Pic a glace dans le lierre - Dale Mayer - E-Book

Pic a glace dans le lierre E-Book

Mayer Dale

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Beschreibung

Du luxe à la misère… Le chaos ne retombe jamais… Le temps efface la mémoire… Ou du moins, en partie !

Qui aurait cru que deux bouts de métal causeraient un tel chaos ? Doreen profite de quelques jours de tranquillité bien mérités après la résolution de sa dernière enquête. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, par exemple lorsque Thaddeus, son perroquet gris africain au caractère bien à lui déterre deux plaques rectangulaires au bord du ruisseau. Il n’en faut pas plus pour que Doreen se lance à la poursuite d’un nouveau lapin blanc du passé, reliant les points entre une société de réparation qui a fermé ses portes depuis longtemps et la disparition d’une jeune fille à la même époque.

Le brigadier Mack Moreau ne croit pas que ces événements aient un quelconque rapport. Il estime que la récente recrudescence de morts suspectes n’est qu’une coïncidence. Mack aimerait que Doreen se concentre sur les matériaux et l’analyse du coût que représente la rénovation de sa terrasse, et qu’elle laisse l’enquête entre ses mains. Mais comment est-ce possible, alors qu’elle sait qu’il se passe bien plus de choses que Mack ne le soupçonne ?

Crises cardiaques, testaments injustes, disparition d’un pic à glace… tout cela est intimement lié. Reste à démêler le pourquoi du comment…
 

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Veröffentlichungsjahr: 2022

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Sommaire

Première de Couverture

Page de Titre

Résumé du livre

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Chapitre 32

Chapitre 33

Épilogue

Des bijoux dans la genièvre

Note de l’auteure

À propos de l’auteure

Tous droits réservés

Résumé du livre

Un nouveau polar « cozy mystery », par Dale Mayer, auteure de best-sellers au classement du USA Today. Suivez les aventures de Doreen Montgomery, jardinière et détective en herbe, et de ses adorables assistants (un chat, un chien et un perroquet) dans leurs enquêtes criminelles dans la jolie ville de Kelowna au Canada.

Du luxe à la misère… Le chaos ne retombe jamais… Le temps efface la mémoire… Ou du moins, en partie !

Qui aurait cru que deux bouts de métal causeraient un tel chaos ? Doreen profite de quelques jours de tranquillité bien mérités après la résolution de sa dernière enquête. Mais toutes les bonnes choses ont une fin, par exemple lorsque Thaddeus, son perroquet gris africain au caractère bien à lui déterre deux plaques rectangulaires au bord du ruisseau. Il n’en faut pas plus pour que Doreen se lance à la poursuite d’un nouveau lapin blanc du passé, reliant les points entre une société de réparation qui a fermé ses portes depuis longtemps et la disparition d’une jeune fille à la même époque.

Le brigadier Mack Moreau ne croit pas que ces événements aient un quelconque rapport. Il estime que la récente recrudescence de morts suspectes n’est qu’une coïncidence. Mack aimerait que Doreen se concentre sur les matériaux et l’analyse du coût que représente la rénovation de sa terrasse, et qu’elle laisse l’enquête entre ses mains. Mais comment est-ce possible, alors qu’elle sait qu’il se passe bien plus de choses que Mack ne le soupçonne ?

Crises cardiaques, testaments injustes, disparition d’un pic à glace… tout cela est intimement lié. Reste à démêler le pourquoi du comment…

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Chapitre 1

Vendredi midi…

Trois jours. C’était tout ce que Doreen voulait : trois jours de paix et de tranquillité. Du moins, c’était ce qu’elle avait cru. Mais dès le deuxième jour à midi, elle s’ennuyait déjà mortellement. Elle avait sorti de la véranda l’une des chaises de café et l’avait placée sur sa petite terrasse, où elle pouvait rôtir au soleil avec une tasse de café à la main. Mais elle ne pouvait empêcher son pied de tressauter sur le pavement.

N’y tenant plus, elle bondit sur ses pieds.

— C’est ridicule, annonça-t-elle à Mugs, qui était étendu sur la terrasse au soleil à côté d’elle. On doit se mettre au travail. Sinon je vais devenir folle.

Elle descendit les marches de la terrasse, se demandant d’où venait cette énergie. La veille, elle s’était traînée dans la cuisine, s’efforçant de mettre toutes ses pensées aléatoires dans le bon ordre. Mais aujourd’hui ? Eh bien, elle était en pleine forme et prête à avancer.

Elle attrapa la pelle et se dirigea vers le jardin arrière pour commencer la section suivante du parterre de fleurs. Elle jetait de temps en temps des coups d’œil aux marqueurs encore sur sa pelouse qui indiquaient l’emplacement de l’agrandissement de la terrasse. Elle n’avait pas avancé dessus, bien sûr, car elle n’était pas seule à travailler sur ce projet ; c’était aussi celui de Mack. Un projet de cette taille était-il réalisable en un ou plusieurs week-ends ?

Aujourd’hui, c’était vendredi, et normalement elle devait jardiner chez Millicent, la mère de Mack, mais cette dernière lui avait de nouveau demandé de venir le lendemain, un samedi, à la place. Après des semaines de travail, le jardin de Millicent avait plutôt fière allure. Désormais, à moins que Mack et sa mère n’aient d’autres projets pour Doreen, il faudrait donc probablement environ une heure de désherbage hebdomadaire pour entretenir ce jardin. Elle ne voulait pas vraiment perdre l’argent qu’elle gagnait avec le jardinage, mais elle se sentait mal à l’aise à l’idée de facturer deux heures de travail si elle n’en faisait qu’une.

Au premier coup de pelle, elle sentit la satisfaction l’envahir. Elle adorait travailler sa propre terre. Elle adorait travailler chez elle. Elle se tourna vers Mugs pour constater qu’il n’avait pas bougé de la place ensoleillée où il était couché sur la terrasse.

— Tu deviens paresseux.

Mugs ouvrit les yeux, mais ne bougea pas. Elle aperçut Goliath étendu sur l’herbe derrière elle, sa queue fouettant l’air.

— Eh bien, au moins toi, tu es là, avec moi, dit-elle.

Elle se pencha, arracha une touffe de mauvaises herbes, la secoua puis la jeta sur le côté, créant un nouveau tas, et continua à travailler le long du côté droit de sa propriété. Puis elle s’arrêta lorsqu’elle réalisa qu’elle n’avait pas vu la moindre trace de Thaddeus.

Elle se retourna et regarda autour d’elle.

— Thaddeus ? Thaddeus, où es-tu ?

Doreen entendit un battement d’ailes et Thaddeus marmotta :

— Thaddeus est là. Thaddeus est là.

Elle fit volte-face à nouveau et le vit se dandiner vers elle en provenance du ruisseau.

— Tu sais que tu n’es pas censé aller au ruisseau tout seul, le réprimanda-t-elle. Pas alors qu’il est en crue.

Il se contenta de piailler et de battre des ailes. Elle pouffa.

— Comme si tu écoutais ce que je disais.

En regardant de plus près, elle aperçut quelque chose posé devant lui sur le sol.

— Qu’as-tu trouvé ?

Elle planta la pelle dans la terre et se dirigea vers lui. Mais, au lieu d’être coopératif, il ramassa le petit objet et fit un bond en arrière.

— Non, non, Thaddeus. On ne joue pas.

Mais Thaddeus refusait de l’écouter ; il était trop excité par ce qu’il avait trouvé.

Elle lui lança un regard noir, sachant que plus elle le poursuivrait, plus il risquerait de reculer ou de s’envoler.

Goliath la rejoignit, étudiant Thaddeus avec grand intérêt.

— Et tu n’es pas non plus autorisé à courir après lui, tança-t-elle sèchement Goliath.

Il lui lança juste un regard flegmatique, comme pour dire : « Sérieux ? »

À ce moment, Thaddeus se posa et les regarda tous les deux.

— Thaddeus, viens ici, dit Doreen en s’accroupissant devant lui.

Thaddeus recula. Goliath s’accroupit, comme pour bondir. Elle posa sa main sur le dos et le cou de Goliath et dit :

— On ne fait pas ça à ses amis.

Il émit un petit bruit étrange pour contrer ses propos.

Elle lui tapota doucement la truffe.

— Goliath, sois sage.

Thaddeus bondit en avant, comme s’il était prêt à lui donner ce qu’il avait dans le bec. C’était petit et en métal. Étonnamment, cela ressemblait à une étiquette.

— Tout va bien, Thaddeus, dit-elle en tendant la main.

Il la regarda, pencha la tête sur le côté, puis laissa tomber l’objet dans sa main.

Elle s’en empara avant qu’il ne puisse changer d’avis. Elle l’examina, notant les petites marques : on aurait dit une médaille ou l’étiquette de quelque chose.

— Je n’ai pas la moindre idée de ce que c’est, mais merci.

Elle le fourra dans sa poche, se releva et se remit à creuser. Mais cela attira les foudres de Thaddeus. Il cria contre elle :

— Thaddeus. Thaddeus.

— Qu’y a-t-il, Thaddeus ?

Il s’éloigna de quelques bonds. Elle fronça les sourcils, enfonça la pelle profondément dans le sol une fois de plus pour la caler, et fit encore quelques pas vers lui. Il se précipita vers le ruisseau.

— Oh, c’est mauvais ça, gémit-elle. Par pitié, dis-moi que tu n’as pas trouvé de cadavre.

Il lui jeta son habituel regard perçant et continua son chemin.

Elle se dirigea vers le chemin au bout duquel coulait le ruisseau, se délectant des bruits de l’eau. Elle s’enquit :

— Alors, qu’est-ce que tu regardais ?

Elle remarqua que Goliath et Mugs étaient silencieux lorsqu’ils la rejoignirent. Cela n’augurait jamais rien de bon.

Thaddeus sauta un peu plus loin, comme s’il voulait qu’elle le suive. À contrecœur, elle se dirigea vers le petit pont, où il sauta sur les lattes de bois.

— Thaddeus, sois prudent. Ce n’est toujours pas réparé.

Il la rassura :

— Thaddeus va bien. Thaddeus va bien.

Elle gloussa et, sous le regard attentif de Goliath et de Mugs, elle traversa prudemment le pont.

— Il faudra demander à Mack de nous donner un coup de main, déclara-t-elle. Je sais que ça appartient à la ville, mais cela ne les dérangera sûrement pas que nous réparions les planches cassées.

Comme elle avait déjà traversé le bois récemment, elle voulait éviter de tomber à travers une seconde fois. De l’autre côté du ruisseau, Thaddeus se dirigea vers le lac.

— Thaddeus, reviens, dit-elle. Je ne veux pas me promener pour l’instant.

Mais il persista en direction du lac, puis il finit par s’immobiliser.

— Tu m’inquiètes, Thaddeus, quand tu t’éloignes tout seul comme ça. N’importe quoi aurait pu t’arriver ici.

— Thaddeus est là. Thaddeus est là.

— Mais Thaddeus ne devrait être là que si je suis avec lui. C’est-à-dire, avec toi.

Elle arriva derrière lui et aperçut quelque chose d’autre briller, une autre petite médaille. Elle fronça les sourcils, se pencha, la ramassa et l’étudia. Mugs et Goliath s’approchèrent également pour y jeter un coup d’œil. Elle sortit ensuite la première de sa poche et annonça :

— Bizarre. Ce sont les mêmes.

L’une d’elles était légèrement plus grande, cependant.

Thaddeus sauta sur le pied de Doreen. Elle se pencha à nouveau, tendit la main, la paume vers le haut pour qu’il puisse monter dessus, puis se redressa et le laissa glisser jusqu’à son épaule.

— Je suis tellement contente que tu n’aies pas été blessé lors de ta chasse au trésor en solitaire.

Lorsqu’il se fut installé, il chantonna doucement et frotta son bec contre sa joue.

— Merci pour ces beaux cadeaux, murmura-t-elle, en gloussant alors qu’elle caressait doucement ses plumes.

Elle étudia les médailles avec curiosité.

— Qu’est-ce que c’est et qu’allons-nous en faire ?

Seulement, elle le savait déjà. Elles avaient probablement quelque chose à voir avec une nouvelle affaire, que Doreen soit prête ou non.

Mais elle avait parlé trop vite.

Alors qu’elle prenait le chemin du retour, Thaddeus solidement ancré sur son épaule, elle se tourna vers le pont pour s’assurer que Mugs et Goliath suivaient. Mugs la dépassa en courant et la bouscula. Cela avait été à peine un effleurement, mais c’était suffisant. Son pied buta contre le bord de la planche pourrie et elle s’effondra. Sa jambe troua le bois, alors qu’elle passait par-dessus bord dans le ruisseau bouillonnant.

— Bon sang ! s’écria-t-elle, agitant les bras agitant dans tous les sens, alors qu’elle tombait à moitié dans l’eau, tout en restant suspendue au bord de son petit pont, sa cheville et son mollet hurlant de douleur.

— Crô, cria Thaddeus, en tombant de son épaule pour atterrir sur le pont à côté d’elle ; avant de rajouter à cette humiliation en pépiant : Cadavre dans le ruisseau. Cadavre dans le ruisseau.

Se redressant avec précaution, elle dégagea avec précaution sa cheville blessée et sanguinolente, puis s’assit sur le bord du pont pour reprendre son souffle et évaluer les dégâts. Elle fit couler un peu d’eau du ruisseau sur sa blessure, et le saignement s’arrêta presque. « Ce sera gonflé demain matin », pensa-t-elle.

— Ouaf, ouaf, aboya Mugs à côté d’elle, en la regardant de ses grands yeux tristes.

— Je vais bien, Mugs, je t’assure. C’était une chute stupide. Ça ira.

— Ouaf, répéta-t-il, puis il secoua la tête, ses grandes oreilles s’envolant des deux côtés de sa tête.

Elle soupira et lui sourit.

— Ce n’était qu’une légère chute. Ce n’est pas ta faute.

Goliath renifla – ou était-ce un éternuement ? – à côté d’elle. Elle les rassura tous les trois.

— Je vais bien. Je vais me lever pour vous montrer.

Par bravade, elle se remit sur ses pieds et gémit de douleur. Elle frissonna en réalisant qu’une simple seconde à s’appuyer sur sa cheville l’avait fait tant souffrir, alors elle prit une pose de flamant rose sur sa bonne jambe. Se mordillant la lèvre, elle tenta de faire un petit pas avec sa jambe blessée, mais s’immobilisa pour grimacer et prendre longuement une profonde inspiration. La maison était juste là, mais elle n’avait jamais semblé si loin.

Ses options étaient limitées.

Mugs aboya à nouveau. Elle lui sourit.

— Je vais bien. J’y arriverai. Mais si tu pouvais me trouver un gros bâton, cela me faciliterait la tâche.

Il s’éloigna en courant au mot « bâton », et elle le regarda en saisir un petit, plus à sa taille qu’à la sienne, dans le jardin arrière. Elle gémit.

— Ce n’est pas tout à fait ce que je voulais dire.

Son téléphone sonna.

Soulagée qu’il ne se soit pas retrouvé dans la rivière quand elle était tombée, elle essaya de sécher rapidement sa main sur son pantalon, puis le sortit de sa poche. C’était Mack.

Dès qu’elle répondit, il s’écria :

— Où êtes-vous ?

Immédiatement, les cheveux sur sa nuque se hérissèrent à son ton.

— Pourquoi êtes-vous si méfiant ? demanda-t-elle.

— Vous n’avez pas répondu tout de suite.

Thaddeus s’envola jusqu’à son épaule et se pencha sur son téléphone en criant :

— Cadavre dans le ruisseau. Cadavre dans le ruisseau.

Silence.

— S’il vous plaît, dites-moi que cet oiseau plaisante, rugit-il.

— Il est… Eh bien, en quelque sorte.

Zut. Elle ne savait toujours pas mentir. Pas de façon convaincante du moins.

— En quelque sorte ? demanda-t-il d’un ton menaçant. Que se passe-t-il, Doreen ? Qu’est-ce que vous mijotez ?

Elle suffoqua d’indignation.

— Je ne mijote rien…

Et elle fit accidentellement porter son poids sur son pied blessé. Elle hurla immédiatement de douleur.

— Doreen, qu’est-ce que…

— Je vais bien. Je vais bien, dit-elle en essayant de respirer normalement. Seulement, ce n’est pas le bon moment.

— Qu’est-ce que vous voulez dire par « pas le bon moment » ?

— Je viens peut-être de tomber à travers ce petit pont qui enjambe le ruisseau.

— Peut-être ? Il prit une longue et profonde inspiration. Qu’est-ce que ça veut dire ?

— D’accord, je suis tombée, dit-elle avec mauvaise humeur, en écartant ses cheveux mouillés de son visage. Se tenir sur une jambe commençait aussi à faire mal. Et elle avait encore un long chemin à parcourir pour rentrer chez elle.

— Je suppose que vous n’avez pas de béquilles, n’est-ce pas ?

— Des béquilles ? Son ton devint immédiatement professionnel et il continua : Où êtes-vous exactement ?

— Sur le pont, dit-elle surprise. Je viens de vous le dire.

Elle secoua la tête.

— Vous devenez pire que Nan maintenant.

Il marmonna quelque chose qui la fit se redresser et fusiller son téléphone du regard.

— Ce n’était pas nécessaire.

Il renifla.

— Avec vous, ma chère, c’est parfois le cas. Restez où vous êtes. J’arrive.

— Non…

Mais il lui avait raccroché au nez – encore une fois.

Chapitre 2

Lundi en fin d’après-midi…

— Je vais bien, gronda-t-elle pour la énième fois, alors que Mack faisait le tour de la maison trois jours plus tard. Arrêtez de me dorloter.

Il répondit à son regard noir par un sourire.

— Qui aurait cru que vous seriez une patiente si difficile ?

Elle renifla avec agacement.

— Je ne suis pas une patiente. Je me repose juste.

— Oui, bien sûr.

Elle savait qu’elle devrait le remercier, mais il était difficile d’être reconnaissante alors qu’elle souffrait, et ce qui lui manquait vraiment, c’était son indépendance. Nan et Mack se relayaient à tour de rôle pour veiller sur elle, comme sur un enfant. Oui, c’était gentil, mais… elle était grognon. Même elle devait l’admettre.

Mack avait descendu son matelas et l’avait posé par terre dans le salon pour qu’elle évite les escaliers. Ce qui était pratique puisqu’elle n’avait plus de canapé à cet endroit. Il lui avait enfourné également tous les oreillers de la maison derrière le dos pour qu’elle puisse s’asseoir confortablement.

— C’est vous qui êtes tombée du pont, dit-il en sifflant.

— Je ne suis pas tombée, marmonna-t-elle, mais, ne voulant pas rejeter la faute sur Mugs, elle se dit qu’elle pouvait admettre que c’était sa faute.

— Plus que quelques jours. Ensuite, vous pourrez reprendre une vie normale.

Ses lèvres s’étirèrent lentement en un sourire.

— Vous pourrez reprendre vos bonnes habitudes et terroriser tout le monde dès jeudi. Ce n’est pas si long.

Il avait raison : quelques jours de plus n’allaient pas la tuer. D’autant plus que c’était Mack qui s’occupait d’elle. Maintenant que la douleur s’était atténuée, elle savait qu’elle ne tarderait pas à pouvoir se remettre debout. Elle préférait ne pas lui dire, mais elle avait réussi à se rendre plus facilement aux toilettes aujourd’hui.

— Ha, je sais que vous en profitez. J’espère que vous faites bon usage de mon absence pour rattraper votre retard, le gronda-t-elle. Vous savez que j’ai hâte de recommencer, n’est-ce pas ?

— C’est bien, dit-il doucement. En attendant, vous avez une télévision, des livres et du temps pour vous reposer – vraiment vous reposer. Alors profitez-en, insista-t-il. Vous avez été attaquée tellement de fois ces dernières semaines qu’il faut laisser votre corps se remettre.

Elle s’affaissa sur son lit. Sa cheville allait mieux, surtout lorsqu’elle reposait sur des oreillers, mais, à certains égards, Mack avait raison. Elle ne voulait tout simplement pas qu’il le sache.

— D’accord. Comme demandé, je ne ferai rien jusqu’à jeudi, mais après cela…

Il sourit.

— Après cela, vous vous mêlerez à nouveau de mes affaires. J’ai compris.

— Pff.

Elle fit une grimace alors qu’il se retournait et se dirigeait dans la cuisine. Mais il n’avait rien dit de plus que ce que Nan lui avait répété maintes et maintes fois ces derniers jours. Ainsi que le médecin. Soupir. Il lui avait dit de ne pas retourner au travail pendant une semaine complète et de ne pas s’appuyer sur sa jambe, si elle voulait guérir correctement. Elle s’était demandé si Mack n’avait pas contraint le médecin à dire cela, mais d’après ses recherches en ligne sur les entorses, les réponses avaient été similaires.

Elle gémit.

— Je m’ennuie.

— Non, c’est faux, cria Mack depuis la cuisine. Vous pourriez trouver de quoi vous occuper sur votre ordinateur sans problème.

— Mais je n’ai pas d’affaires sur lesquelles travailler, se plaignit-elle.

Il passa la tête à l’angle de la cuisine, lui lança un sourire narquois et répondit :

— Je sais.

— Je pourrais travailler sur l’affaire Bob Small, dit-elle en réfléchissant. Ce n’est pas comme si je pouvais faire grand-chose d’autre, mais je pourrais commencer à faire des recherches sur cette affaire, ou plutôt sur ces affaires. Car il y a beaucoup d’affaires, en réalité. C’était un tueur en série, après tout. Et toujours en fuite.

— Dommage que vous ne puissiez pas accéder à ce panier de coupures de presse que je ne descendrai pas pour vous, déclara-t-il d’une voix enjouée. Ce n’est pas du repos si vous enquêtez.

Son irritation d’être clouée au lit fondit dès qu’elle l’entendit dire « enquêter ». C’était comme s’il validait ses actions. Et c’était mieux que « se mêler des affaires des autres ».

— Le dîner est prêt, cria-t-il. Voulez-vous manger là-bas ou dans la cuisine ?

— Dans la cuisine, s’il vous plaît.

Elle attrapa les béquilles que Nan avait chipées quelque part (non, elle n’avait pas demandé où) et se dirigea vers la cuisine. Doreen s’arrêta, renifla l’arôme qui flottait dans l’air et s’écria :

— Des spaghettis !

— Tout à fait. Maintenant, asseyez-vous et relevez cette jambe, ordonna-t-il. Au moins, comme ça, vous aurez suffisamment de restes jusqu’à ce que vous soyez autorisée à remarcher.

Elle eut un sourire rayonnant et obéit immédiatement. Elle aurait fait n’importe quoi pour des spaghettis.

— Merci beaucoup pour les restes.

Il s’avança avec une assiette pleine de spaghettis et, ô joie… des boulettes de viande aussi.

— Oh mon Dieu, murmura-t-elle en regardant l’assiette avec ravissement.

— Vous savez qu’on dit que le véritable chemin pour toucher le cœur d’un homme passe par son estomac ? Je ne suis pas certain que ce soit le cas pour tous les hommes, mais c’est définitivement le cas pour vous.

Elle hocha la tête pour approuver mais ne perdit pas de temps à répondre oralement. Elle enfourna une moitié de boulette et quelques pâtes dégoulinant de sauce dans la bouche et ferma les yeux.

Il y eut un silence étrange. Elle rouvrit les yeux pour le trouver en train de la fixer. C’était une nouvelle expression sur son visage, mais elle était universelle.

Il reporta son attention sur sa propre assiette, rompant le charme de l’instant.

Mais il en faudrait plus à Doreen pour oublier le désir dans ses yeux.

Chapitre 3

Jeudi matin…

Oui, enfin la liberté ! Elle s’était réveillée de bonne heure, sachant qu’aujourd’hui était le jour J. Elle avait promis à Nan et Mack qu’elle serait sage et qu’elle ne solliciterait pas sa cheville jusqu’à aujourd’hui. Et elle ne savait pas pourquoi, mais elle ne pouvait jamais revenir sur sa parole une fois qu’elle l’avait donnée.

Mais aujourd’hui, c’était jeudi, et elle pouvait remarcher. Elle ne nota qu’une légère raideur dans ses mouvements, mais à part ça, tout allait bien. Elle irait doucement. Pas de jogging ni de longues balades pendant quelques jours. Elle s’y remettrait doucement.

Elle s’habilla et alla dans la cuisine. Elle devrait demander à Mack de remonter son matelas à l’étage la prochaine fois qu’il passerait. Elle nourrit ses animaux, ce qui les rendit tous très heureux. Sa première tasse de café en main, elle sortit sur le porche et se dirigea vers le bord de l’eau, se délectant de l’air frais et du bruit apaisant de l’eau, accompagnée par son trio tout aussi ravi d’être dehors. C’était une belle matinée ensoleillée et une journée absolument magnifique. Elle vit que son petit ruisseau s’était transformé en rivière vers l’embouchure du lac, et le niveau de l’eau était un peu plus haut qu’elle ne l’avait prévu. Et le courant beaucoup plus rapide, aussi.

Elle examina le petit pont et fronça les sourcils. Mack avait dû le réparer car les planches cassées avaient disparu. À bien y regarder, elles avaient toutes disparu. Le pont était flambant neuf. Elle sourit. Il avait dû faire ça cette semaine, pendant qu’il s’occupait d’elle. Elle se demanda comment il avait réussi sans faire de bruit. Elle devrait lui demander plus tard. Et le remercier.

Elle fit lentement demi-tour et retourna prudemment vers la table sur sa véranda, éprouvant sa cheville. « Tout va bien », pensa-t-elle. Puis elle s’assit et grimaça lorsque quelque chose s’enfonça dans sa hanche. Elle farfouilla dans sa poche pour trouver les bouts de métal que Thaddeus avait dénichés avant qu’elle ne tombe dans l’eau.

Elle les avait oubliés. Après que Mack l’eut ramenée à la maison, elle avait rapidement enlevé ses vêtements mouillés et Mack avait tout mis à laver. Elle avait porté des robes toute la semaine. Jusqu’à ce matin…

Au moins, les plaques étaient propres maintenant.

Sa tasse vide, elle retourna à l’intérieur, la remplit, puis ressortit et ramassa sa pelle. Son jardin lui avait manqué toute la semaine. Personne n’était venu désherber ses parterres. Et elle avait aussi celui de Millicent à faire le lendemain, si elle s’en sentait capable. Ce qu’elle avait déjà prévu. Après avoir désherbé un des parterres, elle vérifia la pression de la pompe de vidange dont les tuyaux serpentaient dans son jardin, mais ne vit pas d’eau qui aurait débordé. Rassurée, elle retourna à son jardinage. Elle contempla les deux petites médailles une fois de plus, puis les remit dans sa poche. Au moment où elle allait reprendre la pelle, son téléphone sonna.

— Bonjour, Nan.

— Seigneur, tu as l’air d’aller bien mieux, dit Nan. Tu es dehors ?

— Je me sens mieux aussi. Et, oui, je travaille dans le jardin.

— Eh bien, c’est beaucoup plus tranquille que d’attraper des voleurs et des meurtriers, déclara Nan. Ça te dirait, un thé ?

— Avec plaisir. Même si j’aime être dehors, je saute toujours sur l’occasion d’arrêter de travailler et de te rendre visite.

Nan éclata de rire.

— Je trouve que tu es un bourreau de travail. Mais viens donc. L’un des résidents a déposé un énorme panier de légumes. J’aimerais partager avec toi.

— Parfait. Je pars de la maison. Une courte promenade ne ferait pas de mal à ma cheville pour la détendre.

— Je mets l’eau à chauffer.

Nan raccrocha et Doreen baissa les yeux sur les deux animaux à ses pieds, puis jeta un regard en coin vers Thaddeus, toujours sur son épaule.

— Qu’est-ce que vous en pensez ? On va chez Nan ?

Elle ferma rapidement sa porte d’entrée à clé tandis que Mugs aboyait et se précipitait vers le ruisseau, se dirigeant vers le chemin qui les mènerait chez Nan. Goliath se plaça nonchalamment à côté d’elle, comme pour dire : « Eh bien, je n’ai rien de mieux à faire. » Thaddeus était heureux de chaque visite à Nan.

— Rendre visite à Nan. Rendre visite à Nan.

Souriante, Doreen redescendit le long du ruisseau, admirant l’eau qui bondissait à côté d’elle. La berge était encore à plusieurs dizaines de centimètres au-dessus, même si l’eau engloutissait les rochers. C’était tout simplement magnifique. Elle regarda en arrière vers l’endroit où se trouvait la vieille clôture miteuse du côté du ruisseau de sa propriété, se demandant à nouveau ce qu’il faudrait pour y installer un banc. Elle n’avait pas de vraies chaises de jardin ni de mobilier d’extérieur qui puissent résister au soleil comme aux intempéries, mais ce serait bien d’avoir quelque chose pour s’asseoir à côté du ruisseau, où elle pourrait prendre son café. Au moins assez longtemps pour se détendre et prendre un peu de repos. Il y avait quelque chose de délicieux dans la lumière du soleil jouant sur l’eau qui s’écoulait à côté d’elle.

Elle longea le ruisseau, tourna à l’angle du chemin et se dirigea vers Rosemoor. Nan vivait là-bas depuis qu’elle avait cédé sa maison à Doreen et cette dernière venait lui rendre visite régulièrement. Tant de choses s’étaient passées au cours des quelques mois depuis son installation à Kelowna, en Colombie-Britannique ! Pas seulement les affaires non résolues dans lesquelles elle avait été impliquée, mais aussi la vente des antiquités de Nan, le vidage de la maison. Pourtant, il faudrait encore des mois et des mois avant que tout soit vendu, que les transactions soient conclues, et qu’elle reçoive un chèque de Christie’s.

Avant que la maison des enchères ne puisse tout vendre, certains meubles devaient être remis en état. Certains tableaux avaient besoin d’un nettoyage professionnel intensif. Tout était retapé et prêt à être photographié pour les catalogues, mais Scott l’avait prévenue que cela risquait de prendre plus que les trois mois (au plus tôt) qu’il lui avait initialement indiqués. Tant qu’elle s’en sortait financièrement, cela ne la dérangeait pas d’attendre trois mois, voire quatre.

Mais si cela prenait plus de temps, elle n’en était plus sûre. Jusqu’à présent cependant, tout s’était bien passé, et elle était satisfaite de la façon dont les choses s’étaient déroulées. Sa maison était pratiquement vide. Elle avait retapé les derniers meubles. Elle devait se débarrasser d’un vieux lit dans la chambre d’amis. Pendant qu’elle y pensait, elle sortit son téléphone et nota de contacter Mack pour l’emmener à la décharge. Pendant qu’elle avançait, Mugs se mit à aboyer. Il renifla et accéléra le rythme pour la dépasser en courant, et elle leva les yeux pour voir Nan, debout au bord de son petit patio, l’attendant avec les animaux.

Chapitre 4

Jeudi, juste avant midi…

Doreen leva la main en guise de salut et sourit en rangeant à nouveau son téléphone dans sa poche. Nan fit un signe de la main en se penchant pour caresser Mugs, qui avait accouru pour la voir. Goliath s’approcha, moins enthousiaste ou enclin à montrer son affection, et pourtant son amour pour Nan était évident. Cela faisait du bien à Doreen de voir à quel point les animaux aimaient Nan. Et elle pensait que cela faisait aussi probablement beaucoup de bien à Nan. De qui se moquait-elle ? Ces animaux lui faisaient également beaucoup de bien, à elle directement. Rien de tel que de se savoir aimée. Sans parler du fait que la relation entre Nan et Doreen aussi se renouait merveilleusement ces temps-ci. Elles s’étaient éloignées au fil des ans, principalement parce que Doreen avait grandi avec sa mère, puis à cause de son mariage désastreux.

Elle s’avança sur les dalles, puis enjamba le petit rebord menant au patio de sa grand-mère, avant de se pencher pour faire un câlin à cette adorable femme.

— Je suis si heureuse de te voir, dit doucement Nan.

— Moi aussi, dit Doreen avec un sourire.

— Comment va ta dernière blessure ?

Doreen haussa les épaules.

— Ça va. J’ai encore un bleu. En vrai, je l’oublie jusqu’à ce que je le cogne.

— Peut-être, mais tu dois prendre soin de toi, gronda Nan.

— D’accord, promit Doreen.

Elle s’assit à la petite table pendant que Nan s’occupait de Thaddeus, qui avait sauté au bas de l’épaule de Doreen et avait traversé la table pour saluer Nan. Il semblait fasciné par les gâteaux qui attendaient les humains sur la table.

— Tu as parlé de légumes, déclara Doreen avec un petit rire, alors qu’elle avisait une assiette remplie de biscuits. Et ces cookies sont monstrueux.

— Comme ça, si tu n’en prends qu’un, rétorqua Nan, tu manges vraiment quelque chose. Tu n’en as pas besoin de plus.

— Alors tu essaies de tromper ton cerveau. C’est l’idée ?

— Peut-être, mais quand tu ne manges qu’un seul cookie et qu’il est petit, c’est déprimant.

— C’est contre-productif de faire des cookies qui ont la taille de quatre cookies assemblés, quelle que soit la raison pour laquelle on t’a dit de n’en manger qu’un. Ce n’est pas vraiment la bonne réponse.

— Peuh, fit Nan avec un geste de la main. Qu’est-ce qu’ils en savent, ces diététiciens, de toute façon ?

Elle prit un cookie et le tendit à Doreen.

— Fais-toi plaisir.

Tandis que Nan versait le thé, Doreen accepta le gros biscuit et le regarda avec fascination.

— Comment peut-il garder cette forme ? s’enquit-elle. Cette chose doit faire douze centimètres de diamètre.

— Si tu ne peux pas tout manger, tu pourras le remporter chez toi, déclara Nan.

— Je pensais qu’on allait le partager.

Doreen levait un regard horrifié vers Nan.

— Non, dit Nan avec un sourire. J’ai mon propre cookie.

Elle désigna son assiette de l’autre côté du vase de fleurs, où l’attendait un autre gros biscuit, exactement le même que celui de Doreen.

Doreen gloussa.

— Tu es incorrigible, la réprimanda-t-elle légèrement.

Nan sourit.

— Nous sommes complices. Et je l’ai bien mérité, à mon âge : un cookie est un cookie.

— Pas s’il est l’équivalent de cinq cookies, s’exclama Doreen en regardant le monstre devant elle.

Le problème était qu’elle le regardait avec une joie absolue.

— Je veux vraiment ce cookie, mais j’espère qu’à mi-chemin je serai rassasiée.

Nan éclata de rire.

— Mais tu sais ce que c’est, quand tu commences à manger un cookie. C’est difficile de s’arrêter.

— Non, tu m’as déjà dit que je pouvais le remporter à la maison, si je ne le finissais pas, répondit Doreen, alors c’est ce que je vais faire.

Nan gloussa.

— On verra ça.

À ces mots, Thaddeus s’approcha et baissa la tête vers son biscuit.

— Je suis presque sûre que tu n’as pas le droit de manger de chocolat, lui dit-elle.

Mais un morceau de noix dépassait d’un côté. Elle le rompit et le lui donna.

Il l’attaqua avec grand plaisir.

— C’est une très mauvaise habitude, le gronda-t-elle.

Thaddeus contempla son cookie alors qu’elle le portait à ses lèvres.

— C’est tout ce que tu auras, lança-t-elle.

Thaddeus ébouriffa les plumes de son cou et s’exclama :

— Thaddeus est là. Thaddeus est là.

— Sois sage, dit-elle, ou je te mets par terre avec les autres.

En réponse, il s’accroupit pour laisser pendre les plumes de sa queue par-dessus le bord de la table. Elle rit, regarda Nan et dit :

— Nous avons créé des monstres, toi et moi.

Nan rit en retour.

— Et je les aime tous autant qu’ils sont.

Elle ajouta un peu de lait dans leurs deux tasses de thé et interrogea Doreen :

— Tu as récupéré de cette dernière affaire ?

— J’ai demandé trois jours de paix et de tranquillité, déclara Doreen en riant. Et d’une manière ou d’une autre, j’ai eu près d’une semaine après être tombée de ce stupide pont. Alors oui, je dirais que j’ai récupéré. En fait, je me sentais tellement bien ce matin que j’ai recommencé à bêcher le jardin.

— Tu n’aurais pas dû, la gronda Nan. Tu as besoin de temps pour guérir cette cheville.

— Je me serais arrêtée si j’avais eu mal et ce n’était pas le cas. Je pense que ma cheville va mieux maintenant.

Elle enfonça la main dans sa poche et sortit les deux petites plaques en métal qu’elle posa sur la table.

— En plus, j’ai trouvé un nouveau puzzle. Le jour où je suis tombée, Thaddeus m’a apporté ça. Ils étaient dans ma poche, mais je ne les ai retrouvés qu’après avoir lavé et remis ce pantalon aujourd’hui.

Nan les saisit et les examina avec surprise.

— Oh mon Dieu, je connais quelqu’un qui faisait ce genre de choses.

— Faisait quoi ?

— Ceci est une date, dit-elle, et ça, c’est un nom.

— Qu’est-ce qu’il veut dire ? « Kelowna quelque chose » ou un truc du genre ? interrogea Doreen. J’ai cru que c’était une entreprise.

— Eh bien, en quelque sorte. Mais pas vraiment non plus. Il réparait et affûtait des outils et des trucs comme ça. Il faisait confectionner ces petites plaques de métal en étain, et il les estampillait de sa marque et de la date. C’est drôle que Thaddeus en ait trouvé.

Elle leva les yeux de la médaille.

— Où les a-t-il trouvés ?

— Il m’en a apporté une, donc je ne sais pas où il l’a trouvée. Puis il m’a guidée vers l’endroit où se trouvait la deuxième. J’imagine que c’était au même endroit que la première, de l’autre côté du ruisseau, vers le lac.

— Intéressant.

Nan reposa les deux petites plaques de métal devant Doreen.

—Quelque chose qui m’interpelle, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

Doreen hocha la tête et se remit à grignoter son biscuit et à boire son thé. Elle avait espéré que voir les médailles aiguillerait les souvenirs de Nan dans la bonne direction, mais parfois la mémoire de sa grand-mère n’était pas très bonne. Au bout d’un moment, Doreen demanda :

— Comment vas-tu ce matin ?

Nan sourit.

— Comme toi, je m’ennuie. Toute l’excitation de ta dernière affaire est retombée, alors il est temps d’en trouver une nouvelle.

Doreen gémit.

— Je ne pense pas, répondit-elle. Je suis à peu près sûre que Mack estime que je lui ai causé suffisamment de problèmes.

— Tu as résolu plusieurs meurtres. Et c’était nécessaire. Qui eût cru que nous avions tant de criminels dans cette ville ?

— Qui l’eût cru ? répéta Doreen avec un hochement de tête. Tu m’avais dit de venir m’installer « dans la paisible ville de Kelowna pour me détendre et panser mes blessures dans cette ville calme ». Et pourtant, me voilà en plein chaos.

Nan gloussa.

— Je ne m’excuserai pas. Je suis trop heureuse de t’avoir près de moi.

Doreen éclata de rire.

— Tant mieux, parce que je me serais terriblement ennuyée sans toutes ces affaires. Elles m’ont… J’aimerais dire qu’elles m’ont évité les ennuis, mais c’est plutôt l’effet inverse. J’ai eu des ennuis avec chacune d’entre elles, mais elles m’ont occupée.

— Et tu as fait tellement de choses, approuva Nan, rien qu’avec la maison !

Doreen éclata de rire.

— Scott m’a dit qu’ils devaient réparer quelques meubles et que les peintures devaient être nettoyées par des professionnels.

Nan hocha la tête, comme si elle s’y attendait.

— Ils veulent exposer les meubles et les œuvres d’art sous leur meilleur jour. Tu n’obtiendras pas le meilleur prix, lorsqu’ils mettront tes objets aux enchères, à moins qu’ils ne soient dans un état impeccable.

— Ça ne m’avait pas effleuré l’esprit, déclara Doreen, mais cela signifie que le versement pourrait prendre du retard.

— Il prend toujours du retard, acquiesça Nan, en tendant la main pour tapoter celle de Doreen. Lorsqu’ils te disent trois mois, double automatiquement.

Doreen gémit.

— C’est ce que je craignais.

— Ça va, niveau finances ?

Doreen haussa les épaules.

— Ça ira. Enfin, j’ai pensé à utiliser une partie de mon argent pour faire des réparations, comme refaire le porche à l’arrière. Mais je ne veux pas gaspiller cet argent, si je ne sais pas quand sera la prochaine rentrée.

— Tu as raison, déclara Nan. Tu as encore un peu d’argent dans le bol, ou tu l’as apporté à la banque ?

— Non, je ne l’ai pas encore déposé à la banque. Je veux en garder une partie à la maison. J’ai encore le liquide que tu m’as donné la dernière fois. Je m’en suis plutôt bien sortie jusqu’à présent. J’ai fait quelques courses, payé quelques factures, et ça m’a fait du bien de les payer aussi.

— N’est-ce pas ? dit Nan. Certains des résidents ici auraient pu t’aider en guise de remerciement.

— La plupart des gens ne savent pas s’ils doivent me remercier ou me demander de quitter la ville, déclara honnêtement Doreen. J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière.

— En particulier avec Darren.

— Je sais. Entre son grand-père qui fait tellement de bêtises à Rosemoor que l’administrateur doit appeler Darren directement, et son emploi de flic sous les ordres de Mack, j’imagine que Darren a deux fois plus de mal quand je résous une affaire. Et c’est toujours en cours.

— Peut-être, admit Nan, mais je suis sûre que tout le monde sera beaucoup plus heureux de savoir que tous ces meurtriers ont été arrêtés et que toutes ces pauvres victimes ont été retrouvées, afin que les familles puissent connaître la vérité, faire leur deuil et passer à autre chose.

— Je ne peux qu’imaginer, dit Doreen, parce que faire le deuil d’un être cher parti trop tôt doit être terrible.