Aventures africaines - Dominique Morin - E-Book

Aventures africaines E-Book

Dominique Morin

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Beschreibung

Dans ce récit d'aventure autobiographique, Doume nous entraîne dans des expéditions passionnantes au coeur de la brousse africaine. Embarquez sur une pirogue dans des paysages grandioses aux côtés de ce baroudeur, rencontrez les populations d'Afrique où coutumes traditionnelles et rites de sorcellerie sont encore intacts.

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Seitenzahl: 438

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

PREAMBULE

AU GABON

Les éléphants dans la scierie

Partie de pêche en mer

Sortie en mer à Bagne : Le banc de sable

Sorties en Hobie Cat 16

La réparation du pont de Kango : Chasse à l'éléphant

Sortie en 4X4 Suzuki au Cap Militaire : La galère

Drôle d'expertise à l'aéroport de Libreville

Pratiques de sorcellerie

Souvenirs et expériences du Transgabonais

Expertise à l'hôpital d'Oyem pour le Ministère des Finances

Sortie dans le sud du Gabon

Les gorilles au Rwanda

Les compagnies aériennes locales dans les années 80

Région de l'Est : Les ponts de liane des plateaux Batéké

AU MALI

Bamako

Le passage des bœufs à Diafarabé

Bamako et le permis de conduire moto grosse cylindrée

La région de Mopti et le pays Dogon

Côte d'Ivoire, San Pedro et Monogaga

Une sortie dans la boucle du Gourma

Un voyage pas comme les autres en Guinée, Sierra Leone et au Liberia

Sur l'étape du Paris-Dakar

Le pot de départ de Gilbert

ROISSY SEPTEMBRE 1991

EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Bangui

Batalimo

L’abattage des arbres

Les chutes de Lancrenon à la Frontière du Cameroun

La pointe Sud de la R.C.A & La réserve WWF de Bayanga

Le même voyage... mais avec tous les motards

Sorties sur les bancs de sable avec Jean Morin

La descente en chambre à air le long de la Lobaye

Immersion en forêt, une semaine avec les pygmées

Chasse aux canards et sortie sur le lac avec Jean Morin

Partie de chasse et appel du lion

La Gounda en moto

Pilotage et petites frayeurs

Les sorties avec le Club hippique

Rencontre avec Bokassa : La cage aux lions et les crocodiles

Au restaurant "Chez l'enflure"

La gargote sur la route de l'aéroport

L'insurrection à Bangui

EN GUINEE CONAKRY

Les échelles de Lélouma dans le Fouta-Djalon

Les échelles de Gaoual

Timbimadina et la vallée de la Fétoré

Pêche avec Henri

Banking et la grande chute de la Fétoré

La nouvelle route pour la grande chute

La concession de Doucki

Les échelles de Doucki

La concession A

Partie de pêche avec l'ambassadeur de Yougoslavie

L’aménagement de la concession

Parapente à la falaise de Doucki

La région de Nzérékoré et du Mont Nimba (Sud-Est)

Le Pajero sur deux pirogues pour traverser la rivière

Le mont Nimba

Nzo et les chimpanzés

Reconnaissance sur le fleuve à Boffa

La libération des enfants esclaves

La tournée d'Hassan, médecin herboriste : Dix heures de marche

L'après-pot de départ du Directeur des ciments de Guinée

La rivière Kakrima, la région de Ley Miro et Donghol Touma

La fête de la mare de Baro

Un vol en ULM

PREAMBULE

Dans ce livre, je raconte les aventures et expériences que j’ai vécues durant mes différents séjours en Afrique, dans les années 1981 à 2001. Ici, vous ne trouverez pas la plume d’un écrivain, mais celle d'un baroudeur qui souhaite partager ce qu’il a vécu, dans une Afrique où il était encore possible de vivre des moments extraordinaires. Mon récit se déroule dans un environnement naturel, dans une société alors tout juste marquée par un début de développement. Certaines de ces expériences seront banales pour certains, d’autres leur paraîtront insolites ou encore incroyables, certaines même macabres. Mais rassurez-vous, les plus macabres, bien que réelles ne seront pas retranscrites dans ce récit et pourtant il y en a eu pas mal. En effet, dans les années 1980, les coutumes, la sorcellerie et les guerres ethniques ou inter-tribus étaient encore bien présentes surtout au Gabon.

Je ne parlerai pas non plus des problèmes rencontrés dans mon travail ou mes fonctions ; cela n’intéresserait que quelques individus. Pourtant, là aussi, il y a de quoi raconter des histoires surprenantes : un ministre qui veut me mettre dans l’avion parce que je ne veux pas doubler le nombre de jeunes formés ; un qui veut me décorer de la légion d’honneur ; un autre qui fait pression sur l’Ambassadeur de France pour que je reste dans son pays à la fin de mon contrat, et j’en passe !

Dans ce récit, je ne cite que certains prénoms et noms (même si je m’en souviens très bien) afin de respecter l’intimité de chacun. D’ailleurs, les gens se reconnaîtront facilement et pourront me faire part de leurs remarques qui seront les bienvenues. J’espère qu’ils ne m’en tiendront pas rigueur.

Au sujet de la chasse, je tiens tout de suite à préciser que si j’ai été chasseur, je ne chasse à présent que les images mais pour devancer les critiques, je tiens malgré tout à préciser que ce ne sont pas les chasseurs qui tuent des dizaines d’éléphants ou rhinocéros pour vendre leurs défenses ou leur corne ni même les girafes, les panthères ou les gorilles. Ce sont des braconniers qui font cela pour le commerce et pour l’argent. Notre société moderne provoque la consommation de certains produits et malgré qu’il y ait quelquefois des abus, j’ai pu constater à plusieurs reprises en Afrique du Sud ou au Botswana que le chasseur est finalement celui qui protège le mieux le cheptel de son territoire. J’ai changé de comportement aujourd’hui, mais je respecte encore les vrais chasseurs pour cela.

Certains mots sont écrits avec leur sonorité du langage parlé : « matchette » au lieu de machette. De même, j’ai gardé les expressions : « on a … » au lieu de « nous avons », car elles représentent mieux le contexte local. Certaines expressions viennent directement du langage parlé : « poser culotte » est le terme employé pour dire « aller aux toilettes en brousse », l’expression malienne « ou bien » signifie « au cas où ». Certains mots sont coupés comme en langage parlé : « sympa » (sympathique), « info » (information), « déj » (déjeuner), restau (restaurant)…

Pour les dialogues, je les ai retranscrits telles qu’ils me sont revenus à l’esprit, en essayant de les déformer le moins possible. Sachez enfin que j’accepte toutes vos remarques et observations qui pourraient apporter des précisions à mes descriptions. Dans un même pays, je n’ai pas forcément respecté la chronologie des événements afin d’éviter les répétitions des voyages. J’ai regroupé les expériences souvent par région ou centres d’intérêts et par activités. Des blancs (écriture) ont été laissés volontairement pour exprimer un temps d’écoulement, de réflexion ou d’action. Et, si certains lecteurs sont choqués par cette retranscription, je tiens à rappeler que ce n’est pas un roman, mais le récit d'un baroudeur.

AU GABON

(1981-1986)

Les éléphants dans la scierie

Arrivé au Gabon en Octobre 1981 comme chef du département Génie civil de l’école d’ingénieurs ENSIL, je suis confronté à des situations auxquelles je n’étais pas préparé. Non pas côté travail car la gestion du département ne m’est pas étrangère (je fais sensiblement la même chose à Toulouse), mais l’environnement dans lequel nous nous retrouvons avec mon fils, nous est complètement inhabituel. Logement en chambre d’hôtel, peu de moyens financiers en attendant la régularisation administrative et un contact humain très différent surtout pour mon fils de onze ans qui d’ailleurs, demandera à retourner en France dès le mois de Janvier.

Je consacre donc cette première année à mon travail et à entretenir des relations avec les grandes entreprises de Génie civil françaises de la place : Satom, Bouygues, Cocoba et Eurotrag, entreprise de construction du chemin de fer Transgabonais. Il faut souligner qu’à cette époque et en tant que nouveau, à Libreville c’est du chacun pour soi. Les coopérants sont là surtout pour faire de l’argent et en oublient totalement la découverte du pays qui pourtant est assez exceptionnelle. Ceci se retrouve aussi plus ou moins chez les autres expatriés où l’on observe un cloisonnement très marqué entre les différents corps de métier : médecins, privés, commerçants, services des ambassades ou consulats… Ainsi, cette première année, je la passe un peu comme les autres coopérants : week-ends à la plage, petites sorties dans les alentours et buffets gargantuesques dans les grands hôtels de la ville. Mais ce n’est pas ce dépaysement que j’avais espéré en venant au Gabon. Heureusement, je peux organiser des visites de chantier régulières avec les ingénieurs du Transgabonais, ce qui me permet de découvrir peu à peu le vrai visage des paysages du pays, de sa forêt et de ses fleuves mais aussi l’ambiance de brousse avec cette atmosphère très particulière d’un chantier hors norme et en pleine nature. L’expérience de la forêt primaire, des conditions de travail en milieu naturel, la présence des animaux et insectes, de grands ouvrages à réaliser dans un environnement grandiose, m’ont poussé à découvrir ce milieu naturel et inconnu dont je rêvais quand je voulais, à l’époque, devenir ingénieur pour construire des grands barrages en Afrique.

Les récits des hommes de chantier ont développé en moi un esprit d’aventure et de recherche de nouveauté comme : chercheur d’or par orpaillage et battées, découverte des éléphants sauvages, abattage d’énormes arbres, présence de figuiers étrangleurs ; rencontre avec des pitons de neuf à dix mètres de longueur ou des fourmis magnans capables de tout dévorer sur leur passage ; la forêt des abeilles de la Lope où, si vous sortez de la nourriture, un nuage d’abeilles s’abat sur vous en cinq minutes… Les collègues de travail et la plupart des coopérants restant indifférents à ce genre de découvertes, je me suis tourné vers des gens aventuriers notamment les chasseurs, les forestiers et ingénieurs du privé et j’ai pris mes distances vis-à-vis du milieu enseignant (ce que l’on m’a d’ailleurs reproché).

Je rencontre ainsi Jean-Marc, chasseur de gros gibier, Guy, ingénieur du privé, et de nombreux forestiers dont M. Seguin (qui avait bien une chèvre dans le jardin de son exploitation forestière). Tout ce beau monde côtoie régulièrement le café Pelisson, le plus vieux café de Libreville, tenu de main de maître par sa gérante Hélène. Hélène connaît parfaitement sa clientèle et, dans son petit café, met en relation les gens suivant leur personnalité.

Un matin, alors que je prends un rapide café glaçon, je jette un coup d’œil à mon voisin de bar. Celui-ci m’invite à prendre un petit déj forestier avec lui. J’accepte l’invitation mais à ma grande surprise, Hélène me sert un double whisky avec un croissant accompagnés d’un large sourire. Dur dur à neuf heures du matin ! Mais pour lui aucun problème, c’est le médicament de brousse me dit-il ! Pas simple d’avaler le double whisky : j’ai failli m’étouffer, mais bon, on a bien rigolé, surtout Hélène. On finit par sympathiser et il m’invite dans son exploitation forestière, invitation que j’accepte avec empressement. On engage la conversation puis rendez-vous est pris dans quinze jours pour me présenter un ami forestier qui aurait peut-être besoin de moi, si je suis chasseur. Je saute sur l’occasion, mais à une condition : je choisirai le menu du petit déj ! Hélène éclate de rire et ajoute : « Pour la première tournée ! »

Les jours suivants, je prends rendez-vous avec Jean Marc qui, bien-sûr, saute sur l’occasion et à la date prévue, nous nous retrouvons attablés avec les deux forestiers. Ils sont déjà là, au bar et bien servis. Hélène nous invite à prendre une table à l’écart, car elle est déjà au courant de la discussion. Après les présentations, le copain forestier nous laisse alors en compagnie de son ami, un homme aux traits tirés, fatigué mais désireux de nous faire partager ce qu’il est en train de subir. Il a acheté une concession forestière à cent vingt kilomètres de Libreville sur la route de Lambaréné sur laquelle il a aménagé une piste d’une vingtaine de kilomètres de long. Là, il a installé sa scierie, des hangars et une maison d’habitation sur une ancienne clairière au milieu de nombreux bananiers sauvages. Pendant toutes ces installations, la présence des engins avait dû éloigner les animaux de la brousse. Pendant les cinq premières années, il a pu exploiter normalement ses terres. Seulement voilà, à part les ouvriers, il n’a trouvé personne pour lui tenir compagnie et se retrouvait donc seul le soir. L’homme s’était finalement habitué à cette solitude jusqu’au jour où les éléphants se sont invités dans la scierie : ils ont mangé les bananiers, les arbustes du jardin et saccagé le potager. Jusque-là : rien d’alarmant, c’est un phénomène assez fréquent plusieurs fois rencontré au Gabon, en Centrafrique et au Mali. Mais ici, les éléphants ont élu domicile la nuit, dans la scierie, et se frottent aux bâtiments en donnant de grands coups de trompe contre les parois des hangars. Le forestier a bien essayé de repousser les pachydermes en tirant des coups de fusil en l’air, mais cela n’a marché que les deux premières fois. Ils revenaient toutes les nuits et faisaient le même tapage. Ne pouvant plus dormir, c’est avec beaucoup d’amertume, qu’il a décidé d’abandonner provisoirement son exploitation et de faire appel à un chasseur qui pourrait lui "rendre service". Il fallait rester discret. Un mois plus tôt, la découverte d’un charnier d’éléphants et d’une tonne de défenses dans la région d’Oyem avait provoqué la fermeture de la chasse à l’éléphant.

L’homme lève les yeux vers nous en guise d’interrogation et finit par lâcher : « La solution est de tuer le mâle au milieu des autres et tant pis pour les dégâts que cela va engendrer par le reste du troupeau sur la scierie. Mais il faut faire une opération en toute discrétion. » L’homme lève de nouveau les yeux sur nous et tout en nous fixant, d’une voix tremblotante, nous demande si on veut bien l’aider. A cet instant, mon regard croise celui de Jean-Marc et après quelques secondes d’hésitation, il nous semble impossible de refuser de l’aide à cette personne fatiguée si attachante. Nous acceptons de nous rendre sur place et de voir si cette opération est possible. Un sourire envahit son visage et il commande sur le champ une seconde tournée. L’atmosphère se détend brusquement. Sous l’effet d’un second double whisky, il nous donne les informations pour nous rendre à sa concession et trouver la clé pour entrer dans le logement des invités ; il nous indique même comment trouver les clés de sa maison. Avec J.M., nous sommes enthousiastes et prêts à y aller sur le champ mais l’homme prend un ton plus sévère : « Attention, n’en parlez à personne ! Cela représente quand même un danger car vous ne connaissez pas le terrain, ni les éléphants d’ici ! Ils sont maintenant chez eux et il faudra prendre beaucoup de précautions. » (N.D.R : éléphants de forêt Assala, qui sont petits mais très rapides). On se sépare et Hélène me fait un clin d’œil pour savoir si on a accepté. Pour éviter de se revoir et d'alimenter des soupçons, je donnerai la réponse à Hélène la semaine prochaine.

Tous les soirs de la semaine suivante, nous mangeons avec J.M. au petit boui-boui « Chez papa union » dans le quartier Louis, pour parler des dispositions à prendre et de la logistique. Tout semble clair et nous sommes impatients d’entreprendre cette expédition. J.M. s’occupera des armes et des munitions et moi de tout le reste. La semaine suivante, chez Hélène, le forestier ne peut pas s’empêcher de venir. Il nous attend au fond de la salle avec son double whisky et deux grands cafés. Il est détendu et semble revivre. Il a apporté une feuille indiquant la route et les points de repère ainsi que la disposition des bâtiments de son exploitation. On lui offre une seconde tournée qu’Hélène nous amène avec un grand sourire. Le forestier avale sa potion d’un coup sec et avant de partir rejoindre ses copains au bar, nous lance : « Surtout pas un mot et soyez prudents ! ».

Quinze jours plus tard, nous prenons la route avec notre petite Suzuki. Nous sommes gonflés à bloc et nous avalons les kilomètres sans les voir. Arrivés au point kilométrique indiqué, nous trouvons sans difficulté la piste du forestier. Nous nous engageons sur une petite piste et nos cœurs se mettent à battre à cent kilomètres à l’heure, excités d’être là. La piste n’a pas été utilisée depuis longtemps et l’herbe a bien repoussé. Tiens, un petit arbre est tombé en travers de la piste. Je saute dehors avec la matchette et en deux temps trois mouvements, la piste est dégagée. Trois cents mètres plus loin, rebelote ! Cette fois, trois arbres sont en travers et on reconnaît immédiatement les coupables : les éléphants ont couché les arbres sur leur passage afin de manger les feuilles. On se met tous les deux au boulot, les matchettes travaillent dur, mais avec le sourire. Cette opération va se répéter une vingtaine de fois et nous finissons par trouver le temps long : cela fait trois heures que nous parcourons les vingt kilomètres de piste et la lumière commence à diminuer. On regarde la montre, la nuit va vite arriver. L’angoisse monte. On continue ? Oui on y va ! Là, devant nous, un reflet de lumière apparaît sur une tôle. On y est. On distingue maintenant le hangar de la scierie, puis le bâtiment des invités et enfin la maison. Devant les phares que l’on vient d’allumer, une énorme masse sombre nous fait face : l’éléphant ! J.M. stoppe la voiture et sans un mot, on attrape, lui la carabine, moi le fusil. Vite, les munitions ! L’animal pousse un barrissement assourdissant et disparaît sur la gauche, derrière le hangar. Nous sortons de la voiture avec nos armes à la main, mais pas pour autant rassurés. Un silence…Un autre barrissement sur le côté droit suivi du craquement d’un arbre cassé et de nouveau le silence.

Dans cet environnement sombre et surtout méconnu, le moindre bruit suspect nous fait frémir. Les ombres des arbres et des bâtiments semblent bouger et nous plongent dans un monde hostile et glacial. Nous nous regardons pour mieux nous rassurer. La nuit est tombée, vite, trop vite et nous n’avons pas eu le temps de prendre des repères. On n'y voit rien ! J.M. retourne à la voiture et allume les phares : un vrai film d’horreur ! Des murs éclairés, sans vie et des ombres partout. Et ce silence ! On s’attend à voir sortir un éléphant… mais ils ont dû s’éloigner dans la forêt. On attrape les lampes torches, J.M. éteint les phares. Bon, il vaut mieux rester prudents comme le forestier nous l’a recommandé. On ouvre le bâtiment des invités devant lequel la voiture est arrêtée et on descend nos affaires et la glacière. La carabine et le fusil sont posés près de la porte. A chaque sortie, on jette un œil à droite et à gauche, mais tout est plongé dans le noir. Quel accueil ! On ne s’attendait pas vraiment à cela. Rien de tel qu’une bonne bière Régab pour nous remonter le moral et nous remettre de nos émotions. On essaie de discuter, mais c’est pas vraiment ça. On n’arrive pas à rester assis. Bon aller, on va manger pour prendre des forces pour demain. On ouvre la boite de pâté et de sardines et on n’a même pas envie de faire chauffer une boite de conserve. La faim n’est pas de la partie, alors on prend une seconde bière.

Le silence s’installe et devient pesant. Il y a deux chambres. On décide de mettre les lits dans la chambre qui donne sur la porte d’entrée. On sort les moustiquaires que l’on installe, sans avoir eu le temps de voir s’il y avait des moustiques ! Demain il va falloir être en forme. On éteint la lampe camping gaz et le silence enveloppe la pièce. Boum…. Crac… des bruits de tôle et d’arbre cassé. On n’a pas eu le temps de fermer l’œil, les éléphants rejouent le scénario que nous avait décrit le forestier. On s’assoit sur le bord du lit, la carabine entre les jambes (et moi le fusil). Des craquements, des coups contre les parois et la tôle des hangars…des bruits sourds et bientôt des barrissements envahissent la nuit. Que faire ? Impossible de sortir, il fait nuit noire. On rallume la lampe en veilleuse. Les bruits s’estompent mais le temps de le dire le vacarme semble s’amplifier. C’est insupportable ! A présent, on a l’impression qu’ils vont tout casser ! On se lève, le fusil à la main, on tend l’oreille, on se rassoit. Ce ballet durera toute la nuit. De temps en temps, on regarde l’heure : la nuit nous paraît interminable. Tout à coup, la maison se met à trembler : un éléphant se frotte contre la paroi en bois !

On se regarde, hochement de têtes, pourvu qu’ils ne touchent pas la voiture ! J.M. se dirige vers la porte et pose la main sur la poignée. Il reste figé. Non, ce n’est pas une bonne idée… Une foule d’idées farfelues nous traverse la tête mais pas la solution. Le vacarme dure encore et encore puis les bruits sembleront s’éloigner un peu et deviendront moins agressifs avec les premières lueurs du jour. Alors que le calme revient, on se regarde : faut-il sortir ?... Le silence est tellement pesant qu’on a envie de bouger et sortir d’ici. On ouvre la porte, pas très rassurés. Tout semble endormi. La voiture est là, intacte. Ouf ! On scrute les alentours : les silhouettes des arbres et des bâtiments commencent à se préciser. Les éléphants sont partis dans la forêt, qui commence à s’animer avec les chants des oiseaux et des insectes. On tente une petite sortie côte à côte, le doigt sur la gâchette pour nous rassurer. Tout est calme, on revient à notre maison d’invités.

Le jour se lève, on aperçoit les dégâts causés par les éléphants : arbres cassés, tôles arrachées et piétinées, des planches ont été jetées à droite et à gauche… et dans le hangar de la scierie, un ouragan semble être passé par là !

- Bon, on va se faire un bon petit déj avec café et croissant ! J.M. me répond en rigolant.

- On devrait peut-être prendre un petit déj de forestier et un double whisky !

- Oui, on en aurait bien besoin après cette nuit blanche mais on n’a pas de whisky !

Avec la lumière du jour, on se sent déjà plus à l’aise. C’est le moment de dresser un plan d’attaque : Premièrement, on va inspecter les alentours et voir si on trouve leur passage dans la forêt, mais avec cette végétation, ça ne sera pas évident. On va repérer les différents layons (chemins forestiers) qui partent de la scierie vers la forêt puis les inspecter les uns après les autres. En avant, c’est parti ! Maintenant, on a un peu la rage aux dents et on a oublié les péripéties de la nuit ! On marche côte à côte, chacun surveille son côté. La forêt semble encore endormie. Là-bas, une antilope rousse traverse le layon, nous regarde puis s’enfonce dans les fourrés. Plus loin, deux dik-dik (petites antilopes grises) détalent à coté de nous et nous font un peu peur ! Mais aucune trace du passage des éléphants.

Les premiers rayons de soleil traversent le feuillage des grands arbres. Les cris des singes se disputant de la nourriture et le chant des toucans nous accompagnent lorsqu’on attaque le second layon. En marchant, on se sent mieux et la pression retombe peu à peu. Nous marchons d’un pas décidé…mais rien, aucune trace fraîche. Pourtant, nous sommes sûrs qu’ils sont par là. On arpente ainsi le troisième, le quatrième et le cinquième layon sans succès : on dirait que nos pachydermes se sont « envolés ». Au bout de quatre heures de marche, dans cette atmosphère chaude et humide, nous décidons de revenir à la scierie pour nous ravitailler : pâté, sardine, vache qui rit et une bonne bière. Il nous restera deux layons à parcourir pour faire le tour complet de la concession.

On reprend notre marche, dans une atmosphère encore insupportable et commençons à fatiguer, mais on s’encourage mutuellement. Mais où sont donc passés ces animaux ?! On s’engage sur le dernier layon, trempés de sueur. Nous discutons des méthodes à employer la prochaine fois car pour aujourd’hui c’est « foutu » ! Quand, soudain, devant nous à deux cents mètres, un troupeau de cinq à six éléphants traversent le layon en furie. On stoppe net ! Ils ont dû nous entendre ou nous repérer depuis longtemps et là, ils détalent et font trembler la forêt. Le sol vibre sous nos pieds, les arbres bougent, craquent tel un tremblement de terre. Impressionnant ! On s’avance, la main sur la gâchette, à pas feutrés. A leur passage, on dirait qu’un bulldozer est passé par là. Ces éléphants ont déguerpi à une vitesse incroyable et maintenant c’est le silence complet. La forêt retient sa respiration : plus de bruit, de cri, de chant ! C’est si étrange. Nous avons dû passer à côté d’eux dans le layon précédent où ils nous ont repéré. Figés, ils nous ont laissé passer avant de reprendre leur chemin. C’est ainsi que font les éléphants de forêt, ils se figent et vous pouvez passer à une dizaine de mètres d’eux sans les voir, expérience vécue plusieurs fois ! Notre plan d’intervention n’a pas été bon et il faudra changer de technique la prochaine fois, mais surtout nous avons besoin d’un chasseur local qui connaît parfaitement la forêt et la concession. Les armes en bandoulière, nous rentrons à la scierie. D’un commun accord et vu la tête que nous avons, nous décidons de plier nos affaires et de rentrer à Libreville. Nous ne pourrons pas tenir une autre nuit comme celle que nous avons vécue ! Dans nos têtes, une pensée très forte pour le forestier reste bien ancrée.

On charge la voiture, on fait un dernier repérage des lieux et on referme la porte du bâtiment des invités. On remet la clé dans sa cachette...Tiens, on n’a même pas ouvert la maison ! Nous prenons la Suzuki et nous voilà sur le retour. Sur la piste, il nous faudra deux petites interventions pour dégager le chemin à la matchette, mais rien de comparable avec notre premier passage. Enfin le goudron ! Sur la route, alors qu’il faut faire attention en croisant les grumiers qui ne ralentissent pas et occupent toute la chaussée, les langues se délient. Chacun commence à envisager différentes façons d’opérer et comment les proposer au forestier. Nous traversons les différents contrôles policiers sans problème et retrouvons nos chambres, pour un repos bien mérité.

Une semaine plus tard, je reprends un petit déj avec le forestier et je lui raconte notre aventure. Il n’a pas du tout été surpris et m’a même confié que deux de ses copains chasseurs avaient connu les mêmes déboires. Il est content que nous ayons tenté cette opération et maintenant, il faut qu’il se fasse une raison à abandonner cette exploitation. Nous lui avons quand même proposé différentes techniques d’intervention, notamment l’installation de projecteurs sur les différents bâtiments avec un groupe de quatre ou cinq chasseurs avec des carabines.

- C’est très gentil, mais à mon âge et tout seul je ne peux m’occuper d’une telle exploitation et heureusement un ami forestier vient de me proposer un poste de contremaître dans une grosse exploitation dans le sud du Gabon vers Mayumba. Merci encore et si j’ai besoin de vous je ferai signe par Hélène.

- Ok, on est là, tiens-nous au courant de ta nouvelle situation.

Partie de pêche en mer

Les week-ends, les coopérants vont à la plage au Dialogue, au Gamba ou à la pointe Denis pour ceux qui ont un bateau. Les privés, préfèrent les eaux limpides de la pointe Denis, de l’autre côté de l’estuaire mais cela nécessite un bateau de bonne puissance pour faire face au courant très important durant la traversée. Il est alors stocké au port ou au club privé de la marina pendant la semaine. Un soir, après un repas au bar des copains et un verre à la boîte de nuit du Komo, le patron Maurice m’invite à une partie de pêche, rendez-vous est pris le Dimanche suivant à dix heures du matin. J’accepte avec enthousiasme pour découvrir cette activité de pêche à la traîne et ce nouvel environnement.

Le dimanche à neuf heures quarante-cinq, j’arrive au ponton de la marina. Maurice est déjà là, dans la pirogue Yamaha de douze mètres de long. Ravi de me voir, il me lance : « Au moins un qui n’arrive pas en retard ! » pour que tout le monde en profite. Je saute dans la pirogue et l’aide à ranger les trois grosses glacières : une pour la bouffe, l’autre pour les boissons (dans laquelle je glisse la bouteille de Bordeaux que j’ai ramenée) tandis que la troisième est remplie de glace pour conserver les poissons attrapés. A dix heures, la pirogue est fin prête et les deux moteurs de quarante chevaux ronronnent au ralenti. On attend le quatrième larron qui arrive enfin, et nous voilà partis. Maurice conduit et on laisse Libreville derrière nous, direction la pointe Denis neuf kilomètres plus loin. La mer est calme et les deux moteurs tournent à plein régime laissant un superbe sillage avec les rayons du soleil. « Tu vois, on va là-bas ».

Une petite brise venant de la terre souffle et pousse déjà le voilier des copains Carole et Gilbert qui vont aussi à la pêche mais surtout à la plage. Un petit coucou et le signe de la main qui dit que tout va bien et on arrive face à la plage avec ses cocotiers bien éclairés. Deux pirogues et un bateau sont déjà ancrés et les enfants sont dans l’eau alors que les parents s’installent sur le sable et à l’ombre des paillotes. Maurice a entamé un grand virage à quatre-vingt-dix degrés pour longer la côte. « Tiens regarde, c’est la première rivière où sont déjà ancrés deux bateaux. » Les gens ont passé la nuit dans les cabanons de bois. Je demande à Maurice pourquoi il n’a pas choisi cette solution : « Vois-tu, de dix heures du matin à dix-sept heures le soir, c’est super car tu peux profiter de la plage, de la mer et partir en pêche comme tu veux, mais à partir de dix-sept heures ce sont les moustiques et les fourous[1] qui sont les maîtres et il faut te barricader pour éviter d’attraper le palud qui est ici très méchant ».

On arrive à la deuxième rivière avec des palétuviers et leurs impressionnantes racines qui plongent dans l’eau salée. C’est le paradis des poissons qui viennent s’y reproduire, mais c’est aussi celui des serpents, des poissons préhistoriques à pattes et des crocodiles plus en amont de la rivière où l’homme ne peut pas pénétrer. Là, un vieux ponton avec une pirogue en bois. « Tu vois, là, c’est un copain qui a voulu s’installer ! Il a vite abandonné ». Maurice a ralenti et a même arrêté un moteur : on est au niveau de la troisième rivière. On va commencer à pêcher avec deux cannes, pour nous habituer et vous mettre en forme : « car dans la septième rivière, je vous préviens, cela va être du sport, si ça mort ». Je souris et Maurice me lance : « Tu vas voir petit ! ». On installe donc deux cannes avec des rapalas rouge et blanc sur le plat-bord arrière de la pirogue. On règle la distance à une vingtaine de mètres. Maurice nous explique que dès que l’on aura pris un poisson, il faudra l’amener sur le côté pour ne pas s’emmêler avec l’autre canne. Et Bzzzz… la première touche ! « À toi Doume ! » Je saisis la canne et remonte le barracuda d’une cinquantaine de centimètres. Arrivé au bord du bateau, Maurice sort la gaffe et remonte le poisson. Il prend alors un gros chiffon et attrape le barracuda ! Tout en défaisant le rapala de la gueule du poisson avec sa pince multiprise, il nous montre les dents coupantes comme des lames de rasoir de ce monstre carnivore. « Faites attention car cela ne pardonne pas surtout quand on est pressé ! » Bzzzz, deuxième et troisième prise : on remonte des barracudas semblables : « C’est bon ! On arrive à la septième rivière et là on va mettre les deux autres cannes. » dit-il. Les palétuviers couvrent entièrement les berges et Maurice nous montre ses points de repère : deux arbres légèrement différents des autres. La rivière s’étale sur trois à quatre cents mètres de large et forme un véritable petit estuaire. Maurice sort une deuxième gaffe et une autre pince. Il règle la vitesse du moteur et demande à sa femme de venir prendre le volant… bizarre !

Bzzzz…un départ ! Je saute sur la canne et ramène un autre barracuda sur le côté gauche, mais bzz… la deuxième canne a aussi un départ ! Le copain de Maurice prend la canne et remonte à son tour un nouveau barracuda. Maurice gaffe le premier et me dit de gaffer l’autre. La situation se complique quand la troisième canne part aussi ! Maurice la saisit et remonte sa prise. Je gaffe son poisson avant de remettre ma canne à l’eau. Il me lance alors : « Qu’est-ce que tu attends pour la mettre à l’eau ?! »….

Trois barracudas en une seule traversée ! La pirogue fait un grand virage et nous voilà partis pour une nouvelle traversée. J’ai remis ma canne à l’eau quand tout à coup la quatrième canne part ! La pression monte ! Bzzzz… c’est reparti ! mais cette fois le copain a du mal à remonter le poisson. Maurice prend la canne et s’arc-boute, la canne est pliée en deux. Ça c’est du gros et il finit par remonter un barracuda de plus d’un mètre de long qu’il ne faut pas louper en le gaffant. « Doume, prends la canne je vais m’en occuper ». Quelle prise ! Il a du mal à rentrer dans la glacière. Bzz…bzz…Bzzzz…le même scénario à chaque passage : Maurice est ravi et à chaque fois il pousse un hurlement de joie : « Et un barracuda pour Doume ! et un pour Alain … »

Une petite accalmie… puis Bzz…, Bzz…, Bzz…, Bzzzz… les quatre cannes partent en même temps : j’en prends une, Alain l’autre, Maurice prend la troisième, ferre le poisson puis remet la canne dans son support et saute sur la quatrième ! C’est un peu la panique à bord et tandis qu’Alain et moi remontons nos prises (deux Barracuda qui finiront dans la glacière), les deux lignes à l’arrière s’emmêlent. « Ne remettez pas vos cannes à l’eau, il faut démêler ces deux-là ». Je prends une canne qui se croise avec celle de Maurice. La femme de Maurice a l’habitude de ce genre de chose et dans un réflexe met le moteur au point mort. Nous bataillons ferme pour décroiser les deux lignes. Nos efforts paient puisqu’on finit enfin par les séparer et ramenons les poissons sur les côtés pour les remonter à bord. Ouf !

- Bien joué les gars !

- Alors les copains ! ça va ?

- Ça va ! mais je n’aurais jamais imaginé une telle intensité !

- Allez, encore une demi-heure et on ira manger sur la plage.

- Mais la glacière est pleine !

-Alors encore deux pour les copains de la plage !

Ce fut vite fait et on plia les cannes en enlevant les rapalas. Je n’avais jamais vu cela : en deux heures on avait attrapé une quarantaine de poissons dont deux de belle taille. Maurice est aux anges, nous aussi, bien qu’un peu épuisés par l’intensité de la journée. Le matériel étant rangé, Maurice reprend le volant et on se dirige vers un coin un peu à l’écart. On ancre la pirogue et on saute dans l’eau pour se détendre. Les copains ont vu Maurice arriver et viennent aux nouvelles :

Alors la pêche a été bonne ?

Oui ! et Maurice leur tend les deux barracudas.

C’est pour vous !

Là … chapeau ! Tu es vraiment un super pêcheur, Maurice. Sa femme rigole tandis que lui hoche la tête.

Bon, maintenant, on va passer aux choses sérieuses ! A la bouffe et à l’apéro !

Sur une natte à l’ombre de cocotiers, on dispose les deux glacières et Maurice, en parfait maître d’hôtel, sort une bouteille de champagne. Quelle surprise ! « Il faut arroser ça ! ». Sa femme sort des petits fours et des pizzas, du poulet rôti, du fromage et des fruits. Maurice lui, s’occupe du vin et il n’en manque pas. Aussi, on ressent le besoin d’une petite sieste à l’ombre des cocotiers. Une heure plus tard, on plie tout le dispositif et on embarque direction Libreville.

Les deux moteurs tournent à merveille et nous atteignons la marina à dix-sept heures. "Tu vois, je rentre toujours dans les premiers car si tu tombes en panne, il y a toujours du monde pour te remorquer et en plus, le soir les orages sont fréquents. » A peine avons-nous posé le pied à terre que les connaissances de Maurice arrivent et viennent glaner quelques poissons en proposant leurs services pour décharger la pirogue et transporter les affaires jusqu’à la voiture. Maurice aura du poisson pour quinze jours et distribuera le reste à ses amis. Après l’avoir remercié lui et sa femme pour cette journée exceptionnelle et pleine de surprises, je rentre à l’hôtel Okoumé Palace.

A vingt heures, je suis déjà couché, épuisé par le soleil, l’air de la mer et toute cette activité.

[1] Fourous : petits moustiques de la forêt

Sortie en mer à Bagne : Le banc de sable

Tous les ans, les privés ayant de gros bateaux ou des voiliers avec couchettes se donnent rendez-vous au banc de sable de Bagne et organisent un barbecue avec les poissons pêchés. Ce banc de sable est situé au large de la Guinée Équatoriale, à côté de l’île Corisco.

Ce samedi à huit heures du matin, nous prenons la mer avec Fred et Jean-Claude (BRGM) sur le Giraglia, voilier de onze mètres. On sort du port, on traverse l’estuaire et passons au large de Cap Santa Clara. Le vent de terre régulier nous permet de naviguer facilement au milieu des vagues. Une fois le cap dépassé, nous installons les deux cannes de traîne, toute cette partie de la côte étant réputée pour la pêche. Un premier barracuda est ramené à bord, puis un second. L’allure est un peu rapide pour la traîne, sauf pour les gros poissons. On sait que le vent risque de faiblir, alors il vaut mieux ne pas s’attarder. On arrive en face de Cap Militaire (lieu où les gros 4X4 viennent s’entraîner, et où, plus tard je me planterai avec la Suzuki). Bzzzz… un gros départ sur une canne ; Jean Claude saute sur la canne et mouline… mais c’est dur, très dur. Je diminue la voilure, tout en gardant de la vitesse à cause de la houle qui vient du large. Jean-Claude n’arrive pas à remonter la ligne, alors il repose la canne dans son support, sert le frein du moulinet et prend les gants et une serviette pour attraper le fil à pleines mains. Il ne remonte ainsi pas une ni deux, mais cinq brassées ! Tout sourire quand il aperçoit un énorme barracuda qui saute au bout de la ligne, J.C. tire de plus belle, mais glisse et passe par-dessus bord en hurlant. Je fais alors immédiatement demi-tour tandis que Fred fait passer le foc. On revient rapidement et là, derrière la vague, J.C. est dans l’eau et tend les bras ! Je fais à nouveau demi-tour pour arriver sans vitesse et le récupérer. Tout va bien, il s’accroche et Fred l’aide à remonter tandis que je reprends de la vitesse pour passer la houle.

- Ça va ? tu vas bien ? J.C. est assis contre le cockpit et se remet de ses émotions.

- Bois un coup ça ira mieux ! Fred lui a pris la canne et mouline.

- C’est pas dur ! dit-il en se retournant vers J.C et il finit par mouliner, quand il s’écrit :

- Regardez ! Au bout de la ligne ! La tête énorme du barracuda ! Elle a été coupée net !!!

- Un requin est passé par là, sans aucun doute ! J.C rit jaune.

- Je l’ai échappé belle ! Fred enlève la tête et la jette à l’eau.

- Ne remets pas la canne, une seule suffira, maintenant.

J.C. s’est remis debout et maintenant il chante à pleins poumons. On dépasse à présent le Cap Esterias en direction de l’île des trois cocotiers située à mi-chemin de notre point de chute. Le vent faiblit et plutôt que de dériver avec les courants, je décide d’ancrer sur l’île ; on repartira avec le vent qui se lève habituellement vers seize heures. On mange, on se baigne et on profite d’une petite sieste à l’ombre des cocotiers. D’ici, on distingue au loin le banc de sable où nous avons rendez-vous. A seize heures, on remet les voiles mais le vent est faible ; aussi on arrivera qu’à la tombée de la nuit. Effectivement, mais heureusement, les copains avaient déjà allumé le feu pour la soirée ce qui nous a permis de mieux nous orienter et d’éviter de nous planter sur le banc de sable dans la nuit. Nous ancrons de ce côté-ci pour nous protéger de la houle alors que les autres bateaux sont de l’autre côté. Tant pis, on sera balloté mais on s’en fout.

On est invités à prendre un premier apéro sur la goélette : un deux-mâts magnifique où sont déjà installés les copains. J.C. raconte son plongeon et la vision de la tête du barracuda au bout de la ligne ! Tout le monde reste bouche bée. Tout à coup, on entend des voix sur le banc de sable qui nous appellent pour le barbecue. Chacun amène ses prises impressionnantes. On est une trentaine et il y a au moins vingt barracudas, dix carangues et trois carpes rouges. Tout en préparant le feu du barbecue, on prend un second apéro dans une ambiance typique des îles : les bouteilles ne manquent pas et il y a de bons buveurs. Nous passerons une super soirée.

La nuit a été courte, on a été un peu balloté. On prend un petit déj. Le vent étant bien établi, nous mettons les voiles les premiers et avons encore l’avantage d’être du bon côté de l’île ; les autres seront obligés de mettre les moteurs pour contourner le banc de sable. Ainsi, nous tirons un bord directement sur l’île des Trois cocotiers, puis sur Cap Esterias. Aujourd’hui, on ne va pas pêcher, on a eu notre dose de poisson. La mer est calme et c’est un régal de naviguer avec le seul bruit du vent dans les voiles. En nous retournant, on distingue les voiles de la goélette et celles du bateau des quatre filles ; mais si la goélette se dirige vers nous, le bateau des filles lui, tire un bord vers le continent et semble dériver ! Il y a beaucoup de courants côtiers, et sans point de repère, il est très difficile de s’en apercevoir. Nous dépassons Cap Militaire et Fred demande à J.C. s’il veut essayer de pêcher. Nous entrons maintenant dans l’estuaire de Libreville et le courant va nous aider à rentrer au port. Nous arrivons en même temps que la goélette et trois autres bateaux à moteur, deux bateaux sont déjà là et il manque le bateau des filles.

Nous décidons de surveiller l’arrivée du bateau depuis la vue sur mer de notre chambre et de faire un point à minuit. Si le bateau ne se montre pas, le copain de la goélette appellera le colonel de l’armée française afin de faire une reconnaissance le lendemain. A minuit rien, à sept heures du matin, toujours pas de bateau en vue ! A huit heures précises, on entend le décollage de deux jaguars de l’armée française. Dix minutes plus tard, le colonel nous prévient qu’ils ont repéré le bateau complètement à la dérive devant la Guinée Équatoriale. Le colonel n’a pas attendu notre décision et a tout de suite envoyé une vedette de l’armée française pour remorquer le bateau des quatre filles épuisées et déshydratées. A leur arrivée en milieu d’après-midi, nous sommes soulagés et remercions le colonel et l’équipage de la vedette pour ce sauvetage. Les filles en seront pour un repas au restaurant ! Dans cette région, il est, en effet, primordial de bien connaître le régime des vents (vent thermique qui souffle de la terre, vers la mer le matin puis qui s’inverse en fin d’après-midi) mais aussi les courants côtiers de cinq à six nœuds dus à la présence des estuaires.

Sorties en Hobie Cat 16

Ayant mis un petit peu la chasse de côté, j’achetai un petit catamaran Hobie Cat 16 pour m’évader et aller régulièrement à la pointe Denis : en effet ce genre de petit catamaran permet de s’amuser, de faire du sport et même des balades. On avait regroupé les achats avec six autres « privés » et l’hôtel Gamba avait accepté de mettre à notre disposition un espace sous les cocotiers pour ranger les bateaux en semaine.

Pendant les trois premiers mois, je navigue devant l’hôtel, au-delà de la zone des nageurs, pour me familiariser avec ce bateau très sportif et rapide. Cela attire beaucoup de monde sur la plage et à l’hôtel, notamment lors des petits déjeuners du samedi et du dimanche et pour le buffet du week-end. J’embarque souvent des nouveaux pour leur faire faire une balade le long du front de mer, et l’ambiance autour de ce petit club est vraiment sympathique. Les privés ont donc décidé d’organiser des régates tous les mois. C’est super de temps en temps, mais la répétition de cette compétition ne me convient pas systématiquement et avec le copain Guy qui a aussi un Hobie Cat 16, on a besoin de plus de liberté et une envie de prendre le large. Alors on commence par traverser l’estuaire et on organise des pique-niques sur la pointe Denis ; puis on se décide à passer la barre de la pointe et à aller derrière, là où c’est sauvage et où les gens ne s’aventurent pas. Là-bas, les plages sont encore vierges, les éléphants fréquentent les savanes la nuit et se réfugient dans la forêt le jour. Avec les deux bateaux, on se sent plus en sécurité et on organise des pique-niques mais aussi des bivouacs dans la nuit du samedi au dimanche. C’était formidable ! Les glacières étant encombrantes sur le trampoline, on s’est mis à pêcher à la traîne en remplaçant la canne par un tendeur de vélo attaché au cadre du bateau : son élasticité remplaçait parfaitement la flexibilité de la canne. Il a fallu mettre au point toute une technique afin de gérer plusieurs paramètres en même temps : réduire la vitesse, remonter la ligne et surtout assommer le barracuda avant de le monter sur le trampoline sans se faire mordre. Cette organisation nous permet d’organiser de supers barbecues dans un cadre exceptionnel loin du monde des plages. Beaucoup nous envient, mais personne ne se décide à venir avec nous, ni même les bateaux à moteur. On décide alors de pousser l’expérience à aller jusqu’à Port Gentil en Hobie Cat : « Vous êtes complètement fous ! » nous disent les propriétaires des gros bateaux et de la goélette. La navigation n’est pas facile car les vents ne sont pas réguliers et les courants nous sont inconnus à l’entrée de Port Gentil, mais nous y arrivons. L’accueil par les « pétroliers d’en face » prévenus de notre venue est incroyable : ils nous mettent une chambre à disposition sur la plage et préparent un repas sous la paillote. On reviendra !

Grâce aux vents, le retour est relativement rapide, mais Guy décide de pêcher et perd beaucoup de temps notamment avec une carangue qu’il met une heure à remonter. Moi je file et arrive le long de la plage derrière la pointe Denis. Comme d’habitude, à cette heure, l’orage tropical monte ! Une barre de nuages noirs annonce un coup de vent à faire chavirer le bateau. A cet instant, on a deux options : s’arrêter sur la plage et attendre une heure que l’orage passe ou nous éloigner de cette zone agitée par la présence d’un banc de sable pour nous mettre à l’abri de la pointe Denis. J’estime que j’ai le temps pour cette seconde option, alors lecteur, accroche-toi !

Le vent forcit, les vagues grossissent et j’essaie de surfer, toujours à la limite du chavirage ! Je fonce sur la dernière vague mais vite, il faut se rabattre sur la plage, accoster et affaler les voiles que j'attache en vrac car la pluie tombe déjà. On se met à l’abri sous le trampoline : on sait que la tempête ne va pas durer. Il tombe des « cordes » et le vent souffle en rafales. Trente minutes plus tard, le calme revient un petit peu. Ouf ! Le plus gros est passé. On s’installe sur la plage et je mets de l’ordre dans les voiles. On marche un peu pour se réchauffer et voir si Guy arrive, mais celui-ci n’arrivera qu’une heure plus tard en s’arrêtant à coté de nous :

- Où étais-tu ? Moi, je me suis arrêté sur la plage, où l’on pique-nique d’habitude, pour laisser passer l’orage ! Et toi ? Tu as réussi à passer avant ?

- Oui, cela a été juste, et on a surfé sur les vagues.

Après une bonne bière quoiqu’un peu chaude, on rentre tranquillement. Une heure plus tard, on arrive tous les deux sur la plage du Gamba, où une foule inquiète nous attend : « Alors, comment ça s’est passé ? Et l’orage tout à l’heure ? Vous étiez où ? ». On remonte les bateaux et autour d’une bonne bière fraîche et méritée, les copains rigolent :

- Ça s’arrose ! Vous avez réussi, mais on s’est fait du souci quand même ! Guy répond :

- C’est bon, on est prêts à repartir pour une nouvelle destination !

- C’est pas possible ! On ne les changera pas ces deux-là ! et les copains applaudissent.

Quelques semaines passent et nos deux Hobie Cat prennent de nouveau la mer direction Cap Esterias et l’île des trois cocotiers pour d’autres sorties derrière la pointe Denis, notre endroit préféré. Les autres propriétaires de Hobie Cat se contentant de faire des allers-retours le long du front de mer et des régates auxquelles nous participions quand nous n’avions rien de prévu.

La réparation du pont de Kango : Chasse à l'éléphant

Une barge chargée de sable (genre de grosse péniche de transport) avait percuté le pont. La flèche de sa grue, restée en partie haute au lieu d’être pliée et couchée sur le bateau a heurté la poutre en béton précontraint du pont. Ne pouvant supporter le tablier de l’ouvrage, elle s’est brisée tandis que la barge, elle, a coulé. L’entreprise SATOM est chargée de réparer l’ouvrage et je dois surveiller le bon déroulement du chantier. J’y passe donc mes samedis et mes dimanches avec les responsables et les ouvriers de la société. Le chantier se déroule normalement et presque tous les soirs, les gens du village voisin nous rendent visite et nous racontent leurs histoires et aventures.

Un dimanche matin, alors que l’on sort des cabanes de chantier, les villageois tout excités nous interpellent et nous demandent de venir voir leur plantation de bananiers et de tarot. Avec notre chef d’équipe, nous voilà partis et les suivons. Nous constatons les dégâts : tout a été ravagé et piétiné par les éléphants. Oui, mais que faire ? Du côté de la société, on ne veut pas se mêler de ça. A cet instant, moi, je ne dis rien. Les villageois insistent cependant pour qu’on leur vienne en aide : « On compte sur vous ! » Je rentre à Libreville.

Le lundi soir, je rencontre Jean Marc, le copain chasseur, et je lui rapporte la situation : comme je m’en doutais, J.M. saute sur l’occasion et me propose de m’accompagner sur le chantier le week-end suivant. On organise la sortie sur le chantier où les villageois sont de nouveau en « ébullition » car les éléphants sont revenus. Le chef de chantier me dit qu’il ne veut, lui, rien savoir et que ce n’est pas le problème de SATOM. Avec J.M. on décide donc de faire une reconnaissance des environs et les villageois nous font accompagner par un guide de chasse. J.M. prend sa carabine et me donne le fusil et nous voilà partis : on fait des cercles de plus en plus grands autour du village pour quadriller le terrain. Tout est calme et les oiseaux s’en donnent à cœur joie : un toucan passe devant nous et donne l’alarme. Cela fait maintenant deux heures que nous tournons et, comme tous les matins j’ai envie d’aller aux toilettes ; je choisis mon endroit et dis à J.M. de continuer. Je m’éloigne à trois ou quatre mètres du chemin