Coeur Mécanique - Cyrielle Joannard - E-Book

Coeur Mécanique E-Book

Cyrielle Joannard

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Beschreibung

L'avenir de Mélody était déjà tout tracé : réussir le concours d'entrée d'une prestigieuse école d'ingénieurs ou, dans le cas contraire, travailler dans le garage de son père. C'est sans compter sur sa soeur Léana qui la traina de force au bal du gouverneur, où elle fit la rencontre d'un client plutôt particulier.

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Seitenzahl: 178

Veröffentlichungsjahr: 2020

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Sommaire

Prologue – Le dôme 348

Chapitre 1 – Altercation

Chapitre 2 – Invitation

Chapitre 3 – Préparation

Chapitre 4 – Réception

Chapitre 5 – Excitation

Chapitre 6 – Contemplation

Chapitre 7 – Disparition

Chapitre 8 – Explication

Chapitre 9 – Hésitation

Chapitre 10 – Confrontation

Chapitre 11 – Tergiversation

Chapitre 12 – Réparation

Chapitre 13 – Intervention

Chapitre 14 – Indiscrétion

Chapitre 15 – Décision

Chapitre 16 – Répétition

Chapitre 17 – Manutention

Chapitre 18 – Infiltration

Chapitre 19 - Résolution

Chapitre 20 – Réflexion

Chapitre 21 – Irruption

Chapitre 22 – Discussion

Chapitre 23 – Dévotion

Chapitre 24 – Confrontation

Chapitre 25 – Evasion

Chapitre 26 – Accélération

Chapitre 27 – Proposition

Chapitre 28 – Solution

Chapitre 29 – Organisation

Chapitre 30 – Explosion

Épilogue

Prologue – Le dôme 348

Notre histoire commence sous le dôme 348. Il ne se situe pas entre les dômes 347 et 349, comme on pourrait le penser. C'est seulement le 348ème dôme à avoir été construit pour sauver l'humanité.

Les guerres à répétition, le nucléaire, la pollution ont un jour contraint l'Homme à se protéger de son environnement, devenu bien trop dangereux. Dehors, les pluies acides ravageaient les sols et la végétation, le soleil était devenu bien trop brûlant, l'air irrespirable. La nature avait disparu, la Terre était devenue hostile et l’espèce humaine était menacée d’extinction.

Pour sauver la population, les différents gouvernements mondiaux avaient décidé de construire ces dômes, d'immenses cloches réalisées dans des matériaux nouveaux et d’une résistance hors du commun. Ces gigantesques infrastructures pouvaient contenir une grande ville ainsi qu’une partie de la campagne environnante, permettant à l'humanité de survivre le temps d'en construire d'autres, similaires, tout autour du globe.

À l'intérieur, le climat était reconstitué à l'aide de grandes toiles tapissant les parois du dôme, reliées à des générateurs de pluie ou de froid. L'ensemble étant connecté à la base centrale, les météorologues reconstituaient suivant les saisons le temps qu'il allait faire et les températures adéquates. Les prévisions annoncées dans les journaux étaient donc toujours respectées à la lettre.

À la tête de chaque dôme se trouvait un gouverneur, l'équivalent d'un maire de la ville, accompagné de ses conseillers. Il n'était pas élu, c'était simplement celui qui avait financé le dôme. Ainsi, chaque homme d'affaires ayant assez d'argent pouvait s'offrir une petite ville où des colons venaient emménager pour reconquérir la surface de la Terre et sauver l'espèce humaine. Certains de ces gouverneurs se révélaient être de bons politiciens, d’autres, moins scrupuleux, de vrais tyrans.

Le gouverneur du dôme 348 était Bayron Eudon, un riche homme d’affaires dont les ancêtres avaient pu se permettre de financer un tel édifice. Son entreprise avait fait fortune en développant le système de simulation météorologique utilisé dans tous les dômes. Bayron Eudon se révélait être un très bon dirigeant qui veillait au bonheur de ses citoyens. Il gouvernait certes parfois d'une main de fer, mais prenait garde à ce que les citoyens ne manquent jamais de rien et entretenait des relations amicales et prospères avec les autres dômes.

Son fils aîné Lysandre était prédisposé à prendre sa suite, en tant qu'héritier de la famille Eudon et de l'entreprise Weather Technology. Il étudiait depuis son plus jeune âge les sciences économiques et politiques, la géographie, la philosophie et il aimait également beaucoup les sciences comme la physique ou l’astronomie. Lysandre passait également beaucoup de temps avec son père, afin d’emmagasiner un maximum de savoir avant de devoir un jour prendre sa place.

Le jeune homme, en plus d'être un élève brillant, était particulièrement agréable à regarder. Toutes les filles de hautes familles ou non, du dôme 348 et d'ailleurs auraient payé cher pour devenir l'épouse du futur gouverneur. Néanmoins, Lysandre ne se pressait pas tant que ça pour choisir sa future compagne, ce qui agaçait fortement sa mère. Les parents du futur gouverneur décidèrent donc d'organiser un grand bal afin qu'il rencontre de nombreuses jeunes femmes venant de différents horizons. Parmi elles se trouverait peut-être la future Madame Eudon...

Chapitre 1 – Altercation

- Comment ça ? Vous ne pouvez pas la réparer avant demain soir? Et comment suis-je censé me rendre au bal du gouverneur, je vous le demande ?

Le jeune homme frappait d’agacement sa canne sur le sol pavé de l'atelier afin d’extérioriser son mécontentement. Ses mains se crispaient sur le pommeau en argent finement ouvragé, faisant s'étirer le cuir noir de ses gants luxueux.

- Vous pouvez en louer une. Si vous le désirez, nous pouvons vous mettre en relation avec l’un de nos partenaires, lui répondit la jeune fille qui tentait de le calmer, cherchant des prospectus à l’intérieur de son comptoir.

La demoiselle avait les joues mâchurées de traces de poussière et de graisse, signe qu’elle-même mettait les mains dans la mécanique. Elle s’essuya machinalement avec la manche de sa chemise retroussée, ce qui ne fit qu’étirer la trace brune sur sa pommette.

- Beaucoup de voitures et d’autres machines ont été déposées avant la vôtre, reprit-elle, elles sont donc prioritaires, monsieur. Je suis sincèrement désolée, mais votre véhicule ne sera pas disponible avant deux jours.

La pauvre mécanicienne essayait tant bien que mal de calmer son client, en vain. Elle réajusta ses lunettes de protection sur son front avant de finir de remplir les papiers pour la réparation.

- Vous pouvez être désolée, lui aboya-t-il à la figure. Vous avez de la chance d’être le dernier garage ouvert aujourd’hui, sinon j’irai voir ailleurs sur le champ ! Et je ne vous parle pas de la mauvaise publicité que mes relations sont capables de vous faire !

Lysandre griffonna sa signature sur le bon de réparation. Son écriture d’habitude fine et élégante perdait toute sa beauté dans sa rage et sa précipitation. Il jeta les clés de son véhicule hybride dernier cri à la figure de la technicienne avant de s'éloigner en grommelant. Alors qu'il s’apprêtait à sortir du garage, il s'écria, plus pour lui-même que pour la jeune fille :

- Vous ne savez pas qui je suis ! Sinon, vous ne me traiteriez pas de la sorte !

Une fois ce désagréable client suffisamment loin, le sourire forcé par le professionnalisme de Mélody s’effaça instantanément. C'était exactement le genre de personne qu'elle détestait. Alors qu'il devait avoir vu le jour au sein d'une famille riche ou importante, ou les deux à la fois, il se croyait absolument tout permis, profitant de chaque instant pour faire savoir à tout un chacun qu'il leur serait toujours supérieur. Heureusement que le gouverneur Bayron ne se comportait pas de la sorte, pensa-t-elle. Naître avec une cuillère en argent dans la bouche ne leur donnait pas tous les droits.

- Merci ! dit-elle finalement à contrecœur, même si elle savait qu’il ne l’entendrait pas. Et passez une bonne soirée chez le gouverneur ! continua-t-elle à mi-voix, une pointe de moquerie dans ces mots.

Le fils de Bayron se trouvait justement trop loin pour entendre ces dernières paroles. Lysandre héla un taxi pour rentrer chez lui au plus vite, car il devait se préparer pour le bal. Il n'aurait pas eu l'utilité de son propre véhicule puisque la réception se déroulerait dans l'immense demeure appartenant à sa famille. Il voulait cependant faire conduire tous ses amis par son chauffeur personnel, afin de bien leur montrer à quel point il était bon, généreux, mais aussi que sa famille était la plus riche et importante du dôme. Selon lui, cela lui permettrait de conserver leur sympathie ainsi que sa position sociale. Une panne au mauvais moment lui avait fait revoir ses plans, et le manque de professionnalisme de la jeune femme n'aidait en rien.

Pendant le trajet, la tête appuyée contre la vitre, il repensa à son court échange avec l’employée du garage. Elle aurait pu être jolie, si elle ne passait pas sa vie le nez au fond de machines en tout genre. Et puis pour qui se prenait-elle ? Il avait vu son regard excédé quand il avait commencé à s'énerver. Elle aurait dû réparer sa belle voiture nouvelle génération en priorité, car personne ne devait le faire attendre. Après tout, il était Lysandre Eudon. Son père, en plus d'être le gouverneur du dôme 348, possédait de nombreuses usines qui faisaient travailler une énorme partie de la population ! Même la jeune mécanicienne qu’il venait de rencontrer gagnait sa vie en réparant les machines de son père. Elle devait lui en être reconnaissante !

Mais Mélody ne l'avait pas reconnu et lui-même était trop fier pour se présenter, croyant que tout le monde le connaîtrait sous le dôme. Tout ce qu'elle savait de Lysandre, c'est qu'il était un brillant jeune homme destiné à prendre un jour la place de son père. Elle ne regardait ni les écrans d'informations et très peu la télévision, préférant les bons vieux journaux en papier recyclé, et ne savait donc pas à quoi ressemblait le garçon. En réalité, elle n’en avait pas grand-chose à faire.

Lorsqu'il arriva chez lui, toute trace de cette altercation s’était évaporée de son esprit. Lysandre devait maintenant se préparer pour le grand bal. L’évènement était donné en son honneur, ainsi se devait-il d'être irréprochable et ne devait surtout pas être en retard. On ne pouvait y entrer que sur invitation officielle du gouverneur, même si une grande partie du dôme était conviée, surtout les jeunes filles.

Car le but était bien évidemment de trouver la future Madame Eudon, avant que Lysandre ne prenne ses fonctions de gouverneur. Outre la prestance sociale qu’assurait le fait d'être accompagné d'une jeune fille de bonne famille, cette dernière devenait indispensable afin d'offrir un héritier à cette importante famille. La tâche était donc capitale, bien que le procédé soit vieux comme le monde, tout droit sorti d’un conte de fées.

Chapitre 2 – Invitation

Comme d’habitude, Mélody travaillait sur les machines et les véhicules de ses clients. La jeune fille analysait chaque panne et réparait au mieux ces magnifiques mécaniques qu'elle affectionnait tant. Après tout, elles étaient toujours bien plus sincères que les humains. Si elles ne fonctionnaient plus, c'est qu'il y avait un problème. Sinon, elles tournaient comme des horloges, c'était aussi simple que cela. Alors que chez les humains, il y avait toujours des apparences à respecter. Il fallait souvent montrer que tout allait bien alors que même quand ce n’était pas le cas. Les machines étaient bien plus faciles à comprendre.

La jeune mécanicienne s'extirpa de dessous la voiture électrique qu'elle venait de réparer et essuya ses mains crasseuses dans un bout de chiffon. Il lui restait quelques soudures de carrosseries et un peu de polissage à faire avant de terminer sa journée. Elle ne s'en plaignait pas, toujours heureuse de chouchouter ses petites protégées.

Bien qu'elle travaillât seulement dans le garage de son père, Mélody était une passionnée de mécanique sous toutes ses formes. La jeune fille était capable de réparer n'importe quelle machine, n’importe quel système, de n'importe quelle marque, pourvu qu'on lui laisse carte blanche. Cela prenait parfois un peu de temps, mais cela en valait la peine. Mélody arrivait toujours au bout de ses réparations qui avaient parfois des allures de véritables casse-têtes.

Pourtant, la jeune fille n’aspirait pas à travailler toute sa vie dans le garage de son père. Son plus grand rêve était d’intégrer la prestigieuse Académie Mélusianne, école d’ingénieurs reconnue dans tout le dôme 348, le pays, voire le monde entier. Depuis qu’elle avait obtenu son diplôme de fin d’études, Mélody tentait sa chance au concours d’entrée, mais sans résultat. Cette année signerait sa troisième et dernière tentative. La jeune fille s’était promis que, si elle échouait de nouveau, elle se contenterait de travailler avec son père dans ce petit entrepôt. Elle n’était pas à plaindre ici, elle aimait même beaucoup son travail, mais elle aurait avant tout aimé concevoir toutes ces machines, leur donner vie, au lieu de seulement les réparer.

Alors qu'elle repositionnait ses lunettes de protection sur ses yeux et s'apprêtait à réaliser sa soudure, Simon, son père, pénétra dans le garage.

- Salut chérie, je suis rentré !

Il déambula entre les machines en tout genre pour se frayer un chemin jusqu’à sa fille aînée. Le garage avait pas mal de travail ces derniers temps, et l’atelier commençait à ressembler à un véritable bric-à-brac de pièces métalliques, de moteurs, d’outils et de plans. Malgré ce chaos apparent, Mélody et son père se retrouvaient parfaitement dans leur travail et rendaient toujours leurs commandes dans les temps à des clients plus que satisfaits.

Simon avait dû s'absenter pour rencontrer des fournisseurs et revenait le courrier entre les mains. C’était un homme plutôt grand aux cheveux grisonnants. Sa carrure pouvait paraître un peu frêle à première vue, mais il ne fallait pas s’y méprendre. Il avait transmis sa passion du bricolage et de la mécanique à sa fille aînée depuis son plus jeune âge. Mélody était devenue une jeune fille, mais il la voyait toujours comme l’enfant qui se déplaçait gaiement dans tout l’atelier au volant d’une petite voiture jouet.

- Papa, arrête de m'appeler comme ça ! protesta-t-elle. Tu sais pertinemment que je déteste les surnoms !

Son père haussa simplement les épaules avant de poursuivre.

- Ah ! Ta sœur et toi venez enfin de recevoir votre invitation pour le bal ! Je désespérais de les voir arriver.

- Ça tombe bien, reprit la jeune femme, parce que je n'irai pas ! J'ai encore du travail.

Mélody remit ses lunettes de protection sur son visage. Simon détourna les yeux pour ne pas voir la lumière dégagée par l'arc électrique créé par le travail de sa fille, afin de ne pas se brûler les rétines. Sa voix se montrait pleine de remontrances.

- Mélody, enfin, tu ne peux pas passer ta vie seulement entre les réparations et les révisions ! Je sais bien que c'est ce qui te plaît, mais il te faut voir du monde, et non t'enfermer ici ! Tu devrais profiter de cette soirée pour revoir tes amis du lycée, prendre un peu l’air !

Elle fit une pause dans son travail et releva ses lunettes sur ses cheveux bruns, puis planta son regard dans les yeux de son père.

- Mais je ne veux vraiment pas y aller ! La soirée sera remplie de gamins pédants, de jeunes filles en chaleur devant le moindre bellâtre et les plus âgés seront seulement à la recherche du meilleur parti pour leurs enfants. Alors à moins que tu ne comptes sur moi pour compter les points, ma place n'est pas là-bas.

La technicienne réajusta ses lunettes de protection et reprit son travail là où elle l'avait interrompu. Elle croyait avoir clos le débat, mais son père ajouta :

- J’aimerais pourtant vraiment que tu y ailles, au moins pour accompagner ta sœur.

La sœur cadette de Mélody, Léana, avait trois ans de moins que son aînée, mais elle était déjà en âge de se marier et l’avait bien compris. Bien plus féminine que la jeune mécanicienne, elle avait déjà commencé à faire tourner de nombreuses têtes, mais surtout à s’embourber dans des relations désastreuses avec des hommes qu’elle croyait à chaque fois être l’amour de sa vie.

- Elle est bien assez grande pour y aller seule, non ? intervint Mélody. Et puis au pire, tu n'as qu'à l'accompagner, toi.

- J'aurais bien aimé, mais on ne m’a pas invité, il n’y a que vous deux, répondit Simon. Et je serais bien plus rassuré si tu y vas avec elle. Vous n'êtes pas obligées de rentrer très tard, mais je suis certain que Léana sera heureuse de partager ce moment avec toi.

Malgré le grésillement produit par l'arc électrique, Mélody entendit le ton suppliant de son père, à qui elle ne pouvait jamais rien refuser. Depuis la mort de sa mère, alors que la jeune fille entrait seulement dans l’adolescence, Simon et ses filles étaient devenus très proches et veillaient étroitement les uns sur les autres. Elle termina son ouvrage et retira une ultime fois ses lunettes rondes, regardant son père dans les yeux.

- Très bien, soupira-t-elle finalement en capitulant. J'irai avec Léana. Mais ne t'imagine pas nous voir revenir avec un mari, finit-elle par le taquiner.

- Il sera difficile de trouver un homme qui vous supporte l'une et l'autre, encore plus ensemble ! dit-il en souriant. Je remonte annoncer la nouvelle à ta sœur, rejoins-nous vite, il va falloir te changer et te refaire une beauté !

Il s’éclipsa, remonta les étroits escaliers qui donnaient directement à l'appartement de la famille Pane, situé juste au-dessus du garage.

Laissée à ses pensées, Mélody termina rapidement, mais habilement son travail et rangea tous ses outils. Au bal du gouverneur, elle rencontrerait d’une part des personnes de son âge, mais provenant d'un tout autre milieu social, mais également des enfants issus de familles modestes, tout comme elle. Le mélange des genres promettait d'être intéressant, même si ce genre de réception ne l'enchantait guère. Se pomponner, s'habiller comme une Lady et en imiter les manières, c’était très peu pour elle. Mais elle le faisait pour faire plaisir à son père, et surtout pour sa sœur.

Léana ressemblait bien plus à leur mère. Emelyne avait été une grande danseuse. Elle s’était produite dans les plus grandes salles des dômes alentour et était reconnue par ses pairs. Son mariage avec un mécanicien de la classe moyenne avait surpris toute sa profession, mais elle n’en avait eu cure. De leur union, deux magnifiques petites filles avaient vu le jour, mais la maladie vint l’emporter alors que ses enfants étaient encore très jeunes. Léana avait voulu suivre les pas de sa mère et enchaînait les cours et les auditions, mais ne trouvait encore aucune place au sein de ballet ou de spectacle. Elle était donc devenue serveuse dans un des plus grands restaurants du dôme, le Shift, afin de payer ses cours et de participer aux frais de la famille. La jeune femme côtoyait chaque jour les plus gros bonnets du pays et plus encore. Elle se laissait parfois aller à rêver d'être une dame de la haute société, à leur place, qui lui permettrait sans doute d’entrer plus facilement dans les plus grandes salles. Mais se contentait de faire son travail du mieux possible. Ce bal était ainsi l'occasion rêvée pour la jeune fille de jouer à la Lady et peut-être de se trouver un futur mari.

Mélody sourit en pensant à sa sœur virevoltant au bras des meilleurs partis du pays, mais se préparait à devoir lui annoncer la triste vérité ; elles n'étaient pas assez bien nées pour prétendre à une telle union. Leurs parents n’étaient pas un bon exemple, leur union n’étant pas vraiment acceptée par la famille de leur mère. L'aînée se fichait pas mal de ces problèmes conjugaux, bien plus à l'aise dans son garage, mais Léana était bien plus sensible et surtout fleur bleue. Il lui faudrait la ménager.

Elle termina de ranger ses outils puis se dirigea vers son appartement. Mélody pensait manger tranquillement avant de chercher une robe dans son placard, dont l’existence était sans doute improbable, mais au moment même où elle passa la porte, un ouragan de rubans et de tissus chatoyants s'acharna sur elle, l'emportant au fond du minuscule appartement.

Chapitre 3 – Préparation

Bayron et son épouse Abygaïl supervisaient les derniers préparatifs pour la réception du soir qui aurait lieu dans le grand hall de la propriété des Eudon. Alors que le gouverneur s'émerveillait sans cesse lors des installations, son épouse était bien plus exigeante et intransigeante.

- Oui, merveilleux, s’exclama Bayron lorsque ses domestiques installèrent dans la salle de lourdes statues antiques provenant de sa collection personnelle. Mettez ça ici, ce sera parfait !

On disposa habilement dans chaque coin de la pièce, suivant les instructions de leur propriétaire, des sculptures représentant des divinités presque oubliées par la population des dômes. Le gouverneur était un passionné d'art et d'histoire, aussi se faisait-il un devoir de conserver et parfois de montrer ces précieux vestiges du passé.

Le gouverneur était un homme de haute taille, bedonnant et affichant toujours un sourire éclatant. Ses cheveux bruns blanchissaient au fil du temps de même qu'ils se raréfiaient sur le haut de son crâne. On pouvait lire dans ses yeux bleus toute la bienveillance et l'amour qu'il portait à ses proches et à ses citoyens, même s’il savait parfois faire preuve de sévérité, pour le bien du dôme. Bayron était un dirigeant très apprécié par son peuple et faisait figure d'exemple au sein de certains autres dômes.

- Mais enfin, que faites-vous ? bouillonna Abygaïl en sermonnant une jeune fille qui installait des bouquets de fleurs sur les tables. Ce n'est pas la bonne couleur ! Celles-ci vont là-bas ! Et cette composition est absolument immonde ! Je vous prierai de m’en rapporter une décente !

La jeune femme intervertit les vases et s'éloigna le plus rapidement possible avec ladite œuvre florale source du dégoût de sa maîtresse. La grande dame était très à cheval sur les apparences, et le moindre détail se devait d'être irréprochable pour la réception donnée en l'honneur de son fils. Il fallait que tout soit absolument parfait !