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Imaginons un instant qu'il nous soit offert la perspective de vagabonder dans le passé. Aurions-nous le courage de modifier l'histoire ? Serions-nous dans la capacité d'en mesurer les conséquences sur le long terme ? Pouvons-nous changer ce qui a déjà eu lieu ? C'est face à ces interrogations que le commandant Magellan et sa charmante coéquipière partent sur la piste d'un criminel hors du commun, un hacker temporel, bien décidé à changer un détail de l'histoire de l'humanité à son profit. Pour cette mission, nos deux héros vont devoir embarquer pour un voyage incertain, dans les méandres du passé et tenter de sauver notre présent...
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Seitenzahl: 222
Veröffentlichungsjahr: 2022
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DU MÊME AUTEUR
Roman
Isfet et Maât,
BOD, juin 2020
L’empreinte de l’ange,
BOD, février 2021
Baagon,
BOD, décembre 2021
Thématique
Excel dévoilé,
BOD, novembre 2020
Word dévoilé,
BOD, mars 2021
PowerPoint dévoilé,
BOD, juin 2021
Jeunesse (Sous le nom de Charles Pagiaut)
Milow, le jeune aventurier (1) : Le trésor de Sarah
BOD, juin 2021
Milow, le jeune aventurier (2) : Milow et le secret de la pyramide
BOD, octobre 2021
REMERCIEMENTS
Mes remerciements iront, en premier lieu, à toutes les personnes qui ont eu la délicate tâche de me soutenir dans ce nouveau projet, par leurs relectures et conseils avisés ; notamment mon épouse, relectrice assidue. Je suis également reconnaissant envers mes lecteurs de mes débuts et tous ceux qui ont rejoint mon univers, ils me permettent de poursuivre mes errements littéraires et ainsi aboutir à ce nouveau roman.
Avant-Propos
Prologue
Partie 1: De La Canne á La Guillotine
Chapitre 1 : Baptême Du Temps
Chapitre 2 : Rapprochement
Chapitre 3 : La Porte
Chapitre 4 : Idylle
Chapitre 5 : Jésuite
Chapitre 6 : Louis XVI
Partie 2: Du Telephone A La Guerre
Chapitre 7 : Évidences
Chapitre 8 : Usurpateur
Chapitre 9 : Confidence
Chapitre 10 : Monsieur Cinéma
Chapitre 11 : Regrets
Chapitre 12 : Le petit Monstre
Chapitre 13 : Questionnement
Chapitre 14 : Deroutement
Partie 3: De La Penicilline a La Chute
Chapitre 15 : La Piste
Chapitre 16 : Fleming
Chapitre 17 : Promesse
Chapitre 18 : Enchaînement
Chapitre 19 : Nouvelle Promesse
Chapitre 20 : Mauvais Horaire
Chapitre 21 : Surprise
Chapitre 22 : La Chute
Épilogue
AVANT-PROPOS
Combien de fois, chacun d’entre nous s’est-il entendu dire : « Et si cela n’avait pas eu lieu ? » ? Nous jouons à nous faire mal, alors que nous le savons tous : il nous est impossible de changer le passé. Pourquoi donc, cette torture inutile ? Probablement qu’elle nous permet d’expier nos erreurs en prétextant qu’il est anormal de ne pouvoir revenir en arrière.
Imaginons un instant qu’il nous soit offert la perspective de vagabonder dans le passé. Aurions-nous le courage de modifier l’histoire ? Serions-nous dans la capacité d’en mesurer les conséquences sur le long terme ? Mais la plus importante des interrogations : Pouvons-nous changer ce qui a déjà eu lieu ?
De nombreux scientifiques ont étudié le voyage dans le temps, notamment Willem Jacob Van Stockum1, qui en 1937, est le premier à formuler l’idée de boucles temporelles. Un souci de taille… ces boucles se heurtent au principe de causalité, un grand fondement de la physique, très souvent illustré par le paradoxe du grand-père2.
C’est donc la fiction qui s’empare du sujet, dont l’œuvre majeure fut sans nul doute La Machine à explorer le temps d’H. G. Wells3, écrit en 1895. Il est intéressant de noter qu’à la même époque, Charles Renouvier4, philosophe français, crée un néologisme : « uchronie ». Ce mot est fondé sur le modèle d’utopie dont le u est un préfixe de négation et chronos, le temps. Le terme uchronie pourrait se traduire par « non-temps ». L’idée est de partir de l’histoire telle qu’elle a existé, d’en modifier une partie, et d’en inventer les conséquences possibles.
Cette détermination à transformer le passé pour imaginer ce que le futur aurait pu advenir, n’est pas moderne, cette fameuse phrase de Blaise Pascal en est un exemple criant : « Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la Terre aurait changé » (Pensées).
Dans la lignée de Renouvier, j’ai voulu à mon tour créé mon propre néologisme, devenu le titre de ce roman : Alithochronie. Alors que l’uchronie est l’histoire revisitée, alithochronie est celle qui a véritablement eu lieu, pas la Grande Histoire, mais le détail historique qui a fait que l’histoire est devenue grande. Pour arriver à ce terme, j’ai utilisé les deux mots grecs alithis, vrai, et chronos, le temps.
J’aurais pu tout aussi bien employer le titre Sérendipité, mais il ne concerne que les découvertes, celles qui par un fait dû au hasard voient le jour. Les plus célèbres d’entre-elles étant la tarte Tatin ou l’exploration de l’Amérique par Christoph Colomb.
À travers le récit proposé dans ce roman, ce sont quelques-uns de ces fameux « détails étranges » que je vous invite à découvrir, ceux-là mêmes qui ont changé la face du monde, un peu comme le nez de Cléopâtre.
Imaginez qu’un individu mal intentionné, un uchroniste, est trouvé le moyen de voyager dans le passé, qu’il décide de venir perturber ce « détail ». Qu’elles en seraient les conséquences ? C’est justement ce que vont tenter d’éviter nos héros, que nous pourrions affubler du titre d’alithochroniste. Ils n’ont pas le droit à l’erreur… le chaos est possible.
Je vous invite donc à suivre les pas de H. Georges Wells et de sa machine à explorer le temps, de partir dans les méandres des boucles temporelles… bon voyage.
1 Mathématicien néerlandais qui a apporté une contribution importante au développement précoce de la relativité générale.
2 En voyageant dans le passé, nous pourrions tuer notre grand-père, et donc ne plus exister : ce qui serait un paradoxe.
3 Herbert George Wells, nom de plume H. G. Wells, né le 21 septembre 1866 à Bromley dans le Kent (Royaume-Uni) et mort le 13 août 1946 à Londres, est un écrivain britannique surtout connu pour ses romans de science-fiction.
4 Charles Bernard Renouvier, né le 1er janvier 1815 à Montpellier et mort le 1er septembre 1903 à Prades, est un philosophe français, connu pour avoir créé le terme « uchronie », et fondé le néo-criticisme : école qui proposait une synthèse du kantisme, du positivisme et du spiritualisme.
PROLOGUE
Paris, Quartier latin, 13 août 2016 10 h 15
En ce milieu de matinée, la vie commence à peine à s’animer dans ce magnifique quartier historique de la capitale. Les touristes étrangers entament lentement leurs visites, peu à peu les rues s’emplissent de visages admiratifs de l’architecture parisienne.
Un homme se distingue parmi ces estivants, son pas est plus rapide et décidé, il ne prend pas le temps de s’arrêter à chaque vitrine, à chaque devanture un peu antique ; comme la plupart des habitants de Paris, il ne prête plus réellement attention à ces fleurons qui font la renommée de la ville. Il descend la rue de l’Ancienne Comédie, passe devant le plus vieux café de la métropole, Le Procope, une belle enseigne rouge est là pour le rappeler « Café-Glacier depuis 1686 ». De jeunes Asiatiques se retournent vers lui en s’exprimant par de petits rires enfantins, son visage et sa silhouette leur évoquent un acteur français adulé dans leur pays ; Alain Delon, celui de La piscine5. Il prend maintenant sur la droite, boulevard Saint-Germain, il presse le pas, il déteste être en retard. Après quelques minutes de marche, il parvient sur son lieu de rendez-vous ; Les Deux Magots.
Georges s’assied à une des rares tables vides de la terrasse. C’est tout de même étrange, se dit-il, d’avoir choisi cette brasserie fréquentée pour une entrevue qui se doit, selon son interlocuteur, être discrète. Ce militaire endurci par les batailles et les missions périlleuses ne se sent pas à l’aise parmi la foule ; cela ne fait que deux minutes qu’il attend et déjà l’angoisse de ne rien maîtriser l’envahit. C’est sans doute l’une des raisons de son célibat ; quelle femme pourrait supporter un type comme lui ?
Alors qu’un jeune serveur s’apprête à lui enregistrer sa commande, un homme vêtu d’un costume noir et d’un chapeau s’approche de lui, probablement son contact, se dit-il. L’individu est plutôt grand et mince, il s’arrête net devant la table de Georges.
– Commandant Magellan ?
– En personne.
– Colonel Herbert.
– Vous arrivez à point, colonel. Que voulez-vous boire ?
– Rien, allons nous balader dans le parc.
Le pauvre garçon de café regarde désabusé, deux clients partir sans même avoir consommé.
Le square Félix Desruelles se situe à moins de cinquante mètres de la brasserie, Georges suit le colonel sans dire un mot.
– Les Deux Magots est un lieu historique qui a été durant de longues années l’endroit où de grands noms de l’art se sont rencontrés : Elsa Triolet, Louis Aragon, André Gide, Picasso, Prévert et même Hemingway…
– … Je suis désolé, mais je n’ai jamais vraiment aimé l’histoire à l’école, colonel.
Ils franchissent la grille du square dans lequel se trouve l’Église de Saint-Germain-des-Prés.
– C’est bien dommage. Imaginez que vous aillez vécu cinquante ans auparavant, quel bonheur cela aurait été de côtoyer ces personnages.
– C’est possible, mais je pense que vous ne m’avez pas demandé cet entretien pour me parler littérature ou peinture, colonel.
– Non certes, mais j’aurais pu vous parler de cet homme.
Herbert désigne la statue de Bernard Palissy, qui trône près de l’église.
– Figurez-vous qu’en plus d’être un céramiste renommé, il a dès la fin du XVIe siècle, accumulé des preuves, notamment des fossiles, qui étaient, selon lui, des débris d’animaux. Imaginez s’il avait pu remonter le temps et confirmer ses dires.
– Je ne vois pas où vous voulez en venir, colonel.
– Asseyons-nous.
Ils se posent sur un banc, habituellement réservé aux mamans qui emmènent leurs enfants jouer au toboggan au milieu du square.
– Je vous écoute.
– J’ai, depuis plusieurs mois maintenant, le commandement d’une unité très confidentielle : le SVT.
– Je n’en ai jamais entendu parler.
– Je viens de vous le dire, commandant, c’est un service classé très secret. Peu de personnes sont au courant de son existence.
– Et que signifie SVT ?
– Section des Voyages Temporels…
– … vous plaisantez ! répond Georges en se levant d’un bond.
– Je vous en prie, Magellan, restez assis.
Il s’est renseigné sur Herbert, auprès d’amis bien placés au ministère des armées, à part la description d’un type imbuvable, c’est quelqu’un avec d’excellents états de service.
– Vous allez devoir être très convaincant, colonel.
Georges reprend sa place sur le banc, se demandant bien ce qu’il fait ici.
– Il y a déjà plusieurs années que les services secrets de l’armée travaillent sur une machine qui permettrait de voyage dans le temps.
– Vous avez demandé au docteur Emmett Brown6 de vous mettre au point une DeLorean ? dit-il en souriant.
– Je vous assure qu’il n’y a rien de risible dans mes propos, commandant.
– Ne vous fâchez pas… mais avouez que votre histoire ne tient pas la route, colonel. Je n’ai jamais entendu parler d’une quelconque recherche sur ce sujet.
– Je veux bien vous le concéder, mais à votre tour, efforcez-vous de m’écouter jusqu’au bout.
– Ok, ok, je suis tout ouïe.
– Comme je vous le précisais, cette machine a bien été réalisée. Mais nous avons rencontré un problème dès les premiers essais avec des humains…
– … Vous voulez dire que des hommes ont déjà utilisé votre engin ?
– Deux de nos meilleurs éléments, pour être exact. L’un d’eux s’est radicalisé, et a volé l’un des modules temporels.
– Vous avez fabriqué combien de ces trucs ?
– Deux exemplaires, qui en réalité n’en forment qu’un… ils sont, en quelque sorte, dépendants l’un de l’autre. Nous craignons que le voleur se transforme en hacker du temps, et qu’il envisage de changer le monde, en modifiant un élément de l’histoire.
– Un uchroniste, quelque part.
– Exactement, mais comment connaissez-vous ce terme ?
– Je me suis souvent posé la question de ce que serait devenue la société si par exemple Jésus n’avait pas été crucifié. C’est comme cela que j’ai appris ce mot savant.
– La différence avec notre individu, c’est que lui a maintenant les moyens de réaliser ces modifications du temps.
Georges se lève, l’air interrogatif, tourne en rond, se met les deux mains sur la tête.
– Je comprends votre scepticisme, commandant.
– N’importe qui le serait.
– D’ici quelques heures, vos doutes disparaîtront.
– Que voulez-vous dire ?
– Avant de vous répondre, acceptez-vous cette mission ?
– Quelle mission ?
– D’arrêter l’uchroniste et de récupérer le module volé.
– Je ne crois pas vraiment à votre histoire de voyage dans le temps, mais c’est le ministre des armées en personne qui m’a signifié ma mutation auprès de votre service. Savez-vous qui lui a suggéré mon nom ?
– Je n’en ai aucune idée, visiblement quelqu’un de bien intentionné lui aurait glissé votre dossier. Je vais être franc avec vous… je ne vous aurais jamais choisi.
– Ah, ah ! Au moins, vous êtes cash, colonel. Écoutez, je ne sais pas où cela va nous mener, mais j’accepte la mission.
– À la bonne heure ! Votre binôme viendra vous chercher dans quelque temps à votre appartement.
– Mon binôme ! Quel binôme ?
– Vous verrez sur place. Une dernière chose, prévoyez des vêtements chauds, vous partirez pour les Alpes.
5 Film de Jacques Deray, sorti en 1969, avec Alain Delon et Romy Schneider.
6 Professeur qui met au point une voiture permettant les voyages temporels dans le film Retour vers le futur, de Robert Zemeckis
PARTIE 1
DE LA CANNE À LA GUILLOTINE
Le temps mûrit toute chose ; par le temps toutes choses viennent en évidence ; le temps est père de la vérité.
François Rabelais — Tiers Livre
CHAPITRE 1 : BAPTÊME DU TEMPS
Paris 3e arrondissement, 16 août 2016 11 h 20
Georges fait les cent pas dans son appartement. Il a reçu un message du colonel Herbert ; son binôme vient le chercher ce matin. Durant ces trois derniers jours, il s’est repassé en boucle son entretien avec le commandant du SVT… Service des Voyages Temporels… mais où je m’embarque ? Comment ai-je pu accepter cette mission ? Il a, à plusieurs reprises, envisagé de rappeler Herbert et de lui signifier que la plaisanterie était trop grosse, qu’il revenait sur sa décision. Mais, la curiosité l’a emporté sur la raison.
La sonnerie de l’interphone retentit, Georges se précipite sur le bouton.
– Oui ?
– Commandant Magellan, nous avons rendez-vous.
– Troisième étage gauche.
C’est une voix féminine qu’il a entendue, dans un premier temps surpris, il se dit que finalement cette mission pourrait-être plus agréable qu’il ne l’imaginait.
Il observe par le judas de la porte l’arrivée de sa future coéquipière, elle vient de faire son apparition dans le couloir ; il lui ouvre.
– Commandant Magellan ?
– C’est bien moi.
– Mélanie Saintonge, lui répond-elle en lui tendant la main.
– Entrez, je vous en prie.
Alors qu’elle pénètre dans l’appartement, il se surprend à l’étudier de pied en cap. Son allure et son visage sont des plus charmants… Il reprend ses esprits, et s’en veut d’une telle attitude. Mon interminable célibat commence à peser sur mon comportement, se dit-il.
– Vous… vous n’êtes pas militaire, mademoiselle Saintonge.
– Non, je suis une scientifique, spécialisée en archéologie, au service de la grande muette. Mais, je vous en prie, commandant, appelez-moi Mélanie, nous allons passer de longs moments ensemble durant ces prochaines semaines.
– Oubliez également le commandant, Mélanie.
Il l’a fait entrer dans le salon. Elle observe avec attention la décoration de ce fameux Georges Magellan, elle est interloquée, elle s’attendait à trouver des vêtements traînant un peu partout, des cadavres de bouteilles… mais rien de tout cela. Tout est à sa place, bien rangé, elle est même surprise de découvrir une bibliothèque fournie, rien à voir avec les annotations de son dossier militaire, où il est décrit comme un joli cœur très borderline.
– Je vous sers quelque chose à boire, Mélanie.
– Non, jamais d’alcool avant une mission.
– Qui vous a parlé d’alcool ? J’aurais eu du mal à vous en proposer, je n’ai rien de tel chez moi, je n’en bois pas.
– Désolé Georges, mais je… enfin, je pensais que… non, oubliez je ne sais plus ce que je voulais dire.
– Pas de souci. Mais je vous écoute. Herbert m’a parlé d’une première mission. Dans les Alpes, me semble-t-il ?
– Exactement, nous allons à la rencontre d’Hannibal dès demain matin.
Georges la regarde fixement et tente de retenir un fou rire.
– Je comprends votre défiance, mais je vous assure que vous n’aurez plus de doute d’ici quelques heures.
– On imaginerait entendre Herbert… je suis désolé, Mélanie. Je ne demande qu’à croire à cette histoire de voyage dans le temps… pour le moment, j’ai l’impression d’être la victime d’une caméra cachée.
Elle laisse planer un long silence avant de lui répondre.
– Je ne saisis vraiment pas pour quelle raison vous avez été choisi. – Nous sommes deux, Mélanie.
Elle esquisse un petit sourire, qui a le don de le charmer.
– Très bien, nous allons donc devoir nous faire confiance mutuellement, comman… Georges.
– Je serais le plus heureux des hommes de m’être trompé sur la réalité de cette mission. Vous pourriez commencer par m’expliquer le déroulé des événements.
– Préparez vos bagages, je vous attends en bas, je répondrais à toutes vos questions durant notre trajet vers les Alpes.
Georges avait déjà préparé un petit sac de voyage et quelques vêtements chauds ; même en été, il peut faire froid à la montagne. Il ferme la porte de son appartement et descend les trois étages par les escaliers. Arrivé au pied de l’immeuble, il s’arrête net et observe, sur le trottoir, Mélanie, qui patiente près d’une petite voiture française. Il ne peut s’ôter de l’esprit qu’il part en vadrouille avec une femme, dont il vient juste de faire la connaissance… afin d’aller rencontrer Hannibal… dans le passé. Cette perspective ne le rassure pas sur son état de santé, mais le joli sourire de Mélanie finit de le convaincre qu’il n’a rien à perdre, au pire aura-t-il passé quelques jours agréables en bonne compagnie.
– Ne restez pas planté là, Georges.
– Oui, excusez-moi.
Il dépose son sac dans le coffre du véhicule, et voit celui de son binôme bien plus volumineux que le sien.
– Je croyais que nous partions quelques jours ?
– Oui, 48 heures tout au plus. Pourquoi cette question ?
– La taille de votre valise…
– … ah, non. Mon sac est juste derrière.
Effectivement, un autre bagage, plus petit se trouve sur le siège arrière de la voiture.
– C’est quoi cette valise, alors ?
– Nos vêtements pour la rencontre avec Hannibal.
– Je… je ne comprends pas.
– Enfin, Georges, vous ne pensez tout de même pas qu’au troisième siècle avant Jésus-Christ, on portait une doudoune Décathlon pour traverser les Alpes.
Le commandant Magellan doit se rendre à l’évidence, l’explication de Mélanie est imparable. Il commence à se demander si après tout, il n’allait pas réellement voyager dans le temps…
Georges n’attendra pas d’être sorti du périphérique parisien, pour entamer un interrogatoire sur cette fameuse mission temporelle.
– Dites-moi, vous avez souvent vagabondé dans le… le passé, ou le futur d’ailleurs.
– Une seule fois, et pour répondre à votre deuxième question, nous ne pouvons voyager que dans le passé.
– Et qui est cet uchroniste, dont m’a parlé le colonel Herbert ?
– Ah, Herbert et ses mots savants… vous savez quel nom il nous a déjà donné ?
– Non.
– Alithochroniste. Contrairement aux uchronistes qui cherchent à modifier un petit détail de l’histoire, notre rôle est de faire en sorte qu’il ait lieu.
– J’avoue que ça sonne bien. Mais vous n’avez pas répondu à ma question, qui est-il ?
– … mon ancien coéquipier.
– Herbert me l’avait déjà expliqué. Mais dites-m’en davantage sur lui, je préfère toujours en savoir plus sur un ennemi que je dois traquer.
– Comme a dû vous le dire le colonel, nous étions les deux scientifiques désignés pour réaliser les premiers tests de la machine temporelle. Contrairement à moi, c’est un militaire, c’est probablement la raison pour laquelle ils ont fait appel à vos services.
– Êtes-vous certaines de ses intentions ?
– Pratiquement. Il a souvent exprimé cette théorie selon laquelle il est possible de changer l’histoire, il voulait prouver que le principe de causalité était une mascarade.
– Principe de causalité ?
– Imaginez que vous voyagiez dans le temps et que vous retrouviez votre grand-père adolescent, si vous le tuez, vous ne serez jamais conçu, donc vous ne pourrez jamais voyager dans le temps pour le tuer.
– D’accord, mais si vous pensez qu’il à tord, il n’y a aucun risque.
– Oui, mais imaginez qu’il ait raison…
Georges commence à prendre conscience que cette mission, si ce n’est pas un canular, revêt une importance considérable pour l’avenir… plus précisément pour le présent.
– Pourquoi avoir choisi Hannibal et les Alpes pour cette première escapade temporelle ?
– Les deux modules sont synchronisés, et c’est celui que possède Gérald qui règle la date.
– Gérald ?
– C’est le nom de mon ex-coéquipier.
– Et pour le lieu ?
– Ce n’est qu’un voyage temporel, pas spatial. Nous devons nous trouver à l’endroit exact où se déroule l’événement. Dès que la première personne est sur place, la deuxième peut le rejoindre grâce au second module.
– Cela veut-il dire qu’un seul d’entre nous peut le rejoindre ?
– Non, en étant assez proches lors du déclenchement du module, nous partirons ensemble.
– Mais je croyais qu’il n’y avait eu qu’un seul test avec les humains, et vous ne m’avez pas parlé d’une troisième personne.
– Euh… oui… enfin, c’est une théorie qui a fonctionné sur les animaux.
– Je vais apprendre d’autres surprises comme celle-ci ?
– Non, non… en tous les cas, rien de grave.
– Vous m’en voyez rassuré. Mais, il y a quelque chose que je ne comprends pas, l’uchroniste est déjà parti dans le passé, nous allons donc avoir un décalage de quelques jours avec lui.
– Non, uniquement quelques minutes. Connaissez-vous la relativité d’Einstein, Georges ?
– Vaguement entendu parlé à l’école. Éclairez-moi.
– Selon Einstein, le temps peut être influencé par la masse, c’est-à-dire qu’une étoile assez imposante peut provoquer un changement dans l’espace-temps.
– Je suis désolé, mais je ne comprends rien.
Mélanie stoppe la voiture sur le bas-côté, puis sort une feuille de papier, de la boîte à gant.
– Pour Einstein, l’espace-temps est comme cette feuille, il peut plier sur le poids d’une masse immense. D’autres scientifiques ont poussé le raisonnement plus loin et imaginé qu’il existe plusieurs espaces-temps, les uns près des autres, comme un mille-feuille de périodes différentes. Il suffirait donc d’être capable de sauter d’une feuille à l’autre, d’un espace-temps à l’autre pour revenir dans le passé.
– D’accord, et comme les feuilles du futur n’ont pas encore eu lieu, il est impossible d’y aller.
– Exactement !
– Et le retour ?
– Comment ça, le retour ?
– À quel moment revenons-nous ?
– À la même heure que notre départ. Mais… euh… je dois vous dire…
– … je sens une nouvelle surprise arrivée.
– Nous ne pouvons aller dans le passé que si le premier module y est parti…
– … j’imagine que nous ne pouvons revenir dans le présent que s’il s’y trouve ?
– Oui.
Mélanie reprend la route vers les Alpes, en silence.
– Je ne vous en veux pas, Mélanie. Mais, s’il y a d’autres imprévus du même genre, j’aimerais être au courant.
– Non, rien de plus que nous ne maîtrisions.
– Pourquoi Hannibal ?
– Aucune idée. Il fallait bien qu’il fasse un premier test pour prouver son hypothèse.
Après plusieurs heures de route, ils arrivent à leur hôtel, situé près du col de la Traversette7 ; le refuge d’Albergo à Pian Del Re en Italie.
– Très accueillant, j’espère qu’Hannibal s’est arrêté ici, lors de sa traversée des Alpes.
– Impossible, il a été construit en 1874…
– … je plaisantais, Mélanie.
– Désolé, j’ai du mal à décrocher, parfois.
– Allons goûter leur cuisine, cela va nous faire du bien.
– Le dîner va devoir être rapide, nous nous levons tôt demain matin, une marche d’une heure nous attend.
– Effectivement, vous avez du mal à décrocher.
Elle lui sourit ; il est sous le charme.
Ils prendront chacun un repas léger dans leur propre chambre, Georges ayant écouté les conseils avisés de sa coéquipière, puis s’assoupirons pour une bonne nuit de sommeil.
Le lendemain matin, dès le lever du soleil, ils sont fin prêts pour le départ. Georges sort de l’hôtel et rejoint Mélanie qui l’attend avec la fameuse grosse valise à ses pieds.
– Vous avez bien dormi, Georges.
– J’avoue que cela fait longtemps que je ne me suis senti aussi bien de si bon matin, dit-il en s’étirant de tout son long.
– À la bonne heure. Tenez, buvez tout ceci, lui dit-elle en lui tendant une bouteille d’eau.
– Vous rigolez, si j’avale tout ça, je vais devoir me soulager toutes les 15 minutes.
– Rassurez-vous, ce ne sera pas le cas. Cela fait partie du protocole de départ pour le voyage temporel.
– De boire de l’eau ? Moi qui commençais à croire à votre histoire…
– … je vous en prie, Georges, je suis sérieuse. Sur nos premières expériences avec des souris, elles revenaient toutes mortes, totalement déshydratées.
– Ah, effectivement… et pour le retour ?
– Nous ne savons pas pourquoi, mais ce n’est pas nécessaire.
– C’est rassurant. Et la suite du protocole ?
– Ôtez votre doudoune et mettez ceci.
– Le fameux vêtement de l’époque d’Hannibal.
– Oui, et l’avantage de ce grand manteau, est que vous n’avez pas besoin de changer vos autres habits, ils seront cachés. En revanche, enfilez cette paire de chaussettes en fourrure pardessus vos chaussures de randonnées… les Timberlake n’existaient pas, il y a deux mille ans.
– Très drôle, Mélanie, très drôle. Mais vous ne craignez pas que nous aillions un peu trop chaud ?
Elle lui sourit et sort de sa poche un appareil qui ressemble à un grand téléphone portable.
– Vous n’allez pas me dire que c’est ça votre module temporel, on est loin de la machine de H. G. Wells.
– Pourtant, c’est bien lui qui la mise au point, lui répond-elle en riant.
– Vous vous moquez de moi ?
– Non, Georges. Il se trouve que le professeur qui a créé les modules se nomme Wells. Vous verrez, c’est un homme charmant.
– Non ?
– Si. J’avoue que la première fois que nous avons été présentés, j’ai cru, moi aussi, à une plaisanterie.
– Comme moi, en ce moment, sur l’idée même d’aller visiter le passé.
– Pourtant, dans quelques secondes… Ah, une dernière chose… vous risquez d’être un peu secoué à l’arrivée.
– Vous m’en direz tant.
– Mettez votre main sur mon épaule.
Elle pose son index sur l’écran du module, un bruit strident se fait entendre pendant quelques secondes, puis une détonation… et ils disparaissent…
La perception est indescriptible, aucun son, juste des traits de lumière qui semblent s’étirer à l’infini. Magnifique, se dit Georges, nous y sommes… nous avons réussi… incroyable… Il a l’étrange sensation de traverser un tunnel éclairé d’une lumière enivrante, il est apaisé, heureux… puis soudain, tout s’arrête… il a l’impression de tomber dans le vide, puis se retrouve à genou, une main sur le sol pour retenir sa chute.
Son autre main est toujours sur l’épaule de Mélanie, ils s’observent l’un l’autre, leurs visages sont pâles, une nausée les envahit, qui durera quelques secondes.
Alpes – Col de la Traversette, hiver, 218 avant J. C.
Georges aide Mélanie à se relever, et regarde le paysage autour de lui ; tout est différent. La montagne est recouverte d’un épais manteau blanc, et il fait froid.
– Où est le refuge ?
– Nous sommes en -218, Georges.
– Tout ceci était donc vrai… mais cette neige…
– … nous sommes en hiver. Mais ne perdons pas de temps, nous avons une mission à remplir.
Il se baisse et ramasse un peu de neige, et l’apporte à sa bouche.