulaient, eux aussi, expérimenter cette particularité.
En ricanant, vous allez penser qu’à New York cela n’a rien d’extraordinaire... certes, mais contrairement aux quartiers spécifiques comme Chinatown ou Little Italy, dès que vous faites le premier pas dans Soho, le stress disparait. Un peu comme s’il restait bloqué à une espèce de frontière. Ce qui doit d’ailleurs être le cas, puisqu’à l’instant où vous quittez cet Eden, le pénible de service est à nouveau là, bien présent, prêt à vous envahir à nouveau. Depuis quelques mois, ils résident enfin à Soho, et franchement, ils en sont très heureux.
De la bande de médecins, dont John fait partie, il est le seul à être venu se retraiter au sein de cette mégalopole que certains qualifient de monstrueuse. D’ailleurs, ce sont les mêmes qui avancent une explication très discutable à cette soi-disant particularité qui semble le commander. Bon, il n’est pas dupe, elle a pour but de le faire grimper aux rideaux, ce qui, bien sûr, ne fonctionne plus depuis belle lurette.
La fameuse raison viendrait de l’expérience de Milgram à laquelle il a participé en 1962, et qui, d’après eux, lui aurait laissé des séquelles !
Il avoue ! Il est d’accord avec eux sur un point, elle lui en a bien laissé une, mais pas celle à laquelle ils pensent. Elle lui a ouvert l’esprit et la conscience... une vraie fracture du crâne !
Peut-être qu’à cette époque-là, le jeune étudiant plein d’entrain qu’il était ne s’intéressait pas suffisamment aux modes de fonctionnement des êtres humains ! Peut-être qu’il était trop enfermé, trop concentré sur ses études de médecine pour observer le monde ! Toujours est-il qu’il n’a jamais regretté d’y avoir participé, et encore moins que cela, puisqu’elle a été à l’origine de sa réorientation professionnelle.
Il s’agissait d’une expérience réalisée par le psychologue Stanley Milgram. D’ailleurs, très rapidement, elle ne fut plus citée que comme l’expérience Milgram. Celle-ci avait pour objectif d’évaluer le degré d’obéissance d’un habitant des États-Unis, du début des années 1960, devant une autorité qu’il jugeait légitime. Cela devait permettre d’analyser le processus de soumission à la tutelle, notamment quand elle induisait des actions posant des problèmes de conscience au sujet.
L’expérience se déroula de 1960 à 1963 dans les locaux de l’université de Yale (New Haven-Connecticut). L’équipe du professeur Milgram avait fait paraître des annonces dans un journal local, ce qui bien sûr était une action volontaire de façon à n’attirer que les personnes résidantes sur ce périmètre. Celles-ci proposaient de recruter des novices pour intervenir dans une expérience sur l’apprentissage et, plus précisément, pour participer à une étude scientifique sur l’efficacité de la punition sur la mémorisation.
La coopération durait une heure et était rémunérée 4 dollars, plus 50 cents pour les frais de déplacement. À l’époque, au vu du revenu mensuel moyen qui était de 100 dollars, cela représentait une somme non négligeable.
Comme il ne disposait d’aucun autre moyen financier que la bourse qui lui était allouée, il fut immédiatement alléché. Qui plus est, l’idée de participer à une expérience officielle l’attirait au moins autant que la somme, de plus le sujet annoncé l’intriguait aussi... en bref, tout était là pour que, sans hésiter, il pose sa candidature. C’est ce qu’il fit et deux jours plus tard, il reçut son acceptation avec convocation pour dans deux mois. En effet, l’âge minimum requis était d’avoir 20 ans, ce qui allait être son cas à la date fixée.
Ce qu’il ne savait pas, comme les autres participants, c’était qu’ils n’allaient pas seulement participer, mais être les sujets de l’expérience.
Le jour demandé, à l’heure précise, il se présenta à l’accueil du centre d’expérimentation.
Il fut reçu par Stanley Milgram en personne qui, une fois passées les formules de politesse, lui donna les explications nécessaires au bon déroulement de l’épreuve.
La scène était composée de trois personnes : un élève, un enseignant et un expérimentateur, représentant l’autorité. Chaque sujet participait à un tirage au sort qui était censé lui attribuer le rôle d’élève ou d’enseignant, mais comme il l’apprit plus tard, le tirage était truqué et les volontaires se retrouvaient toujours être l’enseignant. L’élève et l’expérimentateur étaient eux, des comédiens. Voici comment se déroulait l’expérience :
L’enseignant, que nous nommerons par facilité enseignant sujet d’expérience, était installé à un bureau sur lequel se trouvaient une liste de mots et une série de manettes. L’élève était assis sur une pseudo chaise électrique qui était située juste derrière un claustra et l’expérimentateur était à proximité de l’enseignant sujet d’expérience. L’enseignant sujet d’expérience devait lire la liste de mots à l’élève qui devait les mémoriser et les restituer. S’il commettait une erreur, l’enseignant sujet d’expériencedevait lui infliger une punition sous la forme d’une décharge électrique dont le niveau augmentait proportionnellement au nombre d’erreurs.
Afin que l’enseignant sujet d’expérience se sente conscient de ce qu’il allait faire subir à l’élève, on le soumettait à la tension électrique la plus basse, 45 volts. Il en ressentait les picotements, mais pas encore de douleur. Par la suite, aucune tension ne serait appliquée, mais ça, il ne le savait pas.
Bien sûr, dans l’exercice de restitution des mots, l’élève se trompait et l’enseignant sujet d’expérience devait lui infliger la punition. Comme l’élève se trompait régulièrement, à chaque fois, la fausse tension appliquée était plus forte.
Les réactions aux décharges électriques étaient, elles aussi, totalement simulées par l’élève. Les souffrances artificielles étaient qu’à partir de 75 V, il gémissait ; à 120 V, il se plaignait à l’expérimentateur qu’il souffrait ; à 135 V, il hurlait ; à 150 V, il suppliait d’être libéré ; à 270 V, il lançait un cri violent ; à 300 V, il annonçait qu’il ne répondrait plus.
Lorsque l’élève ne répondait plus, l’expérimentateur indiquait qu’une absence de réponse équivalait à une erreur.
Au stade de 150 volts, la majorité des enseignants sujets d’expérience manifestait des doutes et interrogeait l’expérimentateur. Celui-ci était chargé de les rassurer en leur affirmant qu’ils ne seraient pas tenus pour responsables des conséquences. Si un sujet hésitait, l’expérimentateur avait pour consigne de lui demander d’agir. S’il exprimait le désir d’arrêter l’expérience, l’expérimentateur lui adressait, dans l’ordre, les réponses suivantes : « Veuillez continuer s’il vous plaît », « L’expérience exige que vous continuiez », « Il est absolument indispensable que vous continuiez », « Vous n’avez pas le choix, vous devez continuer. » Si l’enseignant sujet d’expérience souhaitait toujours s’arrêter après ces quatre interventions, l’expérience était interrompue. Dans le cas contraire, elle prenait fin lorsque l’enseignant sujet d’expérience avait administré trois décharges maximales (450 volts) à l’aide des manettes intitulées : « XXX », situées à côté de celle faisant mention « Attention, décharge dangereuse ».
À l’issue de chaque expérience, un questionnaire et un entretien avec le sujet d’expérience, l’enseignant, permettaient de recueillir ses sentiments et les explications qu’il donnait pour justifier son comportement. Lors de l’entretien, il lui était révélé la vérité et, notamment, qu’il n’avait infligé aucune décharge électrique à l’élève comédien. Les comédiens lui étaient présentés, sourires aux lèvres, et il lui était clairement indiqué que son comportement était tout à fait normal.
Un an plus tard, il recevait un questionnaire à remplir sur ce qu’il pensait de l’expérience, accompagné d’un compte rendu détaillé des résultats de celle-ci.
En ce qui concernait John, dès 120 volts, c’est-à-dire quand l’élève se plaignait à l’expérimentateur qu’il souffrait, et malgré l’insistance de l’expérimentateur, il refusa de continuer à lui administrer d’autres décharges électriques.
Une fois l’année passée, il reçut le questionnaire et le compte rendu détaillé sur lequel il plongeait sans attendre. Il le lut et le relut afin de ne rien laisser de côté. Cela lui permit d’apprendre que dans le but de mettre en évidence les éléments déclencheurs à l’obéissance, des variantes avaient été réalisées, dix-neuf au total : distance de séparation des acteurs, nombre d’expérimentateurs et modification de leurs ordres, cohérents ou contradictoires, et cetera.
Lors des premières expériences avant variantes, 62,5 % des sujets menèrent l’expérience à son terme en infligeant à trois reprises les prétendues décharges électriques de 450 volts. Tous les participants acceptèrent le principe annoncé et, finalement, après encouragement, une grande partie d’entre eux atteignirent les soi-disant 135 volts. La moyenne des prétendus chocs maximaux (niveaux auxquels s’arrêtèrent les sujets) fut de 360 volts. Toutefois, chaque participant s’était, à un moment ou un autre, interrompu au moins une fois pour questionner l’examinateur. Beaucoup présentaient des signes évidents de nervosité extrême et de réticence lors des derniers stades (protestations verbales, rires nerveux, et cetera).
L’année après la fin de l’expérience, les commentaires allaient bon train.
À cette époque, Milgram avait qualifié ces résultats « d’inattendus et inquiétants ». En effet, des enquêtes préalables menées auprès de trente-neuf médecins-psychiatres avaient établi une prévision d’un taux de sujets d’expérience envoyant 450 volts de l’ordre de 1/1000, avec pour la majorité une tendance maximale avoisinant les 150 volts.
Par la suite, au fil des ans, de nombreuses expériences similaires ou voisines furent reproduites, et toutes aboutirent aux mêmes résultats... enfin, toutes sauf une. En effet, en 1974, en Australie, les rôles étaient identiques, mais les genres n’étaient pas aléatoires. L’élève était toujours une femme et l’enseignant sujet d’expérience toujours un homme. Dans cette situation, le taux d’obéissance était tombé à 28 % !
Une des conclusions avancées concernant l’ensemble de l’expérience était : « l’obéissance est un comportement inhérent à la vie en société, et l’intégration d’un individu dans une hiérarchie implique que son fonctionnement propre en soit modifié ; l’être humain passe alors du mode autonome en mode systématique où il devient agent de l’autorité. »
Chez le sujet mis en situation d’obéissance (sujet agentique), la syntonisation et la perte du sens de la responsabilité étaient mises en évidence.
Les conditions qui favorisaient l’obéissance se trouvaient être, en général, dans le cercle familial et étaient renforcées par la conviction que la cause était juste et légitime.
Celles qui maintenaient le sujet en état d’obéissance se situaient dans les réactions du corps humain, principalement dans l’anxiété, ce qui lui permettait d’extérioriser son émotion, et ainsi d’afficher qu’il était en désaccord avec l’autorité, mais tout en poursuivant son action, tout en obéissant aux ordres.
Bien sûr, ces explications avaient rapidement été attribuées à un grand nombre d’autres ignominies, dont les cas retracés lors du procès de Nuremberg : fonctionnaires allemands qui, peut-être pas sans hésiter, avaient tout de même fait en sorte que la monstrueuse Solution Finale soit une réalité.
Si pour Milgram ces résultats étaient « inattendus et inquiétants », pour John, ils étaient « effrayants ». C’est à ce moment-là qu’il s’est reposé la question de la bonne orientation de ses études. En effet, étaitil judicieux qu’il poursuive médecine, dont le but évident était de soigner sans distinction tous les êtres humains, alors qu’une grosse majorité d’entre eux était capable de réaliser des atrocités ? Cette question, il se l’était déjà posée avant de choisir cette orientation, mais à cette époque-là, il s’était basé sur les estimations que leur fournissaient les psychiatres, soit 1/1000 capable d’abominations, ce qui lui avait semblé acceptable.
À la suite de cette expérience, une multitude de questions de différentes natures titillèrent ses réflexions psychologiques, philosophiques, scientifiques, sociologiques, et bien sûr théologiques. En effet, il n’oubliait pas que près de 85 % des êtres humains se disaient croyants, qu’ils se disaient adorateurs d’un ou de plusieurs dieux, dont une grosse partie prêchait la non-violence. La plus connue de leurs lois étant : « Tu ne tueras point ». Mais dans le même temps, alors que la paix régnait sur leur sol, plus de 60 % de ces « braves gens » étaient capables d’appliquer un supplice électrique, réellement dangereux pour la vie du sujet, en obéissant tel un robot à un ordre qui mériterait au minimum réflexion avant d’être exécuté, à la raison que le fameux sujet avait un défaut de mémoire !
Rapidement, il décidait de poursuivre ses études de médecine, certes, mais plus avec l’objectif de devenir chirurgien... il allait plonger dans les fondamentaux qui font que l’être humain est ce qu’il est. Comprendre ce que l’être humain a dans la tête, alors que sa première attirance était de l’ouvrir pour réparer les dégâts ! Décidément, même indirectement, ce sont les dérèglements invisibles qui toujours imposent leur loi. Ses collègues n’avaient pas fini de se foutre de sa gueule. Il les entendait déjà : « l’expérience de Milgram a laissé un grain de folie dans la trombine à John ! »
En attendant de se promener avec un entonnoir sur la tête, il chercha les domaines les plus pertinents pour mettre en évidence les pensées, les dérives et les disharmonies mentales de celui que nous nommons avec grandeur « l’être humain ». Et comme il avait la chance d’avoir la double nationalité, il allait pouvoir élargir son champ d’action aux deux pays.
Bien sûr, comme tout le monde ou presque, lorsqu’une idée lui chatouillait le cerveau, il lui était impossible de s’en libérer quelques instants en la posant sur le bord du chemin pour la reprendre un peu plus tard. Aussi, après moult recherches et réflexions, il inscrivait sur une feuille de brouillon les domaines qui lui semblaient être les plus pertinents à explorer avant de prendre sa décision finale :
- La théologie
- Les sciences physiques
- La philosophie
- La sociologie
- La psychologie.
Voici le résultat de ses premières analyses, qui, il n’en doutait pas, seraient considérées par certains comme des élucubrations.
« Effectuer des actions ou prendre des décisions : sommes-nous en situation de les réaliser en pleine conscience ?
Ne brûlons pas les étapes, partons des origines : quelles sont les définitions de la conscience ?
“La conscience est la capacité de se percevoir, de s’identifier, de penser et de se comporter de manière adaptée. Elle est ce que l’on sent et ce que l’on sait de soi, d’autrui et du monde. En ce sens, elle englobe l’appréhension subjective de nos expériences, et la perception objective de la réalité. Par elle nous est donnée la capacité d’agir sur nous-même pour nous transformer.”
Mais c’est aussi :
- La faculté qui nous pousse à porter un jugement de valeur sur ses propres actes.
- La fonction de synthèse qui permet à un sujet d’analyser son expérience actuelle en fonction de la structure de sa personnalité, et de se projeter dans l’avenir.
- La notion du sens du devoir.
- La notion du soin scrupuleux.
- Le siège des sentiments personnels, des pensées les plus intimes.
Toutes ces clarifications nous montrent bien que la conscience est un des mots les plus difficiles à définir, et dans ce domaine, sans hésitation, je le mets dans le même panier que l’intelligence.
L’envie de plonger sur l’intelligence était attirante, mais il ne fallait pas se disperser et, pour l’instant, chercher à définir, au plus près de la réalité, cette fameuse conscience.
Dans notre relation avec elle, c’est notre tendance naturelle à nous auto définir sans faire preuve d’un réel discernement qui pêche prioritairement.
Je ne résiste pas à citer Auguste Comte qui assurait que : “personne ne peut se mettre à la fenêtre pour se regarder passer dans la rue”. Voilà, qui résume bien toute la difficulté qui s’impose à nous dans cette réflexion.
Être conscient est un acte fort et puissant, mais n’oublions pas, et n’occultons pas non plus, que ce n’est qu’un sentiment, voire une sensation, et qu’en conséquence ce n’est qu’un phénomène mental variable selon une multitude de critères.
Voilà qui nous éloigne de plus en plus d’une vérité, d’une certitude et finalement, de ce que nous aimerions être la réalité... d’où la nécessité de nous rattacher, le plus rationnellement possible, à la fameuse perception objective de la réalité qui viendra compléter l’appréhension subjective de nos expériences.
Voilà qui renforce aussi, s’il était utile de le préciser, le besoin d’associer à nos hypothèses théoriques les travaux pratiques que sont les réalisations d’actes extrêmes, en bien comme en mal. »
Pourquoi donner la priorité à la théologie ? Tout simplement parce que 85 % des êtres humains se disent croyants et que cette très importante majorité aura nécessairement des répercussions sur les autres sciences.
Catholique de naissance, comme ses parents et ses grands-parents, il reconnaissait sans honte que, jusqu’à ce jour, la foi en un dieu ne l’avait pas perturbé plus que ça. Pour être encore plus honnête avec lui-même, après quelques séances de catéchisme où la personne faisant fonction était incapable de répondre à ses questions, le « caté » ne l’avait plus intéressé. Il était croyant par effet de clanisme, mais sans aucune conviction ni même réelle connaissance du sujet. Aussi, plonger dans la théologie nécessitait, pour lui, de lire très attentivement les livres sacrés de chacune des grandes religions.
Il commença par La Bible. Pourquoi elle avant les autres ? Tout simplement parce qu’il avait une à la maison. Il l’ouvrit et en tourna les pages, ce qu’il n’avait encore jamais fait. Il la lut deux fois. Une première assez rapidement pour en faire ressortir les idées dominantes, celles qui certainement restaient dans l’esprit de 80 % de ses lecteurs ; puis une deuxième fois, avec plus d’attention, afin de la décortiquer. Ensuite, il fit de même avec le Coran, puis la Torah, le Tao Te Ching, le Veda et enfin avec les textes dits explicatifs : Somme théologique de Thomas d’Aquin, L’interprétation du Coran par Aboul Fida Ismail Ben Kathir, Le Traité des huit chapitres et Le Livre des égarés de Maïmonide, La Bhagavad-Gita de Maharishi Mahesh Yogi.
Une fois tous ces textes lus, et pour certains, sans avoir la certitude de les avoir bien compris, sans être devenu un expert, il se sentait quand même capable de se faire une opinion plus précise, et surtout plus juste, sur les religions et ce, sans plus tenir compte des on-dit et autres propos du genre « Bruits de couloirs ».
Pour lever toutes ambiguïtés et interprétations hasardeuses, aucune de ces religions ne l’avait convaincu ni même allicié, et encore moins persuadé que l’existence d’un dieu était réelle. Pour autant, il reconnaissait qu’elles avaient toutes un minimum de bon qui, une fois judicieusement mis en valeur, pouvait irrésistiblement attirer les indécis et les chahuter par les choses de la vie.
Dans ces textes, il trouva une petite phrase qui allait le marquer profondément. Elle était de Thomas d’Aquin (Somme théologique, et notamment théologie de la création) et, plus précisément, elle était issue de la hiérarchie augustinienne. La voici :
« Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas ».
Fort d’une telle affirmation, il faillit réduire ses recherches dans l’instant en un : « Tout est dit ! » Mais comme il est un grand curieux, il les poursuivit tout en la conservant précieusement dans un coin de sa tête.
Qui était ce fameux Thomas d’Aquin ?
« Religieux de l’ordre dominicain, il est célèbre pour son œuvre théologique et philosophique.
Considéré comme l’un des principaux maîtres de la philosophie scolastique et de la théologie catholique, il a été canonisé le 18 juillet 1323 par Jean XXII, puis proclamé docteur de l’Église par Pie V en 1567, et patron des universités, écoles et académies catholiques par Léon XIII en 1880. Il est aussi qualifié du titre de : “Docteur angélique” (Doctor angelicus). Son corps est conservé sous le maître-autel de l’église de l’ancien couvent des Dominicains de Toulouse.
De son nom dérivent les termes :
– “Thomisme” : qui concerne l’école ou le courant philosophico-théologique qui se réclame de Thomas d’Aquin et en développe les principes au-delà de la lettre de son expression historique initiale ;
– “Néothomisme” : un courant de pensée philosophico-théologique de type thomiste, développé à partir du XIXe siècle pour répondre aux objections posées au christianisme catholique par la modernité ;
– “Thomasien” : ce qui relève de la pensée de Thomas d’Aquin lui-même, indépendamment des développements historiques induits par sa réception.
En 1879, le pape Léon XIII, dans l’encyclique Æterni Patris, a déclaré que les écrits de Thomas d’Aquin exprimaient adéquatement la doctrine de l’Église. Le concile Vatican II (décret Optatam Totius sur la formation des prêtres, no 16) propose l’interprétation authentique de l’enseignement des papes sur le thomisme en demandant que la formation théologique des prêtres se fasse “avec Thomas d’Aquin pour maître”.
Thomas d’Aquin a proposé, au XIIIe siècle, une œuvre théologique qui repose, par certains aspects, sur un essai de synthèse de la raison et de la foi, notamment lorsqu’il tente de concilier la pensée chrétienne et la philosophie d’Aristote, redécouvertes par les scolastiques à la suite des traductions latines du XXIIe siècle.
Il distingue les vérités accessibles à la seule raison, de celles de la foi, définies comme une adhésion inconditionnelle à la Parole de Dieu. Il qualifie la philosophie de servante de la théologie (philosophia ancilla theologiæ), afin d’exprimer comment les deux disciplines collaborent de manière subalterne à la recherche de la connaissance de la vérité, chemin vers la béatitude. »
Concernant la philosophie scolastique, il semble qu’au Moyen Âge, seuls les clercs autorisés avaient la scholè, c’est-à-dire le loisir d’étudier l’immatériel. Aussi, sans vergogne, ils laissaient aux subalternes la charge des choses matérielles. Leurs études étaient essentiellement concentrées d’une part sur la Bible (la révélation) et l’enseignement de l’Église, d’autre part, sur la philosophie grecque et surtout Aristote (la raison) et les péripatéticiens.
La tentative de réconciliation entre les méthodes d’argumentation aristotélicienne et la foi chrétienne fit un grand pas en avant lorsqu’elle fut guidée par les études de Thomas d’Aquin.
La réconciliation avec la philosophie première était présentée dans son ouvrage intitulé « La Somme théologique » dont l’objectif était de mieux comprendre la foi chrétienne par l’éclairage de la raison propre à la philosophie antique.
Nous pouvons penser que cette tentative était un tantinet illusoire, mais d’Aquin précisait bien que : « la philosophie étant en recherche permanente de la vérité, elle ne présentait aucun danger pour cette religion puisque celle-ci “est” la vérité... donc, elle ne pouvait qu’y conduire. » Ainsi, par cette affirmation, la raison se trouvait être mise au service de la révélation.
En France, l’enseignement de la scolastique perdura jusqu’en septembre 1793, date à laquelle les universités furent supprimées par La Révolution. Mais au fil du temps, la scolastique sera toujours présente et, aujourd’hui, elle l’est encore avec la bénédiction de la sagesse de saint Thomas d’Aquin par la foi catholique (Benoit XVI le déclarait le 28 janvier 2007) ».
Alors qu’il avait une forte envie de plonger dans les analyses, les critiques ou les jugements sur les religions, il se fit la remarque que toutes ont un élément récurrent commun. D’ailleurs, elles y font très souvent référence, elles s’en servent aussi et s’égratignent même à cause de lui... il s’agit du libre-arbitre.
« Je sais, ma manière de l’écrire n’est pas conventionnelle, mais nous parlons bien de deux éléments indissociables, qui, séparés, ne correspondent plus à la définition qui nous intéresse : “Faculté de penser et décider soi-même, librement, indépendamment de toutes contraintes et influences extérieures.”
Voilà qui est passionnant... mais avant de nous vautrer dans ces fameuses contraintes, plongeons dans le libre-arbitre cher à nos religions.
Que ce soit le christianisme (catholicisme, protestantisme, orthodoxie, avec toutes les tendances et particularités de chacune de ces églises), l’islamisme, le taoïsme, l’hindouisme, et cetera, Toutes considèrent que leur dieu laisse le libre-arbitre à l’homme. Il est vrai qu’entre les différents textes, il existe des nuances, des restrictions et, finalement, beaucoup de discussions sur l’omniscience des dieux et la liberté de choix des humains. Prédétermination, grâce prévenante, partie de l’âme unie à dieu, acquisition, paradoxe situé au-delà de notre compréhension... toutes ces spécificités génèrent des débats, parfois violents. Elles changent d’avis aussi (de Luther à Érasme). Pour autant, en conclusion, il est toujours laissé à l’homme la possibilité, même partielle, d’user de ce fameux libre-arbitre.
Concrètement, pour la religion catholique, il est laissé à l’être humain la responsabilité de ses actes, mais, dans le même temps, ses péchés sont absouts par le curé s’ils sont “petits”, et laissés à la décision de Dieu après la mort, s’ils sont “gros”.
Effectivement : “Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas”... surtout cette contradiction fondamentale.
Il n’est pas faux d’écrire que pour le christianisme, la notion de librearbitre se rapproche plus de celle de “libre-arbitre de la volonté”. Cette précision n’est pas neutre, car pour Augustin d’Hippone (saint Augustin) elle détermine l’origine de la responsabilité du mal. Concrètement, Dieu délègue la responsabilité du mal à l’homme (Traité De libero arbitrio de saint Augustin).
Maïmonide (surnommé “l’aigle de la synagogue” par Thomas d’Aquin) était un des piliers théologiques du Rationalisme. Il inspira fortement Thomas d’Aquin sur le besoin de se rapprocher d’Aristote et des péripatéticiens afin d’utiliser, et plus précisément de se servir, de leur “Raison”. Mais le cœur de l’admiration de Thomas pour l’aigle de la synagogue était sa notion de l’âme. Maïmonide pensait que la partie supérieure de l’âme de l’être humain était “libre”, donc, qu’il pouvait penser sans contrainte.
Extrait du “Traité des huit chapitres” :
“Sache que l’âme de l’homme est une, mais que ses opérations sont nombreuses et diverses et que certaines d’entre elles sont parfois appelées âmes, ce qui peut faire croire que l’homme a plusieurs âmes, comme le croient, en effet, les médecins ; c’est ainsi que le plus illustre d’entre eux (Hippocrate) commence (son ouvrage) en disant que les âmes de l’homme sont au nombre de trois, l’âme naturelle, l’âme animale et l’âme spirituelle.
On les appelle aussi parfois facultés ou parties, de sorte que l’on dit les parties de l’âme.
Et ces appellations sont souvent employées par les philosophes ; cependant, en parlant de parties, ils n’entendent pas que l’âme puisse se diviser à la manière des corps, mais ils énumèrent seulement par-là ses actes divers, lesquels sont à l’égard de l’âme tout entière comme les parties à l’égard du tout.”
Justifier le libre-arbitre donné par Dieu aux hommes était une constante pour lui.
Le premier argument qu’il avançait était : “l’on ne peut pas comprendre Dieu”.
Le deuxième était que “les termes employés par Dieu et les hommes sont les mêmes, mais ils sont différents en substance”.
Ainsi, le libre-arbitre n’avait pas le même sens pour Dieu que pour les hommes.
Dans Le livre des égarés, la justification est encore présente :
“La raison que Dieu a fait émaner sur l’homme, et qui constitue sa perfection finale, est celle qu’Adam possédait avant sa désobéissance, c’est pour elle qu’il a été dit de lui qu’il était (fait) ‘à l’image de Dieu et à sa ressemblance’, et c’est à cause d’elle que la parole lui fut adressée, et qu’il reçut des ordres, comme dits (l’Écriture) : ‘Et l’Éternel, Dieu ordonna, etc.’ (Genèse 2:16), car on ne peut pas donner d’ordres aux animaux ni à celui qui n’a pas de raison.”
Nous retrouvons systématiquement le besoin affirmé de sauver Dieu du mal. Dans la création de “Tout”, donc du mal, il en reporte la responsabilité sur l’homme... là encore, cette évidence est présente chez les juifs comme chez les chrétiens.
La pensée, la raison, le libre-arbitre nous permettent d’accéder à la responsabilité, ce qui libère Dieu du mal si nous ne suivons pas les préceptes originaux qu’il nous a imposés.
Pour les adeptes du Fatalisme, les choses de la vie sont plus simples. Pour eux, les évènements sont prédéterminés. Ils sont inévitables et rien ni personne ne peut les empêcher de se dérouler tel qu’ils le font. Ainsi, les humains ne sont que les pantins de Dieu ou la nécessité naturelle, ce qui est censé être la même chose. Bien sûr, aucune notion d’aléa ne peut perturber la destinée de chacun.
Nous ne devons avoir aucun autre objectif que de réaliser ce que nous ressentons être bon pour Dieu, car à n’en pas douter, ce sentiment nous est imposé par lui et nous devons le satisfaire.
Pour les musulmans, la notion de Fatalisme est très claire. L’islam affirme la détermination inconditionnelle du devenir par la volonté de Dieu : “L’heure de notre mort est inconditionnellement fixée par Dieu de sorte que nous mourons à l’heure dite, quoi que nous ayons fait, que nous soyons restés chez nous ou que nous ayons livré bataille. Notre sort est fixé indépendamment de nos efforts et de notre activité.”
Pour Confucius : “Tout dépend de la destinée.”
Pour le Christianisme, le Protestantisme et le Jansénisme, ils s’approchent du Fatalisme. En effet, pour eux, il est impossible pour l’homme de rejeter la tentation du mal par ses propres capacités, seule la grâce divine peut l’en libérer ».
John réfléchissait à tout ça et ne parvenait pas à s’empêcher de se poser ces questions :
« Comment penser que ces convictions ne sont pas basées sur des illusions, alors que les preuves de l’existence des dieux de référence ne sont toujours pas constatées ?
Si nous nous sentons en envie ou en besoin de croire en la possibilité d’un monde imaginaire, que nous ne pourrons découvrir qu’après notre mort, monde auquel nous ne pourrons accéder qu’en nous faisant violence et en acceptant la vie tel qu’elle nous est imposée, il est certain que nous analyserons et penserons selon des principes de logiques hermétiques à tout autre. En effet l’objectif des gestionnaires de ces illusions n’est-il pas de maintenir notre esprit dans un système fermé, en nous mettant en garde contre... en nous faisant peur des conséquences que nous allons subir si nous regardons ou écoutons, tout simplement, ces fameux « autrement » ?
Ne sommes-nous pas dans la contrainte mentale, celle qui nous donne à penser qu’il est bon de... celle qui nous impose de penser que... celle qui s’est octroyé le droit de laisser à penser qu’elle est la seule soi-disant « bonne moralité » ?
La pire des contraintes, n’est-elle pas celle qui nous mène à penser que le réel libre-arbitre est néfaste, voire nuisible ? Mais la pire des pires, celle qui se positionne au-delà du réel, au-delà du possible, voire de l’imaginable, n’est-elle pas celle qui affirme avec pseudo preuve à l’appui que nous avons notre libre-arbitre, que le bienfaiteur nous l’a laissé de manière à ce nous soyons responsable de nos actes, alors que dans le même temps, il nous interdit de l’utiliser d’une autre manière que celle qu’il a définie comme étant la bonne, celle qui sera notre guide, le fil conducteur qui nous amènera à lui lorsque nous ne serons plus ? Quant à celui qui sortirait de ce chemin, n’en doutons pas, il serait plongé dans l’enfer et son feu éternel.
Concernant la guéguerre de l’interprétation des termes, selon s’ils sont prononcés par les humains ou leurs Dieux... avouez que celle-là, il fallait oser la faire ! Ainsi, les lois et préconisations dictées par les Dieux seraient incompréhensibles par les hommes : « Les termes employés pour Dieu et les hommes sont les mêmes, mais ils sont différents en substance. »
Si cela était vrai, quelle relation Hommes et Dieux pourraient-ils entretenir ? Comment savoir si tout ce que les hommes ont interprété est conforme aux soi-disant propos des dieux ?
Voici la question qui me vient immédiatement à l’esprit : quel est le besoin qui pousse l’être humain à faire fi de la réalité et à chercher à rendre ses illusions réelles ? N’est-ce pas ce qui fait qu’il est ce qu’il est et, pour être plus précis, que sa capacité de nuisance est si forte et son besoin si obscur qu’il pense devoir les mobiliser sans faire de distinction, compris envers lui-même ?
Ces questions étant posées, rappelons les objectifs de la croyance en un dieu :
– Le premier vise à respecter les principes établis par celui-ci.
– Le deuxième, fort d’avoir réalisé avec succès le premier, est d’accéder à la vie éternelle spirituelle. Celle qui a poussé l’adepte à faire le choix initial de croire.
Mais posons-nous la question. Ce choix primaire relevait-il de son libre-arbitre ?
Toutes les croyances ne sont-elles pas des choix de vie basés sur des réalités supposées, par définition non vérifiables ? La décision initiale de croire n’a-t-elle pas été prise sans avoir de certitude, n’a-t-elle pas été prise sur la base de la supposition qu’une certaine vie existe après la mort ?
Croire sans savoir est se construire une vie de supposition. Mais choisir de penser et vivre selon un principe défini par le ou les représentants de l’être déifié, réel ou pas, est-ce une décision prise en toute liberté et sans contrainte ? Si cela est le cas, ne sommes-nous en présence d’une conséquence de l’usage du libre-arbitre ?
Pour le savoir, tentons de répondre à ces questions :
Ne sommes-nous pas dans la sensibilité, et donc dans le besoin de se soumettre à une autorité ?
Ne sommes-nous pas dans la facilité, dans la recherche du soulagement, voire attirés par une certaine forme de logique qui découlerait d’une incompréhension salvatrice ?
Ne sommes-nous pas dans l’apaisement des besoins qui, par le principe de la transformation d’une supposition qui serait établie en règle de vie, pourrait devenir une réalité permettant de retrouver nos chers décédés dans une vie éternelle ou de perpétuer une tradition ou un clanisme ?
Comment penser que les raisons qui ont poussé le sujet à prendre cette décision, alors qu’il supposait le faire en libre-arbitre, l’ont été sans réelles contraintes ? Ne découlent-elles pas de pressions psychologiques, et plus précisément du besoin de soulagement de tensions psychologiques difficilement supportables ?
Nous avons tous des compulsions et sans relâche, nous cherchons tous les moyens de nous soulager du poids de celles-ci. S’enfermer dans l’illusion en est une. En effet, la supposition d’un bien-être après la mort apporte, aussitôt, l’agréable sensation que le néant n’existe pas. Seulement voilà, pour y accéder il faut se préparer... qu’importe, car voici venu ce dont nous avions besoin : une sensation de solution qui procure un apaisement immédiat.
Mais ce ne sont que des sensations et, comme nous l’avons vu précédemment, cet état n’est pas gratuit, il n’est pas sans conséquence... ce qui devrait pourtant être le cas si la notion de Bon Dieu était vraie !
Nous sommes en droit de vouloir constater ce que les textes, dits sacrés, affirment être vrais. Nous sommes en droit de vouloir prendre acte de la véracité de leurs hypothèses de notre vivant, alors qu’à ce jour rien ne peut l’être, même par les fidèles les plus intimes du dieu. Mais sur le fond, comment croire en une simple affirmation ?
La force des religions, hors celles basées sur la préservation de la nature, n’est-elle pas de structurer une organisation de la pensée autour d’un ou plusieurs dieux (mono ou polythéismes), et de la modeler selon un principe de causalité circulaire ? Si nous posons une question sur une de leurs affirmations, celle-ci trouve une réponse qui elle aussi est une affirmation, mais qui pour être complétée, nous envoie dans une autre partie du texte, qui lui aussi est une affirmation, et cetera. En fin de compte, lorsque nous mettons le doigt sur ce défaut de preuve et refusons de continuer à tourner les pages de ce texte sans fin, le retour qui nous en est fait peut être résumé ainsi : « Prouvez-moi que mon Dieu n’existe pas ! » alors que le prédicateur n’a pas fourni la preuve qu’il existe !
Voilà qui expliquerait pourquoi les religions, les politiques et les commerces s’entendent aussi bien ! Tout n’est-il pas structuré autour du principe de la quasi-illusion sous toutes ses formes ? Mais si c’est le cas, soyons certain que ce quasi aura une importance capitale et que le toutes sera toujours associé à une parcelle de vérité ou de bon derrière lequel le fond est caché : principe de l’arbre qui cache la forêt.
Rappelons-nous, il n’y a pas si longtemps que ça, les rois l’étaient de source divine ! Et selon un principe qui fonctionnait à merveille, ils affichaient au monde leur splendeur en imposant la construction de châteaux et palais, tous comme le faisait l’église avec les cathédrales et les autres monuments dits sacrés. En conséquence, à partir du moment où de fortes sommes d’argent devaient être mobilisées, les accords dits commerciaux venaient épauler ces étranges politiques. Alors que la population criait famine, les autorités leur imposaient de se serrer encore plus la ceinture, afin de construire pour leur roi et leur religion encore et toujours plus faste... au nom d’un dieu.
Est-ce qu’avec la Révolution les temps ont changé ? Oui, mais durant quelques années, pas plus, car 15 ans plus tard, ce sont les représentants du peuple qui, par le Sénat, demandaient à Napoléon Bonaparte non pas d’être couronné roi, mais empereur. Il est vrai que conformément à notre hymne national, le sang abreuvait bien les sillons et, non suffisamment content qu’il soit généré par les guerres militaires, rétablir l’esclavage fut considéré comme une action nécessaire pour lutter efficacement dans la guerre commerciale qui elle aussi faisait rage.
Les temps ont changé, heureusement. Mais ont-ils vraiment changé ? Les guerres commerciales sont toujours là et aucun pays de cette planète n’y échappe. Derrière elles, au rythme des négociations, le principe du capital sans limites permet à certains de vivre leurs rêves... et aux autres de survivre pour que les désirs des premiers soient une réalité.
Peu de temps après avoir écrit ce chapitre, je trouvai opportun de le transmettre aux dignitaires représentant les principales religions. Mon objectif était d’ouvrir éventuellement le débat, si débat il pouvait y avoir.
