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Un florilège de mythes, de contes et de légendes permet de pénétrer dans l'imaginaire du Cameroun
A une époque très lointaine, la mode était de se faire tailler les dents. C'était alors considéré comme un signe de beauté. C'est pourquoi un jour, dix jeunes filles décidèrent de se rendre. chez un tailleur de dents. "Pour que je vous taille de belles dents, il faudra que chacune d'entre vous m'apporte un panier rempli de champignons, demanda le tailleur en contrepartie". Les neuf premières filles lui apportèrent chacune un panier à moitié rempli. La dixième, en revanche, qui était la plus jeune de toutes, respecta la demande du tailleur de dents : elle arriva avec son panier qui débordait de champignons. Le tailleur de dents décida de traiter chaque jeune fille en fonction de l'offrande qu'il avait reçue. Il tailla donc rapidement les dents des neuf premières jeunes filles, puis soigna avec une très grande minutie celles de la dixième. Les jeunes filles reprirent ensuite le chemin vers leur village, en riant et en sautant de joie car toutes étaient fières de leur beauté toute neuve. Elles s'aperçurent toutefois en chemin que leurs dents avaient été traitées sans soin.
À PROPOS DE LA COLLECTION
« Aux origines du monde » (à partir de 12 ans) permet de découvrir des contes et légendes variés qui permettent de comprendre comment chaque culture explique la création du monde et les phénomènes les plus quotidiens. L’objectif de cette collection est de faire découvrir au plus grand nombre des contes traditionnels du monde entier, inédits ou peu connus en France. Et par le biais du conte, s’amuser, frissonner, s’évader… mais aussi apprendre, approcher de nouvelles cultures, s’émerveiller de la sagesse (ou de la malice !) populaire.
DANS LA MÊME COLLECTION
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Contes et légendes de France
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Contes et récits des Mayas
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Seitenzahl: 221
Veröffentlichungsjahr: 2015
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Merci à toute la famille Nliba à Yaoundé et à Douala, de nous avoir fait partager ces nombreux contes, et plus spécialement Julienne Ngo Mbogol et Jean-Paul Nliba. Merci également à Vicky, Kiki, Doudou, JJ, Abel, Paul, à tout le voisinage du quartier de Byiem-Assi à Yaoundé, et du village de Messondo. Merci à Jean-Émile (Nigéria).
Nous pensons aussi très fort à Hervé Mba, Carole, Bibi et tous nos neveux et nièces en France et au Cameroun.
Merci à Galina Kabakova de nous avoir proposé de faire cet ouvrage et de nous avoir fait confiance.
Cet ouvrage est dédié à nos enfants Alyssa, Léna et Rivel, et à toute notre famille en France, au Cameroun, au Nigéria et ailleurs…
Didier et Jessica Reuss-Nliba
Traditionnellement au Cameroun, comme dans la plupart des sociétés traditionnelles d’Afrique noire, le rôle de conteur a très longtemps été celui des anciens qui transmettaient ainsi oralement l’histoire de leur peuple aux plus jeunes. Chaque ethnie possède ainsi des centaines de contes qui se sont transmis oralement de génération en génération : « Chaque vieillard africain qui meurt, c’est une bibliothèque vivante qui disparaît », avait écrit une fois Amadou Hampâté Bâ.
Nous sommes un couple franco-camerounais et depuis des années nous naviguons entre deux cultures qui, loin de s’opposer, se complètent et s’enrichissent mutuellement. Nous vivons en France mais nous baignons à longueur d’année dans l’atmosphère africaine via la musique, la littérature, l’art culinaire ou autres, et aimons passer du temps à Yaoundé quand nous le pouvons. L’idée de rassembler au sein d’un ouvrage les contes traditionnels que notre famille nous racontait régulièrement et les partager avec un public européen a donc fait petit à petit son chemin.
Bien sûr, cet ouvrage n’offre donc qu’un tout petit échantillon par rapport à l’immensité des histoires qui peuvent exister à travers le pays, en espérant qu’il sera une aide pour se plonger dans l’ambiance et l’atmosphère camerounaises… Certaines de ces histoires sont des « classiques » de la culture camerounaise (comme par exemple « L’enfant et le tambour » ou encore « La cuillère cassée » qui font partie intégrante de la culture bassa) et ont déjà été publiées. Même si ces contes sont très connus dans la partie sud du Cameroun, il nous a paru très intéressant de les faire découvrir à un lecteur européen. D’autres contes, en revanche, sont beaucoup moins connus et sont publiés pour la première fois.
Nous avons préféré nous concentrer sur quelques ethnies du sud ou du sud-ouest du Cameroun, entre Yaoundé et Douala (principalement les ethnies bassa, douala, bulu, beti, ewondo), régions que nous connaissons bien et que nous avons traversées à plusieurs reprises. Néanmoins, nous avons ajouté deux contes qui sont originaires de l’est du pays (gbaya) ou de l’ouest (probablement bamiléké). Nous connaissions ces deux contes depuis bien des années, et il serait dommage de ne pas profiter de l’opportunité de cet ouvrage pour les publier.
Il faut cependant noter que beaucoup de ces contes sont communs à plusieurs ethnies, à quelques nuances près. Cela signifie que, lorsque nous avons spécifié l’origine ethnique au début de chaque conte, il s’agit généralement de celle de la personne auprès de qui nous avons recueilli l’histoire, mais cela ne signifie pas forcément que ce conte est exclusif à l’ethnie spécifiée. Des contes bassa peuvent parfois se retrouver chez des Douala, ou inversement… Souvent les récits sont les mêmes, et seuls les noms des personnages diffèrent : la tortue, traditionnellement nommée Khul chez les Bassa par exemple, se nommera Kulu chez les Beti ou d’autres ethnies. Il y a aussi des contes qui se sont répandus à travers tout le pays, voire dans des pays voisins, comme « Le songe de la tortue », originaire du Grand Ouest du pays (probablement bamiléké), mais qui s’est transmis au Nigéria au nord, ou en Angola au sud.
Nous tenons à remercier vivement la famille Nliba à Yaoundé, notamment Julienne et Jean-Paul, grâce à qui nous avons pu retrouver et traduire beaucoup de ces contes (notamment la majorité des contes bassa) : la plupart des contes ont été collectés ici et là, au cours de rencontres familiales ou amicales durant plusieurs périples à travers toute la partie sud et sud-ouest du pays en 2008 puis en 2012, entre Yaoundé, Douala et Buéa. Quelques contes nous ont été retrouvés par Julienne Ngo Mbogol, grâce à de très vieux ouvrages qui avaient été conservés précieusement pendant des années.
Certains contes ont été recueillis dans leur langue d’origine, d’autres directement en français, voire en anglais (car une petite partie du Cameroun est anglophone). Dans tous les cas, nous nous sommes efforcés de rester aussi proches que possible de la source originale, seuls quelques passages ont pu être parfois retravaillés, ceci afin de donner une cohérence stylistique à l’ensemble des textes. En aucun cas, les thèmes ou les personnages ont été changés. Lorsque les textes nous ont été transmis dans leur langue d’origine (bassa pour l’essentiel), nous avons parfois eu quelques soucis de traduction (l’étendue lexicale d’un mot en langue locale ne correspond pas forcément à celle du français), nous avons donc dû quelque peu enrichir la traduction.
Il n’a pas non plus été évident de classer ces contes, tant les thèmes abordés sont divers et variés. Nous avons néanmoins décidé de regrouper les histoires sous trois grandes thématiques.
La première thématique a été intitulée « à l’origine du monde ». Il s’agit de contes mettant en scène de nombreux animaux et dont l’action se déroule souvent avant même la naissance de l’homme. Les animaux habitent en brousse ou dans la forêt et semblent vivre comme les hommes : ils vivent dans des villages, ils chassent, règlent leurs différends entre eux ou par l’intermédiaire d’un animal réputé sage. Lorsque l’homme est présent, il est généralement bien moins intelligent que la plupart des animaux qui l’entourent. Certains animaux sont récurrents quelle que soit l’origine ethnique, et ont toujours des rôles et des fonctions similaires : la tortue par exemple, souvent maligne est extrêmement intelligente et réputée pour sa grande sagesse. Le porc, le sanglier ou le phacochère, souvent prénommé Beme, est omniprésent dans les contes de certaines ethnies, notamment chez les Bulu.
La seconde thématique a été intitulée « contes moralisateurs », dont la conclusion introduit, le plus souvent au moyen d’un dicton, une vérité générale, un exemple à suivre, ou un modèle à garder en mémoire. Ces contes, souvent relativement courts, ont pratiquement toujours une vocation pédagogique, ils visent à instruire et éclairer le lecteur en lui indiquant ce qui est bien ou ce qui est mal. Ce sont souvent des contes « animaliers » comme ceux que nous avons mis dans la première partie, mais ils traitent d’importants sujets de société tels que l’avarice, le vol, la générosité, l’ignorance ou encore la stupidité. C’est généralement le plus rusé qui l’emporte, souvent indépendamment de toute considération morale. Il ne faut cependant pas considérer ces histoires comme cyniques, car elles se veulent un reflet de ce qui se passe dans la « vraie » vie quotidienne.
La troisième et dernière thématique, que nous avons intitulée « contes initiatiques » relate diverses quêtes ou épreuves permettant au(x) personnage(s) principal (principaux) de l’histoire d’accéder à l’âge adulte. À la fin de la quête, le jeune homme ou la jeune fille (souvent malheureux(-euse) ou rejeté(e) par ses proches en début d’histoire) s’en tire toujours après de multiples rebondissements, et le récit se conclue alors sur un grand bonheur, affectif et matériel. Ce sont généralement des histoires assez longues, pleines de rebondissements où l’élément merveilleux est très largement prédominant : fétiches, fantômes, ancêtres se manifestent souvent via des effets qui frisent le miracle. On navigue donc souvent entre le monde « réel » et le monde « invisible » (où vivent fantômes et autres créatures) où le héros entre grâce à une initiation qui échappe au commun des mortels, et en sort enrichi d’une grande sagesse. Une majorité de ces contes ont été recueillis auprès des Bassa.
Enfin, nous avons voulu enrichir cet ouvrage avec une sélection de proverbes et dictons que nous avons souvent entendus au cours de nos déplacements à travers le pays, puis nous avons essayé, soit de trouver leur équivalent en français, soit d’en traduire le sens. Là encore, lorsque nous avons mis entre parenthèse l’origine ethnique, il s’agit le plus souvent de l’ethnie de la personne qui nous avait transmis le dicton ou le proverbe, mais celui-ci peut avoir des origines bien plus vastes : bien des proverbes se retrouvent d’une ethnie à l’autre, parfois même d’un pays à l’autre.
Nous vous souhaitons une bonne lecture, en espérant que vous vous laisserez séduire par la magie de ces contes traditionnels camerounais, et qu’ils pourront vous donner l’envie de découvrir toute la culture de ce pays.
Situé en Afrique centrale, le Cameroun a une superficie de 475 440 km2, soit 87 % de celle de la France. C’est un pays avec de nombreux reliefs et une très grande variété de paysages (on dit souvent du Cameroun qu’il est « toute l’Afrique en miniature »). Le plus haut sommet est le mont Cameroun (4 095 m), un volcan toujours en activité au bord de l’océan Atlantique. C’est aussi le point culminant de tout l’ouest du continent africain.
Les hautes terres à l’ouest se composent de hauts plateaux, rehaussés par des massifs volcaniques. Le plateau sud-camerounais s’incline progressivement vers la cuvette congolaise.
Le pays compte plus de 250 ethnies, réparties en trois grands groupes principaux : Bantous (Beti, Douala, Bassa, Bulu, Ewondo), Semi-Bantous (Bamiléké, Gbaya) et Soudanais (Peuls Fulbé, Moundang).
Le Cameroun est un pays officiellement bilingue : les trois quart du territoire est francophone, mais une petite partie du littoral à l’ouest et plus au nord, vers la frontière avec le Nigéria, est anglophone.
Le nord du pays est largement dominés par les Fulbé, musulmans pour la plupart, le grand ouest par les Bamiléké (chrétiens) et les Bamoun (en partie musulmans), et le sud par les Douala, les Bassa, les Beti, les Bulu, les Ewondo, tous majoritairement chrétiens. Les régions forestières du Sud-Est sont relativement peu peuplées et abritent essentiellement des Pygmées, le long des frontières avec la Centrafrique et le Congo.
Les deux principales religions pratiquées sont le christianisme (catholiques et protestants), plutôt dans le Sud, et l’islam dans le Nord. Toutefois, comme dans beaucoup de pays du continent africain, énormément de Camerounais continuent la pratique de l’animisme.
Yaoundé est la capitale politique et administrative du pays, tandis que Douala est la principale ville économique, notamment grâce à son port sur l’estuaire du Wouri. La ville d’Edéa, en pays bassa (où se situe beaucoup de contes collectés dans cet ouvrage) se situe environ à mi-chemin entre Douala et Yaoundé.
Conte beti
Kulu1 la Tortue, qui était l’oncle de Beme2 le Porc, avait passé quelque temps au pays des morts afin de se faire initier à l’art de fabriquer les cornes : il avait en effet très envie de fournir des cornes à chacun des animaux de la savane et de la forêt.
Lorsque qu’il fut revenu du pays des morts, son fétiche à la main, Kulu appela tous les animaux en battant le rythme sur son tambour. Toutes les races d’animaux, mâles et femelles, se sentirent concernées et se rassemblèrent autour de la tortue, de la plus petite souris au plus gros éléphant.
Tous ces animaux possédaient déjà une queue, des pattes et des sabots (à l’exception de Zombo le Singe et de la tortue elle-même), mais aucun de ces animaux ne possédait le moindre morceau de corne au-dessus de la tête.
Kulu la Tortue fit alors son apparition au milieu de tous ces animaux, avec son sac de féticheur et tout son corps soigneusement badigeonné de chaux et de charbon : chaque écaille de sa carapace était d’une couleur différente. Les animaux, assis en rond autour de Kulu le prirent pour un véritable féticheur, et tous se mirent à le craindre.
Kulu se dressa, regarda droit devant lui, l’air aussi solennel que possible, prit la parole et s’adressa alors à la foule qui l’entourait :
– Ne voyez-vous pas que la race des hommes nous maltraite parce qu’elle possède des lances, des arcs et des flèches, des machettes et des fusils ? Mais est-ce que la race des animaux va devoir éternellement se contenter de griffes, de crocs, de pattes et de sabots pour se défendre ? C’est donc pour cette raison que j’ai pris la décision de préparer le fétiche afin de vous faire pousser des cornes.
Puis Kulu poursuivit en leur donnant des interdits relatifs à son fétiche :
– Jamais un vrai fétiche ne se donne sans un interdit grave. C’est pour cela que je vous déclare solennellement ici que l’interdit le plus grave que vous serez appelés à observer est celui-ci : sache que mourra de « mort subite » quiconque portera sa corne contre un seul descendant de Tortue.
Kulu ordonna ensuite aux animaux de se grouper en rangs par tribus, puis il répandit les différents modèles de cornes sur le sol et dit :
– Que chacun essaie le genre de cornes qui lui sied, en fonction de sa taille.
Zok l’Éléphant, le doyen des animaux présents, s’avança et s’empara des défenses en disant :
– À grand animal, grandes cornes, car on ne lutte qu’avec ses égaux.
C’est ainsi que l’éléphant s’est mit à traîner ces énormes défenses sur son crâne.
Vinrent ensuite Zee le Léopard et Engbeme le Lion, suivis par tous les animaux qui portaient une crinière, puis ils déclarèrent ensemble :
– Les cornes sont pesantes et volumineuses, nous, nous préférons nous défendre nous-mêmes, à la seule force de nos muscles, aidés de nos ongles et de nos dents.
Les animaux à pattes minces s’approchèrent ensuite, tels que Soo l’Antilope et les siens, et chacun put se choisir une paire de cornes et l’adapter à sa propre tête. Petit à petit, tous les animaux désirant avoir des cornes se présentèrent devant Kulu et tous obtinrent satisfaction, Kulu la Tortue se contentant simplement d’y ajouter son pouvoir magique.
De son côté, Beme le Porc ne faisait que se promener dans les champs en se disant : « Je ne pourrai jamais manquer de cornes, puisque c’est mon oncle Kulu qui les distribue » mais lorsqu’il revint vers le centre du village, il s’aperçut que toutes les cornes sans exception avaient été distribuées. Il se mit donc à pleurer. Kulu la Tortue s’en aperçut et s’adressa à lui :
– Mais, mon pauvre fils, tu t’es oublié ?
Voilà pourquoi s’est vérifié alors le proverbe suivant : « L’enfant que l’on tient tout près de soi est souvent victime d’oubli. » Beme s’expliqua :
– Je m’étais dit que je ne pourrais jamais manquer de cornes puisque c’est toi-même, mon oncle, qui les fabriques !
Apitoyé par son neveu si triste, Kulu la Tortue alla chercher d’énormes canines pointues et les lui fixa solidement au bout du groin. C’est donc depuis ce jour-là que le porc ne peut s’empêcher d’aller fouiller la terre en grognant, recherchant en vain des cornes.
Conte beti
Un beau matin, Obeme1 l’oiseau et sa femelle se levèrent afin d’aller déterrer des vers de terre. Obeme le mâle monta vers le haut de la forêt, tandis qu’Obeme la femelle descendit vers le bas.
Il se trouve qu’une pluie impressionnante était tombée durant une bonne partie de la nuit précédente, alors les deux oiseaux voulurent en profiter pour aller fouiller la terre, retournant une à une chaque feuille morte, à tel point qu’ils mirent la forêt dans un piètre état.
Un peu plus tard dans la matinée, le soleil était déjà bien haut et commençait à chauffer la terre, et Zee le Léopard se réveilla doucement et s’étira de tout son long, afin de se préparer à partir chasser. Il arriva dans la forêt noire et remarqua avec stupeur la façon dont le sous-bois avait été mis sens dessus-dessous. Il se demanda qui avait bien pu avoir remué de telle sorte la terre, et se mit à marcher vers le nord de la forêt. Il trouva alors Obeme le mâle qui fouillait le sol à l’aide de ses longues griffes. Zee se mit à trembler de stupeur, tandis que de son côté, l’oiseau était comme malade.
Zee le Léopard s’adressa alors à Obeme et lui demanda :
– À propos, à quoi vous servent ces énormes griffes ?
L’oiseau lui répondit :
– Tout simplement à tuer les animaux, seulement en ce qui te concerne, j’ai envie de t’épargner, car j’ai pitié de toi… sans quoi je pourrais te capturer de suite sans effort.
À la réponse de l’oiseau, Zee fit doucement demi-tour et se dirigea en courant de toutes ses forces vers le bas de la forêt. Lorsqu’il aperçut son épouse, son sang se glaça, car il fut saisi de peur.
Il parvint cependant à se calmer, s’approcha alors d’Obeme la femelle et lui posa la question :
– À quoi au juste vous servent ces énormes griffes ?
La femelle répondit :
– À quoi d’autre selon vous peuvent bien servir des griffes, si ce n’est à fouiller la terre afin d’attraper des vers ? Quant à mes griffes, qu’est-ce qui te fait penser qu’elles sont si fermes ? En vérité, elles sont bien souples…
Cette réponse étonna le léopard. Là-dessus, il reprit confiance en lui, s’élança d’un bond, attrapa Obeme la femelle et la dévora. Il remonta ensuite vers le haut de la forêt, attrapa Obeme le mâle et le dévora de la même manière.
Conte ewondo
Il y a bien longtemps, le crocodile et le singe étaient amis, jusqu’au jour où il se passa ce qui va suivre…
Le crocodile vint trouver son ami le singe un matin, l’air triste. Il lui dit :
– Mes enfants sont tombés malades. Ô mon ami, voudrais-tu m’accompagner chez moi et m’aider à les soigner ?
Le singe qui avait bon caractère accepta bien volontiers. Le crocodile lui proposa de grimper sur son dos, et tous les deux se mirent en route.
Le crocodile plongea dans le fleuve, avec le singe sur son dos.
Arrivés au milieu du fleuve, là où le courant était le plus fort, le crocodile tourna la tête et dit alors au singe :
– J’ai oublié de te préciser que le docteur m’a dit qu’il me fallait un cœur de singe pour soigner mes enfants !
Le singe, suffisamment futé pour maîtriser ses émotions, dit en retour :
– Mon cher Ngana, tu aurais dû me le préciser avant de me prendre sur ton dos. Il se trouve que j’ai laissé mon cœur chez moi, tout en haut de l’arbre, au bord du fleuve. Tu n’as plus qu’à me ramener sur la rive afin que je récupère mon cœur, faute de quoi tu ne pourras pas soigner tes enfants…
Le crocodile fit alors demi-tour, mais arrivé à quelques mètres du bord de l’eau, Koé le Singe sauta d’un bond et se suspendit à la branche de son arbre. Il dit alors au crocodile :
– À malin, malin et demi !
Depuis ce temps-là, les crocodiles détestent les singes, et les singes se méfient des crocodiles !
Conte douala
Il était une fois, il y a bien longtemps, dans un village douala, des animaux et des hommes qui vivaient tous ensemble en parfaite harmonie.
La saison sèche s’était installée depuis quelques semaines. Nul ne s’attendait à une telle sécheresse et la famine commençait à se faire ressentir dans le village : les rivières se tarissaient et les poissons avaient tous disparu, les champs étaient devenus si secs que la terre se craquelait et plus rien ne poussait, même les mauvaises herbes. Les hommes et les animaux durent se résoudre à quitter le village afin de chercher à manger plus loin, dans les terres avoisinantes.
En quelques jours, pratiquement tout le monde avait délaissé le village, sauf la famille Tortue qui n’avait pas le cœur à quitter son domicile, ainsi que le cochon et sa femme, qui parvenaient encore à dénicher de quoi manger dans la déchetterie : ils trouvaient toujours de quoi se nourrir et leur case ne désemplissait jamais de nourriture. Les cochons ne se plaignaient de rien et commençaient même à prendre un peu d’embonpoint.
Les deux familles étaient heureuses ainsi, mais la nourriture se faisait de plus en plus rare chez les tortues ; c’est pourquoi, un soir, Monsieur Tortue vint trouver le cochon. Il frappa à sa porte et lui demanda s’il accepterait de lui donner un peu de farine afin de nourrir ses enfants, car ils sont très nombreux, ainsi que sa femme. Le cochon hésita, mais la tortue, qui savait se montrer très convaincante lui dit :
– Tu sais, je te rendrai ta farine à la venue de la nouvelle saison, je te le promets.
Le cochon avait bon cœur. Il s’arrêta de grogner et écouta attentivement la tortue qui le suppliait de lui venir en aide, et accepta de lui prêter de la farine. Il en garda de côté suffisamment pour subvenir aux besoins de sa famille jusqu’à la fin de la saison sèche, et donna le reste à la tortue.
Les jours passèrent. La saison sèche finit par s’achever et par laisser la place à la saison des pluies. Les villageois revinrent progressivement un à un, ainsi que tous les animaux. Les plantes se remirent à pousser, les rivières à couler, et la vie reprit son cours habituel.
Monsieur Tortue prit la bonne résolution de cultiver du blé et du maïs, afin de ne plus jamais se retrouver dans la même situation que la saison précédente. À la fin de la saison des pluies, sa récolte était particulièrement abondante, à tel point que tout le monde ne parlait plus que de cela dans le village.
Monsieur Tortue avait décidé de conserver l’intégralité de son énorme récolte pour la prochaine saison sèche, sans même se soucier de rendre au cochon la farine qu’il lui avait gentiment prêtée.
Les semaines s’écoulèrent. Le cochon s’étonnait que Monsieur Tortue n’eut toujours pas donné signe de vie pour lui rembourser ses dettes. Il finit par se rendre au domicile des tortues afin de réclamer son dû. Seule Madame Tortue était là. Elle lui répondit sèchement qu’elle ne voulait pas se mêler des affaires de son mari.
Le cochon fut quelque peu choqué par la réponse de l’épouse de Monsieur Tortue. Quelques jours plus tard, il croisa sur le chemin qui mène à la rivière les enfants tortues. Il en profita pour leur demander où était leur papa, mais ces derniers répondirent en cœur, comme s’ils récitaient une consigne qu’on leur avait apprise : « Si vous croisez le cochon, répondez-lui que je suis allé chez votre tante lui porter secours, car elle est très malade ».
Étonné, le cochon leur demanda depuis combien de temps leur père était parti, et les enfants se regardèrent embarrassés : « Euhh »… L’un répondit : « Deux jours », l’autre : « Trois jours », le troisième : « Une semaine ». Devant tant d’hésitations et d’incertitude, le cochon comprit que le mensonge des enfants étaient une ruse de leur papa qui faisait tout son possible pour se défiler et éviter de le rencontrer… « Alors comme ça il est parti deux jours ? » insista-t-il. « Oui, deux jours », répondirent en chœur les enfants.
La semaine suivante, le cochon, passablement énervé, décida de se rendre une nouvelle fois au domicile de la famille des tortues. Il trouva les enfants qui jouaient paisiblement dans la cour. Il eut à peine le temps de leur dire « bonjour » que les enfants répondirent :
– Papa dort profondément, et il ne supporte pas qu’on le réveille en plein sommeil.
L’aîné ajouta :
– Celui qui a le malheur de réveiller mon papa en plein sommeil risque de se prendre une grosse gifle, mais revenez demain, je ne manquerai pas de lui dire que vous êtes passé. Au revoir, Monsieur Cochon.
Sur le chemin du retour, le cochon croisa Madame Tortue en train de faire le kongossa1 avec une de ses copines.
– Où est votre mari ? lui demanda sèchement le cochon. Cela fait un moment que je ne l’ai pas vu.
– Il est en voyage et ne rentrera certainement pas avant la fin de la semaine prochaine, répondit Madame Tortue.
Le cochon nota que la version de la femme et celle des enfants ne correspondaient pas, et que de toute évidence, on se fichait de lui. Il retourna chez lui et expliqua sa mésaventure à sa femme, puis décida de retourner chez les tortues à l’improviste.
Le soir venu, à la tombée de la nuit, après une pluie torrentielle, Madame Tortue était en train de préparer le dîner et d’écraser des grains de maïs sur une pierre. En cuisinant, elle aperçut le cochon arriver d’un pas pressant. Elle lâcha vite son maïs et alla prévenir son époux qui se prélassait dans la pièce à côté :
– Qu’allons-nous faire maintenant ? Et qu’allons-nous lui dire ?
– J’ai une superbe idée, lui répondit son mari. Je vais me recroqueviller dans ma carapace, tu poseras des graines de maïs sur moi et me les écrasera dessus. Le cochon n’y verra que du feu.
Madame Tortue retourna rapidement à la cuisine, déplaça la vraie pierre, déposa à sa place son mari, et se remit à écraser du maïs sur sa carapace comme si de rien n’était. Monsieur Tortue avait mal, très mal au dos, mais il ne pouvait rien dire pour ne pas éveiller les soupçons du cochon, qui venait d’entrer.
– Bonjour madame, votre mari est-il là ?
– Non, je vous ai dit tantôt qu’il ne sera de retour qu’à la fin de la semaine prochaine.
– Mais pour qui se prend votre mari ? Qu’il aille au diable avec ses récoltes, ses voyages… Moi qui lui ai offert ma farine quand la misère frappait à sa porte, aujourd’hui il me fuit, il se cache. Ton mari est répugnant, il est ingrat et sans scrupule. Il me dégoûte.
Puis le cochon se mit dans une énorme colère. Il se mit à crier et à chercher dans toute la maison, car il était certain que la tortue s’y cachait, quelque part. Comme il ne trouvait personne, sa colère monta encore d’un cran. Il se mit à casser tout se qu’il trouvait à sa portée. Dans la cuisine, il arracha la « pierre » sur laquelle Madame Tortue faisait à manger et la lança violemment à travers la fenêtre. La « pierre » qui n’était autre que Monsieur Tortue retomba quelques mètres plus loin dans la boue.
