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Il a décidé de l'aimer. Elle n'a qu'une envie: le haïr. Mais la vie ne nous apporte pas toujours ce que l'on veut. Et plus que jamais, le danger rôde. Découvrez le volet final des aventures d'Elisabeth et Nathan.
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Seitenzahl: 592
Veröffentlichungsjahr: 2019
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À vous tous qui me soutenez en me faisant confiance.
Vous réalisez mon rêve un peu plus chaque jour.
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41
Chapitre 42
Chapitre 43
Chapitre 44
Chapitre 45
Chapitre 46
Chapitre 47
Chapitre 48
Chapitre 49
Chapitre 50
Chapitre 51
Chapitre 52
Chapitre 53
Chapitre 54
Chapitre 55
Chapitre 56
Chapitre 57
Chapitre 58
Chapitre 59
Chapitre 60
Chapitre 61
EPILOGUE
Sept ans plus tôt…
— C’est l’élue, mon frère.
Nathan sourit et secoua la tête. Depuis près d’une heure déjà, Neal lui parlait d’une fille qu’il avait rencontrée sur le campus de l’université, quelques mois plus tôt. Or, son insistance à la considérer comme la femme de sa vie, l’amusait énormément. Neal était un séducteur au cœur d’artichaut, tombant amoureux de chaque femme qu’il croisait avant de se lasser au bout de quelques jours, voire seulement quelques heures. Cette fille allait sans doute rejoindre rapidement la longue liste de ses ex, même si elle avait déjà battu un record de longévité.
— Tu dis toujours ça, Neal, lui fit-il remarquer avant d’avaler une gorgée de bière.
— Je sais, mais cette fois, c’est différent ! Ça fait des mois que je l’ai remarquée, mais je ne l’ai abordée qu’il y a quinze jours.
— Parce que tu avais une autre copine, je présume ?
— Non ! Enfin, je couchais à droite, à gauche, alors je n’appelle pas ces filles, mes « copines », concéda son ami avec un sourire en coin.
Il n’avait pas revu Neal depuis un moment, aussi avait-il été surpris de son coup de fil, quelques jours plus tôt. Ce dernier n’avait pas changé : toujours aussi plein d’énergie, il avait l’esprit vif et son regard pétillant affirmait qu’il était toujours prêt pour une nouvelle aventure quelle qu’elle soit.
— Franchement, est-ce que tu m’as vu mâter une autre fille depuis que tu es arrivé ? , s’enquit son ami avec sérieux, son regard bleu le clouant au pilori.
— Non… C’est vrai.
— Liz est différente, mec. Elle m’impressionne par son intelligence ; et puis, elle est timide. Elle n’est pas facile à aborder et je me considère plutôt chanceux de sortir avec elle.
— Vraiment ? Tu ne dis pas ça, parce que vous n’avez pas encore couché ensemble ?, se moqua-t-il en riant dans sa bière.
Neal le bouscula, mais ne prit pas la mouche, souriant lui aussi en avalant une autre gorgée.
— Elle me rend heureux, avoua-t-il finalement avec tendresse et honnêteté. Je crois même que je suis amoureux, « pour de vrai ».
— C’est ce qu’il semblerait, en effet, concéda Nathan, sans véritable espoir d’avoir raison.
Pendant près d’une autre heure, ils parlèrent d’elle, de sa « Liz » ; Neal lui montra même une photo d’eux qu’il gardait dans son portefeuille. « Bon sang, il devient vraiment sentimental », se dit-il, à la fois impressionné et amusé. La fille posant avec lui était brune, mignonne, avec des yeux noisette ; bref, plutôt ordinaire, comparée aux filles superficielles qui l’accompagnaient autrefois. Il étudia son ami, toujours hypnotisé par cette photo, et le reconnut à peine : après toutes ces années où il l’avait connu en colère, impulsif, Neal semblait apaisé, presque normal et quelque chose lui disait que c’était grâce à cette jeune femme. Après avoir été adopté, Neal avait passé des années dans une école militaire, puis dans l’armée, mais cette fille banale semblait avoir réussi à aider son ami, là où ces institutions avaient échoué.
Neal continua à lui parler de sa petite-amie plutôt qu’il n’aborda sa propre vie ou son travail. Mais ce n’était que partie remise : ils se reverraient bientôt et, malgré tout le bien qu’elle semblait lui faire, Nathan était déjà persuadé que son ami aurait rompu avec la fameuse Liz d’ici là. Il pourrait alors lui parler de sa vie, et sans doute, de sa nouvelle conquête.
Toutefois, lorsqu’ils se quittèrent en échangeant une accolade fraternelle sur le trottoir, Nathan lui glissa avec sincérité :
— Cela me fait plaisir de te voir heureux, mon frère.
— Merci. La prochaine fois que j’arriverai à t’éloigner de tes ordinateurs, je pourrais peut-être te présenter Liz ? Je suis sûre qu’elle te plaira : vous vous ressemblez tous les deux, studieux et sérieux comme vous êtes, se moqua Neal avec un sourire attendri. Mais c’est sans doute un peu pour cela que je vous aime autant tous les deux.
Nathan se contenta de lui sourire. Il n’avait jamais été capable de se confier sur ses sentiments, mais Neal le connaissait suffisamment pour savoir. Nathan monta dans sa voiture avant que son chauffeur ne referme la portière. Mais à travers la vitre teintée, il fut ébloui par le sourire de son ami qui brillait comme un soleil. Son « frère » était solaire, attachant, drôle, et plein d’énergie. Il l’avait toujours été. Ces retrouvailles lui avaient rappelé à quel point Neal lui avait manqué et il avait déjà hâte de le revoir, de renouer avec celui qui le connaissait le mieux. Alors, il se promit de le contacter rapidement : il ne voulait plus le perdre.
Sur un dernier sourire de Neal, un dernier geste de la main, la voiture démarra et le cœur lourd, il vit son ami disparaître… à jamais.
Du moins, c’est ce qu’il avait cru. Même encore maintenant, il ne parvenait pas à réaliser.
— Alors, frangin, tu ne viens pas m’embrasser ?
Immobile et sur ses gardes, Nathan l’étudiait, les sourcils froncés, comme s’il s’agissait d’un piège. Parce que Neal était mort. Il en était certain. Jusqu’à cet instant. Avec le rire grave qu’il lui connaissait, ce fantôme marcha jusqu’à lui avant de le prendre dans ses bras. « La même étreinte », ne pûtil s’empêcher de songer.
— Alors ? Tu n’y crois toujours pas ? , s’enquit le revenant.
Toujours sous le choc, Nathan n’arrivait pas à bouger. Neal s’écarta et lui fit face, arborant toujours ce sourire au coin de ses lèvres.
— Tu es mort. J’ai vu les photos de ton dossier à la morgue, affirma Nathan en le regardant au fond des yeux.
— Juste une petite mise en scène pour étouffer le moindre doute.
— De qui ?
— De Liz. De la mafia.
— C’est ridicule, déclara-t-il en secouant la tête.
— Vraiment ?, s’enquit Neal en l’étudiant avec attention pendant quelques secondes. Alors, c’est vrai, constata-t-il. Elle t’a eu toi aussi.
— Quoi ?
— Remarque, je peux le comprendre : je suis passé par là moi aussi. Je me suis laissé séduire par son apparente innocence et j’ai failli finir à la morgue, mais pour de bon.
— Eli n’est pas une meurtrière.
— Ah non ? Et elle n’a pas tué les deux enfants qu’elle portait peut-être ? Le tien et le mien ?
Avant qu’il ait pu réussir à se contrôler, Nathan se jeta sur son interlocuteur en le fusillant du regard et l’attrapa par le col de son manteau, ses poings serrés pour ne pas l’étrangler.
— Le sujet est sensible, à ce que je vois, fit remarquer l’autre homme.
Il le relâcha en le repoussant et s’écarta en lui tournant le dos.
— Je sais ce que c’est, Nate : j’ai perdu deux enfants dans cette histoire et pas un jour ne s’est écoulé sans que je pense à mon petit garçon.
Mu par un souffle protecteur, Nathan serra les dents à la mention de Joshua. Il ne savait pas qui était cet homme, mais Neal ou pas, il était hors de question de laisser « son fils » en présence de cet inconnu.
— Je ne suis pas là pour me disputer avec toi, reprit son interlocuteur. Je suis seulement là pour t’expliquer ce qui s’est passé, te dire qui est vraiment la femme que tu as épousée. Et si tu aimes Joshua comme ton fils, si tu veux le protéger, alors tu m’écouteras.
En effet, Nathan savait qu’il n’avait pas le choix : il devait rester et écouter ce que cet homme avait à dire. Pour protéger Joshua... et Eli.
— Très bien. Je t’écoute, affirma-t-il d’une voix froide et dure qui fit légèrement rire son interlocuteur.
— Toujours pas convaincu, à ce que je vois. Tu n’as pas changé, Nate : toujours aussi têtu.
— Je croyais qu’on n’était pas là pour parler de moi, répondit l’intéressé du tac-au-tac.
— C’est vrai. Toujours droit au but, renchérit l’homme aux cheveux roux, le sourire aux lèvres. Bien…
Pendant de longues minutes, son sérieux retrouvé, le prétendu « Neal » lui raconta ce qu’avait été sa vie auprès de « Liz ». Cela ressemblait évidemment au récit de Victoria, le jour de son mariage, mais il n’en fit pas mention. Evidemment, il doutait de la sincérité de cet homme _ y compris de son identité_, mais ses propos allaient plus loin.
— C’est elle qui a choisi de venir vivre à Toronto. Tu peux lui demander, renchérit Neal en désignant Victoria. Elle savait qui tu étais pour moi et où te trouver. Je ne sais pas comment elle a fait, car aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais donné ton nom complet, les fois où je lui ai parlé de toi. Tu étais juste « Nate ».
Son interlocuteur étudiait sa réaction, tout en ayant l’air sincère. Nathan, lui, ne pouvait pas jouer la comédie. Pas pour le moment. Pas tant qu’il n’aurait pas la preuve qu’il s’agissait bien de Neal.
— Et toi, où étais-tu toutes ces dernières années ? Que faisais-tu ?
— Je me cachais. Comme je ne suis pas mort, je suis devenu le témoin principal pour les faire tomber, les O’Reilly et elle. Evidemment, Liz est parvenue à me rendre moins crédible en jouant les victimes depuis tant d’années. Victoria enquêtait sur les O’Reilly et avait connaissance de leurs liens avec ma femme. Elle m’a contactée plusieurs mois avant que Liz n’essaye de me tuer et je suis devenu plus ou moins son indic. Alors, quand les choses se sont compliquées, elle m’a aidée et a décidé de se faire passer pour un Marshal. Comme ça, Liz se croyait en sécurité et pouvait reprendre contact avec les O’Reilly.
Cette dernière « révélation » lui fit hausser les sourcils, tandis qu’il se tournait vers la femme qui les accompagnait :
— Alors, vous n’avez jamais été US Marshal ?
— Je travaille au FBI, mais il était plus facile de me faire passer pour un marshal, en effet. Sous le couvert du programme de protection des témoins, Elisabeth avait davantage d’opportunités pour reprendre ses petites combines, pour prouver sa culpabilité.
— Et après tout ce temps, je constate à quel point votre plan a été efficace, ironisa-t-il.
— Ce n’est pas parce qu’elle est toujours en liberté que nous n’avons pas progressé. Nous avons juste la conviction de pouvoir pêcher un plus gros poisson, mais Elisabeth n’a pas encore atteint son but.
— Qui serait ?
— Vous voler votre fortune…, en vous tuant au passage.
Une fois encore, il ne put dissimuler un sourire ironique.
— Je suis ravie de vous faire rire, monsieur Reed.
— Il ne nous croit pas ; il ne croit toujours pas que je suis « moi », déclara l’autre homme sans le quitter des yeux.
— Il faut dire que vous n’avez pas été très convaincant jusqu’à présent.
Sa remarque étira légèrement le sourire de son interlocuteur et il put lire dans son regard bleu, une lueur de défi qu’il était prêt à relever.
— D’accord, convint ce dernier en baissant les yeux, tout en commençant à faire quelques pas. Par où je commence ?... Sous ta rotule gauche, tu as une cicatrice que tu t’es fait en tombant d’un arbre, quand tu avais sept ans. J’étais monté et, comme d’habitude, tu voulais me suivre. Malheureusement, tu es tombé et tu as eu une fracture.
C’était vrai, mais Nathan conserva son masque de glace pour l’affronter. Il ne voulait pas se montrer naïf en fonçant tête baissée : il avait trop de choses à perdre, s’il prenait les mauvaises décisions.
Son silence et son scepticisme ne semblèrent ni surprendre, ni intimider son compagnon qui poursuivit :
— Rachel McPherson a été ton premier amour. On était encore en primaire, mais tu en étais fou et tu faisais tout pour lui faire plaisir, alors qu’elle te repoussait comme si tu étais couvert de boue. Il faut dire qu’elle était déjà au collège.
— Vous n’avez rien de plus probant ? Tout ce que vous me dites, un détective privé pourrait aisément le déterrer.
Sa provocation fit son effet, alors que le faible rire de son compagnon retentissait. Ils étaient là depuis près d’une trentaine de minutes, et ils avaient bien mis dix minutes pour arriver dans cette pièce.
— J’ai ordonné à mes hommes d’envahir l’immeuble, si je n’étais pas revenu au bout d’une heure. Alors, on va s’épargner des désagréments et gagner du temps, annonça Nathan en tournant les talons avant de se diriger vers la porte.
— Est-ce que tu chantes « True Colors » à Joshua pour l’endormir ? , s’exclama la voix de l’homme dans son dos. Cela marchait plutôt bien pour toi, quand tu avais peur ou que tu venais de faire un cauchemar. Evidemment, au départ, les paroles ne ressemblaient pas vraiment à la version originale. Il faut dire que j’avais seulement quatre ans. Miss Hopkins te la chantait, quand tu es arrivé au foyer, parce que ça passait beaucoup à la radio, cette année-là. Alors, c’est resté… Victoria m’a dit que tu l’avais choisi pour votre première danse à ton mariage. Ça m’a fait sourire : j’ai un peu pris cela comme un hommage. Par contre, tu as « What a wonderful world » en horreur, parce que ta mère te chantait souvent cette chanson et ça te rappelait ce que tu avais perdu, les circonstances de ton abandon…
Cette fois, Nathan ne put s’empêcher de réagir en restant figé, droit comme un piquet. Personne ne savait cela ; personne à part Neal. En grandissant, il n’avait parlé à personne de son aversion pour cette chanson et parvenait à retenir l’expression dégoûtée qu’il arborait, étant plus jeune.
Mais à présent, il devait réagir et choisir la bonne tactique, alors que le brouillard venait à nouveau d’embrumer son esprit. Prenant le taureau par les cornes, Nathan fit face à son interlocuteur :
— Ok… Je vous accorde le bénéfice du doute. Qu’estce que vous voulez ?
— Te protéger, mon frère, répondit Neal avec fougue en franchissant la distance entre eux. Liz a presque réussi à nous tuer tous les deux : je suis au courant pour ton amie. Mais je suis désolé de te dire que c’était toi qui étais visé. Liz sentait bien que le temps lui était compté avant que tu ne l’éloignes. Or, si tu mourais maintenant, son statut d’épouse lui permettrait sans doute d’obtenir une bonne part de ta fortune, via Joshua. Sa fausse couche, sa tentative de suicide, c’était juste pour effacer tes doutes la concernant, et te donner mauvaise conscience. Si elle sent que tu mords à l’hameçon, que tu es amoureux d’elle, elle n’aura aucune pitié envers toi.
— Et _ juste au cas où je vous croirais_, qu’attendezvous de moi tous les deux ? , s’enquit-il dignement, toujours sur la défensive.
— Juste que tu restes sur tes gardes et que tu nous rapportes ce qui peut te paraître étrange à son sujet.
— A vrai dire, ce serait même mieux, si elle vous croyait honnête et amoureux d’elle. Cela la pousserait sans doute plus vite à la faute, si elle vous croyait « aveuglé », ajouta Victoria.
— Rester de notre côté ne t’engage à rien. Mais, avec elle, tu dois rester sur tes gardes. Constamment.
Son regard restait figé sur Neal pour l’étudier, chercher la faille, l’erreur, mais tout lui disait que son ami se tenait bel et bien devant lui. Alors, il se contenta d’acquiescer légèrement, le visage grave. Contre toute attente, en réponse, son interlocuteur le reprit dans ses bras et murmura :
— Ne te laisses pas avoir, frangin. Je ne veux pas te perdre, alors qu’on vient tout juste de se retrouver.
Après une tape dans le dos, Neal s’écarta, alors que lui-même restait toujours immobile.
— On garde le contact, annonça-t-il finalement à son « ami », avant de refaire demi-tour.
Ignorant Victoria, il sortit et se perdit quelque peu avant de trouver la sortie. A son retour à la voiture, ses hommes se tenaient prêts à venir le rejoindre.
— Tout va bien, monsieur Reed ?, s’enquit Aaron.
Il se contenta d’acquiescer et monta dans la voiture, l’esprit en pleine confusion, même s’il n’en montrait rien. Cette nuit marquait un tournant dans son histoire avec Elisabeth. Il n’arrivait pas à croire à tout ce que Neal et Victoria lui avaient dit ; mais pendant des mois, il n’avait pas cru à ce que sa femme lui avait dit, concernant son vieil ami. Or, aujourd’hui, il se retrouvait au milieu de deux versions contradictoires. Il devait choisir un camp où Joshua serait en sécurité.
Il avait fallu que Neal ressurgisse, alors qu’il commençait à croire aux accusations d’Elisabeth. « Comme c’est étrangement pratique », ironisa-t-il.
Il avait les moyens de protéger Joshua, mais le retour de Neal faisait remonter d’autres dangers à la surface. Si son « frère » était le monstre décrit par Eli, sa femme, son fils et lui-même seraient sans doute en danger, car cette créature n’avait rien du Neal qu’il avait connu jusqu’à présent. Et si Elisabeth était le véritable commanditaire de cette situation, Joshua et lui couraient plus de risques qu’il ne l’avait envisagé. Dans ce cas, quand tout serait terminé, il perdrait sans doute la garde de l’enfant, puisque son père biologique « était » de retour.
La fatigue se posa sur son visage, avant qu’il ne l’essuie sous sa paume en soupirant. Lui qui pensait pouvoir se concentrer sur Elisabeth, il se retrouvait désormais attaqué de tous les côtés. La partie s’annonçait compliquée, mais quel qu’en soit le résultat, il ferait tout pour découvrir la vérité, quelle qu’elle soit.
Elle regarda Nathan sortir et attendit quelques instants, avant de demander :
— Tu penses qu’il t’a cru ?
— Je pense qu’il est amoureux de ma femme, s’exclama pensivement Neal en fixant la porte.
— C’est aussi la sienne, je te signale, répliqua-t-elle, non sans une pointe d’agressivité.
Un lent sourire étira les lèvres de Neal, tandis qu’il se tournait vers elle.
— Tu n’as aucune raison d’être jalouse.
— Permets-moi d’en douter. Mais là n’est pas le problème : si Nathan ne nous croit pas…
— Il y viendra. Liz ne sera pas sans commettre des erreurs dont nous pourrons profiter.
— Pour cela, il faudrait déjà qu’elle sorte du service psychiatrique de l’hôpital. La décision ne dépend que d’elle, et vu les derniers rapports des médecins, ce n’est sans doute pas pour tout de suite.
Le rire de Neal retentit, résonnant dans la pièce. Peutêtre était-ce juste à cause du lieu où ils se trouvaient, mais son amusement lui parut dangereusement lugubre et effrayant.
— Tu doutes toujours de mes compétences, à ce que je vois.
Victoria ne sut pas quoi répondre, tandis qu’elle l’étudiait du coin de l’œil. Non, elle ne doutait de rien concernant Neal. Elle l’avait suffisamment côtoyé, ces dernières années, pour savoir à quoi s’en tenir, et cela lui faisait froid dans le dos.
*
C’était terminé. Deux semaines s’étaient écoulées depuis son entrée dans le service psychiatrique de l’hôpital, mais elle n’avait pas trouvé les réponses qu’elle attendait. Sous un contrôle médical, elle était petit à petit parvenue à se sevrer des antidépresseurs, alors que les effets secondaires de ce manque disparaissaient… En apparence. Tout était facile ici, parce qu’il n’y avait que les médecins, les autres patients et elle. « Moi et mes problèmes ». Tout ce temps seule avec ellemême lui avait permis de se retrouver, de réfléchir à sa situation, à ses deuils…
Revenir sur les circonstances de sa première fausse couche l’avait finalement apaisée ; mais pour ce qui était de la dernière, tout était encore trop frais et la faute incombait à beaucoup de monde, y compris elle-même. C’était aussi le cas pour sa vie actuelle, où d’autres personnes étaient intervenues, la poussant dans des choix difficiles.
Elle était fatiguée, mais plus encore, elle était en colère. C’était même devenu son moteur principal : elle en voulait à la Terre entière, à commencer par elle-même. Et Nathan. Sa vie était déjà bien compliquée avant qu’il n’y fasse son apparition, mais il ne l’avait pas arrangé. Bien au contraire.
Elle ne l’avait pas revu depuis son réveil, au lendemain de sa tentative de suicide, mais elle ne s’en portait pas plus mal. A vrai dire, Elisabeth appréhendait même de se retrouver face à lui. Sa colère était tellement vive, sauvage, qu’elle craignait de lui sauter dessus en le revoyant.
Evidemment, la jeune femme avait fait part de ses « craintes » à ce sujet, lorsque le psychothérapeute avait abordé le sujet de son époux.
— « Mon mari », avait-elle rétorqué avec un rire chargé d’ironie. Je peux compter sur les doigts d’une seule main, les fois où il s’est comporté comme tel, et croyez-moi, cela n’a jamais duré bien longtemps. Même en y repensant, je suis persuadée qu’il a agi ainsi uniquement dans son intérêt. Il ne m’a jamais considérée comme sa femme : son jouet, sa marionnette, ça oui ; mais sa femme...
Elle avait déjà dû tellement se contenir en parlant de lui, y compris lors des séances suivantes. Le médecin avait tenté de lui signaler que, sans l’aide de Nathan, elle n’aurait jamais survécu à sa tentative de suicide, mais rien n’y fit… Sauf peut-être d’accentuer son sentiment de culpabilité.
Si elle ne s’en voulait pas vis-à-vis de Nathan, il en allait différemment concernant Joshua. Elle avait en boucle les paroles accusatrices de son époux pour lui rappeler cette terrible erreur. « Passer à l’acte, qui plus est, à quelques mètres de notre fils. Voir sa mère partir encore une fois dans une ambulance ! Tu ne crois pas que la première fois lui avait suffi ? Tu imagines son traumatisme ? Il va s’en souvenir jusqu’à la fin de sa vie. Et tu sais quoi ? J’espère qu’il t’en voudra. » Nathan avait su résumer toutes ses craintes en quelques mots et maintenant, elle n’arrêtait pas d’y penser : c’était même sa plus grande crainte. Elle n’avait pas fait cela pour blesser son fils. Bien au contraire. Mais, même en connaissant ses propres raisons, elle avait compris que le suicide n’était pas la solution.
Nathan lui avait fait passer des dessins que Joshua lui avait fait pour qu’elle aille mieux, mais tout en la rassurant sur l’amour de son fils, cela avait également remué le couteau dans la plaie. « Il est peut-être mieux sans moi », songeait-elle souvent, surtout en voyant ce qu’elle devenait mentalement et émotionnellement. La perspective qu’il grandisse loin d’elle, lui apparaissait souvent plus saine, même si pour cela, elle devait le laisser aux bons soins de Nathan.
— Vous ne voulez pas sortir d’ici ? Revoir votre fils ? , l’avait interrogé une des infirmières, alors qu’elle s’était refermée sur elle-même.
Ses bras autour d’elle, la jeune femme avait secoué la tête, le visage grave. Elle avait atrocement peur de ce moment ; de ce que Joshua pourrait faire ou dire, et des erreurs qu’elle pourrait encore faire, le blessant au passage contre sa volonté.
Lors de sa séance quotidienne avec le psychothérapeute, ce dernier avait avancé l’idée d’une prochaine session en présence de Nathan. Mais là encore, elle avait refusé l’idée : elle ne se sentait pas prête à le voir et lui parler. C’était un « non » catégorique, même s’il savait qu’elle ne pourrait pas l’éviter indéfiniment.
En attendant, la nuit se révélait calme, l’invitant à s’endormir. Peut-être aurait-elle dû prendre un calmant pour empêcher toutes ces pensées de danser dans sa tête ? Elles la distrayaient plus qu’elle ne l’aurait voulu. Allongée sur le côté, les yeux fermés, elle tentait de se concentrer sur le bruit lointain des sirènes d’ambulance ou les voix des infirmiers de garde, étouffées par les murs épais de sa chambre.
Sans trop savoir comment, Eli glissa doucement dans une légère torpeur, qui vola en éclat, lorsqu’on posa une main sur sa bouche. En se réveillant, elle découvrit un bras et une jambe solidement enroulés autour d’elle et qui l’empêchaient de se défendre. Pourtant, bien que sa voix reste étouffée, la jeune femme tenta de se débattre et de crier, ne sachant pas à quoi s’attendre de la part de son agresseur.
— Ch… Chuuuuuuuuut, lui souffla ce dernier.
Elle en eut froid dans le dos, mais ce ne fut rien comparé à ce qu’elle ressentit en l’entendant plus longuement :
— Je ne m’attendais pas à autant d’euphorie et d’excitation après tout ce temps. On dirait que je t’ai manquée, « Amour ».
Elle connaissait cette voix, mais c’était juste impossible et inconcevable. Le souffle court, la jeune femme essayait de réfléchir à ce qui se passait, tandis que son agresseur renchérit :
— Tu dois te dire que tu es folle, n’est-ce-pas ?
Avant qu’elle ait pu réagir, il l’allongea sur le dos et se coucha sur elle, l’immobilisant de son corps. Mais en découvrant sous la faible lumière, le visage du monstre audessus d’elle, Elisabeth se figea instantanément. Le sourire de Neal s’étira lentement.
— Salut, déclara-t-il d’une voix douce qui ne la trompait pas.
Il la couvait d’un regard qui la dégoûtait et quand il se pencha vers son cou, la jeune femme se cambra pour tenter d’échapper au contact de ses lèvres.
— Mm… Tu as de la chance que je sois pressé, murmura-t-il avant de se redresser. J’ai besoin que tu me rendes un petit service : il faudrait que tu décides _ de toimême évidemment_ de quitter cet endroit sinistre pour retourner gentiment dans ta belle maison.
Elle l’observait pour prévenir ses moindres gestes et osait à peine respirer, comme si cela pouvait détourner son attention.
— Je ne comprends d’ailleurs pas pourquoi tu ne l’as pas déjà fait, mais bon… Tenter de comprendre l’esprit détraqué des femmes… Et histoire de te motiver un peu : si tu ne le fais pas, j’entrerais sans bruit dans la maison « hautesécurité » de ton cher mari et trancherai la gorge de ton fils chéri. Oui, je sais, c’est aussi « le mien », mais ce n’est que d’un point de vue biologique : je ne l’ai pas vu grandir, alors ce ne sera pas plus une grande perte que si c’était son ami Nelson. Oui, je le connais lui aussi, et toute sa famille. Alors, tu es convaincue ou je dois continuer ?
Elle avait envie de hurler, mais le souffle court, elle se contenta de secouer la tête.
— C’est ce que je pensais. Bien ! Alors, pas avant demain matin et tu dois continuer à te comporter normalement. Enfin, aussi normalement qu’une personne sortant d’un service psychiatrique évidemment. Acquiesce pour me montrer que tu as compris.
Sans attendre, la jeune femme obtempéra. Elle ne voulait pas le provoquer et mettre Joshua ou n’importe qui d’autres en danger. Neal était un psychopathe et, d’eux deux, il était celui qui méritait le plus d’être dans un asile.
Il l’observait d’un air qui ne lui disait rien qui vaille, son sourire flottant toujours sur ses lèvres. Alors, quand il se pencha davantage vers elle, la jeune femme sut déjà à quoi s’attendre. Trainant douloureusement sa main sur sa bouche, il la remplaça rapidement par ses lèvres avec tout autant de violence. Neal voulait s’imposer avec rudesse, lui faire mal là où personne ne pourrait le voir, mais avant qu’elle ait réfléchi à ce qu’elle faisait, Elisabeth lui mordit la lèvre jusqu’à ce qu’elle sente le goût du sang sur sa langue. Il s’écarta et reposa sa main sur sa bouche pour l’empêcher de crier. Mais lui riait, essuyant le sang sur sa lèvre, sans la quitter de ses yeux brillants.
— J’espérais que tu ferais ça, lui avoua-t-il tout bas. Alors, tu sais quoi ? Si tu ne veux pas que j’aille rendre une petite visite à notre fils dès ce soir, tu vas te retourner gentiment et te laisser faire sans broncher.
A présent, Elisabeth regrettait d’être tombée si facilement dans son piège, alors qu’elle savait à qui elle avait affaires. Des larmes roulant sur ses joues, la jeune femme le regarda se redresser au-dessus d’elle. Le corps endolori par la pression de celui de Neal, elle obéit lentement en fermant les yeux pour ne pas voir ce qu’il faisait. Elle perçut le froissement de son pantalon et les gémissements sourds de Neal firent le reste.
— Mets-toi à quatre pattes, lui ordonna-t-il.
Evidemment, elle obéit, le corps tremblant nerveusement, alors que son passé remontait à la surface de sa mémoire. Il existait des traumatismes qu’on ne pouvait éradiquer et les viols proférés par Neal n’y échappaient pas. Lorsqu’il la pénétra de force par derrière, sans préparation, elle serra les dents, essayant de se concentrer sur autre chose. Mais quand il lui pressa la tête contre le matelas, il la ramena au présent et à cette chambre. Il la sodomisait pour imposer sa marque sur elle, une de plus, et elle ne put que prier pour que son labeur se termine au plus vite. Etant déjà dur et prêt en la pénétrant, il lui fallut quelques minutes pour jouir avant de se retirer, le souffle court.
— Tu devrais te rhabiller, avant qu’un infirmier te voit comme ça et prenne ça pour une invitation, l’entendit-elle, encore en état de choc.
Son rire grave la fit frémir, alors qu’elle remontait mécaniquement son pantalon de pyjama.
— N’oublie pas : seulement demain matin ; et tâche d’être naturelle et convaincante, si tu ne veux pas enterrer un autre de tes enfants. A bientôt, ma belle, lui souffla-t-il avant de l’embrasser dans le cou.
Elle ne réagit même pas, ni lorsqu’il eut disparu. Il lui fallut de longues minutes pour réaliser ce qui s’était passé et qu’il ne s’agissait pas d’un rêve. Recroquevillée sur elle-même, elle n’eut plus qu’une envie : mourir.
« Non ! », se réveilla sa conscience. « Tu as mieux à faire ! Tu dois protéger Joshua de ce malade. »
Elisabeth tremblait de part en part, mais elle savait que c’était la seule solution. Elle n’avait pas assuré en tant que mère, ces derniers mois. Il était temps qu’elle se rattrape et redevienne elle-même : la louve prête à tout pour son enfant, y compris à se battre contre n’importe qui, à n’importe quel prix.
Quand l’hôpital l’avait appelé dans la matinée, il était loin de s’attendre à cette raison. Il était déjà à son travail et au milieu d’une réunion, mais vu les événements, il avait gardé son téléphone avec lui.
Après s’être excusé auprès de ses collaborateurs, il avait quitté la salle de réunion pour répondre :
— Monsieur Reed, ici le docteur Kauffman, l’un des médecins de votre épouse. Elle a fait part de son souhait de quitter le service psychiatrique.
La nouvelle l’avait quelque peu choqué, si bien qu’il avait mis quelques secondes avant de balbutier :
— Je vous demande pardon ?
— Elle souhaite quitter le service psychiatrique, aujourd’hui.
— Quoi ? Je veux dire… Est-ce possible ? Est-elle vraiment prête pour cela ?
— D’après les rapports du psychothérapeute, elle n’est plus un danger pour elle-même. Certes, elle a encore besoin de poursuivre sa thérapie, mais elle semble assez forte désormais pour le faire à l’extérieur.
S’il avait hâte qu’Eli sorte de l’hôpital, il ne souhaitait pas pour autant qu’elle le fasse trop tôt, alors qu’elle n’était pas prête.
— Hum… D’accord… Quand puis-je venir la chercher ?
— Nous devons lui faire passer encore quelques tests, mais elle devrait sortir du service vers quinze heures.
— Très bien. Merci de m’avoir prévenu, docteur.
Après avoir raccroché, Nathan était encore resté sonné. Il n’avait pu s’empêcher de s’interroger sur l’état de sa femme, mais un de ses assistants était venu le chercher pour une question nécessitant sa présence.
Cependant, il n’était pas totalement parvenu à se concentrer : Eli emplissait tout l’espace dans sa tête. Pour Joshua, pour Eli, il était heureux et soulagé de voir son épouse revenir chez eux ; mais bien que plusieurs semaines se soient déjà écoulées depuis son internement, il avait encore des doutes sur la santé mentale de la jeune femme. Jusqu’au moment de rejoindre l’hôpital, il resta sombre et froid. Cela ne changeait pas vraiment de d’habitude, à l’exception de sa tension. Ses employés le regardèrent comme s’il n’était plus qu’une bombe à retardement, mais il choisit de ne pas y prêter attention.
Enfin, l’heure fatidique arriva. Evidemment, il avait appelé Maddie pour lui annoncer le retour d’Eli, et lui demander de préparer les plats préférés de sa femme pour le dîner. Il voulait qu’elle se sente au mieux et qu’ils tentent de repartir sur une base saine.
Pourtant, en arrivant devant la double porte du service psychiatrique, sa nervosité lui donna chaud et rendit ses mains moites. Il n’avait pas vu Eli depuis des semaines et s’interrogeait vraiment de son accueil et de son état, surtout après leur dernière entrevue. Mais il n’eut qu’à patienter quelques minutes avant de la voir apparaître. Pendant un bref instant, son cœur se remit à battre après trois semaines en veille, alors que le nœud dans son ventre ne bougea pas d’un millimètre.
Assise dans un fauteuil roulant, les mains sur ses genoux, elle se tenait droite, mais gardait les yeux baissés, comme si elle refusait de poser le moindre regard sur lui. Ils lui firent signer les papiers de sortie, avant que l’infirmier ne pousse le fauteuil jusqu’à leur voiture garée au parking souterrain.
Avec le sentiment d’être bête et inutile, Nathan regarda l’homme aider Eli à monter dans la voiture. Son épouse gratifia le soignant d’un regard reconnaissant et d’un bref sourire avant de disparaître dans l’habitacle. Après avoir remercié l’homme à son tour, il rejoignit finalement la jeune femme sur la banquette. Evidemment, cette dernière avait déjà pris sa place tout au bout, s’encastrant presque dans la carrosserie pour ne pas avoir à le toucher. Elle regardait par la fenêtre à ses côtés et aurait presque eu l’air juste pensive, s’il n’y avait eu un geste qui la trahissait : nerveusement, elle refermait encore et encore ses poings posés sur ses cuisses, agrippant au passage l’étoffe de son jean.
Il aurait voulu lui prendre la main pour la rassurer, l’aider à se détendre, mais son instinct le lui déconseilla. Alors, il se contenta de déclarer :
— Joshua va être aux anges. Tu lui manquais énormément, tout comme à Maddie.
Elle ne répondit pas, restant volontairement enfermée dans son mutisme. De toute évidence, sa femme souhaitait encore et toujours imposer une distance, un mur entre eux et il était prêt à respecter son vœu. « Pour le moment ».
C’est alors qu’il la vit froncer les sourcils et, non sans soulagement, il l’entendit demander :
— On ne va pas directement à la maison ?
Sa voix n’avait aucune chaleur, juste l’empreinte de la peur et de la colère. Elle s’obstinait à regarder par les fenêtres, alors que les rues du centre-ville défilaient autour d’eux.
— Non, se contenta-t-il de répondre.
— Pourquoi ?
Son agacement pointait légèrement, mais cette fois, il ne répondit pas. Il voulait attendre pour la provoquer et qu’elle le regarde enfin, même si c’était pour le cribler de reproches. Les secondes s’écoulaient, alors que les sentiments de sa femme réveillaient son corps, ses gestes. Il la vit serrer les dents, tandis que ses doigts s’agrippaient fermement à son pantalon. Comme l’impatience de sa compagne semblait la ronger de l’intérieur, Nathan consentit enfin à répondre :
— J’ai décidé de déménager en ville… pour quelques temps.
— Pourquoi ? Il s’est passé quelque chose en mon absence ? , s’enquit-elle en se retournant brusquement.
Dans ses yeux, il n’y avait plus de haine, ni de colère : juste une vibrante angoisse qui recouvrait les traits d’Elisabeth. Un peu étonné par son soudain changement d’attitude, Nate l’étudia, en quête de réponses qui ne vinrent pas.
— Non… Mais j’ai pensé que ce serait préférable pour tout le monde, vu ce qui s’est passé.
Il lui renvoyait la balle et, involontairement, l’accompagnait de reproches. Mais c’était un fait : il avait décidé de déménager à cause d’elle, de ce qui lui était arrivé et ce qu’elle avait fait. Du moins, c’est comme cela qu’elle le prit visiblement, tandis qu’elle baissait les yeux, coupable.
— Eli, commença-t-il en lui prenant la main.
Mais aussitôt, elle la lui retira, en le défiant du regard. La haine et la chaleur de sa colère étaient revenues dans ses prunelles brunes, mais il en fut soulagé. Il ne voulait plus la voir soumise, blessée et fataliste ; il voulait qu’elle soit vivante, qu’elle se rebelle, même si elle le détestait.
— C’est seulement temporaire.
Il voulait la rassurer, mais à sa mâchoire contractée, il devinait que ce déménagement ne lui plaisait pas.
— Si ça peut te rassurer, Joshua le prend très bien. Evidemment, il a été déçu de quitter les animaux, mais au moins, les lieux ne lui rappellent plus constamment ce qui s’est passé.
Une grimace, puis un soupir lui échappèrent. Il n’avait pas voulu la condamner. Il avait espéré que sa remarque n’avait pas engendré davantage de culpabilité chez sa femme, mais à l’expression triste et blessée de cette dernière, il comprit son erreur.
— Ce n’est pas…
— Ça le devrait, parce que c’est ma faute. C’est moi qui lui ai fait du mal.
— Ce n’est pas toi qui aies provoqué ta fausse couche, Eli, répliqua-t-il aussitôt, avant de se rappeler les accusations de Neal et Victoria.
— Mais c’est moi qui ai tenté de me suicider, alors que mon fils dormait dans la maison.
Avec un profond soupir, elle se pencha en avant et posa les mains sur son visage. Jouait-elle encore la comédie ? « L’a-t-elle jamais fait ? », songea-t-il presque instantanément. Deux parts de lui se livraient encore bataille, même si l’une dominait la partie. Arriverait-il jamais à se décider définitivement ?
— Tu veux bien me promettre quelque chose ? , la pria-t-il d’une voix posée, mais grave.
Comme il marquait une longue pause, la jeune femme se décida à le regarder en attendant la suite.
— Promets-moi de ne plus jamais faire ce genre de tentative. Promets-moi de ne plus essayer de te tuer. Pour le bien de Joshua : il ne s’en remettrait pas.
Elisabeth ne lui répondit pas de vive voix, mais ses paroles, l’implication de son fils la touchèrent assez pour qu’elle détourne à nouveau les yeux. Cependant, il n’eut pas besoin d’insister avant qu’elle acquiesce.
— Bien, conclut-il simplement, sans pour autant parvenir à détacher son regard d’elle.
Un nouveau dilemme s’offrait à lui, maintenant qu’elle avait quitté l’hôpital. Il voulait tenter d’arranger les choses entre eux, tenter de reconstruire la confiance et les sentiments qu’Eli lui avait portés ; mais en parallèle, il devait se méfier de Neal et Victoria, leur faire croire qu’il était dans leur camp pour connaître leurs intentions et pouvoir protéger sa femme et leur fils. Or, ce dernier plan risquait tôt ou tard de lui mettre des bâtons dans les roues, lors de sa reconquête d’Eli. Il aurait du pain sur la planche, car il partait de très bas. Mais il avait confiance en lui, et plus encore, il avait confiance en elle.
Il y avait un malaise : c’était indéniable. Comment aurait-il pu en être autrement ? Elle n’était pas prête pour cette confrontation : elle le savait et tous les ressentiments bouillonnant en elle le lui confirmaient. Elle avait tenté de ne pas poser les yeux sur lui, mais le simple son de sa voix parvenait à la chambouler, entre trouble et fureur. Elle détestait ce partage, cette faiblesse qui lui coupait le souffle chaque fois qu’il apparaissait. Elle aurait voulu se contenter de le haïr, après tout ce qu’il lui avait fait endurer, mais elle en était incapable : leur nouveau face-à-face le lui avait démontré.
Quand il lui avait annoncé sa décision de déménager, elle n’avait pu se retenir davantage et s’était automatiquement tournée vers lui. Après la « visite » de Neal, la nuit passée, Eli avait craint qu’il ne soit passé à l’action. Mais toutes ses craintes s’étaient volatilisées, dès lors qu’elle avait plongé dans les yeux de Nathan. Et lorsqu’il lui avait doucement souri, elle avait détesté son cœur pour avoir piqué un sprint. Elle avait la bêtise de croire naturellement que son mari pouvait les protéger de tout, mais il n’était qu’un homme, pas un dieu ou un superhéros.
Il avait déclaré que leur déménagement était seulement temporaire. Pour qui ? Jusqu’à quand ? « Jusqu’à ce que je parte », avait-elle songé immédiatement. Car elle n’avait aucun doute là-dessus : dès qu’elle irait mieux, Nathan reprendrait sa vengeance et il l’éloignerait de Joshua, comme prévu. Mais elle pouvait encore moins l’envisager, surtout avec Neal dans les parages. Evidemment, elle aurait pu en parler à Nathan, le prévenir de cette menace réelle, mais elle était certaine qu’il ne la croirait pas ou qu’il la penserait folle. « Je ne me croirais pas non plus », songea-t-elle en soupirant. Alors quoi ? Elle allait devoir rester malheureuse jusqu’à la fin de ses jours, quitte à blesser son fils au passage ?
Quoi qu’il en soit, elle n’était pas décidée à quitter Joshua, ne serait-ce qu’une seconde. Lorsque la voiture s’arrêta pour de bon, Nathan descendit en premier avant de lui tendre la main, mais la jeune femme l’ignora.
— Je peux marcher toute seule, marmonna-t-elle, les dents serrées sans lui adresser le moindre regard.
Il ne répondit rien et se contenta de l’inviter à avancer à ses côtés. Sans plus attendre, en silence, il la précéda dans cet immeuble moderne dont les larges et hautes baies éclairaient le hall. La jeune femme suivit donc son mari et sa garde rapprochée jusqu’à un ascenseur isolé des autres. Une carte magnétique actionna l’ouverture des portes et une fois à l’intérieur, elle remarqua l’absence de boutons à part celui d’urgence et ceux d’ouverture et fermeture des portes. Les sourcils froncés, Eli jeta un regard à son mari qui, tout en s’obstinant à regarder droit devant lui, arborait un léger sourire amusé. Et elle se détesta encore plus pour aimer cela. « Il ne sourit pas assez », se dit-elle, non sans se le reprocher.
Quelques instants plus tard, les portes s’ouvrirent directement sur un grand hall. Face à eux, des fenêtres offraient une vue dégagée sur la ville.
— Tu viens ? , la réveilla la voix de son mari.
Encore un peu surprise, Eli obtempéra avant d’emprunter le couloir de droite. Là, ils débouchèrent sur l’immense salon-salle à manger donnant sur tout un coin de l’immeuble. Tout y semblait gigantesque, des fenêtres montant jusqu’aux nuages, aux canapés serpentant dans une grande partie de la pièce. Même la table à manger aurait pu servir pour un banquet. Mais elle n’eut pas le temps de s’attarder sur la décoration de cette pièce, car déjà Nathan disparut dans la suivante qui s’avéra être la cuisine. Mélange de blanc et d’inox, elle avait sa propre vue et sa propre table à manger, plus petite que celle du salon heureusement. Là encore, son mari ne s’arrêta pas et poursuivit son chemin dans une nouvelle pièce, tout aussi grande que les autres. Aux jouets éparpillés sur la moquette grise, Eli comprit tout de suite qu’il s’agissait de la chambre de leur fils. De toute évidence, ce n’était pas prévu pour être une chambre d’enfant au préalable, mais les posters et les draps de supers-héros avaient transformé à eux seuls, les traits de cette pièce dédiée à un adulte. Déjà, elle s’imagina son fils noyé dans le lit king-size.
— Comme tu peux le constater, Joshua n’est pas à plaindre. L’autre chambre est de l’autre côté du couloir, avait-il ajouté en indiquant une porte close.
— « L’autre chambre » ? , tiqua-t-elle.
— Oui. Au préalable, il y en avait trois, mais j’ai transformé la dernière en bureau. Mais tu n’as pas à t’inquiéter : il y a là-bas un canapé où j’ai dormi plus souvent que dans mon lit.
— Ce ne sera pas nécessaire, annonça-t-elle d’une voix hautaine. Je dormirai avec Joshua.
Elle perçut le rire ironique de son mari avant que ce dernier ne réplique :
— Tu n’as pas besoin de faire cela. Je n’ai nullement l’intention de venir troubler ton sommeil, si c’est ce qui t’inquiète.
Les sarcasmes dans son ton la poussèrent à l’affronter et, avec un regard affirmé, la jeune femme répliqua :
— Je le fais parce que Joshua a besoin de moi ; il a besoin que « je » le rassure par ma présence. Et j’en ai besoin moi aussi.
Nathan l’étudia pendant de longues secondes avant de répondre d’une voix dure :
— Si tu le dis.
— Et puis, cela n’a pas vraiment d’importance, puisque ce déménagement est « temporaire », ajouta-t-elle en appuyant volontairement sur le dernier mot.
Nathan ne répondit rien, se contentant d’affronter son regard comme elle le faisait déjà. La bataille dura à peine une minute, mais cela suffit pour réaffirmer leur désaccord. Le mécontentement de son époux était visible, mais il se contenta d’annoncer en tournant les talons :
— Je dois te laisser : j’ai encore du travail. Je serai dans mon bureau, si tu as besoin de moi.
Evidemment, tous les deux savaient très bien qu’il serait la dernière personne vers qui elle se tournerait. Elle attendit qu’il disparaisse pour poursuivre sa visite solitaire de l’appartement terrasse. Au fil de ses pas, ses yeux s’écarquillèrent encore plus, passant en revue les salles de bains et dressings encore plus grands que ceux à la résidence Reed. La chambre parentale, tout comme le salon ou la chambre de Joshua, donnait sur l’un des coins de l’immeuble, mais une partie du toit s’élevant en pointe était en verre. Une image lui vînt alors à l’esprit, mais bien qu’elle la chassât rapidement, son empreinte resta gravée : allongée sur le lit, dans les bras de Nathan, écoutant la pluie qui tombait doucement sur les vitres. Cela n’avait été qu’un mauvais tour de son imagination, mais elle avait ressenti le bien-être, le bonheur, la paix d’un tel moment. Elle aurait aimé connaître vraiment un tel moment dans la réalité et se le reprocha, alors que sa fureur refaisait surface. « Ne soit pas ridicule. Il est plus qu’évident qu’il s’agit de sa garçonnière. Dieu seul sait combien de femmes ont dû fouler cette moquette et coucher dans ce lit avec lui ». Le dégoût fit le reste et la chassa jusqu’aux pièces suivantes. Une salle de gym largement équipée et un sauna jouxtaient la chambre de maître, et en suivant la continuité des fenêtres, la jeune femme atterrit devant une grande piscine. La vision du bassin l‘hypnotisa, mais alors que quelques semaines plus tôt, elle se serait fait une joie d’y plonger, aujourd’hui, elle n’avait qu’un souhait : s’en éloigner.
Précipitamment, Eli poursuivit sa route, poussant une nouvelle porte pour entrer dans une salle où trônait une grande table de billard sur laquelle Nathan était penché. Il avait retiré la veste de son costume anthracite, retroussé les manches de sa chemise blanche et déboutonné son col. En la voyant surgir ainsi, il s’était redressé en l’étudiant, les sourcils froncés :
— Est-ce que ça va ? , l’interrogea-t-il.
— Qu’est-ce que tu fais là ? Je… je croyais que tu étais dans ton bureau, balbutia Eli, troublée par la vision qu’il offrait.
D’elle-même, elle aperçut la pièce en question par la double porte ouverte derrière son mari.
— J’attends des appels. Tu as besoin de quelque chose ?
Il s’était approché comme s’il s’inquiétait vraiment, augmentant encore le malaise et le désir d’Eli qui tenta de détourner les yeux, non sans rougir. Même lorsque sa haine pour lui semblait inégalable, il parvenait encore à insuffler en elle, ce désir et cette impression de sécurité, comme si, avec lui, entre ses bras, il ne pouvait rien lui arriver.
— Non, je… je visitais simplement l’appartement. Je suis désolé : je ne voulais pas te déranger.
Sa proximité devenant une torture, la jeune femme se précipita vers le bureau, suivie par son mari. Cependant, elle ne put s’empêcher de ralentir pour admirer les grandes bibliothèques escaladant certains murs jusqu’au plafond. De l’autre côté, dans l’angle de la pièce et de la tour, un large bureau en verre semblait commander au reste du mobilier.
— Tu es sûre de ne rien vouloir ? , retentit la voix de Nathan dans son dos.
Automatiquement, elle se tourna vers lui et son cerveau disjoncta. Elle ne parvenait plus à réfléchir, même en ne le regardant plus, ce qui devenait difficile.
— Eli ?
A nouveau, son regard brun s’accrocha à lui avant de descendre en rappel jusqu’au col de sa chemise légèrement ouvert. L’envie d’y glisser la main pour s’enrouler autour de son cou ou juste caresser son torse, fit monter une lourde chaleur qu’elle ne parvenait pas à dissiper. « Il n’y a qu’un seul moyen ».
— Eli ? , l’interpela encore Nathan, en posant la main sur sa joue toutefois.
Ce simple geste parvint à la réveiller et elle s’écarta brusquement, comme sous le coup d’une brûlure.
— Je… Je…, balbutia-t-elle en cherchant une échappatoire, et son regard fuyant désespérément tout ce qui pouvait lui rappeler Nathan et son désir pour lui.
Enfin, ses yeux tombèrent sur le canapé en cuir installé dans l’angle opposé au bureau.
— Alors, c’est le fameux canapé où tu passes toutes tes nuits, essaya-t-elle de plaisanter.
Instinctivement, comme un papillon attiré par une flamme, Eli se tourna une fois de plus vers lui.
— Pas toutes, mais beaucoup oui. Il est très confortable, ajouta-t-il d’une voix légèrement plus rauque qui ressembla à une invitation.
Son imagination lui joua encore un mauvais tour, lui projetant une image de Nathan, torse nu, allongé sur ce même canapé. Cette simple idée lui donna envie de gémir et pour la réfréner, elle ferma les yeux. Mais elle s’imagina alors assise à califourchon sur Nathan, tandis que ce dernier l’embrassait passionnément. Les images étaient sans équivoque et elle entendait presque leurs gémissements, dont les effets se répercutaient automatiquement dans tout son corps. « Ce n’est pas toi ! C’est une de ces autres filles qu’il a fait venir ici ! », résonna une voix de sorcière dans sa tête.
— Eli, tu te sens bien ? , la réveilla une fois de plus la voix de Nathan.
En rouvrant les yeux, elle découvrit ses grandes mains posées sur ses bras, comme pour la soutenir, et il lui fallut quelques secondes pour s’en écarter.
— Oui, je…, commença-t-elle, tout en essayant de rassembler ses idées.
— Tu as l’air désorientée. Tu devrais t’allonger un instant, l’encouragea son mari en lui indiquant le canapé.
— Non ! Non, je vais très bien.
— Tu es sûre ? Je peux t’accompagner jusqu’à ton lit ; et Joshua ne rentre que dans deux heures.
« Pitié, stop », supplia-t-elle la terre entière en fermant les yeux. Le ton employé par Nathan ne suggérait rien, mais ses paroles la poussaient dans une direction qu’elle refusait de prendre.
— Non ! , s’exclama-t-elle en tournant brusquement les talons.
Sans plus attendre, la jeune femme quitta la pièce par une porte la ramenant dans le hall et devant l’ascenseur. Si la tentation de s’enfuir lui avait traversé l’esprit, elle préféra finalement poursuivre son chemin jusqu’à la cuisine. Là, Eli ouvrit tous les placards et sortit tout ce dont elle avait besoin pour faire de la pâtisserie. « Rien de tel pour me changer les idées ». Mais avant même d’avoir commencé sa préparation, quelque chose l’arrêta. Elle ne pouvait pas s’empêcher de lever sans arrêt les yeux vers l’ouverture en face d’elle qui donnait sur le salon ; et quand ce n’était pas cela, elle guettait le moindre bruit lui indiquant l’arrivée de son mari. Elle était aux abois et en frissonnait nerveusement.
« Je ne vais pas y arriver », s’avoua-t-elle avant de s’enfuir à nouveau jusqu’à la chambre de Joshua. Arrivée au pied du lit, elle s’assit et posa les doigts sur ses tempes en soupirant. Que lui arrivait-il ? Comment pouvait-elle réagir ainsi ? Avoir envie de lui, alors que… ? Ce n’était pas seulement à cause de tout ce qu’il lui avait fait endurer, mais après ce qu’elle avait vécu, la nuit passée, comment pouvaitelle désirer qu’un homme la touche ? Elle n’aurait pas dû supporter qu’un homme l’effleure et au lieu de cela, elle mourait d’envie que Nathan fasse plus que cela. Elle se laissait dangereusement avoir par l’image qu’il renvoyait : oui, il était sexy à couper le souffle et ce, jusqu’au moindre de ses défauts. Mais cet homme lui avait fait du mal ! Il ne l’avait peut-être pas violé comme Neal, mais il l’avait atteinte et blessée tout aussi profondément. Alors, comment pouvait-elle encore désirer être dans ses bras ?
Avec un nouveau soupir, la jeune femme se laissa basculer en arrière et les bras au-dessus de la tête, elle fixa le plafond. Alors, sans doute fatigué de lutter, son esprit lui révéla : « parce qu’il est fort ; parce qu’il sait être doux, tendre ; parce qu’il me donne l’impression d’être en sécurité, dès qu’il me regarde ou rien qu’en sa présence ; parce qu’il me fait oublier tout danger… »
Non… Pas tous les dangers ; pas celui qu’il représentait pour elle. Il était un prédateur et elle, la proie. « Qui a dit qu’il voulait de toi ? Qu’il te désirait ? » , lui fit remarquer une voix sarcastique du fond de son esprit. Mais ce n’était pas faux : elle était celle qui ressentait du désir pour lui. Rien ne prouvait que ce soit réciproque.
Sur un nouveau soupir, Eli ferma les yeux pour cacher sa déception et ravaler la boule qui montait douloureusement dans sa gorge. « Ce n’est qu’une illusion, un fantasme que tu t’es créée de toutes pièces : ne te rends pas davantage ridicule ». C’était vrai, et désormais, il ne lui restait plus qu’à s’en convaincre.
— Ça fait seulement cinq jours, Nate, le rassura Ethan.
— Ouais..., marmonna-t-il en retenant un soupir.
Venu faire un point « sécurité » de la situation, son ami était passé le voir à son bureau. Mais leur conversation avait rapidement pris un tour plus personnel.
« SEULEMENT cinq jours » qu’Elisabeth était revenue et leur vie de famille était déjà très compliquée. Evidemment, il ne s’attendait pas non plus à ce que l’ardoise soit effacée dès sa sortie de l’hôpital.
— J’avais oublié à quel point il était difficile d’être en sa présence, soupira-t-il, le regard noyé dans son mug de café.
Maintenant qu’il s’était avoué les sentiments qu’il lui portait, il avait envie de les mettre à profit : de la prendre dans ses bras, de la toucher, de passer du temps avec elle sans animosité.
Assis avec nonchalance dans le canapé en face de lui, Ethan l’aidait à remettre ses idées en place.
— Après tout ce qui s’est passé, tu ne pouvais pas croire que tout irait pour le mieux.
— A vrai dire, même si elle devait être en colère, cela me conviendrait : on aurait alors peut-être une chance de se réconcilier.
— Elle ne te laisse pas l’approcher ? Pas même pour lui parler ?
— Non. Elle me regarde toujours avec des reproches dans les yeux, mais la plupart du temps, elle ne fait que m’ignorer. Depuis son retour, elle a passé presque tout son temps avec Joshua.
Le bonheur du petit garçon, au retour de sa mère, avait fait plaisir à voir, et dès qu’il était là, Elisabeth passait du temps avec lui, jouant et riant comme s’ils étaient seuls au monde.
— Evidemment, elle me met volontairement sur la touche, et ne m’inclue ni dans leurs discussions, ni dans la vie de Joshua.
— Mais tu sais très bien te faire une place tout seul, le taquina son ami avec un sourire en coin.
Nathan esquissa à son tour un sourire, mais il aurait aimé pouvoir enfin concrétiser ce rêve de famille qu’il savait possible.
— Tu vas y arriver, Nate. Tu dois juste te montrer patient.
Oui, ce rêve était à portée de main, mais deux choses lui faisaient barrage.
— Je te rappelle quand-même que Neal et Victoria n’ont pas la même vision des choses et qu’ils sont décidés à s’en prendre à Eli.
— Peut-être, mais face à ce problème, tu n’es pas tout seul. Je suis là pour t’aider à le régler, je te le rappelle.
— Je sais... Mais ils compliquent encore plus la situation qui est déjà loin d’être simple.
— C’est pour ça que je suis là : refile-moi le dossier « Neal et Victoria » et occupe-toi de la reconquête de ta femme.
— Plus facile à dire qu’à faire : la Belle ne semble pas vouloir être conquise. De toute évidence, je suis devenu « l’ennemi public numéro un » dans ma propre maison.
— Ce n’est pas le genre de choses qui te fait reculer d’habitude, lui fit remarquer son ami.
Nathan lui concéda un nouveau sourire, bien que léger. En effet, cela ne l’empêchait pas d’observer sa femme, même de loin.
— Je sens que quelque chose la tracasse, même si je ne parviens pas à savoir quoi.
— Tu es sûr qu’elle ne sait rien à propos de Neal ?, l’interrogea son compagnon avec plus de sérieux.
Un court instant, Ethan était venu réveiller un doute qui l’avait déjà perturbé, mais il rejeta finalement l’idée.
— Non, il y a autre chose et mon instinct me dit que je pourrais faire partie du lot.
— « Pourrais »?, se moqua à nouveau Ethan, non sans ironie. Tu as essayé de lui en parler directement ?
— Je te rappelle qu’Elisabeth fuit la moindre discussion et le moindre tête-à-tête avec moi. J’aimerais vraiment savoir pour pouvoir l’aider, mais dès que j’entre dans la pièce, elle se ferme comme une huître jusqu’à l’intervention presque « divine » de Joshua ou Maddie.
Le soupir de son compagnon ne l’encouragea qu’à changer de sujet pour revenir aux raisons premières de leur entretien.
Cependant, au moment de le quitter, son ami lui souffla un dernier encouragement :
— Tu dois trouver une faille dans l’armure d’Eli. Il y en a une. Rien n’est infaillible.
Ses paroles l’avaient fait réfléchir et lui avait donné une nouvelle idée. Comme Elisabeth poursuivait ses séances avec un psychothérapeute, il avait profité d’un dîner en famille pour suggérer de participer à l’une d’entre elles.
— Non. Ce n’est pas le moment, avait rétorqué sa femme d’un ton lugubre, sans même le regarder.
Elle avait reporté son attention sur Joshua et la discussion s’était arrêtée là. Mais quelque chose clochait : elle avait peur. Dès la première nuit, il avait découvert qu’elle ne dormait pas, ou très peu. Après plusieurs jours, son maquillage ne parvenait plus à cacher ses cernes et en l’absence de leur fils, il avait trouvé sa femme endormie dans la chambre d’enfant en milieu d’après-midi. Elle semblait porter une armure de plus en plus lourde et la supporter de moins en moins. Elle gardait tout en elle : ses problèmes, ses sentiments et idées négatives. Elle n’extériorisait que son amour pour Josh, offrant une autre façade au reste du monde ; une façade qui commençait déjà à se craqueler. Elle n’était plus qu’une bombe à retardement, prête à exploser n’importe quand. Elle l’avait déjà fait par le passé, et de toute évidence, Eli n’en avait pas retenu les leçons.
Être dans l’ignorance le rongeait petit-à-petit, mais il ne savait pas comment se débarrasser de cette menace audessus de leur tête. Neal et Victoria attendaient de lui qu’il les aide, les soutienne, mais que voulaient-ils de lui exactement ?
