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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire des Amérindiens
Quelque chose se déploie, remue, devient vivant, piaule... Femme-Changeante se met à chanter : Je suis Femme-Changeante, J'entends quelque chose. Assise au centre de ma maison, derrière le feu, J'entends qu'il y a quelque chose. Assise sur les gemmes éparpillées, je l'entends. Dans le panier de jais, au coeur de la maison de jais, Je l'entends, il est là. La flore est humide de rosée, il est là. Il grandit sans meurtrir le coeur de sa maison. Ses sabots sont des mirages. C'est ce que l'on dit des sabots rayés des chevaux. Ses allures, un arc-en-ciel. Sa bride, des rayons du soleil. Son coeur, une pierre rouge. Ses entrailles, des eaux de toute sorte. Sa queue, une pluie noire. Sa crinière, un nuage d'orage. Ses oreilles, des éclairs. Ses yeux, des étoiles. Ses jambes sont blanches. Sa face luit dans l'obscurité. Ses lèvres sont un collier de perles. Ses dents, des coquillages blancs. Voilà pourquoi elles s'usent lentement. Dans sa bouche, joue une flûte noire. Son ventre est de la couleur de l'aube. D'un côté, il est blanc ; de l'autre, noir. Voilà pourquoi on l'appelle "A moitié blanc".
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
DANS LA MÊME COLLECTION
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Contes et légendes de France
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Contes et légendes de la Chine
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Contes et légendes du Burkina-Faso
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Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche
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Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 207
Veröffentlichungsjahr: 2015
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À Puceron-Magique, à qui je dédie « Chant d’amour » et « Comment Serpent à sonnette a appris à mordre ».
À Galina Kabakova, à qui je dédie « Comment Glooskap a découvert l’été » et « L’Origine du papillon ».
Nombreuses sont les nations nord-amérindiennes. Innombrables, leurs contes. En nombre considérable, leurs contes des origines.
J’aurais aimé vous les offrir tous sur mon plateau de papier. J’ai dû faire un choix. J’ai fait celui de la beauté et de la mise en éveil des sens, parfois cruelle. Toutes les nations ne sont pas, hélas ! représentées ici. J’ai dû aussi, et à regret, renoncer à certains écrits, notamment hopis, infiniment longs, et également à certains sujets, non pas qu’ils ne fussent pas dignes d’intérêt, mais parce que j’ai pris le parti de proposer à la lecture jusqu’à trois ou quatre textes traitant de mêmes thèmes, tels que l’origine de la lumière, le bison ou la création de l’homme, afin de mettre en évidence la richesse des contes étiologiques des Nord-Amérindiens.
Que vous admiriez les cygnes glissant sur les eaux primordiales, caressiez la plume du rouge-gorge qui s’est emparé du feu, goûtiez la première fraise, partagiez l’angoisse du mouflon changé en étoile solitaire et le chagrin des ancêtres des serpents à sonnette, sentiez sur votre visage la morsure du vent levé par l’Homme de Glace, assistiez à l’arrivée grandiose des Braves, découvriez la première turquoise, contempliez l’éclosion du premier nénuphar, entendiez le cri de guerre de Crapaud à cornes, voilà ce que j’ai voulu pour vous.
J’ai eu un temps l’envie de gloser sur Coyote, Vieil-Homme ou Manabush ou encore d’expliquer en quoi consistait exactement la danse du Soleil. Tout cela a déjà été fait, et remarquablement. J’ai eu l’envie d’étaler, ne serait-ce qu’en quelques lignes, mon emballement pour les premiers peuples d’Amérique et de clamer mon indignation quant à leur sort… Mais nul besoin d’étaler ni de clamer. J’ai donc utilisé toute la place qui m’était impartie pour les contes.
Puissiez-vous prendre autant de plaisir à les lire que j’en ai eu à les collecter et à les traduire pour vous, avec émotion et respect. Avec beaucoup d’amour.
Je tiens à remercier de tout mon cœur Galina Kabakova, mon éditrice douée du don de double vue, qui m’a confié ce travail.
« Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle d’un bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au couchant. » Crowfoot, chef blackfoot.
« Je suis né dans la prairie où le vent souffle librement et où rien n’altère la lumière du soleil, là où il n’y a pas d’enclos et où tout respire librement. » Ten-Bears, Comanche Yamparika.
Luciole virevoltante,
Luciole tourbillonnante,
Donne-moi ta lumière vive
avant que je m’endorme.
Donne-moi ta lumière vive
avant que je m’endorme.
Viens, petite luciole ondoyante,
Viens, petite luciole clignotante.
Éclaire-moi avec ton escarbille,
Éclaire-moi avec ta flamme qui brille.
En un temps, il faisait noir. C’était le règne du néant. En ce néant, qui aurait pu durer éternellement, était le Grand Esprit. Mais il s’est endormi et s’est mis à rêver. Dans son rêve, le monde existait : il y avait le ciel, les montagnes, les océans, les arbres, les fleurs, les animaux. Il y avait les hommes, qui chantaient, jouaient du tambour, dansaient et priaient. Quand le Grand Esprit s’est éveillé, il faisait toujours noir et, dans le néant, rien ou presque n’existait. Cependant, désormais, existaient Grand-Père Nord, Grand-Père Est, Grand-Mère Sud et Grand-Père Ouest. À leur tour, ils se sont endormis et se sont mis à rêver. De leurs rêves sont nés le Soleil, les Étoiles et la Terre.
Peu à peu, les Grands-Pères et la Grand-Mère ont créé tout ce dont avait rêvé le Grand Esprit. Ils ont créé l’arbre irisé dont il avait rêvé. D’une de ses racines est né le premier homme. L’arbre s’est penché vers la Terre-Mère et l’a embrassée. Ainsi est née la première femme et aussi toutes les bonnes choses de la Terre-Mère. Les écureuils glanaient les noisettes et les enfouissaient dans le sol, participant à la croissance des arbres. Les cerfs mangeaient les broussailles, faisant de la place pour que les arbres croissent. Les hommes prenaient soin de leur Terre…
Chacun œuvrait à la marche du monde fraîchement créé. Hélas, au bout d’un moment, ils se sont cherché querelle à propos d’un talisman : la dent d’un ours géant sans pelage. Le possesseur de la dent posséderait des pouvoirs magiques prodigieux. Tous, donc, la voulaient, et se battaient pour l’avoir. Les hommes se sont battus si violemment et durant si longtemps que certains d’entre eux s’en sont allés courir le monde. C’est pourquoi les hommes parlent des langues différentes. Voyant cela, le Grand Esprit a envoyé sur Terre Nanapush. Au sommet d’une montagne, Nanapush a fait un feu. C’était le premier feu. Une fumée s’en est élevée. C’était la première fumée. De partout, les hommes l’on vue. De partout, ils ont accouru car ils voulaient savoir ce qu’était la fumée. Nanapush est descendu de la montagne. Il a ramassé une stéatite, et il en a fait un bol. Il a cassé une branche de sumac, et il en a fait un tuyau. Puis il a assemblé le bol et le tuyau. C’était le premier calumet de la paix. Puis le Grand Esprit a fait don à Nanapush du premier tabac.
Alors, Nanapush a brandi son calumet et s’est adressé aux Lenni-Lenape1 :
– Quand la discorde éclate, tenez conseil, rassemblez-vous, ne formez qu’un, bourrez le calumet avec du tabac, allumez-le et fumez, ensemble. La fumée pénétrera profondément en vous et, quand vous l’exhalerez, vos pensées, vos prières se mêleront. Ainsi vous prendrez les bonnes décisions, pour chacun et pour chaque chose. Ainsi, vous vivrez en harmonie.
Au commencement, il y a un temps infini, il n’y avait rien dans le monde d’En-Bas. Rien, sauf Sussistinnako, l’araignée. À part elle, il n’y avait ni insectes, ni oiseaux, ni bêtes, ni aucune créature vivante.
Sur le sol, Araignée a tracé un trait poudreux. Le trait reliait le Nord au Sud, et Sussistinnako l’a croisé avec un autre qui reliait l’Est à l’Ouest. De chaque côté du premier trait, au nord du second, Araignée a délimité deux parcelles. Elles étaient précieuses mais seule Araignée savait pourquoi. Sussistinnako s’est assise et, tout en veillant sur les parcelles, elle s’est mise à chanter. Elle chantait en sourdine, d’une voix douce, et les deux parcelles ont tremblé comme la sonnette du crotale. De la terre tremblante deux femmes ont émergé.
Peu à peu, les hommes ont paru, vaquant de-ci, de-là. Puis les animaux, les oiseaux et les insectes ont paru, et Araignée chantait toujours, en sourdine, d’une voix douce, car elle n’avait pas achevé sa Création.
Bientôt, les hommes ont pullulé mais, comme la lumière n’existait pas encore, ils hésitaient à se disperser par peur de se piétiner les uns les autres. Les femmes premières-nées étaient leurs Mères à tous. L’une se nommait Utset. Elle est la Mère de nos peuples. L’autre se nommait Now-utset. Elle est la Mère de tous les autres.
Bien que la nuit régnât toujours, Araignée a divisé les hommes en clans, disant aux uns :
– Vous êtes le clan du Maïs, vous êtes le premier d’entre les clans.
À d’autres :
– Vous êtes le clan du Coyote.
– Vous êtes le clan de l’Ours.
– Vous êtes le clan de l’Aigle.
À tous Araignée a donné leur nom…
Après la création de Ha-arts, la Terre, Sussistinnako s’est dit que ce serait bien de créer l’eau nourricière. Alors, elle a créé le peuple Nuage. Et aussi le peuple Lumière, le peuple Tonnerre et le peuple Arc-en-Ciel, tous serviteurs du peuple de Ha-arts. Elle a divisé sa Création en six lots. Chaque lot a reçu un domaine, près d’une source, au cœur d’une haute montagne. Au sommet de la montagne se dressait un arbre immense. Le premier lot s’est vu offrir le sapin de la montagne du Nord ; le deuxième, le pin de la montagne de l’Ouest ; le troisième, le chêne de la montagne du Sud ; le quatrième, le peuplier de la montagne de l’Est ; le cinquième, le cèdre de la montagne du Zénith ; et le sixième, le chêne de la montagne du Nadir.
Ensuite, Araignée a divisé le monde en trois : Ha-arts, la Terre ; Tinia, la Plaine du Milieu, offerte au peuple des Nuages et à celui de l’Arc-en-Ciel ; et Hu-wa-ka, la Plaine d’En-Haut.
Le peuple de Ha-arts a bâti des maisons. La tâche était ardue car les bâtisseurs n’y voyaient goutte dans l’obscurité qui continuait de régner. Utset et Now-utset se sont consultées :
– Créons la lumière. Nos peuples doivent y voir clair. Ne leur disons rien pour l’instant mais demain sera un bon jour, et après-demain sera un bon jour.
Les deux femmes étaient pleines de louables intentions. Elles ne parlaient qu’une seule langue :
– Pour l’heure, l’obscurité règne mais, bientôt, ce sera le tour de la lumière.
Puis, inspirées par Sussistinnako, l’araignée, elles ont puisé la nacre d’un coquillage et ramassé une turquoise, une pierre rouge et une coquille d’abalone, et elles ont créé le Soleil. Elles l’ont emporté dans l’est du ciel pour édifier sa maison. Au matin, les Mères ont escaladé une haute montagne derrière laquelle elles l’ont laissé tomber. Quand l’astre s’est relevé, le peuple de la Terre a contemplé sa lumière.
Plus le Soleil était loin, plus bleue était sa face. Plus il s’approchait, plus sa face brillait. Les hommes ne voyaient pas le Soleil en personne. Ils ne voyaient que le grand masque qui le cachait entièrement.
Les hommes se sont rendu compte que le monde était vaste et beau. Quand les Mères sont retournées chez elles, elles leur ont dit :
– Nous sommes vos Mères à tous.
Le Soleil éclairait Ha-arts durant le jour mais, la nuit, Ha-arts était sombre. C’est pourquoi les Mères ont ramassé une obsidienne, des pierres jaunes, une turquoise et une pierre rouge, et elles ont créé la Lune pour qu’elle illumine le monde nocturne. Mais la Lune voyageait lentement et sa lumière était ténue. Alors Utset et Now-utset ont créé le peuple des Étoiles. Elles ont taillé leurs yeux dans le cristal de roche afin qu’ils étincellent. Les Étoiles ont d’abord vécu dans le monde d’En-Bas avant de rejoindre celui d’En-Haut. Elles y vivent toujours, ensemble, et leur beauté est immense.
Un jour, les hommes qui vivaient au Pays céleste, sur ordre de leur homme-médecine, ont creusé le sol pour dégager les racines du pommier sauvage qui poussait près de la hutte du chef. Soudain, un grondement a retenti : les terrassiers avaient trop creusé, le sol s’était effondré, et l’arbre et la fille du chef, qui se reposait à l’ombre du pommier, étaient tombés par la trouée.
Le monde d’En-Bas était une vaste nappe d’eau sans aucune terre, nulle part. Entendant le grondement – le tout premier à retentir dans le monde d’En-Bas –, deux cygnes qui évoluaient sur l’onde, ont levé les yeux. L’un d’eux a murmuré :
– Quelle est cette chose étrange qui tombe du ciel ?
Et il a ajouté :
– Elle va se noyer. Nageons à sa rencontre, elle tombera sur notre dos.
La fille du chef est tombée sur le dos des cygnes. Comme elle se cramponnait à leur plumage, l’un des oiseaux s’est inquiété :
– Que va-t-on faire d’elle ? Nous ne supporterons pas indéfiniment son poids sur notre dos.
L’autre s’est écrié :
– Parlons-en à Grande-Tortue !
Grande-Tortue a tenu un Grand Conseil auquel ont assisté tous les animaux.
– Et l’arbre ? s’est enquis l’un des conseillers. Si l’on découvrait où il a sombré, on pourrait plonger et remonter un peu de terre du Pays céleste. Il doit en rester, sur ses racines.
Grande-Tortue a répondu :
– Bonne idée ! On bâtira une île pour la jeune fille.
Les cygnes ont conduit les animaux où l’arbre avait sombré.
Loutre a plongé la première car elle nageait mieux que personne. Elle est restée sous l’eau longtemps, trop longtemps, car, quand elle est remontée, elle s’est mise à suffoquer. Loutre est morte. Elle a donné sa vie en tentant de remonter la terre. Puis Ondatra a plongé. Lui aussi est resté sous l’eau trop longtemps. Quand il est remonté, il s’est mis à suffoquer. Lui aussi a donné sa vie en tentant de remonter la terre. Castor et beaucoup d’autres animaux ont plongé. Tous se sont noyés sans avoir rien remonté.
Grande-Tortue était désespérée :
– Qui veut bien donner sa vie pour tenter de remonter la terre ?
Personne n’a pipé mot, sauf Vieux-Crapaud. Il a dit qu’il voulait bien donner sa vie pour tenter de remonter la terre. Les animaux se sont esclaffés : Vieux-Crapaud était très petit et il était fort laid.
Grande-Tortue, qui le dévisageait d’un air pensif, a soupiré :
– Vas-y, essaie…
Vieux-Crapaud a plongé. Il est resté sous l’eau longtemps. Les animaux se lamentaient :
– Vieux-Crapaud s’est noyé, lui aussi.
C’est alors qu’ils ont vu une toute petite bulle d’air éclater à la surface de l’eau. Grande-Tortue s’est exclamée :
– C’est Vieux-Crapaud !
Vieux-Crapaud est remonté lentement. Émergeant de l’eau, il a ouvert la gueule toute grande et craché la terre sur la carapace de Grande-Tortue. Après quoi, il s’est mis à suffoquer. Comme Loutre, comme Ondatra, comme Castor, Vieux-Crapaud a donné sa vie mais il a réussi à remonter la terre.
Petite-Tortue a pétri la terre crachée par Vieux-Crapaud. Petit à petit, la carapace de Grande-Tortue s’est transformée en île. Quand elle a été suffisamment grande, la jeune fille s’y est installée. L’île a continué de grandir. Elle est devenue grande comme l’est le monde maintenant.
N’oublions pas une chose : quand un tremblement de terre menace, c’est que Grande-Tortue se dégourdit les pattes. Parce que parfois, au bout d’un moment, elle s’ankylose.
Au début, le monde était un roc. Les pluies tombaient, détrempant le roc peu à peu. Ainsi, le monde s’est mis à grandir. Les plantes poussaient, leurs feuilles tombaient, participant à sa croissance. Puis les pins se sont élevés. Leurs aiguilles et leurs cônes tombaient, comme les feuilles et les écorces, participant à la croissance du monde.
Le sol de la forêt est fait de feuilles et d’écorces et d’aiguilles et de cônes. Plus haut, les feuilles, les écorces, les aiguilles et les cônes s’entrelacent. Plus bas, ils pourrissent et se dissolvent. C’est ainsi que le monde grandit, toujours et encore.
Après le Déluge, quand la vie a réapparu sur Terre, les hommes ont émergé de Shipap, dans le Nord. Notre Mère a dit que, bien que différents, ils étaient frères et que rien ne les différenciait les uns des autres. Les hommes ont marché vers le sud, laissant derrière eux une jeune fille, Kotcimanyako.
– Kotcimanyako, viens me voir ! lui a dit notre Mère.
Et elle lui a donné un petit sac de coton blanc tissé à la main. Elle lui a fait promettre de ne pas l’ouvrir, quoi qu’il arrive. Kotcimanyako a promis mais notre Mère a insisté :
– Sois prudente, jeune fille. Ne l’ouvre pas !
La jeune fille ne savait pas ce qu’elle transportait mais, au fur et à mesure qu’elle accomplissait son voyage, l’envie de le savoir grandissait. Elle pourrait, se disait-elle, ne jeter qu’un coup d’œil à l’intérieur du sac…
Kotcimanyako s’est arrêtée. Elle a posé son petit sac de coton blanc par terre et elle en a dénoué les nœuds. La jeune fille dénouait le dernier quand le sac a débordé de quelque chose qu’elle n’avait jamais vu. Effrayée, elle a tenté de faire rentrer le flux mais il s’est élancé vers le ciel. Tout ce qui le composait portait un nom. Et une place était dévolue à chacun. Mais le flux se dispersait, et Kotcimanyako n’a réussi à en faire rentrer dans le sac qu’une toute petite partie. Ce n’est qu’au terme de son voyage qu’elle a libéré les quelques Étoiles restées dans son bagage, et ces Êtoiles ont pris place à l’endroit qui leur était dévolu. C’est pourquoi nous ne connaissons le nom que d’une poignée d’entre elles : la Fronde, les Cales-du-Pot, le Bouclier2, et quelques autres.
Des hommes du Sud, des meuniers, se sont aperçus que, la nuit, quelqu’un leur volait de la farine. Ils ont remarqué sur le sol des traces blanches : c’était les empreintes de pattes d’un chien. La nuit suivante, les meuniers se sont mis en planque. Un chien est venu du nord. Quand il s’est jeté sur la farine pour la dévorer, les meuniers lui sont tombés dessus et l’ont roué de coups de fouet. Le chien, la gueule débordant de farine, s’est enfui en hurlant, laissant derrière lui une longue traînée lactescente que l’on appelle depuis : Là où le chien courait.
Il était cinq jeunes filles qui chantaient et s’amusaient au long des nuits. Baakil, la puce, ne les lâchait pas d’une semelle. Les filles ne toléraient que lui. Les autres hommes n’avaient qu’une chose à faire : passer leur chemin ! Toutes les cinq ont pris Baakil pour époux. Mais, l’été venu, il s’est transformé en puce, et les démangeaisons qu’il infligeait à ses épouses étaient insupportables. Du coup, elles ont cessé de l’aimer et organisé leur fuite.
– Fuyons ! criaient-elles.
– Mais où ?
– Fuyons vers l’est…
– Mais à quel moment ?
– Quand Baakil dormira.
Pendant que leur mari dormait, elles se sont enfuies. Elles étaient déjà loin quand il s’est réveillé.
– Où sont mes femmes ? s’est-il écrié.
Quand il a compris, il s’est exclamé :
– Elles se sont enfuies. Mais de quel côté ?
Comme Baakil s’est dirigé vers l’est, il n’a pas tardé à apercevoir ses épouses car l’Océan leur barrait la route.
– Je vais vous attraper ! a-t-il hurlé.
Les filles se sont mises à crier :
– C’est notre mari ! Fuyons plus loin !
Quand l’une d’elles a demandé :
– Est-ce que vous le voyez ?
Une autre a répondu :
– Oui, il est sur nos talons.
– Envolons-nous ! Il ne nous suivra pas dans le ciel.
Et les cinq filles se sont envolées. Mais leur mari les a suivies. C’est pourquoi, dans le ciel, l’on peut voir cinq étoiles serrées les unes contre les autres et une seule sur le côté. Celle-là, c’est Baakil, la puce.
Il y a bien longtemps, quand l’univers était jeune, le peuple du Ciel ne prenait jamais de repos. Il voyageait sans cesse, traçant les voies du firmament.
Na-gah, le mouflon, fils de Shinoh, avait le pied sûr. Son père en était fier et il l’aimait tant qu’il avait accroché, de chaque côté de sa tête, des boucles d’oreilles imposantes qui lui donnaient l’air majestueux.
Na-gah passait sa vie à escalader les monts. Ils n’étaient jamais assez escarpés, jamais assez hauts.
Un jour, il est arrivé au pied d’une montagne qui défiait le ciel et dont les flancs lisses semblaient ne recéler aucun passage. Mû par la volonté de plaire à son père, Na-gah ne s’est pas avoué vaincu et il a fini par découvrir une crevasse. C’était l’entrée d’un souterrain qui, au lieu de conduire jusqu’au sommet, plongeait dans les profondeurs terrestres. Sans hésiter, Na-gah s’y est glissé. Soudain, son cœur s’est mis à battre : le boyau dans lequel il s’était engagé bifurquait vers le haut. Na-gah grimpait, grimpait enfin…
L’obscurité était totale. Des rochers roulaient sous les pieds de Na-gah pour aller se briser en contrebas. Le mouflon, exténué, était couvert d’écorchures.
– Je vais faire demi-tour, s’est-il dit. Trouver un autre passage. Je n’ai pas peur d’escalader les monts mais l’obscurité m’effraye.
Na-gah est retourné sur ses pas. Hélas, les rochers avaient bouché le boyau. Le fils de Shinoh était pris au piège.
Après une montée interminable, Na-gah a distingué une lueur.
– Me voici au bout de mes peines, a-t-il soupiré, soulagé.
Na-gah a débouché sur un promontoire étroit. Il était arrivé au sommet de la montagne mais aucun chemin n’en descendait.
– Je vais vivre ici jusqu’à ma mort, a-t-il murmuré. Mais j’ai escaladé le plus escarpé des monts !
Il a mangé quelques brins d’herbe et bu un peu d’eau qui scintillait au creux des pierres. Na-gah se sentait bien. Il surplombait les crêtes, il surplombait la Terre.
Shinoh, son père, parcourait le Ciel à sa recherche.
– Na-gah ! Na-gah ! appelait-il, désespéré d’avoir perdu son fils.
Na-gah l’a entendu :
– Père, je suis là !
Quand Shinoh l’a aperçu, le chagrin l’a envahi :
– Mon enfant ne voyagera plus. Il n’escaladera plus aucune montagne. Mais il sera le repère du voyageur perdu, sur Terre comme au Ciel, car je veux qu’il vive éternellement.
Na-gah est devenu une étoile, la seule qui ne voyage pas. Elle est le repère du voyageur perdu. On la surnomme l’étoile Fixe. Et, parce qu’elle brille dans le ciel du Nord, on la surnomme aussi l’étoile du Nord ou l’étoile Polaire.
Le Grand-Cincle et le Petit-Cincle3 étaient autrefois des mouflons. Comme ils voulaient rejoindre leur frère, Shinoh les a changés en astres, eux aussi.
On peut les voir tourner autour de la montagne, dont ils scrutent les flancs lisses, en quête du passage qui les conduira auprès de Na-gah.
Un garçon et sa grand-mère vivaient seuls. Leur parentèle, en colère contre l’enfant, les avait abandonnés. Comme ils mouraient de faim, la vieille a dit un jour à son petit-fils :
– Va chasser le lapin, l’écureuil et le petit gibier.
Le garçon a aussi abattu quelques oiseaux aux plumes resplendissantes. Sa grand-mère les a plumés et lui a fait un vêtement magnifique.
Ainsi vêtu, le garçon allait pêcher. Le Soleil l’a aperçu, et il est descendu sur Terre. À cette époque, l’astre portait une couverture de peau de chèvre à longues franges.
– Échangeons nos vêtements, a-t-il proposé au jeune pêcheur.
L’enfant a refusé dédaigneusement.
Mais le Soleil a insisté :
– Tu ne te rends pas compte de la valeur de ma couverture. Elle te permettrait d’attraper du poisson en quantité.
Pour appuyer ses dires, le Soleil en a laissé traîner les franges dans l’eau et les poissons y ont mordu goulûment. Le garçon a donc accepté l’échange.
Jusqu’alors le Soleil était pâle. Il ne brillait pas plus que la Lune, et les hommes pouvaient le regarder. Mais à peine a-t-il eu enfilé le vêtement de plumes resplendissantes qu’il est devenu aveuglant. Depuis lors, les hommes ne le regardent jamais longtemps en face.
Petite-Tortue a créé le Soleil à partir d’un éclair. Elle a aussi créé la Lune, la femme du Soleil. Elle était plus petite mais plus brillante que lui. Les animaux ont percé un trou sur le bord du monde pour que le Soleil et la Lune effectuent leur périple respectif.
Petite-Tortue n’avait jamais pensé que le Soleil et la Lune pourraient voyager ensemble. Mais, un soir qu’il ne faisait pas bien sombre, la Lune est entrée plus tôt que d’habitude dans le trou percé au bord du monde. Qu’elle l’ait devancé a mis son mari dans une colère terrible. Du coup, la Lune ne sortait plus de son trou. Petite-Tortue est allée la trouver : la Lune était encore plus petite qu’à l’heure de sa naissance et elle était toute pâle. Petite-Tortue l’a raisonnée, et la Lune a repris sa taille normale mais, au bout d’un moment, se souvenant de la colère de son mari, elle a remaigri. Elle a même fini par devenir maigre comme un clou. C’est pourquoi, toujours de nos jours, la Lune est si pâle et maigrit, puis regrossit, et remaigrit, puis regrossit, et remaigrit… à chaque fois qu’elle se souvient de la colère de son mari.
Il fut un temps où il faisait sombre, gris et froid. Les étoiles étaient sombres. Il n’y avait de lumière nulle part, sauf dans une boîte, étroitement gardée par Mouette. Son cousin, Corbeau, en avait par-dessus la tête, de l’obscurité. Il n’aspirait qu’à la lumière.
Un jour que les cousins se baladaient, Corbeau, en son for intérieur, a fait ce drôle de souhait : « Si seulement Mouette marchait sur une épine ! »
À peine l’avait-il fait, ce drôle de souhait, que Mouette s’est écriée :
– Ouille ! Mon pied !
– Une épine, peut-être ? s’est enquis Corbeau. Laisse-moi voir. Je vais tenter de l’ôter.
