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Au sein du domaine de Karnak, le lieu le plus sacré de l'Égypte antique, un crime abominable vient troubler l'équilibre de Maât... Le Grand Prêtre Ahmir est retrouvé mort... L'Isfet (le mal) vient de faire son apparition pour la deuxième fois sous le règne de l'un des plus sages des Pharaons, Mosolan. Au travers de l'ascension d'Ahmir dans la hiérarchie sacerdotale, nous allons à la découverte de rituels et de la vie spirituelle de l'Égypte antique ; nous suivons pas à pas l'enquête d'Abif, le garde personnel de Pharaon ; nous cherchons qui se cache derrière l'Isfet...
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Seitenzahl: 214
Veröffentlichungsjahr: 2020
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DU MÊME AUTEUR
Roman
L’empreinte de l’ange,
BOD, mars 2021
Baagon (suite d’Isfet et Maât),
BOD, décembre 2021
Thématique
Excel dévoilé,
BOD, novembre 2020
Word dévoilé,
BOD, mars 2021
PowerPoint dévoilé,
BOD, Juin 2021
Jeunesse (Sous le nom de Charles Pagiaut)
Milow, le jeune aventurier (1) : Le trésor de Sarah
BOD, Juin 2021
Milow, le jeune aventurier (2) : Milow et le secret de la pyramide
BOD, Octobre 2021
Mes remerciements vont en premier lieu aux deux personnes qui ont eu la délicate tâche de me soutenir dans ce projet, par leurs relectures et conseils avisés ; mon épouse, première lectrice assidue et Gabriel ATTIC, mon ami écrivain, dont l’expérience m’aura permis la finalisation de ce roman. La dernière personne que je souhaiterai citer est Christian Jacq dont l’œuvre sur l’Égypte antique m’a amené à assouvir une passion dévorante (je me suis permis de reprendre le surnom de l’un de ses personnages récurrents comme un hommage).
Sommaire
À propos de l’auteur
REMERCIEMENTS
AVANT-PROPOS
PROLOGUE
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
CHAPITRE 3
CHAPITRE 4
CHAPITRE 5
CHAPITRE 6
CHAPITRE 7
CHAPITRE 8
CHAPITRE 9
CHAPITRE 10
CHAPITRE 11
CHAPITRE 12
CHAPITRE 13
CHAPITRE 14
CHAPITRE 15
CHAPITRE 16
CHAPITRE 17
CHAPITRE 18
CHAPITRE 19
CHAPITRE 20
CHAPITRE 21
CHAPITRE 22
CHAPITRE 23
CHAPITRE 24
CHAPITRE 25
CHAPITRE 26
CHAPITRE 27
CHAPITRE 28
CHAPITRE 29
CHAPITRE 30
CHAPITRE 31
CHAPITRE 32
CHAPITRE 33
CHAPITRE 34
CHAPITRE 35
CHAPITRE 36
ÉPILOGUE
Depuis toujours l’Égypte antique fascine, interroge. Nombre de sites tels que le plateau de Gizeh et ses pyramides sont prompts à attiser notre imaginaire. Parmi ces lieux exceptionnels ; Karnak, assurément le site archéologique le plus riche pour comprendre ce que devait être la spiritualité à cette époque lointaine.
Karnak faisait partie de la métropole de Thèbes (aujourd’hui Louxor), situé sur les bords du Nil, sur la rive opposée à la vallée des Rois. Il s’agit d’un Temple qui s’étend sur plus de 2 km², il est composé de trois enceintes principales, appelées : les domaines d’Amon1, le plus vaste, de Montou2 et de Mout3. Il est relié au Temple de Louxor par une allée de trois kilomètres, bordée de sphinx.
Sa construction s’étend sur près de 2 000 ans et une trentaine de pharaons ont contribué à son épanouissement architectural, dont le premier fut Sésostris4. Cependant, il existe une période de 300 ans où Karnak fut pratiquement laissée à l’abandon de -663 à -378, Thèbes et Karnak ayant été dévastées et pillées par les Assyriens en -663.
C’est tout naturellement à cette époque que j’ai souhaité positionner mon intrigue afin d’éviter une collusion avec des personnages réels et ainsi prolonger, le temps d’un récit, la vie de ce lieu magique. D’autant que la période choisie correspond à la basse époque et plus précisément la XXVIe dynastie marquée par ce qui fut appelé la renaissance saïte5. À cette époque l’Égypte est morcelée, le jeune Psammétique 1er réussira à expulser les Assyriens du pays et ainsi réunifier la haute et basse Égypte. Cette XXVIe dynastie verra la renaissance des rituels religieux exercés lors du Moyen et de l’Ancien Empire, sous l’égide de Maât.
Maât est très certainement la divinité à laquelle chacun des résidents du pays en général et de Karnak en particulier, se réfère. Elle est la déesse de l’équilibre du Monde, la source de la sagesse… mais parfois, l’Ordre fait place au Chaos.
1 Principale divinité du panthéon égyptien, dieu de Thèbes. Son nom signifie le cacher.
2 Dieu de la ville d’Hermonthis (nome de Thèbes).
3 Déesse qui veille sur les hommes et leur redonne la vie.
4 Sésostris I est le fils aîné du fondateur de la XIIe dynastie, Amenemhat I.
5 Du nom de la ville de Saïs, d’où est originaire la dynastie.
La mort du sage est une portion de sa vie.
Joseph Michel Antoine Servan
An 34 de Mosolan, mois de Phaophi6, Karnak
Les premières lueurs du Soleil commencent à frapper la porte de l’Est du domaine d’Amon, fleuron de la cité aux cent portes7. Un chien errant est assis là et profite de la chaleur naissante de la journée, juché sur un monticule de terre avec lequel la couleur de son pelage se confond : il attend les oreilles dressées qu’un prêtre lui apporte de la nourriture.
Les deux obélisques qui encadrent l’entrée paraissent s’élever doucement vers le ciel, tels deux rayons figés dans l’éternité. Aucun nuage ne vient ternir la voûte céleste azurée. En un instant, le spectacle atteint son apogée… lorsque les feuilles d’or qui habillent les pyramidions8 des obélisques se mettent à scintiller en harmonie avec l’astre de Râ. La cité semble endormie ; le silence est presque magique en cette matinée automnale ; le canidé paraît profiter au maximum du spectacle.
Soudain… un hurlement… un cri effroyable, provenant de l’autre côté du domaine, vient détruire la sérénité ambiante. En un instant, le pauvre animal errant sort de sa léthargie et s’enfuit vers le désert. Non loin de là, près du Lac Sacré9, les oies entament un cacardement, mettant en fuite un couple d’ibis10 qui s’envole en direction de l’Est, leur couleur albâtre les faisant disparaître dans l’intensité du Soleil.
Un jeune prêtre qui faisait sa toilette matinale seul dans le lac se dirige à vive allure vers le lieu des hurlements ; traverse précipitamment une première cour ; s’élance sur la gauche dans la salle hypostyle11 ; faufile son grand corps frêle entre les colonnes, malgré l’obscurité ; manque de perdre l’une de ses sandales trop petites pour ses longs pieds fins.
Les cris se font de plus en plus clairs, à quelques coudées, deux silhouettes semblent se dessiner. À bout de souffle, le visage juvénile en sueur, il s’arrête net… ne pouvant retenir un réflexe de recul en observant la scène… le spectacle est insoutenable, tout prêt d’un corps sans vie baignant dans une mare de sang, au pied du mur droit d’entrée de la colonnade de Taharqa12, un homme est agenouillé et en pleurs.
Le corps gisant au sol n’est autre que le grand prêtre du Temple de Karnak : Ahmir, l’autorité la plus influente après Pharaon. Sa pardalide13 de cérémonie encore nouée autour du cou a pris une teinte pourpre. Amarbi reconnaît rapidement l’homme en larmes, il s’agit de Kerstin, son ami, celui-là même qui, quelques années plus tôt, l’accompagnait au domaine d’Amon afin de devenir prêtre. Il ne sait comment réagir, son regard n’arrive pas à se détacher du visage du Grand Prêtre. L’énorme entaille traversant cette gorge… aucun doute quant au décès… Amarbi est troublé… le visage de la victime… il a l’air animé d’une… d’une bienveillance… d’une sérénité.
Dans un réflexe d’empathie, il pose une main sur l’épaule de son camarade, mais n’obtient aucune réaction. Kerstin semble ailleurs, éteint, le corps d’Ahmir à ses genoux paraît plus en vie que lui.
Les hurlements ont surpris l’ensemble de Karnak et rapidement une centaine de résidents entourent la victime. Les chuchotements forment un bourdonnement, chacun tentant de s’approcher au plus près pour apercevoir la scène.
— Écartez-vous !
La voix rauque et puissante qui vient de retentir est celle d’Habeyon, le deuxième Prophète qui malgré son corps fluet, possède une autorité naturelle, largement expliquée par cette intonation grave… tous les regards convergent vers lui et personne n’ose plus parler.
Son visage change littéralement d’aspect, passant de la sévérité… à la tristesse. Abasourdi par la scène, il lui faut quelques minutes pour reprendre ses esprits et comprendre qu’il ne rêve pas, qu’à ses pieds gît bien le corps de son ami et Grand Prêtre de Karnak.
— Nous pourrions croire qu’il respire encore ! Son illustre visage, respecté par la mort, exprime le calme et la paix de son ba14, tant l’empreinte de son akh15 est profondément gravée dans ses traits.
Ces quelques mots font écho avec la première impression d’Amarbi, le premier prophète n’était pas un homme ordinaire… sa mort ne l’est donc pas moins.
Habeyon se recueille encore un instant… la douleur le submerge… mais il doit se reprendre afin de délivrer ses consignes.
— Toufert, va prévenir Pharaon et le général Abif du mal que nous venons de subir.
— Je… je… je… m’en charge.
Le jeune père divin16 est surpris par la demande à tel point qu’il ne comprend pas bien cette requête.
— Mais, mais… que dois-je leur dire ?
— Dis-leur que celui qui ouvre les deux portes du ciel, leur ami, est mort, lâchement tué et que nous attendrons auprès de son corps tant que Pharaon n’aura pas vu de ses propres yeux la terrible vérité.
Dis-leur que de nouveau l’Isfet17 vient de frapper en plein cœur du Temple d’Amon.
Pendant ce temps, Kerstin resté agenouillé près du corps, semble comme statufié.
— Que faisons-nous pour Kerstin ? s’interroge Amarbi.
— Amène ce meurtrier chez notre ouabou-skhmet18 afin qu’il le guérisse de sa léthargie… il devra être conscient pour répondre de son acte abominable.
— Et toi, Baagon, accompagne-les pour t’assurer qu’il n’en profite pour s’enfuir. Acquitte-toi de cette tâche avec zèle… s’il arrivait quoi que ce soit, tu serais jugé comme complice.
Le choix de Baagon, en tant que garde temporaire, est amplement justifié, le prêtre est un vrai colosse, il est respecté et impressionnant ; selon la légende, il aurait occis une lionne à mains nues qui tentait d’attaquer un groupe de jeunes enfants, une longue cicatrice sur le dos en est le témoin permanent.
Comme demandé par Habeyon, il se dirige vers Kerstin, ce qui a pour effet de le faire réagir.
— Habeyon, je n’y suis pour rien ! J’ai découvert le corps de notre pauvre grand prêtre, il était déjà mort !
Son visage se referme instantanément et il retombe dans un profond mutisme.
— Pharaon jugera !
Le deuxième Prophète a pris un air sévère, l’instant est grave.
— Amarbi, Baagon ! Faites ce que je vous ai demandé !
Habeyon ne peut se permettre la moindre faiblesse, ses consignes fusent et personne n’ose le contredire. La mort du Grand Prêtre fait de lui l’autorité temporaire de Karnak. Il doit impérativement s’assurer que l’Isfet ne poursuive son avancée.
Amarbi aide son camarade à se relever, faisant apparaître une tache du sang d’Ahmir sur son pagne blanc. Baagon pose aussitôt sa main imposante sur l’épaule de Kerstin qui paraît surpris, la pression qu’il inflige fait vite comprendre au suspect sa détermination à accomplir son devoir.
Dès le départ des trois hommes vers la maison de Qar, médecin de Karnak, Habeyon assène ses derniers ordres en attendant l’arrivée de Pharaon.
— Que trois d’entre vous restent ici avec moi, et assurons-nous que personne ne touche à quoi que ce soit !
6 Second mois du calendrier nilotique (basé sur la crue du Nil), correspond à aoûtseptembre.
7 Autre nom donné à Thèbes
8 Élément pyramidal couronnant le sommet d’une pyramide ou d’un obélisque.
9 L’eau de ce lac proviendrait directement du Noun, l’océan des origines.
10 L’oiseau appelé ibis en Égypte est en réalité une aigrette (héron garde-bœuf)
11 La salle hypostyle couvre une zone de 5 000 m². Le toit, maintenant tombé, était soutenu par 134 colonnes.
12 Pharaon éthiopien.
13 Peau de léopard, attribut traditionnel du costume sacerdotal de prêtre de l’Égypte antique.
14 L’âme immortelle, une des parties de l’âme humaine.
15 La force divine, une des parties de l’âme humaine.
16 Titre donné au prêtre après avoir été initié aux Petits Mystères.
17 Pour les anciens Égyptiens, l’Isfet représente le désordre, le mal, le dévoiement, le chaos, l’injustice : l’opposé de Maât.
18 Médecin.
Il est impossible d’aimer une seconde fois ce qu’on a véritablement cessé d’aimer.
François de La Rochefoucauld
An 27 de Mosolan, mois de Pharmouti19, sept ans auparavant
Le Pharaon Mosolan, fils de Vaddi, entame la vingt-septième année de son règne. Son visage émacié lui donne, comme son défunt père, un air hautain. Il est pourtant d’un calme légendaire et est considéré par son peuple comme le plus grand et le plus sage des Pharaons qu’a connu son pays.
L’Égypte vit une période de paix et de sérénité : son ennemi emblématique, la Nation Hittite ayant été vaincue et annexée par l’Assyrie depuis plus d’un siècle, et cette même Assyrie expulsée il y a trente ans de l’Égypte par Vaddi. C’est donc dans cette ambiance paisible et par une agréable journée que Mosolan profite de la vue du jardin du palais, où ses filles Lia, Lilith et Maya aiment s’amuser en jouissant des premiers rayons du soleil.
Les nombreuses allées sont bordées de différentes plantes, et arbres fruitiers provenant des pays limitrophes et amis. Depuis la reine Hatchepsout, chaque pharaon use d’ingéniosité afin d’obtenir les plus belles couleurs, les plus belles formes, allant jusqu’à organiser des expéditions pour rechercher les espèces les plus rares. Cette beauté est largement due à Ahmir, qui entretient et soigne les multiples fleurs de ce magnifique jardin.
Comme chaque jour Ahmir s’attelle à sa tâche et comme chaque jour Mosolan admire de sa terrasse le soin et le zèle de son serviteur ; tout en observant la joie de ses enfants dans ce paradis terrestre.
Le jardinier du palais est grand et robuste, il aurait fait un excellent garde personnel, pense Pharaon. Mosolan se souvient de l’entrée de cet homme à son service cinq ans plus tôt… à la suite d’un drame familial qui a vu le décès de son épouse en couche ainsi que l’enfant qu’elle portait. C’est depuis ce tragique événement que, malgré ses trente-huit ans, il affiche une calvitie et une légère barbe blanchie en signe de deuil, mise en valeur par un visage bruni par le Soleil égyptien. Pourtant, cette barbe, il devra la raser dans quelques jours pour reprendre son service de prêtre pur, comme tous les trois mois lorsque sa zaa20 a la charge du Temple de Karnak.
Alors qu’il taille quelques rosiers, une jeune servante s’approche lentement de lui une cruche d’eau à la main. Elle semble flotter dans les allées du jardin ; ses longs cheveux bruns cachent subtilement sa poitrine juvénile ; une jupe légère laisse entrevoir des courbes magnifiques. Tout est harmonieux chez la jeune femme : ses formes, sa démarche et sa voix.
— Ahmir, as-tu soif ?
Ces quelques mots viennent lui enchanter les oreilles et même si un léger sourire commence à se lire sur son visage… il se maîtrise.
— Bonjour Abina. Je te remercie.
Il prend la cruche sans dévier son regard de ses fleurs, ses traits se ferment… une tristesse paraît l’envahir.
Beaucoup de jeunes femmes du palais lui vouent une affection… une fascination tant il dégage un charisme incroyable, mais Ahmir ne semble pas sensible à ces passions féminines, le décès de son épouse est encore trop profondément ancré dans son esprit pour qu’il puisse envisager d’être attiré par une autre personne. Pourtant la jeune servante Abina n’est pas de cet avis, elle désespère depuis des mois de convaincre Ahmir qu’il se trompe. En vain… aujourd’hui, il ne daigne même plus croiser son regard.
— Ahmir, tu connais l’amour que j’ai pour toi. Pourquoi me rejettes-tu ? Qu’ai-je fait pour mériter ce mépris ?
— Pas du tout !
Sa réponse fuse… sans un regard vers Abina. Il est vrai que de nombreux hommes auraient succombé à son charme presque divin, mais Ahmir sait qu’il ne le peut pas… il ne le doit pas.
Il ressent bien une grande souffrance dans les propos de la jeune femme. Alors qu’elle est sur le point de partir, il se tourne enfin vers elle.
— Abina, je t’assure que j’ai beaucoup de tendresse et d’amitié pour toi, mais je t’en prie, je suis incapable de te donner ce que tu attends de moi.
— Pourquoi ? J’ai mal de ne pas te comprendre.
Il lui rend la cruche d’eau avec laquelle il vient de boire.
— Je suis désolé, Abina.
Un silence profond s’installe… elle tente de contenir ses larmes et s’en retourne sans un mot vers le palais.
Ahmir la regarde s’éloigner ; il a bien essayé s’imaginer dans les bras de la jeune femme, mais rien n’y fait, c’est systématiquement le visage de sa défunte conjointe qui reparaît, et il le sait très bien, il ne pourra jamais plus donner un amour aussi fort que celui qui l’unissait à Caloum son épouse disparue.
Mosolan troublé par la scène qu’il vient d’observer de son balcon décide d’aller à la rencontre de son jardinier.
Il descend rapidement les marches de marbre qui mènent au jardin et se dirige discrètement vers l’allée principale, en longeant quelques rosiers en fleur.
— Tu t’es encore dépassé Ahmir.
— Pharaon…, je ne vous avais pas entendu arriver.
— Quel est donc ton secret ?
Ahmir semble surpris et décontenancé par la question.
— De quel secret parlez-vous ? demande-t-il fébrilement.
— En aurais-tu plusieurs, mon cher Ahmir ?
Un léger sourire illumine le visage de Pharaon. Ahmir cache effectivement quelque chose à son Pharaon, mais impossible… personne n’est au courant. Pourtant, il sait que Mosolan est capable de lire dans l’âme des hommes, aurait-il deviné ce qu’il n’ose lui demander ?
— Je parle du secret qui te permet de donner cette splendeur au jardin du palais, insiste Mosolan
Ahmir repose ses outils avec soulagement et se lève pour faire face à son souverain
— Je n’ai pas de secret Pharaon. Comme vous le savez, j’ai tout appris de mon père qui était au service du Palais durant de longues années.
— Ton père était un homme admirable.
— Je lui dois tout. Il est vrai qu’il a su me transmettre son art, et si j’ai un petit secret : c’est d’avoir eu la chance de l’accompagner lors de la fête Sed21 de notre défunt Pharaon.
— J’étais moi-même un jeune prince. La magie de cette cérémonie et celle de ce lieu seront gravées éternellement dans ma mémoire. Mais il ne s’agit pas vraiment d’un secret puisque nous nous y sommes rencontrés.
— C’était la première fois que j’apercevais la magnifique salle des fêtes de Touthmôsis III, avec ses colonnes bleues, ce plafond constellé d’étoiles jaunes. Et ce jour-là, mon père m’a fait découvrir discrètement une fresque particulière qui se trouve juste derrière la pièce.
— Le jardin botanique ?
— Oui. Celui qui a réalisé cette œuvre a su détailler avec magie les animaux, et surtout les plantes et les fleurs que Thouthmosis avait fait rapporter d’au-delà de l’Euphrate. C’est ce jour précis que j’ai compris que je suivrai les pas de mon père.
Les yeux d’Ahmir sont emplis d’admiration à la simple évocation de l’œuvre.
— Alors, explique-moi pourquoi la beauté de cette fresque te donne plus d’émotion que la beauté d’une femme ?
La question surprend Ahmir, il ne s’y attendait pas. Le regard de Mosolan viendrait-il de percer son esprit ?
— Je ne saisis pas Pharaon.
— Ahmir, je t’observe chaque jour travailler dans mon palais et je vois bien que tu ne réponds à aucune avance des jeunes femmes de ces lieux.
— Vous avez entendu notre conversation avec Abina ?
— Oui, et bien d’autres auparavant.
— Mais Pharaon, vous connaissez mon histoire… vous devriez comprendre.
— Je sais le drame qui t’envahit, mais je reste persuadé qu’il y a autre chose à découvrir.
Comme il le redoutait, le regard perçant de Pharaon a fait son œuvre, ce regard, il le connaît bien, c’est le même que le père de Mosolan. Il s’en souvient quand enfant, il accompagnait son propre aïeul dans les jardins du palais, il le fascinait déjà.
— Eh bien, je t’écoute !
Ahmir sait qu’il ne peut plus cacher la vérité, il se doit de dévoiler son projet, il le doit par respect pour son souverain.
— Effectivement, après la mort de mon épouse, je me suis rendu compte que je ne pourrais plus jamais dédier ma vie à une nouvelle femme : c’est ce qui m’a amené à devenir prêtre Ouêb22… et je ne veux pas être un compagnon uniquement tous les trois mois ni pour Abina ni pour une autre.
— Pourtant la majorité de tes confrères sont mariés.
— Mon vœu le plus précieux serait de consacrer tout mon temps aux dieux… je serai incapable d’aimer une mortelle comme j’ai chéri Caloum, mon épouse.
— Souhaiterais-tu être initié aux Petits Mystères ?
Ahmir prend un air surpris, mais au fond de lui, il n’est pas tellement étonné de la question de Mosolan.
— Ce serait une joie pour moi… il est vrai que je n’ai pas été très honnête avec vous, car cela implique que je ne resterai pas à votre service aussi longtemps que mon père.
— Je ne t’en veux pas Ahmir, mais explique-moi comment se fait-il que tu n’aies toujours pas été initié ?
— Le Grand Prêtre Aduj exige une recommandation d’une haute personnalité actant de ma pureté et donc de ma capacité à être reçu aux Petits Mystères.
— Pourquoi ne lui as-tu pas demandé ?
— En suis-je digne ?
Le visage de Mosolan reprend un air sévère… anxieux.
— Bien entendu Ahmir… mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait luimême ? Il voit au quotidien ton engagement et ta pureté, il est temps qu’il cesse…
Mosolan s’arrête net.
La réaction du Pharaon surprend Ahmir, c’est la première fois qu’il perçoit chez ce dernier un moment d’agacement.
— Qu’il cesse quoi ? s’inquiète-t-il.
— Ne t’en fais pas Ahmir, nous reprendrons cette conversation plus tard.
Ahmir n’a même pas le temps de réagir que Mosolan s’en retourne à ses appartements.
Pharaon est très perturbé. Ce nouvel épisode aurait-il un rapport avec ce cauchemar qui hante chacune de ses nuits ? Il ne peut s’agir d’un hasard. Il lui faut intervenir avant que sa prémonition ne se réalise.
L’indélicatesse du Grand Prêtre envers son jardinier est un signe qu’il ne doit pas négliger. Cela n’a que trop duré. Il ne lui fait aucune confiance, il connaît également les rumeurs sur son autorité inique, sur ses jugements discutables. Aduj doit cesser de nuire à Maât.
19 Huitième mois du calendrier nilotique, quatrième mois de la saison de Peret, correspond à février-mars.
20 L’organisation du Temple est faite par 4 groupes de prêtres qui change tous les mois, appelé également phylé en grec et signifiant tribu.
21 Autrement appelé fête de la régénération ; après trente ans de règne, le souverain accomplissait de nouveau la cérémonie du couronnement.
22 Prêtre pur.
Le danger que l’on pressent, mais que l’on ne voit pas est celui qui trouble le plus.
Jules César
Mosolan remonte promptement les quelques marches qui mènent à la terrasse de ses appartements privés… toujours perturbé par l’entretien qu’il vient d’avoir avec Ahmir.
Il traverse à grands pas la salle du trône pour se diriger vers le carré des gardes.
— Abif ! Abif !
— Tu me sembles soucieux Mosolan ?
Neferi, son épouse s’approche lentement ; vêtue d’une robe blanche et d’un long collier de jade, la beauté de la reine n’ayant que peu d’égales dans la cité de Thèbes.
Elle est la fille aînée du nomarque de Grande Terre23 ; cela fait plus de vingt années qu’elle accompagne Mosolan dans sa vie, et sait parfaitement déceler lorsque son Pharaon, son mari, son confident, ne va pas bien.
— Veux-tu me dire ce qui te tracasse ?
— Ma chère Neferi, j’ai un mauvais pressentiment… je sens que l’Isfet est sur le point d’envahir Karnak.
— D’où te vient ce pressentiment ?
— Cela fait plusieurs nuits que je fais le même cauchemar, j’y vois un corps flottant sur le Nil et la déesse Maât qui plonge pour le sauver… mais elle n’y parvient pas… et les… les ténèbres s’installent sur le royaume.
— Tu as toujours su rétablir l’équilibre de Maât lorsque cela était nécessaire. Alors, pourquoi t’inquiéter aujourd’hui ?
— Je ressens une force sombre très puissante. Dans la pénombre, un visage apparaît systématiquement, et la nouvelle que je viens d’apprendre auprès d’Ahmir m’a tout de suite remis à l’esprit cette vision horrible.
— De quel visage s’agit-il ?
— Celui d’Aduj ! C’est pourquoi je soupçonne le demi-frère de mon père, le Grand Prêtre, de chercher à déstabiliser le royaume.
— Vous m’avez demandé Pharaon ? s’interroge Abif, en s’approchant de Mosolan
— Veux-tu bien nous laisser un instant, ma douce Neferi ?
Alors que la reine s’éloigne en saluant le garde personnel de son époux, Abif s’approche de Mosolan.
Les deux hommes se connaissent depuis de longues années. Abif était alors un mercenaire comme il en existait de nombreux à l’époque, lorsqu’un soir le jeune prince Mosolan fut victime d’une tentative s’assassinat, qu’il a déjoué en sauvant le jeune homme. Et c’est pour le remercier que le Pharaon Vaddi l’a nommé garde au service de son fils.
Depuis ce jour, les deux hommes cultivent un profond respect et une amitié.
— Abif, je vais avoir besoin de toi pour une mission particulière.
— Je vous écoute.
Mosolan lui fait part de sa prémonition et de l’entretien avec Ahmir.
— J’ai l’impression que l’Isfet gagne de plus en plus de terrain sur Karnak.
— Je ne serais pas étonné que ce misérable personnage prépare quelque chose de répréhensible, je ne lui fais pas confiance.