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Le premier roman de Salvatore Minni dans une édition comprenant la nouvelle inédite Novae.
Ils ne se connaissent pas et pourtant, ils portent le même tatouage sur le bras...
Clara, que son amie Françoise recherche depuis plusieurs semaines, se réveille réveille un matin étendue sur le sol d’une cellule obscure et infestée d’insectes ; M. Concerto tente de découvrir les raisons qui l’ont conduit dans une chambre d’isolement, tandis que Charles se cloître de son plein gré.
Chacun d’entre eux se retrouvera face à son destin. Mais, dans leur quête de la vérité, ils se rendront très vite compte que les apparences ne sont pas celles qu’ils croyaient…
Sélectionné pour les Prix :
Découverte du salon des Mines Noires 2019
Balai de la Découverte 2019
Auteurs Inconnus 2018
Découvrez sans plus attendre l'histoire de Clara et de Charles dont le passé et les apparences sont loin d'être si simples qu'ils en ont l'air...
EXTRAIT
Ses membres étaient frigorifiés et elle peinait à les mouvoir normalement. Combien de temps avait-elle passé là ? Clara était incapable de le dire. Recroquevillée dans une encoignure de la minuscule pièce où elle avait été enfermée, Clara pensait aux raisons qui l’avaient conduite ici. Elle n’en voyait aucune.
Elle eût tant désiré pouvoir se laver. Même une douche froide, pourvu qu’elle se débarrassât de ces crasses. Ses yeux s’étaient accoutumés à l’obscurité, si bien qu’elle était parfaitement en mesure de distinguer les cafards qui pullulaient dans ce trou. Ses vêtements, ou plutôt les lambeaux qui en restaient, ne suffisaient plus à protéger son corps des morsures et piqûres d’insectes. Son être ne se résumait plus qu’à un tas de chair sordide, sale et repoussante.
Il fallait qu’elle trouvât le moyen de s’échapper au plus vite, elle ne tiendrait pas longtemps dans ces conditions. Pourquoi l’avait-on enfermée ? Clara n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé. Comment faire pour sortir de cet endroit sinistre ? La jeune femme avait bien tenté sa chance au moment du repas, mais elle avait été neutralisée par un homme costaud et peu commode. Elle savait qu’ils étaient deux, mais n’avait jamais pu voir leur visage : ils étaient cagoulés à chaque rencontre.
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
C’est sublime, des personnages forts, bien écrit…J’ai adoré ce que propose l’auteur. C’est du thriller assez psycho-psychiatrique : intelligent, bien pensé, bien amené, c’est costaud! C’est tellement ce que je recherche dans mes lectures. -
Séverine Lenté,
IlEstBienCeLivre
Difficile de le lâcher à moins de très peu dormir. Un thriller brûlant qui nous glace les veines.
Cédrik Armen
Un premier ouvrage prometteur, pour un auteur à suivre de près! Je ne peux que recommander !
Anaïs Michelin Vigo, Anaïs & Serial Lectrice
À PROPOS DE L'AUTEUR
Salvatore Minni
est né le 13 février 1979 à Bruxelles. Dès son plus jeune âge, il est attiré par toutes les formes d’écriture. Fasciné par les langues en général, il entreprend des études de traducteur. Le métier de professeur lui permettra ensuite de transmettre sa passion aux étudiants qu’il croisera lors de ses cours. À travers ces années et ses expériences, tant professionnelles que privées, les idées ne cesseront de fuser en grand nombre et donneront finalement naissance à l’écriture d’une histoire à multiple facettes…
Retrouvez l’auteur sur www.salvatoreminni.com ou sur Facebook (Salvatore Minni Officiel)
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Seitenzahl: 298
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Je dédie ce roman à mes parents que la vie n’a pas épargnés…
Enfermé dans la souffrance, isolé dans le plaisir, solitaire dans la mort, l’homme est condamné, par sa condition même, à ne jamais satisfaire un désir de communication auquel il ne saurait renoncer…
Gaston Berger
Cette histoire se déroule au moment où vous la lisez et dans le pays où vous vivez.
Ce roman a pour objectif de vous déstabiliser, de vous intriguer, de vous… enfermer.
De nombreuses questions vont vous assaillir.
Vous allez m’adorer et certainement me détester aussi.
Peut-être allez-vous même adorer me détester.
Vous tenez entre les mains une version retravaillée de mon roman publié à compte d’auteur en septembre 2015.
Le travail d’un écrivain n’est jamais fini !
Il est toujours possible d’améliorer, d’étoffer, de peaufiner son roman.
Dans le cas présent, ce sont les conseils avisés et utiles d’un grand romancier qui m’ont guidé.
L’histoire reste la même. Celles et ceux qui ont déjà lu Claustrations découvriront néanmoins de nouveaux passages, des aventures inédites vécues par mes personnages. Les néophytes pourront le découvrir avec un regard neuf.
Dans les deux cas, je me suis attelé à chercher des pistes qui vous feront tressaillir.
Pour une expérience telle que je l’ai imaginée, je vous conseille de lire ce roman dans une pièce peu éclairée et… seul. Vous vous apprêtez à plonger dans les méandres de l’esprit humain.
Surtout, ne craignez pas l’obscurité…
S. Minni
L’obscurité. Rien que l’obscurité. La peur. Une peur panique. Son cœur battait à tout rompre. Sa respiration était saccadée. Il tenait sa petite main sur sa bouche pour que l’on ne l’entendît pas respirer. Surtout ne pas faire de bruit. Il n’existait pas. Chhht ! Maman lui avait ordonné de rester là et de n’en sortir que lorsqu’elle le lui dirait. Il s’assura que son ami « Bambi » était auprès de lui. Ces deux-là ne se quittaient jamais. Sauf à l’heure du bain. La petite peluche le rassurait et il se confiait beaucoup à elle. Il serra son ami très fort contre lui.
Un léger grincement. Il tressaillit de tout son petit être lorsqu’une porte du placard s’ouvrit légèrement. Bambi, je t’en supplie protège-moi, avait-il chuchoté. Si ces messieurs nous voient, ils nous sépareront, c’est sûr. À travers la fine fente, le garçonnet observa la scène.
Le tonnerre le surprit, mais il parvint à rester calme.
Dans la pièce, papa et maman. Papa était attaché sur le fauteuil préféré de maman et maman était à genoux. Deux hommes. L’un tenait maman. L’autre avait un long couteau et se tenait près de papa. Maman gigotait dans tous les sens. Elle avait un foulard sur la bouche. Sa voix était perceptible, mais non ce qu’elle disait. Papa avait l’air de dormir. Tiens, s’était étonné l’enfant, drôle de moment pour dormir. Le petit ne comprenait pas que son père avait été assommé par son agresseur peu avant.
Soudain, il entendit le hurlement étouffé de maman. Lorsqu’il dirigea son regard vers son papa, l’homme était en train de lui donner des coups de couteau.
Un.
Deux.
Trois.
Quinze coups ! Papa n’était plus qu’une poupée de chiffon et l’autre continuait à s’acharner. Maman pleurait, toujours maintenue à genoux. Elle hurlait sa douleur. Mais rien n’y fit. L’enfant plaqua Bambi sur sa bouche pour étouffer ses sanglots.
Quelques minutes plus tard. Quelques heures ? Il ne saurait le dire. Une éternité, à ses yeux. Maman, le visage rougi par les larmes, lui tendait des bras dans lesquels il put enfin se réfugier.
Mesdames, Messieurs, bonsoir.
La suite de nos programmes.
Dans quelques instants, les prévisions météo suivies du « 20 heures ».
À 20 h 40, votre divertissement humoristique « Parents, mode d’emploi ».
Et à 20 h 55, votre émission tant attendue : « Prison ou liberté ? » où nous découvrirons si notre candidat finira par trouver l’issue ou s’il restera prisonnier à jamais.
Et pour finir notre soirée, trois nouveaux épisodes de votre série « NCIS ».
Je vous souhaite d’ores et déjà une merveilleuse soirée en notre compagnie et vous dis à demain, avec plaisir !
À l’intérieur, un feu agonisant crépitait dans l’âtre. Malgré la fin de l’hiver, les soirées étaient encore fraîches. À l’extérieur, la ville continuait son train-train quotidien. Les uns couraient pour prendre leur métro ; les autres pestaient derrière leur volant. Eux étaient à des années-lumière de cette effervescence… Rose et Charles avaient tout prévu : de la nourriture, de l’eau et même une télévision qui trônait au centre de la petite pièce. Cela faisait plusieurs semaines qu’ils n’avaient quitté ce lieu que pour se rendre aux toilettes deux fois par jour.
Le printemps venait de poindre, égayant la ville de ses couleurs allègres. Mais Charles n’avait malheureusement pas eu l’occasion de profiter de son jardin, car il avait dû s’emmurer dans un confort rudimentaire et une atmosphère obscure.
Son épouse, Rose, n’était pas forcée de rester dans ce repaire avec lui, mais y passait néanmoins le plus clair de son temps. C’était plus fort qu’elle : elle ne pouvait se résigner à l’abandonner.
La nuit tombée, elle regagnait sa chambre tandis que Charles tentait de trouver un peu de répit sur ce lit de camp trop dur pour son vieux dos. Il n’avait pas vu la lumière depuis des jours, mais ne se plaignait pas. Rose admirait sa force. La vie n’avait pas fait de cadeau à son époux, mais il prenait les choses avec philosophie. Rose, elle, ne supportait pas leur nouvelle situation et ne se gênait pas pour le répéter à longueur de journée. Chaque soir, en allant au lit, elle se promettait de tenir sa langue le lendemain. En vain. Le jour suivant, elle y allait de sa ritournelle.
Attablés, le silence était leur unique compagnon. Cet endroit eût rendu une pie taciturne. À plus forte raison que le couple n’ignorait pas que cette cachette était indispensable à la survie de Charles. Ce dernier se refusait à évoquer les raisons de sa mise à l’écart. Par contre, Rose remettait sans cesse la même discussion sur le tapis ; mais rien ne servait d’en parler, la situation était inextricable. Charles, quant à lui, se contentait de laisser son regard noyé d’ennui et d’amertume traîner dans le vide.
À la télévision, un orateur en costume et cravate gesticulait face à un public médusé. Il s’agissait du Président du pays, ce traître. Il annonçait fièrement que, grâce à sa politique, il endiguerait efficacement le vieillissement de la population ainsi que le problème du paiement des pensions. Il avait, à l’entendre, découvert une arme redoutable qui empêcherait leur pays de se transformer en « terre des retraités ».
Charles mâchouillait sa nourriture sans aucune conviction ni plaisir. Il eût bien changé de chaîne, mais c’était plus fort que lui : il fallait qu’il entendît ce que cet être abject formulait avec tant d’entrain. Il le haïssait. Jamais il n’avait éprouvé un tel mépris pour quelqu’un. Il soupira. Rose posa une main apaisante sur celle de son époux.
Ce soir-là, Charles avait des crampes au ventre, ses intestins se tortillaient, se nouaient, se dénouaient, le trituraient. Il était las d’être un animal humain, un être primitif qui passait son temps à se nourrir pour se vidanger ensuite. Il ne lui restait plus rien, n’avait plus aucune aspiration. Il se contentait de vivre. Peut-être eût-il dû se rendre ? La mort ne valait-elle pas mieux que ce simulacre d’existence ? Cette misérable vie qui le dépouillait de toute liberté avait-elle de l’importance ?
À maintes reprises, il avait confié son désarroi à Rose, son envie de tout arrêter, de se rendre et d’accepter sa peine. Malheureusement pour lui, sa femme refusait d’envisager cette possibilité. Non ! Il fallait que Charles se tapît, le temps que la situation se remît en place. Il le lui devait. Il ne pouvait pas l’abandonner, il n’en avait simplement pas le droit. Sans Charles, Rose serait perdue et errerait dans un monde qui ne lui correspondrait déjà plus. Sans lui, la vie n’aurait plus aucun sens à ses yeux. Par conséquent, depuis le soixante-cinquième anniversaire de Charles, ils demeuraient reclus dans leur maison… leur prison.
Bien entendu, Rose pouvait se permettre de sortir, faire des courses tout en veillant à ne pas acheter trop de nourriture : cela eût éveillé les soupçons. Elle était désormais censée vivre seule et revenait donc du supermarché avec le strict minimum.
Le poste de télévision continuait de vomir des images belliqueuses accompagnées de sons agaçants. Décidément, ce Président était le pire des dirigeants que le pays n’eût jamais connus. Rose en eut assez d’entendre ses balivernes. Elle s’empara de la télécommande et mit l’appareil hors tension. Elle poussa un ouf ! de soulagement.
— Que fais-tu, enfin ? demanda Charles, visiblement irrité.
— Pourquoi t’obstines-tu à regarder ces inepties ? rétorqua-t-elle.
— Je te rappelle que ce qu’il dit est important. Si nous sommes dans cette tanière, c’est à cause de lui. Son discours, aussi insupportable soit-il, devrait t’intéresser aussi.
— À quoi bon, hein ? Ce type crache son venin et je devrais l’écouter ? cria-t-elle.
— Ma chérie, je te comprends.
Charles savait pertinemment que sa femme avait raison. Il haussa les épaules en signe de reddition. Pourquoi se faire davantage de mal, alors qu’il connaissait parfaitement la situation et que ce salopard ne changerait pas d’avis.
Ils terminèrent leur repas sans prononcer un mot, laissant le silence reprendre possession de l’espace.
Quelques minutes plus tard, un claquement déchira soudainement l’atmosphère écrasante dans laquelle le couple se noyait. Le cœur de Rose bondit. Charles et elle se dévisagèrent : leurs yeux trahissaient leur frayeur.
— Mon Dieu, ils sont là, chuchota Rose dont le corps fut irradié de frissons.
— Vas-y. N’oublie pas que je ne suis pas là… Suis notre plan à la virgule près. Surtout (il lui caressa tendrement la joue), garde ton calme. Tout va bien se passer.
Rose se leva péniblement. Ses jambes s’alourdirent de dix kilos chacune. Elle se dirigea vers l’interrupteur, éteignit la lampe et quitta la pièce. Elle mit le verrou, traversa un couloir aussi sombre que les limbes, avant de pénétrer dans une autre pièce. Elle ferma une première porte derrière elle, tira le rideau noir, franchit la cave, en sortit et bâcla la porte avant de monter l’escalier. Ses jambes pesaient une tonne maintenant. Pourvu que je parvienne à gérer ma peur, pensa-t-elle.
Parvenue en haut de l’escalier, elle passa par le vestibule avant de retirer le loquet de la porte principale. De l’autre côté, une voix murmura :
« Maman, c’est moi, ouvre. »
Soulagée, Rose ouvrit la porte et tomba dans les bras de Phil, son fils, qui eut du mal à remettre le verrou tout en maintenant sa mère. Il l’aida à s’asseoir dans le salon, alla prendre un verre d’eau que Rose but d’un seul trait. Il était perceptiblement inquiet.
— Maman, tu te sens mieux ? s’enquit-il.
— Oui. (Rose hésita.) Mais on avait dit que tu me passerais un coup de téléphone avant de venir. Tu nous as fichu une de ces frayeurs ! Nous avons cru que le moment était arrivé, dit-elle entre deux sanglots.
— Je sais, je suis désolé. La batterie de mon portable m’a lâché… Je n’aurais pas dû venir sans m’annoncer.
Rose reprit doucement ses esprits tout en expliquant à son fils qu’il ne devait pas s’inquiéter, il avait bien fait de leur rendre visite. Son père serait ravi de le voir. Ils se sentaient tous deux si seuls depuis…
— Comment va papa ? J’imagine que ça ne doit pas être évident pour lui en ce moment. Où est-il exactement ?
— Il a fait aménager tout un système qu’il appelle « l’arrière-cave ». C’est judicieux, mais s’ils veulent le prendre, ils y parviendront.
Elle lui révéla que le sous-sol de la maison avait été transformé : il y avait une cave, mais aussi un couloir qui menait à une seconde pièce bien dissimulée. Phil soupira. Il eût tant voulu faire quelque chose pour les aider. Il se devait de trouver le moyen de sortir son père de cette impasse. Mais lequel ? Il fallait que son père quittât le pays, c’était l’unique solution. Mais cela semblait presque impossible. Pour réussir à quitter le pays, il faudrait falsifier ses papiers, le maquiller et le déguiser. Il devrait paraître plus jeune…
— Bon, emmène-moi dans cette fameuse caverne secrète. Je veux voir papa et le soutenir.
Ils prirent tous deux le chemin du sous-sol. Une fois dans la cave, Rose ferma la porte derrière eux avant de montrer à Phil ce qui se cachait derrière le rideau noir. Il n’en revenait pas. Jamais il ne se serait aperçu qu’il y avait un passage. D’abord, parce que la lueur de la lampe était trop faible et, ensuite, parce qu’un rideau noir sur un mur peint de la même couleur ne se voit pas. Son père était décidément plus rusé qu’il ne l’avait pensé.
Ils finirent leur parcours dans l’arrière-cave. Charles, le teint blafard, se dirigea vers son fils pour le serrer contre lui. Les mots ne furent pas nécessaires, chacun d’eux devinant ce que l’autre pensait.
— Mon fils, c’était donc toi. Tu nous as fait très peur. Téléphone avant de venir !
Phil se lança dans une explication à laquelle sa mère mit fin :
— Alors de quoi voulais-tu nous parler ?
Le fils se tourna vers sa mère avant de lui faire part de son envie de s’asseoir et de boire un verre, si elle n’y voyait pas d’objection.
— Qu’avez-vous de fort ici ? demanda Phil.
— Rien, répondit-elle, tout est en…
Elle n’eut pas le temps d’achever sa phrase que Charles avait posé une flasque de whisky sur la table.
— Tiens, bois, fiston.
Ses membres étaient frigorifiés et elle peinait à les mouvoir normalement. Combien de temps avait-elle passé là ? Clara était incapable de le dire. Recroquevillée dans une encoignure de la minuscule pièce où elle avait été enfermée, Clara pensait aux raisons qui l’avaient conduite ici. Elle n’en voyait aucune.
Elle eût tant désiré pouvoir se laver. Même une douche froide, pourvu qu’elle se débarrassât de ces crasses. Ses yeux s’étaient accoutumés à l’obscurité, si bien qu’elle était parfaitement en mesure de distinguer les cafards qui pullulaient dans ce trou. Ses vêtements, ou plutôt les lambeaux qui en restaient, ne suffisaient plus à protéger son corps des morsures et piqûres d’insectes. Son être ne se résumait plus qu’à un tas de chair sordide, sale et repoussante.
Il fallait qu’elle trouvât le moyen de s’échapper au plus vite, elle ne tiendrait pas longtemps dans ces conditions. Pourquoi l’avait-on enfermée ? Clara n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé. Comment faire pour sortir de cet endroit sinistre ? La jeune femme avait bien tenté sa chance au moment du repas, mais elle avait été neutralisée par un homme costaud et peu commode. Elle savait qu’ils étaient deux, mais n’avait jamais pu voir leur visage : ils étaient cagoulés à chaque rencontre.
Elle, qui était très humaine, s’était retrouvée privée de liberté et traitée comme un animal. Son esprit était engourdi et réfléchir à son évasion l’épuisait fortement. Elle parviendrait à sortir de cette situation, il en allait de sa survie. Elle passa la main dans ses cheveux, mais eut du mal à y faire glisser ses doigts tellement ils étaient poisseux.
Jusqu’alors, on lui avait refusé toute requête. Elle avait tenté d’obtenir la permission de prendre une douche, mais, en guise de réponse, elle avait reçu le contenu de sa gamelle en plein visage. Celui-ci était à peu près propre : elle le rinçait de temps en temps à l’eau de la cuvette des toilettes qui trônait au centre de sa cellule.
Cela faisait environ sept semaines que Françoise était à la recherche de son amie et collègue Clara. Pendant tout ce temps, elle avait sillonné les rues de la ville où elles n’auraient dû rester qu’un mois. Toutes deux médecins, elles œuvraient pour améliorer le destin des plus démunis. Elles avaient visité plusieurs pays où le régime politique était répressif. Elles étaient parvenues à sauver des vies. Françoise était furieuse. Elle ne comprenait pas comment on avait pu enlever Clara sans que personne s’en fût rendu compte.
Ce jour-là, Clara et elle avaient décidé de se séparer. Ce n’était pas la première fois. Elles travaillaient ensemble, mais étaient plus efficaces séparément. Françoise s’était rendue au tribunal pour convaincre le juge d’abandonner les accusations de meurtre dont une jeune fille faisait l’objet. Une partie de la population s’était mobilisée pour éviter la peine de mort à cette adolescente de seize ans qui avait commis l’irréparable en tentant de se défendre de son agresseur.
Clara, de son côté, était allée à l’hôpital du village pour prêter main-forte à la petite équipe de médecins qui y officiaient. Elle aurait dû rentrer à l’hôtel à 20 heures, pour dîner, mais n’était jamais revenue.
Françoise l’avait bien entendu appelée pour s’assurer que tout allait bien, en vain. Elle avait alerté les autorités locales, mais sept semaines plus tard, elle était toujours sans nouvelles de Clara. Il faut dire que, dans ce pays, la disparition d’une femme, étrangère de surcroît, importait peu. Elle aurait plus de chance en se lançant elle-même à la recherche de sa collègue.
Françoise était exténuée et désemparée. L’ambassade de son pays avait été prévenue de la disparition de Clara, mais l’enquête ne semblait mener nulle part.
À l’hôpital, personne ne savait ce qui s’était passé. Clara avait quitté le centre vers 19 heures, visiblement éreintée, mais satisfaite du travail accompli. Elle prenait généralement le bus, mais ce soir-là, la réceptionniste s’était étonnée de la voir monter dans un van ou une camionnette blanche. Malheureusement, elle n’avait pas vu qui était au volant. À cette heure-là, il fait déjà nuit.
Françoise ne comprenait rien à cette histoire. Clara ne connaissait personne dans ce pays ! Qui aurait pu venir la chercher ? Cette histoire n’avait pas de sens. Non, pour Françoise, Clara avait été enlevée, cela ne faisait aucun doute. Les représailles les talonnaient sans relâche. Et ce qu’elle craignait plus que tout s’était produit : Clara avait été enlevée. Peut-être était-il déjà trop tard. Elle n’osait envisager cette effroyable possibilité. Ma Clara, où diable es-tu passée ? Elle soupira.
Dans sa chambre d’hôtel, Françoise faisait les cent pas. Elle avait l’impression de devenir folle. Elle décrocha le téléphone et appela son mari qui, perceptiblement inquiet, lui demanda de rentrer à la maison. Il l’aiderait à faire toutes les démarches pour retrouver Clara, mais il fallait qu’elle rentre au plus vite. Il craignait pour sa vie. Françoise le comprenait parfaitement, mais ne pouvait se résoudre à rentrer en abandonnant son amie. Elle ne pourrait plus se regarder dans la glace. Il finit par couper la communication sans lui dire bonsoir. Françoise se laissa choir dans le fauteuil en tissu marron qui se trouvait à côté de la fenêtre entrebâillée. Elle ferma les yeux, tentant de faire le vide en elle.
Elles étaient là, telles des vipères rampantes. Tout autour de lui, il les entendait matin, midi et soir. Sans relâche. Elles étaient partout… mais surtout en lui. Elles chuchotaient, riaient, criaient ou pleuraient. Il ne comprenait pas ce qu’elles disaient, il voulait simplement ne plus rien entendre. Le silence, il en rêvait. C’est tout ce qu’il recherchait.
Dans un coin de ce qui était devenu son repaire, son antre, sa tanière, il plaqua les mains sur ses oreilles pour ne plus entendre les voix qui s’emparaient de lui, l’enivraient, l’aliénaient. Elles s’immisçaient, rampaient jusqu’à lui dès les premiers rayons qui annonçaient l’avènement d’une nouvelle journée. Quelle date, jour, heure, il n’en avait aucune idée. Il ne se souvenait plus des circonstances qui l’avaient amené entre ces murs froids et lugubres. Les frissons le secouaient, il eût voulu une couverture.
Un calendrier grand format lui rappelait qu’il avait été mis à l’écart sept mois auparavant. L’infirmière qui s’occupait de lui servir ses repas mettait une croix rouge dans la case de la date du jour. Pour que vous vous rendiez compte du temps qui passe dehors, alors que votre vie est en suspens. Il n’avait pas de souvenir précis concernant le jour où l’on était venu l’enlever chez lui pour l’amener de force dans cet institut spécialisé.
Dans sa chambre, le mobilier était réduit à un matelas posé à même le sol. Les murs étaient recouverts d’une matière éponge, pour éviter « que le sujet ne se fracasse le crâne dans un accès de folie suicidaire ».
La porte blindée était fermée à clef. Un hublot en plastique incassable était son unique contact avec le monde extérieur, à savoir un long couloir où se promenaient des patients moins malades que lui. Habituellement, l’isolement est une solution temporaire, mais, dans son cas, il y resterait très longtemps.
Comme tous les matins, l’infirmière lui avait apporté sa pitance : un bol rempli de chocolat chaud trop sucré. Pas de cuillère ni aucun autre ustensile de cuisine pour faciliter son alimentation. Trop de patients avaient trouvé le moyen de s’ouvrir les veines avec une simple cuillère en plastique. Comme chaque matin, il avait posé le bol vide à côté de la porte, puis s’était replacé dans un angle, tête baissée, genoux contre sa poitrine. Comme chaque matin, il se repassait mentalement les circonstances qui l’avaient amené dans cette solitude sépulcrale. Il avait toujours du mal à faire défiler les images de son histoire.
Il demeurait toujours des zones d’ombre qu’il ne parvenait pas à dissiper. Il n’arrivait pas à savoir, par exemple, qui l’avait fait enfermer. Qui avait pu lui en vouloir à ce point ? S’il était dans cet hôpital, en chambre d’isolement de surcroît, cela signifiait que quelqu’un estimait qu’il était dangereux pour lui-même ou pour la société. Mais pourquoi ? Il n’avait fait qu’écouter les voix qui résonnaient dans son crâne depuis des années… depuis sa naissance, peut-être. Il avait simplement obéi aux complaintes qui se répercutaient d’un côté à l’autre de sa tête.
Depuis son internement, personne n’était venu lui rendre visite, à part son épouse. Cette dernière n’était venue le voir qu’une fois ou deux et n’était restée que très peu de temps. Le regard noir de mépris, elle lui avait lâché qu’elle était malheureuse de le voir dans cette cage, mais qu’il l’avait mérité. Il devait être soigné, car il avait de graves problèmes psychologiques. Selon elle, il était sociopathe, psychotique et maniaco-dépressif. Après son départ, il avait fait une crise, détruisant le matériel de la salle d’attente et agressé physiquement un des surveillants. Cet épisode lui avait valu une mise à l’isolement.
Clara se réveilla joue contre le sol. Humide. Ce sol était horriblement froid et humide. Elle détestait cette sensation. Sans compter les insectes qui pullulaient. Par terre. Sur les murs. Partout. Ses yeux s’ouvrirent difficilement. Elle dut battre plusieurs fois des paupières pour y voir. Le cauchemar continuait. Elle se trouvait toujours dans sa cellule, cette prison, cette geôle. Ses tempes battaient. Elle se les massa. Ses poignets, ses chevilles, sa nuque. Endoloris. Elle déglutit. Une boule de feu lui enflamma la gorge. Sa bouche était pâteuse. Elle eût donné cher pour un verre d’eau. Ses muscles, ses tendons, ses articulations étaient rigides. Elle sonda sa mémoire. Rien. Elle ne se souvenait de rien, bon sang !
Elle était désorientée. Elle fut soudain prise d’un haut-le-cœur et cracha de la bile verdâtre. Elle était comme droguée. Que lui avait-on fait ? Quel produit chimique lui avait-on administré pour qu’elle se sentît si mal ? Elle se mit péniblement en position assise. Elle grelottait. Sa cellule était non seulement sombre, mais humide aussi.
Elle rassembla péniblement ses idées, tentant de se souvenir de ce qui s’était passé la veille. On l’avait tenue plaquée au sol, on lui avait pincé le nez puis administré une solution extrêmement amère dans la gorge. Elle en avait perdu le souffle, le liquide s’étant infiltré dans ses poumons. L’un de ses bourreaux lui avait alors maintenu la mâchoire inférieure pour l’empêcher de cracher.
Elle avait perdu connaissance jusqu’au lendemain. Durant la journée qui s’était d’emblée annoncée obscure et rude, elle avait fait l’objet de représailles à chaque tentative de révolte. Elle n’avait pas le droit de parler, et encore moins celui de crier.
Après avoir été torturée physiquement et mentalement, elle se dit qu’elle était au seuil de la mort. La fin était proche. On avait tenté de l’empoisonner et de la frapper, mais elle avait survécu. Elle aurait voulu mettre fin à sa vie elle-même. Elle perdait peu à peu l’estime d’elle-même et n’avait plus envie de se battre pour survivre aux sévices de ces hommes, aux puces et cancrelats qui lui dévoraient littéralement la chair.
Clara croisa ses doigts blessés sur ses genoux, ploya la tête et pensa à Françoise. S’était-elle lancée à sa recherche ? Était-elle rentrée chez elle ? Pourvu qu’elle aille bien. Clara ferma les yeux en tentant d’empêcher les larmes de couler.
Françoise était installée à une table du restaurant de l’hôtel. Elle ne prêta aucune attention au décor pourtant original et moderne. Le regard terne, elle se repassait mentalement les images que son cerveau lui avait projetées durant la nuit. Un rêve malsain, une atmosphère à la fois oppressante et souillée. Elle se voyait assise dans le coin d’une cellule sombre. Bien que ses mains ne fussent pas liées, elle ne parvenait pas à les mouvoir. Une force invisible semblait les maintenir fermement telles des menottes.
Elle était fourbue de douleurs le long de sa colonne vertébrale. On l’avait visiblement torturée. Elle s’était réveillée ce matin-là avec un goût amer dans la bouche. Elle comprenait mal ce rêve. Elle peinait à y voir un sens. Était-ce un rêve sans signification ? Traduisait-il les craintes qu’elle avait pour Clara ? Ou bien, et même si elle avait toujours rejeté cette idée, était-elle capable d’entrevoir ce que Clara était en train de vivre ? Dans ce cas, son amie était en danger et il fallait qu’elle la sauvât au plus vite.
Sa famille lui manquait, elle eût voulu être auprès des siens, mais ne pouvait se résoudre à abandonner Clara
Elle était écrasée par le marteau qui frappait l’enclume.
Elle acheva son petit-déjeuner et alluma une cigarette. Des volutes de fumée bleue s’échappèrent au-dessus d’elle en même temps que les chances de retrouver un jour Clara.
Quelques bouffées plus tard, elle se dirigea vers la réception de l’hôtel. Comme chaque matin, il n’y avait aucun message à son attention. Elle confia sa clef à la réceptionniste et quitta l’hôtel. Dehors, elle héla un taxi et demanda au chauffeur de l’emmener à l’hôpital de la ville. Malgré la disparition de son amie, Françoise continuait à assister les médecins submergés par une épidémie de dermatose. Clara et Françoise s’étaient promis de poursuivre leur œuvre quoi qu’il pût arriver. Elle ne faisait que respecter sa promesse, tout en poursuivant les recherches.
Certes, les médecins de l’hôpital lui étaient venus en aide au début. Mais malheureusement, ils n’avaient pas pu prolonger les recherches. Les uns étaient débordés de travail, les autres avaient été mis en garde par leur supérieur de ne pas se mêler de cette histoire de disparition. Bref, Françoise était pour ainsi dire seule. Il n’y avait que Jean, le chef des infirmiers, qui avait continué à la soutenir, l’accompagnant au commissariat, arpentant les rues de la ville, placardant le portrait de Clara dans les lieux publics. Malgré cet acharnement, ils n’avaient aucune nouvelle de Clara et Françoise était de plus en plus inquiète. La journée promettait d’être longue et épuisante à l’image des autres jours. Françoise tenait bon, se surprenant elle-même de la force dont elle faisait preuve.
À peine était-elle arrivée dans le hall de l’hôpital qu’elle fut tirée par le bras par un collègue qui avait besoin d’aide. Elle enfila sa blouse tout en écoutant l’anamnèse du patient. Il avait d’importants problèmes respiratoires dus aux nombreux allergènes présents dans son habitation. Cette personne était clairement hypersensible : allergie à la poussière, aux acariens, aux chats, au pollen et même aux poils de chevaux. Il avait fait plusieurs arrêts respiratoires et les médecins habilités à pratiquer une trachéotomie étaient tous occupés avec d’autres patients. Elle seule pouvait venir en aide à cet homme. Elle suivit son collègue jusque dans la chambre du malade qui avait toutes les peines du monde à avaler un peu d’oxygène, malgré son masque.
Françoise, qui n’aimait pas ce genre d’intervention, dut se résoudre à saisir le scalpel que lui tendait son collègue. Elle incisa verticalement et horizontalement le cou déjà anesthésié au niveau des premiers anneaux de la trachée avant d’y introduire une canule qu’elle relia à une sonde d’intubation.
Phil ingéra une gorgée de la boisson alcoolisée, ce qui fit le plus grand bien à son gosier endolori par les microbes qui s’y étaient logés malgré le début du printemps. Charles regardait le sol, inerte. Rose, quant à elle, ne tenait pas en place. Passant d’une chaise à l’autre, d’un coin à l’autre de la minuscule cachette, elle attendait que quelque chose se produisît. Elle espérait que son fils proposerait une idée lumineuse pour sauver Charles. Comme rien ne semblait venir, elle rompit le silence. Sa voix résonna comme une explosion dans la tête de Charles.
— Alors, on va rester à éviter le regard les uns des autres ou bien va-t-on se décider à parler de ce qui se passe ? Je vous signale que ça fait une semaine entière que nous nous cachons. Je ne supporte plus cette oppression permanente.
— Que proposes-tu ? rétorqua son mari. Que je m’en aille ? Que je me rende ?
Rose le fusilla de son regard las.
— Je veux qu’on trouve une issue qui puisse te sauver la vie, c’est trop demander ? lâcha-t-elle.
— Écoutez-moi, intervint Phil. J’ai peut-être une solution.
Le regard de Rose s’emplit d’espoir, elle se précipita vers son fils, tout ouïe.
— Il y a plusieurs possibilités, soit on fait croire que papa est mort (dans ce cas, il nous faudrait un corps…), soit on le fait sortir du pays.
— D’accord, mais comment faire ?
Charles ne pensait pas que la seconde proposition fût réalisable. Le faire fuir à pied ? S’il prenait l’avion ou même le train, on lui demanderait de présenter ses papiers et il serait immédiatement démasqué. Phil répondit qu’il fallait lui trouver de nouveaux papiers sur lesquels apparaîtrait l’identité de quelqu’un d’autre… plus jeune.
C’était bien cela le problème : la jeunesse de Charles s’était envolée le jour fatidique de ses soixante-cinq ans. Il se retrouvait désormais sur la liste macabre. Ils ne tarderaient pas à venir le chercher.
— Papa, écoute. Je me suis renseigné, je connais un médecin plasticien.
Charles écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, prêt à protester. Mais Phil lui signifia de la main de le laisser continuer. Apparemment, ce médecin était un génie et il pourrait l’aider à rajeunir le visage de Charles. Grâce à cet homme, Charles aurait un sursis d’au moins dix ans.
— Et ensuite, hein ? réagit le père. Et ensuite, que vais-je devenir ?
— On verra ça le moment venu, mon chéri, intervint Rose.
Phil leur certifia que les coûts de l’opération étaient supportables. Certes, ils étaient élevés, mais ils parviendraient à réunir cette somme. Il prit la main de son père.
— Papa, c’est le seul moyen si tu ne veux pas vivre reclus dans cet endroit exigu et austère.
Charles baissa les épaules, sa tête devint lourde, ses neurones s’entrechoquaient. Il savait que Phil avait raison. Pour s’en sortir, il devait accepter cette proposition. Son fils le supplia d’au moins considérer cette éventualité. Il était prêt à prendre les choses en main : emmener Charles chez le médecin, le cacher, le protéger. Charles alluma son poison, tira dessus avant de rejeter la fumée bleue qui dérangeait tant Rose. Comme toujours, elle feignit la quinte de toux, signifiant sa réprobation.
Charles ne prononça pas un mot jusqu’au départ de Phil. Rose se mordit les lèvres pour ne pas l’assaillir, mais l’envie fut plus forte qu’elle.
— Alors, qu’en penses-tu ? Cela vaudrait la peine d’essayer, non ?
— Quoi ? Avoir un visage lisse et figé, qui n’est plus le mien ? Je suppose que ça doit être formidable, ironisa-t-il.
— Tu sais, de deux choses l’une, soit tu auras le visage figé d’un cadavre en putréfaction, soit celui d’un homme plus jeune, mais vivant, répondit-elle en insistant sur le dernier mot de sa phrase.
— Pff, je ne sais pas. Il vaut peut-être mieux que je me rende et que j’accepte mon destin, tu ne crois pas ?
— Non, répondit-elle froidement. Et si tu faisais ça, je ne te le pardonnerai jamais. Jamais !
Elle tourna les talons et quitta cet endroit qui devenait insupportable.
Face à lui-même, Charles tenta de ne plus penser à la conversation qu’il venait d’avoir. Il était las. Vivre ou mourir ? Il ne savait plus. Il était tard, ses paupières se firent lourdes. Il se déshabilla, urina dans la petite bassine prévue à cet effet et s’allongea sur le lit de camp.
Nu, il observa ses jambes, ses bras, ses mains, son ventre arrondi. S’il acceptait l’idée de son fils, il aurait le faciès d’un homme de cinquante ans, mais son corps trahirait son âge : une figure lisse et figée sur un corps fripé par l’âge. Cette image le fit grimacer de dégoût.
Il finit par enfiler son pyjama à rayures avant de s’enliser dans l’obscurité du sommeil. Une fois encore, le monde onirique le transporta dans sa jeunesse. Il était chez ses parents. Il se sentait si bien, si heureux. Ses rêves lui renvoyaient des images de son adolescence qui se transformaient en hymne à la vieillesse qui le dévorait. Il se réveilla dans un sursaut. Il haletait. Cet homme décomposé par le temps lui saccageait l’esprit. Il tenta de se rasséréner avec un verre de whisky et une cigarette.
Mesdames et Messieurs, bonsoir.
Je suis heureuse de vous retrouver.
Comme chaque soir à cette heure, voici ce qui vous attend dans les heures qui suivent.
Dans une poignée de secondes, Catherine vous parlera du temps. Il va falloir sortir le parapluie, les jours prochains.
À 20 h 40, vous retrouverez « Parents, mode d’emploi ».
Et pour finir votre soirée, trois nouveaux épisodes de la série « NCIS ».
Mais avant cela, « Prison ou liberté ? », à 20 h 55. Ce soir, vous découvrirez le visage de notre nouveau candidat. Je vais vous confier un secret, il s’agit d’une candidate. Messieurs, vous apprécierez.
Quant à moi, je vous dis à demain !
Bonne soirée.
M. Concerto était agité ce jour-là. Il n’en pouvait plus de vivre dans cette prison. Cette chambre d’isolement le rendait fou, il était à la fois enfermé physiquement et emmuré dans un corps qui lui susurrait inlassablement des phrases incompréhensibles. Des fragments de mots, des morceaux d’un discours inintelligible. Il était adossé au mur, frappant sa tête contre, comme pour la détruire et déloger ces voix. Il regrettait que murs et sols fussent si moelleux. Au moins, contre une paroi dure, il eût pu se fracasser le crâne et en finir une fois pour toutes.
