Dans les mains de l' "Adversaire" - Francis Collard - E-Book

Dans les mains de l' "Adversaire" E-Book

Francis Collard

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Beschreibung

La vie des humains est une succession continuelle de moments heureux qui sont implacablement sanctionnés par des périodes de peines parfois très lourdes et souvent inattendues, et qui ainsi détruisent le bien-être si chèrement gagné. L'humanité se trouve continuellement soumise à ces adversités aussi régulières qu'incompréhensibles pour les mortels. Sur Satan, il y a dans la Bible des développement théologiques dont on trouve la trace principalement dans le Livre de Job . Ce passage de la Bible marque en effet la première apparition explicite de Satan, litéralement "l'Adversaire" En effet, Satan soutient à Yahvé que la fidélité de Job n'est que le résultat des bontés qui lui ont été accordées, et que si sa foi était mise à l'épreuve, sa loyauté ne durerait pas. Satan se voit donc accorder par Dieu la liberté de faire le mal dans le seul but de tester la sincérité de la foi de Job : Alors le Seigneur dit à l'Adversaire : "Soit il est en ton pouvoir, respecte seulement sa vie" Ce Roman est l'histoire véridique d'un homme à travers les joies et les drames de sa vie, qui ont pris naissance lors de son enfance au Congo Belge, où il a découvert par des documents le rôle ignoble des USA dans la destruction de ce Congo , qui était devenu son pays. Tout au long de sa vie, où il luttera contre ceux qui ont détruit "son Congo", en allant jusqu'à travailler pour le KGB, il sera confronté à des situations successivement de joie, et ensuite de drames qui le meneront au bord de l'issue fatale. Mais chaque fois il se redressera et reconstruira avec parfois beaucoup de peine, ce que "l'Adversaire" aura détruit.

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Seitenzahl: 350

Veröffentlichungsjahr: 2023

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« La valeur d’un homme ne se mesure pas à sa capacité d’écraser les autres, mais à son courage de se relever quand on l’a mis à terre ! » (Jacques COLLARD à son fils Francis – pour le rasséréner, un soir de doute en 1961)

*******

Note de l’Auteur :

Les faits relatés dans ce roman sont rigoureusement authentiques, et se sont bien réellement déroulés comme racontés dans leurs détails. Seuls la plupart des noms des personnes évoquées ont été changés mais certains ont conservé leurs prénoms, sauf pour trois personnages qui font leur apparition sous leur vrai nom.

Table des Matières

Introduction

Prologue

1ere partie : Le Congo Belge

Chapitre 1 – Les années ’50 – le départ outre-mer

Chapitre 2 – Léopoldville les années ’50

Chapitre 3 : Léopoldville juillet 1957

Chapitre 4 : La CIA cible le Congo Belge

Chapitre 5 : Au consulat des USA –Léopoldville

Chapitre 6 : La fin d’un consul

Chapitre 7 : Le Congo Belge entre dans la tourmente

Chapitre 8 : Avec les Scouts-Raiders du Congo Belge

Chapitre 9 : Raid en brousse, premier « incident »

Chapitre 10 : La fin du Congo Belge

Chapitre 11 : Mutinerie à la Force Publique

Chapitre 12 : Adieu au Congo

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Partie : Découverte de la vie en Belgique

Chapitre 13 : Trouver sa place dans un pays étroit

Chapitre 14 : Reconstruction d’une vie en Belgique

Chapitre 15 : Commencer une vie d’homme

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e

Partie - Jusqu’au Bout !

Chapitre 16 : Les choix de la vie d’un ingénieur

Chapitre 17 : Le recrutement

Chapitre 18 : Les premiers pas aux services de renseignement

Chapitre 19 : Formation à Moscou

Chapitre 20 : Ici commence la double vie

Chapitre 21 : La vie évolue

Chapitre 22 : Plus loin encore, Balaklava

Chapitre 23 : Entraînement en Mer Noire

Chapitre 24 : Les changements n’arrivent jamais seuls !

Chapitre 25 : Situations curieuses, les doutes

Chapitre 26 : La trahison, et l’arrestation

4e Partie : « Quand ton fils aura grandi, fais en ton frère !»

Chapitre 27 : La détention

Chapitre 28 : La suite de la libération

Chapitre 29 : Le début des années noires

Chapitre 30 : A deux, travailler à reconstruire l’avenir

Chapitre 31 : Construire à deux une structure de plongée

Chapitre 32 : Francis et Fred découvrent leur site de plongée

Chapitre 33 : De belles années de plongée

Chapitre 34 : L’ « Adversaire » est toujours à l’affût !

5

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Partie

Annexes

Introduction

La vie des humains est une succession continuelle de moments heureux qui sont implacablement sanctionnés par des périodes de peines parfois très lourdes et souvent inattendues, et qui ainsi détruisent le bien-être si chèrement gagné. L’humanité se trouve continuellement soumise à ces adversités aussi régulières qu’incompréhensibles pour les mortels. Mais d’où, ou plutôt de qui, viennent ces adversités ? Pourquoi sanctionnent-elles chaque joie ou moment de bonheur aussi implacablement ?

Le mal n’apparait que par l’existence du bien, et vice-versa, le bien ne peut exister sans le mal. De même nous commençons à découvrir que la matière entraîne l’existence de l’antimatière. Et ainsi de suite, jusqu’à convenir que Dieu ne peut être sans l’existence de Satan, son opposé.

Sur Satan, Il y a dans la Bible des développements théologiques dont on retrouve la trace principalement dans le Livre de Job. Ce passage de la Bible marque en effet la première apparition explicite de Satan. Littéralement «L’Adversaire » ou quelqu'un qui s'oppose. Le personnage apparaît plusieurs fois dans l'Ancien Testament et peut-être traduit de différentes manières en fonction du contexte.

Le Livre de Job est néanmoins la première apparition nominative, explicite de celui-ci sous ce nom de « Satan » On ne parle plus de "serpent" par exemple. Il y apparaît comme un tourmenteur de l'humanité, personnifiée pour l'occasion par Job, un tourmenteur que Dieu ne laisse agir que dans les limites de ce que l'humanité peut supporter et pour rendre volontaire son choix de Dieu.

En effet, Satan, soutient à Yahvé que la fidélité de Job n'est que le résultat des bontés qui lui ont été accordées et que si sa foi était mise à l'épreuve, sa loyauté ne durerait pas. Satan se voit donc accorder par Dieu la liberté de faire le mal dans le seul but de tester la sincérité de la foi de Job.

Alors le Seigneur dit à l'Adversaire : « Soit ! Il est en ton pouvoir ; respecte seulement sa vie ».

Cependant, malgré toutes les épreuves, Job ne renie pas son dieu :

« Sorti nu du ventre de ma mère, nu j'y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : Que le nom du Seigneur soit béni7. »

L'essentiel du texte du Livre de Job est constitué par le dialogue avec ses quatre amis au cours duquel Job exprime la détresse de l'humanité face à une adversité qu'elle ne parvient pas à s'expliquer. Ce texte est fondamental dans la compréhension du personnage de Satan dans la tradition judéo-chrétienne. Il y est nominativement mis en scène et s'il n'a pas le statut d'égal de Dieu, il a son autonomie (WIKIPEDIA)

En se basant sur un cartésianisme strict, les évènements vécus par l’être humain ne peuvent être causés que par lui et ses semblables, ou par l’influence de leur présence sur le milieu dans lequel ils évoluent. Dès lors, en se basant sur la métempsycose, l’incarnation ou la réincarnation d’une « âme » ou « être spirituel », tel que Satan, dans un être vivant, serait donc la seule possibilité d’intervenir sur la destinée des êtres humains.

De là, la question que chacun pourrait se poser :

« Satan, qui es tu ? »

*******

Prologue

« Quand ton fils aura grandi, fais en ton frère ! »

(proverbe arabe)

Je mets maintenant en « Prologue » , ce texte que j’ai écrit pour une finale et que je pensais mettre en « Epilogue », car au fur et à mesure de l’écrit, je deviens convaincu que la place de ce texte est au début de ce roman

Ces textes qui relatent des évènements de mon enfance et mon adolescence au Congo Belge et de ma vie d’adulte, je les mets maintenant par écrit sous forme d’un roman, suite aux conseils et à la demande de mon fils Frédéric, pour éviter que ces faits ne soient oubliés. Ils font en quelque sorte partie de son patrimoine et de son passé familial, ils sont donc légitimement « son bien » historique.

J’écris cet épilogue bien avant de terminer ce récit, parce que je ne sais s’il ne me faudra pas arrêter, plutôt que de continuer jusqu’au bout.

Pourquoi ?

Parce que, au fur et à mesure de l’écriture de ces souvenirs, et à mon grand étonnement, les évènements et surtout les moments les plus terribles me reviennent de plus en plus clairement à l’esprit, et cela malgré le temps, ..et l’âge !!. En commençant ce récit, que je voulais succinct, je ne m’imaginais pas à quel point, au moment où on le suscite, l’esprit peut garder vifs et précis certains éléments qu’on croyait depuis longtemps oubliés,

Et ce qui est plus inquiétant, et je ne sais pour quelle raison, ces souvenirs de plus en plus clairs entraînent avec eux des émotions et rancunes que je croyais depuis longtemps enfouies au plus profond de l’oubli, et que je m’étais efforcé de bannir de mon esprit lors de notre retour en Belgique après ces affreux évènements. J’avais à l’époque, et à l’exemple de mon père, trouvé un moyen de les exorciser en les tournant en dérision, ce qui me permettait d’évacuer ces rancunes en les transformant en plaisanteries innocentes, ce que j’ai continué à faire ma vie durant.

Depuis plusieurs semaines, pendant que j’écris ce récit, mon fils Fred m’a à plusieurs reprises demandé si tout allait bien et si quelque chose me tourmentait. Je me suis rendu compte qu’il avait remarqué à certains moment l’effet pernicieux que l’évocation de ces souvenirs avaient sur moi, sur mon humeur et sur mon comportement.

Je tiens à m’excuser si ces vieux relents, ressurgis du passé, transparaissent aussi dans la rédaction de ce roman. Autant certains de mes souvenirs de jeunesse et de vie au Congo avec les « Scouts-Raiders » sont heureux et merveilleux à évoquer, autant d’autres que j’avais rejetés de toutes mes forces, et que j’avais mis des années à oublier, sont abominables et destructeurs.

Mais tout cela est intimement mêlé, et je me rends compte maintenant que le fait de tenter d’évoquer les uns entraîne immanquablement la résurgence des autres souvenirs, que je ne peux que qualifier de traîtrises, d’abominations, et d’horreurs.

Ceci me rappelle une maxime trouvée dans les livres de Harry Potter (excusez du peu !!) :

« Drago dormiens nunquam titillandus »

Dois-je les évoquer ? Je pense que OUI, et cela pour deux raisons : parce que se « voiler la face » ne les fera pas disparaître dans l’oubli, ni les rendra inexistants, ce serait la politique de l’autruche. La deuxième raison, et la plus importante, est l’honnêteté que je dois à Fred, il est important qu’il sache, et à fortiori il a certainement le droit de savoir, ce que certaines « braves gens » aussi bien congolais que «alliés et civilisés » d’outre-atlantique, et autres… sont capables de faire avec conviction et sans le moindre remord !!

Cependant, et c’est ce qui me pousse, et continuera à me pousser, je l’espère, c’est que ce roman que j’écris est principalement destiné à Fred.

Tout d’abord pour mettre sur papier les différentes histoires que je lui ai déjà racontées, sur ma jeunesse avec les Scouts-Raiders, qu’il a toujours appréciées, nos frasques d’adolescents, les histoires cocasses de notre famille et de mon père, son grand-père, et notamment notre vie au Congo Belge.

Mais c’est aussi le moyen de lui faire connaître des choses, parfois très importantes et encore actuelles, que j’ai apprises dans ma jeunesse et qui ont influencé ma vie, …..Et aussi la sienne ! C’est pour qu’il puisse savoir le pourquoi de mes choix, de mes opinions et de mes actes, dont certains nous ont malheureusement apporté de gros déboires.

Et c’est surtout parce que Fred a le droit de savoir le pourquoi de toutes ces choses, qui ont eu pour nous, et donc pour lui, certaines conséquences dramatiques en 1992 et dans les dures années qui ont suivi, à cause de la basse trahison mesquine et ignoble d’un de mes « officiers traitants ».

Je ne peux, et ne pourrai jamais oublier, l’aide et le soutien que Frédéric m’a apportés ainsi que la confiance et l’estime qu’il m’a gardées lors des terribles années 1992 et suivantes, pendant lesquelles nous avons durement lutté côte à côte, comme des frères de combat, pour rebâtir notre vie détruite et ruinée par un traître et ses commanditaires de la CIA.

A toi ce roman Fred, mon fils ! Mon FRERE de combat !

1ere Partie : Le Congo Belge

Chapître 1 – Les années ’50 – le départ outre-mer

Juillet 1951, Léopoldville, riante capitale du Congo Belge, avec ses larges avenues bordées d’arbres de toutes sortes. A une dizaine de kilomètres du centre : .Ozone-Binza, un nouveau quartier résidentiel construit rapidement en maisons préfabriquées, juste au début de la route vers Matadi,

Il fait beau en cet après-midi de saison sèche. Ce nouveau quartier résidentiel est encore en construction. Les jardins autour des maisons ne sont pas encore tracés, et les « avenues » ne sont que des allées en terre battue. Les alentours ne sont encore qu’une brousse qui n’a pas encore été défrichée. Mais c’est un terrain de jeu idéal et plein d’aventure pour les enfants des familles qui sont déjà installées dans ce quartier.

Le soleil frappe encore bien à cette heure, tous les Belges de la petite colonie de Léopoldville attendent la fin de l’après-midi et le crépuscule pour que la chaleur tombe, et qu’avec la pénombre, une douce tiédeur s’installe.

C’est alors, dans le jour qui tombe très vite sous cette latitude, que le parfum entêtant des frangipaniers se répand dans l’air, accompagné par le bruit strident des « cri-cris » qui va rythmer l’arrivée de la pénombre, jusqu’à la disparition du soleil, et puis soudainement alors s’arrêtera.

Il s’appelle Francis Villerot, il a sept ans, Il est heureux depuis l’arrivée de sa famille au Congo Belge il y a un an. C’est le début des vacances scolaires. Le grand plaisir de Francis et de sont frère Michel est de parcourir en vélo les allées en terre de ce nouveau quartier où ils viennent d’emménager un mois auparavant. Ce Congo Belge ensoleillé et chaud est déjà leur pays, leur patrie, leur « home ». Pour eux, et leur première petite soeur, Monique, la Belgique n’existe plus .Elle est loin derrière eux.

Mais qu’est ce qui a bien pu pousser leur père, Jacques à lancer sa petite famille dans ce qui était en 1950 une « aventure » congolaise, un peu contre l’avis de son épouse Anne-Marie, ? L’histoire est simple et, en quelque sorte, aussi lamentable qu’inévitable.

* * *

Flash back !

Nous sommes dans la fin des années ’40, quelques années après la fin de la deuxième guerre mondiale.

La famille de Jacques avait eu quelques déboires dus au fait qu’en 1945 lors de la « libération » quelques personnes malfaisantes avaient faussement accusé le grand père Ernest, alors professeur de mathématiques au collège Saint Augustin d’Enghien, de « collaboration nazie », comme cela était courant à cette époque pour se venger des personnes qu’on n’aimait pas pour toutes sortes de ...mauvaises raisons Cela provenait de quelques parents de cancres et mauvais élèves du collège. Le grand-père, homme de qualité et cultivé, était très droit et très direct dans ses paroles,…et il n’aimait pas les paresseux ! Cela lui a coûté cher !!

En ces périodes d’épuration, le résultat ne s’est pas fait attendre et le grand-père s’est retrouvé pour trois longues années à la prison de Forest, sans aucun jugement ni possibilité de se défendre. Il était évidemment taxé de « collaboration avec les Allemands, d’antisémitisme, de convictions nazies, …etc.. , et déchu à vie de ses droits civils et politiques », C’était une chose qui était courante en cette « glorieuse époque », à laquelle on a donné le titre ronflant de « libération ».

.

Toute la famille en a évidement subi les conséquences, et bien que Jacques ait à cette époque un emploi au Ministère de la Justice, cela n’a pas résolu le problème, que du contraire ! Sa carrière en était bien entendu devenue très limitée, son père étant ainsi emprisonné comme « incivique ».

C’est la raison pour laquelle, il a pu convaincre son épouse Anne-Marie que leur avenir était outre-mer, dans ce Congo Belge que tout un chacun considérait alors comme « un lieu pour les aventuriers, et ceux qui avaient besoin de se refaire une blancheur », bref une sorte de « légion étrangère ».

Jacques a eu le courage de prendre sur lui toutes les responsabilités que cela impliquait, et avec bien des réticences d’Anne-Marie, la petite famille s’est embarquée à Anvers, à l’aube d’un jour de 1950, sur le paquebot « Baudouinville » à destination du Congo Belge.

Francis et son grand frère Michel étaient très attirés par l’aventure, d’autant plus que leurs parents les avaient emmenés voir le film tout récent, et encore actuellement bien connu, « Les mines du roi Salomon » qui se passait dans l’est du Congo Belge et dans le Rwanda. De plus à leur âge, ils lisaient assidument la BD de Hergé « Tintin au Congo », persuadés que les mêmes aventures les attendaient là bas. Leur première petite sœur, Monique, avait un an et ne se rendait pas encore compte de ce qui se passait.

Après les deux semaines de voyage par mer, avec les escales à Tenérife et Lobito en Angola, le paquebot Baudouinville est arrivé à Matadi, principal port de mer du Congo Belge, situé à une centaine de kilomètres de l’embouchure en remontant le fleuve Congo.

De là, par un voyage d’une journée dans le « Train blanc » ils allaient atteindre Léopoldville. Ce train était communément appelé « Train blanc », non parce qu’il était réservé aux blancs, mais parce que les wagons de voyageurs étaient peints en blanc pour rejeter la chaleur du rayonnement solaire. Il y avait en effet trois fois plus d’indigènes que de Belges qui le prenaient. Et la petite famille est donc arrivée le soir à Léopoldville.

Puis il fallu loger un mois à l’hôtel, en attendant de trouver un logement. De nouveaux quartiers résidentiels étaient en construction autour du centre de Léopoldville et aux alentours de la ville.

En fait à cette époque, Léopoldville était surtout constituée de maisons basses à un ou deux étages. Seules exceptions, quelques édifices de 4 ou 5 étages se trouvaient au centre de la ville, qui comportait la gare, le grand port fluvial.et, un peu à l’extérieur du centre-ville au sud-est, l’aérodrome de N’dolo

La ville s’étendait sur une dizaine de kilomètres, le long du fleuve Congo, depuis la grande boucle du « Stanley Pool », à l’est, jusqu’aux rapides de Kinsuka à l’ouest. Entre ces deux extrémités, se trouvait le principal quartier résidentiel, Kalina, à mi distance entre le centre-ville à l’est, et « Léo 2 » à l’ouest où se trouvaient les chantiers navals de la Chanic au pied du mont Léopold sur la côte ouest de la baie de Ngaliema.

Jacques et Anne-Marie s’aperçurent très vite que pour se déplacer il serait nécessaire d’avoir un véhicule pour la petite famille, les transports en commun n’existaient pas encore, il fallu attendre jusqu’en 1957 pour voir apparaitre les « TCL » ou Transport en Commun de Léopoldville avec des bus à remorque et des gyrobus électriques.

Après quelques recherches, Jacques trouva une petite voiture d’occasion, le marché des automobiles était alors assez réduit au Congo, et pour obtenir un véhicule neuf, il fallait le commander en Belgique… et attendre bien longtemps la livraison par cargo et puis par le train depuis Matadi.

Il y avait cependant des navettes de bus scolaires qui amenaient les enfants à l’école, et d’autres navettes pour véhiculer les fonctionnaires vers leurs bureaux.

Après quelques mois d’abord à l’hôtel, et ensuite dans une habitation provisoire à Kalina, Jacques, Anne-Marie et leurs trois enfants ont pu aller s’installer dans une maison du nouveau quartier en construction de l’ « Ozone-Binza ». Ils étaient enfin chez eux.

Francis et Michel s’y sont vite trouvé des copains de leur âge chez les voisins, pour des jeux et aventures dans le quartier en construction, des randonnées en vélo, et des constructions de huttes et « camps » dans la brousse qui entourait ce nouveau quartier résidentiel.

***

Et puis la petite famille a commencé à se créer un petit train-train de vie au Congo Belge, à se trouver des petits plaisirs et à se créer des habitudes de vie familiale dans ce pays neuf pour eux.

Chapître 2 – Léopoldville les années ‘50

Léopoldville 1950, à "l'Agriculture" La petite famille

Depuis leur arrivée à Leopoldville, Francis et Michel avaient repris leurs études primaires au Collège Albert 1er à Kalina, un collège dirigé par les pères Jésuites. Les classes primaires, le « petit Collège », étaient tenues par les Frères Maristes et quelques professeurs « civils » ou plutôt « laïques ». Le « Grand Collège », les humanités Gréco-Latines et Modernes, étaient principalement tenues au « Grand Collège » par les pères Jésuites. Leur petite sœur Monique n’allait pas encore à l’école.

Leopoldville 1950 : Boulevard Albert 1er conduisant à la gare de Léopoldville

A cette époque, la ville de Léopoldville s’étendait le long du fleuve Congo, depuis la grande boucle du « Stanley Pool », d’environ 10 kilomètres de large et parsemée d’îlots, jusqu’aux rapides de Kinsuka, soit sur environ 10 kilomètre de longueur. Près du Stanley pool se situait le centre de Léopoldville appelé « Kinshasa », avec la gare terminus de la ligne de chemin de fer Léo-Matadi, les hôtels, magasins, les centres administratifs, l’aérodrome national de N’Dolo, et le port d’où partaient les bateaux qui remontaient le fleuve Congo et les affluents vers Banningville, Coquillhatville, Kikwit, Stanleyville etc..,.

En promenade le long du fleuve, la baie de Ngaliema au fond de l’autre coté de la baie : Léo II et le "Mont Leopold"

De l’autre côté du fleuve qui formait une frontière d’environ 2 kilomètres de large avec l’AEF (Afrique Equatoriale Française), et donc en face de Léopoldville il y avait Brazzaville, la capitale de l’AEF. Vers l’intérieur des terres, s’étendait la « cité indigène » avec le stade Roi Baudouin et le Camp Militaire de la Force Publique. Puis en suivant le fleuve en direction des rapides on arrivait à Kalina, le quartier résidentiel principal, avec la baie de Ngaliéma. Quelques bureaux s’y trouvaient et notamment celui du «Service de l’Information » où Jacques travaillait.

Collège Albert 1er : une vue partielle du Collège au fond, de l’autre côté du fleuve : Brazzaville capitale de l'AEF

En continuant vers les rapides de Kinsuka, on arrivait à « Léo II » qui s’appelait « Kintambo » où se trouvaient des industries, les chantiers navals de la Chanic, et des quartiers d’habitations du personnel. De là on revenait vers l’intérieur des terres en suivant la route vers Matadi, qui menait aux quartiers des « Cents Maisons » et de Binza.

Leopoldville 1956: le centre, au loin: Kalina, et au fond: Léo 2

Leopoldville 1956: lutte anti-moustiques et malaria. arrosage hebdomadaire d'insecticide

L’aérodrome de N’dolo était le point de départ des lignes aériennes intérieures qui reliaient les différentes villes et centres provinciaux du Congo Belge, et d’une ligne aérienne vers la Belgique.

Tout le trafic aérien du Congo Belge était assuré par la Sabena, à l’exception d’une ligne hebdomadaire de la Pan American venant des USA et mettant en œuvre des quadrimoteurs Boeing Stratocruiser. Les deux principales lignes aériennes qui reliaient la Belgique au Congo Belge et mettant en œuvre à cette époque des quadrimoteurs DC-6, étaient l’une qui atterrissait à Léopoldville dans la partie ouest du Congo, et l’autre qui passait par Stanleyville, Usumbura et Elisabethville dans la partie est.

Ces vols étaient réguliers et opéraient plusieurs fois par semaine, Etant donné l’autonomie limitée des DC-6, il fallait faire deux escales de ravitaillement entre Bruxelles et le Congo Belge. Certains de ces vols continuaient vers Johannesburg en Afrique du Sud. Les lignes vers Léopoldville faisaient une escale en Europe à Rome, Milan, ou Lisbonne, ou même à Tripoli en Lybie ou à Casablanca au Maroc, puis une deuxième escale à Kano au Nigeria, pour arriver à l’aéroport de N’dolo à Léopoldville.

Ce voyage durait environ 18 heures. L’autre ligne qui desservait l’est du Congo Belge faisait habituellement escale à Athènes et au Caire. Parfois certains vols faisaient une escale à Entebbe en Ouganda.

Ce n’est qu’en 1959 que le nouvel aéroport de N’djili sera ouvert à Léopoldville, avec une piste plus longue permettant d’accueillir les DC-7 à pleine charge et, en 1960, les Boeing 707.

A partir de 1958 lors de la mise en œuvre des DC-7 dans la Sabena, la piste de N’dolo n’était pas assez longue pour permettre le décollage des DC-7 à pleine charge. Comme à cette époque l’aéroport de N’djili était encore en construction et ne disposait que de la piste, de quelques installations techniques de ravitaillement, et aucune infrastructures pour les passagers et le fret, les DC-7 décollaient de N’dolo avec un quart des réservoirs pleins, et atterrissaient cinq minutes plus tard à N’djili pour y compléter les pleins et pouvoir ainsi décoller à pleine charge sur une piste plus longue.

Les lignes aériennes intérieures du Congo Belge mettaient en œuvre des bimoteurs DC-3 et des quadrimoteurs DC-4 qui avaient un rayon d’action plus faible que les DC-6, mais étaient plus légers et mieux adaptés aux courtes pistes d’atterrissage rudimentaires en herbe ou en terre battue qu’on trouvait dans certain centres provinciaux du Congo.

Léopoldville 1950 . En promenade le long du fleuve Congo

La petite famille de Jacques commencait à construire sa « vie coloniale ». C’était nettement différent de la Belgique, Francis et son frère Michel se sont très vite habitués à la vie au Congo Belge, et même avaient immédiatement adoré ce climat ensoleillé, cette ville ouverte et claire, la « brousse » dès qu’on s’écartait de Léopoldville, ces criques et ces plages le long du fleuve ..mais attention aux crocos !!!, ce collège avec son immense parc qui était comme une petite « brousse ».

Le bus scolaire "STA" pour aller au Collège

Ils avaient vite pris les habitudes des autres jeunes, et notamment le plaisir de cueillir des mangues partout en ville ou au collège où il y avait des arbres fruitiers à profusion les long des avenues, au collège, et dans les parcs. Il suffisait de prendre un caillou et de le lancer dans le manguier, et si la mangue qui tombait n’était pas assez mûre, on s’en servait pour en faire tomber d’autres. Il y avait aussi des caramboles, des noix de palme et même des cocotiers. Mais pour les noix de coco, c’était un peu plus compliqué !! C’était la liberté comme peuvent la souhaiter des enfants de leur âge.

Pour le déplacement des employés de l’Etat et des diverses entreprises, et pour amener les enfants au collège, le Gouvernement Général avait, avec la participation de la Force Publique, organisé un service de transport par autobus, le STA ou Société de Transport par Autobus. Dans ces bus qui amenaient les enfants au collège, ces bus étant « militaires », il y avait, en plus du conducteur, un « clerc » militaire indigène qui était chargé de les surveiller. Les copains de Francis et Michel leur avaient vite expliqué que, moyennant quelques francs, le clerc ou le conducteur du bus pouvaient leur vendre un (gros) paquet d’arachides grillées à la façon congolaise, qui avaient un goût typique très savoureux et qu’on ne trouvait pas dans les magasins.

Ainsi, régulièrement le matin avant d’aller prendre le bus scolaire, Francis courrait chez sa mère :

« Maman, tu me donne un « mpata » (pièce de cinq francs congolais) pour les cacahuettes, il n’y en a plus dans le garde manger »

Devant la maison à l’Ozone-Binza

La construction de nouvelles habitations était en pleine expansion à Léopoldville et ses environs. Un nouveau quartier résidentiel avait notamment été crée à Binza, situé à une dizaine de kilomètres de centre le long de la route qui menait à Matadi, et qui était encore à cette époque en terre battue. Ce lotissement, aménagé dans une zone de brousse récemment déforestée, avait été baptisé « Ozone – Binza » car il se trouvait juste à côté de la station d’ozonisation de l’eau potable qui alimentait Léopoldville. Il comportait alors une cinquantaine de maisons de type préfabriqué construites en moins de six mois. C’est là que la famille de Francis a emménagé après les six mois passés dans le logement de « l’agriculture » à Kalina. Le quartier n’était pas encore aménagé, seules les maisons étaient terminées ainsi que les «rues » en terre battue, les jardins n’étaient pas encore tracés ni clôturés. Cela sera terminé six mois après leur installation. Toutefois pour Francis, son frère et les quelques copains qu’ils s’étaient faits chez les voisins, c’était un terrain de jeu superbe qu’ils parcouraient en « tous-terrains » avec leur vélo.

Le quartier de « l’Ozone » se structure de plus en plus. Les rues sont tracées, bien que toujours en terre battue. Mais les jardins sont maintenant construits, structurés et clôturés. C’est un peu moins de liberté pour les jeunes en vélos,…mais c’est normal, et ils ont vite trouvé d’autres terrains pour cela. Ils ont finalement trouvé une autre occupation : construire des « huttes » et des « camps » dans la brousse environnante. C’est évidemment incompréhensible dans un contexte européen, mais abattre des arbres et les découper pour construire des huttes est tout à fait normal et même respecté ici au Congo, même et surtout de la part de jeunes !!

Fin avril 1953, nait une deuxième petite sœur : Geneviève,

Puis un jour du début 1954, C’est le retour en Belgique pour un « congé » de six mois. En effet les instances médicales coloniales avaient décrété que, vu l’inadaptation des Européens aux climats tropicaux, et surtout au climat de certaines zones, comme celui de Léopoldville, une remise en santé, de six mois tous les trois ans était nécessaire pour éviter l’anémie et un affaiblissement des défenses du corps des européens contre les maladies tropicales. Il était d’ailleurs courant que des européens soient obligés de retourner en Belgique pour y soigner soit des accès de malaria ou d’autres maladies tropicales contractées au Congo, principalement en brousse. Et cela malgré qu’avant tout départs, ainsi qu’avant chaque retours en Afrique, tous les « coloniaux » étaient obligés de subir une visite médicale approfondie ainsi qu’une séries de vaccinations contre notamment le typhus, la typhoïde, le choléra, la poliomyélite,…etc..…

Pour Francis et Michel, ce retour en Belgique est une véritable corvée !! La Belgique ne représente plus rien pour eux. C’est devenu un pays étranger, ils n’ont pratiquement connu que la vie au Congo, et sont totalement déracinés en Belgique. Francis n’a qu’une seule pensée:

- « Vivement la fin de ce « congé » et que nous soyons enfin chez nous, au Congo ».

Et c’est avec une immense joie pour Francis, que la fin de ce « congé » et le jour du retour au Congo arrivent enfin ! Ce jour là, à l’aérodrome de Melsbroeck ils montent vers 15h dans l’avion DC-6 de la Sabena, qui, après une escale à 20h à Lisbonne et à 4h du matin à Kano, les ramènera à Léopoldville vers 12h le lendemain.

Et c’est avec une joie non dissimulée que Francis dit à la cantonade :

- « Enfin de retour chez nous !! » , Son père et Michel le regardent avec un étonnement amusé.

Comme à chaque retour, la petite famille devra passer plusieurs semaines à l’hôtel, en attendant de retrouver un logement à Léopoldville. Cette fois ils sont logés pendant deux mois à l’hôtel Palace, près du port de Léopoldville. Puis ils emménagent pour leur deuxième terme dans un appartement de la « résidence Sambre », au sein d’un complexe de nouveaux buildings, construits à Kalina, le principal quartier résidentiel de Léopoldville. Francis et Michel sont à deux pas de leur collège Albert 1er, où ils peuvent facilement se rendre à pied ou plutôt en vélo..

Leur temps libre se passait en vélo avec de nouveaux copains des environs. Un évènement de fin de semaine qu’ils attendaient avec plaisir, était la séance de cinéma hebdomadaire du samedi soir dans la salle des fêtes du collège. Ce plaisir, ils le savaient, s’accompagnait d’une petite habitude de leur mère qui, pendant qu’ils allaient avec leur père à la séance de cinéma du samedi soir au collège, préparait des tartes qu’ils mangeaient en famille le lendemain après la promenade ou la partie de croquet du dimanche après-midi. Toujours passionné par les avions, Francis s’étais pris d’une passion pour le modélisme avec des petits avions à moteur « diesel » et « glow-plug » de 2 à 5 cm3. Avec quelques copains ils les faisaient voler en « vol circulaire », la radiocommande était encore inconnue à cette époque. Son frère Michel de son coté se passionnait pour la chimie, leur chambre était donc transformée en atelier de modélisme et d’alchimie, pour le plus grand amusement de leurs parents.

La famille Villerot a commencé ainsi son deuxième « terme ».

Après un an de ce terme, Francis ’avait terminé ses « primaires ». Et, tout comme son frère Michel, était passé au « grand collège » pour y commencer des humanités latines.

Et c’est ici que pour Francis la suite de cette histoire et sa découverte de la vraie vie, va commencer vers la fin de leur deuxième terme au Congo Belge

Chapitre 3 : Léopoldville juillet 1957

Jacques travaillait au « Service de l`Information » du Gouvernement Général du Congo Belge. En plus de ses activités de recherches d’ « informations » à proprement parlé, il s`occupait notamment de revues hebdomadaires et mensuelles (Nos Images, La Voix du Congolais) éditées en français et en quatre langues africaines par le Gouvernement Général à destination des populations congolaises, surtout dans l`intérieur du Congo. C’était une des missions importante visant à éduquer les masses congolaises et à développer chez elles un esprit civique à l’égard du Congo tout entier et de la Belgique

Jacques et ses collaborateurs de "Nos Images"

Ces populations étant loin des grandes villes, et à fortiori du monde, ces revues rencontraient un grand succès car elles leur apportaient non seulement des informations et images de tout le Congo, mais également de Belgique et du monde. C`était, d`après les échos reçus des écoles de brousse et des autorités territoriales, un support extrêmement intéressant pour l`éducation des populations de la brousse, et cela rencontrait un grand succès auprès des populations congolaises.

Jacques et quelques uns de ses lecteurs de ""La Voix du Congolais" de Banningville

De par les fonctions qu’il remplissait, Jacques était très courtisé par les diplomates et "envoyés spéciaux" américains. Le consulat des USA à Léopoldville était surpeuplé de « consuls », il y en avait 20, et cela avait déjà fait l’objet de remarques acerbes de la part du Gouvernement Général du Congo Belge. Jacques avait appris depuis 1956, par des collègues de la Sûreté de l’Etat, et ses contacts avec les diplomates américains en poste a Léopoldville, que ces multiples « consuls » en poste étaient de plus en plus actifs auprès de groupuscules congolais indépendantistes. Certains groupements avaient même été créés sous leur influence et avec de gros moyens, grâce à quelques pantins indigènes, la plupart du temps rejetés par leurs clans et leurs chefs coutumiers pour toutes sortes de raisons aussi obscures que douteuses.

Oui! c’est de la "propagande", mais la propagande n’est pas réservée aux seuls Américains !!

L’association américaine bien connue YMCA (Young Mens Christian Association) était omniprésente au Congo depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Sa présence s’était développée dans tout le Congo Belge à la fin de la deuxième guerre mondiale. Comme on le remarquera plus tard, elle était très active dans le domaine de la propagande américaine, sous couvert d’apostolat protestant, et était le fer de lance des actions menées à partir du consulat américain

* * *

Il fait un temps splendide ce jour là à Léopoldville, la belle capitale du Congo Belge, souriante, ensoleillée, parsemée de verdure entre les larges avenues asphaltées ou bétonnées. On entame le mois de juillet, c’est le début de la saison sèche, et l’air devient moins lourd dans la cuvette de « Léo », au bord du fleuve avec la grande boucle du Stanley Pool de dix kilomètres de large.

Nous sommes le 4 juillet 1957. C’est le début des vacances scolaires Francis a maintenant 13 ans il vient de terminer sa 6e latine au Collège Albert 1er, et en septembre il va entrer en 5e latine Son grand frère est de deux ans plus âgé que lui, et ils ont maintenant deux plus petites sœurs, Geneviève, la dernière, est née au Congo en 1953.

Il y a maintenant sept ans qu’ils sont arrivés au Congo Belge, sept belles années pleines de découvertes, de joies, et surtout d’espérance en un futur aussi radieux que ce soleil congolais. Ils habitent maintenant un confortable appartement dans un complexe de buildings résidentiels à Kalina, à peu de distance de leur Collège Albert 1er.

Ce jour là, la famille est invitée à une fête. Sous la direction de leur mère, Francis et son frère ont mis une tenue « endimanchée» tropicale : chemise et short blancs, cravate noire , un peu comme l’uniforme de leur Collège de Kalina, cette partie résidentielle de « Léo ».

Ce 4 juillet 1957, comme chaque année, toute la famille est invitée au consulat des Etats-Unis à l’occasion de la fête nationale américaine. Comme le père de Francis, Jacques Villerot, occupe un poste important dans le service de l’information de Gouvernement Général du Congo Belge, il est donc une personne précieuse et intéressante pour les agents de renseignement des USA, Ceux ci sont plus ou moins discrètement et officiellement cachés sous des « fonctions sociales » parmi les très nombreux consuls présents dans le consulat.

Cette fête du 4 juillet est pour le consulat des USA, comme en toutes ces occasions, le moyen de développer des contacts mondains avec les Belges d’Afrique, mais c’est aussi un prétexte utile pour affirmer la présence américaine au Congo Belge . Il y a un « cocktail mondain » pour les adultes, mais il y a aussi de nombreuses animations pour les jeunes. C’est évidemment pour eux, une occasion de jouer avec les jeunes américains dans les jardins du consulat, en mangeant force pop-corn arrosé de Pepsi-Cola

Cette fois ci, un jeune américain aborde Francis et son frère :

« Venez avec nous, sans vous faire remarquer, on va vous montrer quelque chose ! »

Et accompagné de trois autres jeunes américains, Francis et son frère suivent ces jeunes copains dans les bureaux du consulat.

« Où nous emmènes tu ? tu es sûr qu’on peut entrer là ? On ne va pas se faire engueuler ? «

« T’en fait pas, c’est le bureau de mon père. Il ne dira rien, d’ailleurs regarde cela ! »

Et il ajoute fièrement avec un sourire condescendant :

« Vous les Belges, vous n’avez pas ça, hein ! »

Et il leur montre au milieu du grand bureau richement meublé, un télétype moderne sur son socle.

« Voilà, c’est avec ça qu’on peut parler avec un gros ordinateur puissant, et mon père m’a déjà expliqué comment on peut jouer à des jeux qui sont dans cet ordinateur »

Et il se met au clavier devant Francis, son frère et les trois autres américains souriants et fiers, agglutinés autour du télétype

« Non ! Attendez, laissez moi faire, et je vais vous montrer. Après quand vous aurez appris, ce sera votre tour »

Après un quart d’heure de jeu tous les jeunes n’ont plus d’yeux que pour le télétype et les réponses de l’ordinateur.

« Non laissez moi faire, j’ai la bonne réponse, vous n’avez rien compris ! »

Ils sont tous autour de ce télétype, chacun essayant de l’accaparer.

Francis commence à se lasser un peu car les autres monopolisent le « beau jouet » et, ne faisant plus attention à lui, le laissent sur le côté.

C’est alors qu’en regardant sur le bureau un peu plus loin, Francis voit quelques papiers dactylographiés avec un gros tampon rouge « TOP SECRET ». La tête lui tourne, il ne pense plus au télétype et à l’ordinateur. Des images d’espionnage, de services secrets, d’agents armés de pistolets avec silencieux, défilent devant ses yeux. Ces documents le fascinent, l’hypnotisent, il a difficile de les quitter du regard. Toutefois, il se ressaisit et se rend compte que s’il reste là à regarder ces papiers, les autres vont s’apercevoir de quelque chose.

Mais tous restent autour du télétype et ne font pas attention à lui.

Brusquement, il n’en peu plus ! Il entrouvre sa chemise en dessous de sa cravate, il subtilise les documents et les enfourne instantanément sous sa chemise. Puis il s’écarte, et retourne mine de rien vers les autres et le télétype. Cela n’a pas duré plus de dix secondes.

Un quart d’heure plus tard, ils éteignent le télétype, quittent le bureau et retournent dans les jardins du consulat. Ni vu ni connus ! Personne n’a remarqué leur petite expédition dans le bureau avec le terminal d’ordinateur.

Le soleil se couche très vite au Congo, il est six heures et la fête se termine, tout le monde se salue, et on rentre chez soi.

Francis est stressé, il garde ses bras croisés sur sa poitrine où se trouvent les documents, cachés sous sa chemise.

« Pourvu que personne ne les remarque ! » pense-t-il en lui-même

Des idées stressantes tournent et retournent dans son esprit, L’inquiétude commence à le ronger.

Francis vient de se rendre compte de l’énormité de son acte, même s’il n’est qu’un jeune adolescent, il sait maintenant qu’il a posé un geste d’adulte, un geste condamnable, un geste d’espion. il ne peut plus revenir en arrière.

Rentré à la maison, il s’enferme dans sa chambre et examine avidement les documents. Mais ! Pas de chance ! ... Ils sont évidemment en anglais !

Cependant il y a d’abord l’en-tête : un cercle avec une tête d’aigle au centre et sur le pourtour « Central Intelligence Agency » et sur chaque feuille, il y en a huit, le gros tampon rouge « TOP SECRET »

Il y a les noms des destinataires, et tous les feuillets sont signés Allen W. Dulles

Malgré ses faibles connaissances de l’anglais, après quelques recherches dans un dictionnaire, Francis comprend une phrase qui dit que le but de l’opération de la CIA au Congo Belge est que la Belgique abandonne le Congo à la fin de 1958, juste après l’exposition universelle de Bruxelles

Le symbole de l’en-tête et les noms, ainsi que le peu de texte identifié lui font comprendre l’importance de ces documents, et la gravité de son acte. S’il est découvert, il n’y a pas de pardon possible ! C’est trop grave ! C’est trop tard !

Dans son esprit enfiévré des scènes dramatiques commencent à se développer, son imagination se débride.

Francis sait que cela devra rester un secret pour le restant de ses jours, en espérant que personne ne le découvre. Il sait maintenant que malgré son jeune âge, ’il est lui même, comme un adulte, devenu un ESPION !

Il n’y a pas de retour en arrière qui soit possible. Si on sait qu’il a ces documents secrets, « ils » sauront alors qu’il les a lus et donc « ils » voudront l’éliminer pour l’empêcher de parler. Et peut-être aussi sa famille... ?

Stop ! Il faut se calmer, et retrouver son sang froid !

Francis se sent seul, isolé. Il ne peut en parler à personne, certainement pas à son frère ni surtout à ses parents. Il doit maintenant tout assumer lui-même, décider seul ce qu’il doit faire, Personne ne peut l’aider, le conseiller, le rassurer !

Ces pensées catastrophiques en tête, Francis se met au lit, mais ne peut s’endormir ! Jusqu’aux petites heures du jour, il est sur le qui-vive et s’attend à tout moment à voir les Américains et la police envahir la maison et l’arrêter.

Que faire ? Détruire ces papiers, les faire disparaître pour qu’on ne puisse pas les retrouver entre ses mains ?

Non ! Il ne peut se résoudre à s’en débarrasser sans savoir ce qu’ils contiennent. Comme un virus, sa curiosité éveillée commence à le dévorer intérieurement.

Le lendemain, après cette nuit blanche, Francis se calme un peu avec le jour qui vient. Il prend une décision :

« Il faut que j’apprenne l’anglais pour comprendre ces documents. J’ai toutes les vacances devant moi , C’est le seul moyen, alors au travail ! »

Il prend son vélo et part au centre-ville. Après quelques kilomètres, au bout du boulevard Albert qui depuis « Léo 2 » traverse Kalina jusqu’au centre de « Léo », il arrive près de l’hôtel Regina, Il entre dans la librairie « Desclée » qu’il connait bien, ils y vont chaque semaine chercher les diverses revues venant de Belgique dont leurs Tintin et Spirou.