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Dans le contexte de nos difficultés actuelles – pandémie, chute du nombre des pratiquants, débats sur les abus sexuels, l’image de l’Église et de sa mission est profondément remise en questions. Il s’agit d’un affrontement nouveau de la mission évangélique avec le Mal qui en ce temps prend une forme démentielle et provoque à des multiples attitudes de désenchantement chez les chrétiens ou de refus violent. Ces pages proposent de retrouver le regard de Jésus et des apôtres sur le Mal. Il nous faut regarder ce mal en face, tant celui du monde que le nôtre, avec les yeux de la foi et non ceux des résultats d’un chef d’entreprise, avec le sens de l’humilité et non la hantise de la domination politique, avec les valeurs de la faiblesse et non celles de la violence guerrière. La crise vécue en chrétien conduit à la joie de la naissance d’un monde autre par les autres. Il s’agit de faire le bilan de nos suffisances pour ranimer la flamme nouvelle de nos espérances. Et nous sommes étonnés de sentir sous nos pas la nouveauté des premiers témoins de l’Évangile.
À PROPOS DE L'AUTEUR
Mgr Gérard Defois, prêtre du diocèse d’Angers a été enseignant à l’Institut catholique de Paris, secrétaire général de la Conférence épiscopale de France (19731983), recteur de l’Université catholique de Lyon, archevêque de Sens-Auxerre, de Reims, où il reçut le pape Jean-Paul II, et de Lille. Émérite depuis 2008, il a été président des commissions Justice et Paix pour l’Europe (20092012). Mgr Defois est docteur en théologie, diplômé de l’École Pratique des Hautes Études, et de l’institut supérieur de pastorale catéchétique. Il réside à Saumur.
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Seitenzahl: 106
Veröffentlichungsjahr: 2022
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Au cŒur du mal
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© Saint-Léger éditions, 2022.
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Mgr Gérard Defois
Au cŒur du mal
Une méditation chrétienne
DU MÊME AUTEUR
CHEZ LE MÊME ÉDITEUR
Comprendre Vatican II, audiolivre MP3, novembre 2012
Chrétien avec vous, prêtre pour vous, février 2015
Catéchistes : évangéliser les périphéries 2 mai 2017 préface
Comment notre religion est devenue laïque, août 2019
Vatican II, relu avec François, mai 2020
Messages de la paix tome I Paul VI ; tome II Jean-Paul II ; tome III Benoît XVI ; tome IV, François, juillet 2020 présentations et commentaires
Encyclique Fratelli tutti, commentaires, 2 décembre 2020
L’audace d’espérer, 3 février 2021
Depuis deux ans les catholiques de France ont non seulement été ébranlés dans leur unité par les effets de la crise sanitaire que nous avons connue, mais de divers côtés ils ont subi un tremblement du sol de leurs évidences et de leur cohésion, fût-elle parfois superficielle, révélant ainsi un sentiment d’appartenance plutôt artificiel, tant le christianisme, qu’il soit pratiqué ou affiché nous avait portés dans un climat culturel de permanence durant l’ensemble du vingtième siècle. Pour les catholiques, en particulier après quelques remous postconciliaires ou à la suite des ruptures intellectuelles durant des années glorieuses pour l’économie et la culture, il semble bien que les apparences d’une religion majoritaire se soient fréquemment effondrées tant pour les croyances que pour les mœurs et les pratiques.
Le propos de ces pages est moins de prolonger tous les écrits qui ont tenté de nous faire lire ce que nous avons connu à l’aune des mirages médiatiques, que de reprendre la perspective évangélique donnée par Jésus pour la fondation de son Église. Je me permets de penser que les crises institutionnelles ou autres que nous connaissons depuis deux ans, ne sont interprétées la plupart du temps qu’en termes séculiers par l’opinion publique, ceux de l’entreprise ou d’une officine idéologique, d’une organisation politique, voire d’un organisme administratif. En un mot, je soulignerai d’abord que Jésus n’est pas venu lancer une multinationale à faire fonctionner ou un groupe en quête de pouvoir absolu, mais qu’il a entrepris de soulever la foi de tous pour sauver spirituellement ce monde. Et non pas lui imposer un règne de puissance et de gloire par une communication reçue « cinq sur cinq ». Par ailleurs, je rappellerai que son Église n’est pas réductible aux seules pratiques rituelles ou aux évaluations par sondages de la puissance de son audience.
Tenant compte de cette finalité (théologale) de la charité, de la foi et de l’espérance, ce que nous vivons ne peut être interprété comme un échec humain ou un effondrement institutionnel, ce qui prévaut souvent dans l’opinion publique, mais comme une itinérance où dans le désert même se révèle l’espace d’une faim, d’un désir et de l’attente d’un don. Or ceci s’inscrit non dans un deuil de puissance ou d’un rêve de suffisance mais dans la logique du Salut comme dépassement de nos forces d’influence. Il s’agit de voir l’Église comme le lieu terrestre où le Christ « a aimé l’homme jusqu’à le rejoindre dans la fragilité de sa chair… Si la chair de l’homme n’avait pas été capable de Salut, jamais le Verbe de Dieu ne se serait fait chair »1 nous a dit le Pape Jean Paul II à Lyon.
Ainsi la vie blessée par le mal, que l’être humain en soit la victime ou l’auteur, est ici regardée comme en attente de guérison dans la justice et la charité, les deux appelant une vision commune de notre responsabilité. Saint Paul a profondément intégré cette audace apostolique lorsqu’il écrit aux chrétiens de Corinthe cette révélation du Seigneur : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse… Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. »2
Nous n’entendons donc pas nous cacher les aspects tragiques ou destructeurs des crises ou des échecs contemporains, des abus sexuels et des terrorismes religieux, ni des « guerres » entre chrétiens désunis, mais les mettre dans la perspective de cette Église dont l’énergie est le fruit de la victoire spirituelle sur le mal.
1 Jean-Paul II, à Lyon le 7 octobre 1986, commentant l’œuvre d’Irénée à l’université catholique.
2 Paul, IIe épître aux Corinthiens : 12, 9-10.
Certes, depuis cinq ans nous avons éprouvé la radicalité du mal au moins en trois domaines de notre histoire. Des corps étrangers à notre conscience française et catholique nous atteignent dans notre conscience personnelle, européenne et religieuse. Les imprévus d’une santé autrefois protégée par notre équipement thérapeutique moderne, malgré une sécurité abritée à l’ombre de la science, nous ont fait voir que nous demeurions fragiles et menacés : nous étions projetés brutalement dans un deuil de la puissance technique ou de la suffisance économique. Fragiles et incidemment mortels.
La crise de la pandémie Covid 19
Jusqu’aux derniers siècles la peste était l’image dominante des limites de la médecine. Puis s’étaient répandues les maladies sexuellement transmissibles, la syphilis dont ont été victimes un grand nombre d’artistes et de hautes personnalités du XIXe siècle. En 1918, la « grippe espagnole » fit, dit-on, plus de victimes en Europe que la première guerre mondiale. En 1981, apparut le Sida dont certains se sont demandé s’il n’était pas la conséquence d’une conduite immorale conduisant à la destruction létale par une activité nocive au système immunitaire. L’Afrique sera touchée plus tard par le virus Ébola dont l’origine était censée être le résultat de la déforestation et des violations des équilibres écologiques par l’homme.
Mais ceci relevait de l’histoire : la recherche scientifique, l’éducation à une culture moderne et à une responsabilité de son activité physiologique, une politique mature de la vie sociale devaient vaincre le mal et réduire la menace, la régionalisant dans l’espace et le temps. L’apparition de la pandémie Covid 19, cet inconnu de notre expérience thérapeutique, est venu perturber les certitudes, les compétences et les ignorances. Le mal inconnu et imprévu a pris des dimensions mythiques et quasi eschatologiques : il a conduit directement à la mort une part importante de nos personnes âgées. Et finir dans des conditions de confinement si radicales que la vie sociale et l’image publique des maisons de retraite sont remises en question. Les moyens de communication sociale se font l’écho des doutes et des cris en les amplifiant « en boucle » de façon permanente. La vie politique elle-même à l’heure des élections en est marquée, tendue entre ceux qui par peur demandent de ne rien changer et ceux qui mettent leur espoir en des personnes ou des principes qui font rêver d’un salut hors normes, fût-il une crispation sur des pratiques traditionnelles.
Parmi les caractéristiques de cette « crise sanitaire » nous pouvons souligner que selon les premières informations, cette pandémie venait de Chine et se répandait sur l’ensemble du monde. Ce mal physiologique a ignoré les frontières stratégiques ou idéologiques de notre politique internationale et dominait par la peur. Quitte à fermer les frontières, si l’on a ralenti et limité sa diffusion, il ne put être contenu par des directives nationales ou régionales. Nous nous résignions à être dépendants faute d’être solidaires, mais demeurions concurrents pour gagner le marché planétaire des masques et des vaccins mis en recherche. À l’heure où tant d’entre nous ont eu la perspective individuelle de s’abriter chacun dans son village, l’irruption de l’inconnu nous contraint à recevoir du frère. Tant pour le meilleur que pour le pire.
Le pape François écrivait dans son encyclique sur la Fraternité en 2020 : « Je forme le vœu qu’en cette époque que nous traversons, en reconnaissant la dignité de chaque personne humaine, nous puissions tous ensemble faire renaître un désir universel d’humanité. » Et il faisait remarquer combien la culture occidentale obsédée par un style de vie consumériste « ne pourra que provoquer violence et destruction réciproque. Le sauve qui peut deviendra vite tous contre tous, et ceci sera pire qu’une pandémie. »
Si une perspective universelle et humaniste s’est enfin révélée utile pour beaucoup d’entre nous, elle a été contrecarrée par les luttes d’intérêt pour imposer des vaccins et des masques produits en grande quantité, et la lutte pour les intérêts économiques ou politiques. Notre vision chrétienne et humaniste s’est heurtée au poids des égoïsmes collectifs et aux puissances tant techniques qu’idéologiques. Le rêve du bien commun universel s’est trouvé récusé tant par les réflexes de peur que par les revendications d’autosuffisance. Ce réflexe d’individualisme a provoqué une crise de conscience dans les Églises et les communautés catholiques. En France, on l’a vu à propos des rites eucharistiques, nous avons été soumis à des tensions passionnelles, et à l’opposé des appels du Pape François exerçant par la télévision son ministère de vigilance et de ressourcement évangélique pour la célébration de la Passion et de Pâques en 2021.
Pourtant, la dimension internationale imposée par la circulation mondiale des divers virus qui ont mis à mal la responsabilité des religions, appelait une hauteur spirituelle et une ouverture d’esprit dont le témoignage nous conviait à signifier universellement et communautairement l’espérance et l’amitié sociale, selon l’expression du pape François. Nous prenons ici conscience que la « lutte contre le mal » est un principe actif mais toujours à réinterpréter pour une mission d’évangélisation, elle suscite une conversion de nos intérêts et de nos représentations de l’humanité. C’est ce que le Pape François souligne chaque jour avec les responsables des sociétés qu’il accueille. Il a marqué ses gestes et ses messages du drame vécu dans le monde. Le tragique de l’événement marquait les esprits de l’impuissance technique et de la détresse devant le non-sens humain de cette invasion de menaces incertaines. Car le flou de l’incertitude donne au mal une dimension « surnaturelle » au sens de dépassement et d’avenir non maîtrisable, il nous échappe et nous rend démunis face à l’avenir. Or l’idéologie technicienne est l’expression d’une domination au moins théorique du futur, el rêve de maîtriser la vie et la mort. La production et la circulation des virus a échappé au traitement conventionnel au point que, surtout lors des premières hospitalisations beaucoup de nos anciens sont partis sans adieu possible, leur mort était privée de toute consolation relationnelle. D’où la propension à dramatiser la concurrence des sécurités et les impératifs de confinement en mars 2020, Pâques et le printemps ne pouvaient ainsi être au rendez-vous traditionnel. Le Mal lui-même ne trouvait pas en nos esprits la symbolique de la rupture, il devenait in-sensé.
Il faudra un long temps à la pensée chrétienne pour donner place dans nos langages actuels à ce « mal commun ». Notre tradition occidentale au cours du siècle des Lumières l’avait circonscrit dans la notion de « péché à confesser » individuellement. Or le Mal est ici global et universel, ce qui fait écho à la lettre de saint Paul aux Romains3 : « Le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort ». Et le Concile Vatican II soulignait en termes philosophiques : « C’est face à la mort que l’énigme de la condition humaine prend toute sa profondeur… la peur d’une destruction définitive. » Et ce sens tragique est plus que la constatation technique d’une « fin de vie » comme l’on en débat à propos de l’euthanasie durant la campagne électorale. Ici il n’y a pas eu de pécheur identifiable, de coupable objectif à condamner. Certains ont accusé les recherches et les expériences scientifiques de Chine, puis le pangolin ou les chauves-souris, mais pas de responsables précis. Ce qui renforce l’aspect mythique de la menace et provoque des tensions tant économiques que politiques dans la soumission aux directives sanitaires des gouvernements. Les millions de morts partis sans témoignages publics nous laissent désarçonnés, et les chrétiens seront sommés de rendre compte de l’espérance qui est en eux : qui y a-t-il à pardonner si le Mal est sans coupable ?
Or, ceci a été dénoncé par beaucoup d’entre nous comme une impuissance et un repli sur nos sécurités individuelles, tout en gardant vive la blessure d’une telle séparation. Elle fut ressentie comme une violence imposée par l’État ou par la nature, des menaces incontrôlables !
Nul n’a pensé interpeller l’Église, alors qu’en chrétienté médiévale des pèlerinages et des messes auraient rassemblé des foules et suscité des vœux chez les édiles de nos régions. Les aspects thérapeutiques, puis commerciaux et politiques ont envahi les esprits. Même si le Pape a exprimé des messages éthiques, l’appel à la puissance de Dieu n’a pas dominé la vision du mal pandémique. La religiosité moderne n’a pas appelé au secours une Église en crise, elle a disserté sur son « effondrement. »
L’effondrement de la chrétienté ?
