Contes pour enfants pas sages - William Lucas - E-Book

Contes pour enfants pas sages E-Book

William Lucas

0,0

Beschreibung

"Les Contes pour ENFANTS pas Sages" est un recueil de trois nouvelles : La fiancée du Mal de William Lucas, nouvelle extraite du recueil Elle, qui rôde, influencée par H.P. Lovecraft et son univers ; Murderage Town, de Davy Artero et de Jean-Christophe Malevil, une nouvelle extraite du recueil Transfusion dans laquelle les deux auteurs vous content une petite histoire fantastique teintée d'horreur également influencée par H.P. Lovecraft ; Qadar, de Boris Parmeland est une nouvelle inédite de dark fantasy : Morgana, fille unique du meilleur navigateur de la péninsule, brûle de venger la mort de son père. Pour ce faire, elle embarque sur un immense galion affrété pour la traque de Qadar, le titan des profondeurs ayant fait sombrer son navire. 

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 85

Veröffentlichungsjahr: 2024

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



 

 

 

 

William Lucas

Davy Artero

Jean-Christophe Malevil

Boris Parmeland

 

 

 

 

Contes pour Enfants pas Sages

 

 

 

 

Éditions des Tourments

 

 

 

 

 

LA FIANCÉE DU MAL

 

William Lucas

 

Chapitre 1

 

Jade sentit son portable vibrer dans la poche arrière de son pantalon. Heureusement qu’il y avait un peu de bruit sans la salle de cours, sinon le prof l’aurait certainement entendu aussi et là, tout aurait viré au drame : il aurait fallu donner le téléphone, pleurnicher en fin d’heure pour le récupérer et dans le pire des cas se faire (inutilement) sermonner par le proviseur adjoint après la journée de cours.

Prendre le risque de lire le message dès que l’enseignant écrirait au tableau ? Il y avait tout de même une légère nuance entre oublier de mettre son appareil sur silencieux et le consulter sciemment en plein cours. Dans un cas, elle pouvait espérer l’indulgence et récupérer son bien très vite, dans l’autre elle risquait des heures de retenue, un rapport et la colère de ses parents à qui elle avait pourtant promis que le téléphone ne serait désormais plus un problème.

Et puis, elle n’avait guère de doute sur le teneur du message. Probablement Salomé, sa meilleure amie qui devait sécher (« raison familiale » suffirait largement sur le carnet de liaison) les maths, être rivée sur son smartphone et donc suivre l’évolution de son histoire.

En effet, perdue en seconde dans un lycée de province, carrément loin de tout, Jade faisait l’objet d’une campagne acharnée et réellement violente sur tous les réseaux connus. Et cela ne datait pas d’hier : tout avait commencé avec une histoire banale de rivalité amoureuse en fin de troisième et quoi que sa rivale, Anne, ait atterri dans le lycée professionnel à l’autre bout de la ville, sa haine et sa ténacité étaient demeurées intactes. Cela allait des insultes aux photos volées en passant par des montages vidéo plutôt mal faits mais qui pouvaient semer le doute chez ceux qui les regardaient. Salomé lui conseillait seize fois par jour d’en parler à ses parents, qu’il y avait des lois contre cela, qu’elle n’avait pas à rester seule, que l’autre saleté prendrait cher et que ça servirait d’exemple à toutes ces tasspés qui se sentaient fortes derrière leur écran !

Sauf que Jade n’y tenait pas vraiment, vis-à-vis de ses parents, ils la voyaient toujours comme leur petite fille et étaient loin de s’imaginer qu’elle flirtait avec des garçons. C’étaient des parents adorables, aisés sans être déconnectés de la réalité, ils l’avait élevée, ainsi que son petit frère, du mieux qu’ils avaient pu, elle en était persuadée. Et puis en vérité sa situation n’était pas si dramatique, rien à voir avec les photos nues d’une copine que son ex avait balancées sur internet le lendemain de leur rupture. Pour elle ok c’était grave, et d’ailleurs l’affaire avait été assez loin, mais là en vérité ce n’était que des mots, et ça se voyait que les photos et les vidéos étaient truquées. Il n’empêchait que cela commençait à lui peser un peu, elle en rêvait parfois la nuit, et ses premières pensées de la journée tournaient autour de cette affaire. Mais de là à lancer des procédures… Anne finirait bien par passer à autre chose.

C’était d’autant plus idiot que le garçon qui était la cause de la discorde avait déménagé durant l’été et s’était apparemment trouvé une copine dans son nouveau lycée, sans même avoir la délicatesse de prévenir la jeune fille, un vrai goujat. Alors tout ça pour ça…

La sonnerie finit enfin par retentir et Jade consulta son portable : c’était bien un message de Salomé qui l’avertissait qu’une nouvelle vidéo avait été postée où Anne avait franchi une étape puisque, face caméra, elle proférait des menaces graves à son encontre, la menaçant de venir « lui péter sa gueule de pute » quand elle s’y attendrait le moins, le tout sur un rythme pas très inspiré et un phrasé rap qui prêtait plus à sourire qu’autre chose. Même si tout cela tendait vers le franchement grotesque, la menace n’en était pas moins réelle et constituerait certainement une raison valable pour en parler à la C.P.E. si elle en avait l’occasion. Elle savait également qu’elle avait la possibilité de porter plainte, mais elle n’avait pas vraiment envie d’aller jusque-là, ça n’en valait vraiment pas la peine.

En fait, ce n’était vraiment, mais alors vraiment pas, son principal souci.

 

Chapitre 2

 

Chaque jour qui passait ne faisait en effet qu’accroître l’angoisse de la jeune fille, déjà naturellement anxieuse. Il y aurait bientôt deux mois qu’elle n’avait pas eu ses règles. Un peu de retard pouvait certes arriver, mais là on parlait de mois, la seule explication possible, avec toutes les conséquences que cela impliquait, était qu’elle tombée enceinte.

Sauf qu’elle était vierge et que jusqu’à preuve du contraire, ce n’était biologiquement pas possible.

Elle n’avait participé à aucune soirée douteuse où un garçon aurait pu abuser d’elle, ne fréquentait pas les discothèques, ne buvait pas d’alcool depuis qu’une simple bière l’avait rendue malade et avait somme toute une petite vie tranquille, ce qui parfois d’ailleurs désespérait Salomé.

L’adolescente dont tous les parents rêvaient, sage, studieuse et respectueuse des traditions familiales, à croire que la crise tant redoutée n’aurait finalement jamais lieu.

Mais elle était enceinte. Tout en n’ayant jamais couché avec qui que ce soit, ce qui bien évidemment pouvait poser problème.

Elle savait qu’il y avait un antécédent plus ou moins avéré, datant de plus de 2000 ans, mais elle ne se voyait pas dire à ses parents qu’elle allait mettre au monde le nouveau Messie. Surtout que personne ne la croirait, ce qui en soit était un problème car elle ne voyait vraiment pas quoi dire d’autre que la vérité. Elle n’allait tout de même pas s’inventer une vie amoureuse si ?

Alors Anne et ses menaces hein ? Ce n’était clairement pas la priorité.

Les seules expériences érotiques qu’elle ait eues s’étaient déroulées en un rêve humide, qu’elle avait fait à plusieurs reprises. Cela se passait toujours de la même façon : sur la plage, l’été, un garçon qu’elle n’avait jamais vu, beau comme il n’est pas permis de l’être, l’emmenait nager, loin, très loin, jusqu’à ne plus voir la côte, mais elle n’éprouvait aucune peur, au contraire elle se sentait en sécurité avec lui, puis ils plongeait ensemble, bien trop profondément, et il se transformait, ses bras devenait des tentacules qui l’enlaçaient chaleureusement, et elle était bien, si bien. Et il lui faisait l’amour, comme elle imaginait que l’amour devait être fait. Et elle se réveillait, reposée, apaisée.

Mais on ne tombait pas enceinte en rêvant n’est-ce pas ? C’était certes poétique mais assez peu crédible.

Un jour qu’elle s’ennuyait terriblement en cours, elle avait machinalement griffonné sur le coin de son cahier des figures abstraites, et elle fut la première surprise quand elle constata que son ébauche constituait un mot «  R’lyeh ». Sans qu’elle puisse expliquer pourquoi, elle sut instinctivement que c’était le nom de la ville où vivait le beau garçon de ses rêves. Elle trouvait cela mignon et se complaisait dans ses rêveries.

Elle avait parlé une fois de ses songes à Salomé qui s’était gentiment moquée d’elle, en lui recommandant chaudement de se trouver un vrai copain au plus vite afin de se débarrasser de son encombrante virginité. Il y avait, selon elle, urgence. Jade n’était pas pressée, ses rêves trahissaient certainement des fantasmes, elle voulait bien l’admettre, mais elle n’en était pas malheureuse pour autant, et n’avait aucunement l’intention de s’offrir au premier venu qui lui plairait.

En fait, et sans qu’elle ose se l’avouer à elle-même tant cela aurait paru d’une niaiserie confondante si elle l’avait formulé à haute voix, elle espérait secrètement rencontrer un jour le bel habitant de  R’lyeh.

 

Chapitre 3

 

La figure de la liberté à travers le personnage de Dom Juan. Alors certes, c’était intéressant mais d’une part le prof était en roue libre et semblait répéter la même chose depuis des années sans trop faire attention à ce qu’il pouvait bien raconter, et d’autre part elle doutait fortement que Molière eût vraiment songé à la dimension mythique de son personnage en écrivant sa pièce, il lui semblait que l’on perdait un peu de vue que c’était aussi une comédie. Mais bon, le Français au moins elle comprenait alors qu’elle éprouvait plus de difficultés dans les matières scientifiques, le fossé avec le collège lui semblant plus difficile à franchir. Jade n’avait pas beaucoup d’amis dans sa classe, non qu’elle soit totalement isolée, mais elle était d’un naturel plutôt timide et certains de ses camarades avaient des facilités déconcertantes pour attirer la lumière, contre lesquelles elle ne pouvait guère lutter. Et puis, par malchance, Salomé avait atterri dans une autre seconde, où elle s’ennuyait passablement elle aussi.

En pleine lecture de la tirade du conquérant, l’enseignant fut interrompu par un surveillant envoyé par la vie scolaire qui lui soumit un billet où figurait plusieurs noms d’élèves convoqués à droite et à gauche pour des raisons diverses, dont celui de Jade, que la C.P.E. attendait à 11h. Aucun retard, aucune heure séchée, pas le moindre mot dans le carnet de liaison, la seule explication possible était que cette histoire sur les réseaux sociaux prenait de l’ampleur et qu’elle était arrivée aux oreilles de l’administration du lycée. Bon… elle verrait bien, elle n’avait rien à se reprocher quoi qu’il en soit…

Un peu nerveuse toutefois, mais elle aurait aimé savoir quel élève ne l’était pas en étant convoqué officiellement sans exactement savoir pourquoi, elle se présenta à l’heure dite au bureau de la conseillère.