Crier, ça fait du bien - Matthieu Carrani - E-Book

Crier, ça fait du bien E-Book

Matthieu Carrani

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Beschreibung

C'est plus fort que moi, je deviens fou de ce silence, je vais finir par imploser. Je n'arrive plus à me taire, je dois le dire, je dois faire savoir au monde entier que je souffre mais que je peux accomplir de grandes choses, j'en suis capable, je le sais. J'ai seulement besoin de reconstruire pas à pas tout ce que j'ai détruit en m'enfermant consciemment dans le noir.

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Seitenzahl: 68

Veröffentlichungsjahr: 2019

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A tout ceux qui méritent de se sentir concerné.

Sommaire

Rituel

Obsession

Phase dépressive

Phase Maniaque

La Route

Un ami

Novembre

Petit poète

Une immensité

Je te hais pour dire je t’aime

Dans la nuit

Il y a toujours une fin

Combat

Besoin d’amour

Un complice

Repas de famille

L’alcool

Si j’étais un oiseau

Un amant

Rituel

Je suis sur le bord de la route. Je me suis assis, j’ai posé mes coudes sur le haut de mes genoux pour appuyer ma tête sur mes bras. Je regarde le sol. De temps en temps je relève les yeux pour espérer apercevoir quelque chose qui ne viendra jamais et que je n’attends pas réellement. Au bout de cinq minutes, je commence à m’ennuyer, je dois faire quelque chose. Une cigarette, je trouve toujours la même solution à mon ennui, j’allume une cigarette. Je sais pourtant que ça ne m’empêchera pas de penser mais ça donnera l’impression à mon corps de ne pas perdre son temps. Je suis même arrivé à me convaincre qu’inhaler cette saloperie avait des vertus thérapeutiques sur mon inconscient.

Je suis revenu dans la ville où j’ai grandi. J’y reviens souvent, dès que j’ai un moment. C’est ma petite campagne de banlieue parisienne. Alors que c’est une ville bien loin de la première définition du mot « campagne ». Il n’y a rien de touristique mais l’on n’y manque de rien. Sauf peut-être d’empathie et de bienveillance. Les gens y sont riches mais pas millionnaires, ils n’exposent pas leur argent mais tout le monde sait qu’ils en ont. Les personnes âgées y sont les principales protégées des politiciens. Les jeunes y vivent heureux, en bande mais toujours solitaire. Ce n’est pas une ville de passage. On y dépose ses bagages car on s’y sent bien et on s’y complait pour ceux qui se sont déjà résignés à une vie simple. Ça me fait du bien d’y retourner de temps en temps pour y apprécier des après-midis à l’ombre du grand saule pleureur qui orne le jardin de la maison qui m’a vu rire, grandir, mentir ou encore boire et pleurer.

Je suis dans la rue des Sèvres. Longue allée que j’ai emprunté tous les matins pendant les quatre années de mon collège ainsi que les trois années suivantes pour l’arrêt de bus « Gendarmerie » qui me conduisait au lycée en trente-cinq minutes. J’y retrouvais Gabrielle, Antonin, Matéo, Amélie et Fabien, la bande de copains du bus. Ceux qui m’ont vu courir pour ne pas manquer de monter à bord, ceux aussi qui m’ont vu cerné de fatigue et angoissé à l’idée d’entamer une nouvelle journée au pays de l’imposture adolescente. Ceux avec qui j’ai fumé mes premières cigarettes dans un paquet de Camel White trouvé par terre au coin fumeur devant les portiques d’entrées. Ceux avec qui je faisais semblant de savoir jouer de la guitare, adossé aux arbres pour attirer des filles qui se trouvaient laides et que, secrètement, je trouvais laides aussi. Ceux pour qui je devais toujours faire mes preuves.

J’écrase mon mégot, et me dis que je le laisse en évidence à une place précise pour ne pas oublier de le récupérer pour le jeter dans une poubelle, tout en sachant très bien que je partirai sans même me retourner et que ce n’était que pour me donner une bonne conscience écologique que, de toute évidence, je n’ai pas. Mise à part utiliser un navigateur de recherche qui plante des arbres à chaque connexion car ça ne mérite aucun effort, je suis un minable concernant la protection de cette terre qui m’a accueilli sans que je lui demande sa permission. Ce sera donc en partie de ma faute si les enfants de demain auront trois yeux et un cancer des poumons avant même de naître. Mais je suis assez égoïste pour oublier en cinq secondes l’absolue nécessitée de se rendre coupable de ses actes, ou en tout cas d’envisager qu’ils auront un impact.

Je prends maintenant mon téléphone portable, pour bien vérifier que je ne suis pas en retard sur l’actualité sociale de chacune de mes connaissances. Toujours dans ce besoin d’occuper mon esprit à autre chose que des pensées que je n’aime pas avoir. Je vois sans regarder, je commente à mi-mots sans m’intéresser parce que je n’aime pas les gens. C’est une réalité facile et difficilement acceptable mais il n’en reste pas moins que ce soit réfléchi. Je n’aime pas les gens dans leur entièreté tout simplement parce qu’ils ne le sont pas. Et d’ailleurs moi non plus. Ce n’est pas (seulement) le cliché de l’éternel asocial aigri, mais simplement une vérité qu’il m’a fallu accepter. Ce n’est pas les gens que j’aime, c’est le temps qu’ils m’accordent à ne pas penser à moi.

Je vois déjà ma mère :

« C’est un genre que tu te donnes, je te connais moi, tu n’es pas comme ça, en tout cas pas vraiment, c’est ce que tu aimes faire voir aux autres, ça, c’est du vent. C’est moi qui t’ai fait quand même, je sais bien que tu n’es pas comme ça. Tu fais semblant. C’est pour dire que tu es différent. »

Non, maman, ce n’est pas pour dire que je suis différent, c’est pour dire que je ne vais pas bien. Et le pire c’est que je suis incapable de te dire pourquoi. On aurait beau discuter des heures, tu pourrais me poser toutes les questions du monde, je trouverais toutes les réponses du monde mais pas à celles que j’aurai envie qu’on me pose. Je ne sais pas même pas ce que j’aimerais que l’on me pose comme questions.

Je fouille une énième fois dans mon sac en espérant y trouver un autre moyen de m’occuper l’esprit. J’y trouve des pièces de monnaies rouillées, de vieux filtres, plus très blancs, de l’époque où je trouvais ça stylé de fumer des cigarettes roulées pour ressembler à un Ryan Gosling. J’y trouve deux ou trois paquets de mouchoirs que j’avais glissé là en prévention d’un chagrin d’amour mais qui ne servent en réalité qu’à essuyer les tables et autres vêtements qui subissent les pintes de bières renversées quand, « tu es déjà à la cinquième » mais que « tu gères » encore. J’y trouve des livres, toujours des livres, il n’y a que des livres que je ne lirais jamais mais que je garde pour faire croire à tout le monde que je suis un intellectuel, quand j’ouvre mon sac au moment de régler mes notes en fin de nuit.

J’y trouve un briquet qui ne fonctionne plus, des stylos qui ont fui, un décapsuleur cassé, et des dizaines de tickets de carte bancaire illisibles du fait de leur vieillesse.

Peine perdue, rien ne peut me sauver alors j’en rallume une, et de mon autre main, je tâte le sol, sans même le regarder, pour y trouver des morceaux de bois ou des feuilles d’arbres séchées. Je veux les tordre, les casser, les déchiqueter. Je veux sentir que moi aussi je suis capable de faire subir ça à quelque chose ou à quelqu’un.

Et c’est sans cesse la même histoire. Dès que les larmes montent. Dès que je tremble. C’est la même histoire. Le même scénario, en boucle, jusqu’à ce que je sois satisfait d’avoir réussit à me calmer « tout seul »

Obsession