Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Charlotte, surnommée Charlie, est une jeune fille de 14 ans qui travaille pour un cirque ambulant en 1940. Cinq ans après avoir perdu ses parents dans un tragique accident de trapèze sous le grand chapiteau, Charlie n’ose plus monter en hauteur. Mais l’arrivée de sa marraine Zina, venue d’Europe avec sa jument Daphné, pourrait bien tout changer.
Zina, une artiste talentueuse, fera tout pour aider Charlie à retrouver sa passion pour le spectacle. Mais rien n’est simple : Helena, une rivale déterminée, est prête à tout pour l’empêcher de briller. Entre amitiés, jalousies et dépassement de soi, Charlie devra surmonter ses peurs pour retrouver le chemin des étoiles sous le chapiteau.
Un récit captivant et émouvant sur le courage, la famille, et le monde magique du cirque.
À PROPOS DE L'AUTEURE
Francine Labrecque revient avec Charlie, une histoire jeunesse pleine d'humour, d’amour et de résilience, où la passion du cirque côtoie l’émotion d’un parcours de vie unique.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 76
Veröffentlichungsjahr: 2022
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
CHARLIE
Francine Labrecque
Jeunesse/Humour/Romance
Éditions « Arts En Mots »
Image : Adobe Stock
Illustration graphique : ©Graph’L
— Allumez la mèche ! lança Kid Comet, l’homme-boulet.
Derrière le grand chapiteau, un énorme canon pointait l’horizon. Kid Comet, le célèbre homme-boulet du cirque Ziegler, s’apprêtait à faire un autre essai. Il était très tôt le matin et tous les autres artistes de la troupe étaient déjà affairés à polir leurs routines et à monter de nouveaux numéros.
Kid Comet était connu pour ses costumes flamboyants et brillants, mais pas pour la précision de ses envolées. Incapable de doser correctement la poudre de son canon, il retombait toujours un peu trop loin, ou un peu trop près.
Quelques mètres derrière, Pogo le clown et Charlie observaient avec amusement la routine de Kid Comet qui, habillé d’un collant blanc et rouge brillant, se glissait dans l’ouverture du canon, prêt pour une envolée.
Bien que Charlie n’ait que 14 ans, elle connaissait les us et coutumes des cirques ambulants, ces petites fêtes foraines qui se promenaient de ville en village. Elle était née dans un cirque en Europe et avait grandi sous les grands chapiteaux. Ses parents, des trapézistes fort connus dans les vieux pays, moururent au cours d’un numéro sans filet, et c’est le frère de son père, Josef, qui s’occupait d’elle maintenant. Ils avaient traversé l’Atlantique suite à la tragédie et avaient trouvé du travail avec le cirque Ziegler qui se promenait au Canada et aux États-Unis. 1940 s’annonçait une bonne année pour le cirque puisque la guerre rageait en Europe et les gens, les mieux nantis comme les plus démunis, avaient besoin de distractions.
Aujourd’hui, Charlie portait sa grande salopette avec ses bottes en caoutchouc en vue de faire sa besogne. Elle était jolie avec ses cheveux roux remontés légèrement et ses taches de rousseur sur les joues et sur le bout du nez. Pogo le clown, lui, était son grand ami et confident depuis son arrivée dans la petite troupe. Même s’il ne portait pas son maquillage de scène si tôt dans la journée, il revêtait des habits colorés et un petit chapeau qui faisaient toujours sourire Charlie.
Maintenant que Kid Comet avait complètement disparu dans l’embouchure du canon, il donna l’ordre d’allumer la mèche. Mimosa, un clown mime qui ne parle jamais et adore prendre un petit coup, était en charge de ce travail.
— Allez, Mimosa ! Allumez la mèche ! lança Kid Comet du fond du canon.
Mimosa alluma la mèche et se boucha les oreilles. Boom ! Kid Comet fut projeté dans les airs et disparut à l’horizon.
— Tu crois que ça va lui prendre combien de temps cette fois ? demanda Charlie à Pogo.
— Une bonne journée de marche. Il a dû atterrir dans le village voisin !
Alors que Pogo et Charlie étaient morts de rire, Mimosa s’avança vers eux. Il leur montra qu’il avait toujours l’oreiller qui, d’habitude, coussinait les atterrissages difficiles.
— Oh ! Je pense qu’il a oublié quelque chose…
— L’atterrissage va être dur !
— Ça ne devrait pas être trop dur… Il n’était pas homme caoutchouc avant ?
Pogo et Charlie éclatèrent de rire. C’est à ce moment que Josef, le père adoptif de Charlie, vint vers eux.
— Allez, ma belle Charlie, je te verrai tout à l’heure ! lui dit Pogo en s’éloignant avec Mimosa qui tenait toujours l’oreiller.
Son oncle Josef, le frère de son père, était un bel homme, grand et mince, et était en charge des numéros au trapèze volant.
— Kid Comet n’a toujours pas trouvé la dose exacte, il me semble, dit-il en scrutant l’horizon.
— J’aimerais bien voir la tête des gens quand il va atterrir chez eux !
— Alors, dit Josef, tu ne changes pas d’idée ? Le nouveau numéro va vraiment impressionner.
— Ça me tente, mais j’ai la trouille.
— Mais tu as tant de talent, Charlie ! Comme ton père et ta mère, tu es une vraie artiste. C’est de famille, tu sais. Tu devrais t’y remettre.
— Non, je pense que le trapèze volant, ce n’est plus pour moi, dit Charlie tristement.
— C’est vraiment dommage, ma belle. Ça fait cinq ans que tu as perdu tes parents dans cet accident. Tu n’es pas remontée depuis…
Josef lui fit une colle.
— Si tu changes d’idée, j’ai encore une place à combler.
Josef lui donna un baiser sur la joue.
— Allez ! À la besogne, maintenant !
Alors que Charlie partait dans une direction, Josef prit celle du grand chapiteau, mais fut intercepté par M. Ziegler, le propriétaire du cirque, qui était un petit homme trapu et bien en chair qui lui courait après.
— Ah, Josef ! Mon ami. Comment avance le nouveau numéro ? J’ai des affiches à produire pour mousser la publicité.
— Tout va bien. Nous commençons les répétitions. Il me reste encore une place à combler.
— Que diriez-vous, mon ami, qu’on en fasse un numéro sans filet ? Ce serait fantastique ! Les gens viendraient de partout pour voir le spectacle.
— C’est beaucoup trop dangereux pour les artistes, M. Ziegler. Je comprends qu’on doive augmenter nos recettes, mais, non, nous travaillerons avec un filet.
— Mais les gens aiment le danger ! Ce serait dramatique ; les gens seraient sur le bout de leur siège ! En haleine ! jusqu’au dernier saut !
— J’ai perdu mon frère et sa femme dans un numéro sans filet. C’est trop dangereux, patron. Et, de toute façon, nous n’avons pas assez de temps pour pratiquer un tel numéro.
— Je continue de penser que ça rapporterait beaucoup. Pensez-y, mon ami.
Et, là-dessus, le bonhomme Ziegler reprit le chemin vers sa roulotte en se dandinant. Cela fit sourire Josef, mais il était maintenant inquiet que Ziegler ne l’oblige à faire un numéro aussi dangereux. Il haussa les épaules et se dirigea vers le grand chapiteau.
Aussitôt qu’il mit les pieds sous la grande tente, Helena, une jeune trapéziste qui rêvait de devenir la star du spectacle, laissa tomber ses exercices pour le rejoindre. À 15 ans, Helena avait beaucoup de talent, mais devait travailler très fort pour espérer une place au trapèze.
— Josef ! Je suis prête quand vous voulez pour le nouveau numéro !
— Pas aujourd’hui, Helena. J’ai d’autres choses à régler, mais bientôt.
— Mais j’ai beaucoup pratiqué, insista-t-elle. Vous ne serez pas déçu.
— Je sais, mais il y a peut-être d’autres candidates…
— Qui ? Charlie ? Ça fait des lunes qu’elle n’est pas montée au trapèze ! Vous n’allez pas lui donner la place ?!
— Ne t’inquiète pas : tu pourras auditionner… avec les autres, c’est tout.
— Mais qu’est-ce qu’elle a de si spécial, Charlie ? Elle passe ses journées avec les clowns et à prendre soin des animaux !
Mais Josef lui avait déjà tourné le dos. C’est vrai que Charlie, depuis la mort de ses parents, n’était pas retournée au trapèze volant. Pourtant, elle avait un talent naturel qu’elle avait développé très tôt et qui avait fait la fierté de son père et de sa mère. Josef était venu au Canada en pensant que l’éloignement pourrait lui enlever sa peur mais, depuis leur arrivée, Charlie avait toujours refusé de faire du trapèze. On lui avait alors donné des besognes comme s’occuper des animaux du cirque et vendeuse de friandises lors du spectacle.
Frustrée, Helena fit une moue en regardant Josef s’éloigner. Ce dernier alla rejoindre le reste de la troupe de trapézistes pour commencer les pratiques de la journée. Helena décida qu’il fallait mieux garder le sourire, et elle alla se mêler aux autres afin d’avoir le plus de chances d’obtenir une place dans le nouveau numéro.
Aussitôt sa besogne terminée, Charlie alla rejoindre ses copains, les clowns qui, en matinée, étaient maquillés et presque costumés. Ils occupaient une tente à moitié ouverte pour laisser l’air frais pénétrer sous la toile épaisse où ils avaient mis leurs costumes et les tables à maquillage. Pour Charlie, les clowns prenaient la place de mononcles excentriques qui la faisaient rire aux éclats. Après la tragique perte de ses parents, Charlie avait retrouvé son sourire grâce à eux. Ils étaient maintenant ses compagnons de tous les moments.
— Qu’est-ce qu’il voulait, Josef ? demanda Pogo.
— Toujours la même chose.
— Peut-être qu’il a raison. Tu as un talent naturel et tu devrais peut-être réessayer.
— J’ai la trouille, Pogo. Papa et maman… enfin, tu sais ce qu’il leur est arrivé.
Robinet, un clown romantique flanqué de deux petites ailes, vint donner une colle à Charlie avec sa grimace la plus triste. Charlie riait parce qu’il avait sa serviette de bain sur l’épaule et un casque de bain sur sa perruque de clown. Mimosa et M. Lepitre terminaient leur maquillage en écoutant la conversation.
— Je sais : ça fait cinq ans qu’ils ont eu cet accident, mais je n’arrive pas à trouver le courage de remonter là-haut.
— Quand tu seras prête, tu y remonteras, lui dit alors Robinet. Bon, moi, je vais à la douche !
