Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Les contes de Pennymaker, numéro hors série Le jeune Snowden « Snow » Reynaldi est brillant, beau et seul. Bien qu'il soit timide, étrange et toléré par les étudiants de l'Université NorCal parce que c'est un champion d'échecs réputé et qu'il aide à faire connaître l'école, cela ne l'empêche pas de fantasmer sur l'objet de ses désirs : Riley Prince, quarterback de l'équipe de football. Lorsque Riley a besoin de cours de soutien en physique, Snow saute sur l'occasion et très vite, leur relation fait des étincelles – mais Riley doit encore sortir du placard avant de pouvoir avancer. Entre-temps, le véritable ami et mentor de Snow, le professeur Kingsley, épouse une femme qui veut secrètement s'accaparer la gloire et l'argent du championnat d'échecs. Peu de temps après, le professeur perd connaissance et Snow se retrouve submergé – littéralement. Dans une voiture ! Sept membres d'une fraternité de l'université de Grimm sauvent Snow juste à temps pour que sa vie aille de mal en pis et qu'il découvre que la seule relation qu'il a toujours désirée est en train de lui échapper. Avec le « diable » qui l'attend à chaque tournant, Snow se doit de survivre ne serait-ce que pour prouver qu'il est le plus honnête de tous et retrouver la confiance de son prince charmant.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 402
Veröffentlichungsjahr: 2017
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Table des matières
Résumé
Dédicace
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
XX
XXI
XXII
D’autres lives par Tara Lain
Biographie
Par Tara Lain
Visitez Dreamspinner Press
Droits d'auteur
Par Tara Lain
Les contes de Pennymaker, numéro hors série
Le jeune Snowden « Snow » Reynaldi est brillant, beau et seul. Bien qu’il soit timide, étrange et toléré par les étudiants de l’Université NorCal parce que c’est un champion d’échecs réputé et qu’il aide à faire connaître l’école, cela ne l’empêche pas de fantasmer sur l’objet de ses désirs : Riley Prince, quarterback de l’équipe de football.
Lorsque Riley a besoin de cours de soutien en physique, Snow saute sur l’occasion et très vite, leur relation fait des étincelles – mais Riley doit encore sortir du placard avant de pouvoir avancer. Entre-temps, le véritable ami et mentor de Snow, le professeur Kingsley, épouse une femme qui veut secrètement s’accaparer la gloire et l’argent du championnat d’échecs. Peu de temps après, le professeur perd connaissance et Snow se retrouve submergé – littéralement. Dans une voiture !
Sept membres d’une fraternité de l’université de Grimm sauvent Snow juste à temps pour que sa vie aille de mal en pis et qu’il découvre que la seule relation qu’il a toujours désirée est en train de lui échapper. Avec le « diable » qui l’attend à chaque tournant, Snow se doit de survivre ne serait-ce que pour prouver qu’il est le plus honnête de tous et retrouver la confiance de son prince charmant.
À la fantastique Dream Team qui m’a accompagnée dans cette aventure. Merci pour votre soutien sans faille, votre aide, votre enthousiasme et votre amitié. Et merci de m’encourager à écrire des romances de contes de fées.
SNOW GRIMAÇA et se tourna vers le professeur Kingsley alors que le groupe d’étudiants lui jetait des coups d’œil et gloussait.
— … le visage d’une fille !
— Il n’a pas l’air redoutable.
Snow se détourna. Oui, il était différent. Eh bien, dans la mesure où il était un garçon. Oui, il détestait cela.
Le professeur Jacobs, qui guidait le petit groupe d’étudiants, se contenta d’une grimace désapprobatrice, mais ne les reprit pas. Il les laissa se moquer et le montrer du doigt comme une bête de foire.
— Fais-moi le plaisir de mettre une raclée à ce trou du cul arrogant, chuchota le professeur Kingsley en se penchant discrètement vers lui, avant de s’adresser à la foule : Merci à tous d’être venu. Le match amical qui se disputera aujourd’hui opposera le grand maître Professeur Herman Jacobs au grand maître Snowden Reynaldi.
La centaine de personnes présentes dans la salle se rapprocha de la petite table installée sur une estrade. Une horloge et un échiquier étaient posés dessus. Le professeur Kingsley se pencha de nouveau sur Snow.
— Amuse-toi, mais ne fais pas trop durer le plaisir, il faut que nous nous entraînions pour le tournoi Anderson et également que tu te reposes.
Snow hocha la tête et s’installa à la table. Jacobs avait déjà pris place sur ce qu’on appelait la chaise du vainqueur, généralement celle avec le meilleur angle de vue et le meilleur éclairage. Un jeune homme élancé d’une vingtaine d’années s’approcha de Jacobs, lança un regard amusé à Snow, et dit :
— On compte sur vous pour remporter la victoire rapidement, prof, on vous attend pour aller boire un verre et fêter ça.
— Je vais faire de mon mieux, répondit Jacobs en riant avant de saluer Snow d’un simple signe de tête.
L’arbitre grimpa sur l’estrade et tendit devant eux ses deux poings fermés. Jacobs tapota son poing gauche, l’arbitre ouvrit la main. C’était une pièce noire, ce qui signifiait que Snow commençait.
Un léger murmure de protestation s’éleva depuis le coin des supporters de Jacobs.
Snow scruta le plateau de jeu, vaguement conscient du tic-tac qui égrenait les secondes. Dans son esprit, il visualisait déjà tous les déplacements possibles de ses pions. Il laissa planer sa main au-dessus du jeu, puis déplaça son roi en e4 et tapa sur l’horloge.
Jacobs se trémoussa sur son siège et leva les yeux vers lui, un pli soucieux au coin de la bouche. Il fit glisser son fou en f5.
Snow conserva une expression impassible. Il essaie de me provoquer, quel amateur. Il captura son fou sans hésiter une seconde et tapa de nouveau sur l’horloge.
Jacobs fronça les sourcils. Snow redressa la tête et s’immobilisa, le souffle coupé, le regard vrillé sur l’homme debout derrière Jacobs.
Une main sous son menton de dieu grec, l’autre sous son coude, il fixait le plateau de jeu de ses étranges yeux dorés. Un sourire mystérieux flottait sur ses lèvres fines, comme s’il pouvait déjà deviner le prochain coup de Snow. Comme s’il pouvait lire dans son âme. Riley. Riley Prince. Sa silhouette athlétique, à la fois solide et élégante, respectait toutes les promesses de son nom.
Il est là. Je n’arrive pas à croire qu’il soit là.
Mais ce n’est sans doute pas pour te voir toi qu’il est venu, ajouta la petite voix grinçante dans sa tête.
La main de Snow se tendit, mue par une volonté propre, comme si elle cherchait à toucher le prince, et quelqu’un dans la foule poussa une exclamation de surprise. Snow se secoua en clignant des yeux et croisa brièvement le regard inquiet de Riley.
Il prit une grande inspiration pour tenter de se reconcentrer et observa le dernier coup de son adversaire. Jacobs lui lança un petit sourire méprisant. Il avait déplacé un pion en g5. Snow jeta un regard mauvais à sa main, toujours suspendue au-dessus du plateau. Et dire qu’il avait failli toucher une pièce avant son tour. À leur niveau, ce genre d’erreur pouvait lui coûter la victoire. Les fans de Jacobs en auraient jubilé, ils se seraient tous délectés de raconter la fois où Snowden Reynaldi avait perdu en faisant une erreur de débutant. Ce n’était pas tant la défaite qui importait, c’était surtout sa réputation.
Dépêche-toi d’en finir avec cette satanée partie, s’ordonna-t-il.
Mais, il peinait à se concentrer sur le jeu. Ses yeux cherchaient obstinément à se poser sur Riley, et lorsqu’il croisa à nouveau son regard, il y lut de nouveau de l’inquiétude.
Ne t’inquiète pas, mon prince.
Les étudiants de Jacobs affichaient tous un sourire narquois. L’expression du professeur Kingsley était indéchiffrable, ce qui signifiait qu’il n’était pas tranquille.
Snow leva les yeux au ciel, concentra toute son attention sur le jeu, et avec un geste de main adroit, il déplaça sa reine en h5.
— Échec et mat.
Il se rassit confortablement dans son siège, enfin apaisé. Tout ce qu’il voulait, c’était pouvoir contempler ce visage de rêve sans être interrompu.
Jacobs écarquilla les yeux.
— Non, s’exclama-t-il en fixant le jeu comme s’il ne comprenait pas ce qui venait de se passer.
Riley sourit et se joignit au reste du public qui applaudissait à tout rompre. Le rythme cardiaque de Snow s’emballa.
Et si je me levais ? Si j’allais le voir et que je me présentais ? Son estomac se tordit d’angoisse à cette seule pensée.
Ne sois pas bête, pourquoi t’adresserait-il la parole ? demanda l’horrible petite voix en lui qui avait toujours aimé piétiner son peu de confiance.
Snow observa distraitement Jacobs, toujours penché au-dessus du jeu avec un air hébété, mais très vite, ses yeux cherchèrent de nouveau le visage de Riley Prince. Une magnifique jeune femme fendit la foule, se glissa aux côtés de Riley et glissa une main à la pliure de son coude. Elle se dressa sur la pointe des pieds pour lui murmurer quelque chose à l’oreille, et Riley se mit à rire. Snow poussa un long soupir. Courtney Taylor, l’enfant chérie du campus. La princesse idéale pour un prince tel que Riley.
Snow baissa les yeux sur le plateau. Il ne tenait pas particulièrement à voir ça.
Qu’est-ce que tu t’imaginais ? C’est pour elle qu’il est venu aujourd’hui.
— Espèce de petit… grommela Jacobs avant de se reprendre. Une victoire en trois coups, tu m’as bien eu Reynaldi.
— J’ai eu de la chance.
— Oh, je t’en prie, protesta Jacobs. Ce n’est plus une question de chance depuis que tu as trois ans. Ne joue pas au plus modeste, ça ne te va pas.
Snow avait la tête qui tournait. Il se refusa à lever les yeux. Jacobs lui tendit la main.
— Désolé de ne pas avoir été un défi plus dur à relever.
— Merci pour la partie, répondit Snow en se forçant à sourire. C’était amusant.
— Facile à dire. Mais merci à toi aussi.
Jacobs s’éloigna et quelqu’un tapota l’épaule de Snow.
— Bon travail, Snow, tu lui as montré de quoi NorCal était capable.
Snow baissa la tête et offrit un petit sourire sincère à l’étudiant qui était venu le féliciter. Sa timidité excessive et ses manières étranges ne dérangeaient pas les gens, ils étaient bien trop fiers de le voir représenter leur université avec autant de succès.
Les étudiants de Jacobs le dévisageaient désormais avec mépris. Valait-il mieux être craint ou moqué ? Snow n’était partisan ni de l’un ni de l’autre, mais il savait que ce genre d’attitude faisait partie du monde des échecs.
Le professeur Kingsley monta sur l’estrade pour reprendre la parole.
— Un grand merci au grand maître Herman Jacobs d’avoir fait le déplacement pour participer à cette rencontre amicale. Pour tous ceux qui voudraient rejoindre le club d’échecs, vous trouverez les formulaires d’inscription sur la table à côté de la sortie.
Snow scanna la foule du regard, mais le dieu grec aux cheveux d’ange avait disparu.
Quel rêveur tu fais, songea-t-il.
Quel crétin, le corrigea la petite voix.
Un autre étudiant s’approcha pour le féliciter. Snow le reconnut vaguement, mais il ne se souvenait pas de son nom.
— Comment as-tu fait pour préparer une victoire en trois coups ? demanda-t-il, admiratif.
— Je… Je ne sais pas.
— Mais tu dois bien suivre une certaine logique ?
— Non, répondit Snow en secouant la tête. Il n’y a pas de logique, tous les coups sont possibles, il suffit de savoir quand les jouer.
— Je ne comprends pas comment tu fais.
— C’est normal Barry, le rassura le professeur Kingsley en se rapprochant d’eux. Snow est physicien, sa stratégie aux échecs s’appuie sur des principes de mécanique quantique.
Snow continua d’observer discrètement la foule. Où avait bien pu passer Riley ?
— Mais je ne comprends pas, insista Barry en fronçant les sourcils. Dans le match de Fisher contre…
— Je suis désolé Barry, l’interrompit le professeur en glissant un bras autour des épaules du grand maître, mais je vais avoir besoin de Snow. Nous parlerons de tout cela lors de la prochaine réunion du club.
— Oh. Oui, bien sûr.
Il entraîna Snow avec lui dans la salle adjacente où un petit buffet était installé.
— Tu vas bien ?
— Oui, ne vous inquiétez pas, répondit Snow en souriant.
— C’était impressionnant pour un match amical.
— Il faut dire qu’il est tombé droit dans le panneau.
Le professeur lui offrit un sourire en coin qui donnait à son visage séduisant un petit air espiègle.
— Je t’avoue que c’était très satisfaisant de le voir se faire battre à plates coutures. Il était tellement sûr de lui quand il est arrivé, il croyait que c’était gagné d’avance. Quel abruti.
Snow hocha la tête en souriant. Rendre le professeur heureux était sans conteste dans le top cinq de ses activités préférées.
— Mais c’est fini les matchs amicaux, il est temps de passer aux choses sérieuses. À partir de la semaine prochaine, nous allons commencer ton entraînement pour le tournoi Anderson.
— Bien, chef.
— Il faut aussi que nous travaillions sur ta confiance en toi devant le public. L’Anderson est un gros événement, il y aura beaucoup de gens : la presse, les fans, je veux être certain que tu sois prêt.
Rien que d’y penser, Snow se sentait fiévreux.
— Harold ! salua le coach McMasters en posant une main sur l’épaule du professeur Kingsley.
Si le coach là, est-ce que Riley est encore dans les parages ? se demanda Snow.
— Kurt, je suis content de te voir. Qu’est-ce que tu fais là ? demanda-t-il en lui serrant la main.
— Je te cherchais, figure-toi. J’ai un petit problème, et je pense que tu devrais pouvoir m’aider.
— Je vais vous laisser, murmura Snow en s’éloignant maladroitement.
— Non, non, restez, ça ne prendra qu’une minute, c’est votre victoire que nous célébrons après tout. Je vais aller droit au but, j’ai besoin d’un tuteur en physique. L’un de mes joueurs a de très mauvaises notes et il faut qu’il valide cette matière s’il veut décrocher son diplôme. S’il descend sous la moyenne au cours de l’année, il n’aura plus le droit de jouer sur le terrain. Je me disais que tu connaissais peut-être quelqu’un qui pourrait l’aider, Harold.
— Oui, bien sûr. Duquel de tes joueurs s’agit-il ?
— Riley. Riley Prince.
Snow sentit sa mâchoire s’ouvrir de stupeur et se força à la refermer aussitôt.
— Vraiment ? demanda le professeur Kingsley en riant. Le prince du terrain de football a un talon d’Achille ?
— Il est loin d’être bête, répondit le coach en haussant les épaules, mais il a du mal avec la physique.
— Il comprend la logique des échecs, il ne devrait pas peiner avec la physique. Il doit s’y prendre de la mauvaise manière.
Les mots sortirent de la bouche de Snow sans qu’il les contrôle.
— Comment tu sais qu’il comprend les échecs ? demanda curieusement Kingsley.
— Je ne sais pas, c’est une simple supposition. Mais je l’ai vu observer la partie tout à l’heure, et j’aurais pu jurer qu’il anticipait mes coups.
— Il a regardé la partie ? demanda le coach en fronçant les sourcils.
— C’est ça qui t’a déconcentré ? demanda Kingsley avec un drôle de petit sourire.
— Non, je… Je… bafouilla Snow.
— Déconcentré ? Qui a été déconcentré ? demanda une voix.
Winston, qui venait d’apparaître, glissa un bras autour de la taille de Snow en s’insérant dans leur petit groupe. Snow fit un pas sur le côté pour fuir son étreinte, mais il se cogna mollement au professeur Kingsley et Winston parvint à lui embrasser la joue.
— Qu’est-ce que j’ai manqué ? demanda Winston.
— La pulvérisation de Jacobs par Snowden en seulement trois coups, sourit fièrement le professeur.
— Ce qui n’est pas étonnant. Snow est le meilleur. Comment a-t-il pu trouver le temps d’être déconcentré en l’espace de trois coups ?
— Ça n’a pas d’importance, il a gagné quand même.
— Tu es prêt à aller fêter ta victoire ? demanda Winston en le serrant dans ses bras.
— N’exagérons rien, répondit Snow en secouant la tête, il n’y a pas vraiment de quoi faire la fête.
— Il n’y a pas toujours besoin d’une raison pour faire la fête, rétorqua Winston en riant, et le professeur Kingsley hocha la tête avec enthousiasme.
Snow et Winston étaient les deux seuls hommes gay de leur promo, et le professeur les avait fortement encouragés à se serrer les coudes et à apprendre à se connaître. Depuis la mort de sa femme, la solitude l’angoissait beaucoup, et il supportait mal de voir qui que ce soit en souffrir. Snow ne lui en voulait pas, il appréciait Winston, mais son cœur appartenait à quelqu’un d’autre.
Soudain, la double porte battante de la salle s’ouvrit à la volée, et une femme d’une beauté renversante apparut sur le seuil. Elle était si belle qu’un murmure d’admiration parcourut la foule et même Winston, qui n’avait jamais regardé les femmes de toute sa vie, émit un petit bruit admiratif.
Elle était tout ce que Snow n’était pas. Elle portait de très longs cheveux d’un rouge vibrant, là où ceux de Snow étaient d’un noir de jais, une peau soyeuse couleur de bronze, au complet opposé de la carnation lunaire de Snow. Le professeur Kingsley murmura :
— Anitra…
Puis il se dirigea vers la femme, les deux mains tendues dans sa direction.
— Je suis tellement content que tu sois là, ma chérie.
— Bonjour Harold, dit-elle d’une voix suffisamment forte pour être entendue par tous les gens autour d’eux.
Elle lui offrit un sourire parfait, découvrant le bref éclat de ses dents droites et blanches. Le professeur se pencha pour l’embrasser sur la joue, puis se tourna vers les membres du club.
— Votre attention s’il vous plaît, j’ai une petite surprise pour tout le monde. Je vous présente Anitra Popescu. Elle vient d’intégrer l’université en tant que doyenne adjointe, et c’est une très grande joueuse d’échecs. J’ai réussi à la convaincre d’être mon bras droit à la direction du club. Cette année, notre nombre d’adhérents a battu des records, et comme je vais essentiellement me consacrer à l’entraînement de Snowden, c’est elle qui gérera tout le reste. Il ne fait aucun doute qu’avec cette nouvelle, nous allons recevoir encore beaucoup d’autres inscriptions, plaisanta-t-il.
Anitra sourit et parcourut la foule du regard. Elle s’arrêta une seconde supplémentaire sur Snow, et le jeune homme sentit un frisson lui remonter l’échine.
Le professeur Kingsley entrelaça ses doigts avec ceux d’Anitra.
— Je voudrais aussi profiter de cette occasion pour vous annoncer qu’Anitra et moi sommes fiancés, ajouta-t-il avec un immense sourire.
Tout le monde les applaudit, et le sang de Snow se glaça dans ses veines.
— C’est super pour le professeur, commenta Winston en se penchant vers lui. Il était tellement seul ces deux dernières années. Et regarde-moi un peu la fiancée qu’il s’est dégotée.
— C’est super, confirma mécaniquement Snow. Vraiment super.
Tout autour de lui se mit à tourner trop vite. Le professeur était en train d’accepter les félicitations des membres du club, mais il cherchait Snow du regard, sa main toujours serrée autour de celle d’Anitra.
— Allons-nous-en, demanda Snow en tirant sur la manche de Winston.
— Quoi ? Mais le professeur vient vers nous, répondit le jeune homme confus.
— Je veux m’en aller Winston.
Il releva la tête et aperçut le coach qui félicitait les fiancés. Le désir à peine dissimulé dans son regard était évident : il parcourait du regard la silhouette sculpturale d’Anitra comme si le mannequin de son magazine Playboy préféré venait d’apparaître. À cet instant, Snow prit une décision fatidique. Il inspira profondément et s’avança vers le coach.
— Je veux bien aider, coach.
Le regard de l’homme s’agrandit.
— Mais…
— Aider pour quoi ? demanda Winston.
— Le tutorat, je veux bien m’en occuper. Je vous appellerai pour régler les détails. Allez viens, Win, allons-y maintenant.
Il se dirigea vers la sortie sans plus attendre en traînant Winston derrière lui, ce qui devait sans doute avoir l’air terriblement comique, car Winston mesurait presque deux mètres et Snow à peine un mètre soixante-dix.
— Tu veux bien m’expliquer ce qui vient de se passer ? demanda Winston en essayant de le suivre sans trébucher.
— Rien. Le coach a besoin de quelqu’un pour donner des cours de physique à l’un de ses joueurs, c’est tout.
— Pourquoi ce n’est pas moi qui m’en occupe ? Où vas-tu trouver le temps de donner des cours avec ton entraînement pour le tournoi ?
— Ça ne me prendra pas tant de temps que ça, répliqua-t-il en traversant le couloir à grandes enjambées.
— Si je ne te connaissais pas mieux, je te soupçonnerais de faire ça simplement pour pouvoir mater du sportif musclé.
— Ne sois pas ridicule.
— Pourquoi marchons-nous aussi vite, au fait ? Tu n’es pas curieux de rencontrer la fiancée du professeur Kingsley ?
Snow secoua la tête.
— Ah bon ? Pourquoi ?
— Je ne sais pas.
— Il ne t’avait encore jamais parlé d’elle ?
Snow secoua de nouveau la tête. Pourquoi le professeur ne lui avait-il jamais parlé d’Anitra ? Pourquoi avait-il fallu qu’il découvre son existence en même temps que tout le monde ?
— Ils sont fiancés, Snow, tu risques de la croiser très souvent. Si j’étais toi, je ferais un effort. Dans peu de temps, elle deviendra sans doute sa femme.
— Je fais des efforts. Je suis très heureux pour eux.
Sa femme.
Snow frissonna.
— ALLEZ VIENS, on va s’amuser, dit Wilson sur un ton déterminé en attrapant le bras de Snow.
— S’amuser ? Où ?
Wilson et lui n’avaient pas vraiment la même définition de l’amusement.
— Nous allons à une fête.
— Tu sais que ce n’est pas mon truc, rétorqua Snow en libérant son bras de l’emprise de Wilson.
— Fais un effort, il faut que tu apprennes à te détendre un peu. Les Zetas sont pile le remède dont tu as besoin.
— Les Zetas ?
— La fraternité. Un de leurs membres est dans mon cours d’histoire et il m’a invité.
— Crois-moi, les Zetas n’ont aucune envie de me voir débarquer à l’une de leurs fêtes.
Il n’avait pas le cœur à expliquer à Winston qu’ils n’avaient probablement pas spécialement envie de le voir non plus, et que son camarade avait dû proposer par politesse. Zeta était la plus grande fraternité du campus, tous les sportifs machos de l’université en faisaient partie, ils n’adressaient même pas la parole aux geeks comme eux. Encore moins aux geeks homos.
— Bien sûr que si, ils ont envie de te voir. Tu es une vedette. Allez, viens avec moi.
Toute la motivation du monde ne suffirait pas à lui faire franchir le seuil de cette satanée fraternité. À moins que… Et s’il avait une chance d’y croiser Riley ? Snow déglutit péniblement.
— Très bien, capitula-t-il en suivant Winston.
Ses pieds lui obéirent jusqu’à ce qu’ils arrivent dans la rue de la résidence des Zetas. En apercevant les colosses musclés, avec leurs sweatshirts aux couleurs de la fraternité, qui buvaient de la bière sur la pelouse devant la maison, il se figea.
— Win, c’est ridicule, nous ne pouvons pas débarquer comme ça.
— Bien sûr que si, je t’ai dit qu’on m’avait invité.
— À tous les coups, le type qui t’a invité ne s’en souvient plus. Tu ne sais même pas s’il était sérieux ou s’il se moquait de toi quand il t’a proposé de venir.
— Arrête de t’inquiéter, tu as vu le monde qu’il y a ? Nous allons nous fondre dans la masse sans que personne ne nous prête attention.
— Mais bien sûr, soupira Snow, exaspéré.
Au même instant, il aperçut une tignasse de cheveux blonds familière à la porte d’entrée. Winston profita de cette seconde d’inattention pour l’attraper par le bras et le tirer avec lui dans la foule.
La plupart des Zetas étaient déjà dans un tel état d’ébriété qu’ils n’auraient sans doute pas remarqué deux hippopotames sur la pelouse de leur maison, alors deux gringalets du département de physique devaient pouvoir passer inaperçus. Pourtant, ils n’avaient pas parcouru plus de trois mètres qu’une jeune femme cramponnée à un footballeur de la taille d’une montagne pointa Snow du doigt et s’exclama d’une voix inarticulée :
— Mais qui c’est, ça ?
Le footballeur secoua la tête comme un gros félin confus.
— J’en sais rien. Jolie fille en tout cas. Je croyais pourtant que je connaissais toutes les pom-pom girls.
— Junior ! le réprimanda-t-elle en essayant de lui mettre une tape sur le biceps, et en manquant sa cible d’au moins dix centimètres. C’est pas une fiiille, c’est un gars de la clique des geeks.
— Hein ? Mais comment il a atterri ici ?
Et ce fut le début d’une inévitable réaction en chaîne.
« Junior le géant » se tourna vers son camarade le plus proche pour lui demander s’il savait qui ils étaient. Le camarade en question se tourna vers son groupe pour leur poser la question, et en un rien de temps, un bataillon de colosses aux sourcils froncés se forma devant eux.
Snow tira violemment sur le bras de Winston qui s’était arrêté pour observer avec horreur une fille qui venait de retirer son soutien-gorge pour en faire un lance-pierre.
— Il faut que nous partions d’ici, et vite.
— Hors de question.
— Je ne plaisante pas, Win.
Une énorme main s’abattit avec force sur l’épaule de Snow.
— Qu’est-ce que tu fais à une fête des Zetas, la tapette ?
Snow ferma les yeux et secoua la tête. Il détestait se donner en spectacle.
— C’est une erreur. Désolé. Nous partons tout de suite.
La main se resserra sur son épaule et le força à se retourner brusquement. Snow se retrouva le nez collé au torse massif d’un receveur de l’équipe de football. Il n’était pas particulièrement grand, et ce n’était pas le plus musclé, mais l’expression sur son visage était très claire. Il irradiait de haine.
— Pour qui vous vous prenez à venir vous incruster comme ça ?
Le colosse qui l’avait pris pour une pom-pom girl intervint :
— Laisse-le tranquille, Rog, il est plus mignon que toutes les filles de cette fête.
— Raison de plus pour réarranger sa tête de petite tapette, répondit Rog en lui broyant l’épaule.
— On m’a invité, se défendit Winston en faisant un pas dans sa direction.
Rog ne lui accorda même pas un regard. De son autre main, il se contenta de le pousser violemment et l’envoya valser contre un arbre.
Snow se dégagea de son emprise d’un geste sec et accourut vers le corps inanimé de son meilleur ami.
— Win ! Est-ce que ça va ?
Rog fondit sur lui, l’attrapa par le col de sa chemise et le souleva dans les airs. Le cœur battant la chamade, Snow ferma les yeux en attendant le choc et la douleur. Détends-toi, tu auras moins mal à l’atterrissage. Mais au lieu de s’écraser au sol, il fut intercepté avec douceur par une paire de bras musclés, aussi facilement et aussi proprement que s’il s’agissait d’un numéro de cirque.
— Je te tiens, dit une voix rassurante.
Snow releva la tête et rencontra un regard doré et rieur, un regard qu’il ne connaissait que trop bien.
— À quoi tu joues, Prince ? cria Rog en se précipitant vers eux d’un pas énervé.
Riley reposa délicatement Snow sur ses deux pieds et le cacha derrière sa grande silhouette athlétique. Il tendit une main en direction de Rog pour tenter de l’apaiser.
— Ça suffit Rog, ressaisis-toi, c’est le champion d’échecs de l’université. Si tu lui fais le moindre mal, tu vas perdre ta bourse d’études et te faire renvoyer sans même que le doyen ne se donne la peine de notifier tes parents par courrier. À quoi pensais-tu ? Il rapporte deux fois plus d’argent à l’université que l’équipe de football.
— Cet espèce de pédé ? s’indigna Rog en lançant à Snow un regard dégoûté par-dessus l’épaule de Riley. Tu n’es pas sérieux !
Riley croisa les bras sur son torse et le regarda droit dans les yeux, sans bouger d’un centimètre.
— D’accord, très bien ! capitula Rog. Mais ôte-le de ma vue, grogna-t-il avant de se diriger vers les fûts de bière alignés devant la maison.
Winston avait fini par reprendre connaissance et il essayait péniblement de se relever, sans que personne autour ne vienne à son aide.
Courtney apparut aux côtés de Riley, passa un bras autour de sa taille, et le jeune homme se pencha vers elle pour embrasser ses cheveux.
Snow sentit un morceau de son cœur se briser et s’écraser en mille morceaux sur le sol. Il contourna le couple en marmonnant des remerciements, et se dirigea vers Winston pour l’aider à se redresser et le traîner loin de cette bande de Néandertaliens. Le sang lui battait aux tempes et il se sentait comme une boule de nerfs prête à exploser. Il entendit des éclats de rire dans leur sillage, mais se força à ne pas leur prêter attention.
Deux rues plus loin, Winston se laissa tomber sur un carré d’herbe et posa doucement sa tête sur ses genoux.
— Je suis désolé de t’avoir entraîné là dedans.
— Il faut que tu comprennes que les gens comme eux se fichent complètement des gens comme nous, sauf lorsqu’il s’agit de nous casser la figure, répondit Snow avec une expression austère.
— Heureusement que le grand costaud est intervenu, il avait l’air de connaître les bonnes manières, lui, au moins.
— Les bonnes manières ? Ne te fais pas d’illusions. Tout ce qui lui importe, c’est de protéger la réputation de son équipe de foot chérie, riposta Snow en s’appuyant contre un tronc d’arbre, le cœur lourd.
— Il avait l’air gentil, insista Winston en secouant doucement la tête entre ses genoux.
Snow laissa échapper un long soupir.
— Il faut que je dise au coach que je refuse de lui donner des cours de soutien.
— Pourquoi ? demanda Winston en redressa brusquement la tête. Je ne vois pas en quoi ce qui vient de se passer devrait t’influencer dans ce sens. C’est ridicule, il y a à peine deux heures, tu étais plus motivé que jamais. Il vient presque de nous sauver la vie ! Et puis, peut-être que si tu l’aides à remonter ses notes, l’équipe de football se montrera un peu plus clémente avec nous.
— Nous ne devrions pas avoir besoin qu’on nous sauve la vie !
— Je sais bien, mais c’est comme ça.
— C’était une idée débile, gronda Snow en croisant les bras.
— C’est vrai, mais quelque chose me dit que tu réagis comme un enfant capricieux et pas comme un grand joueur d’échecs intelligent.
— Tu n’as qu’à le faire toi, puisque tu es si reconnaissant.
— Très bien, je vais le faire.
— Pardon ?
— Je vais le faire. Tu peux dire au coach que j’accepte de donner des cours à son athlète vedette.
— Tu ne le fais que parce que tu veux une invitation officielle à l’une des fêtes des Zetas.
— Et alors ? Je veux simplement m’intégrer, et je n’ai pas trop de fierté pour l’admettre.
— Mais…
— Snow, veux-tu être le tuteur de l’équipe de football, oui ou non ?
C’était une excellente question.
ANITRA ROMPIT le baiser et, tout contre les lèvres d’Harold, elle murmura :
— Tout le monde avait l’air très heureux pour nous.
Harold sourit, révélant les petites rides malicieuses au coin de ses yeux.
— Évidemment, ils savent tous que je vais épouser la plus belle femme du royaume.
— Charmeur.
Il se pencha pour un autre baiser, mais Anitra recula contre la porte d’entrée.
— As-tu réfléchi à ce que je t’ai demandé au sujet du tournoi ?
— Je suis désolé, dit-il en fronçant les sourcils, mais tu sais que je me suis déjà engagé à entraîner Snowden pour le tournoi Anderson. Si tu veux, je peux demander autour de moi si un autre coach est disponible.
— Mais c’est toi le meilleur, rétorqua-t-elle avec une petite moue boudeuse. Le tournoi Anderson est le plus important tournoi d’échecs de tout le pays. Je veux y participer.
— Je connais d’excellents joueurs qui seraient ravis de t’entraîner.
— Mais que penseront les gens ? Je suis ta fiancée et tu ne veux pas m’entraîner ? Tout le monde va croire que c’est parce que Reynaldi est meilleur que moi.
— Non, personne ne croira rien de la sorte, tout le monde sait pertinemment que je suis le coach officiel de Snow depuis qu’il est entré à l’université.
Elle lui offrit un sourire pincé.
— Oui, mais si tu m’entraînes à sa place, les gens se diront que c’est parce que je suis d’un niveau supérieur, et j’aurais de meilleures chances de gagner.
Harold soupira.
— Tout ce que diront les gens, c’est que je suis un coach opportuniste qui quitte son champion pour un autre dès qu’il en a l’occasion.
— Mais…
Harold leva une main pour l’interrompre. Elle détestait ce geste condescendant plus que tout. Pour qui se prenait-il ?
— Anitra, tu es une joueuse d’échecs exceptionnelle, mais il ne s’agit pas de faire croire aux gens que tu es meilleure que Snowden. Je ne connais personne de meilleur que Snowden. Cependant, avec de l’entraînement et de la détermination, tu pourras peut-être devenir son égale.
— Et comment suis-je censée m’améliorer si tu refuses de m’aider ? demanda-t-elle en serrant les poings, ses ongles manucurés mordant la chair de ses paumes.
— Je promets de t’aider, mon cœur, mais après ce tournoi, offrit-il avec un sourire bienveillant. Je suis certain que Snowden sera ravi de t’aider, lui aussi, une fois qu’il aura remporté l’Anderson et qu’il aura un peu plus de temps devant lui. Après tout, c’est toi qui m’as avoué que sa présence, et la mienne bien sûr, ajouta-t-il avec un petit sourire charmeur, sont les principales raisons qui t’ont poussée à accepter ce poste. Sois patiente. Je suis certain que tu obtiendras ce que tu désires.
Que savait-il de ses désirs ? Elle fit glisser ses mains le long des pans de sa veste de costume.
— C’est difficile d’être patiente, Harold, alors que tu te tiens juste devant moi et que je sais que tu pourrais réaliser tous mes rêves.
— Tu sais que ton bonheur est ma priorité, dit-il en l’embrassant sur le front. Et nous réaliserons nos rêves ensemble.
— Je ferais mieux de rentrer, dit-elle en frissonnant. Je ne me suis pas encore habitué aux fluctuations de température de la météo californienne.
— Je serais ravie de te tenir chaud, proposa-t-il en la serrant contre lui.
Elle secoua fermement la tête et se dégagea de l’emprise de ses bras.
— Je sais que mes convictions religieuses peuvent paraître arriérées, mais c’est important pour moi, Harold. Pas de sexe avant le mariage. C’est aussi pour ça que tu es tombé amoureux de moi, pour ma force de caractère.
— C’est vrai, mais nous sommes fiancés à présent.
— Raison de plus pour nous marier sans tarder, dit-elle en souriant.
— Dès la fin du tournoi, notre cérémonie de mariage sera ma priorité.
— Je déteste jouer les seconds rôles, dit-elle en fronçant les sourcils.
— Tu ne joues pas les seconds rôles, mon amour, voyons. J’ai pris un engagement envers Snow, et je tiens à l’honorer. C’est aussi pour ça que tu es tombée amoureuse de moi, ajouta-t-il malicieusement.
— C’est vrai, dit-elle sans grande conviction.
— À demain, alors ?
— J’ai déjà hâte d’y être.
Elle lui ouvrit la porte, Harold franchit le seuil, lui fit un petit signe de main, et s’éloigna en direction de sa voiture. Probablement pour aller retrouver ce satané Reynaldi. Anitra claqua rageusement la porte.
— Mais quel mauvais caractère, fit remarquer Hunter avec un petit bruit de langue désapprobateur.
Anitra se retourna et le découvrit, assis sur le fauteuil en face de la cheminée, en train de lire le journal.
— Qu’est-ce que tu fais là ? Est-ce que tu m’espionnais ?
— Bien sûr que non. Ce que tu fais, ou ne fais pas, avec ce joueur d’échecs ringard m’est bien égal.
Anitra traversa le salon de sa petite maison de ville et se laissa lourdement tomber sur le canapé.
— Toute cette entreprise est tellement pénible. Et frustrante !
Hunter replia son journal et pencha son corps massif vers l’avant.
— Qui ne tente rien n’a rien.
— Épargne-moi les proverbes niaiseux.
— Concentre-toi sur le but final de ta mission.
— Je sais. Une fois que j’aurais gagné ce fichu tournoi, je serais dans la position idéale pour m’attirer les faveurs des sponsors et des médias. On tournera peut-être un film sur ma vie, qui sait ? Tout sera possible après cette victoire. Aucune femme n’a jamais remporté l’Anderson, et certainement pas une femme de ma beauté – mon succès est garanti.
Elle plongea son regard dans l’âtre flamboyant en imaginant déjà sa gloire future.
— Une chose est sûre, tu vas surprendre l’opinion publique, parce qu’à l’heure actuelle, tout le monde semble persuadé que le gamin est déjà vainqueur.
— Où as-tu entendu ça ? demanda-t-elle en haussant un sourcil dédaigneux.
Hunter lui tendit son exemplaire du Daily Mirror. Le journal publiait beaucoup plus d’articles sur les échecs qu’aucun autre. En première page, le gros titre annonçait « Reynaldi : la victoire assurée ». L’article expliquait en long, en large et en travers toutes les raisons pour lesquelles les experts s’accordaient à dire qu’aucun adversaire n’était à la hauteur du jeune homme. D’après eux, seul le candidat qui représentait la Russie pouvait espérer lui donner du fil à retordre.
— Ramassis de bêtises, dit-elle en jetant le journal.
— C’est le champion numéro un, la crème de la crème, la nargua Hunter.
— Ce qui ne rendra sa chute que plus amusante.
— Voilà qui est mieux ! s’exclama-t-il en riant.
— Tu n’as pas l’air de prendre tout cela très au sérieux. Je te rappelle que tu as tout autant que moi à gagner avec cette victoire.
— Au contraire, je te prends très au sérieux, bébé, dit-il avec un clin d’œil avant de s’étirer.
— Je te rappelle que tu n’es pas irremplaçable.
— Et par qui vas-tu me remplacer ? Le joueur d’échecs bigleux ? Ça m’étonnerait fortement. Il n’est pas de taille, ajouta-t-il avec un regard lourd de sens vers son entrejambe.
Anitra fronça brièvement les sourcils, avant d’éclater de rire.
— Prétentieux, mais vrai.
LE BALLON traversa le ciel dans un arc parfait et atterrit précisément dans les mains de Rog, comme si Riley lui avait simplement fait une passe de moins d’un mètre, alors qu’il venait de le lui lancer depuis l’autre bout du terrain. Dans les gradins, le public explosa de joie en applaudissant et en tapant des pieds. Vingt-quatre heures plus tôt, Snow aurait fait partie de ces gens, mais aujourd’hui, en scrutant le visage concentré de Rog, il ne pouvait y lire que la violence et la méchanceté dont il était capable. À la fin du match, la foule se pressa vers les sorties et Snow tira Wilson avec lui à travers les gradins. Ils devaient trouver le coach au plus vite.
— Pourquoi es-tu aussi pressé ? demanda Winston en essayant de suivre à grandes enjambées. Nous pouvons très bien attendre dehors.
— Je veux en finir au plus vite avec toute cette histoire.
— Qu’allons-nous dire au coach ?
— La vérité : je n’ai pas le temps, toi si.
— Tu es certain que tout va bien ? demanda Winston en dévisageant son meilleur ami.
— Très bien.
— Tu te comportes bizarrement.
— Je n’ai pas particulièrement apprécié de me faire tabasser par une bande d’hommes des cavernes. Je ne pensais pas qu’ils puissent être aussi méchants.
— C’est pourtant toi qui m’avais mis en garde.
— Oui, mais je n’imaginais pas qu’ils pourraient aller si loin.
Une erreur qu’il n’était pas près de refaire.
Observer Riley dans son environnement naturel était une véritable torture. Une mort lente par désir à sens unique. Snow déglutit péniblement. Il était peut-être un peu dramatique. Après tout, que savait-il du désir ? Il n’avait jamais eu de petit ami. Winston ne comptait pas. Il en pinçait pour Snow, mais ce n’était pas réciproque. De toute manière, Winston en pinçait pour la moitié de la population mâle du campus. C’était peut-être là la punition de Snow : il ne retournait pas les sentiments de Winston, alors le destin le faisait tomber amoureux d’un prince inaccessible qui n’avait même pas conscience de son existence, et qui s’avérait être aussi bête et brutal que les autres.
Super comme conte de fées, songea Snow.
Le coach lui avait donné rendez-vous après le match. Dans les couloirs, Snow ralentit le pas pour lui laisser le temps de quitter les vestiaires et de rejoindre son bureau. Il poussa la porte à double battant du gigantesque complexe sportif qui abritait le gymnase, les vestiaires, les salles d’entraînement et les quelques bureaux et salles de classe. Un homme bâti comme une armoire à glace se posta en travers de leur chemin.
— Je suis désolée, mais l’accès au bâtiment est interdit aux visiteurs.
— Je… Le coach McMasters m’attend. Je veux dire, nous attend.
L’homme baissa les yeux en direction du bloc-notes qu’il tenait entre ses mains.
— Votre nom ?
— Snowden Reynaldi.
Il le dévisagea comme s’il venait de donner une mauvaise réponse, et pointa Winston du menton.
— Et lui ?
Snow avait l’impression d’être un criminel interrogé par la police.
— Un autre tuteur du département de physique. C’est la raison pour laquelle nous sommes venus voir le coach.
Le grand homme fronça les sourcils avec une grimace suspicieuse, avant de finalement hocher la tête à contrecœur.
— Très bien. C’est la deuxième porte sur la droite, tout au fond de ce couloir.
Snow le remercia, et ils contournèrent Monsieur Muscles pour s’engager dans le couloir indiqué. Même dans la partie administrative du bâtiment, une vague odeur de transpiration flottait dans l’air. Arrivé devant la porte du coach, Snow rassembla tout son courage. C’est parti.
Un séduisant jeune homme en jogging était affalé dans un fauteuil, derrière le comptoir de l’accueil. Il lisait un magazine de sport. En les entendant entrer, il leva distraitement les yeux.
— Tu es le gars du département de physique ? demanda-t-il à Snow.
— J’imagine, oui, répondit Snow.
— Et l’autre gus avec toi, c’est qui ? demanda-t-il en désignant Wilson.
— Un autre gars du département de physique, répondit Snow, incertain.
Le jeune homme lui décocha un sourire enjôleur.
— On devrait vraiment t’intégrer à la troupe des pom-pom-girls, tu es plus mignon que la plupart des filles qui y sont inscrites. Désolé, ajouta-t-il aussitôt en portant une main à sa bouche. Le coach dit souvent qu’il n’y a pas de filtre entre mon cerveau et mes paroles. Je m’appelle Danny, offrit-il.
— Salut, Danny.
— J’espère que je ne t’ai pas vexé, je suis vraiment désolé.
— Non, ça va, j’ai l’habitude, répondit Snow en se forçant à décoller ses yeux de ses chaussures pour regarder son interlocuteur dans les yeux.
— Le coach vous attend dans son bureau, dit-il en indiquant la porte derrière l’accueil.
— Merci.
Snow parvint à franchir les derniers pas qui le séparaient de son but sans s’évanouir. Pile ce qu’il lui fallait pour ajouter à son anxiété sociale : une personne lui rappelant qu’il avait une dégaine anormale. Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule pour s’assurer que Winston le suivait toujours, puis il tourna la poignée de la porte du bureau et entra.
— AH, REYNALDI, pile à l’heure. Merci d’être venu.
Snow entendit vaguement la voix du coach à son entrée, mais il ne le vit pas, aveuglé par la présence solaire de Riley Prince qui était assis sur le fauteuil en face du bureau, vêtu d’un simple pantalon de coton, torse nu, une serviette autour du cou. Ses cheveux d’or étaient plaqués contre son front par la sueur, et les deux marques de cire noire sur ses pommettes rehaussaient la couleur de ses joues, rosies par l’effort. Comment un être humain pouvait-il être aussi parfait ? Les muscles de son torse semblaient taillés dans le marbre. Riley se pencha pour les regarder, mais pas le moindre pli de graisse ne marqua sa taille dans le mouvement.
— Snowden, appela le coach.
— Snow, répéta Winston.
Snow releva lentement la tête vers eux en battant des paupières.
— Oui ?
— Je disais, je vous présente Riley Prince. C’est l’étudiant pour lequel vous avez accepté de faire du tutorat, ajouta le coach en hochant la tête en direction de Snow.
— Oh, oui. Oui, en effet, articula-t-il péniblement. Je veux dire, non ! Je veux dire…
Winston laissa échapper un reniflement amusé et fit un pas en avant.
— Je me présente, Winston Erhlinger. Snow n’aura malheureusement pas le temps de faire du tutorat avec son emploi du temps actuel. Il m’a demandé de le remplacer. Je suis l’un des meilleurs étudiants du département de physique.
Le coach McMasters se leva pour lui serrer la main.
— Je m’en doutais un peu. Avec l’approche du tournoi d’échecs, je me demandais comment il aurait pu trouver le temps. J’apprécie votre aide, Erhlinger.
Le regard baissé sur ses mains, Riley fronça brièvement les sourcils. Puis, il se leva à son tour. Il déplia la longueur impressionnante de son corps de dieu grec, et Snow suivit attentivement le mouvement jusqu’à observer son visage. Il souriait. Pas le sourire hypocrite, poli et arrogant de la star de football, mais un sourire sincère, avec d’adorables petites fossettes. Il tendit l’une de ses grandes mains puissantes à Winston.
— C’est vraiment sympa d’avoir accepté de faire ça, merci.
À sa grande horreur, Snow réalisa qu’il était jaloux que ce sourire soit dirigé vers Winston, et non vers lui. Winston lui rendit son sourire avec un enthousiasme non dissimulé.
— Pas de souci. Je n’avais pas compris qu’il s’agirait de cours particuliers, je croyais que c’était pour l’ensemble de l’équipe de football.
— Ça ne pose pas de problème, j’espère ? demanda le coach.
— Non, pas du tout. Aucun problème. Je suis un grand fan, dit-il à Riley.
Les jambes de Snow se dérobèrent sous lui, et il s’assit rapidement sur la chaise la plus proche pour ne pas se tourner en ridicule. Fan ? Winston n’aurait même pas su différencier une pastèque d’un ballon de football américain. Il était surtout fan des beaux joueurs musclés.
Gêné et en colère, Snow sentit le rouge lui monter aux joues. Il releva la tête et trouva le regard mordoré de Riley posé sur lui. Le footballeur tendit gentiment une main dans sa direction.
— Ravi de te revoir aussi, Snow, dit-il.
Snow examina son énorme main, et, dans un état second, tendit la sienne qui disparut aussitôt, engouffrée dans l’étreinte brûlante de la paume de Riley. La chaleur remonta tout le long de son bras, se répandit dans son ventre et explosa dans sa tête. C’était comme regarder le soleil en face en se forçant à garder les yeux grands ouverts. Il secoua machinalement sa main, une fois, puis deux. La poignée de main se termina, mais Riley ne le lâcha pas. Puis il secoua imperceptiblement la tête, comme s’il sortait de ses pensées, et laissa brusquement tomber la main de Snow. Le rose de ses joues s’intensifia légèrement.
— Je suis désolé que tu n’aies pas le temps de me donner des cours. J’aurais adoré travailler avec toi. Je crains que ce soit moi le grand fan, cette fois.
— Tu… Tu aimes les échecs ? demanda Snow dans un souffle.
— Depuis quand tu t’intéresses aux échecs ? renchérit le coach.
Riley haussa les épaules.
— J’ai fait quelques recherches quand je mettais au point des stratégies de jeu pour les matchs. Je ne comprends pas toujours tout, mais j’aime beaucoup te regarder jouer.
— Il y a des gens qui regardent les échecs pour le plaisir ? demanda le coach, confus.
— C’est différent d’un match de sport, c’est difficile à expliquer, se défendit Riley en rougissant de plus belle.
Snow, d’ordinaire incapable de s’exprimer de façon cohérente en public, se surprit à dire :
— Tu aimes regarder parce que tu anticipes chacun de mes coups, pas vrai ?
Riley hocha la tête.
— Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? demanda le coach en faisant aller et venir son regard entre Snow et Riley.
— Riley possède une compréhension innée de la réalité quantique.
— Vraiment ? s’étonna Riley.
— Vraiment ? répéta le coach, toujours aussi perplexe.
— C’est pour ça qu’il est aussi doué sur le terrain, confirma Snow en hochant la tête. C’est aussi pour ça que je suis persuadé qu’avec la bonne approche, il est parfaitement capable de comprendre la physique.
