BERENICE et JONATHAN, l'improbable amour - Charles Morsac - E-Book

BERENICE et JONATHAN, l'improbable amour E-Book

Charles Morsac

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Beschreibung

Elevés dans la culture des parents ont toujours raison, ces deux adolescents vont donc dire oui, mais à leurs conditions. Ils vont vous émouvoir, vous faire rire mais aussi pleurer. Vous allez découvrir des situations qui ne sont pas figées, des rebondissements inattendus. Une chose est certaine, Bérénice et Jonathan, vous ne les oublierez pas de sitôt.

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Seitenzahl: 189

Veröffentlichungsjahr: 2019

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AVERTISSEMENT

Les personnages et l’histoire ne sont dus qu’à l’imagination de l’auteur et ne se rapportent à aucun événement connu et toutes ressemblances avec des personnes ou des faits ne pourraient être que pures coïncidences.

L’entreprise des THEVONIN, florissante, se trouve être l’un des fleurons industriels les plus prolifiques de la région. Son chiffre d’affaire affiche cette année une courbe exponentielle que rien ne pourrait, semble-t-il, enrayer. Bien implantée dans le secteur en plein essor de la sous-traitance aéronautique, son implantation est bien assurée et son carnet de commande bien rempli lui assure la pérennité.

Antoine THEVONIN, installé maintenant dans le fauteuil du dirigeant qu’occupait il y a peu encore son père, n’entend pas se satisfaire des résultats acquis. En une année de temps, il a rajeuni son staff rapproché, l’a restructuré sans négliger d’entamer aussitôt sa prise de fonction actée, tous les changements nécessaires à la poursuite de la réussite de son entreprise. Car outre le challenge qu’il s’est fixé de faire aussi bien, sinon mieux que ses prédécesseurs, il y ajoute celui de préparer pour plus tard son fils Jonathan aujourd’hui âgé de quinze ans à sa succession. Mais pour atteindre son but, il va devoir faire preuve de vigilance afin de la protéger de l’appétit de certains de ses concurrents. Cela ne l’inquiète guère, il sait le faire.

Pour mener à bien son ambition, son discours, simple et direct est porté à la connaissance de tous, emportant même l’adhésion de la majorité. Pour faire simple, il s’aperçoit que le monde de l’industrie évolue sans cesse et qu’il va bien falloir poursuivre les efforts de modernisation de la société, au risque certain que l’inaction ne vienne scléroser le beau dynamisme enclenché et de la voir disparaître. Et cela, est tout simplement inenvisageable.

Au cours d’une de ses premières réunions de travail, il avait été très clair :

– Messieurs, je vais devoir être très explicite, vous connaissez les enjeux et les défis qui se présentent à nous. Nous réussissons, nous survivons, nous échouons et nous disparaissons et vos emplois avec. C’est aussi simple que cela. Cette hypothèse n’est absolument pas inscrite dans mon esprit. Maintenant, chacun d’entre vous sait ce que j’attends de lui pour faire face à la menace à laquelle nous sommes confrontés. Vous adhérez à ce projet, mettez-vous au travail immédiatement, vous n’y souscrivez pas je ne vous retiens pas.

Il est comme cela Antoine, le patron c’est lui et lui seul qui décide. Paradoxalement, son autorité n’est pas remise en cause. Il est même plutôt bien apprécié. La porte de son bureau est ouverte à tous, quelque soit son emploi ou son statut. Et on le voit souvent circuler dans les services ou les ateliers, serrant des mains, écoutant les doléances auxquelles il se fait un devoir de répondre, soit dans l’instant, soit ultérieurement selon la complexité de la demande.

De retour à son domicile après une longue journée, il endosse le costume de chef de famille, tout aussi directif auprès des siens qu’il peut l’être à son bureau.

Le dialogue avec son épouse est ouvert, son fils, lui, ne parlera que si on l’y invite, ce qui reste rare. D’ailleurs son avenir est déjà tout tracé. Après des études qui devront et seront forcément brillantes, il intègrera l’entreprise familiale, et le moment venu, le remplacera à la tête de ce qui sera devenu un empire familial. Pour être certain que son message passe bien, il lui précise ce jour là, que le temps des vacances scolaires passées en compagnie de ses grands-parents est révolu et qu’il allait laisser la place à celui de sa rencontre avec le monde du travail. Il termine son exposé en affirmant que sa mère est complètement d’accord avec lui. Marine, la maman, opine d’un signe de tête, bien qu’elle ne vienne que seulement de l’apprendre.

Quant au jeune homme, cette annonce lui convient à merveille. En effet cette sempiternelle tradition des vacances familiales commençait à lui peser. Non par désamour de ses grands-parents, bien sûr, mais bien à cause de la monotonie de l’emploi du temps qui ne variait plus depuis plusieurs années. Il va enfin pouvoir se confronter au monde du travail, découvrir un nouvel univers, rencontrer des gens avec qui il pourra échanger, discuter, sans que son âge ne l’astreigne à seulement écouter et approuver d’un hochement de tête. Il a bien des contacts extérieurs, notamment ses copains de classes avec qui cependant les échanges restent très limités. Et il y a aussi Bérénice. Avec elle, c’est autre chose.

Bérénice Docart est la fille des meilleurs amis de sa famille. Elle est du même âge que lui et il la considère comme la sœur qu’il n’a pas et croit savoir que pour elle, il en va de même. Somme toute, Bérénice, en plus de ce rôle, cumule aussi ceux de complice, copine de jeux, confidente et amie.

De la famille Docart, il connaît presque tout, il sait que l’amitié qui lie leur famille remonte a deux générations et que dans les veines de ces gens là coule du sang bleu, provenant dit-on d’une aïeule issue d’une grande famille de la noblesse française. Et quand son père parle des Docart, le discours s’écrit en lettres majuscules.

Que les Thevonin invitent les Docart, et c’est tout un cérémonial qui se met obligatoirement en place, accompagné des sempiternelles recommandations d’usage qui rappellent toutes les règles de bienséance dues au rang des visiteurs et qu’il faudra, le moment venu, respecter à la lettre. Et pour l’occasion, la vaisselle d’apparat et l’argenterie sont utilisées. Et pendant que les adultes deviseront entre eux, ma foi, les adolescents pourront se retrouver. Ils ont toujours des choses nouvelles à se dire. Et justement ils doivent se rencontrer en cette fin de semaine, et Jonathan sait exactement ce qu’il veut apprendre à Bérénice de sa nouvelle vie.

Ce week-end là, ce sont les Docart qui reçoivent et la jeune fille s’amuse de voir l’effervescence qui règne dans la maison. Paule, la cuisinière qui tout à l’heure assurera le service à table, s’active dans la cuisine depuis quelques heures tout en recevant les consignes de la maîtresse de maison qui tient par dessus tout à ce que cette journée se déroule sans encombre. Tout à l’heure, Jeanne-Madeleine, sa mère, quittera l’office, passera dans la salle à manger, vérifiera une fois de plus l’excellent ordonnancement des couverts, le bon positionnement des assiettes qui doivent être toutes orientées de la même façon. Le moindre petit écart pourrait la plonger dans un état de crispation tel qu’elle rectifiera aussitôt l’erreur et reprendra son inspection à son début. Satisfaite enfin de celle-ci, elle sortira de la pièce pour enfin aller s’apprêter.

Jusque là .impassible, c’est son père qui entrera en action. En fait, il se tiendra debout devant la fenêtre de son bureau. Il fixera durant l’heure à venir la grille de la propriété située à environ deux cents mètres, tenant dans sa main droite la télécommande qui permettra tout à l’heure son ouverture au moment même où le véhicule de ses convives se présentera face à elle. Il n’hésitera pas à en manœuvrer plusieurs fois de suite le dispositif pour en vérifier le bon fonctionnement. L’impensable pour lui serait que le véhicule entrant ne soit obligé de ralentir ou même, pire encore de devoir s’arrêter. Cela équivaudrait à une insulte faite à ses invités, il devrait s’en excuser et sa journée s’en verrait gâchée.

Bérénice elle, imagine que tout se passera au mieux, comme d’habitude et que la tension ambiante redescendra aussi vite qu’elle était montée.

Sa seule préoccupation pour elle, à cet instant, vient de cette pendule dont les aiguilles ne tournent pas assez vite à son goût. Car elle a hâte de se retrouver seule auprès de Jonathan à qui elle va devoir avouer un certain secret qui pourrait bien porter atteinte à l’indéfectible amitié qu’ils se portent. Elle redoute ce moment auquel elle sait qu’il lui est impossible d’échapper. Mais en même temps, elle a hâte d’y être. Elle ne sait comment son ami réagira à cette nouvelle qu’il apprendra, et c’est bien cela qui la tourmente depuis plusieurs jours.

Pour donner raison à Bérénice, la première partie du programme se déroule sans qu’aucun incident notoire ne vienne perturber le début de cette visite. L’horloge sonne le dixième des douze coups de midi quand la voiture apparaît là-bas au bout du chemin et que la grille s’efface sans encombre pour lui laisser le passage. S’en suit alors tout le cérémonial habituel de bienvenue, l’hôte ouvrant la portière de la passagère, lui propose son aide pour sortir de la voiture, lui délivre le baisemain et la conduit vers la maîtresse de maison qui attend sur le perron. Après seulement il donnera le salut à son ami d’une chaleureuse poignée de main et tous se rendront alors dans le salon pour prendre l’apéritif, avant le repas. Tous ? Non, les jeunes gens eux vont avoir droit à leur quartier libre, ce temps béni auquel ils aspirent tant. Ils vont pouvoir commencer à échanger librement sans pour autant, dans un premier temps, aborder les choses importantes qu’ils ont à se dire car ce moment, ils le savent, leur est compté, l’heure du repas approchant. Et pendant celui-ci, un silence religieux leur sera imposé. Seuls les adultes auront la parole. En même temps, ils doivent bien se l’avouer, cette règle aujourd’hui les arrange fortement, surtout Bérénice d’ailleurs, car si ses révélations risquent de déranger Jonathan, elle n’ose imaginer l’effet qu’elles pourraient avoir sur ses parents.

Le déjeuner durera un peu plus d’une heure, suite à quoi les adultes se rendront sur le parcours de golf pour une revanche que les Docart espèrent bien prendre sur leurs invités qui les avaient battus la dernière fois. Quant aux deux adolescents, ils sont bien assez grands pour se surveiller mutuellement.

Et effectivement, après quelques recommandations, Jonathan et Bérénice se retrouvent enfin entre eux et pour au moins deux heures. Une vraie chance. Et Jonathan se lance :

– Tu ne devineras jamais ce que mon père imagine pour moi. Figure-toi que mes prochaines vacances scolaires se passeront à ses côtés. Il a décidé de me préparer à mes futures responsabilités et pour ce faire, il va me faire découvrir son entreprise qu’il destine à devenir mienne plus tard. Si j’ai bien compris, je vais circuler dans tous les services, découvrir le personnel qui la compose, les méthodes de travail. Je vais être astreint aux mêmes horaires que ses employés. J’ai hâte, tu sais. Et j’y vois deux avantages. D’abord, ces temps de vacances avec mes grands-parents commençaient à me peser et puis surtout, nous pourrons nous voir plus souvent, je ne serai plus aussi éloigné qu’avant. Mais tu dois avoir, toi aussi des choses à me dire aussi, alors je t’écoute.

– Tout d’abord je suis bien contente pour toi, satisfaite que ce rythme de vie te convienne. Mais je pense que mes révélations ne vont pas forcément te donner envie de me voir plus souvent, je crains même que ce que je vais t’apprendre t’éloigne un peu de moi. C’est très grave, ce que ce que je veux te dire et je comprendrai ta réaction si elle était négative.

– Tu divagues, non, quoi que tu me dises rien ne changera entre nous.

– Attend d’abord que je te dise ce dont il s’agit, et tu décideras après. Depuis quelque temps, je m’interroge sur ma sexualité. Etant petite fille, bien que je ne t’en aie jamais parlé, je pensais que j’allais tomber amoureuse de toi.

– Oui et maintenant ?

– A vrai dire, je ne pense plus maintenant que cela soit encore d’actualité. Je ne sais pas comment je vais le formuler, c’est gênant, tu n’y es pour rien.

– Dis le moi, tu es tombée amoureuse d’un autre garçon ? Je me trompe ? Je ne vois pas en quoi cela pourrait changer nos relations.

– Perdu, tant pis, je te dis tout, ce n’est pas d’un garçon, mais d’une fille qu’il s’agit, Chloé qu’elle s’appelle. Il y a quelque temps qu’on se lance des regards, s’adresse des clins d’œil et la semaine dernière, nous étions en train de peindre et je me suis lancée. Je devais savoir. Nous étions seules. J’ai laissé tomber mon pinceau, je me suis penchée pour le ramasser, je m’appuie sur son genou pour me relever, je me redresse donc mais laisse ma main sur son genou, juste en la remontant un peu plus. Elle s’en saisit mais pas pour l’enlever. Je ne t’en dis pas plus, la suite, tu peux la deviner.

– Bon d’accord, tu as certainement autre chose de plus grave à me dire parce que jusque là, je ne vois pas ce qui pourrait nous amener à nous fâcher. Tu préfères les filles, et alors, tu es comme cela, tu n’y peux rien. Je te remercie au contraire de la confiance que tu m’accordes. Tu restes ma copine d’enfance, mon amie, ma confidente et ce n’est pas, comment tu l’appelles déjà, Chloé, qui va changer cela. Mais juste une question. Tu me parles de cette fille mais as-tu déjà eu une relation avec un garçon ? Réponds-moi franchement.

– Non mais je ne tiens pas à aborder cette question avec toi maintenant.

– Pourquoi ?

– Parce que.

– Bon, c’est ton choix et je le respecte, bien que ta réponse me gêne. Tu commences à me parler, puis tu ne veux plus rien ajouter, alors que moi, je reste dans l’attente.

– Allons, passons à autre chose.

Cette discussion laisse un goût d’inachevé à Jonathan. La réponse de Bérénice, ce ‘’parce que’’ l’intrigue, surtout qu’elle tranche avec l’aveu direct qu’elle venait de lui faire.

Bérénice quant à elle s’en veut un peu d’avoir tout dit à Jonathan et craint maintenant que, malgré ses dires, il soit quelque peu perturbé par cette révélation. Et puis la volonté de sa part d’aller plus avant dans cette discussion l’a mise mal à l’aise. Elle ne comprend pas pourquoi. Peut-être faudra-t-il qu’ils en reparlent plus tard. Mais il faut avant qu’elle trouve la réponse.

Et puis, l’air de rien, cet entretien a duré plus longtemps qu’ils ne se l’imaginent car les adultes font leur retour. Et à voir la mine déconfite de son père, Bérénice ne pense pas avoir à demander en faveur de qui le jeu a tourné. Ils se reverront plus tard, d’ici deux ou trois semaines et ils auront certainement d’autres sujets à aborder à ce moment là.

Jonathan aura commencé son tour du propriétaire, fait des rencontres et elle préfère imaginer que le sujet abordé aujourd’hui aura perdu de sa nouveauté et de son importance.

Quant à lui, bien au contraire, il reste perplexe quant au dénouement de cette conversation et il entend bien y revenir, et dès leur prochaine rencontre.

En ce lendemain de confidences et en route pour sa nouvelle expérience, celle de la vie professionnelle, Jonathan reste toujours aussi perplexe. Bérénice lui avait paru très claire sur l’instant, mais elle s’était empressée de brouiller le message aussitôt celui-ci délivré. Pourquoi ? Depuis hier, il retourne cette question dans sa tête sans pouvoir y apporter une réponse cohérente. Le mieux pense-t-il, pour aujourd’hui, est de mettre cela de coté et de se concentrer sur la mission qui lui est assignée. Et, là encore, nouvelles interrogations, car comme à son habitude, son père a pris sa décision, en a fait part à son entourage, mais sans pourtant l’expliciter. Sans doute aurait-il été préférable de demander des explications à ce moment précis, mais il avait craint la possible réaction véhémente de son interlocuteur. Aussi lui faudra-t-il donc emmagasiner toutes les informations qui lui seront délivrées au dernier moment,

Le trajet du domicile vers l’usine et les bureaux, en voiture, n’a pas duré plus de dix minutes, mais dans un silence total. Il suit son père, se retrouve dans son bureau, ne sachant quelle posture prendre et surtout en conservant le silence qui jusqu’à présent lui a servi de rempart.

– Assieds-toi, Jonathan, je vais t’expliquer la manière dont vont se dérouler tes passages parmi nous. Tu dois bien te douter que ta découverte, pour être fructueuse et bénéfique ne se fera pas en quinze jours. J’ai déjà planifié tout cela et tu le découvriras dans ce petit mémo que j’ai fait confectionner à ton attention. Tu vas en prendre connaissance tout de suite et on en reparle après si besoin. Il était inutile que je t’en parle avant, je ne suis pas sûr que tu y aurais prêté toute l’attention qu’il fallait. Des questions ?

– Non, pas pour l’instant, après peut-être.

Installé dans un coin du bureau, à l’autre bout de la pièce pour être plus précis, il prend connaissance de ce fameux mémo paternel. Première surprise : Il pensait faire le tour de l’entreprise pendant ces quinze premiers jours de vacances et se rend vite compte de son erreur. Cette découverte va s’étaler sur toutes les vacances scolaires de cette année. Deuxième surprise: A aucun moment, il ne pourra se prévaloir du titre de fils du patron ni en attendre aucun privilège. Il devra respecter le personnel et participer aux travaux qu’on lui demandera d’exécuter sans état d’âme.

A la lecture de ce document, il aurait bien aimé faire quelques remarques, mais une fois de plus, il n’en fera rien, ce qui lui évitera d’entrer en conflit avec son père.

Le calendrier prévoit pour ce premier acte qu’il soit reçu sur un des sites stratégiques de l’entreprise dont l’activité consiste d’une part à réceptionner les matières premières et d’autre part à expédier les produits finis. Pour terminer cette séquence, la dernière semaine, il intégrera l’important atelier de production. Plus tard viendra le tour du service logistique avant de terminer par les services administratifs et, en toute fin, approcher le staff de la direction.

Il ne s’attendait pas à ce régime, mais doit admettre, somme toute, que le plan, malgré sa dureté apparente, est cohérent et qu’il lui sera bien profitable dans l’avenir. Il est interrompu dans sa réflexion par son père qui l’interpelle :

– Jonathan, as-tu terminé ? Tu n’as pas toute la journée tu sais. As-tu des questions ?

– Non père, tout est clair, bien que je ne m’attendais pas à un programme aussi chargé.

– C’est le prix à payer, mon garçon, et tu m’en remercieras plus tard. Allez, on y va.

Cette première semaine ne fût pas spécialement de tout repos, mais cependant riche d’enseignements et le petit calepin qu’il détenait sur lui montra vite ses limites, tant l’entreprise telle qu’il l’imaginait se dévoilait, de son point de vue, déficitaire sur bien des points. Mais il se gardera bien de faire remonter ses observations, sauf si on le lui demandait, ce dont il doutait. Mais pour lui, plus tard, toute cette expérience l’aidera à asseoir son autorité.

Quant au personnel, alors qu’il s’attendait à recevoir un accueil distant, et se voir cantonné dans les tâches les plus ingrates, il s’était vu au contraire complètement immerger dans l’équipe, participer aux diverses tâches tout comme aux séances de rigolade bien nécessaire pour évacuer les moments difficiles.

Et la deuxième semaine, dans un tout autre domaine, celui de la production, se révèlera de la même trempe, aussi riche et constructive que la précédente avec cependant plus de monde autour de lui.

Quinze jours après une immersion riche donc d’une mine d’enseignements, le week-end arrive, dimanche, ses parents reçoivent les Docart et il pourra raconter sa toute nouvelle expérience à son amie et s’il trouve l’ouverture, il reviendra sur le sujet qui le chagrine tant.

Ce dimanche, nous y sommes et c’est un Jonathan tout sourire qui s’élance pour accueillir Bérénice, au mépris de toutes convenances et au grand dam de son père qui n’en montre rien mais saura s’en souvenir le moment venu.

Le repas lui semble durer une éternité, tant le désir de se retrouver en tête à tête avec son amie lui tarde. L’emploi du temps, il l’a concocté. Le temps pluvieux va confiner les adultes devant l’échiquier, et ce, dans un silence absolu.

Eux deux vont s’affronter dans cette salle de jeux au cours d’une partie de badminton dont l’issue reste incertaine, tant les deux joueurs se valent. Il veut gagner cette partie et Bérénice ne veut pas la perdre. Et une heure plus tard, il doit reconnaître que cette fois-ci, c’est elle qui a su se montrer la plus performante. En signe de défaite, et c’est la règle établie, le perdant doit s’acquitter de deux bisous sur les joues du vainqueur. Ce n’est pas la première fois qu’il perd face à elle, mais aujourd’hui, les bisous sont très vite expédiés, presqu’à contre cœur, ce qu’elle ne manque pas de lui faire remarquer, le traitant même au passage de mauvais perdant.

– Non, ce n’est pas du tout de cela qu’il s’agit, j’ai perdu, ce n’est pas la mort. Je viens juste de passer quinze jours éprouvants dans l’usine de papa et je suis un peu exténué. C’est tout.

– Non Jonathan, ce n’est pas tout, il y a autre chose. Tout à l’heure lorsque nous sommes arrivés, je t’ai vu venir en courant à notre rencontre, de toute évidence satisfait de me voir. Mais j’ai aussi ressenti, parce que je te connais bien, comme une certaine retenue et

– Rien de tout cela

– Arrête ce jeu là avec moi, tu veux bien, il y a un problème, alors nous allons devoir en causer. Je crois deviner qu’il s’agit de notre dernière conversation. Sans doute n’aurai-je pas dû te dire la vérité, ou du moins pas sous cette forme là.

– Mais non, ce n’est pas cela.

– Bien sûr que si, le problème est là, j’aime cette fille, que tu le veuilles ou non et je n’y peux rien. Que je sache, on ne s’est jamais promis autre chose que de l’amitié tout les deux, je me trompe ? J’ai même crû comprendre d’ailleurs que je ne suis pas ton type de fille et je n’en prends pas ombrage.

– L’amour que tu portes à une autre fille n’est pas le problème, mais c’est plutôt le discours que tu m’as tenu à la fin qui ne cesse de m’interpeler. Je n’en comprends ni le sens, ni l’ambigüité et cela me trotte dans la tête depuis.

– Bien, alors tout est très simple, arrête de tout compliquer, accepte la situation telle qu’elle se présente maintenant et surtout, cesse de chercher des réponses là où aucune question n’est posée. Je t’en prie Jonathan, je tiens trop à notre amitié, pour ne pas en dire plus et que nous en restions là. Je viens de gagner une partie et je ne reçois en cadeau de victoire qu’un semblant de trophée. Alors, s’il te plaît, j’attends ma récompense, la vraie, pas le simulacre de tout à l’heure.

Elle tend les joues et reçoit, intentionnellement ou par mégarde, ses bisous attendus aux commissures des lèvres.