Concours ADELI 2023 -  - E-Book

Concours ADELI 2023 E-Book

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Beschreibung

En l'an 2023, l'association ADELI, organisatrice du concours de science-fiction, a rassemblé de nombreux passionnés de l'écriture. L'évènement était dédié à l'exploration de la transition écologique. Au travers de ces nouvelles, ADELI aspire à vous offrir une réflexion sur l'avenir et à vous initier aux mystères inexplorés de l'écologie. Le jury du concours a sélectionné les 12 meilleures nouvelles dans ce livre.

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Seitenzahl: 96

Veröffentlichungsjahr: 2024

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Sommaire

Préface – François Vanglabeke

Scientia potentia est – Sandrine Gachiniard

Sobriété choisie, sobriété heureuse ! – Rémy Gourdon

L'interprète – Laure Turmel

Bulleville - Pierre Hocq

La cité des coquilles vides – Sarah Auvray

Mirabelle – Isabelle Giraudot

Two Bees or no Bee, that is the question Paulette Beffare

Anna – Jonathan Guscioni

La fête – Gilles Colliot

Programme climatique – Nicolas Skinner

Genèse dévoyée – Constantin Louvain

Paradis abyssal – Jean K Saintfort

Remerciements

Préface – François Vanglabeke

Où on ne l’attend pas

À l'heure, où les IA génératives s'installent là où on ne les attendait pas, où il ne suffit que de quelques phrases pour avoir une image ou un texte qu'aucun être humain n'aura composé, la création artistique doit rester une préoccupation majeure.

On écrit toujours pour quelqu'un. Pour soi, déjà, sentir le flowcourir du cœur à la plume (même si elle est dématérialisée) lire ses personnages prendre vie et laisser guider sa main par un intrigue construite au fur et à mesure. Pour le plaisir incomparable que cela procure, quand le bon mot, la belle phrase, le retournement habile de situation surgit, comme venu du néant.

Ensuite, on écrit pour un lecteur. Mais si ! On en a tous un. Un frère ou une sœur, un père, un ami, une compagne, qui nous lira avec délice et n'hésitera pas à mettre le doigt sur le défaut qu'on n'avait pas vu, avec plus ou moins de délicatesse, ce dont on lui saura gré, à chaque fois...

L'IA trouve des applications dans de plus en plus de domaines, et ce n'est pas près de s'arrêter. Dans le médical, elle analyse les signaux faibles de vos check-up pour anticiper les maladies graves.

À l'usine, elle pilote des chariots autoguidés et des cobots1. Au bureau, elle prend vos rendez-vous et répond à vos courriels. Vous partez en voyage à l'étranger ? C'est elle qui traduira vos questions... Et vous servira peut-être de guide.

Alors, l'IA : un outil pour la transition écologique ?

Les solutions sont aussi connues que multiples : des flottes de véhicules autonomes en autopartage pour désengorger nos villes ; le pilotage de réseaux électriques de la taille de continents ; des drones dotés de capteurs capables de détecter si les fruits sont mûrs ou la culture menacée par un parasite ; la mesure et l'analyse de la qualité de l'air et de l’eau, et les innombrables recoupements pour la détection de pollutions.

Voilà pour ce que l'on nous annonce.

Mais il y a aussi ce que l'on ne voit pas forcément, ce qui commence par et si..., ce qui nécessite parfois de prendre des chemins de traverse, de faire preuve d'imagination, de se projeter.

Sandrine Gachiniard, notre lauréate, nous emmène là où nous ne serions peut-être pas allés seuls.

Mais pas d'inquiétude, elle nous tient la main le temps de la lecture de « Scientia potentia est » son récit.

Vous le trouverez dans ce recueil parmi 12 autres nouvelles, comme les 12 mois d'un calendrier qu'on effeuille trop vite, comme une course contre la montre, contre le réchauffement, contre l'accélération elle-même.

Vous y trouverez aussi des sociétés déshumanisées régies par des IA, des programmes tellement autonomes qu'ils s'autoproclament sauveurs de l'humanité, mais aussi des algorithmes capables de communiquer avec rien de moins que le vivant.

Je vous l'avais dit : l'IA est là où on ne l'attend pas...

François Vanglabeke, lauréat du concours ADELI 2022

Le jury à l’unanimité a désigné Sandrine Gachiniard pour sa nouvelle « Scientia potentia est ».

La couverture a été réalisée par Clémence Herman, lauréate de notre concours d'illustration.

Nous vous souhaitons autant de plaisir à découvrir ces récits que nous en avons eu.

Bonne lecture !

Merci à tous pour votre participation

et bravo !

Rendez-vous est pris pour 2024

L’ordre des nouvelles ne correspond pas à un classement hiérarchique, mais à un choix éditorial afin de varier les genres et l’univers.

1 Robots collaboratifs

Scîentîa potentia est – Sandrine Gachiniard

— Papa, tu fais quoi ?

Victor lève la tête, passe une main couverte de graisse sur son front, se tourne vers son fils. À sept ans, Adam se montre particulièrement curieux.

— J’entretiens la voiture de papi. Même s’il est interdit de l’utiliser, j’aime savoir qu'elle peut démarrer au premier tour de clé.

— C'est quoi une clé ? s’enquiert le petit curieux.

Le père soupire, conscient que l’interrogatoire peut ainsi durer des heures.

— Il s’agit d’un objet, en général métallique, qu’on utilisait pour ouvrir des portes ou faire démarrer des engins. Avant que tout fonctionne avec une commande biométrique... Tu sais, quand tu poses ton doigt sur le lecteur vert ! ajoute-t-il, anticipant la question qui va suivre.

— Ah...

Le garçonnet se désintéresse immédiatement du sujet, file en courant voir sa mère qui revient de son jogging quotidien. Imbibée de transpiration, la quadragénaire s'arrête sous le porche de la maison familiale pour échapper à la chaleur étouffante.

Une stridulation puissante résonne. Elle consulte le bracelet qui ne quitte jamais son poignet. Un message lumineux se détache en lettre rouges. Taux d’effort inférieur à la dose requise. Repartez pour dix minutes allure rapide !

— Et m... ! s’écrie la femme en couvrant ses oreilles à l’aide de ses paumes de mains pour échapper au son qui lui vrille les tympans.

Excédée, la silhouette s’élance dans l’allée, sans même un regard pour son rejeton.

— Pourquoi elle est en colère, maman ? demande le petit avec des trémolos dans la voix.

— Parce qu’elle aurait aimé rester avec toi, mais que pour être en forme, elle doit encore courir...

— Mais pourquoi c’est le bracelet qui décide toujours de ce qu’on mange et de quand on dort ?

Victor dessine une nouvelle trace sombre sur son visage lorsqu’il le frotte avec perplexité.

— C'est une bonne question, mon lapin...Il y a des machines qui calculent beaucoup de choses avec précision, bien plus et bien plus vite que ne le ferait un humain.Du coup, elles savent ce qui est bon pour nous et la planète... et ce qui ne l’est pas.

— C’est pour ça que je ne peux pas regarder Pat Patrouille longtemps sans que mon bracelet me pique ? veut savoir le petit bonhomme en se frottant le poignet.

La simple évocation de la petite impulsion électrique qu'il reçoit lorsqu’il dépasse le quota d’énergie qui lui est allouée le met mal à l’aise.

Son père le prend dans ses bras, dépose un baiser sur sa joue rebondie, un œil fixé sur la caméra de rue qui enregistre chacun de leurs gestes.

Aucune alarme ne retentit. La marque d’affection n’a donc pas été perçue comme une agression sexuelle sur mineur. Ouf !

Quinze minutes plus tard, Leonora passe le seuil de la porte, essoufflée. Plaquée contre le battant de PVC, elle se laisse couler sur le sol.

— Ça va, ma chérie ? s’inquiète son mari.

— Non ! J’en ai marre que ce fichu bidule décide de tout à ma place. J’avais couru largement plus que mon attribution, ce matin. J'ai l’impression qu’il m'en rajoute tous les jours, pas toi ?

Victor réfléchit.

— Maintenant que tu en paries... Depuis une semaine, je trouve que mes entraînements de natation traînent en longueur. Il y aurait un bug dans le système ?

L’homme a une confiance absolue en la capacité d’analyse de son épouse médecin. D’un naturel plus distrait, rêveur, il se dit qu’il n’a peut-être pas prêté attention à des modifications mineures.

— Eh bien...

Elle se rapproche de son mari pour chuchoter au creux de son oreille. Toutes les maisons sont truffées de caméras et de capteurs pour lesquels Leonora a peu d’appétence.

Sa voix se fait aussi légère que le souffle du vent ; l’odeur de sa transpiration, beaucoup moins, mais Victor s'en accommode.

— En fait, j’ai remarqué plusieurs choses.

Adam ne peut plus regarder deux épisodes complets de son dessin animé, comme avant. Sa dose d’énergie quotidienne a été réduite. Nos consignes en matière alimentaire, aussi.

— Je pensais que tu nous mettais au régime, ironise son mari pour détendre l’atmosphère.

— Chut, gros bêta ! Je crois qu’on cherche à nous affamer. Du moins à nous affaiblir.

Clairement, avec ton boulot de mécanicien, Adam en pleine croissance et les doses de sport imposées, on devrait manger plus que ça. Et mieux.

L’homme lui jette un regard inquiet.

Depuis que chaque action humaine est régie par intelligence artificielle, Leonora porte un regard critique sur ce qu'elle appelle une dérive de la société.En général, il l’écoute avec détachement.

Néanmoins, ce qu’elle vient d’énoncer le dérange.

— Et donc, susurre-t-il à son tour. Un bug ? Tout est calculé pour que nous puissions nous nourrir en fonction des ressources planétaires disponibles. Aucune pénurie n’a été annoncée.

Elle secoue la tête. Les longues mèches qui encadraient son visage lors de leur rencontre ont disparu.

Les cheveux servent à présent à la fabrication de tapis antipollution et chacun se doit d’apporter sa contribution. Qu’on soit d’accord ou non, on reçoit une convocation chez le coiffeur dès que la précieuse crinière atteint plus de trois centimètres.

Savoir que ses jolies boucles cuivrées absorbent les hydrocarbures qui saturent les océans ne console pas Léonore de la perte de son attribut favori. Elle enchaîne.

— Il y a autre chose. Tu sais que les patients que je reçois ont d’abord réalisé un pré-diagnostic en cabine médicale ?

— Hmmm, convient Victor. Il n’y a pas vraiment de médecin, c’est ça ?

La consultation se déroule sur la base d’algorithmes gérés par une centrale d'intelligence artificielle ?

— Exact. On ne m’adresse que les cas graves, qui nécessitent une prise en charge directe.

— Et?

Leonora toussote, comme gênée par les mots qu’elle s’apprête à prononcer. Elle se colle à son époux, lascivement, pose ses lèvres contre son oreille ; manœuvre qui ne le laisse pas de marbre mais qui s’avère destinée à tromper un éventuel regard trop curieux.

— Depuis trois mois, je reçois deux fois moins de patients...

— C’est plutôt bon signe, non ? se réjouit Victor, mi-figue miraisin.

— Ça pourrait.

Si ce n’est que le taux de mortalité grimpe en flèche chez les patients de moins de soixante ans.

— Personne n’en parle aux informations, ma chérie. Tu es certaine de toi ?

— Oui, commence à s’agacer Leonora. Tu me prends pour une imbécile ?

Avec quelques collègues, nous établissons nos propres statistiques en recoupant les données des morgues, des mairies, le nombre de funérailles. Sa voix baisse à nouveau d’un ton. « Les chiffres officiels sont faux. Reste à savoir si c’est intentionnel ou si, là encore, c’est un bug, comme tu dis... ».

La manière dont elle prononce le mot, comme si un immonde cafard2 se trouvait réellement devant ses yeux, laisse peu de doute sur l’option que choisit Leonora.

— Vic, rends-toi à l’évidence. Ça fait beaucoup de coïncidences, tu ne trouves pas ? Les bracelets de contrôle nous épuisent, nos rations, soi-disant optimales, baissent drastiquement, des diagnostics critiques sont ignorés ! On dirait que l'humanité est poussée vers une issue fatale.

— Chérie... tu ne trouves pas ta vision un peu exagérée ? On ne peut exclure une simple dérive dans les algorithmes. Tout ça va probablement rentrer dans l’ordre rapidement ; tu te fais du souci pour rien.

Excédée, Leonora se dirige vers la salle de bain. Peu amène, elle lance un regard effrayé par-dessus son épaule.

— Une dérive ne peut être résolue que si quelqu'un veut qu’elle le soit, assène-t-elle. Si c’est volontaire, nous sommes perdus.

À peine la femme a-t-elle eu le temps d’atteindre le seuil qu’un courant électrique puissant émane du bracelet qu’elle porte au poignet droit.

L'onde électromagnétique remonte à toute allure le long de son bras, traverse sa poitrine, arrête son cœur. Net.