Catalogne : Urnes et déchirures - Raphael Minder - E-Book

Catalogne : Urnes et déchirures E-Book

Raphael Minder

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Beschreibung

Comme l'auteur, acceptez d'entendre l'aspiration à l'indépendance de nombreux Catalans et parcourez l'histoire de ce territoire.

Il faut entendre l’aspiration de nombreux Catalans à l’indépendance. Mais entendre ne veut pas dire comprendre, encore moins accepter. Entendre, c’est regarder en face les méandres du passé d’une Espagne bien moins monolithique que l’affirme son élite madrilène. La Catalogne n’est pas un rêve dénué de sens et de réalité. Une force existe dans cette région qu’irrigue la puissante Barcelone. Elle agite l’arrière-pays, réveille les traditions ancestrales et bat au rythme d’une langue symbole d’identité. Cette Catalogne-là n’est pas celle des harangues politiques. Elle ne se résume pas à un référendum ou au destin personnel de militants incarcérés. Elle forme un brasier de passions, enracinées dans l’histoire. Ce petit livre n’est pas un guide. Il est un décodeur des passions catalanes. Parce que l’identité, en terre ibérique, est une quête toujours recommencée. Un grand récit suivi d’entretiens avec Joan Baptista Culla, Marina Subirats Martori et Josep Ramoneda.

Un récit des passions catalanes qui montre à quel point l'identité, en Espagne, est une quête sans fin. Un récit qui vous permettra de découvrir la force de la région catalane, suivi d'entretiens avec Joan Baptista Culla, Marina Subirats Martori et Josep Ramoneda.

EXTRAIT

Le football n’est qu’un des nombreux attraits de la Catalogne. En écrivant ce livre, je n’ai cessé de m’étonner de la multiplicité des séductions culturelles de ce pays, tout autour du monde. On y traverse des paysages ayant inspiré Salvador Dalí, Pablo Picasso et maints grands artistes du vingtième siècle. On y trouve un monastère ayant fasciné le fanatisme nazi de Heinrich Himmler et sa quête du Saint Graal. J’y ai appris la brouille de deux chefs étoilés, Ferran Adrià et Santi Santamaria, lesquels ont redéfini la gastronomie et fait de la région une destination capitale pour les pèlerins de la fourchette. J’ai aussi découvert quels antagonismes opposent les successeurs d’Antoni Gaudí pour achever sa Sagrada Familía qui sera sans doute la plus haute église du monde.
Sur un plan plus intime, j’ai rencontré des gens s’inquiétant de leur avenir, mais d’autres tout aussi soucieux de se pencher sur leur passé, dont les archives secrètes furent tenues par la police secrète de Franco à Salamanque – l’un des legs douloureux de la guerre d’Espagne. On m’a parlé de conflits très différents, s’agissant de l’usage de l’eau le long du cours du puissant Èbre, ou du stade Camp Nou de Barcelone, ou de la célébration de fêtes médiévales exceptionnelles, comme celle de la Patum à Berga. Je m’émerveille, en tant qu’adulte, que les Catalans soient si préoccupés par l’idée nationale.

CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE

Sans tomber dans le débat politique de l'indépendance, l'auteur nous révèle une myriade d'anecdotes et d'informations intéressantes sur la Catalogne et son histoire, vécue, atténuée ou dramatisée, avant de laisser place à trois personnalités catalanes qu'il a interviewées : ce petit condensé d'informations est plaisant à lire, aide à mieux comprendre les débats qui peuvent soulever la société catalane et ce à quoi elle est attachée, et attise la curiosité pour cette grande région si agitée dans l'histoire. - Acerola13, Babelio

À PROPOS DE L'AUTEUR

Raphael Minder est le correspondant en Espagne et au Portugal du prestigieux New York Times, pour lequel il a sillonné la Catalogne depuis une décennie. Son livre The struggle for Catalonia (2017) est une référence.

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Seitenzahl: 98

Veröffentlichungsjahr: 2019

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Couverture

Page de titre

L’ÂME DES PEUPLES

Une collection dirigée par Richard Werly

Signés par des journalistes écrivains de renom, fins connaisseurs des pays, des métropoles et des régions sur lesquels ils ont choisi d’écrire, les livres de la collection L’âme des peuples ouvrent grandes les portes de l’histoire, des cultures, des religions et des réalités socio-économiques que les guides touristiques ne font qu’entrouvrir.

Écrits avec soin et ponctués d’entretiens avec de grands intellectuels rencontrés sur place, ces riches récits de voyage se veulent le compagnon idéal du lecteur désireux de dépasser les clichés et de se faire une idée juste des destinations visitées.

Une rencontre littéraire intime, enrichissante et remplie d’informations inédites. Parce que pour connaître les peuples, il faut d’abord les comprendre.

Richard Werly est le correspondant pour la France et les affaires européennes du quotidien suisse Le Temps. Précédemment basé à Bruxelles, Genève, Tokyo et Bangkok, il s’est lancé dans l’aventure éditoriale de L’âme des peuples après avoir réalisé combien, en Europe et dans le monde, la compréhension mutuelle et la connaissance des racines culturelles et religieuses ne cessent de reculer sous la pression d’une économie toujours plus globalisée et de crises nouvelles et parfois brutales.

Carte

AVANT-PROPOS

Pourquoi la Catalogne ?

Comme beaucoup d’autres, c’est par le football que je me suis intéressé à la Catalogne. J’étais adolescent, on était en 1982, et l’équipe célébrissime du FC Barcelone venait à Genève défier le menu fretin de mon équipe locale, le Servette. Je fis le siège de mon père pour qu’il m’emmène au stade, bien qu’il ne goûte guère le football. Ce fut pour y suivre un match déprimant où notre club genevois se trouva balayé par la puissante Barcelone, 4 à 1. Malgré la tristesse, on ne pouvait qu’être impressionné par les talents d’attaquant d’un petit bonhomme aux cheveux noirs frisés : mon père, pris d’une excitation déplacée, désorienté qu’il était par les fanions grenat agités en tribune, avait d’abord cru qu’il jouait pour nous. (Barcelone est l’équipe blaugrana, à cause de son maillot bleu et grenat, mais les joueurs de Servette sont eux aussi surnommés les « grenats », à cause de la couleur de leur maillot). J’avais dû apprendre à mon père que ce « petit bonhomme » était l’étoile argentine de Barcelone, Diego Maradona, dont le transfert record en avait fait le footballeur le plus cher du monde.

Le football n’est qu’un des nombreux attraits de la Catalogne. En écrivant ce livre, je n’ai cessé de m’étonner de la multiplicité des séductions culturelles de ce pays, tout autour du monde. On y traverse des paysages ayant inspiré Salvador Dalí, Pablo Picasso et maints grands artistes du vingtième siècle. On y trouve un monastère ayant fasciné le fanatisme nazi de Heinrich Himmler et sa quête du Saint Graal. J’y ai appris la brouille de deux chefs étoilés, Ferran Adrià et Santi Santamaria, lesquels ont redéfini la gastronomie et fait de la région une destination capitale pour les pèlerins de la fourchette. J’ai aussi découvert quels antagonismes opposent les successeurs d’Antoni Gaudí pour achever sa Sagrada Familía qui sera sans doute la plus haute église du monde.

Sur un plan plus intime, j’ai rencontré des gens s’inquiétant de leur avenir, mais d’autres tout aussi soucieux de se pencher sur leur passé, dont les archives secrètes furent tenues par la police secrète de Franco à Salamanque – l’un des legs douloureux de la guerre d’Espagne. On m’a parlé de conflits très différents, s’agissant de l’usage de l’eau le long du cours du puissant Èbre, ou du stade Camp Nou de Barcelone, ou de la célébration de fêtes médiévales exceptionnelles, comme celle de la Patum à Berga. Je m’émerveille, en tant qu’adulte, que les Catalans soient si préoccupés par l’idée nationale. Bien des paramètres interfèrent dans la définition que les gens ont d’eux-mêmes sur une carte, mais mon enquête a mis en lumière l’importance des données économiques dans ce concept d’identité nationale. Plus réduites sont vos ressources, plus vous avez tendance à vous en remettre à la fierté nationale pour retrouver de l’estime à vos propres yeux. J’en suis persuadé, si je me suis plongé dans cette histoire, c’est notamment parce que je suis arrivé en Espagne en avril 2010, c’est-à-dire au moment où les conséquences de la crise financière ont commencé à se faire douloureusement sentir. Dans les semaines suivantes, il est devenu évident que la situation économique dans d’autres pays utilisant l’euro – la Grèce, l’Irlande et le Portugal – menaçait de provoquer l’un des grands désastres financiers contemporains.

Neuf ans plus tard, la situation a changé. Le gouvernement madrilène n’est plus dans l’œil du cyclone financier européen, mais c’est sans doute la crise financière qui a initié le défi séparatiste catalan en cours. C’est un défi si explosif qu’il interroge l’avenir même de l’Union européenne.

Il serait vain de prédire la suite des événements à Madrid ou Barcelone. J’ai préféré, dans ce livre, refléter la simple complexité de ce qui se passe dans cette partie du monde, aussi belle que rare. J’ai mené plus de 200 interviews, tant officielles qu’officieuses, pour l’écrire. J’espère qu’elles donneront un aperçu fidèle, au-delà des problèmes, des êtres humains qui y sont mêlés.

Urnes et déchirures

L’an 1714 est aux Catalans ce qu’est 1776 aux Américains ou 1789 aux Français : une date historique fatidique, depuis célébrée par la nation.

Curieusement, la Catalogne célèbre là une défaite écrasante, non pas une révolution réussie. Le 11 septembre 1714, au terme de la guerre de Succession d’Espagne, Barcelone succombait aux troupes de Philippe V, le premier Bourbon à monter sur le trône d’Espagne. Plus tôt dans la guerre, la ville était passée sous le contrôle de l’archiduc Charles d’Autriche, accepté comme le nouveau monarque. Mais les troupes françaises ripostèrent à l’été 1713 en assiégeant Barcelone. Ayant triomphé au bout d’un an tout juste, Philippe se vengea en annulant l’autonomie politique de la Catalogne et en lui imposant son pouvoir absolu.

Georges Orwell, l’écrivain anglais, comptait au nombre des volontaires étrangers engagés à Barcelone, plus de deux siècles plus tard, pour combattre Franco au cours de la guerre civile. Il a écrit dans un essai que « chaque nationaliste est obsédé par la conviction que le passé peut être modifié ». S’agissant de la Catalogne, ce moment du passé est la défaite de 1714. C’est la blessure historique qu’il faut effacer pour que la Catalogne retrouve sa dignité nationale.

La date de cet anniversaire – le 11 septembre – est désormais plus fameuse, sur le plan international, pour être celle de l’attaque des deux tours jumelles de New York. Mais en Catalogne, le siège de Barcelone en 1714 reste la première préoccupation, mise en exergue depuis 2013 dans le centre culturel du Born où certains voient le Ground Zero1 du mouvement sécessionniste catalan. Sis dans une bâtisse de verre et de fer forgé qui servit jadis de grande halle, le centre a suscité la controverse bien avant son inauguration.

La halle était d’abord destinée à se transformer en bibliothèque publique, mais on y a renoncé quand les premiers travaux ont mis au jour des vestiges archéologiques souterrains. Selon Miquel Calçada, commissaire aux commémorations du 300e anniversaire du siège de Barcelone en 2014, ils constituent « peut-être les vestiges du dix-huitième siècle les mieux préservés de toute l’Europe. Il n’y a pas d’autre endroit où l’on puisse voir aussi exactement le tracé des rues » affirme-t-il.

Tout le monde n’est pas de cet avis, à Barcelone. Les rues excavées sont une sympathique évocation du passé, mais elles ne sont pas si précieuses que cela, à croire Perico Pastor, artiste catalan qui vit dans le quartier du Born depuis vingt ans.

Et Pastor de comparer la manière dont le mouvement sécessionniste a conservé ces rues du dix-huitième siècle à celle dont des politiciens catalans antérieurs ont détruit les ruines romaines et les vestiges islamiques lors d’autres travaux d’infrastructure dans le quartier du Born.

Il a rappelé comment les ouvriers étaient tombés par hasard sur les ruines d’une nécropole romaine en 1991 alors qu’ils construisaient un parking. Les autorités n’avaient accordé que 74 jours aux archéologues avant la reprise des travaux sur le site. Les fouilles avaient révélé la présence d’une trentaine de squelettes orientés vers La Mecque. Cette découverte apportait une preuve précieuse qu’une mosquée se dressait sans doute dans le Born lors de l’éphémère occupation arabe de Barcelone. Dans leur rapport final, les archéologues ont déploré le peu de temps octroyé pour explorer une zone aussi riche historiquement.

Mais à l’époque, Barcelone se préparait à accueillir les Jeux olympiques de 1992 et faisait de son mieux pour moderniser l’infrastructure urbaine. Elle se souciait bien plus d’être une ville-hôte moderne que d’archéologie et de sa propre antiquité.

De biens mauvais choix

Jusqu’au début 2016, le centre du Born accueillait une exposition entièrement consacrée à la guerre de Succession d’Espagne, dont la devise était « Rien n’a plus jamais été pareil » après 1714. On y a vu Barcelone dépeinte comme une ville idéale jusqu’au siège et déprédations causés par Philippe V. L’exposition permanente, elle aussi, donne l’impression que la ville a connu un âge d’or avant l’oppression des Bourbons. Au début du dix-huitième siècle, Barcelone jouissait « d’une abondance de cours et de potagers ornés, ces derniers, nantis d’une roue hydraulique au moins, étaient des lieux d’approvisionnement mais aussi de détente et d’agrément, décorés d’une grande variété de fleurs locales ou provenant de toute l’Europe » selon l’un des panneaux explicatifs. Or, après la guerre, Philippe V a démoli près d’un cinquième de Barcelone, dont le quartier du Born.

Au témoin extérieur que je suis, cette exposition consacrée à la guerre de Succession d’Espagne paraît avoir idéalisé la vie de Barcelone avant l’arrivée de Philippe, comme être passée un peu vite sur le contexte de la chute de la ville. Ce siège a comporté maints épisodes dans une longue guerre compliquée et paneuropéenne. Charles II, roi Habsbourg d’Espagne, était mort en 1700 sans héritier. La guerre menée pour son trône allait sévir d’Anvers à Naples, à mesure que les deux prétendants au trône ralliaient divers pays européens. Nombreux étaient ceux qui redoutaient la superpuissance française puisque Philippe V était un petit-fils de Louis XIV et né à Versailles. D’autres, toutefois, s’inquiétaient de l’influence croissante de l’archiduc Charles, devenu empereur du Saint Empire sous le nom de Charles VI, après la mort de son frère aîné Joseph Ier en 1711. La série de traités réglant le conflit – signés à Utrecht, Rastatt et finalement Baden – redessina la carte de l’Europe et bien au-delà puisque l’Angleterre reprit à son compte les prétentions françaises en Amérique du Nord.

Le dix-huitième siècle a donc connu divers conflits européens où Barcelone et les Catalans eurent souvent le malheur d’épouser la cause des vaincus. Avant d’être écrasée en 1714, la ville avait déjà subi deux grands sièges français pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg, coalition européenne opposée au roi de France. Le deuxième assaut français fut si dévastateur pour Barcelone « qu’on ne connaît pas de précédents d’un siège aussi intense » selon la formule de l’exposition du Born.

« Héroïque et suicidaire »