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"With every murder, he's closer to the truth." Automne 1908. 4 haters. 4 lyncheurs. 4 contre un. Laissé pour mort, le pire de lui a survécu, et va les attaquer one by one. De martyr, il devient serial killer, monstre addict de vengeance. "Et s'il masquait sa terreur de vivre en fureur ?" " Ses pires haters vivent impunément, non pas à Clæstone, mais en lui-même. Always. Ils se repaissent de lui et le dévorent de l'intérieur, en le maintenant dans un état de damnation où son âme se bat pour exister." " Oublier de vivre for the right things, the right people. Au point de vivre pour ses haters, et devenir exactement l'homme qu'ils l'ont accusé d'être. " " La philosophie est une sorte de revanche sur la réalité." Nietzsche. Booktrailer : https://youtube.com/shorts/2As2SoPhifw?si=kgpQzqdxUgTrHaLV
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Seitenzahl: 548
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Ce livre est la suite de CŒUR de MAGMA ~ Premier degré ° Attisé
à Papa, dit Chen Tian1(10/09/42 ~ 25/02/22)
1. Littéralement « Ciel de Chen ».
Hello ! I’m back !Et apparemment, you too !
Ou alors tu as zappé le tome 1, et ce n’est pas le genre de saga qui se lit dans le désordre.
Ah non, je ne vais pas répéter ma bio.
Juste te dire, comme annoncé en quatrième de couverture, qu’à partir de ce tome, tous les personnages s’étaient mis à négocier avec moi de nombreuses nuits en 2015, au cœur de la phase de création. Comme des acteurs, ils désiraient développer leurs rôles, obtenir plus de screen time, enfin ici book time, chacun voulait sa part de punchlines percutantes et autres scènes poétiques ou cinématographiques. Une chance que je n’ai pas de cachet à leur verser. Résultat ? Ils avaient raison. Ce qui a permis à ce récit de passer de la novella au roman de 1, 2, 3 puis 4 tomes.
Tiens, j’ai pensé à t’inclure les profils des personnages, sans spoiler. Ainsi que la carte de la Géode et d’autres repères de l’univers de CŒUR de MAGMA.
Ce tome est encore plus riche en références et clins d’œil décalés là où tu ne t’y attends pas. Quand tu auras fini, vérifie après la page de remerciements pour découvrir si tu les avais repérés.
Enjoy !
Lien unique : https://linktr.ee/shawness
Âge : 24. Taille : 1,89 m, soit 6’2”. Visage : Allongé & carré, teint cuivré, lèvres charnues, mâchoire large, joues pleines, fossettes longues, trois fronces verticales sur le front. Cheveux, coiffure : Auburn, ondulés, mèche tombante devant l’œil droit. Stetson cuir acajou à large bord laitonné relevé, lanière tressée assortie. Yeux & sourcils : Pers entre le vert profond & le bleu paon. Sourcils fournis larges mais diffus & droits avec ombrage des paupières.
Signes distinctifs : Cœur de magma. Cou de taureau.
Tenue (hors Géode) : Bandana bicolore azurite malachite (bleu paon au verso, vert profond au recto), chemise anthracite, jeans denim à cinq poches. Trench croisé lui tombant aux chevilles, bottes à talons hauts, gants, gilet, ceinture & Stetson à large rebord laitonné, le tout assorti cuir acajou. Monture : Argile, gris cendré d’origine Nantucket ; lustre bleu argenté ; 18 mains, soit 1,82 m au garrot ; poids : quasi 600 kg ou 1 320 lb. Arme : (No spoiler).
Rôle : Héros principal, fils unique de Mædan & Danælle Sparks, ex-fiancé de Kændra Dærkstone. Victime du lynchage, il est sauvé & recueilli par Gœran.
Âge : 31. Taille & Poids : 1,98 m, quasi 6’5”. 122 kg ou 270 lb. Visage : Mâchoire large & joufflue. Imberbe. Bouche lippue. Minuscules fossettes rares, comme deux points de ponctuation. Trombine de gamin aux joues pleines. Large front serein. Traits espacés & réduits à la plus simple expression. Cheveux, coiffure : Bruns. Capuche. En peau de bison l’hiver. Yeux : Petits, perçants, enfoncés, gris marmoréen, couronne d’ambre autour de la pupille.
Signes distinctifs : Colosse au gabarit d’ours noir & sentant l’argile.
Tenue : Cape à capuche brune sombre. Bottes pointure US 14 ou FR 50+ Monture : Kentucky Saddlebred noir, quasi 18 mains ou 1,80 m au garrot. Arme : blanche, jamais à feu.
Rôle : Sauveur, soigneur, mentor & coach d’Ædan avec sa propre quête & mission secrète, il reçoit les « ordonnances » de son ami apothicaire Germæn Græss, de Færwood. Gardien du sanctuaire de la Géode.
Âge : 60+. Taille : 1,65 m, 5’4”. Épaules rondes. Visage : Barbe clairsemée courte bien implantée recouvrant sa mâchoire. Cheveux, coiffure : Tête chenue ronde.
Stetston blanc à bord étroit relevé. Yeux : bleu pâle tombants.
Signes distinctifs : Mains à la peau de gingembre.
Tenue : Gilet gris. Chemise bleu pâle. Pantalon en cotonnade gris. Bandana gris bleu. Monture : Ânesse Anna-Belle, Mammoth Jackstock de 14+ mains au garrot soit 1,43 m. Poids : 1 025 lb. Arme : Foi en Ignæce, le dieu du Feu.
Rôle : Père d’Ædan Brændon Sparks & veuf de Danælle Sparks.
Âge : 20, mais en paraît 25. Taille : 1,68 m, 5’5”.
Visage : Anguleux à front large. Teint hâlé. Large bouche pulpeuse au vermillon fendu en deux parties. Air altier. Caractère affirmé, incorrigible orgueil, spontanéité difficile à suivre. Cheveux, coiffure : Longs, noisette, à pointes bouclées. Fédora à la Indiana Jones. Yeux, sourcils : En amande très grands, avec ombre naturelle sur les paupières. Sourcils épais incurvés & pointus de caractère. Cils fournis longs, bouclés, denses tamisant le regard.
Tenue : Bandana rouge rayé blanc ou bleu à étoiles blanches. Pour monter à cheval : jupe noisette avec un pantalon dessous. Bottes à talons hauts assortis. Corsage crème, olive. Armes : Canif caché derrière sa botte droite & carabine modèle Winchester ’73 (1873). Monture : Adægio, alezan roux.
Rôle : Fiancée d’Ædan & love interest de plusieurs hommes dont les frères Færstone. Fille aînée en premières noces de Balmœnt Dærkstone & Isabælle, demi-sœur aînée de Cœrleen & Bærnice, les filles en secondes noces de Balmœnt & Karælle.
Âge : 21. Taille : 1,84 m, 6’+ . Visage : Taches de rousseur, bronzé rosé. Mince & compact, teint de fruit frais. Cheveux, coiffure : Blond vénitien. Stetson miel doré à lanière tressée. Yeux : Vert kiwi.
Tenue : Bandana vert acide nuance Granny Smith aux motifs bruns. Pantalon & gilet cuivré. Bottes assorties en daim. Sacoche de vétérinaire en cuir jaune miel. Arme : Diplomatie. Monture : Alezan roux, comme Adægio.
Rôle : Cadet de Bærton, ami d’enfance & prétendant n° 1 de Kændra.
Âge : 23. Taille & Poids : 1,75 m, 5’7”+. Visage : Pâle d’insomniaque aux pommettes saillantes, comme un ancien bel athlète déchu&retrouvé ivre mort dans l’indignité la plus ignoble. Tout pour plaire mais n’inspirant rien de bon. Cheveux, coiffure : Brun. Stetson brun. Yeux & sourcils : Petits, rapprochés, perçants aux tonalités automnales. Sourcils épais, rapprochés, ombrageux.
Tenue : Bandana chocolat. Chemise noire, pantalon & trench brun. Armes : Déni, couardise, son cadet Duncæn & les scrupules des autres. Monture : Mustang noir.
Rôle : Frère aîné & éternel rival de Duncæn en tant que prétendant n° 2 de Kændra.
L’un des quatre lyncheurs d’Ædan.
Âge : + ou - 50. Taille : Râblé, maigre & sec. Visage : Long, large affichant une mine de chien battu. Ridé. Yeux : Tombants habitués au deuil, verts dans sa jeunesse, semblent s’être assombris.
Rôle : Chef de Clæstone, père de Kændra, Cœrleen & Bærnice, veuf d’Isabælle, sa première femme&mari de Karælle, sa seconde.
Âge : 48. Taille & Poids : 1,85 m, 6’+. Visage : Rond & rose poupin, barbu, joues roses, il le conserve jeune & bien tendu grâce à sa corpulence de bon vivant. Cheveux, coiffure : Blond. Stetson noir & droit, bord forme ronde assortie à sa robe de religieux. Yeux : Célestes, tels des miroirs reflétant le ciel clément tant ils sont bleus, clairs, sur ses orbites très exorbités, prêts à surprendre un miracle comme une malédiction, dans une même & invariable inexpressivité des poupées de porcelaine.
Signes distinctifs : Rire muet ou simulé.
Arme : Carabine à double canon scié.
Rôle : Chef religieux influent de Clæstone & l’un des quatre lyncheurs d’Ædan.
Âge : 50+. Taille&Poids : 1,77 m, 5’8”. Rondouillard. Visage : Rides du lion. Poitrine & doigts velus comme des toisons. Cheveux, coiffure : Hirsute roux comme un lion. Stetson cuir fauve à lanière rouge ornée de crocs. Yeux & sourcils : Verts tirant sur le jaune avec une pupille minuscule, comme les lions. Sourcils se fondant dans sa pilosité de front & ses cheveux.
Signes distinctifs : Physionomie évoquant le lion.
Tenue : Bandana vert olive.
Rôle : Adjoint ambitieux de Balmœnt & l’un des quatre lyncheurs d’Ædan.
Âge : 22. Taille & Poids : 1,90 m, 6’2”+. Visage : Très hâlé, où les yeux ressortent.
Cheveux, coiffure : Brun. Stetson feutre imperméable à haute calotte en cuir noir à lanière percée de trous. Yeux & sourcils : Cachés sous son chapeau.
Signes distinctifs : Calme, trop calme. Aime écraser sa cigarette sur un morceau de cuir.
Tenue : Bandana noir. Santiags noires en peau de buffle. Éperons. Arme : Whipit gun, shotgun à canon & crosse sciés. Calibre .12, apprécié des hors-la-loi pour sa puissance de feu à courte portée.
Rôle : Homme à tout faire – Jack of all trades – du village, y compris geôlier & l’un des quatre lyncheurs d’Ædan.
Âge : Non précisé. Taille : 1,80 m, 5’9”. Jeune efflanqué plus long de corps que de jambes. Visage : Petites oreilles rondes & décollées. Peau duveteuse constellée de rousseur. Cheveux, coiffure : Tignasse carotte bizarrement implantée sur sa boîte crânienne proéminente, plume plantée sur un chapeau de feutre. Yeux : Céladon.
Signes distinctifs : Pointure si phénoménale qu’on croirait ses chaussures portées exprès pour faire le clown.
Tenue : Bandana, pantalon à bretelles vert anis, chemise d’hiver à rayures écrue, manteau de laine grise.
Rôle : The village idiot, selon la populace, l’apprenti de Mædan, chargé de changer les chandelles de la lanterne. Ne supporte pas les problèmes non résolus : entre stress et curiosité, il teste de son mieux & tant pis si on le traite encore d’imbécile.
Âge : 22. Taille : 1,83 m, 6’.
Visage : Peau claire ne bronzant jamais, teint d’albâtre sans taches, sauf un grain de beauté. Cheveux, coiffure : Blond platine. Stetson blanc à bord étroit & relevé sur les deux côtés. Yeux & sourcils : Bleus à vert clair. Sourcils platine.
Signes distinctifs : Grain de beauté en forme de larme tombant sous l’œil gauche.
Tenue : Bandana ciel. Panoplie blanche ou écrue. Long trench croisé neige.
Monture : Platine, Palomino blanc aux yeux clairs à crinière blonde, 1,50 m ou 14 mains ¾ au garrot. Arme : Colt Peacemaker à crosse ivoire. Canon doré & nickelé calibre .45.
Rôle : Shérif adjoint honorifique de Færwood dès ses 18 ans. En charge de l’enquête Kændra/Ædan. Fils du shérif feu Grænt Nœright. A pour bras droit Rhæsœus Hardbone. En trois mots : theman, the son&the Law. Son patronyme est plus proche de low que law.
Âge : 24. Taille : 1,99 m, 6’5”. Large & allongé, façon gorille. Cheveux, coiffure : Queues de rat ou lianes sombres et poisseuses. Implantation capillaire curieuse & non harmonieuse. Stetson terreux conique. Yeux, sourcils : Tons œil-de-tigre.
Signe distinctif : Everything ?
Tenue : Invariable sans manteau, sauf un lainage au plus froid de l’hiver.
Rôle : Bodyguard & loyal serviteur dévoué de Lœwson.
Âge : 21. Taille : 1,71 m, 5’6”. Plutôt mignonne & bien faite dans le genre fille maladroite. Yeux : Grands, limpides, globuleux & ronds de naïveté gauche,
Cheveux, coiffure : Châtain clair. Nattes.
Tenue : Tablier à volants écru par-dessus une robe verte à pois blancs.
Rôle : Fille d’Ælisabeth Cærlyle, Lœlamæ court après Duncæn sans retenue depuis le décès de Kændra.
Âge : Mystère. Taille : 1,74 m, 5’7”. Yeux : Vert profond, olive. Comme une potion mystère. Petits. Avec une couronne cuivrée. Porte des bésicles noir chaudron. Cheveux, coiffure : Grisonnants.
Tenue : Gilet à multiples poches assorti aux yeux, aux boutons cuivrés. Montre à gousset en laiton patiné.
Rôle : Sauveur de l’ombre d’Ædan. Apothicaire, soigneur, dresseur de chouettesmessagères, and so much more.
Géode ~ Clæstone : 2 h à cheval.
Géode ~ Rivière : A/R 30 min environ à pied. 3 miles par aller, depuis l’accès à la
Nappe. Ajouter le délai depuis les chambres ou le lagon.
Clæstone ~ Færwood : 3 à 4 h.
Clæstone ~ Fosse (en chariot bâché) > 1 h.
Fosse ~ Færwood < 1 h.
Ma bio
Profils des personnages
Ædan Brændon Sparks
Gœran
Mædan Sparks
Kændra Dærkstone
Duncæn Færstone
Bærton Færstone
Balmœnt Dærkstone
Dwænn Hœlloway
FrænkWoodwœrth
Vœrgill
Malcœlm Simpleton
Lœwson Nœright
Rhæsœus Hardbone
Lœlamæ Cærlyle
Germæn Grass
Distances indicatives
ACTION 1
Thirty minutes later
ACTION 2
That evening
ACTION 3
More than thirty minutes later
ACTION 4
ACTION 5
Færwood. Germæn Græss’ apothecary
The Geode, unknown undergrounds
ACTION 6
Flashback. Elsewhere. Inside a house. One night
Somewhere in the secret caves, the Geode
ACTION 7
Many failures later
One evening, while Gœran is out
ACTION 8
At the end of their supper, on the panoramic terrace over the Canyon
Minutes later
ACTION 9
August 1908
Months later, mid-autumn 1908
Flashback. Winter 19079
Back to now
ACTION 10
ACTION 11
The morning after
Meanwhile, Dwænn meets Vœrgill in the sacristy
ACTION 12
ACTION 13
ACTION 14
Minutes later.
ACTION 15
ACTION 16
Thanksgiving Day. During lunch on top of the panoramic Canyon
Early Winter 1908
ACTION 17
Days later
Half an hour later
From December 1908 to February 1909
That evening, at the Færstone’s, shortly after their dinner
ACTION 18
A Sunday in April 1909. Clæstone
Later, at the Hollœwæ’s house
Later that evening. The Lantern
ACTION 19
Clæstone, the next morning. Monday. April 1909
Days later
ACTION 20
Two months later. Early summer 1909. Clæstone
Flashback, after the murder of Frænk Woodwœrth. November 1908
Back to summer 1909. Clæstone
ACTION 21
Clæstone, the next morning, before breakfast. At the Færstone’s
One hour later
Minutes later
ACTION 22
Minutes later
ACTION 23
Meanwhile. The Geode
Minutes later. Close to Clæstone
Clæstone, same day, at lunch time
ACTION 24
Flashback. The night before. The burning pit
Clæstone, at the Færstone’s. Bærton’s room
Flashback. The night before. The burning pit
Clæstone. Afternoon
Endless minutes later
In the evening, until late in the night
ACTION 25
ACTION 26
July 1909. Weeks after Bærton’s escape
Meanwhile, somewhere deep in the galeries
ACTION 27
Clæstone. Days later
Flashback. The last night for Ædan. Winter 1907
ACTION 28
ACTION 29
Later. The Geode. The Lantern
Clæstone
ACTION 30
Flashback. A few hours before. The Canyon
Flashback. Just after the Vœrgill episode
ACTION 31
Flashback Clæstone. Autumn 1907
ACTION 32
At Mædan’s cabin
Same time, the Geode
ACTION 33
The same night
ACTION 34
The next night
The morning after
ACTION 35
Midsummer 1909. At the Geode
Outskirts of Clæstone, at Mædan’s cabin
ACTION 36
At Mædan’s cabin
ACTION 37
The day after, on Sunday
ACTION 38
ACTION 39
The next morning
Minutes later
In the outskirts of Clæstone, at Mædan’s cabin. Thirty minutes later
Merci
Growth mindset & santémentale
Product management, agilité, business, tech
Références décalées
Mains sur les hanches, Ædan regarde Gœran par-dessus son épaule et opine du chef.
— Va récupérer un peu, et rejoins-moi du côté du lagon. We leave at sunset.
Gœran disparaît en flèche vers les Marches et ses quartiers. Il vient de livrer l’information qu’Ædan n’attendait plus. What else ? Il s’éclipse pour laisser ce dernier savourer ce moment seul.
Pour sa première sortie hors de la Géode, Ædan prend-il conscience du changement d’environnement ? Comment réagira-t-il une fois confronté à la réalité concrète ? Son training intensif vaut pour son mental, son physique, sa maîtrise de la nature avec laquelle il a appris à composer et négocier avec ses aléas. Mais face à la nature humaine, tout aussi imprévisible et pas moins impactante… that’s another story.
Ædan décroche d’une branche son Stetson pendu par le creux de la calotte, le replace en biais sur son crâne, cachant l’œil droit, comme si le masque de cuir rouge ne suffisait pas et qu’il gardait sa part sombre dans l’ombre, pour la gracier et châtier, en exposant sa part saine pour la peine et le mérite de voir et d’être vue. Une habitude, un réflexe, une préparation de son conflit mental à sa sortie provisoire comme définitive.
Trop excité pour se reposer, il décide de se rendre au lieu dit pour s’y débarbouiller, se désaltérer, gagner la moindre seconde sur le moment de leur escapade. D’un pas assuré et désormais dûment muni du plan en mémoire, Ædan se dirige vers le point d’eau, écartant le moindre obstacle d’une main de maître du terrain, dans le respect de cette forêt qu’il a domptée, adoptée et comprise.
Cette partie de lui, projection de sa propre essence le dépasse body and soul. Who is he really ? Se traite-il avec la même dignité ? Kændra prenait toujours ce qu’elle désirait, en quête active et permanente de ses intérêts, ses objectifs suivants, sans vergogne ni état d’âme, telle une boule d’énergie qui se rechargeait en puisant celle des personnes gravitant autour d’elle. Et lui qui attendait qu’on lui accorde de l’attention, du mérite, se croyait-il plus digne par son attitude attentiste et passive ? Ou se montrait-il au contraire bien plus présomptueux, en s’évitant le moindre effort, sans rien oser, par peur de l’échec, par honte de décevoir, par couardise ? Au prétexte d’avoir déjà vécu une tragédie qu’il avait en fait niée, laissant son père en porter seul la charge mentale, sans insister pour connaître les circonstances exactes de la mort de sa mère. Comme si différer son deuil lui créait une réalité hybride, une existence encore à sa portée, disponible, under control. S’imaginait-il meilleur que Kændra ? Avec une ambition limitée au status quo, où la paix recherchée ne représente que sa paresse déguisée ? Coupable. De tous les griefs cités. Guilty.
— J’ai tout fait pour ne rien faire, s’avoue-t-il entre les pépiements d’oiseaux, les frous-frous du feuillage chatouillé par le vent et ses pas foulant l’herbe sous ses pieds.
La balade solitaire dans ce cadre routinier et pourtant jamais acquis favorise ces va-et-vient de deep thinking, plus ou moins réguliers, intenses, insistants, charriant avec vigueur ou impuissance ses pensées perdues, qu’il ait envie ou non de les retrouver, de les rejeter. Un moment de réflexion aussi essentiel que les flux et reflux des marées, sa respiration, son pouls. L’homme semble réapprendre à marcher, avec la naïveté de l’enfant ignorant où, jusqu’où, pourquoi, comment, avec qui et quand s’arrêter ou changer de direction.
— Moi, Ædan Brændon Sparks, je me suis assez reposé et dois me relever. Now. It’s time.
Il s’imagine évoluer au cœur de son âme profonde, dont il préserve la pureté, développe la variété, autorise les exubérances, et veille à l’équilibre de l’ensemble. Via cette représentation perceptible des cinq sens, l’homme prend davantage conscience de lui-même, de son existence et potentiel, en quête d’harmonie entre cet idéal et son état actuel, pas près de partir avant de trouver. Not now, not yet.
En quelques brassées de verdure, Ædan atteint le bord de la lagune qu’il longe pour se placer face au soleil couchant.
Une curiosité remarquable pour une grotte d’envergure, favorisée par le hasard de son érosion, par l’inclinaison de la fenêtre-cratère – que l’altitude protège des regards extérieurs, ainsi que la présence de meurtrières et trouées laissant filtrer l’astre ardent côté est comme ouest jusqu’au lac. Comme si jadis, des boulets de canon avaient tenté de percer le secret souterrain, puis abandonné la bataille, laissant derrière eux ces séquelles sur les parois. Des conditions propices au sunset show partiel depuis la Géode.
Ædan repère au passage, parmi les roseaux, un ponton sans âge en bois terne – sublimé grâce à la lumière flatteuse retouchant les couleurs et renforçant le contraste – auquel est attachée une barque de dix-huit pieds à fond plat en bois noir équipée de deux perches en bambou.
Le courant, rapide par la déclivité plus accentuée que celle de la nappe phréatique, favorise la navigation en sens aller, tandis que le retour sollicite davantage d’effort physique.
Gœran préserve l’énergie d’Ædan pour une épreuve dont la difficulté dépend de la distance.
Ædan, le front côté ouest, s’approche de la berge au pied d’un érable argenté aux rameaux chatouillant les flots. Il retire son Stetson, le pose retourné sur la berge à portée de main, détache son masque qu’il engouffre dans le chapeau, puis se penche à genoux et, sans attendre que son reflet fluctuant lui renvoie son image déformée, recueille dans le creux de ses paumes de quoi étancher sa soif.
L’homme brûlé frappe la surface plus que de raison pour la brouiller, décomposer ses traits meurtris en multiples vaguelettes étincelantes et éclatantes de beauté éphémère. Il s’asperge ensuite la figure, plonge la tête dans l’étang un instant et la ressort en rejetant ses cheveux en arrière dans un ballet de gouttelettes cristallines.
Saisissant son cattleman, Ædan se redresse avant que les ondes ne se stabilisent en une image lisse et fidèle aussi pure que cruelle de ses traits. Puis il se repeigne, les doigts dans ses longues mèches foncées par l’humidité, son cuir chevelu brûlé sur deux ou trois morsures du crâne fragilisé, là où la crinière s’effiloche, comme arrachée ou quasi scalpée. Il se frotte les yeux pour finir sa séance fraîcheur.
Ædan s’installe ensuite sur un rocher en forme de poing aux jointures blanchies et nerfs bleus saillants, ramène les genoux vers sa poitrine en les ceignant de ses bras, le regard rivé vers l’astre flamboyant, le chapeau dans le dos pendu aux jugulaires, le masque rangé dans la poche droite.
Un majestueux tulipier repose sur la berge. En fleurs jaunes au cœur orange, pétioles longs et pendants, ses feuilles d’un vert délicat évoquent par leur découpe anguleuse des podiums à trois marches. L’arbuste impose sa présence, le tronc souple se mirant dans l’onde et les ramures penchées au-dessus, retenues dans leur chute par une grâce invisible. Fort de sa jeunesse pimpante, il défie de sa hauteur ombrageuse un magnolia parasol posté pile en face, épanouissant ses larges pétales crème vanille à quelques brassées de là.
Le ciel se pare de couleurs chaudes et lumineuses, à dominante rose nacré, tandis que le soleil – disque safran strié par deux sombres nuages effilés – entame sa descente dans le miroir fluide pour rejoindre son double.
Les paupières plissées, puis la dextre en visière à mesure que les rayons s’intensifient, Ædan contemple le tableau vibrant baigné de remous, lorsque des images furtives et successives de son propre visage se substituent à celui des flots.
D’un trait d’index, il les rature et disperse cette association d’idées, comme pour troubler l’irréalité aquatique les réfléchissant.
Perdu et perturbé, ses sens pourtant en alerte lui orientent la tête sur sa gauche – le sud – vers de larges cercles concentriques ridant la surface de l’étang.
Ædan ressort de sa poche son masque, le repositionne en travers du visage, sa mèche droite coulant par-dessus, et couronne le tout de son Stetson.
Il se redresse sur ses jambes, s’époussette le pantalon et se dirige vers la barque que Gœran prépare en habitué, raclant les couvercles et engouffrant sans ménagement apparent un fatras d’objets dans les compartiments ; des sacs en vrac amortissent la dégringolade des fioles qui tintent et s’entrechoquent dans une confusion de bruits sourds, sorte de protestations étouffées.
Le sunset, à moitié immergé, projette l’ombre du colosse et des roseaux sur les vaguelettes aveuglantes, tel un corps calciné consumé par les flammes.
La nuit du calvaire d’Ædan remonte à la surface en un éclair. Cet inconnu venu de nulle part lui a tendu une main providentielle pour l’extirper du brasier. Cet homme hors normes lui a sauvé la vie. Why ? Vu sa force phénoménale, aurait-il pu s’interposer, seul contre quatre lyncheurs – dont un seul savait se battre –, pour les empêcher de nuire ? Gœran l’aurait entendu crier dans la fosse. Depuis combien de temps au juste ? Frænk, Dwænn, Vœrgill et Bærton étaient-ils armés ?
Pourquoi le soigner, lui redonner goût à l’existence en lui dérobant son bien le plus précieux en échange ? Serait-ce un gage perfide, une dette de sang ? Comment ne pas douter de ses motivations réelles ? Que recherche Gœran et que risque-t-il en restant à ses côtés ? Pourquoi n’insiste-t-il plus pour récupérer son Cœur de magma ?
Au fond de lui, Ædan sait qu’il doit en priorité se renforcer et exploiter les richesses miraculeuses offertes par la Géode aux secrets bien enfouis.
Si Gœran compte se servir de lui, c’est qu’il vaut son pesant d’or. Qui serait assez fou pour aider son prochain sans contrepartie pour sa peine ?
La conscience d’Ædan lui formule des reproches chargés de scrupules, tandis que son instinct de défense lui inspire de tirer le meilleur parti de la situation. Tout en restant sur ses gardes.
— Ædan !
L’appel de Gœran le ramène à la réalité.
— Décroche la corde et grimpe !
En quelques foulées lestes, Ædan monte les marches et gagne le bout du ponton, les planches crissant sous ses pas. Là, il soulève la bosse d’amarrage de son piquet, l’emporte avec lui en descendant à bord pour la glisser sous le dernier banc, sur lequel il s’installe.
Il se saisit de la perche que lui tend Gœran et la plante sur sa droite dans la vase jusqu’à rencontrer une résistance, avant de la pousser vers l’arrière et les éloigner de la rive. Gœran le relaie, du même geste, mais posté à la proue et à bâbord afin de répartir leur poids sur l’embarcation. Un bruit de roulis et un sillage en chevrons confirment leur manœuvre de départ.
Les deux hommes s’activent à tour de rôle, un halo rose doré soulignant leurs contours côté occident, tandis que le reste de leur silhouette se fond dans leur ombre allongée vers l’orient. Les clapotis alternent avec les coups de levier, occasionnant parfois des grincements ou des bruits de semelles de mocassins.
Ædan remarque alors que le colosse est torse nu, lui aussi, sa musculature dorsale et ses biceps de la taille de sa tête remuent au rythme de ses mouvements.
Le fond du lac, quand il est visible sans contre-jour ni reflet parasite, évoque une opale translucide constellée de paillettes irisées.
Le duo dépasse un cygne noir à bec rouge, puis contourne un massif de nénuphars bicolores mauves au cœur d’or, où sautille une reinette orange vif.
Quelques longueurs plus loin, le lagon autour d’eux dégage d’étroites bandes de sable, incrustées de galets brillants comme des pépites et disposés tels des jeux de construction abandonnés à la hâte par des enfants rentrant souper chez eux.
Le soleil, rougi de sommeil, les poursuit de ses rayons nacrés sur leur gauche, se frayant un passage via une bambouseraie vert tendre, puis des saules jaune serin, aux pieds tapissés de feuilles, et une mangrove aux branches tortueuses d’un blanc lunaire. Le cyclope céleste perce via les trouées de la Géode, jouant de son omniprésence dedans-dehors, répandant lumière et chaleur afin d’augmenter son influence et recharger en énergie.
Dans les profondeurs du cocon d’obscurité, la barque atteint la zone fermée du Jardin, le cratère sur le ciel derrière eux tel un lac inversé orange sanguin déteignant sur du mauve.
Gœran lui apparaît par bribes, entrant ou sortant de l’ombre, au gré de la végétation et du relief.
LorsqueÆdan s’apprête à allumer sa lanterne, après un coude vers l’est, des puits de lumière tombent en fins faisceaux limon, dessinant les plis d’une jupe trapèze éthérée nimbant la surface d’une invasion de halos apaisants. Ces avens bénissent de leurs jours les rives bordées de lupins magenta, maïs et indigo au garde-à-vous, avant d’annoncer le tableau suivant : un îlot en forme d’épave brisée, proue piquant vers le ciel, divisant l’étang en deux zones distinctes par leur couleur ; le scintillement des ondulations leur donnant des allures de pierres précieuses à l’état brut : émeraude à tribord, saphir à bâbord.
Gœran opte pour le côté azur, suivi par Ædan.
Une débandade de truites les précède, propulsées telles des boules de billard américain lors de la « casse ».
Les bateleurs longent le rocher unique envahi de mousses et de fougères adoucissant les aspérités grises, avant de découvrir au bout de cette sculpture lacustre un arbrisseau frêle au feuillage délicat découpé – un sweetgum ou liquidambar – dressé en équilibre pour braver les éléments.
Ædan discerne, fasciné, ce jeune rescapé de la nature, que le contre-jour auréole d’un halo de mirage. Subjugué, il admire cette vision par-dessus son épaule aussi longtemps que possible, quand soudain, il note une perte de température et de luminosité, mais un gain de réverbération sonore.
Devant eux, une sorte de montagne sombre intérieure adossée au mur en guise de frontière dévore le décor du lieu secret et isole ce second lagon – d’une circonférence inférieure au principal – telle une crique. Son relief agressif évoque une pâte d’argile terreuse modelée en croissant, puis pincée vers le ciel pour en hérisser les pointes.
Ædan ne distingue même pas la direction de leur bateau, lorsque enfin il entend Gœran interrompre son pilotage pour allumer une lanterne, la soulever devant lui afin d’inspecter ce qui ressemble à une impasse dans les récifs.
Le faisceau jaune flatte d’une dorure chatoyante la surface de l’eau, que le couchant n’atteint pas, et s’étend jusqu’à un point sur lequel Gœran s’attarde, comme s’il cherchait un passager à embarquer caché dans un recoin.
Sans un mot, Gœran pointe l’index à tribord, pose la lampe sur le pontage et pousse leur esquif vers le pied de la masse sinistre persistant à ne révéler aucune issue.
Une fois devant, Ædan découvre une faille s’ouvrant sur un tunnel peu engageant par sa voûte basse et ses stalactites pointues évoquant la maxillaire aux dents acérées d’un caïman géant.
En proie à son imagination, il retient sa respiration, attentif au moindre goutte-à-goutte et clapotis, redoutant de réveiller un monstre sur une distance aussi interminable en apparence que l’eau semble morte et le courant à bout de souffle.
Le bleu du crépuscule les guide vers la sortie exiguë.
À son approche, Ædan se relâche en reconnaissant un murmure caractéristique, familier et apaisant, ainsi qu’une paire de rideaux blancs encadrant la porte vers le firmament.
Gœran éteint sa lanterne.
Ils franchissent l’anfractuosité en se faufilant entre deux chutes d’eau, avant que le courant ne les emporte, précipité par le débit accéléré d’une rivière serpentant au cœur de la forêt. La cataracte pure et limpide contraste avec la silhouette accidentée du relief qui l’abrite. Qui oserait escalader ces pics coupants et abrupts pour découvrir ce qui se cache sur le versant opposé mordu par les nuages ? Quiconque s’aventurerait aux abords trop meubles de la cascade s’y embourberait.
Les étoiles déjà levées brillent de mille feux dans leur écrin cobalt.
Ædan commence à ressentir la fatigue accumulée de ses exercices de la journée.
— C’est encore loin ? dit-il, espérant ne trahir aucune impatience.
Le feuillage se densifie sur chaque rive, bordée de talus encaissés peu accueillants pour d’éventuels promeneurs. Aucune lumière de chaumière ne signale la présence d’habitations. Pas un son, hormis le clapotis, les va-et-vient du bambou balayant les ondes et le murmure des remous.
Puis, le hululement d’un hibou, quelques bruissements de rongeurs dans les broussailles, suivis de leurs piétinements frénétiques sur le sol terreux. Des oiseaux s’envolent à tire-d’aile au-dessus des cimes, traversant la canopée à coups de cris.
Le show permanent de la nature distrait Ædan, qui en oublie le temps passé et l’effort fourni. Yet, sa soif se manifeste, et, sans envisager de ralentir leur trajet, il décide de générer de la salive en suçant un bonbon imaginaire. Au bout de plusieurs aspirations sollicitant sa langue et son palais, il déglutit en se léchant les babines, absorbant un breuvage exquis fictif.
Gœran, depuis leur départ du Jardin, ne scrute que rarement par-dessus son épaule pour vérifier si tout se passe bien à la poupe.
— He trusts me, dit Ædan en poussant son bâton avec vigueur.
Ainsi voguent-ils en suivant le courant et ménageant leurs forces, sur un mile de distance. Les 3,1 mph2 du cours de Færwood, comme le désigne Gœran, les emportent jusqu’à un bassin intermédiaire couvert, où il choisit de faire halte, car la rivière se précipite plus loin vers des rapides et via des zones trop exposées, même de nuit. De là, ils dissimulent l’embarcation dans la cavité, basse comme le dessous d’un pont.
Gœran attrape des effets logés dans le pontage en proue, tend à Ædan des vêtements, puis prépare ses sacs où tintent des bouteilles.
Vêtus d’une chemise et d’une cape sombre, ils marchent le long de la bande de terre rouge bordée de verdure les conduisant au grand jour. Non loin de la plaine que Kændra parcourait en selle pour sa navette Færwood-Clæstone. L’herbe haute frôlerait les flancs d’un cheval et cacherait aisément un homme. La sortie évoque, par la forme combinée de l’arcade et de son reflet fluide, l’esquisse d’un œil en amande comme celui de Kændra, s’ouvrant à mesure sur le firmament étoilé.
De l’extérieur, en revanche, un jeu de récifs en quinconce semble posé en faction devant l’entrée secrète.
— Go back to the boat and wait for me, Ædan. Tu y trouveras de quoi boire dans l’outre sous mon banc, ainsi qu’un sachet de noisettes. Repose-toi, car je te laisserai piloter seul au voyage retour où tu t’installeras à l’avant. Il te faudra réussir à voguer avec une charge plus importante : donc mieux vaut te préparer à cette éventualité.
Ædan saisit l’allusion.
— Une charge comme… plus de mille livres supplémentaires ? suggèret-il, d’un air entendu.
— That’s the idea.
— But, Gœran… I’m staying here ?
Gœran rabat sa capuche très basse sur son visage, ne montrant plus que sa lippe lorsqu’il lui réplique :
— I’ll be back. Dans une demi-heure. You’re not coming with me. Not tonight. Restons discrets. To find Færwood, just follow the lights. Easy. Tu auras d’autres occasions d’effectuer le trajet with or without me.
Il marque une pause avant de déclarer tout haut ce dont Ædan pourrait l’accuser tout bas :
— I know you think I don’t trust you. Mais ce que tu penses n’est que ton interprétation. Ta version des faits. Ni la réalité, ni la vérité absolue. Just your imagination. See you later, Ædan.
Sur ces paroles, Gœran tourne les talons dans un claquement de cape au vent. Sa silhouette encapuchonnée rapetisse dans un bruissement d’étoffe frôlant l’herbe, tel un voilier gonflé au vent prenant le large, le nez pointant vers l’aventure, le risque, l’excitation. Le géant disparaît de la vue d’Ædan à une vitesse-prouesse défiant sa corpulence et son centre de gravité.
Aurait-il honte d’être vu en sa présence ? Ædan, pris au dépourvu par ces last words, en reste figé. N’est-il ainsi plus digne à cause de son aspect défiguré ? Discret ? Certes, il n’arrive pas à la cheville de Gœran pour sa force hors normes, mais pour le reste, Ædan n’a guère à rougir de ses skills. Depuis sa convalescence, Gœran ne lui a jamais adressé la moindre réflexion de nature ni blessante ni liée à son physique meurtri. Never. Et il l’a toujours regardé de face, sans se détourner de son visage à tous les stades de la cicatrisation. Always. Même si le port du masque fourni par Germæn a facilité leur contact quotidien. Ce n’était certainement pas son intention tonight, mais Ædan se laisse néanmoins submerger par un flot d’émotions parasites. Après tout son training, pourquoi ne contrôle-t-il toujours pas cette tendance à réagir au lieu de réfléchir avant d’agir ?
Que me répétait-il déjà ? « Tu souffres plus dans ton imagination que dans la réalité » Selon Sénèque, philosophe stoïque de l’Empire romain.
— Mes pensées ne sont ni la réalité ni la vérité. Just my imagination. Not the facts.Àmoi de surnager dans ces eaux troubles. No need to worry about what’s not checked yet. Easy. So why can Gœran do it and I still can’t ?
Ædan interrompt ainsi ses ruminations d’idées noires en énonçant le problème de vive voix avant de rebrousser chemin.
— It’s OK si je ne réussis pas toujours. Je vais commettre des erreurs. Au début et même ensuite. Mon training, même performant, m’habitue à me fier à mes progrès, me motiver à persévérer, mais ne garantit en rien que tout sera under control everytime. And it’s alright. J’accepte la situation as it is. Nothing more, nothing less. J’ai des faiblesses. Mais cela ne fait pas de moi un homme faible. Juste someone qui s’est trompé, a mal agi, une fois en particulier. J’aurai encore une chance next time. Tant que je suis vivant et conscient, je peux encore prendre de meilleures décisions. I can do it.
Le calme du bassin aurait pu aider Ædan à retrouver la paix, mais la surface réfléchissante crée un risque de stress associé à son traumatisme.
Il hésite à se pencher sur l’eau, puis détourne la tête ; ses souvenirs du calvaire ravivent ses souffrances et sensibilisent ses nerfs tendus, prêts à éclater. Aucun masque, aucune mèche, aucun chapeau ne peut le cacher de lui-même. C’est plus fort que lui. Ces identity crises reprennent le dessus par moments, comme s’il devenait trop sensible, trop vulnérable. Et si ce genre d’expédition inédite y contribuait voire exacerbait ce phénomène ? Comment le supporter encore et encore ?
Ædan observe son bras gauche, soulève sa chemise sous son pardessus : Gœran is right. Hormis ses chéloïdes formant des croûtes brunes invasives et abominables, ses brûlures sont guéries car cicatrisées, même si des années passeront avant que sa peau ne retrouve un aspect esthétique passable. En revanche, ses nerfs conservent la mémoire de ses blessures profondes.
Il serre le poing et ferme les yeux pour clore cette surenchère de négativité, puis accélère le pas pour rejoindre leur embarcation, où il sera mieux installé pour méditer sur ce qui compte.
Le centre-ville se situe à deux miles de là, soit à six minutes au grand galop, contre quatre seulement pour un étalon comme Argile.
Gœran réussit le trajet en quinze minutes de marche rapide et moins au pas de course, les bras moyennement chargés. How can he do that ?
Ædan réoriente leur navire dans le sens retour, s’y allonge, la tête appuyée contre le banc avant, les jambes levées, posées sur le suivant. Les yeux face au ciel, il concentre son attention sur la Voie lactée, étincelante dans son écrin bleu encre, en se demandant combien de lanternes il faudrait réunir pour que ces étoiles brillent autant et soient visibles de si loin.
— Why and for whom ? murmure-t-il. Y aurait-il là-haut une infinité de pères qui attendent le retour de leur fils pour rester ainsi allumées sans faillir ? Howmany ?
Sur ces questions sans réponse, il s’assoupit.
Gœran retrouve Ædan assis en tailleur, les paumes vers le firmament, les pupilles verrouillées sur lui depuis qu’il a deviné sa présence plusieurs yards avant de le discerner dans l’obscurité. Comme une confirmation de son identité par sa silhouette encapuchonnée et son allure phénoménale, que la charge sur ses épaules ne ralentit en rien.
Ædan repense à la nuit où le mastodonte l’a porté à bras-le-corps jusqu’à son cheval, pour se rendre somewhere à Færstone…
But where ?
Gœran ne lui laisse pas le temps de se perdre à nouveau dans des questions sans fin ni réponse, car c’est au tour d’Ædan de mener la barque for the return trip, avec la pente ascendante et à contre-courant. Une épreuve exigeante en focus, sous peine de disperser son énergie.
Ce qu’Ædan compte réussir, surtout s’il espère voguer avec Argile, bien plus lourdqueGœran, et qui ne pourra pas percher avec lui pour avancer.
— Ready, Ædan ?
— Yes, Gœran. I’m ready.
— So, take us back !
Ædan donne un premier coup de perche convaincant, puis un deuxième qui propulse leur esquif sans que Gœran ait besoin d’intervenir. Le regard droit devant lui, la trajectoire ancrée en mémoire, il reste attentif aux milles bruits alentour. Il visualise son cheval, l’imagine à bord, étudie tout ce qui pourrait perturber l’animal sur le parcours et comment y remédier.
Anticiper.
Si Gœran a pu lui sauver la vie via ce cours de Færwood, il doit apprendre à maîtriser cette route, exploiter son mind control et persévérer.
— I can do it, Gœran.
2. 5 km/h.
La météo clémente du lendemain permet à Gœran d’emmener Ædan sur la troisième issue principale, celle qu’il attend avec impatience depuis le début. Celle qui conduit au village de Clæstone.
En fin de journée, Ædan découvre une artère de la galerie Claire, à laquelle ils accèdent depuis le Jardin côté est ; alternance de tunnels fermés et défilés à ciel ouvert, les concrétions calciques au plafond incliné forment des draperies, créant des rosaces, des éventails, des feuilletages dorés.
À la lumière naturelle, Ædan tressaille en voyant certaines parois envahies de racines géantes, sortes de ginsengs évoquant des corps d’enfants acéphales emprisonnés dans la roche.
Le cerveau se laisse impressionner, influencer, tromper, terroriser par ce qu’il croit percevoir de la réalité, alors qu’il interprète les choses à l’image de ce qu’il est habitué à connaître et reconnaître. Comme les visages, silhouettes, formes, sensations, sons humains qu’il a tendance à associer à ce qui l’entoure. Pour le pire comme le meilleur des conséquences possibles. Il faut s’exposer à plus d’expériences, voire explorer et rechercher des preuves scientifiques de ce qui existe, pour entraîner son espritàmieux analyser les situations, sans que les émotions faussent le jugement et déstabilisent les plus vulnérables, les plus conservateurs, les plus insecure face à l’incertitude de la vie.
Ædan ne fait pas exception et réagit de façon irrationnelle, comme les villageois devant l’Ours assoupi, rocher ressemblant à s’y méprendre à un plantigrade figé dans la pierre. Comme s’il pouvait se réveiller un jour d’un maléfice. On serait vraiment capable de souffrir par la seule force de son imagination, comme d’exploiter ce phénomène pour se motiver. Le double face du mental : pile, le mentor, face, le menteur. Qui écouter ?
— It’s alright, se raisonne Ædan tout haut. Ce ne sont pas des corps d’enfants. Just my imagination. Nothing more.
Il inspire et expire afin de calmer son pouls, ses nerfs, toute pensée négative parasite et paralysante. Le physique ne suit pas aussi vite qu’il le voudrait. Et il doit l’accepter, en évitant de se comparer à Gœran l’imperturbable, de lui envier le résultat de ce qu’il est devenu. Il n’est pas et ne sera jamais Gœran. Mais en tant qu’Ædan, il a déjà progressé et appris à apprécier le daily training. Avec ses bons et ses mauvais jours.
Comme la nature, le corps et esprit humains aussi connaissent leurs variations d’humeur, leurs imperfections. Composer avec ces contraintes oblige à évoluer sans cesse.
Le sunset sur sa droite adoucit le décor cadavérique par une teinte pêche exquise, aussitôt éclipsée par un nuage plongeant le mur dans son ambiance macabre.
Cette partie de la grotte, pourtant facile à explorer, lui glace le sang. Son cœur palpite à un rythme tachycardique, tandis qu’un léger frisson escalade sa colonne vertébrale. Même ses propres pas sur le sol participent de son état d’angoisse, sans motif rationnel.
Gœran choisit ce moment pour disparaître, alors qu’un jet de pierre seulement les sépare. Where is he ?
Ædan secoue la tête pour chasser ses impressions et jure de parcourir le trajet aussi souvent que nécessaire pour dompter sa peur. Même les nuits orageuses où le tonnerre ferait trembler les sépultures tandis que sa foudre fendrait les pierres tombales.
Il s’arrête, inspire profondément six fois, retient l’air en apnée deux secondes, avant de souffler par la bouche sept fois. Il accélère le début et décélère la fin pour booster son cerveau et ralentir son pouls. Comme Gœran le lui a appris pour reprendre et son calme et ses esprits.
La galerie ne comportant qu’une voie, Ædan poursuit sans se poser de questions. Même s’il n’entend toujours pas le moindre bruit signalant la présence de son guide. Why ?
Les moutons noirs libèrent le ciel. Ce qui permet à l’ombre de l’homme, allongée par le couchant, de précéder Ædan sur sa gauche, en éclaireur. Pour tâter toutes les parois de ce côté avant qu’il ne les atteigne, et glisser à la moindre plante ou morceau du relief un message, un warning, une excuse, une flatterie, un argument, un conseil.
— Gœran ?
Pas de réponse. Nobody. Deux gouttes glaciales lui pianotent l’épaule. Tels des tapotements de doigts tombant du néant.
Ædan sursaute à ce contact impromptu et par réflexe, saisit son sifflet en sureau pour souffler une note stridente, longue, que la réverbération des lieux amplifie et multiplie d’effets lugubres déchirants. Il renouvelle son appel, plus fort, et insiste, en se gardant de crier :
— Gœran ?
Au bout d’un temps lui semblant interminable, un appel caverneux lui parvient enfin :
— Over here !
Ædan esquisse un move de précipitation, puis se ravise, et le convertit en marche rapide de celui qui se retient de courir, mais disposé néanmoins à le faire si nécessaire. Il se dirige vers le tunnel à l’extrémité droite de la bifurcation, soulagé de deviner la silhouette grandissante et familière de Gœran brandissant une lanterne, et d’entendre leurs pas résonner à l’unisson sur le sol caillouteux à mesure qu’ils réduisent la distance entre eux.
Lorsque leurs faisceaux se rejoignent, ils baissent leurs fanaux respectifs pour éviter l’éblouissement mutuel.
— You didn’t hear me, Gœran ?
— Of course I did ! But I was busy with my lamp. The twilight is falling fast, today. Come on.
Somewhere, dans la forêt intérieure ou extérieure, un engoulevent se manifeste par son cri insolite, à mi-chemin entre des tours de crécelle et le ronronnement exaspérant à deux tons d’une locomotive poussive. Le trajet s’effectue en réalité avec aisance, avec un sol de gravier, terre ocre ou autre pierraille plus ou moins friable. La difficulté majeure vient de la peur autosuggérée d’Ædan. Nothing else.
À quelques minutes de l’issue, lorsque le corps charpenté de Gœran s’écarte devant lui, Ædan aperçoit une sculpture façonnée par la nature, alliance de végétal et de minéral : une cascade circulaire sur un dais rocheux, sorte de saillie en forme de patte levée d’un animal préhistorique, surpris dans une traversée à gué. La couleur comme la composition se dresse à trois yards de hauteur sur deux d’envergure. Indéterminable, car tapissée d’une toison hirsute de mousses et de fougères. Il s’approche de cette source au murmure apaisant et l’observe traverser le sol pour s’écouler à l’étage inférieur, dans une grotte qu’il ne reconnaît pas.
— What’s down there ? Les espaces peuvent se superposer ? s’étonne Ædan, penché au-dessus du gouffre entourant le point d’eau, l’air de s’adresser au vide.
Son écho lui répond en plusieurs fois, répétant sa question en bafouillant, comme si les habitants du sous-sol, pris au dépourvu, se renseignaient entre eux. Par jeu ou pour ponctuer sa requête, Ædan saisit un caillou trouvé par terre et le jette dans l’onde ; mais son envoyé le déçoit par un « plouf » sourd, son poids insignifiant ne créant aucun remous spectaculaire.
— I have no idea. J’ignore comment y accéder, à moins de sauter dans ce puits au bout d’une corde, si tu ne comptes pas y rester prisonnier. De nombreuses grottes sont isolées, ouvertes à la circulation air et liquide, mais impraticables sans un minimum d’équipement. Take your precautions, si tu envisages d’explorer tous les endroits sans moi. Be careful, Ædan.
Pour toute réponse, Ædan devance Gœran d’un pas déterminé, pour lui signifier sa hâte de reprendre leur sortie vers Clæstone.
Au bout du couloir suivant cette fontaine relaxante, ils escaladent une pente faible avant de rencontrer un bloc de pierre plus lourd et large qu’eux deux réunis, où quelques brins de verdure sont piégés sur les côtés, certains jaunis et déshydratés quand d’autres brillent de leur tendre jeunesse.
— Pousse cette porte sur la gauche, il y a un effet de levier.
Gœran veut s’assurer qu’Ædan est capable de le faire sans son aide, mais Ædan ne peut s’empêcher de douter de sa force, malgré toutes les épreuves passées : Gœran is Gœran.
Lisant dans ses pensées, ce dernier ajoute :
— Ne te fies pas aux apparences. Sinon tu faiblis et perds d’avance. Ton seul obstacle, c’est toi-même. Trust me, Ædan.
Motivé par ces mots, Ædan s’avance vers son challenge dépassant les deux yards de diamètre, se positionne de profil, serre les coudes, pousse du buste le haut du corps solidaire, concentre son énergie tout en prenant appui sur ses jambes, prêt à pivoter depuis l’angle le plus favorable.
Un grincement discret le conforte dans sa manœuvre. Puis, comme annoncé par Gœran, le bloc coulisse sur un montant en bois tapi dans l’ombre, et s’ouvre sur un épais rideau de plantes.
Gœran à son tour tend les bras, pour écarter cette fois les guirlandes et grappes de verdure masquant la forêt de Clæstone.
Chatouillé au passage par la cascade végétale, le duo se faufile dans le bâillement et s’extirpe du tunnel.
— Descends de cheval avant de t’engouffrer là-dessous, si un jour tu récupères Argile. Any idea where we are ?
— Nous sommes un peu en contrebas, je ne vois rien d’ici.
— Check que la voie est libre, dit Gœran, les sens en alerte. Le village se trouve sur ta droite, si tu remontes de quelques yards derrière ce grand chêne-liège et sa branche basse qui fait barrière. Go and come back fast !
Ædan tend l’oreille, renifle l’air, immobile, attentif à la moindre vibration du sol signalant la proximité de pas, de sabots ou de roues.
Puis d’un move vif, il s’élance hors de la cuvette coincée à l’ombre d’un bosquet et d’un rocher sombre capable de cacher trois hommes debout, où il marque une pause avant d’atteindre en quelques enjambées un espace dérobé entre les arbres.
Le chemin n’est pas visible, mais il reconnaît la forêt labyrinthique l’ayant piégé tant de fois et qu’il trouve now simple et plate comparée à la jungle du Jardin.
Ædan allonge le cou dans la direction indiquée par Gœran et finit par discerner, le cœur battant, les yeux écarquillés et brillants, au bord des larmes, l’un de ses repères pour se rendre aux stères : le gros rocher criblé de trous à fort calibre sur lequel un amas de touffes brunes s’accrochent, tel un jeune grizzli vautré dessus depuis une éternité. L’Ours assoupi s’est épaissi depuis la dernière fois et ses griffes ont poussé. Après son séjour à la Géode, Ædan se demande s’il ne s’agit pas d’un animal pétrifié par un maléfice qui continuerait à respirer, condamné à hiberner, until someone, someday le réveille d’un geste innocent, d’un mot, à la date où l’enchantement prendrait fin.
L’évocation de ce spot réveille ses souvenirs, ses douleurs et ses nerfs. Il refrène un cri en serrant les dents, se retient de ne pas courir vers… but what ? And why ? Vers ce village qui l’a rejeté ? Vers son père et le terroriser ? Vers sa vengeance ? Celle de Kændra ? Les deux ? What for ? He’s not ready. Il a changé depuis sa convalescence, il y a une saison de là. Yet, il a autant soif de liberté et ne quittera la Géode qu’une fois sûr de reconquérir la sienne, de rejoindre ceux qu’il aime et pour qui il compte encore. If it’s not too late.
Ædan sort de sa torpeur et retourne à l’entrée secrète.
Gœran disparaît after dinner.
Ædan ne sait jamais où il s’éclipse. Depuis qu’il n’a plus besoin de surveillance ni de secours pour son training diurne, son mentor a eu maintes occasions de sortir à son insu.
Il se dirige vers le lagon, to check si la barque y est toujours amarrée. Non. Elle n’y est plus.
What is Gœran doing in Færwood ?
Ædan profite de son absence pour explorer les entrailles de la Géode. Il y songe depuis le début, mais souvent too busy par ses activités diurnes exigeantes sur le physique comme le mental, il ne se le permet que ce jour, sans perdre ni son sang-froid ni son sens de l’orientation.
Même Gœran le lui a confirmé en le guidant à travers les trois issues majeures. He’s ready, s’il réunit trois conditions : motivation, faisabilité et surtout le plan de retour.
Ædan n’est pas comme Gœran : laissé pour mort et mutilé à vie, comment espérer sortir sans se faire repérer, ni risquer de se faire à nouveau traquer tel un indésirable et persécuter par ceux qui tiendront son apparence pour l’œuvre d’un démon ou d’un châtiment divin ?
Cette exploration souterraine compense ses frustrations, trompe son impatience et l’invite à progresser là où il en aurait besoin, changer ce qui peut l’être, se créer ses propres expériences pour assumer ses choix, apprendre à se montrer plus curieux pour s’intéresser à ce qui l’entoure. En plus de découvrir de nouveaux cadres qui challengent ses skills physiques comme son mindset, il sonde les profondeurs de lui-même, les plus sombres, les plus accablantes, des zones que le Jardin n’atteint pas et ne saurait lui inspirer. Il repense au passage de Clæstone et sa fresque monstrueuse qui hantera ses cauchemars tôt ou tard. Comme l’Ours assoupi… comment un mur et un roc peuvent-ils l’effrayer à ce point ? Après les affres du lynchage, il ne devrait plus craindre anything, sinon sa propre inner voice. Éprouver sa peur irrationnelle pour s’offrir une forme de self-control, se créer un safe space dans la Géode. Ædan ne veut plus se laisser vivre et dépendre de la bienveillance d’autrui. Il a compris qu’il devait jouer son rôle dans sa story, et non attendre qu’on vienne le chercher, l’accueillir, l’inviter à participer à celles qui ne matchent pas avec ses valeurs.
Excité par anticipation de l’aventure, il investit les tortuosités situées aux confins de la grotte Amæthyste, sombres night and day. Selon lui, si Gœran lui cache anything, ce serait dans ces étroitures, à la faveur de l’obscurité permanente, là où le manque d’air et l’exiguïté dissuaderaient anyone par l’angoisse inspirée. Les other spots, il les testera with daylight ou en exploitant les avens.
La lanterne consomme l’oxygène d’Ædan et rejette une quantité nocive de dioxyde de carbone. Sans une solution pour améliorer ou préserver l’air, il n’avancera pas dans ces boyaux hostiles. Gœran maîtrise ce dédale géodien autant souterrain que côté Jardin. What’s his secret ?
Il consulte sa montre à gousset, gracieusement offerte par Germæn, qui déclare en posséder une collection, parmi les objets perdus par des voyageurs et les cadeaux de ses contacts commerçants : Gœran ne va plus tarder. Il a perdu beaucoup de temps pour s’équiper et préparer son itinéraire. Et s’il attend que Gœran débarque au lagon, ce dernier parviendra en deux temps trois mouvements à sa chambre, plus proche du Jardin via le Canyon, que du fond des intersections au-delà de la grotte Amæthyste. L’escalier de quatre-vingt-huit marches de la galerie correspondante ne ralentirait guère les foulées souples et véloces d’un hercule proche du félin aux allures de bison. Anyway, le surprendre depuis l’étang permettrait à Ædan de découvrir s’il revient avec des marchandises et où il les entrepose.
Il se poste entre le ponton et les Marches, afin d’épier les moindres faits et gestes de Gœran.
Comment justifierait-il ensuite sa présence hors de son lit à cette heureci ?
— Je lui dirai que je voulais voir chasser les chouettes par cette nuit douce, that’s it, se répète-t-il de vive voix pour tester son argument. Yes. That will do. Believable and simple. OK, I’m ready.
Il a d’abord envisagé un emplacement perché sur un arbre, mais la seule vue panoramique se trouve en réalité sur le plateau du Canyon, et, sans lumière, à moins d’être nyctalope dans ce monde de ténèbres, toutes les formes se confondent en une masse sombre.
Seul un fin croissant de lune est accroché dans le ciel encre ; un sourire radieux motivant sans apporter une quelconque assistance.
Depuis l’anfractuosité lui servant d’abri semblable à une niche de sentinelle, Ædan guette l’étendue argentée.
Une heure. Puis deux. Pas un clapotis ni le plus timide remous à la surface de l’onde scintillante.
Que fait Gœran ? Et s’il était attaqué ? Et l’embarcation endommagée ? Il a peut-être heurté un de ces récifs toujours prêts à fracasser tout esquif trop vif d’allure ? Impossible. Pas Gœran. How many men could possibly fight him ?Àmoins d’être lourdement armés.
Ædan se rend compte que Gœran ne lui a pas appris à se défendre. Uniquement à maîtriser son corps, son esprit ainsi que son environnement. Gœran ne porte sur lui que des lames aiguisées destinées à la chasse. Ædan n’a jamais vu son comparse se servir d’un fusil.
Les nuages de brume masquent la lune, plongeant le site dans le noir et Ædan dans un deep sleep, la tête appuyée contre la paroi de son refuge, les genoux ramenés sous le menton, les bras serrant les jambes, qui finissent par retomber inertes au sol.
Réveillé d’un songe, il scrute le ponton par réflexe. Pour s’apercevoir,dépité, que leur bateau barbote, fixé, sage et paisible à son usual spot. Dans le silence nocturne amplifiant le moindre son, Ædan ausculte la nature pour repérer Gœran. Il maintient son calme pour ne pas se trahir par son souffle haletant ou l’odeur de sa peur. Car Gœran le flairerait tel un prédateur sa proie, par vent favorable. La végétation luxuriante murmure à peine, faute de brise même timorée. La chance lui sourit.
Soudain, il entend un frou-frou de feuillage suivi de craquements de branches et crépitements de broussailles. Le genre de bruits qu’aucun animal ne peut provoquer, connaissant la faune de cette jungle, désormais familière à ses cinq sens, pour en déduire la nature de la créature d’envergure et maîtresse des lieux. Gœran is back.
Ædan tend le cou pour tenter de discerner la lanterne qui trahirait la présence de son hôte. Mais le son s’est évanoui, étouffé, tandis que ses échos diffusent et faussent l’emplacement du colosse. How can he go unseen ? Is he moving in the dark ? How can he do that ? Ædan reste persuadé que Gœran n’a pas encore quitté le Jardin. Il consulte sa montre en se fiant aux éclats métalliques des aiguilles pour les deviner dans le noir : plus de trois heures du matin. S’il avait su, il aurait osé approfondir son exploration.
Gœran finit par monter les escaliers, les mains vides, à part la lampe réglée sur la plus faible lueur, qu’il laisse pendre bas au bout du bras, la cachant ainsi durant son parcours parmi les hautes fougères et autres buissons.
Oh, that’s why. Everything’s clear now. Tout s’éclaire. Gœran doit avoir une boussole dans la tête ainsi qu’une mémoire sensationnelle pour s’orienter sans se perdre dans un relief si complexe et semé d’embûches. Le genre de prouesse ayant permis au colosse de l’extirper de la fosse infernale.
Lorsque le noir de la galerie gobe Gœran tout entier, Ædan sort de sa cachette, traverse en hâte la forêt jusqu’au Nichoir, avant de marcher à rebours vers les degrés du Canyon et suivre les traces de Gœran pour rejoindre sa chambre. Un subterfuge que lui a enseigné ce dernier, selon les techniques amérindiennes pour brouiller les pistes.
