Aundrea - Eric Paulle - E-Book

Aundrea E-Book

Eric Paulle

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Beschreibung

D'une joie magnifique qui se laisse aller doucement aux long des lignes libres de tout contrainte : la liberté de la pensée d'Eric PAULLE et celle de la plume d'Olivier HÉMON nous donnent un avant goût très précis de la deuxième aventure, celle du livre, du roman, Aundrea, que mon ami Eric m'a demandé d'écrire en m'inspirant au plus près de son scénario. Les affres du monde de l'entreprise. La passion de Kevin pour les plantes. Le caractère difficile de Kate. Celui, délicieux du majordome et de la gouvernante. Bref tout est exposé avec malice par l'auteur dans son court métrage qui nous prépare ainsi à savourer les pages du roman à venir. Eric m'a donc demandé d'écrire ce roman, Aundrea, en m'inspirant de son premier jet, c'est à dire, son court métrage. Mais en même temps, je le redis avec force, il me laisse une immense liberté dans mes propos. J'ai pu ainsi, en restant au plus près des désirs qu' Eric me glissait à l'oreille, rester maître de ma plume. Une foultitude de personnages, tous plus emblématiques, prennent vie, les uns, les autres, au fur et à mesure des chapitres, tantôt joyeux, tantôt tragiques. J'ai taché d'inventer une tonne de personnalités et de situations toujours plus riches et diverses dans leurs caractères et dans leurs descriptions. Après un long travail de correction du roman par Eric et moi-même, quand nous estimerons que son écriture nous semble aboutie, ce qui, d'ailleurs n'est jamais le cas, nous ferons appel à Claude, notre troisième correctrice qu se plongera dans le roman pour en assurer une dernière correction la plus pointue possible. Alors et seulement alors, Eric PAULLE et lui seul se lanceront dans l'écriture du long métrage, Aundrea, évidement inspiré par le roman. Les deux buts étant, un, de sortir le livre et deux, de tourner le film écrit par Eric d'après le roman. C'est vraiment un travail à deux. Mené dans le calme, avec en arrière-plan, une poésie discrète mais toujours présente. Voilà. En espérant que le travail de notre duo donnera satisfaction à tous ceux qui nous feront l'amitié de s'y intéresser et leur apportera des moments de rêve. Une écriture à deux mains : Eric PAULLE & Olivier HÉMON.

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Seitenzahl: 574

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

Préambule

Chapitre 1 : Kate, le luxe

Chapitre 2 : Au bureau

Chapitre 3 : Le bar

Chapitre 4 : Aundrea à l'école

Chapitre 5 : Aundrea à la maison

Chapitre 6 : Réunion

Chapitre 7 : Elena

Chapitre 8 : Kate nostalgie

Chapitre 9 : Gros bouquet

Chapitre 10 : Fleuriste

Chapitre 11 : Olivier Lequois et Kate Ambrose Levy

Chapitre 12 : Ça sent le roussi !

Chapitre 13 : Picoler !

Chapitre 14 : L'orage !

Chapitre 15 : Emmanuelle De La Ruelle

Chapitre 16 : Tendresse

Chapitre 17 : Cour de récré

Chapitre 18 : Kate et Kévin

Chapitre 19 : Sortie d'école d'Aundrea

Chapitre 20: Amour et musique !

Chapitre 21 : Le Parc

Chapitre 22 : Fleur à la bouche

Chapitre 23: Kate Ritournelles

Chapitre 24 : Family s' birthday

Chapitre 25 : Damien ou la semaine des 4 jeudis

Chapitre 26 : Orage au bureau

Chapitre 27 : Petits papiers

Chapitre 28 : Damien et Olivier

Chapitre 29 : Zoo

Chapitre 30 : Audresselles

Chapitre 31 : Shopping

Chapitre 32 : Mort aux affreux !

Chapitre 33 : Anniversaire

Chapitre 34 : Lendemain d'agapes

Chapitre 35 : Poulettes !

Chapitre 36 : Rêves !

Chapitre 37 : Excellence

Chapitre 38 : Shooting

Chapitre 39 : Clapotis

Chapitre 40 : Relax chez Damien

Chapitre 41 : Confession sur un pédalo

Chapitre 42 : Angoisse

Chapitre 43 : Repas chez Luc

Chapitre 44 : Grippe

Chapitre 45 : Les Ecuries de La Musardière

Chapitre 46 : Vol à la tire

Chapitre 47 : 16 ans

Chapitre 48 : Post Mortem

Chapitre 49 : Job

Chapitre 50 : Guitare

Chapitre 51 : Sur un banc

Chapitre 52 : 17 ans

Chapitre 53 : 1 an

Chapitre 54 : Et Kate ?

Chapitre 55 : Avé Maria, la dernière

Chapitre 56 : Mariage des deux tourtereaux

Chapitre 57 : Chaos !

Chapitre 58 : le soleil se lève

Chapitre 59 : Roma !

Chapitre 60 : Cinéma

Chapitre 61 : Déception

Chapitre 62 : Écriture

Chapitre 63 : Ardeur !

Chapitre 64: Les fleurs

Chapitre 65 : Tournage 'Ardeur'

Chapitre 66 : Bénodet

Chapitre 67 : Au Georges V

Chapitre 68 : New-York

Chapitre 69 : Châteauneuf-du-Pape

Chapitre 70 : Voix Walt Disney

Chapitre 71 : Granville

Chapitre 72 : Kate, souvenir d'enfance

Chapitre 73 : Hommage festif

Chapitre 74 : Lundi

Chapitre 75 : Echec !

Chapitre 76 : Deux enfants à naître !

Chapitre 77 : Je serai maman

Chapitre 78 : J'ai fait un rêve

Chapitre 76 : Remise à neuf

Chapitre 79 : Ma maman chérie !

Chapitre 80 : Pâte à crêpes

Chapitre 81 : Lettre à Aundrea

Chapitre 82 : Réponse à Pietro

Chapitre 83 : Raphael

Chapitre 84 : Confidence le long du lac

Chapitre 85 : Réunion des parents

Chapitre 86 : Piaf

Chapitre 87 : Kévin hors la paix

Chapitre 88 : Johannes Brahms

Chapitre 89 : Goguette

Chapitre 90 : Lettre à mes filles

Chapitre 91 : Merci

Chapitre 92 : Le Mont Saint-Michel

Chapitre 93 : Lasse !

Chapitre 94 : Der Freichütz (Le Franc Tireur)

Chapitre 95 : ça déménage !

Chapitre 96 : Deux, trois mois

Chapitre 97 : Joyeux étudiants !

Chapitre 98 : Dans un mois !

Chapitre 99 : Point Final !

Préambule

Son histoire, à cette petite Aundrea, c'est avant tout l'histoire d'une joie de vivre. D'une culture immense qui va se propager le temps d'une vie. Celle d'un bébé, d'une enfant, d'une adolescente, puis d'une femme qui rit de et avec le temps qui passe. D'une promenade dans tous les lieux de culture, le chant, le théâtre, le cinéma, les enregistrements. Ce sont aussi des fêtes qui n'en finissent jamais tant elles sont riches en événement joyeux. Des mains qui se tendent vers celui ou celle qui a besoin qu'on les chope avec force, pour lui donner de l'amour. Ces mains, ce sont justement celles d'Aundrea, toujours prêtes à se serrer, aimer, aider ceux qui souffrent. C'est aussi l'histoire de ces gueuletons qui n'en finissent jamais chez l'ami Damien et son bar Le Jumbo. On y règle les conflits familiaux, les conflits tous courts. Et puis, Elisabeth et Edouard, le majordome et la gouvernante toujours présents en cas de coups durs. Et, hélas, certains ne pourront pas être évités et durciront cette histoire pleine de tendresse. On y est si heureux que s'y retrouver est un bonheur immense. Et puis, il y a la maman, la vraie, la génitrice, Elena, avec ses gros défauts et ses qualités pleines de fragilité, le papa, Kevin, la maman par adoption, Kate. Et tout ce petit monde, s'aime, s'adore et c'est l'histoire de cet amour qui nait et qui grandit au fur et à mesure des pages de ce roman. Et d'autres sont là qui veillent au grain, comme Emmanuelle, la marraine, la bonté et la beauté faite femme. Et il y a l'amoureux, le violoncelliste Pietro et son frère jumeau, Paolo, le violoniste que la mort emportera tôt, si tôt, trop tôt. Bref ce sont aussi des malheurs qui déchirent le cœur des protagonistes. Des malheurs qui refusent de s'installer et qui rebondissent tel un ballon de foot en pleine joie de vivre. Et il ya les animaux. Les petits, les insectes, les gros, les éléphants, les tigres, et le chat Léo, celui qui est là partout où on ne l'attend pas. Tout juste s'il ne roucoule pas comme un pigeon. Et le chant à la gloire des chevaux qu'Emmanuelle, l'amie si fidèle qui monte du haut de sa grâce avec une maestria grandiose, les frisons, ces chevaux de rêve. Et puis, le travail aussi est très présent. Celui de Kevin dans son magasin de fleurs et de bonsaïs, de Kate PDG de sa boite, une grande imprimerie, également maison d'édition qui va bientôt couvrir le monde entier. Kate, avec sa douceur et son caractère de cochon. Et Elena, qui n'hésite pas à faire le coup de poing avec son ex mari. Et tous ces merveilleux amis rencontrés, au quatre coins du monde, au hasard de la vie, Marguerite, par exemple, qui cuisine et vend les meilleurs fromages de la terre. Et dont la disparition sera un des drames dans la vie d'Aundrea. Et les merveilleux concerts des deux frères Pietro et Paolo, les as du violoncelle et du violon. Et cette voix cristalline d'Aundrea qui sort du fond de sa gorge comme un cadeau fait à l'humanité. Et le collège Stanislas où Aundrea va briller comme la plus lumineuse des étoiles. Et les études de médecine. Bref, un foisonnement si riche que toi, lecteur, tu vas éprouver un plaisir intense à la lecture de toutes ces péripéties que tu en redemanderas. Cela fera l'objet d'un scénario qui, nous l'espérons donnera lieu au tournage d'un long métrage. L'amour court tout le long de ce roman comme un bon repas que l'on ne finit jamais de déguster. Et puis, c'est la fin. Dont je ne dévoilerai rien. Je prierai le lecteur de ne pas s'y précipiter avant sa juste position de lecture. C'est à dire justement, à la fin. Ce livre est un hymne à l'amour, au bonheur, à la réconciliation, un art de toujours être présent aux côtés de tout ce petit monde qui ne demande qu'à rire le temps d'un grand beau temps, à la montagne, à la mer, au zoo, dans les jardins fleuris de bonsaïs. Où en Italie où la passion du beau n'en peut plus de délicatement s'étendre à Rome, Venise et autres merveilles de ce pays si magique. Il y fait toujours beau même si, parfois, un vent de grand frais vient balayer une page d'écriture ou deux. Merci à vous tous, lectrices et lecteurs.

Je remercie Eric PAULLE qui m'a confié ce travail. Il est le fil rouge qui a tenu ma main de la première page à la dernière. Du premier mot, au dernier. Olivier HEMON & Éric PAULLE.

‘‘Un grand merci très chaleureux pour Claude et Thomas pour le magnifique travail, Eric & Olivier.’’

Chapitre 1 : Kate, le luxe

La demeure du père de Kate est une immense bâtisse du début du 17ème siècle. Très longtemps, il y a fait bon vivre. Des moments d’un bonheur comme seuls les américains savent les transformer en films hallucinants. Kate y a vécu une enfance de rêve auprès d’une mère aimante et d’un père qu’elle adorait et ce jusqu’à ses douze ans. La première partie de sa vie, bébé, petite fille, adolescente, elle l'a vécue dans une totale innocence. Ses parents la dorlotaient. Ce bonheur, elle l'a chevauché comme un cerf-volant lancé dans les cieux, par-delà les nuages et surtout, dans un émerveillement quasi quotidien. Une sorte de feu d'artifice multicolore. Sa vie a basculé une première fois à la mort de sa mère, Ludivine, des suites d’un cancer. Kate, habituée à une vie facile, dans le luxe et l’amour de ses parents, subit cette disparition comme un coup de tonnerre destructeur. Elle était encore jeune et pourtant elle trouvera l'énergie pour se hisser au-dessus de la douleur. Plus tard, à ses 38 ans, son père alors âgé de 92 ans va la quitter à son tour des suites d’un cancer foudroyant. Les derniers instants de vie de son père, elle les passe à son chevet auprès de sa gouvernante, Theresa qui l’épaule pour éviter qu’elle ne sombre dans une dépression. Cela la mènerait à dieu sait quelle décision funeste prendre. Le majordome, Edouard, auprès d’elle depuis sa petite enfance, est attentif à ce que chaque instant de sa vie soit protégé de tous les déchirements, de toutes les colères, de tous les orages. C'est Edouard, son majordome qui lui tiendra la main pour éviter qu'elle ne glisse dans le chagrin et les tourments. Même au moment de la fin de vie de ce vieux monsieur qu’elle a tant adoré, Edouard est présent auprès de Kate. C’est lui qui lui ouvre la porte de la chambre. Ils traverseront tous deux le parc de la propriété, rejoindront la voiture dont Edouard ouvrira respectueusement la porte avec un léger sourire affectueux. Sourire silencieux qui veut dire : bonne journée chère Madame. Kate est une femme élégante. Rien ne semble pouvoir ternir cette image de gagnante qu’elle transporte depuis sa toute petite enfance. Elle ne reverra plus son vieux père qui va s’éteindre alors qu’elle s’est remise au travail dans son entreprise familiale d'imprimerie et de financement. Et c’est d’un pas vif qu’elle sort de sa grosse voiture luxueuse, une Bentley Continental GT blanche, monte les escaliers, entre dans le grand couloir qui mène à ses locaux. Elle salue ses collaborateurs, signe quelques documents et continue de marcher jusqu’à son bureau. A peine assise devant une pile de papiers, qu’elle s’apprête à consulter, le téléphone sonne. C’est Edouard qui met le point final à ses espoirs : son père n’est plus. Elle est devenue une adulte. Elle est seule pour affronter la seconde partie de son existence. La belle histoire va tourner au vinaigre. Le miroir est brisé. Plus rien ne sera comme avant. Kate se penche sur ses documents les plus urgents puis file embrasser ce père qui lui a donné tant de force et de détermination. Elle ne se départira plus jamais de cette froideur qui lui fut si souvent reprochée, particulièrement tout au long de ses études de formation chez Dale Carnegie. Quelques instants pour serrer le vieux monsieur dans ses bras et la voilà qui se précipite au fond du jardin, saute dans sa voiture et rejoint son bureau. Une nouvelle vie est là qui l’attend. Elle est prête à la dévorer à pleines dents.

Chapitre 2 : Au bureau

Il n’est plus. Le père n’est plus. Le temps n’est plus à l’auto compassion. Papa n’est plus. Stéphanie, son assistante, est là pour la remettre sur les chemins de la réalité, ceux du combat, du triomphe contre les adversaires, les concurrents, ceux qui sont prêts à nous couper en petits morceaux, à nous déchirer jusqu’à ce que mort s’en suive. Stéphanie glisse sous les yeux de Kate un document à signer. Mr. Chanel en a besoin pour clôturer un contrat financier. Kate prend le document, le survole et le signe. Stéphanie abreuve Kate d’une logorrhée interminable. Kate s’agace, ne dit rien. Mais jette un regard autoritaire en direction de la porte.

« Vous avez rendez-vous à 14h00 avec madame Polita pour l’édito du prochain numéro. Mr Perreck doit passer à 16h00 pour vous montrer les maquettes des nouvelles affiches et à 19h00 Madame Lydia pour le montage financier concernant un projet… Je n’ai pas très bien saisi…Mais c’est à l’officine dans une rue du 8ème arrondissement. Je vous présente toutes mes condoléances, Kate. »

Kate remercie Stéphanie, la congédie sans ménagement et se replonge dans ses délires privés et professionnels. Kate, depuis toujours, est marquée d'une force intérieure qui lui a garanti une réussite dans tous les domaines, professionnels, affectifs et familiaux. Dès son enfance, son caractère fut marqué du sceau de la fermeté. Un caractère qui la poursuivra toute sa vie et lui donnera du fil à retordre. Bon nombre d’anciens amis lui en feront payer le prix fort. Elle quitte son bureau en trois enjambées en saluant froidement sa collaboratrice.

« Salut et merci Stéphanie »

Un long soufflement traverse la pièce, c'est le ras-le-bol que Stéphanie exprime pour la dixième fois. Son admiration pour Kate se mélange à la fatigue intellectuelle que lui imposent à chaque instant les ordres de toutes sortes de sa chef, elle ne sait plus trop si elle doit s'en émerveiller ou prendre la décision définitive de s’éloigner de cette vie de contraintes insupportables. Kate, elle, a un secret. Peu d'émotions traversent son cheminement. Si, une chanson la bouleverse. Le sifflement du train de Richard Antony vient la nuit lui titiller le cœur au point qu'elle en verse quelques larmes dont elle tait l'existence. Seule sa gouvernante est dans le secret et a pour consigne de ne jamais la trahir. Jadis en Suisse, dans un de ces chalets pour enfants de riches qu'elle a fréquenté, encore petite fille, elle a dansé dans les bras de jeunes gens de 12 ans. Elle entendra siffler ce train toute sa vie. Elle a caché le DVD de Richard, son héros, dans son tiroir, fermé à clef. Dès qu'un instant lui permet de s'évader, elle saute sur les marches du train. Elle reste cependant hantée par ce soir de Noël où Walter, le maître d’hôtel lui titilla le bout de son petit nez à elle du bout de son gros nez à lui. Ce fut un moment de joie intense mais également de doute. Que pouvait bien lui vouloir ce vieux monsieur ? Son épouse, en cuisine, préparait le repas de Noël pour le lendemain midi et lui, il jouait à touche-touche avec les fillettes de 10 ans de passage à Joli-Nid, le chalet choisi par ses parents pour passer les vacances d'hiver. De retour de vacances elle en avait parlé à sa maman et à son papa qui n'avaient guère apprécié ces petits jeux intimes que le vieux Walter avait fait subir à Kate. Son père avait convoqué le monsieur en question dans son bureau de la Société Nouvelle Mercure dont il était le patron. Walter avait reçu une chaise lancée avec force sur lui et était parti effrayé par la menace que le père de Kate lui avait hurlée. Il allait s'empresser de le dénoncer à la police. Kate avait été très fâchée que son intimité de petite fille se finisse ainsi. Revenue à la réalité de sa vie d'adulte, elle se laisse aller quelques secondes supplémentaires à ses souvenirs, s’en débarrasse jusqu’à ce que Nathalie arrive dans son bureau et la replonge dans son quotidien de cheffe. Kate la remercie avec, au fond du cœur, de vieilles envies de meurtre. L'après-midi passe. Kate décide d’enfouir ses dossiers dans ses tiroirs. Elle salue ses collaborateurs en les priant de ne pas quitter leur poste avant 18 h. Kate a d'autres projets : retrouver le bar où l'attendent Emmanuelle, Aundrea, Kévin et Damien.

Chapitre 3 : Le bar

Clac ! Un gros bisou claque brutalement depuis le bar. C'est Damien, le barman, qui l'a envoyé vers Kate selon sa mauvaise habitude. Il a une quarantaine joyeuse. Il irrite profondément Kate avec sa drague. Mais elle l'aime bien. C 'est un brave type. Il n'est pas trop malin. Mais bon ! Et puis le lieu est si beau, si agréable. C'est le Jumbo Bar, Kate s'y sent comme dans son fief. Elle y a partagé avec son père ses réunions de travail et plus jeune avec sa maman et son papa toutes les fêtes de Noël, d'anniversaire et autres prétextes au bonheur.

« Tu bois quoi, ma douce ? »

« Un kir ! »

« Pêche ? »

« T'es chiant, comme toujours, pêche... Tu m'embêtes avec tes questions à deux balles. »

« Toujours célibataire ? »

« T'es vraiment lourd, Damien !»

Kate aperçoit sa vieille amie Emmanuelle. Elle lui propose de la rejoindre à sa table. Kate ronchonne selon son habitude et finit par s’asseoir à ses côtés.

« J'ai beaucoup de boulot, Manu, Je n’ai pas le temps. »

« Mais arrête, faut que tu te poses un peu ! Y a un bail qu'on ne s'est pas vu. Tu me racontes quoi, ma belle ? »

Kate voudrait qu'on lui lâche un peu les baskets. Elle a besoin de se poser. Marre d'être entourée de gens qui lui disent sans arrêt ce qu'elle doit faire, lui reprochent de ne plus sourire. Emmanuelle utilise mille et un stratagèmes pour voir Kate. Et vraiment, ça lui tape sur les nerfs. Elle a besoin de se retrouver seule, tranquille. Son travail l'accapare. Elle n'a pas le cœur à discuter. Elle finit par se lever. Elle rejoint le bar. Aundrea, du haut de ses 8 ans, reste silencieuse en souriant. Son père s'amuse des pirouettes de sa fille tandis qu'ils dînent joyeusement. Kate avale une bière. Aundrea et son père Kévin sourient, narquois. Une fois de plus, Kate se sent ridiculisée. Kévin lui fait un petit signe en souriant. Il se tapote le bout du nez. Kate a laissé un peu de mousse. Elle ne l'a pas remarqué. Elle comprend, touche son nez et l'essuie du bout des doigts. Aundrea, d'habitude timide, n'y tient plus. Elle fait des signes à son papa en montrant Kate qui a bien du mal à cacher sa gêne. Décidément, elle ne comprend pas pourquoi tout le monde se moque d'elle. Peut-être la jalousie. Kate est riche, sa maison est splendide. Son univers ne laisse pas les autres indifférents. L'air de rien, ils en crèvent d’envie. C'est ce que Kate croit. Ils ne lui arrivent pas à la cheville et le lui font payer, le prix fort. Celui d'une amitié qui sent le désir de réussite, l'envie, croit-elle et ronge tous ceux qui sont témoins de son succès. Kate se trompe. Ses amis sont de vrais amis. En particulier, Emmanuelle qui admire Kate avec sincérité sans aucun sentiment malsain ou frauduleux. Au bout du bar, Kate tache de cacher son désarroi et lance un hello rieur vers la petite Aundrea. Elle sent un manège entre Damien et Aundrea. Damien a glissé un papier minuscule dans la main de la petite fille. Emmanuelle se lève, retourne près du bar et embrasse Kate avec toute l'ardeur d'une vieille fraternité. Kate accepte l'invitation à dîner d'Emmanuelle.

Chapitre 4 : Aundrea à l'école

L'école. C'est toujours dans la vie d'un enfant un moment plein de soleil mais aussi de gravité. Aundrea n'échappe pas à la règle. Elle partage ses jeux avec ses amies. En particulier avec Sonia, la meilleure de toutes, une africaine avec qui elle échange les plus petites de ses confidences. Elles sont côte à côte devant la maîtresse Madame Durieux. Elles bavardent mais restent de bonnes élèves qui raflent toutes les bonnes notes. En tous cas, quand elles ne chahutent pas, aucun autre élève ne peut leur voler les premières places. Sauf peut-être Max, bien décidé à leur faire des crasses. Il n'est pas si méchant, le petit Max. Juste un chuchoteur qui charme ses petites camarades de classe. Mais au fond, chacun y trouve son compte : Aundrea et Sonia, qui dominent leurs camarades par leurs notes époustouflantes et Max qui est le premier garçon de la classe et qui joue à un petit jeu de séduction avec madame Durieux qui accueille le cinéma du jeune garçon avec fantaisie et bienveillance. Peut-être même est -elle sous le charme d'un brin de séduction. Et voilà que sonne la récréation. Chacun des enfants se précipite dans la cour exception faite de nos trois galopins toujours décidés à se faire remarquer par leur bonne conduite. Un salut respectueux à la maîtresse Et hop ! Les voilà dehors. La cour est pleine de garçons qui courent dans tous les sens, un ballon de foot aux pieds. Et ce ballon roule en plein désordre, sous des hurlements de joie. Les filles restent en dehors exception faite des deux fillettes Sonia et Aundrea qui attendent le moment opportun pour plonger au cœur de la bagarre. Max reçoit le ballon droit dans l'estomac. Ouh ! Il le relance immédiatement à Jean qui le renvoie au plus petit de la classe André. Petit mais rapide comme un guépard. Gauche droite, gauche droite entre garçons. Nos deux petites, pour le moment, restent sur le côté, rigides. Elles continuent de jauger les camarades et échangent leurs appréciations, juste pour sauter dans la fournaise au moment le plus judicieux. Toujours légèrement en retrait, elles repèrent les bons éléments et les plus faibles dont elles pourront tirer bientôt profit. Aundrea saute enfin sur une belle occasion de s'approprier le ballon. André cavale comme un fauve en recherche d'une proie. Il glisse sur une flaque et se retrouve allongé sur le ventre, le nez dans la gadoue. Malencontreusement, le ballon lui échappe. Il n'est pas blessé. Ouf ! Aundrea récupère le ballon. Elle le lui a subtilisé sous le nez et une cavalcade de fous débute. Les filles s'envoient le ballon l'une l'autre. Aundrea qui n'en peut plus de bonheur, donne un bon coup de pied et envoie directement la balle dans ce qui sert de buts : deux cartables distants de quelques mètres. Sonia court, le ballon dans les mains. Elle le caresse comme un doudou. Elle s'apprête à tirer quand retentit la sonnerie. C'est la fin de la récréation. Ordre est donné de se mettre en rang.

« Bravo, les filles, c'est vous les meilleures, lance gaiement Jean-Marc, un des joyeux larrons, et les plus belles. »

« Et toi, t'es le plus beau. »

Entre séduction, congratulation et félicitation chacun tâche d’avoir le dernier mot. On se calme. Les filles se précipitent aux toilettes histoire de se rafraîchir. Elles prennent du retard. Elles frappent à la porte de la classe. Elles rejoignent leurs places, non sans s'excuser.

« Ne vous excusez pas les filles. Je vous ai vues. Quel jeu ! Les garçons n'ont qu'à bien se tenir. »

Grand sourire espiègle de madame Durieux. Max renvoie un sourire plein d'humour en direction de la maîtresse. Avant de porter des jugements à l'emporte- pièce, ce ne serait pas mal si elle aussi se jetait dans l’arène. On aimerait bien la voir s'étaler comme André au beau milieu d'une flaque. Ou peut-être marquer un but ou deux. Bref, à quand des passes entre la maîtresse et les jeunes fous de la classe ? Chacune, chacun reprend son calme. Juste le bruit des cahiers qui s'ouvrent et des stylos qui glissent harmonieusement sur le papier. La séance de travail reprend avec sérieux et sérénité. Aujourd'hui Jean-de la Fontaine est au programme. Madame Durieux propose à qui s'en sent capable de lire la fable ‘’La cigale et la fourmi‘’

Une dizaine de mains se lève avec enthousiasme. Aundrea, à ce petit jeu, est la plus rapide.

« Viens Aundrea. Tiens. Prends ce livre. Nous t'écoutons. »

Andrea demande à sa professeure si elle peut raconter une histoire qu'elle a inventée plutôt que de lire. Son histoire s'inspire bien des fables de Jean de La Fontaine. Sa maîtresse lui donne carte blanche. Toute intimidée, la fillette monte sur l'estrade et se lance dans son récit après avoir pris une grande inspiration.

« Cette histoire, c'est mon papa Kévin qui me la racontait, le soir, quand j'étais toute petite, pour m'aider à m'endormir. C'est le conte de Zoé la petite souris et de Jœ, le homard. »

« Tu as cinq minutes, pas une de plus. »

« Oui Maîtresse. Cela commence sur la plage dite des rhododendrons. Notre amie Zoé s’est endormie sous les rayons du soleil qui dardent un maximum. La mer est basse et après l'étal, elle entreprend sa remontée. Zoé se réveille très loin du rivage et se lance dans un grand exercice de natation dont elle comprend qu'elle ne va pas sortir indemne. Zoé panique et pousse des hurlements pour recevoir de l'aide. Jœ, le homard n'est pas loin. Il finit sa sieste sous un gros rocher et entend les cris de détresse de Zoé. Il se précipite, accroche Zoé par sa pince la plus grosse et avec délicatesse ils rejoignent le rivage. Une belle amitié est née. … »

Et voilà que la maîtresse demande à la jeune fille de s’arrêter là. Elle la remercie et lui promet qu'elle lui donnera l'occasion de finir son récit. Elle est très admirative de l’inventivité de la petite fille. Aundrea, elle, est fière et c'est avec un grand sourire qu'elle quitte la classe pour retrouver son papa, Kévin Benett.

Chapitre 5 : Aundrea à la maison

Kévin et Aundrea entrent dans l'appartement familial. La maman n'est plus là. Après de nombreux problèmes psychologiques, elle a une interdiction formelle de voir sa fille qui est terrorisée par la violence de sa mère. De plus, Elena ne maîtrise plus son alcoolisme qui devient une vraie maladie dont Aundrea subit à chaque instant des affres de plus en plus douloureux. Elle aime son papa et serait si heureuse qu'il retrouve un nouvel amour, et surtout pour elle une nouvelle maman. Aundrea enlève ses chaussures, se dirige hâtivement dans sa chambre et cache le petit papier que Damien lui a donné discrètement, dans une petite boîte posée sur la table de chevet. Ce petit papier contient un grand secret, les coordonnées téléphoniques de Kate. Aundrea serait si contente que Kate soit sa nouvelle maman. La petite fille se change, met son pyjama et va dans la salle de bain se brosser les dents. Un grand sourire à son papa pour lui montrer comme ses dents sont propres. Kévin le lui rend et lui caresse tendrement les cheveux. Aundrea adore son papa. Ils sont très proches. Elle se précipite dans sa chambre, récupère le petit papier pour le donner à son père au bon moment. Puis elle le remet dans sa petite boîte. Elle plonge sous sa couette. Elle est prête à s'endormir en écoutant son papa lui raconter une histoire. Elle est curieuse. Que va-t-il bien pouvoir lui raconter ? Pour changer, il choisit une poésie, une fable de La Fontaine. Kate est très excitée.

« C'est quoi ? C'est quoi ? »

« Ce sera le rat des villes et le rat des champs : »

« Autrefois le rat des villes

Invita le rat des champs,

D'une façon fort civile,

A des reliefs d'ortolans.

Sur un tapis de Turquie,

Le couvert se trouva mis.

Je laisse à penser la vie

Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,

Rien ne manquait au festin,

Mais quelqu'un troubla la fête.

Pendant qu'ils étaient en train... »

Kévin réserve la suite pour un autre soir et embrasse tendrement Aundrea. La sonnette retentit. La petite fille est curieuse. Mais qui dont peut venir à cette heure ? Elle le saura bientôt, enfin très, très vite. Kévin lui souhaite une belle nuit pleine de rêves. Il l'embrasse de tout son amour de papa. Elle est si mignonne. Il voudrait tant qu'une maman éclaircisse la vie de sa petite fille. Celle-ci s'endort avec les yeux pleins de l'image de cette future maman.

Chapitre 6 : Réunion

Kate n'a pas changé. Elle est toujours aussi froide avec ses collaborateurs dont elle exige le maximum. Stéphanie, son assistante, en sait quelque chose. Elle ne cesse de se faire tancer à tout instant. Souvent sans de véritables raisons objectives. Elle est obligée de se taire et accepter le caractère de chien de Kate. Aujourd'hui les questions financières sont sur le tapis. Visiblement, Stéphanie n'a pas géré correctement l'affaire des trois actionnaires, en mal de financement du dossier Up and Down. Celui-ci plombe totalement les prévisions de l'année en cours et Kate est folle de rage. Mais bon Dieu, comment tous ces cons ont pu laisser passer ce trou énorme dans les finances de la société. Si elle le pouvait elle les frapperait pour se défouler. Mais Kate a plus d'un tour dans son sac. Norbert, un nouveau venu au secrétariat, lui glisse des documents à signer en urgence.

« Mets-moi ça aux orties. Tu ne comprends rien. J'en ai assez d'avoir des collaborateurs aussi nuls. Allez, sortez d'ici. Je vous donne trois heures pour résoudre ce problème. Après je vous vire. Allez, dehors. »

Norbert se rebiffe. Kate se réfugie dans l'image de ce père qui lui a tant apporté. Quelle médiocrité autour d'elle, Mon Dieu. Si ce père était toujours là, elle n'aurait pas à jongler avec l'ignorance de tous ces imbéciles qui lui font perdre toute notion de grandeur, de réussite et surtout, c'est le plus important, de plaisir. Et, à ne pas oublier, des tonnes d'argent qui se baladent on ne sait où. Bref, une trésorerie, absolument ingérable, obsolète et qu'il est impossible d'étudier tant elle est complexe. Brusquement la porte s'ouvre sans que personne n'ait eu la courtoisie de frapper. C'est Monsieur Olivier Lequois, le bras droit de Kate. Celui qui se prend pour Dieu en personne. Il en impose et chacun le craint, y compris Kate elle-même qui n'en mène pas large quand il prend la parole. Il ordonne à tout le staff de regagner sa place. Aussitôt dit, aussitôt fait. Chacun s’assoit, mal à l’aise. Qu'est-ce qui nous attend ? Un orage est en vue. Kate n'a jamais vécu, ou depuis si longtemps, une histoire d'amour. Jamais regardé un homme autrement que comme un collaborateur. Mais ce Monsieur Lequois ! C'est un Monsieur d'un certain âge, pas loin des soixante-dix ans. Il a énormément de charme, les yeux bleus, le corps musclé, mais surtout un charisme à vous décrocher la tête. Kate, même si elle ne le reconnaît pas, éprouve à son endroit un sentiment qu'elle a du mal à définir, mais qui la perturbe dès qu'ils sont en présence l'un de l'autre. Il a un regard profond, dur et sans aucune complaisance vis à vis de qui que ce soit. Devant lui, Kate la maîtresse femme, redevient tout à coup un petit chat qui voudrait se cacher derrière un canapé. Et aujourd'hui, Lequois est dans un de ses mauvais jours. Ça va péter, comme on dit. Il est prêt à n'épargner personne. Surtout le menu fretin, les petites mains comme il les appelle avec mépris. Qu'il rêve d’éjecter sans le plus petit regret.

« La ferme. Votre brouhaha me tape sur les nerfs. Assez, silence. Mademoiselle Ruguidon, c'est quoi cette lettre que j'ai reçue de la société Up and Down, des plaintes ? Stéphanie et vous -même n'avez pas été foutues de mettre un euro l'un devant l'autre. Moralité Mr. Dulies, le PDG, menace de nous retirer l'affaire. Petite bagatelle de plusieurs millions. Vous êtes vraiment des petits cons. Tous autant que vous êtes. Mademoiselle Ruguidon, vous êtes virée. Et vous Stéphanie, je laisse votre sort entre les mains de Mademoiselle Ambroise Lévy. Dehors tous. Reste Kate. Je n'en ai pas fini avec toi. »

« Je vous rappelle, Olivier, que c'est moi le PDG ici. J'ai travaillé dur pour être votre chef. Je me suis inscrite dans une des plus grandes écoles de management de Paris. J'ai été assistante de direction au Cosmopolitan Magazine de Londres. Et enfin j'ai fondé avec mon père, Monsieur Ambrose Lévy, sans qui vous ne seriez rien, la société dont vous n'êtes pas le PDG, juste mon adjoint avec Stéphanie. Je vous prie de me parler sur un autre ton ! »

Kate semble vouloir prendre le dessus et donner l'illusion qu'elle domine la situation. La réalité est plus douloureuse. Kate est au bord des larmes. Elle change de ton et supplie Olivier d'être plus indulgent avec ses collaborateurs. Ils sont jeunes, manquent de formation et sont prêts à bosser dur pour être au niveau et servir la société avec ferveur. Et puis, ce salaud sait bien qu'elle en pince pour lui. Alors il peut la menacer, la destabiliser. Il le sait bien, rien ne pourra se mettre entre lui et le pouvoir. Kate stoppe net la conversation. Elle sort en claquant la porte. Et c'est en courant, les yeux larmoyants, qu'elle arrive à son château. Elle se jette dans les bras d'Edouard qui la serre affectueusement.

« Quelle ordure. Ne vous inquiétez petite Kate. Je vous défendrai. Un thé ? »

« Non merci, une goutte de vodka, cher Edouard et quelques petits gâteaux à la pistache. »

Chapitre 7 : Elena

Mon Dieu, qu'elle est belle ma petite fille chérie. Qui peut venir me casser les pieds à cette heure-ci.? Kévin s'approche de la porte. Une main farceuse a écrit : Open the door. C'est la petite qui apprend en secret l'anglais le soir dans son lit. Kévin sait qui est là. Il jette un œil à travers l'œilleton. C'est bien elle. Et merde ! C’est Elena. C'est l'exfemme de Kévin et la maman d 'Aundrea. Elle est paumée, sans un sou et se sent totalement démunie. Ce ne fut pas toujours le cas. Elle avait un poste important dans une société de ventes aux enchères. Elle était spécialisée dans les tableaux et jouissait d'une très bonne réputation. Jusqu'au jour où elle se prit le pied dans le tapis, en multipliant les âneries qui vite se transformèrent en malhonnêtetés. Aussi fut-elle licenciée pour faute grave. Elle aurait identifié un faux Van Gogh comme étant un authentique et l'aurait tout de même présenté à la vente. Le pot aux roses a été découvert. Les spécialistes ont très vite compris. Ils en ont presque ricané tant la manœuvre était nulle. Virée, immédiatement virée. Telle fut la sanction. Plus une très grosse amende : 75000 $. Elle se retrouve à la rue en squattant chez des amis à droite et à gauche. Dépression. Elle se met à boire. Elle ne tient pas le coup et se noie de plus en plus dans l'alcool. Sa détresse est terrifiante et plus personne ne lui tend la main. Dorénavant, elle est méconnaissable et est interdite de séjour chez son mari et sa fillette. Elle devient très pessimiste, très violente et ne se contrôle plus. Elle n'hésite pas à porter la main sur sa fille Aundrea qui est de plus en plus terrorisée par sa maman. Elle devient grossière :

« Merde, putain, fait chier, etc »

Elle balance ces mots à tout va en agressant les gens dans la rue. Pourtant c’est une femme qui eut très longtemps un grand charisme conféré par une position que beaucoup lui enviaient. Sa famille, ses parents, ses frères et sœurs avaient une grande admiration pour elle jusqu'à, en fin de course, la jeter aux orties, comme une moins que rien. Elle n'a qu'une obsession, récupérer Aundrea dont on lui a retiré définitivement la garde. Kévin tache de garder son calme. Il entrouvre la porte. Elena appuie dessus de toutes ses forces et pénètre dans l'appartement. Elle cherche Aundrea qui sort de sa chambre. Aundrea, pas très rassurée, met les mains en avant pour éviter que sa maman ne s'approche trop. Pourtant quelque chose la rassure. Sa maman semble plus calme que d'habitude.

« Papa, maman n'a pas l 'air trop mal. C'est quoi dans le sac que tu portes, maman. »

« Un cadeau pour ma petite chérie, un petit labrador qui s'appelle Baltique comme le chien du président François Mitterrand. »

« C'est qui François Mitterrand ? »

« Un gentil monsieur qui aimait les animaux, Comme celui-là. Il est pour toi ma chérie. »

Kévin sait que cette gentillesse est surfaite. Il attend qu'Elena montre son vrai visage. Et cela ne va pas tarder. Elle pose délicatement Baltique dans les bras de la petite fille qui, folle de joie, embrasse sa maman. La réaction ne se fait pas attendre. Hystérique, Elena hurle ses grossièretés habituelles.

« Ne me touche pas. Je ne supporte pas qu'on me touche. »

Une claque part vers la joue de la petite. Elle l'esquive et tombe au sol. Le chien se sauve par la porte restée ouverte et s’enfuit dans la rue. Jamais on ne le reverra. Kévin attrape Elena par le bras et la propulse contre le mur. Elle glisse par terre, se cogne la tête. Elle pousse un hurlement et attrape une fiasque dans la poche de son pantalon. Elle la vide en riant. En larmes, Aundrea s'enfuit dans sa chambre d'où elle entend les cris de ses parents.

« Pourquoi tu m'évites, Kévin ? »

« C'est pas vrai. Qu'est-ce que tu fais là ? »

Elena hausse le ton. L’immeuble entier peut profiter de la dispute. On entend les voisins qui téléphonent à la police.

« Mais merde Kévin, je dois te harceler pour avoir des nouvelles de ma fille ? »

« Baisse d'un ton, tu veux bien. »

« Je veux la voir. C'est ma fille. Je veux la voir. S'il te plaît Ça fait trop longtemps. J'oublie presque à quoi elle ressemble. »

« Qu'est-ce que tu crois ? Qu'Aundrea aimerait te voir comme ça ? Démolie, saoule en permanence, sale, mal fagotée. »

En trombe, Elena bouscule Kévin et ouvre la porte de la chambre de sa fille qui, terrorisée, s'est réfugiée sous son lit. Aundrea est tellement bien cachée qu'Elena ne parvient pas à la trouver. Une bagarre entre les deux parents commence. À celui qui frappera le plus fort. Kévin finit par faire sortir Elena. En partant, elle lui dit en riant :

« Baltique. Il n’est même pas à moi. Je l'ai volé chez le boucher de la rue des Epines. Inutile de le chercher. Il a dû retrouver son maître. »

Elena se met à pleurer sur le pas de la porte. Elle en crève de ne pas voir sa fille. Elle supplie Kévin d'intervenir auprès du juge pour obtenir un droit de visite. Il le lui promet. Elena lui caresse la joue pour lui montrer sa bonne volonté. Kévin est bouleversé. Il dépose un baiser sur ses lèvres, lui dit au revoir et referme la porte. Aundrea est là qui tire sur son pantalon. Kévin soulève sa petite fille et la couvre de bisous.

« Je t'aime ma belle. »

« Et Maman ? »

« Elle aussi, elle t'aime. »

La fillette regagne sa couette et s'endort sous le regard bienveillant de son papa. Celui-ci s'allonge sur le canapé du salon. Il s'est servi un kir à la pêche et a attrapé au hasard un livre pour retrouver un peu de sérénité : ‘’ L'Ecume des Jours ‘’ de Boris Vian.

Chapitre 8 : Kate nostalgie

La nostalgie dans son immense château, Kate la vit lors de nombreux instants de recueillement. Elle est seule depuis la disparition de son père. Et le silence de l'immense bâtisse l'aide à oublier le bruit incessant qu'elle doit subir au bureau. Elle se sert un peu de vin. Elle rentre du travail. Il est 19h00. Elle trempe le bout des lèvres dans son verre. Dehors, il pleut. Elle se rapproche doucement de la fenêtre. Elle revoit la petite fille qu'elle était et que sa gouvernante poussait joyeusement sur la balançoire près du lac. Elle tient dans ses mains une photo de son défunt papa dont elle ne parvient pas à faire le deuil. Elle entend quelques pas derrière elle. C'est Thérésa. Chère Thérésa. Toujours près d'elle quand la solitude lui déchire le cœur.

« Il se fait tard, Madame, vous devriez aller vous coucher. »

« Je n'ai pas sommeil, chère Thérésa. Auriez-vous la gentillesse de demander à Edouard qu'il nous rejoigne ? »

Celui-ci n'est pas loin. Le voilà qui arrive. Kate les invite à se servir un apéritif et à s'asseoir à ses côtés. Elle a besoin de parler. D'évoquer quelques- uns des rires qu'ils ont partagés à l’orée de ses jeunes années. Les deux serviteurs restent toujours très respectueux envers Kate et se remémorent ces souvenirs avec une délicatesse infinie.

« Vous souvenez-vous, Madame, du jour où s'était approché de la maison, jusqu'à vous lécher la main, un jeune faon ? Vous aviez à peine 6 ans. Alors que vous le caressiez sans la moindre crainte, il semblait y prendre tel plaisir que vous en avez ri toute la soirée. Edouard regardait de loin pour s'assurer que tout danger était écarté et moi j'avais eu l'audace de lui grattouiller la tête, ce qui semblait décupler son plaisir. Il avait fini par nous quitter. On aurait dit qu'il nous remerciait et nous adressait un grand merci. »

« Oui. Je m'en souviens, Thérésa. Et ce jour, souvenez-vous, j'avais 9 ans. Une petite coccinelle s'était posée sur ma main. J'ai compté le nombre de points noirs sur sa carapace pour savoir l'âge qu'elle avait. Elle en avait quatre donc quatre ans. Nous nous sommes lancées, elle et moi, dans une grande et riche discussion philosophique. Elle m'a parlé de Freud. Je lui ai parlé de Pierre Bellemare. Ce n'est pas tout à fait la même maisonnée. J'ai cru qu'elle me parlait d'un clown. C'était moi qui lui parlait d'un clown. Et puis après, moi comme une grande, je lui ai raconté mes longues promenades dans la forêt avec vous cher Edouard. Et puis, la coccinelle s'est envolée vers le lac. J'ai couru et j'ai bien failli tomber dans l'eau... Allez, Il faut que je rentre me coucher maintenant. »

Kate remercie encore ses serviteurs, presque des amis, de leur affection et s’apprête à rejoindre sa chambre.

« Je suis heureuse à vos côtés chère Thérésa et cher Edouard. Vous êtes la pente neigeuse sur laquelle je me laisse glisser comme un Gavroche sur une barricade. »

Elle plonge dans son lit et s'endort avec les tendres images de ce passé qui l'a rendue délicieusement heureuse, si heureuse.

Les serviteurs eux aussi rejoignent leur appartement après que Kate leur ait fait un léger sourire, de loin, depuis sa couette. Elle reprend la photo de son papa et la pose sur sa table de nuit, elle y dépose un baiser et disparaît dans un monde dont elle seule connaît la clef, le monde d'Alice au pays des merveilles, de La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf.

Chapitre 9 : Gros bouquet

Je dois dire qu'entre les délicieuses évocations de mon enfance au château en compagnie de mes très chers amis Thérésa et Edouard et le temps passé au bureau, il y a comme un océan entre mes rêves et la médiocrité de tous mes collaborateurs. Exception faite d'Olivier Lequois. Mais lui, c'est une autre histoire. J'ai eu bien du mal ce matin à m'arracher de mon lit. Encore quelques baisers à l'intention de ma maman et de mon papa. Derrière le cadre où nous sommes tous les trois aux sports d'hiver à Gryon sur Bex, chez ma tante Zabeth, qui vient de nous quitter, il est écrit :

‘’À notre petite Kate notre petit cœur, notre gentil petit oiseau, l'amour de notre vie, celle qui deviendra une reine. Tes parents qui t'adorent. Papa et Maman.‘’

Mon Dieu que cela est pénible de voir tous ces visages tous plus ternes les uns que les autres, réfugiés dans leur bureau, avec la peur au ventre comme si j 'allais les agresser. Quelle bande de cons. Ils sont bêtes et surtout très paresseux. Je dois me battre comme une lionne pour obtenir dans des délais impartis la moitié de mes exigences. Je voudrais en changer quelques-uns, comme Stéphanie. Mai je n'ose pas. Olivier m'impressionne et je ne peux prendre aucune décision sans son aval bien qu'il ne soit que mon subalterne. C'est mon père, bon dieu qui a créé cette société, Monsieur Ambrose Levy, un grand Monsieur, un chef, un maître, un père comme il n'en existe plus. C'est mon père. C'est grâce à lui s’ils vivent tous grassement. J'en ai marre de supporter cette insuffisance intellectuelle qui traîne partout comme un cancer. Et Merde ! Je file tout droit comme une flèche sans répondre à leur salut. Encore une fois, pas un pour racheter l'autre. Ils sont nuls et commettent des erreurs monstrueuses sur au moins la moitié des dossiers. Un énorme bouquet de roses blanches est posé sur mon bureau.

« Bonjour Stéphanie. Encore cet abruti de Damien ? »

« Oui. Ça vient juste d'arriver. »

« Jetez-moi ça. »

Stéphanie demande à le garder. Elle m'irrite tellement, cette pauvre Stéphanie. Je lui plaque les roses dans les bras et elle disparaît en bredouillant un :

« Merci Madame Ambrose Levy »

Du bout des lèvres. Cela aussi, ça me gonfle. Elle ne peut pas dire Madame, tout court. Ou même, Kate, si elle a un peu de tripes. Quelle grisaille, Mon Dieu. On dirait qu'elle a peur de moi. Elle a raison. Un de ces jours, je serai bien capable de lui jeter une tarte en pleine figure. Aux abricots, la tarte. Visiblement, elle un besoin maladif de parler. Faut qu'elle cause, qu'elle cause, quoi qu'il arrive. Allez ! La machine est partie. Je m'accroche à ma table. Le meurtre n'est pas loin.

« Madame Ambr...

« Stop ! Madame tout court ou je vous mets à la porte. »

« C'est bien calme aujourd'hui. Madame ! L'ambiance n'est pas au beau fixe, Madame. Avec ce projet 2435 qui bat de l'aile. Qu'en pensez-vous, Madame ? »

« Stop. Dites encore une fois encore une seule fois Madame et je vous passe par la fenêtre. »

Les collègues se sont agglutinés à la porte de mon bureau pour compter les points. Qui va gagner ? Steph ou Kate ? J'attrape la poignée, je la tire de toutes mes forces.

« Allez-vous-en, vous n'êtes pas payés pour m'espionner. »

Tout le monde s’éclipse. Olivier arrive, un sourire aux lèvres, narquois.

« Tu as rendez-vous avec les investisseurs grecs. Tu ferais bien de te refaire une beauté. Et te calmer. C'n’est pas en piquant des crises que tu vas remonter la santé de la société. »

« Je sais, Monsieur Lequois. Merci Monsieur Lequois. Tu peux disposer, Olivier. C'est moi qui prends les décisions, ici. »

« On se retrouve vers 18h00 pour un Kir à la pêche, chez Damien ? »

« Yes ! Mon pote, yes ! »

Chapitre 10 : Fleuriste

Elena, saoule, comme toujours, est cachée près du magasin de fleurs de Kévin. Elle espionne ses faits et gestes. Bouleversée, elle voit qu'Aundrea est là. Elle est bien décidée à la récupérer, ne fut-ce que par la force. Elle se lance et passe un appel anonyme au magasin. Elle joue gros. Si elle est repérée, les flics seront là en 3 minutes et ce sera la garde à vue. Adieu Aundrea. C'est Marie, l'assistante de Kévin qui décroche. C'est une femme adorable, rondelette à souhait et qui souvent a réglé les conflits les plus douloureux entre les deux époux.

« Fleuriste Benett ! Bonjour !... Oui bien sûr, je vous le passe. Kévin, c'est pour vous. »

Kévin a repéré Elena.

« Va-t-en ou j'appelle les flics. Cette fois tu vas payer la facture au prix fort. »

Il raccroche. Menace Elena de son poing. Elle prend peur et se sauve le plus loin possible, en criant le nom de sa fille :

« Aundrea ! Aundrea ! Aundrea ! »

Marie se veut rassurante et cherche à calmer le jeu :

« Tout va bien, Kévin ? »

« T'inquiète, Marie. »

Marie s'assure que la petite n'a pas entendu la scène. Dieu merci, Aundrea fait des coloriages dans sa chambre ou ses devoirs, on ne sait pas trop et elle est bien loin de se douter du drame auquel elle vient d'échapper. La vie continue et une cliente, joyeuse comme un gardon entre et demande gaiement :

« Bonjour Mr Benett. Vous pouvez me faire un bouquet de roses blanches ? »

« Ça va Marie, j’y vais. J'arrive Madame Merlon. »

Aundrea profite que son papa a le dos tourné pour aller derrière la caisse. Elle sort un petit papier de sa poche et tape quelque chose sur l'ordinateur. Kévin entre dans le magasin avec les roses blanches. Il aperçoit la petite.

« Aundrea, tu pourrais me passer de la ficelle pour attacher le bouquet de Madame Merlon ? »

Un peu ailleurs, Aundrea invente une histoire de gomme dont elle a besoin pour ses devoirs. Elle éclate de rire comme pour éviter d'être accusée d'une quelconque supercherie. Elle se met à danser en singeant un concert de castagnettes. Kévin est si heureux qu'il fond comme une sucrerie. Aundrea lui tend la ficelle pour les roses et regagne sa chambre où elle termine âprement ses devoirs. Aujourd'hui, c'est étude : Qu'est-ce que le climat ? Un grand sujet, bien complexe pour une petite fille de son âge. Pourtant elle s 'y attelle, les poings serrés. Du haut de ses 8 ans, ses doigts enfantins apprennent à tapoter sur les touches de l'ordinateur. L'après-midi s'étale doucement jusqu’à 19h20, heure de poser cahiers et crayons. L'orage est passé et tout le monde a oublié la nouvelle crise d'Elena. La soirée s'annonce paisible. Aundrea sort de sa chambre, rayonnante. Au milieu des fleurs, Kévin serre dans ses bras cette petite fleur dont Elena lui a fait cadeau.

Chapitre 11 : Olivier Lequois et Kate Ambrose Levy

Flash back, Kate a six ans. C'est une merveilleuse petite fille. Son regard est d'une rare intelligence. Il peut être dur et effrayer les autres enfants. Même certains adultes éprouvent un petit malaise quand ils se frottent à ce petit génie. Petit génie qui est en vacances d'été avec son papa Jean et sa maman Golda. Ils sont à Bénodet, dans le Finistère. Ils sont descendus dans un hôtel très luxueux, Le Kermoor, qui rappelle un peu celui du film ‘’Mort à Venise‘’

En moins fastueux tout de même. Fin de journée, après un tour dans le bateau que Jean a fait construire dans les usines nautiques de Nantes et qu'il a appelé Le Dod 3 en hommage à Golda dont Dod est le pseudo affectueux qu'il utilise pour appeler son épouse. Le papa propose à la famille de déguster une crêpe dans le petit restaurant que tient la famille Delière. Les Delière tiennent surtout le club des Canetons où les vacanciers viennent le matin se dégourdir les jambes pour bien commencer la journée. Kate y est inscrite. C'est René qui organise les séances de sport. Par contre, Kate ne connaît pas le vendeur de crêpes. C'est un très bel homme d'une trentaine d'année et qui intimide beaucoup Kate.

« Bonjour Monsieur. On peut avoir trois crêpes, une au sucre, une à la confiture de fraise et une à la framboise ? »

« Oui mademoiselle. »

« Comment tu t’appelles Monsieur ? »

« Olivier. Olivier Lequois. Et toi, jeune demoiselle ? »

« Kate. Kate Ambrose Levy. Mon papa c'est Jean et ma maman, Golda. Mon papa est très riche, il travaille beaucoup. Un jour, je travaillerai à ses côtés. Ce sera moi la directrice. »

Olivier est stupéfait d'entendre une si jeune enfant lui parler comme une grande qui a déjà beaucoup réfléchi aux problématiques de la vie. Il propose à la petite fille de lui faire faire un tour en ski nautique. Pour elle, ce sera gratuit. Rendez-vous est pris le lendemain à 10h00 après la gymnastique. Lendemain matin, la petite famille est réunie sur le ponton avec deux ou trois autres personnes.

« C'est à toi Kate. Tu te tiens assise au bord. Tu enfiles tes pieds sur les skis avec les jambes dans l'eau, et le bout des skis hors de l'eau vers le ciel. Si tu tombes, ne t'inquiète pas, je viendrais te chercher. Attention, un, deux, trois. Et Allez. »

Et là, c'est le miracle. Kate semble littéralement voler sur l'eau. Olivier est fou de joie et chante à tue-tête pour encourager la petite star qui finit son tour sous une pluie d’applaudissements.

« Tu reviens demain, championne ? Tu vas essayer de faire du mono. »

Le lendemain 10h00 tapante. La petite famille est au rendez-vous sur le ponton. Kate, très impressionnée par ce grand monsieur se sent plus fragile que la veille. Olivier vient à ses côtés et l'aide à mettre ses deux pieds en place. Le droit devant et le gauche derrière. Il saute sur le hors-bord. Le papa de Kate est également sur le bateau. Un, deux, trois. C'est parti. Le miracle se reproduit. La petite fille vole littéralement comme une mouette. Et encore une salve d'applaudissements. Jean saute sur le ponton et embrasse Kate de toutes ses forces. Olivier fait de même. Kate est bouleversée.

« Tu reviens demain ? »

« Et non. Les vacances c'est fini. Demain je rentre à la maison. Salut Olivier. »

« Salut petite fille. Et bon courage ! Bonne route. Tu vas devenir une grande. Une très grande dame. »

Trente années passent. Kate a vendu à la mort de son père la villa à Bénodet : L'Alouette Grise. Elle a effectivement repris la direction de la société de son père. Un après-midi, elle rejoint le restaurant de Damien pour se changer les idées. Il est plein à craquer. Elle s’installe au bar et commande à Damien un kir à la pêche. Celui-ci, comme toujours, lui fait un clin d'œil plein de sous-entendus. Quel idiot, pense-t-elle. Elle préfère ne rien dire. Elle sent tout à coup une main se poser sur son épaule. Elle se retourne.

« Vous me reconnaissez ? Le ski nautique. Comment allez-vous Kate ? »

Kate reconnaît immédiatement cet homme qui l'avait tant impressionnée quand elle n'avait que six ans. Elle gardait de ce moment une image lumineuse ainsi qu’une peur face à ce sentiment inconnu. Elle ne peut pas désigner ce mot mais elle comprend que cet homme va illuminer ou détruire sa vie. Il y a un moment d'instabilité dans son corps et son âme. Elle reprend le dessus. Elle s'y oblige avec cette force qui la caractérise. Il ne faut pas tomber, ni succomber. Tout cacher, ne rien dévoiler de l'immense bonheur qu'elle éprouve à retrouver son moniteur de ski nautique. Et brusquement, sans le moindre affect, d'une voix assurée, fluide et élégante, elle sort ces quelques mots.

« Et vous, Cher.? Oh, désolée j’ai oublié votre nom mon cher Olivier. Ah, pardonnez-moi, il vient de me revenir, cher monsieur Lequois. Que devenez-vous ? »

« Moi, madame la directrice, J'ai roulé ma bosse. J'ai travaillé dans des bars. J'ai été DRH dans une maison d'édition:la société Nouvelle Mercure. Et encore bien d'autres aventures. La boîte a fait faillite et à l'heure actuelle, je cherche du travail chère Madame, un travail stable, un poste à responsabilité. Vous voyez là où je veux en venir ? »

Kate est ébranlée par ce cadeau que la vie lui offre. Son prince charmant lui tombe dans les bras. Elle est toujours aussi sensible au charme de cet homme de 30 ans son aîné. Elle réfléchit et lui propose un poste aux côtés de Stéphanie qui ne s'en sort pas toute seule.

« Par contre, attention, chacun à sa place. Compris Monsieur Lequois ? »

« Compris Madame Ambrose Levy. »

Chapitre 12 : Ça sent le roussi !

Ça sent le roussi. Lequois semble se heurter sans arrêt à de nombreuses difficultés dans l'exercice de ses nouvelles fonctions. Fonctions qui le dépassent. Visiblement, il n'a pas la formation nécessaire pour être un bon directeur des ressources humaines. Voilà trois mois qu'il est embauché, et il va d’échec en échec. Stéphanie se plaint de son caractère autoritaire. De sa manie de l'humilier sans cesse par des propos limite agressifs, avec des allusions sexuelles du plus mauvais goût qui se veulent drôles mais qui déstabilisent totalement la jeune femme. Elle s'en est ouverte à sa chef, Kate, qui est bien décidée à mettre rapidement le holà ! Elle reporte la mise au point à plus tard. Pour le moment une réunion autrement plus grave est programmée pour la matinée. Kate quitte son bureau. Elle pénètre en salle de réunion. Sont déjà assis à une table ovale quatre hommes et une femme. Ce sont les actionnaires de la société qu'elle dirige. Des investisseurs très mécontents et avec qui la discussion s'annonce plus que houleuse. Elle les salue et les fait s'asseoir après qu'ils se soient levés par courtoisie, sans le plus petit sourire. Un homme âgé, gros, en costume sombre, cravate jaune de très mauvais goût, transpirant, prend la parole. C'est le dénommé Mercier Jean-Louis qui possède le plus grand nombre d'actions dans la société.

« Bonjour Madame Ambrose Lévy. Vous savez pourquoi nous sommes là aujourd'hui ? »

« Je ne serais pas venue si je n'étais pas informée des résultats catastrophiques du dernier exercice. »

Mademoiselle Latruche est une petite actionnaire sans grand poids financier. D'autre part, elle souffre d’un important strabisme qui donne à son visage sinon un peu de ridicule du moins qui pousserait les mauvaises gens à y trouver matière à moquerie. Elle prend la parole d'une voix perchée et nasillarde.

« Vous savez que nous avons perdu les deux tiers de nos investissements. Sachant que nous sommes vos actionnaires... Comment comptez-vous régulariser la situation ? »

« Je vous assure que je ferai le nécessaire. La réunion est levée. Au revoir Mademoiselle, au revoir Messieurs. »

Kate se lève, sans un regard pour les charognards qui sont devant elle. Pile au moment où elle ouvre la porte entre Olivier Lequois, défait, venu demander la raison pour laquelle il n'a pas été convié à la fête. Kate, complètement livide, le bouscule jusqu'à son bureau.

« Assis. Tu es viré. Je veux ta lettre de démission demain sur mon bureau. »

« Pourquoi ? »

« Tu le sais très bien. Tu peux me remercier de ne pas porter plainte contre toi pour harcèlement à l'encontre de Stéphanie. »

Kate se retourne, essaie de rejoindre la sortie quand, tendrement, Olivier lui attrape l'avant-bras, la retourne comme une crêpe, la serre dans ses bras et l'embrasse avec fougue. Comme dans les bons films américains, elle ne peut que défaillir. Donc elle défaille. Elle se raccroche à la veste d'Olivier, qui perd un de ses boutons. Elle le repousse et dans un souffle lui adresse ces derniers mots.

« Plus jamais. Je ne veux plus jamais te voir. Tu ne fais plus partie de ma vie. »

« C'est très triste, n'est-ce pas ? »

Olivier file vers la sortie. Kate, elle, retourne comme si de rien n'était vers le travail colossal que sa position de PDG exige d'elle. Elle a reçu l'unique baiser qu’elle ne recevra jamais de toute sa vie. Elle l'a déposé avec le bouton sur sa table de travail et s'est replongée dans ses soucis financiers.

Chapitre 13 : Picoler !

Petit aparté : pour noyer ses chagrins d'amour, chacun de nous a sa recette. C'est souvent les gâteaux, l'alcool ou les deux ensembles qui ont la préférence. Chez le macho, c'est la bière, chez l'aristocrate, c'est le champagne, chez l'intello, c'est le whisky. Chez Kate, qui est un cerveau, une intello, une bosseuse et une présidente directrice générale hors pair et surtout une très belle femme, c'est la vodka : Fin de ce petit aparté. Aussi, après son adieu déchirant d'avec Olivier, file-t-elle droit chez Damien.

« Une Vodka, stp. »

« Tout de suite Kate. »

Damien lui sert un verre avec son plus beau sourire.

« Merci. Et puis ça suffit, les fleurs. Ça me saoule. Tu comprends. Au moins change de temps en temps. Je préfère les marguerites si tu veux savoir. »

« Ah oui ! Et bien moi-aussi, j'ai du nouveau. J'ai trouvé un beau cadeau pour Aundrea. Il est derrière. Et tu ne vas pas tarder à l ‘apercevoir. C'est Léo. »