Baagon - Pascal Gauthier - E-Book

Baagon E-Book

Pascal Gauthier

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Beschreibung

Après une période chaotique, où le royaume d'Égypte a subi les assauts de l'Isfet, le pharaon Mosolan et le Grand Prêtre de Karnak, Baagon ont su rétablir une sérénité, une harmonie, malheureusement de courte durée... Un terrible drame vient semer le trouble dans l'équilibre de Maât, un ennemi millénaire s'est réveillé, plus que le royaume, le monde est en danger...

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Seitenzahl: 194

Veröffentlichungsjahr: 2021

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DU MEME AUTEUR

Roman

Isfet et Maât,

BOD, juin 2020

L’empreinte de l’ange,

BOD, février 2021

Thématique

Excel dévoilé,

BOD, novembre 2020

Word dévoilé,

BOD, mars 2021

PowerPoint dévoilé,

BOD, Juin 2021

Jeunesse (Sous le nom de Charles Pagiaut)

Milow, le jeune aventurier (1) : Le trésor de Sarah

BOD, Juin 2021

Milow, le jeune aventurier (2) : Milow et le secret de la pyramide

BOD, Octobre 2021

Sommaire

PROLOGUE

PARTIE 1

CHAPITRE 1 : RÉVÉLATION

CHAPITRE 2 : LE DEUXIÈME ÉLU

CHAPITRE 3 : LA CONFRÉRIE DE TANTARERET

CHAPITRE 4 : ÉLECTION

CHAPITRE 5 : VOL DU PAPYRUS

CHAPITRE 6 : OUATOU

PARTIE 2

CHAPITRE 7 : LA DÉCOUVERTE DE TANTARERET

CHAPITRE 8 : QUESTIONNEMENT

CHAPITRE 9 : LA PISTE KAR

CHAPITRE 1 0 : LE PAPYRUS DE MENOTHEP

CHAPITRE 11 : DISPARITION

CHAPITRE 12 : ASSASSINS

PARTIE 3

CHAPITRE 13 : AHMIR, MON AMI

CHAPITRE 14 : MENOTHEP, LE CAPTIF

CHAPITRE 15 : KAR, LE REPENTI

CHAPITRE 16 : KIRATI, LE RETOUR

CHAPITRE 17 : PREMIÈRE CAPTURE

CHAPITRE 18 : FUITE DE MENOTHEP

PARTIE 4

CHAPITRE 19 : DÉCLIN ET DESTIN

CHAPITRE 20 : LES PAPYRUS

CHAPITRE 21 : MENOTHEP L’ELU

CHAPITRE 22 : DÉCRYPTAGE

CHAPITRE 23 : RECHERCHE

CHAPITRE 24 : LA CLEF

PARTIE 5

CHAPITRE 25 : FÊTE D’OPET

CHAPITRE 26 : L’OGDOADE

CHAPITRE 27 : AKHÉNATON

CHAPITRE 28 : LE PASSAGE

CHAPITRE 29 : L’OEUF

CHAPITRE 30 : LE DESTIN

ÉPILOGUE

REMERCIEMENTS

Mes remerciements vont en premier lieu aux deux personnes qui ont eu la délicate tâche de me soutenir dans ce projet, par leurs relectures et conseils avisés ; notamment mon épouse, première lectrice assidue. Je suis également reconnaissant envers mes lecteurs fidèles, qui ont su me convaincre de poursuivre les aventures de mes personnages d’Isfet et Maât dans ce nouveau volet.

AVANT-PROPOS

Après l’intérêt suscité par mon précédent roman dont l’action se situait sur le site exceptionnel de Karnak, et la demande pressante de mes lecteurs : je vous propose la suite d’Isfet et Maât1.

Pour cette nouvelle aventure, j’ai souhaité faire découvrir un autre lieu emblématique de l’Égypte antique ; Dendérah. Cette appellation est assez moderne, les Grecs anciens le baptisaient Tentyris, issu du nom égyptien d’origine : Tantareret2.

C’est donc cette dernière désignation qui sera utilisée dans ce roman.

Il s’agit probablement de l’un des endroits les plus mystérieux, nombre de sociétés secrètes y ont sans doute exercé, animées de bonnes ou mauvaises intentions.

Tantareret est constitué de trois enceintes contenant chacune des édifices sacrés.

Le plus ancien monument encore visible sur le lieu est un mammisi3, bâtit à l’époque de Nectanébo 1er4. La plupart des ruines que nous pouvons observer de nos jours ont été construites à partir du IIe siècle avant J. C. Pour les besoins du récit, j’ai pris quelques libertés, en considérant qu’il devait exister un temple équivalent à la période durant laquelle se déroule ce roman, composé de cryptes souterraines, ainsi que d’un lac sacré et d’un rempart imposant.

Ahmir5, le grand prêtre légendaire de Karnak est mort, et Mosolan, le Pharaon, a désigné Baagon5 à sa place.

Même si Maât a vaincu l’Isfet6, le successeur d’Ahmir va devoir redoubler de vigilance auprès de son souverain, aidé du général Abif5 afin que l’histoire ne se répète pas.

1 Disponible sur www.bod.fr

2 Le site a également porté les noms de Lounet et Lounet-Netjeret.

3 Un mammisi est une petite chapelle construite près d’un temple majeur qui servait aux représentations des mystères de la naissance divine.

4 Nectanébo Ier (Khéperka Rê) qui régna de -380 à -362 est un des derniers Égyptiens sur le trône d’Égypte.

5 Voir Isfet et Maât

6 Terme de l’Égypte antique désignant le mal

PROLOGUE

An 34 de Mosolan, mois de Phaophi7, palais de Pharaon

En cette fin d’après-midi, l’astre de Râ illumine le magnifique jardin du palais. Les différentes fleurs paraissent rivaliser de beauté par leurs couleurs et leurs formes. Malgré son accès à la grande maîtrise de Karnak, Ahmir a pu transmettre sa connaissance de jardinier émérite afin de rendre harmonieux ce paradis terrestre. Mosolan observe comme souvent à cette heure du jour, ses filles se promenant dans les allées verdoyantes… elles ont bien changé depuis ces années, notamment Lia, devenue une jeune femme…

– Tu m’as l’air bien songeur, Mosolan.

Pharaon fait pivoter son corps élancé vers l’inconnu qui l’interpelle.

– Excuse-moi, je ne t’avais pas entendu arriver.

L’homme s’approche et lui pose la main sur l’épaule.

– Rassure-toi, grâce à Ahmir, Maât règne de nouveau sur Karnak. Aduj5 est effacé à tout jamais des mémoires du domaine.

– Je le sais, mais j’ai encore eu des visions cette nuit…

– … lesquelles ?

– Ce n’est pas très clair, mais je ressens la même oppression lorsque l’Isfet a mis en danger le royaume.

– Crois-tu que des complices d’Aduj sont toujours dans la nature ?

– Je ne pense pas, mais nous devons rester prudents.

– Qui est au courant de ces visions ?

– La reine Neferi5

– Et Ahmir ?

– Pas encore, j’attendais justement que nous nous retrouvions pour lui en faire part.

Depuis plusieurs mois, Mosolan se réunit régulièrement et discrètement avec son invité et Ahmir. Leurs rencontres sont l’occasion de prises de décisions importantes pour le royaume. Mais une quête beaucoup plus spirituelle est la raison fondamentale de ces entrevues secrètes.

Un bruit de pas précipité interrompt la conversation des deux hommes.

– Ahmir ! Nous commencions à nous inquiéter.

– Bonjour, mes frères ! j’ai une grande nouvelle à vous annoncer.

Son regard croise celui de Pharaon et de l’autre individu, il ressent un certain trouble qui vient estomper son enthousiasme.

– Vous me paraissez soucieux. Un drame est-il survenu ?

Mosolan explique en détail, ses visions et la vigilance que doivent accompagner ces craintes.

– Le passé a démontré que tes cauchemars sont malheureusement prémonitoires.

– Espérons qu’il ne s’agisse finalement que d’un simple mauvais rêve. Mais dis-nous ce qui a causé ton retard et qui semblait tant te réjouir.

– Le papyrus de Tantareret… nous touchons au but.

– Veux-tu dire que tu as réussi à le déchiffrer ? Lui demande le deuxième homme.

– Pratiquement, mon frère, pratiquement. Il ne me reste plus que quelques hiéroglyphes à reconstituer.

– Magnifique, Ahmir ! Et quand penses-tu avoir le résultat final ?

– Après la fermeture du Temple, je terminerais mes recherches.

Le site de Tantareret revêt un aspect mystérieux et magique pour les trois hommes. Il leur faut impérativement découvrir le secret qu’il renferme afin d’assurer une harmonie et une sérénité sur le royaume d’Égypte pendant des siècles et des siècles. Le fameux papyrus est transmis de pharaon à pharaon depuis de très nombreuses générations, mais aucun n’a jusqu’à présent, semble-t-il, réussi à en déchiffrer le sens. Mosolan a confié cette tâche à son ami Ahmir, visiblement l’espoir qu’il formait en lui n’a pas été vain.

– As-tu découvert autre chose d’intéressant ?

– L’existence d’une crypte secrète…

– … une crypte ?

– Oui, précisément.

– Et le papyrus indique-t-il sa position et son contenu ?

– Il ne me manque plus que quelques éléments pour localiser le lieu exact. L’une des fresques de Tantareret contient probablement la dernière clef qui me fait défaut. Pour ce qu’elle renferme, je ne saurais te le dire pour l’instant.

– Tu sais à quel point notre confrérie compte sur toi. Tu es le seul capable de découvrir où se trouve cette mystérieuse crypte.

– Je vais essayer d’en être digne. C’est pourquoi je dois vous quitter pour terminer ma tâche.

Alors qu’il s’apprête à sortir de la salle, Pharaon lui prend le bras.

– Avant de partir, permets-moi de t’offrir cette jarre de vin, elle provient du nome8 de Saout. Tu me diras plus tard ce que tu en as pensé.

– Merci Mosolan.

Les craintes de Pharaon étaient, comme toujours, fondées et malheureusement Ahmir sera assassiné le soir même9… la clef de l’énigme restera cachée pendant de longs mois. Mosolan et le deuxième homme décidèrent que le papyrus ne devait pas tomber entre de mauvaises mains, et établirent de le dissimuler tant qu’ils n’auraient pas trouvé un être digne de prendre la suite de leur ami disparu.

Quelques jours avant la cérémonie d’inhumation d’Ahmir, Mosolan fit construire une urne prévue pour accueillir le cœur de son ami. Un double fond fut aménagé, dans lequel il glissa le papyrus de Tantareret, afin que nul ne puisse s’emparer du précieux message qu’il contient.

– As-tu mis en sécurité le papyrus, Mosolan ?

– Oui, mon frère. Maintenant, nous n’avons plus qu’à attendre l’homme providentiel qui saura achever l’œuvre d’Ahmir.

– Crois-tu que celui que nous envisageons est la bonne personne ?

– J’en suis persuadé. Et tu sais, tout comme moi, qu’il ne nous manque plus qu’un signe d’Ahmir pour le trouver…

7 Second mois du calendrier nilotique (basé sur la crue du Nil), correspond à aoûtseptembre.

8 Divisions territoriales qui permettaient, dans l’Antiquité, de découper l’Égypte en provinces.

9 Voir Isfet et Maât

PARTIE 1

LES ÉLUS

Suis ton cœur aussi longtemps que tu vis.

La sagesse égyptienne — IIIe millénaire av. J.-C.

CHAPITRE 1 : RÉVÉLATION

An 35 de Mosolan, mois de Phaophi10, temple de Louqsor

Plus d’une année, c’est écoulé depuis la mort d’Ahmir, le papyrus de Tantareret est toujours en lieu sûr. Mosolan s’interroge encore sur la révélation de l’homme providentiel, et il ressent profondément que le dernier signe est proche.

En fin de journée, dans le Temple de Louqsor, la fête de l’Opet11 est pratiquement terminée. Les deux individus s’isolent un moment. Le Grand Prêtre s’avance vers Pharaon.

— Puis-je vous poser une question ?

— Je vous écoute, Grand Prêtre.

— Pensez-vous que l’Isfet a été enfin vaincu ?

Mosolan hésite un instant avant de répondre.

— Suivez-moi.

Les deux hommes circulent en silence dans les méandres du Temple puis Mosolan s’arrête net.

— Retournez-vous et regardez ce mur.

Baagon s’exécute et commence à lire les inscriptions anciennes, qui y figurent. Rê a placé le roi sur la terre des vivants, pour toujours et à jamais, pour juger les hommes et satisfaire les dieux, pour faire advenir Maât et anéantir Isfet, en donnant des offrandes aux dieux et des offrandes funéraires aux défunts.

— Mon cher Baagon, c’est un éternel combat, et je suis certain de notre victoire… tant que des hommes sages y contribueront.

Ils poursuivent leur conversation alors que la plupart des invités ont quitté le temple après la fin de la fête de l’Opet. Malgré les sept siècles qui séparent la pose de la première pierre par Amenhotep III12 à ce jour, la magnifique salle hypostyle paraît figée dans le temps. Mosolan et Baagon marchent lentement entre chacune des majestueuses colonnes papyriformes13, de longs silences sont rompus par de brefs commentaires d’admiration sur les représentations peintes ou gravées, ci et là.

– Amon ne pouvait trouver plus bel endroit pour séjourner, les ouvriers ont réussi à magnifier ce lieu.

Tout en écoutant les propos de Pharaon, Baagon passe légèrement ses mains immenses sur la pierre pour ressentir le travail de ces ouvriers. Mosolan sourit en observant ce colosse, devenu Grand Prêtre, avoir des gestes aussi délicats. Cette force de la nature qui fut capable de tuer une lionne à mains nues incarne, selon lui, parfaitement la force, la beauté et la sagesse… il est devant lui, l’homme providentiel, il le croit, mais il manque encore un dernier signe. Malgré ses hésitations, Mosolan sait qu’il est urgent d’agir, alors sa décision est prise, il doit lui parler.

En sortant de la cour solaire, Pharaon s’arrête net entre les deux obélisques gardant l’entrée du temple de Louqsor.

– Grand Prêtre, puis-je exiger de vous un serment ?

– Bien entendu, Pharaon. Mais de quel serment parlez-vous ?

– Ce que j’ai à vous dévoiler, peu d’individus en connaissent l’existence. Puis-je obtenir de vous de ne jamais divulguer ce que je vais vous apprendre dans un instant, à qui que ce soit ?

– Je vous en fais le serment.

– Sachez que si vous deveniez parjure, les conséquences en seraient terribles pour votre vie. Persistez-vous ?

La question résonne étrangement dans sa tête, il ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe, mais le regard de Pharaon est profond, il le transperce… pas de doute à avoir.

– Oui.

Mosolan s’approche de Baagon et s’assure que personne ne peut les entendre.

– Il y a plusieurs siècles déjà, une confrérie restreinte composée de trois personnes parmi les plus influentes et les plus sages du royaume a été créée.

– Pourquoi me révéler ce secret ?

– Cette confrérie n’a jamais cessé d’exister.

– Êtes-vous certain que…

– … Baagon, si je vous confie ce secret, c’est que l’un de ces sages a malheureusement péri sous les coups de trois mauvais prêtres.

– Ahmir !

– Comme vous devez vous en douter, je suis l’un de ces hommes, et je désirerais vous présenter le deuxième.

– Pour quelle raison ?

– Pour que vous preniez la place d’Ahmir.

Alors que Mosolan vient de faire cette révélation au Grand Prêtre, un autre colosse fait son apparition. Les cheveux longs et la barbe fournie, Abif s’approche des deux hommes. Le général et garde personnel de Pharaon n’a pas l’allure attendue par son rôle, son passé de mercenaire lui a façonné cette silhouette qui lui permet de susciter la crainte.

Les années ne semblaient pas avoir d’emprise sur lui, jusqu’à la mort de son ami Ahmir ; le blanc commence à supplanter le noir de sa pilosité.

– Baagon, je tenais à te féliciter pour cette belle fête de l’Opet.

– Merci, Abif.

– Ahmir aurait été fier de ce que tu as accompli.

– Je n’ai eu de cesse de mettre mes pas dans les siens pour l’élaboration de ces cérémonies. J’espère avoir été à la hauteur.

– Vous l’avez été, Grand Prêtre.

– Merci pour votre bienveillance, Pharaon.

L’accession à la Grande Maîtrise du domaine de Karnak a été pour Baagon un long périple semé d’embûches. Alors même qu’il est le fils unique du vizir Ay5, il n’a jamais sollicité de passe-droit, et a suivi le parcours traditionnel dans la hiérarchie sacerdotale. Entré comme simple prêtre pur au service des dieux de Karnak, il a rapidement suscité la jalousie, et fut accusé, une première fois, pour instigateur d’un trafic dont le commanditaire était en réalité l’ancien Grand Prêtre Aduj, oncle du Pharaon. Puis parvenu au titre de Père divin, c’est du crime d’Ahmir, devenu son ami, dont il fut accablé à tort, une nouvelle fois. Mosolan a vu en cette personne écrasée par le destin, une âme pure digne de devenir Grand Prêtre et probablement digne de confiance pour remplacer Ahmir au sein de la confrérie secrète.

– Pharaon, nous devons partir.

– Bien sûr, Abif.

Les trois hommes se dirigent ensemble vers la sortie du temple de Louqsor où deux chars les attendent.

10 Second mois du calendrier nilotique (basé sur la crue du Nil), correspond à aoûtseptembre.

11 La « belle fête d’Opet », heb nefer en Ipet, au cours de laquelle l’Amon-Rê de Karnak, accompagné de son épouse Mout et de leur fils Khonsou, était porté en procession à Louxor, où il prenait la forme d’Amon-Min, était l’une des fêtes religieuses les plus somptueuses de l’Égypte pharaonique.

12 Amenhotep III (né vers -1411/-1403, et mort à Malqata vers -1353/-1352), ou Aménophis III en grec ; Amāna-Ḥātpa en égyptien ancien, qui signifie Amon est satisfait, est le neuvième pharaon de la XVIIIe dynastie (période du Nouvel Empire).

13 Qui a la forme d’une fleur de papyrus.

CHAPITRE 2 : LE DEUXIÈME ÉLU

Mosolan et Baagon embarquent sur le même char ; Pharaon est à la manœuvre ; les deux superbes chevaux blancs obéissent au moindre mouvement du souverain ; malgré son âge avancé, il demeure toujours un conducteur émérite. Abif se positionne en tête du cortège avec deux autres chars formant un triangle, puis à l’arrière un triangle identique ferme la marche ; la protection de Pharaon est totale.

Baagon aimerait questionner Mosolan sur cette confrérie, mais le bruit des roues sur le chemin vers Karnak bordé de ces magnifiques sphinx est trop important pour que la discussion reste discrète. C’est donc sans un mot que tout le convoi arrive jusqu’au débarcadère du Temple de Karnak, une petite flotte de bateaux est accostée, qui les attend pour traverser le Nil et rejoindre le palais.

Une fois à bord, Baagon ne peut toujours rien dire, Abif et trois soldats les accompagnent dans l’embarcation. De nombreuses questions envahissent l’esprit de Baagon ; il aurait voulu en savoir un peu plus sur le deuxième homme ; est-il lui aussi en accord avec Mosolan pour qu’il intègre leur organisation ; pourquoi lui ?

Pharaon discerne dans le regard du Grand Prêtre les doutes et les interrogations et tente de le rassurer en lui souriant discrètement.

Arrivé sur la rive opposée, le petit groupe atteint les autres bateaux desquels les chevaux et les chars ont été déchargés. Mosolan s’approche doucement de Baagon.

– La personne que je souhaite vous présenter nous rejoindra directement au Palais.

Il n’a pas le temps de poser la moindre question que le char de Pharaon est avancé. Le chemin vers la demeure royale se fera donc en silence.

Le convoi parvient enfin à destination, Baagon est subjugué par la beauté de l’édifice à chacune de ses visites ; les murs de l’enceinte brillent par la pureté de leur couleur blanche ; les jardins le fascinent, c’est un enchantement pour les yeux. Le Grand Prêtre ressent une sérénité particulière en traversant les allées de ce paradis terrestre, il s’arrête devant une rose flamboyante, la prend délicatement dans la paume de son immense main, et avance son visage afin d’en sentir les agréables effluves.

Mosolan s’approche de Baagon, et lui sourit.

– Veuillez m’excuser, je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je n’ai pu retenir ce geste…

– … ne vous excusez pas, au contraire, vous venez de me donner le signe.

– Je ne comprends pas ?

– Lorsqu’Ahmir était jardinier dans ce palais, il avait pour habitude de venir saluer son œuvre par le même geste que vous venez de faire. Par la suite, à chacun de nos rendez-vous, il passait toujours par le jardin et faisait de même.

Baagon semble décontenancé par cette révélation.

– Croyez-vous qu’Ahmir y est pour quelque chose ?

– Oui, mon cher Baagon, je suis certain qu’une part de son ba14 vous a été légué. Grâce à vous, Ahmir reparaît plus radieux que jamais.

Les deux hommes montent les marches de marbre qui donnent sur la terrasse privée du souverain. Baagon est de plus en plus ému par la situation, même si ce n’est pas la première fois qu’il se retrouve dans ce lieu.

– Suivez-moi.

– Bonjour, Baagon.

Surgie de nulle part, la fille aînée de Pharaon vient de faire son apparition. Elle a mis ses yeux en valeur par un maquillage de teinte noire.

– Bonjour, Lia. Lui répond Baagon chevrotant.

Mosolan est étonné de voir ce colosse, habituellement si sûr de lui, perdre ses moyens.

– Je t’en prie Lia, nous avons à faire avec le Grand Prêtre.

– Bien sûr, je vous laisse. Dit-elle en ayant lâché un dernier sourire à Baagon.

– Euh… je suis désolé… mais…

– Ne vous justifiez pas, ma fille est libre d’apprécier qui elle souhaite. Allons-y maintenant.

Le Grand Prêtre emboîte le pas de son souverain. Ils traversent une immense salle bordée de petites colonnes papyriformes colorées à leurs bases d’un bleu lapis-lazuli merveilleux. Ils avancent vers les appartements privés du souverain, puis soudain, Pharaon s’arrête net devant une gigantesque armoire en acacia, il ouvre l’une des grandes portes ciselées de deux énormes ibis. Baagon est surpris, le meuble est totalement vide…

– Nous allons franchir une porte secrète, êtes-vous prêt ?

– Je pense que oui.

Mosolan actionne un mécanisme qui permet l’ouverture d’un passage vers une pièce inconnue, quelques grincements du fer qui frotte contre le bois se font entendre, puis un accès de l’autre côté apparaît. La salle mystérieuse ne semble comporter aucune sortie vers l’extérieur, seuls quelques flambeaux éclairent les lieux très sombres. En avançant, Baagon aperçoit une silhouette de dos, probablement le deuxième Élu. Pharaon s’est déjà dirigé vers l’individu, et s’adresse au Grand Prêtre.

– Approchez, mais je pense que les présentations seront vaines.

L’homme se retourne… il s’agit du vizir Ay, son propre père. Baagon reste muet, il ne se doutait pas qu’il puisse être le deuxième membre de la confrérie. Ay prend son fils dans les bras en signe de gratitude de le voir présent auprès de Mosolan.

– Je suis heureux de te découvrir ici.

– Je suis un peu perdu, j’ai du mal à comprendre.

– À comprendre quoi, mon fils ?

– Les raisons pour lesquelles, toi et Pharaon m’avez choisi.

– Nous sommes en réalité trois. Après la mort d’Ahmir, nous nous retrouvions orphelins du membre probablement le plus sage d’entre nous. Nous étions anéantis par sa disparition, par les conditions de son exécution. Nous avons attendu trois signes de sa part, afin qu’il nous indique qui sera son successeur.

– Pourquoi trois signes ?

– Un Grand Élu doit incarner la Force, la Sagesse et la Beauté.

– Et les signes les avez-vous reçus ?

– Oui, mon fils. Alors que de nouveau tu étais accablé par le sort, par la pire des accusations, celle de l’assassinat de notre ami Ahmir, le destin a voulu que tu sois présent avant que les trois mauvais prêtres ne s’enfuient et avouent leur homicide.

– Je n’y ai pas prêté attention ce jour-là, mais j’ai ressenti une sensation troublante qui m’a poussé à rejoindre ces trois meurtriers.

– C’est la sagesse des dieux qui t’a guidé.

– Et quel fut le deuxième signe ?

Pharaon prend alors la parole.

– Lorsque vous êtes revenus avec le corps sans vie du premier des criminels que vous aviez vous-même anéanti.

– Je ne comprends pas, vous étiez sur le point de me punir d’un lourd châtiment que je méritais amplement.

– Non, mon cher Baagon, car à ce moment précis l’ensemble des personnes présentes se sont agenouillées pour demander ma clémence. Ils m’avouèrent plus tard qu’eux aussi, une Force semblait les y avoir aidés. Voici le deuxième signe.

Ay reprend à son tour la parole.

– Ta présence m’indique que Pharaon a reçu le troisième signe que nous espérions tous les deux, sinon tu ne serais pas ici parmi nous. Peux-tu me dire quel a été ce signe, Mosolan ?

– Ton fils a salué le jardin d’Ahmir, tel qu’il le faisait en son temps. Ceci est la Beauté.

Ay, d’un naturel plutôt austère, paraît radieux en écoutant Pharaon et comprenant que Baagon a bien été choisi par Ahmir.

– Je viens de découvrir, poursuit le Grand Prêtre en s’adressant à son père, qu’Ahmir était également ton ami.

– Oui, Baagon, nous étions tous les trois très liés, mais sache que nous le sommes toujours, nos âmes sont unies à jamais, même la mort ne pourrait les séparer.

– Je me souviens, pourtant, que tu avais été accusé à tort du trafic d’Aduj. Pharaon, vous saviez que mon père était innocent, pourquoi l’avoir laissé malmener par Abif ?

– Abif n’a jamais été tenu au courant de l’existence de la confrérie. Il a donc mené son enquête en toute impartialité.

– Je connais le lien très fort qui vous uni au général et l’amitié indéfectible qu’il entretenait avec Ahmir, alors pourquoi ce n’est pas lui qui a été choisi pour entrer dans cette confrérie ?