Aubes meurtrières à Argelès - Antoine Parra - E-Book

Aubes meurtrières à Argelès E-Book

Antoine Parra

0,0

Beschreibung

Entre meurtres, trains et rugby, ce thriller vous entraînera au cœur du pays catalan.

La gare d'Argelès n'est pas le centre du monde. Paul Puig en sait quelque chose, lui qui vit dans cette station balnéaire catalane animée l'été par les nombreux touristes et l'hiver par les exploits de l'équipe de rugby locale. Fervent supporter de L'Etoile Sportive Catalane, Paul, en bénévole dévoué s'occupe de l'intendance du club. Tous les dimanches et les jours d'entrainement, Il officie sur le bord de touche, veillant à ce que rien ne manque aux joueurs de son équipe fétiche. D'ailleurs tous le monde vous le dira Paul n'oublie rien, jamais rien. Bref rien à signaler, tout est calme et les trains arrivent toujours à l'heure en gare d'Argelés. « Attention à la fermeture des portes. » D'un coup de sifflet le chef de gare annonce le départ du train et l'arbitre le coup d'envois du match. Mais de l'aube au crépuscule le soleil va son train déposant parfois sa lumière sur la fatalité.

Comme pour un match de rugby, jusqu'au coup de sifflet final, la vie offre son lot de surprises !

EXTRAIT

La veilleuse est allumée ; le petit ne dort jamais dans l’obscurité. Ses vêtements sont pliés, posés sur le vieux coffre, la chambre parfaitement en ordre. « Merveilleux enfant » se dit-il. Sur la tablette de nuit, aux pieds de la Vierge de Lourdes, il y a déposé l’Opinel qu’il lui a offert à Noël et la petite locomotive électrique : « La même que papa ». L’enfant est là, dans son lit, profondément endormi. Yvon s’approche, l’observe, l’admire. Ses larmes redoublent, formant sur ses joues deux filets continus. L’enfant respire lentement, profondément, endormi. Comme on dort à dix ans ! Au pied du lit, le père s’agenouille se penche sur le visage du fils, tout près pour bien s’en imprégner. Une fine gouttelette de pleur tombe sur la joue du petit et va ruisselant jusqu’à la commissure des lèvres. De toute sa douceur, du bout de son index, le père effleure la larme pour en atténuer le relief. Il porte le doigt humide à ses lèvres qui esquissent un doux et long baiser. Puis, lentement, sans le quitter du regard, il se retire, les yeux inondés. Lorsqu’il referme la porte, aussitôt sa démarche s’assure, ses pas redeviennent plus lestes, ses épaules affaissées se redressent, son menton se relève.

À PROPOS DE L'AUTEUR

4e enfant d'une fratrie de huit, Antoine Parra, Catalan natif de Capmany, découvre la Catalogne de France à Saint Laurent de Cerdans où ses parents, d'origine Andalouse, travaillent à la fabrique d'espadrilles. Cet enfant de l'école de la République, comme il aime à se définir, très jeune se passionne pour la lecture. Devenu enseignant, le gout de lire annonce le plaisir de l'écriture. Educateur de rugby, cet homme proche de la terre puise naturellement son inspiration au sein de ce milieu sportif et catalan haut en couleur. Enfin il choisit Argelès, village natal de son épouse, pour décor de ce premier roman annonciateur de bien d'autres ouvrages pour le plus grand plaisir des lecteurs.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern

Seitenzahl: 133

Veröffentlichungsjahr: 2017

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



A ma mère qui ne l’aura pas luA mon père qui ne le lira pas

PRÉFACE

Depuis plus de vingt ans, joueur, puis entraîneur je consacre au rugby la plus grande partie de mon énergie et de mon temps. J’offre bien évidemment le peu qui me reste (trop peu sans doute) à mon épouse et à mes enfants. Nombre de loisirs que j’apprécie et en particulier la lecture sont par là-même devenus des moments de détente fort rares.

Aussi, quand, au mois de janvier, venant d’accepter d’importantes responsabilités au sein de l’équipe de France, Antoine Parra me sollicite pour préfacer son premier roman « Aubes meurtrières à Argelès » je pense d’abord que cela tombe plutôt mal.

Mais cette réticence initiale s’estompe très vite et c’est avec un réel plaisir que je lui rédige ces quelques lignes. Pourquoi ? … Pour les souvenirs si présents et si chers à ma mémoire qu’il fait revivre. Antoine Parra, instituteur à Argelès sur Mer a été éducateur à l’école de rugby durant de nombreuses années.

Cela évoque en moi bien des images. Des visages aussi… En premier lieu, celui de Monsieur Bailbé, mon instituteur de CM2, pour qui je garde un immense respect ; ceux de Messieurs Gri, Peytavi, Péricot ses collègues ; tous ceux qui les mardis soir après leur classe, venaient au stade donner encore un peu de leur temps et de leur énergie, pour encadrer de leur autorité bienveillante nos premiers pas sur les terrains de rugby. Le tout, sous l’œil sévère mais, passionné, avisé et juste de Pierre Aylagas et la présence d’André Mons, notre président, au combien dévoué à son club. Aujourd’hui, je mesure à quel point la présence active de ces hommes, de ces enseignants à chacun des entraînements de leurs élèves joueurs a été déterminante dans mon parcours. Cette préface m’offre l’occasion de leur rendre l’hommage qu’ils méritent et de leur exprimer la gratitude et l’immense considération que je garde pour eux. Elle me donne aussi l’occasion de saluer, sincèrement, toutes ces femmes et ces hommes anonymes, œuvrant pour initier auprès des plus jeunes des écoles de rugby, l’esprit de combativité, de solidarité, de partage, de respect, autant de valeurs incontournables dans ce sport et essentielles dans la vie.

De fait, la lecture de ce roman a pris pour moi la forme d’un voyage ; un voyage qui m’a d’abord conduit au cœur de l’Etoile Sportive, mon club formateur dont je suis chaque dimanche les résultats et brillamment entraîné par mon ami Patrick Arlettaz. Cet ouvrage m’a plongé ensuite au cœur d’Argelès, l’univers de ma jeunesse. Argelès, Gaston Pams, la coopérative, le « Sénat »… Tous ces lieux qui deviennent dans ce roman les théâtres d’une intrigue au suspense haletant et au dénouement inattendu…

Au-delà des souvenirs qu’il éveille en moi, « Aubes meurtrières à Argelès » révèle un auteur au style vif et incisif maniant à merveille l’art de décrire chaque scène comme des tableaux vivants où il dévoile avec subtilité la psychologie complexe de chacun de ses personnages. Ce livre me donne l’envie de retrouver le temps de lire. Si, comme moi, vous aimez les enquêtes menées tambour battant, vous partagerez le plaisir qui a été le mien à la lecture de ce petit délice.

Marc Lièvremont.

1

Yvon Puig aime son travail comme il en aimerait un autre. Travailler est dans sa nature. C’est le rôle d’un mari et d’un père. D’ailleurs, pendant ses jours de repos à la Compagnie de Chemin de Fer, Yvon s’emploie à la journée chez ces propriétaires qui aménagent des terrains, près de la plage, pour les estivants. Il creuse des trous pour y planter des arbres, bâtit des murettes, étale le gravier sur les allées. Ces derniers temps, il construit un bloc sanitaire chez les Lanquine, au tout nouveau camping des Peupliers. Yvon sait tout faire et n’y rechigne pas. Son but est d’offrir à sa femme et à son fils tout le confort moderne. Pour sa femme chérie, il voudrait acquérir une de ces machines qui lavent le linge. Ça c’est son secret ; ce sera la surprise.

Pourtant, aujourd’hui, lorsque son chef d’équipe lui a dit que sa mission était annulée, que le train de marchandises qu’il devait conduire à la gare de tri de Villeneuve Saint Georges ne partirait pas, à cause du déraillement d’une Micheline près de Narbonne, Yvon s’est dit que ça tombait plutôt bien. Ces deux jours loin de chez lui le contrariaient. D’abord parce que c’est demain l’anniversaire de son fils. Mais aussi et sans doute surtout, parce qu’il s’en veut d’avoir dit à sa femme, juste avant de partir au travail, qu’il n’aimait pas qu’elle sorte dans le village avec ce chemisier trop échancré. Elle l’a mal pris. C’est que Marie est naïve et trop belle. Elle ne voit pas comment les hommes la regardent, quand elle souligne comme ça ses atouts généreux. Alors, il va rentrer et l’embrasser ; lui dire qu’il regrette, qu’il est trop bête ; que ça n’a pas d’importance ; que les gens ont l’esprit mal placé. Il la serrera très fort dans ses bras. Et, si Marie veut bien… Mais c’est si rare maintenant… !

Il est 22h 15, le train Express à destination de Port-Bou va partir dans moins de dix minutes. Il le ramènera à Argelès en moins de vingt minutes. Yvon calcule qu’en comptant le trajet à pied de la gare jusque chez lui, il sera à la maison avant 23h. Le petit dormira déjà, sans doute. Dommage, il aurait aimé lui faire la surprise.

De la gare d’Argelès, d’un pas rapide, il file vers le carrefour de la boulangerie Briqueu. A cette heure, plus âme qui vive. Il s’engouffre dans l’Avenue de la Libération, tourne à gauche vers l’église et remonte vers la Place des Castellans où il habite.

La porte est ouverte ; Marie ne dort pas encore. Tant mieux ! En plus ça lui évite d’enjamber la murette de la cour pour rentrer par la porte côté jardin. En bas, tout est éteint. La porte de leur chambre, entrouverte, laisse émerger un entrefilet de jour qui maintient l’escalier dans une semi-clarté. Décidément la chance a tourné se dit-il. Elle est avec lui aujourd’hui. Il va pouvoir réparer le malentendu tout de suite. Mais il faudra trouver les mots justes. Elle est si susceptible… Mais Yvon est confiant ! Marie saura bien voir le désir qu’il a d’effacer sa maladresse, celui qu’il a de caresser sa peau, qu’il a d’elle, simplement. Il pose son sac sur le canapé et grimpe les marches, deux à deux, sans bruit, pour préserver l’effet de surprise.

Il est des images qui assomment ! La scène qui se déroule sous ses yeux, dans l’entrebâillement de la porte, a sur lui l’effet d’un uppercut ! Marie est sur le lit, nue, à genoux, appuyée sur ses coudes. Un homme, jeune, agrippé à ses seins la chevauche à grands coups de reins ; les deux dans un vertige de soupirs et de râles d’extase. Sur le fauteuil de la chambre, un autre homme, nu, fume une cigarette, le corps et les sens visiblement déjà repus. Les deux, Yvon les connaît bien. Deux gamins du village d’à peine plus de vingt ans. Il reste là, pétrifié. Bouger, il ne le peut pas. Son sang semble s’être retiré de ses veines. Le long de son corps, grimpe un picotement intense qui vient éclater dans sa tête en un fourmillement douloureux. Son cerveau n’agit plus. Maintenant, tous ses membres, jusqu’au bout des phalanges, sont pris de tremblements convulsifs. Pas un mot, pas un son, toute pensée est éteinte. Son corps, toujours seul, de quelques pas se retire ; quelques pas en arrière ; comme si remonter l’espace allait remonter le temps, annuler ce cauchemar. Là, immobile, infiniment lentement, des paumes de ses mains il enserre son visage, masque ses yeux en un rempart dérisoire face à la scène assassine. Puis, ses mains se séparent, glissent sur ses joues, se plaquent sur ses oreilles, s’agrippant aux cheveux pour en augmenter la pression. Alors seulement, les gémissements contenus de l’homme et ceux débridés de sa femme s’éloignent un peu. Dans cette position, Yvon se retourne et descend les marches, sans bruit. Il prend, sur le buffet du salon, la bouteille de grenache rancio et avale ce qu’il en reste à longues goulées. Des idées folles, décousues le submergent. Là, il perd son combat contre les larmes. Yvon se laisse aller en silence, en longs sanglots étouffés. Lentement, son corps se dérobe. Toute résistance le fuit. Le dos appuyé au mur, il se laisse glisser, s’assoit, se recroqueville, le visage dans ses genoux, les bras croisés sur sa nuque, vaincu. Les soupirs feutrés provenant de la chambre bercent la détresse de l’homme infiniment seul. Une irrésistible nausée le prend, lui enserre la gorge.

Soudain, comme un bruissement dans l’air le tire de la léthargie dans laquelle il s’était enfoui. Les sens à nouveau aux aguets, il scrute la pièce, attentif au moindre mouvement. Rien ! Seule, la comtoise sur le mur du salon égrène imperturbablement les secondes. Dans la chambre, les amants poursuivent leur tâche ; mais curieusement, Yvon se sent déjà moins concerné. Il se dirige vers la chambre de son fils. Avec d’infinies précautions, il entre. La veilleuse est allumée ; le petit ne dort jamais dans l’obscurité. Ses vêtements sont pliés, posés sur le vieux coffre, la chambre parfaitement en ordre. « Merveilleux enfant » se dit-il. Sur la tablette de nuit, aux pieds de la Vierge de Lourdes, il y a déposé l’Opinel qu’il lui a offert à Noël et la petite locomotive électrique : « La même que papa ». L’enfant est là, dans son lit, profondément endormi. Yvon s’approche, l’observe, l’admire. Ses larmes redoublent, formant sur ses joues deux filets continus. L’enfant respire lentement, profondément, endormi. Comme on dort à dix ans ! Au pied du lit, le père s’agenouille se penche sur le visage du fils, tout près pour bien s’en imprégner. Une fine gouttelette de pleur tombe sur la joue du petit et va ruisselant jusqu’à la commissure des lèvres. De toute sa douceur, du bout de son index, le père effleure la larme pour en atténuer le relief. Il porte le doigt humide à ses lèvres qui esquissent un doux et long baiser. Puis, lentement, sans le quitter du regard, il se retire, les yeux inondés. Lorsqu’il referme la porte, aussitôt sa démarche s’assure, ses pas redeviennent plus lestes, ses épaules affaissées se redressent, son menton se relève. Deux râles d’extase, plus puissants, témoignent que les amants achèvent leur quête. Yvon descend, ouvre la porte et sort.

2

Ingrid n’aime pas ces soirées, mais elle s’en accommode. Deux fois par semaine, c’est comme ça. Frédéric part à son entraînement de rugby, de 9h, jusque vers minuit. Elle voudrait bien qu’il arrête mais elle sait qu’elle ne peut ni ne doit l’en empêcher. Le rugby c’est sa vie. A 26 ans elle doit prendre patience ; encore une saison ou deux et il raccrochera les crampons. En attendant, elle organise ses soirées : un peu de rangement, le linge surtout, une petite salade, et un film sur le lecteur DVD jusqu’à ce qu’il rentre. Parfois, comme ce soir, après la douche, elle enfile une culotte et un tee-shirt. Recroquevillée sur le fauteuil, près de la cheminée, elle traque la présence improbable d’un duvet égaré sur ses jambes parfaites.

Elle s’évade dans ses pensées, se dit qu’elle est heureuse avec Frédéric ; qu’elle a eu de la chance de l’épouser. Un léger sourire se dessine sur ses lèvres lorsqu’elle pense en elle-même que Frédéric aussi est amoureux. Elle le sait. Elle sait aussi, que désormais sa vie est ici ; elle l’a choisi. Au début ça a été difficile. D’Argelès, elle ne connaissait que le visage d’été : les vacances au camping, la plage, l’Allée Jules Arolles bourrée de vie, le soleil, les rencontres… Mais, lorsque brutalement vers la fin du mois de septembre cette euphorie s’arrête, c’est une toute autre vie qui reprend ici. Une vie bien triste pensait-elle. Argelès devenait alors un village catalan en hibernation. Ce dehors dépeuplé, cette circulation fluide, le silence des rues, elle les ressentait comme un vide vertigineux. Les Catalans, orgueilleux, inabordables, secrets, méfiants, ne lui manifestaient qu’une attention de façade. Son statut « d’estrangera », elle le mesurait pleinement, à chaque instant. Elle, la jeune fille émancipée, fière de revendiquer son indépendance, sa liberté, son audace parfois, vivait mal l’éloignement de ses parents. Son frère Yohan aussi lui manquait. Et que dire d’Amsterdam !… Les magasins, les cinémas, les spectacles, la vie la nuit… Ici, à Argelès, elle était terrée aux anti-podes de la seule existence qu’elle connaissait et qu’elle aimait.

Heureusement, il y a Frédo. Frédo qu’elle aime passionnément. C’est pour lui qu’elle est restée, qu’elle s’est accrochée à ce pays catalan. Grâce à lui ! pense-t-elle aujourd’hui. Oui, tout a bien changé. Ce mois de septembre tant redouté, comme eux, elle l’espère maintenant. Ces rues silencieuses, calmes, qui lui paraissaient sans vie, ne sont que douceur et sérénité retrouvées. La méfiance initiale des gens a aujourd’hui disparu. Elle est des leurs à présent. Elle a fait pleinement siens leurs modes de vie et leurs valeurs. Ce qu’elle prenait pour de l’orgueil, n’est que la fierté légitime de leur attachement viscéral à cette terre catalane. Oui, Ingrid sait que sa vie est ici, avec Frédo et le bébé qu’ils vont faire.

Mais ce soir, il est 23h 15, et on frappe à la porte. Ingrid se précipite, enfile son caleçon justaucorps et ouvre la porte. Le nuage de gaz l’atteint en pleine face, lui brûle les yeux, irradie ses bronches. L’homme la tire vers lui, lui immobilise les bras et plaque sur son nez et sa bouche un chiffon imbibé de chloroforme. Chaque molécule de l’air qu’elle respire semble lui déchirer les poumons. Très vite, sa résistance diminue, ses membres s’engourdissent, tout son corps se détend et elle s’évanouit. Calmement, l’homme la pose au sol, sort de son sac une fine corde, la ligote, le geste sûr et précis. Puis, d’une main ouvre la bouche de la jeune femme et lui enfonce de l’autre un foulard pour l’empêcher de crier quand elle recouvrera ses esprits.

Il se dirige vers la chambre et prend dans l’armoire des vêtements de la jeune femme. Il en remplit le sac de voyage qu’il a trouvé juste au-dessus. Il n’oublie pas le manteau, les baskets et les chaussures. En ressortant, il prend sur le meuble, à l’entrée, le sac à mains de la jeune femme et le portable qui est en charge à côté. Il se dirige vers la porte d’accès au garage, prend au passage les clefs de la Toyota Corolla et dépose les affaires dans le coffre. Puis il revient dans la pièce, sort de sa poche une photo qu’il dépose sur la table du salon, s’accroupit près du corps toujours inerte de la jeune fille et d’un puissant coup de reins le hisse sur ses épaules. Quelques instants plus tard, la Toyota sort du camping, par l’allée principale, phares éteints. Le camping est désert. Le tout n’a pas duré dix minutes. Dans le bloc sanitaire face à la villa, un jeune mendiant enserre entre ses mains le museau de son chien pour l’empêcher d’aboyer.

3

Vincent Delabat a du mal à trouver le sommeil. Même la douce chaleur du corps nu de Lisa contre le sien, ne parvient pas à chasser les images du match de dimanche que cent fois par avance il rejoue. Pour ses amis, pour les supporters, pour son village il voudrait tant le gagner.

A 34 ans, il est revenu vers son club formateur, son club de toujours.

Douze ans à l’USAP dont il est rapidement devenu le capitaine, vingt-huit sélections en équipe de France n’ont jamais réussi à desserrer les liens qui le lient à l’Etoile Sportive Catalane. C’est le club avec lequel il a connu ses premiers frissons de joueur, où évoluent encore ses copains, ses amis.

Seul le rugby, sans doute, crée entre les hommes ces liens d’amitié qui se moquent du temps…

La sonnerie de son portable l’arrache à ses exploits.