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Un nouveau polar « cozy mystery », par Dale Mayer, auteure de best-sellers au classement du USA Today. Suivez les aventures de Doreen Montgomery, jardinière et détective en herbe, et de ses adorables assistants (un chat, un chien et un perroquet) dans leurs enquêtes criminelles dans la jolie ville de Kelowna au Canada.
Du luxe à la misère… Du contrôle total au chaos absolu… Mais un meurtre, sérieusement ?
Alors que son ex-mari l’a laissée sans le sou, l’ancienne mondaine Doreen Montgomery va prendre un nouveau départ dans le vieux manoir délabré de sa grand-mère, Nan, dans la ville pittoresque de Kelowna… à la condition qu’elle s’occupe des animaux que Nan n’a pas pu emmener avec elle en maison de retraite : Thaddeus, le perroquet africain gris volubile au langage fleuri et son copain, Goliath, un chat aux proportions monstrueuses et à l’attitude haute en couleur.
C’est la nouvelle vie dont Doreen et Mugs, son basset bien aimé, avaient désespérément besoin. Mais alors que l’existence semble à nouveau sourire à Doreen, Goliath le chat et Mugs le chien déterrent un doigt humain dans les herbes folles du jardin de Nan.
Et pas seulement un doigt. Quand la police se met à creuser, elle découvre le reste d’un corps qui rappelle un vieux crime non résolu.
Avec sa grand-mère en tant que principale suspecte, Doreen commence bientôt à accumuler les indices, au grand désarroi du caporal Mack Moreau. Elle va tout tenter pour prouver l’innocence de sa Nan chérie.
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Veröffentlichungsjahr: 2022
Première de Couverture
Page de Titre
Résumé du livre
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Épilogue
Des os dans les bégonias
Un cadavre dans les œillets
Note de l’auteure
À propos de l’auteure
Tous droits réservés
Un nouveau polar « cozy mystery », par Dale Mayer, auteure de best-sellers au classement du USA Today. Suivez les aventures de Doreen Montgomery, jardinière et détective en herbe, et de ses adorables assistants (un chat, un chien et un perroquet) dans leurs enquêtes criminelles dans la jolie ville de Kelowna au Canada.
Du luxe à la misère… Du contrôle total au chaos absolu… Mais un meurtre, sérieusement ?
Alors que son ex-mari l’a laissée sans le sou, l’ancienne mondaine Doreen Montgomery va prendre un nouveau départ dans le vieux manoir délabré de sa grand-mère, Nan, dans la ville pittoresque de Kelowna… à la condition qu’elle s’occupe des animaux que Nan n’a pas pu emmener avec elle en maison de retraite : Thaddeus, le perroquet africain gris volubile au langage fleuri et son copain, Goliath, un chat aux proportions monstrueuses et à l’attitude haute en couleur.
C’est la nouvelle vie dont Doreen et Mugs, son basset bien aimé, avaient désespérément besoin. Mais alors que l’existence semble à nouveau sourire à Doreen, Goliath le chat et Mugs le chien déterrent un doigt humain dans les herbes folles du jardin de Nan.
Et pas seulement un doigt. Quand la police se met à creuser, elle découvre le reste d’un corps qui rappelle un vieux crime non résolu.
Avec sa grand-mère en tant que principale suspecte, Doreen commence bientôt à accumuler les indices, au grand désarroi du caporal Mack Moreau. Elle va tout tenter pour prouver l’innocence de sa Nan chérie.
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Jour 1, mercredi : Le premier jour du reste de sa vie…
Elle en était donc arrivée là ? Une femme de trente-cinq ans, bientôt divorcée, sans le sou, vivant dans la maison délabrée de sa grand-mère ? Doreen Merriweather, de nouveau Doreen Montgomery, gara sa Honda Civic vieillissante dans l’allée de sa nouvelle résidence dans le quartier de Lower Mission à Kelowna, en Colombie-Britannique. Et elle la regarda fixement.
Bonté divine. Ce n’était pas le souvenir qu’elle en avait. Un nouvel obstacle à surmonter sur la longue route de l’adversité sur laquelle elle s’était engagée.
Elle souffla pour dégager les boucles blondes de son visage. Le chaud soleil printanier mettait en évidence le vieux bardage de la maison composée d’un seul étage, et les fenêtres avaient désespérément besoin d’être nettoyées. Les volets nécessitaient d’être repeints ou réparés, et le toit était plus couvert de mousse que de bardeaux. Elle avait ce style d’un autre temps, oubliée du reste du monde.
Elle pouvait le comprendre.
Pendant un instant, elle se laissa aller à l’apitoiement. Sa précédente maison était un manoir de 800 m² à l’ouest de Vancouver, abritant une piscine creusée et quatre employés pour s’en occuper, ainsi que son futur ex-mari — et maintenant la jeune remplaçante de Doreen. Une poupée Barbie intelligente de vingt-huit ans. Une poupée Barbie très intelligente, comme Doreen l’avait découvert tardivement.
— Sois simplement reconnaissante d’avoir un toit, se rappela-t-elle. Si Nan ne m’avait pas donné cet endroit, nous serions à la rue à l’heure qu’il est.
Revigorée, elle se tourna vers son basset pure race, Mugford Horace III, qu’elle appelait Mugs.
— Pas vrai, mon garçon ? demanda-t-elle, et il lui jeta un regard abattu. Je sais. Tu n’es pas impressionné non plus. Mais c’est tout ce que nous avons, et nous sommes reconnaissants envers Nan pour sa générosité.
Ce n’est pas parce que la vie de Doreen avait changé qu’elle n’était pas prête à relever le défi. Elle savait qu’il y aurait des jours où tout lui semblerait excessif. Mais elle aurait dû y être habituée, car c’est ce qui décrirait la plupart des six dernières années de son mariage.
Doreen avait signé les formulaires de séparation environ deux semaines après que son mari lui avait demandé de quitter leur maison et d’abandonner leur mariage. Juste avant Thanksgiving, en fait. Sur les conseils de son avocate, Doreen avait également signé les papiers du divorce pour en finir avec tout ça, même si le divorce ne pouvait pas être prononcé avant qu’elle et son mari ne soient séparés depuis un an minimum. Cette façon de faire te permet de moins souffrir d’un point de vue émotionnel, Doreen. Tu peux aller de l’avant sans avoir à revenir sur cette période douloureuse de ta vie.
Sauf que, peu après avoir signé tous ces papiers, Doreen avait découvert que l’avocate qu’elle avait engagée était la maîtresse de son mari… Ouais, la vie est une garce.
Tout comme son avocate.
Elle n’avait pas encore trouvé de solution à ce sujet, s’il en existait une. Une partie d’elle voulait s’en aller et le laisser avec son argent et sa nouvelle petite amie. Une autre voulait le combattre bec et ongles et lui chaparder la maison.
Mais comment ?
Elle n’avait pas d’argent. Ni de relations. Et même si son avocate était on ne peut plus malhonnête, comment pouvait-elle faire confiance à quelqu’un d’autre pour l’aider à réparer les torts causés ?
L’argent achète les gens. Et apparemment leur loyauté aussi. Elle ne pouvait pas se permettre d’en perdre plus.
Mugs frotta sa main avec sa truffe. Elle secoua la tête, pour revenir à l’instant présent, assise dans sa voiture toujours garée devant la maison de sa grand-mère. La nouvelle réalité de Doreen. Elle retira les clés du contact et sortit avant de se diriger vers la porte d’entrée.
Sa grand-mère — Nan, comme elle préférait être appelée pour éviter les stigmates de vieillesse entourant l’appellation « grand-mère » et toutes les autres étiquettes de ce genre — avait dit que les clés se trouvaient au-dessus de la porte. Doreen leva le bras et trouva le trousseau de clés. Avec soulagement, elle déverrouilla la porte et l’ouvrit en grand.
Pour le meilleur ou pour le pire, c’était le premier jour du reste de sa vie.
Elle sortit son téléphone de la poche de sa veste et composa le numéro de Nan.
— Nan, nous sommes arrivés. Je voulais juste que tu le saches.
— Merci d’avoir appelé, ma chère.
Doreen entendit un bruissement dans le téléphone, comme si Nan couvrait le micro, puis cette dernière parla à quelqu’un d’autre dans la pièce.
— Elle vient d’arriver. Quelques minutes avant midi. Notez-le.
Ce qui n’avait aucun sens. Doreen essayait de comprendre ce que sa grand-mère voulait dire, quand elle se remit à parler.
— Contente que tu sois arrivée saine et sauve, ma chérie. Maintenant, prépare-toi une tasse de thé et installe-toi. Nous parlerons demain quand tu seras reposée.
Doreen s’apprêtait à raccrocher, mais Nan continua.
— C’est bien que tu sois proche de moi. Je vais demander à Marge de passer dans quelques jours. Elle est partie en vacances, ça tombe bien.
Clic.
Doreen raccrocha en secouant la tête. Nan était toujours aussi excentrique. Qui était Marge ? Elle se creusa les méninges pour essayer de se rappeler si elle avait déjà entendu ce nom et fit chou blanc. Elle le découvrirait plus tard. Elle avait des problèmes plus urgents pour le moment. Elle retourna à la voiture, vers son fidèle animal.
— Viens, Mugs.
Elle ouvrit la portière passager et attendit qu’il descende. Il s’élança sur la pelouse, le museau au sol, les grandes oreilles rebondissant à chaque pas.
— Mugs, par ici.
Il aboya et accourut derrière elle en direction de la porte d’entrée.
Elle franchit le seuil de la porte avec son chien à ses côtés. Elle fut immédiatement frappée par cette charmante odeur de vieux qui se dégageait de la maison ancienne.
Au courant de sa situation, Nan avait convaincu Doreen d’emménager avec elle jusqu’à ce qu’une place se libère à Rosemoor et qu’elle puisse avoir la maison pour elle toute seule. Contre toute attente, une place s’était libérée et la vieille dame avait déménagé avant que Doreen n’ait eu le temps d’adapter ses plans. Doreen vivait chez des amis — ou dans leurs appartements vides — depuis qu’elle avait quitté son ancienne demeure. Le dernier appartement appartenait à une femme dont elle était proche. Malheureusement, elle n’avait pas réalisé que sans le mari, le prestige, l’argent… la femme ne considérait plus Doreen comme une amie. Et l’espoir que le frère de cette femme, un avocat, puisse l’aider à réparer son erreur de divorce, était passé à la trappe.
Elle avait prolongé la durée de son séjour en attendant qu’il revienne en ville. Mais elle avait fini par se rendre compte qu’il s’y trouvait depuis le début et qu’il attendait qu’elle parte… Elle était partie le jour suivant.
Dans le cadre de sa décision de vivre à Rosemoor, Nan avait également décidé de léguer la maison à Doreen, sa seule parente vivante, afin qu’elle ait toujours un pied-à-terre.
Et la jeune femme était incroyablement reconnaissante d’avoir cette maison. Elle se dirigea vers la fenêtre la plus proche dans le salon et l’ouvrit en grand, laissant entrer l’air printanier, puis passa à la pièce suivante, la salle à manger formelle. Cela faisait longtemps qu’elle n’était pas venue ici, et la réalité était en conflit avec ses souvenirs.
Il y avait quelque chose de particulier dans la maison d’une personne âgée, qui y avait vécu pendant les quarante dernières années. Le salon et la salle à manger débordaient de meubles, tous recouverts de couvertures aux couleurs vives. Les murs étaient remplis de souvenirs, les étagères pleines de bibelots. Des décennies d’objets qui apportaient de la joie dans la vie de Nan.
Elle parcourut le petit espace du regard, qui avait l’air encore plus petit à cause du désordre. Dans les semaines qui avaient suivi l’absence de sa grand-mère, une fine couche de poussière s’était déposée sur tous les meubles… Il faudrait des heures pour nettoyer tout ça…
Cela prendrait encore plus de temps pour désencombrer les pièces, et Doreen se sentirait terriblement coupable si elle se débarrassait de quoi que ce soit sans la permission de Nan.
Celle-ci aimait peut-être tous ces souvenirs, mais sa petite fille avait l’impression d’étouffer avec tous ces gros meubles sombres entassés dans les deux pièces principales. Elle marcha jusqu’à la cuisine et s’arrêta. C’était mignon, pittoresque et vieux. Mais, si elle était utilisable, c’était plus que tout ce qu’elle possédait. Elle ouvrit la porte arrière et sortit sur la terrasse qui longeait l’arrière de la maison.
À l’extérieur, elle trouva le jardin aux couleurs éclatantes, envahi de mauvaises herbes à hauteur de genoux et de buissons sauvages.
Alors que son regard se promenait le long des plantations, elle soupira de plaisir.
— Oh, bon sang, Mugs, dit-elle. On a du pain sur la planche.
Pourtant, les jardins la ravissaient. Le jardinage, c’était son truc. Dans son ancienne vie, elle avait des jardiniers qui faisaient le travail. Chaque fois qu’elle avait réussi à se salir les mains, elle avait été réprimandée parce que les coupures des épines lui meurtrissaient la peau et que creuser dans la terre lui cassait les ongles.
Elle jeta un coup d’œil à sa manucure. Ses ongles ne ressemblaient en rien à ceux qu’elle avait l’habitude d’arborer et qui étaient parfaits.
— Eh bien, ils sont déjà en sale état, alors qu’importe.
Mugs se tenait dans l’embrasure de la porte arrière et humait l’air. Lorsqu’il émit un grognement du fond de sa poitrine, Doreen s’empressa de reculer et de scruter l’extérieur depuis le cadre de la porte. Bien que la maison se trouvait dans un cul-de-sac et fut prise en sandwich par des habitations voisines, le jardin semblait s’étendre à l’infini. Même au niveau de la clôture à moitié effondrée à l’arrière de la propriété de Nan, d’autres terres s’étendaient au-delà, sans constructions.
— Qu’est-ce qu’il y a, Mugs ?
Doreen regarda nerveusement autour d’elle. Il était pleinement dans son nouveau rôle de protecteur.
Avant cela, elle n’avait jamais prêté attention à ses sourcils fortement plissés qui bougeaient lorsqu’il était contrarié. C’était vraiment un chien de garde. Et quelque chose dehors le dérangeait. Légèrement effrayée, elle l’attrapa par le collier, le traîna à l’intérieur et ferma la porte.
— La première chose à faire est de décharger la voiture. Ensuite, je veux une tasse de thé. Après, nous pourrons explorer.
Elle retourna à son véhicule. Après avoir vidé le contenu de la banquette arrière et du coffre de sa Honda garée dans l’allée en béton, elle surplomba son maigre tas d’affaires et secoua la tête. Quatorze années de mariage réduites à cinq valises et deux bagages à main. Quel changement ! Elle attrapa résolument plusieurs de ses valises, les monta sur les marches du porche avant de les rentrer dans la maison.
Elle les laissa tomber en bas de l’escalier. Elle ne se rappelait même pas combien de pièces il y avait à l’étage depuis sa dernière visite, des années auparavant. Ça n’avait pas d’importance pour le moment. Sa grand-mère aurait très bien pu faire tomber les murs et transformer les deux chambres en une seule, Doreen n’en savait rien. Elle se demanda s’il y avait un lit utilisable dans l’une d’elles.
Elle récupéra le reste de ses bagages dans l’allée et les ajouta à la pile croissante à l’intérieur. Puis, elle attrapa les gamelles de Mugs du côté passager à l’avant de la voiture. Lors de son dernier voyage, elle prit son sac de nourriture et de friandises, avant de passer l’intérieur de la Honda au peigne fin afin de s’assurer qu’elle n’avait rien oublié. Elle verrouilla la voiture, entra dans la maison et ferma la porte d’entrée.
Elle s’appuya sur cette dernière et examina sa nouvelle maison.
Nan avait parlé de s’occuper de son Maine Coon qui vivait généralement dehors. Aucun signe de lui jusqu’à présent.
— Oh, s’exclama Doreen. Mugs, c’est ça que tu as senti à l’arrière ? C’était le chat ?
Elle s’y dirigea à nouveau et l’ouvrit.
— Hé, minou, minou. C’est ta maison, minou, mais Mugs vit ici aussi maintenant.
Mugs grogna. Puis vinrent un rugissement et un feulement, avant qu’un chat hurlant se déchaîne à l’intérieur de la maison entre Doreen et Mugs.
Le chien aboya sur-le-champ et se mit en chasse. Debout, dos à la porte, dans son tailleur Chanel à trois mille dollars dans lequel elle avait voyagé, Doreen regardait son chien professionnellement toiletté chasser joyeusement le chat qui semblait avoir la taille d’un lynx.
Dans quel pétrin s’était-elle fourrée ?
Après s’être promis une tasse de thé chaud dans un avenir proche, Doreen prit son verre d’eau et laissa la porte de derrière ouverte — pour que Mugs puisse la rejoindre s’il le voulait, et surtout pour éviter ce chat.
— Goliath, murmura-t-elle, se souvenant enfin du nom du chat de Nan.
Doreen se promena à l’extérieur, sur la véranda, qui s’étendait sur toute la largeur de la maison, notant un ensemble de marches qui menaient à la terrasse, une de chaque côté de la véranda.
Elle n’avait pas faim, même s’il devait être midi, voire plus. Après tout, elle avait passé toute la matinée à conduire jusqu’ici.
Une fois la paix établie à l’intérieur — le chat de sa grand-mère s’étant réfugié sous l’un des nombreux meubles qui encombraient le salon et Mugs n’aboyant plus mais se sentant fier de lui, Doreen s’effondra dans la plus proche des deux chaises en bois de la véranda et admira le jardin. Une belle terrasse reliait l’arrière de la maison à ce dernier.
C’était un après-midi magnifique. Le soleil projetait de magnifiques rayons de lumière sur la propriété, et le jardin envahi par la végétation montant jusqu’à la taille ajoutait aussi quelques ombres.
La propriété de Nan.
Maintenant la propriété de Doreen.
Légalement. Ou bientôt. Nan avait déjà commencé à remplir les documents de cession.
Il était étrange de penser que c’était la première maison que Doreen posséderait seule. Jamais elle n’aurait pensé se retrouver ici à ce stade de sa vie. C’était à la fois décourageant et exaltant. Son mariage était en difficulté depuis des années, et elle avait désespérément besoin de changement… mais waouh. Méfiez-vous de ce que vous souhaitez.
En y repensant, elle se sentait un peu coupable et se demandait à quoi avait ressemblé la vie de Nan pendant son mariage, tandis qu’elle avait parcouru le monde au bras de son mari pendant des années. Pendant son enfance, sa grand-mère avait été sa meilleure amie, jusqu’à ce que sa mère se marie et qu’elle soit envoyée en pension.
La mort de sa mère, des années plus tard, avait rapproché les deux femmes, jusqu’à ce que sa grand-mère épouse son propre cauchemar fortuné. Puis la relation entre les deux femmes s’était réduite à des appels téléphoniques et à quelques visites en solo. La plupart du temps quand elle pouvait obtenir de son mari qu’il lui accorde du temps libre. Maintenant Doreen n’avait plus que Nan, et inversement. Et déménager pour se rapprocher afin qu’elles puissent passer le maximum du temps qu’il leur restait ensemble rendait ça charmant.
La vie passée de Doreen semblait si éloignée de ce qu’elle était devenue. Bien que cette maison soit payée, elle devait encore trouver un moyen de gagner sa vie pour régler ses factures mensuelles et mettre de la nourriture sur la table ainsi que dans la gamelle du chien. Selon Nan, la facture d’eau était horrible, et les compagnies d’électricité des voleurs. Doreen n’avait jamais travaillé pendant toute la durée de son mariage. Son mari autoritaire avait jugé cela « dégradant ». Doreen devait donc s’attendre à des recherches d’emploi, des demandes d’emploi et des entretiens d’embauche.
Mais que voulait-elle vraiment faire du reste de sa vie ?
Elle soupira et secoua la tête. Ces problèmes seraient à régler le lendemain. Cette journée rimait avec emménagement et installation pour la nuit.
Mugs s’approcha et s’assit à côté d’elle.
Il avait quelque chose dans la gueule, mais elle ignorait quoi. Quand il le croqua et qu’un bruit semblable à un os qui se brise s’échappa, elle se leva d’un bond et le regarda fixement, horrifiée.
— Où as-tu trouvé ça ?
Un peu d’herbe sortait d’un coin de son museau.
Quoi que ce soit, ça venait de l’extérieur. Mais, comme Mugs n’avait pas encore été dans le jardin à l’arrière de la maison ni à l’avant, il y avait des chances que le chat l’ait apporté à l’intérieur. Et cela pouvait signifier toutes sortes de choses horribles. Doreen n’avait aucune expérience avec les chats, mais elle avait entendu des histoires d’horreur…
— Mugs, c’est dégoûtant. Crache ça.
Face au refus de son chien, le visage de Doreen se tordit de dégoût, et elle se pencha pour regarder de plus près. Était-ce un os ? Mais quel genre d’os ?
— Mugs, donne-le-moi. Laisse-moi regarder.
Il grogna avant de reculer.
Zut.
Elle se mit à quatre pattes pour l’examiner de plus près. Ce ne serait pas si grave si c’était un os, mais quelque chose semblait accroché à son extrémité. Elle essaya de l’attraper, mais le chien recula de plus belle.
Lentement, elle le suivit en rampant.
— Viens, mon chien. Tu ne veux pas de ce vilain os. Donne-le-moi, et je vais te préparer un bon dîner.
Inspirée par l’idée qu’elle venait d’avoir, elle sauta sur ses pieds et courut à l’intérieur jusqu’à sa cachette de friandises, et se mit à secouer le sac en courant vers la porte arrière.
Mugs laissa immédiatement tomber l’os et leva son museau pour renifler l’air. Lorsque Doreen lui tendit un morceau de poulet, il le sentit, puis décida qu’il préférait l’os à ses pieds.
— Non ! Attends, Mugs. Non.
Elle secoua la friandise devant lui une seconde fois.
Il lui lança un regard offensé mais attrapa lentement la friandise, laissant tomber l’os une fois de plus.
Elle l’arracha de sa portée d’un coup. Elle le retourna et cria, jetant la petite chose charnue sur le plancher en bois de la véranda. Mugs courut pour l’attraper, mais elle le repoussa d’un coup de pied. Elle ramassa l’os avec un vieux carton trouvé sur le côté de la véranda, et le plaça sur la petite table extérieure. Le cœur battant la chamade et à bout de souffle, elle y regarda de plus près.
Il y avait de la peau sur l’os, et un ongle au bout. Un ongle d’homme joliment manucuré.
Mugs venait de mâchouiller un doigt.
Une heure plus tard, Doreen fut confrontée à une autre première.
La police. Ils lui étaient aussi étrangers que le monde dans lequel ils travaillaient. Elle n’avait jamais rencontré quelqu’un qui travaillait pour la police. Et n’avait jamais eu besoin de leur aide. Devait-elle suivre un protocole spécifique ? Compte tenu du besoin de son mari de diriger sa vie et ses actions, Doreen n’aurait pas dû être si surprise de se poser une telle question.
Elle ne s’attendait quand même pas à se débarrasser de toutes ses mauvaises habitudes acquises au cours de ses quatorze années de mariage en seulement six mois. Mais, elle y travaillait.
En attendant l’arrivée de la police, Doreen avait transféré le doigt de la petite table de la véranda à l’arrière de la maison, à celle sous le porche à l’avant. Elle avait également fait en sorte que Mugs reste à l’intérieur, loin du membre, mais elle avait perdu la trace de Goliath.
Lorsque la voiture de la GRC1 s’arrêta dans son allée derrière sa Honda, elle sortit tout en s’interrogeant sur la tournure étrange que venait de prendre sa « nouvelle » vie. Le conducteur descendit, et elle afficha un sourire radieux sur son visage avant de se reprendre. Il ne s’agissait pas d’un événement mondain. Elle pouvait leur serrer la main. C’était un geste professionnel, non ?
— Je crois qu’il y a un corps sur la propriété, lâcha-t-elle, ne sachant quelle expression adopter pour l’occasion quand le premier agent arriva sur le perron.
Le vieil homme resta silencieux, la surprise éclairant son visage taciturne.
Elle le regarda, fascinée, tandis que ses sourcils broussailleux se soulevèrent sur son front. Comment était-ce possible ? Ils étaient de la même taille que ceux de Groucho Marx, mais plus longs. Elle frissonna. Elle avait envie de courir à l’intérieur, prendre des ciseaux et de les tailler. Si elle agissait de la sorte, il l’enfermerait pour cause de folie. À moitié hystérique, elle se demanda si elle pouvait lancer un business dans l’épilation des sourcils. Cette ville avait manifestement besoin de ses services, mais est-ce qu’ils la paieraient ou est-ce qu’elle devrait les payer pour qu’on lui offre cette opportunité ?
— Je suis désolé, madame. Qu’est-ce que vous avez dit ?
Elle prit une grande inspiration, serra les poings contre son ventre, raidit sa colonne vertébrale et reprit.
— Vous devriez venir sur le porche, et je pourrai vous montrer.
Il semblait attendre son collègue, qui était penché sur la voiture de police et parlait dans une radio tirée par la fenêtre ouverte, à côté de la portière. Le premier homme était aussi vieux et grisonnant que le second était jeune et dynamique : un grand adonis blond.
Son souffle s’échappa lentement alors qu’elle essayait de deviner son âge.
La trentaine, selon elle.
Immédiatement, son esprit calcula leur différence d’âge. Il y avait toutes sortes de règles dans une telle relation. Elle voulait rentrer en courant et vérifier. Elle les avait écrites quelque part. Elle aurait dû les connaître par cœur. Mais après que Sally Browning eut une relation avec quelqu’un de treize ans son cadet et fut ostracisée de tous les salons de thé, Doreen n’était pas sûre d’être en possession des règles appropriées à suivre dans ce cas. Après tout, Doreen n’avait que quelques années de plus qu’Adonis, non ?
N’est-ce pas ?
Quoi qu’il en soit, elle pensait que Sally aurait dû assumer de sortir avec un type plus jeune. Ce n’était pas tant sa liaison avec son petit ami beaucoup plus jeune qui posait problème. Tout le monde savait que, dans une liaison, l’âge ne compte pas. Ce fut seulement quand cette liaison avec une grande différence d’âge s’était transformée en une relation sur le long terme que les sourcils avaient commencé à se froncer.
Sauf si, bien sûr, de l’argent est impliqué — alors toutes les règles sont abolies. Parce que tout le monde sait que l’âge disparaît avec l’argent.
Et fait aller et venir les épouses — futures et anciennes — aussi.
— Madame, qu’est-ce que vous vouliez me montrer ? demanda l’officier le plus âgé.
Elle détourna son regard du jeune agent quand il jeta le combiné sur le siège passager et se redressa. Mince. Il était aussi mignon debout qu’affalé. Mais plus grand qu’elle pensait. Beaucoup plus grand.
Ramenant finalement son attention sur l’agent en face d’elle, elle désigna la petite table sur le côté de son porche où elle avait soigneusement placé l’os incriminé.
— C’est ça.
Il jeta un coup d’œil vers la table, puis vers elle, avant de demander :
— Qu’est-ce que c’est ?
Elle se retourna à moitié et désigna de nouveau la table.
— Je l’ai mis sur la table.
Le second officier les rejoignit, et elle sourit à Adonis.
Les deux policiers la regardèrent fixement.
— La table ? interrogea l’homme le plus âgé.
— Pas la table mais ce qu’il y a dessus, expliqua-t-elle après avoir soupiré avec force.
Les deux hommes fixèrent la table de l’endroit où ils se tenaient, à côté du perron.
— Il y a juste un morceau de vieux carton sur la table, dit le jeune homme d’une voix légère et joyeuse.
Trop joyeuse. Comme s’il se moquait d’elle. Instantanément, sa cote de mignonnerie chuta de plusieurs échelons. Elle regarda la table et se figea. Non. Non, impossible.
— Oh, mon Dieu, il a disparu.
— Qu’est-ce qui a disparu ?
Elle se retourna et fixa le jeune officier.
— J’ai dit à l’opérateur que je pense qu’il y a un corps ici.
— Et qu’est-ce qui… vous a fait penser… ça ? demanda l’officier le plus âgé d’une voix lente et patiente.
— À cause du doigt.
À ce mot, les deux hommes se redressèrent.
Elle hocha la tête avec satisfaction.
— J’aurais dû penser à ça. Ce satané chat l’a ramené à l’intérieur. Je jure que c’était lui. Mugs ne l’aurait jamais touché en premier. Mais Mugs le lui a pris, expliqua-t-elle. Je l’ai apporté ici et je l’ai posé sur la table du porche, en attendant que vous arriviez. Je parie que c’est l’œuvre de Goliath. Il n’a jamais pardonné à Mugs de le lui avoir volé.
— Mugs ? Goliath ? répéta l’aîné des deux agents.
Elle leva les deux mains, paumes vers le haut.
— Vous n’écoutez pas ? Le chat l’a apporté.
— Goliath ne serait pas le chat par hasard ? s’enquit le jeune policier en souriant.
— C’est ce que je viens de dire, non ?
Elle leur tourna le dos, à présent si troublée qu’elle ne savait plus quoi faire. Si elle ne pouvait pas leur fournir le doigt, personne ne la croirait. Par conséquent, personne ne vérifierait le jardin à l’arrière, car elle n’allait certainement pas le faire elle-même avant d’avoir obtenu le feu vert de quelqu’un. Elle n’allait pas non plus laisser ce chat revenir dans la maison avec d’autres morceaux de corps.
— Nous devons retrouver le doigt. Le chat a probablement volé ce fichu truc à nouveau, annonça-t-elle fermement en se retournant.
— Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?
Elle fixa le jeune homme qu’elle avait trouvé mignon. Sa joliesse était seulement à l’extérieur. Il devait avoir un cerveau en parfait état de marche à l’intérieur pour mériter cette étiquette.
— Je l’ai vu tout à l’heure, bien sûr. Il n’a pas pu aller bien loin, dit-elle en secouant la tête. Peu importe. Le doigt doit être quelque part par ici.
Elle se mit à fouiller les meubles sur le porche.
— Vérifiez le plancher. Le chat l’a peut-être fait tomber. Ou peut-être qu’il l’a emmené à l’intérieur, annonça-t-elle en ouvrant la porte d’entrée avant de s’arrêter. Non, ça ne peut pas être à l’intérieur. Il était là quand je vous ai entendu arriver.
Elle ferma la porte et fronça les sourcils, faisant à nouveau face aux officiers.
— Je n’ai pas vu le chat depuis notre arrivée, madame, déclara le plus jeune agent.
L’homme plus âgé marchait de long en large sur le porche, supposément à la recherche d’un doigt, mais il ne semblait pas y mettre trop d’efforts.
Elle soupira. Bruyamment. Elle n’avait vraiment pas besoin de ça.
— Nan avait un gros chat Maine Coon. Elle avait l’habitude de l’emmener partout avec elle, ajouta le jeune homme. C’était un personnage. Tout comme Nan.
— C’est ma grand-mère. C’est aussi la vôtre ? demanda-t-elle en étudiant l’homme de plus près. Sommes-nous parents ?
— Non, elle est aussi connue sous le nom de Nan dans le quartier, expliqua le plus jeune officier en riant.
— Super. Ça va être quelques semaines déroutantes.
Mais cela lui faisait plaisir que Nan soit si connue et apparemment aimée.
Sans compter qu’elle et Adonis n’avaient pas de lien de parenté.
— Elle avait un chat et un perroquet, murmura l’homme plus âgé, les yeux rivés sur le sol du porche.
— Eh bien, si un perroquet se trouve ici, je ne l’ai pas encore rencontré, dit Doreen avant de continuer en fronçant les sourcils. Je viens juste d’arriver. Je suis encore en train de me repérer dans la maison. C’est un labyrinthe de désordre. Mais je crois que Nan m’a dit qu’un oiseau était ici. J’ai supposé qu’il était dehors.
— Thaddeus a tendance à errer où il veut. Il vole, mais pas vraiment bien. Une fois que vous l’avez vu, impossible de l’oublier.
Les officiers se regardèrent et sourirent.
De l’autre côté du porche, elle entendit un cri sauvage. Elle pivota et vit un magnifique oiseau bleu-gris debout sur la balustrade, face à elle. Il mesurait au moins trente centimètres et avait de longues plumes rouges au niveau de la queue.
— Oh, mon Dieu ! C’est lui ?
Les flics rirent.
— Oui, c’est Thaddeus, répondit le plus jeune.
— Thaddeus est là, dit l’oiseau avec une grande présence scénique, en se pavanant sur le haut de la balustrade. Thaddeus est là.
— Oh, génial. Il parle, marmonna Doreen en le fixant.
C’était la dernière chose dont elle avait besoin, après que Goliath eut traîné des morceaux de corps humain dans la maison.
Comme s’il lisait dans ses pensées, l’énorme félin roux surgit de sous le porche. Il courut sur le perron, puis s’arrêta et dévisagea les humains avec dédain. Il fit deux pas de plus, laissa tomber son derrière, lança sa patte arrière en l’air et commença à se lécher l’arrière-train.
Devant tout le monde.
La seule chose à laquelle Doreen put penser, c’était à quel point son mari serait horrifié par cette scène en ce moment même. Elle gloussa en l’imaginant.
Au bon moment, Thaddeus cria avant de parler.
— Thaddeus est là. Thaddeus est là.
— Ça va vite devenir lassant, grogna la jeune femme en secouant la tête.
— Il ne dit pas grand-chose, mais c’est un personnage.
Le jeune officier s’approcha et effleura les plumes sur la joue et le cou de l’oiseau.
— Il est très agréable à vivre. La plupart des habitants de la ville le connaissent. Nan, bien sûr, l’a emmené partout avec elle aussi.
— Merveilleux, dit Doreen à voix basse. J’espère vraiment qu’il n’y aura pas d’autres animaux domestiques. Mugs a déjà assez de mal à s’adapter au chat. J’ai du mal à l’imaginer avec un perroquet, surtout s’il parle.
— Mugs ? demanda le vieil homme. Qui c’est ?
— Mon chien.
— Du bon temps en perspective, pouffa-t-il.
— Ce ne sera pas si amusant si je ne retrouve pas ce satané doigt, rétorqua-t-elle en haussant les épaules. Vous ne me croirez jamais sans preuve.
Elle jeta un coup d’œil au plancher et trouva un petit trou. Elle plongea au sol et étudia les ombres sous les lames.
— Il y a quelque chose là-dessous. Ce n’est pas atteignable, et même deux de mes doigts ne peuvent pas entrer en même temps dans ce trou. En plus, c’est difficile de voir avec précision.
Elle pensait que c’était le doigt. Elle espérait bien que ce soit le cas. Elle s’était déjà ridiculisée. Elle ne voulait pas qu’ils pensent aussi qu’elle était une menteuse.
— J’ai accidentellement heurté la table quand je suis sortie. Il a dû rouler à ce moment-là.
— Laissez-moi regarder, lança l’officier le plus âgé avant de se mettre à quatre pattes. Eh bien, il y a bien quelque chose là.
Il tourna sa tête sur le côté.
— Mais je ne peux pas dire avec certitude que c’est un os.
— J’ai une pince à épiler dans mon sac à main. Je vais aller la chercher.
Elle se précipita à l’intérieur de la maison, laissant la porte ouverte un instant. Elle trouva la pince à épiler et retourna sur le porche où elle constata que Mugs était sorti, sa queue remuant, tandis qu’il bavait de joie sur les deux agents.
— Mince… Je suis rentrée deux secondes. Quel genre de chien de garde es-tu, Mugs ?
— Alors il aboie seulement quand il en a envie ? plaisanta le policier d’âge mûr.
— Jusqu’à présent, seulement quand ce satané chat a traversé la maison avec le doigt. Probablement jaloux parce qu’il voulait lui aussi un os frais, à mon avis.
Les deux hommes se regardèrent avec fascination.
— Désolée, s’excusa-t-elle en grimaçant. Je suppose que vous pensez tous les deux que je suis un peu bizarre.
Les deux officiers secouèrent la tête très lentement.
— Non, madame. Nous connaissons bien Nan. Vous lui ressemblez beaucoup.
L’homme le plus âgé sourit et tendit une main.
— Je m’appelle Arnold, agent Arnold Depruis. Bienvenue en ville.
Elle rougit et lui serra la main, encore toute troublée. Elle brossa ses cheveux en arrière et sourit au jeune homme.
— Et vous êtes ?
— Agent Chester Pearson. Mais vous pouvez nous appeler Arnold et Chester. Ravi de vous rencontrer.
Après lui avoir lancé un sourire éclatant, elle se laissa tomber à genoux sur le plancher, se positionnant à nouveau au-dessus du trou. Le doigt était tombé dedans et reposait sur une poutre transversale en dessous. S’il était tombé plus loin, il aurait probablement été perdu à tout jamais.
Elle se concentra et retira très soigneusement le membre incriminé entre les planches.
— Eh bien, Arnold et Chester, pensez-vous que je dise la vérité à présent ? demanda-t-elle en brandissant le doigt d’un air triomphant avant d’ajouter : Vous voyez ? Je ne mentais pas.
Les deux hommes se penchèrent pour regarder de plus près et devinrent immédiatement plus professionnels.
— Regardez-moi ça. C’est bien un doigt, dit Arnold en poussant son chapeau en arrière.
Mugs aboyait aux pieds de Doreen et essayait d’attraper sa main, et quelque part à proximité, un chat miaulait. C’était probablement Goliath, furieux d’avoir perdu sa friandise.
Doreen sourit en reposant de manière victorieuse la vilaine chose sur le carton.
— Vous voyez ? Le reste de son corps doit bien se trouver quelque part par ici.
Mais Thaddeus posa la cerise sur le gâteau. Il cria fort et longtemps, avant de cancaner.
— Corps dans le jardin. Corps dans le jardin.
1. Abréviation de Gendarmerie Royale du Canada.
Tandis que la police inspectait la propriété, Doreen cherchait en vain une bouilloire dans la cuisine. La police était là depuis ce qui lui semblait être des heures, et elle avait besoin de se réconforter avec une tasse de thé chaude. Après avoir fouillé dans les placards, elle n’avait trouvé qu’un garde-manger bien rempli, confirmant que Nan avait vécu de conserves. Il y avait des haricots en conserve, de la soupe en conserve et du poisson en conserve. Doreen vit ce qui semblait être des pommes de terre en conserve. Elle fixa la boîte, frissonna et referma le placard rapidement. Nan avait-elle encore des dents ? C’était peut-être ça le problème.
La jeune femme savait que sa grand-mère était une grande buveuse de thé, mais elle ne trouva pas de bouilloire à brancher. En ouvrant un autre placard, elle tomba sur une bouilloire à l’ancienne. Le problème étant que Doreen et les cuisinières ne s’entendaient pas. Et puis, bien sûr, elle n’avait pas beaucoup échangé avec une cuisinière non plus. Elle n’avait jamais eu à cuisiner pendant tout son mariage, et elle n’avait jamais cuisiné en grandissant non plus. Maintenant qu’elle était célibataire et indépendante, elle n’avait pas encore compris comment fonctionnait toute cette histoire de production de nourriture merveilleuse.
Mais, s’il y avait un moment pour se forcer à essayer, c’était maintenant. Parce qu’elle voulait désespérément une tasse de thé. Seulement si un double latte sans matière grasse ou un latte saupoudré de cannelle ne se trouvait pas à portée de main. Et, compte tenu de son manque de moyens financiers, ces cafés fantaisie ne lui seraient probablement plus jamais accessibles.
Elle sortit la drôle de bouilloire, appuya sur le bouton en haut pour ouvrir le couvercle et la remplit d’eau du robinet. Elle s’approcha de la vieille cuisinière et posa la bouilloire sur l’une des plaques. Elle étudia l’engin pendant un long moment, mais ne savait pas sur quel bouton appuyer pour allumer le brûleur en bas à droite. L’âge avait fait des ravages sur la cuisinière, effaçant toutes les inscriptions utiles — tout comme le reste de la maison, elle avait vieilli.
Elle devait juste expérimenter. Elle tourna les deux boutons du côté droit, là où elle avait mis la bouilloire. C’était sûrement intuitif. Malheureusement, l’odeur de gaz se fit immédiatement sentir. Elle remit les deux boutons en place et fit de même avec les deux autres à l’extrême gauche. Lorsqu’elle sentit à nouveau une odeur de gaz, elle éteignit rapidement ceux-là aussi.
De retour dans l’un des placards, elle sortit deux tasses de thé pour chercher plus loin à l’intérieur, puis sourit. Elle atteignit le fond et en sortit une bouilloire électrique brillante. Nan ne l’avait peut-être pas appréciée ou utilisée, mais Doreen était ravie. Elle la remplit d’eau et la brancha.
— Voilà qui est mieux.
Pour les deux femmes, l’heure du thé était un passe-temps très apprécié. Pourtant, il n’y avait aucune théière à portée de main. Du moins, elle n’en avait pas trouvé. Mais il y avait des tasses à thé. Elle en sortit une grande, puis trouva un tiroir rempli de sachets de thé différents et des boîtes pleines de feuilles de thé.
En étudiant les variétés, elle s’étonna de leurs noms, comme thé à la camomille et thé aux feuilles de pissenlit. Pourquoi quelqu’un voudrait-il verser de l’eau chaude sur des feuilles de pissenlit ? Les pissenlits étaient considérés comme de mauvaises herbes, le fléau des jardiniers de son mari. Elle ne comprenait pas. Mais elle aperçut une boîte de sachets de thé noir, et selon elle, c’était sa meilleure option. Elle en déposa un dans la tasse et attendit que l’eau bouille.
Adossée contre l’évier, elle ne voulait délibérément pas regarder par la fenêtre, car des policiers rampaient partout sur la propriété. Ce bel os venait bien de quelque part.
Comme elle l’avait découvert en arrivant en ville dans la matinée, Kelowna était une petite bourgade, et la région de Mission minuscule. De ce fait, comme l’avait expliqué Chester, le détachement de la GRC de Kelowna ne comptait que dix employés à temps plein. Elle était certaine qu’ils étaient tous ici, dans son jardin. Ils auraient sûrement bientôt fini. La propriété n’était pas si grande. Mais elle avait peur que, si elle sortait, avec sa chance, ce soit elle qui trouve le corps.
Et Arnold et Chester seraient encore plus suspicieux.
À côté d’elle, la bouilloire siffla. Elle fronça les sourcils quand le petit couvercle argenté claqua de haut en bas. Elle comprit que cela signifiait que l’eau bouillait. Elle versa de l’eau chaude dans la tasse à thé, qu’elle renifla de façon expérimentale. Ça sentait effectivement le thé, un bon vieux thé noir. Enhardie par ce simple succès, elle ouvrit la porte de derrière et avança sur la véranda.
