Marlow - Francine Labrecque - E-Book

Marlow E-Book

Francine Labrecque

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Beschreibung

Une jeune femme trouve l’amour là où elle s’y attendait le moins : dans un hôpital psychiatrique au passé sombre et inquiétant. Marlow est convaincue que Benedict est son âme sœur, l’amour de sa vie. Pour échapper à la surveillance constante, ils se réfugient souvent dans la vieille aile de l’hôpital Barnabé, un lieu chargé d’histoire, construit au début du 20e siècle.

Mais ce qu’ils découvrent dans ces murs va bien au-delà de ce qu’ils auraient pu imaginer. Des esprits inquiétants, des entités surnaturelles de leur âge hantent les lieux, révélant un passé empreint de tristesse et de mystères. Marlow et Benedict se retrouvent plongés dans un monde où les docteurs semblent plus malades que leurs patients, et où chaque coin recèle une nouvelle révélation terrifiante.

Une histoire d’amour unique dans un lieu où la réalité se mêle au surnaturel… et avec une fin des plus surprenantes !


À PROPOS DE L'AUTEURE


Francine Labrecque est une auteure passionnée de fantastique, science-fiction, contes et légendes, et horreur. Formée à l’Institut national de l’image et du son à Montréal et en Création littéraire à l’Université du Québec à Montréal, elle écrit aussi pour la télévision et le cinéma. Ses récits captivants explorent les recoins les plus sombres de l’imaginaire, offrant à ses lecteurs des histoires à la fois intrigantes et envoûtantes.

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Seitenzahl: 102

Veröffentlichungsjahr: 2022

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Francine Labrecque

Marlow

 

 

Art en mots éditions

 

 

 

 

Romance paranormale

 

Images : Adobe stock

Illustration graphique : Graph’L

Art en mots éditions

 

 

 

 

Chapitre I

 

Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle ne reconnut rien autour d’elle. Les murs pourris se désagrégeaient sous une vieille tapisserie aux motifs défraîchis et les ampoules au plafond avaient toutes été cassées. Une odeur de pourriture et de défécation l’agressa aussitôt et elle dut se boucher le nez. Soudain, elle sentit quelque chose la frotter et le bruit de la petite créature qui se dépêchait sur le linoléum poussiéreux. Marlow se redressa tout d’un coup réalisant qu’il y avait des rats autour d’elle. Elle aperçut alors les rongeurs se diriger vers une brèche au bas d’un mur et y disparaître.

 

Elle regarda autour d’elle et ne reconnut pas l’endroit. Elle se leva lentement, ses membres ankylosés par une trop longue inactivité. Elle était recouverte de poussière comme si elle avait passé beaucoup de temps allongée. Elle ne savait pas où elle était ou comment elle était arrivée là. L’endroit ressemblait à une vieille cuisinette, depuis longtemps abandonnée, dans un appartement quelconque. Devant elle, le corridor était plongé dans le noir le plus total et elle eut soudainement peur de ce qui pouvait s’y trouver. Elle eut du mal à se lever, haletant comme si elle respirait pour la première fois. Elle dut s’appuyer contre le comptoir de mélamine pour prendre son équilibre. Ses jambes et ses mains n’arrêtaient pas de trembler.

 

Mais bon sang! Que lui était-il arrivé pour qu’elle soit dans un tel état? Et quel était cet endroit? Comment était-elle arrivée ici? Elle n’avait aucune réponse à ses questions.

 

Soudain, du coin de l’œil, elle aperçut une silhouette bouger dans la noirceur au fond du corridor.

 

–– Allo? Il y a quelqu’un? demanda-t-elle d’une voix tremblante.

 

Le silence était troublant. Un rayon de lumière venant de l’extérieur l’aveugla l’espace de quelques secondes. Elle vit par la fenêtre d’autres rayons lumineux scanner le ciel dans toutes les directions.

 

–– Il y a quelqu’un? osa-t-elle répéter.

 

Silence. Même si ses jambes vacillaient sous son poids, elle réussit à faire quelques pas vers la fenêtre. Dehors, au premier étage, des officiers de la police locale appréhendaient de jeunes voyous dans le stationnement d’où venaient les faisceaux lumineux. Elle ressentit alors un frisson le long de son épine dorsale. Lorsqu’elle se retourna, elle tomba face à face avec une jeune fille aux yeux noirs et ensanglantés. Elle poussa un cri d’épouvante.

 

–– Ce n’est pas un endroit pour toi, lui dit l’apparition.

 

À y regarder de plus près, le spectre était une jeune fille aux yeux d’un brun profond, presque noirs, et ils étaient maquillés de rouge foncé qui lui coulait sur les joues. Sa peau était pâle et délicate, et ses cheveux étaient remontés en mèches noires et blanches. Pour le reste, elle était habillée de noir de la tête aux pieds, avec une jupe effilochée à volants qui lui arrivait au milieu des cuisses.

 

–– Qu’est-ce que tu fais ici? lui demanda l’apparition. Et quel est ton nom?

–– Je m’appelle Marlow.

 

La jeune lolita fit quelques pas en arrière et tourna sur elle-même en riant.

 

–– Ta place n’est pas ici! lui dit-elle presque en chantant.

 

Là-dessus, la jeune fille se dématérialisa soudainement. Marlow en resta estomaquée. Mais quel était ce cauchemar? Elle se retourna vers la fenêtre. Dehors, les policiers avaient du fil à retordre avec quelques délinquants. Un hélicoptère survolait la cour et balayait le stationnement d’une lumière forte et aveuglante.

 

–– Moi, tu peux m’appeler Vance.

 

Marlow se retourna et tomba nez à nez avec un jeune homme aux longs cheveux blancs. Il portait des vêtements de cuir, un long manteau à sangles, des bottes et des jeans, et ses cheveux étaient parsemés de mèches couleur prune.

–– Tu es très jolie, lui dit-il.

–– Mais... qui êtes-vous?

 

Vance disparut soudainement et réapparut deux mètres plus loin.

 

–– La question est : qui es-tu, ne crois-tu pas? Cet endroit est réservé... enfin, nous n’avons pas l’habitude d’être importunés de la sorte.

–– Mais qu’est-ce qui se passe ?!

 

Marlow n’avait que 16 ans, mais elle avait déjà les courbes d’une belle jeune femme. Ses cheveux blonds lui tombaient sur les épaules et ses yeux miroitaient de couleurs d’émeraude et de violet. Vance n’était pas insensible à ses charmes. Il la dévisagea un moment des pieds à la tête, un feint sourire coquin sur les lèvres.

 

–– Marlow. Ce nom est étrange...

–– Et qui c’était, l’autre...?

–– Lisbon. Elle n’aime pas les étrangers non plus.

 

Lisbon apparut subitement aux côtés de Vance.

 

–– Nous n’avons pas l’habitude des êtres vivants dans notre monde. En fait, tu ne devrais pas être ici.

–– Elle est très jolie, tu ne trouves pas? demanda Vance à Lisbon, ignorant maintenant la présence de Marlow.

–– Je n’ai jamais vu des yeux de cette couleur; des yeux d’émeraude avec des touches de saphir!

–– Vraiment jolis, oui, dit alors un autre garçon qui apparut derrière Marlow.

 

Cette troisième apparition était un jeune homme aux cheveux bruns qui tombaient sur son visage et en partie sur ses yeux. Il avait la peau pâle et des yeux tristes d’un bleu céleste. Il portait une longue chemise noire sur des pantalons foncés lacés sur les côtés.

 

–– Ah! Notre petit vampire! s’écria alors Lisbon en souriant moqueusement.

–– Je ne suis pas un vampire.

 

Mais Marlow vit que ce nouvel arrivé avait des crocs sur ses lèvres pâles qui n’esquissaient maintenant qu’un léger sourire embêté. Il était beau, d’une beauté presque angélique, mais il avait cet air triste de ces anges en plâtre dans les églises qui nous regardent du haut de leur perchoir.

 

–– Michael refuse d’admettre qu’il est un vampire, dit Lisbon en s’approchant de lui.

 

Elle était aguichante avec ses allures de petite fille et Michael la laissa venir à lui. Elle tournoyait une mèche autour de son doigt et déposa un baiser sur la joue du beau jeune homme.

 

–– Même s’il n’en est rien, nous aimons le taquiner, dit-elle finalement.

 

Vance apparut abruptement à leurs côtés. Les trois apparitions encerclaient maintenant Marlow qui ne savait quoi penser de leur présence.

 

–– Ta place n’est pas ici, lui dit Lisbon tout bas à l’oreille.

 

Impressionnée par ses yeux d’un noir perçant et par l’apparence de sang qui en coulait, Marlow voulut s’éloigner, mais elle ne fit que tomber dans les bras de Michael qui esquissa cette fois un grand sourire.

 

–– Retourne chez toi, lui dit celui-ci tout doucement.

–– Et comment t’es-tu aventurée jusqu’ici? demanda Vance soudainement.

–– Ta place n’est pas ici, répéta Lisbon.

–– Retourne chez toi, dit encore Michael.

–– Que fais-tu ici? demandait encore Vance.

 

Leurs voix se mêlèrent dans un brouhaha qui lui donna mal à la tête. Marlow porta ses mains à ses oreilles pour bloquer le bruit qui s’intensifiait et devenait agressant. Elle ferma les yeux. Le bruit stoppa soudainement. Elle rouvrit les yeux...

 

Le soleil du matin filtrait au travers du grillage qui recouvrait la fenêtre. Il n’y avait ni rideaux ni décoration d’aucune sorte. Tous les murs étaient blancs avec, ici et là, des traces de ce qu’on avait pu y écrire au cours des années et qu’on avait tenté d’effacer. Dans la chambre, il n’y avait qu’une chaise en métal et un petit lit dans lequel Marlow se trouvait. Elle avait les yeux rivés sur le plafond tout aussi dénudé sauf pour quelques craques qui allaient d’un coin à un autre et les traces brunâtres d’un dégât d’eau qui datait de quelques années. Quel cauchemar! pensa-t-elle.

 

Elle se leva d’un bond, s’étira et tendit l’oreille. Elle entendit quelqu’un qui courait dans le corridor, suivi d’autres pas rapides. Elle sourit. Cet endroit, qui la tenait prisonnière, lui était maintenant étrangement familier.

 

Elle mit sa veste de laine par-dessus son pyjama et sortit dans le corridor voir ce qui s’y passait. Bertrand donnait encore du fil à retordre à ses geôliers qui essayaient de l’attraper comme on essaie d’attraper un porcelet. Pourtant, les deux infirmiers étaient grands et bien bâtis, mais Bertrand s’esquivait avec la grâce d’un petit poulet tentant d’éviter de perdre sa tête au bout du grand couteau de son propriétaire. Il s’esquissait avec toute l’énergie que ses jambes amaigries par l’âge pouvaient lui fournir. Ses jambes maigres faisaient penser aux petites pattes des poules qui font revoler la poussière derrière elle quand elles courent, affolées par la menace.

 

D’autres patients étaient sortis de leur chambre même s’il était très tôt pour assister à ce combat entre les deux goliaths et le pauvre Bertrand, chétif et d’un âge avancé.

 

Les infirmiers finirent par le maîtriser. Ceux qui avaient assisté à la scène se mirent à applaudir. Cela fit sourire Marlow. Les distractions de ce genre étaient rares à l’Hôpital psychiatrique Barnabé, plus connu par les patients sous le nom de « Barnum » en référence au célèbre cirque Barnum & Bailey’s qui divertit des milliers de spectateurs au cours de nombreuses décennies.

 

Maintenant que le calme était revenu au 3e étage, la plupart se dirigèrent vers la salle de jeux et le dispensaire où on distribuait les médicaments de la journée. À la queue leu leu, les patients prenaient un petit gobelet de papier et un verre d’eau qui leur étaient tendus au travers d’un grillage, ce qui empêchait les patients d’avoir accès à la pharmacie. Les doses étaient précises pour chaque patient et on les observait attentivement pour s’assurer que le médicament était bel et bien pris, et avalé. Comme les autres, Marlow s’avança et prit le petit gobelet qui contenait ses médicaments. Alors qu’elle les avait mis dans sa bouche et qu’elle s’apprêtait à prendre une gorgée d’eau, quelque chose attira son regard. Un garçon de son âge se tenait à l’entrée de la pièce et l’observait tranquillement.

 

Il était grand et mince, les mains dans les poches de son pantalon d’hôpital bleu et un sourire séduisant sous une tignasse brune frisée qui lui tombait sur les yeux. De la main, il les repeignait vers l’arrière, mais ils retombaient toujours, le rendant très séduisant et mystérieux. Il était beau, ce garçon... C’est alors que Marlow s’étouffa tout raide avec les pilules qu’elle essayait d’avaler.

 

Avant qu’un infirmier n’arrive jusqu’à elle au travers des autres patients, le jeune homme l’avait rejointe et l’avait agrippée par la taille. Utilisant la méthode de Hemlich, il lui fit des compressions abdominales qui lui firent cracher les médicaments deux mètres plus loin. L’opération fut ponctuée de « Ooh! » et de « Aah! » de la part de ceux qui étaient présents, tant du côté des patients que du personnel.

 

Marlow se retourna et tomba face à face avec le beau garçon. Il avait les yeux d’un gris pâle avec une petite flamme à l’intérieur quand il riait.

 

–– Moi, c’est Benedict, lui dit-il avec cette étincelle dans les yeux.

–– Marlow.

–– C’est bizarre comme nom, ça. Enchanté, ma jolie inconnue.

 

Il lui serra la main et elle recula d’un pas, comme pour briser cette étrange attraction. Mais ils ne pouvaient détacher leur regard l’un de l’autre. Autour d’eux, les autres occupants s’éloignaient vers leurs activités quotidiennes.

 

–– Tu viens d’arriver? lui demanda Marlowen affichant nerveusement son plus beau sourire coquin.

–– Non... non. Ça fait déjà plusieurs jours que je suis ici…

–– Aaaah…

 

Complètement séduit par le côté rigolo de Marlow, Benedict baissa les yeux l’espace d’une seconde, sa frange frisée obstruant son regard. Puis, ses yeux perçants revinrent sur elle, clairs et pénétrants.

 

–– Cet endroit n’a pas changé depuis très longtemps, vraiment, vraiment longtemps. C’est un peu éclectique comme décor, tu ne crois pas? lui demanda Benedict.

 

Les deux jeunes gens se mirent à rire, ce qui fit baisser la pression d’une première rencontre.

 

–– Ça doit faire des années qu’ils n’ont pas repeint les murs, lui précisa Marlow. À certains endroits, on voit même ce qu’ils ont tenté d’effacer. Le mobilier date des années 50, 60, 70… pas trop certaine, et les infirmières portent encore leur coiffe blanche avec une petite croix rouge, et des souliers blancs… C’est vraiment bizarre!

–– T’es ici depuis longtemps? s’enquit Bénédict.

–– Trop longtemps. Mais c’est comme ça qu’on remarque tous les petits travers des réguliers. Les employés sont toujours les mêmes; les patients aussi. Et puis, le temps passe…