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La nature est un livre ouvert, un fruit offert qui ne demande qu'a se transformer en paradis, pour peu qu'on en comprenne les lois et qu'on les respecte. La nature est dotée de cette formidable capacité de mettre de l'ordre dans la diversité, on appel cela l'harmonie. Nous façonnons le monde tel que nous le concevons. Si la jungle était réellement ce milieu hostile et sans pitié soumis à la loi du plus fort, alors la forêt ne serait qu'un champ de bataille qui se transformerait très vite en champ de ruine. On évolue pas vers la diversité et l'abondance en procédant par élimination. Nous avons tous la faculté d'embellir le monde par la juste expression de qui nous sommes. Il suffit pour cela de poser un regard nouveau sur le monde, un autre regard sur nous-mêmes. Composer avec la nature plutôt que lutter contre elle, c'est comme passer du jardinier dictateur au jardinier compositeur et chef d'orchestre, c'est passer de l'ordre à l'harmonie. Pour basculer de la dégradation à la régénération, nous avons juste besoin que nos consciences s'éveillent. Victor Hugo a dit :"Rien n'est plus fort qu'une idée dont le temps est venu". Aujourd'hui nous pensons devoir nous soumettre à l'ordre, l'harmonie est l'évidence de demain.
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Seitenzahl: 274
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Introduction :
1. La nature et ses lois
Un monde à notre image
L’homme un être artificiel ?
La loi de la jungle et la sélection naturelle
Du chaos à l’harmonie : l’organisation du vivant
La loi de la concurrence : gazelles et lions
La genèse d’un sol
Une société dominée par l’ordre
Labour et brûlis
La transition
Les arbres communiquent
L’individu est vivant, mais il n’est pas la vie
La nature évolue par cycles
Changement de perspectives
Les peuples racines
2. Un monde aux deux visages
Un monde aux deux visages
Le partage et l’échange
De la gestion d’un stock à l’optimisation du flux
D’une nature sauvage au monde civilisé
3. La quête d’un idéal
L’enfer est pavé de bonnes intentions
La paix
Ces bactéries qui nous veulent du bien
Du problème à la solution : l’exemple de l’eau
4. Construire la société de demain
Crise économique ou économie de crise ?
Le sens de l’économie
La loi du marché (Adam Smith)
Le sens commun
Public privé
Autonomie et relations aux autres
5. Les moyens de nos ambitions : la monnaie
Valeur de l’argent ou valeur des choses ?
Le sens des valeurs : la valeur de l’argent
D’où vient l’argent ?
La création monétaire
L’Inflation
6. Le partage de la connaissance
La recherche
La science à la rescousse
Le pouvoir de la science
Quand la science perd la raison
La poule aux œufs d’or
7. Retour sur terre
Trouver sa voie : de la survie à la réalisation
Gérer l’abondance
Se réaliser
Rêvons un peu
Soyons réalistes
À propos de ce livre
8. Les clefs pour un monde durable
— Comment elle fait la nature ?
— Elle vit.
— Ah…
Mais les animaux, les plantes, les rochers, les étoiles, les galaxies, ils ne parlent pas, alors comment font-ils pour se mettre en harmonie ?
— Ils vibrent, ils vibrent ensemble, ils vivent ensemble …
Épidémie, crise climatique, crise migratoire... Il ne s'agit plus d'alerter sur les dangers à venir, la crise est là et ne fait plus débat. Nous ne sommes pas face à une menace, mais bien en présence de l’incendie. Le réchauffement climatique est une réalité dont certains peuvent encore se réjouir, le temps des vacances. Les ours polaires ne sont pas à la fête, les agriculteurs non plus. La plus grande extinction de masse se déroule en ce moment même, à une vitesse vertigineuse à l’échelle de la planète, mais encore trop lentement pour nos yeux, habitués à un monde qui bouge.
Nous ne sommes pas en présence d'une catastrophe ponctuelle comme un tsunami ou une attaque terroriste, mais bien confrontés à un risque d’effondrement global1. Les tempêtes sociales qui se succèdent un peu partout dans le monde nous montrent avec violence que notre économie n’est plus capable de répondre aux aspirations de la population. Une économie, qui épuise toutes ses ressources sans pour autant parvenir à répondre aux besoins de ses citoyens, montre que notre système est à la fois inefficace et dangereux. Notre société court à sa ruine, mais lutter contre le problème n’est pas la solution. Comme dirait Bernard Weber : « Ne t’attaque pas au système, démode-le ! ». Si nous voulons changer de cap, il faut proposer une alternative.
– Comment une société qui se veut moderne, civilisée et intelligente a-t-elle pu en arriver à un tel niveau de désolation ?
La sonnette d’alarme a été tirée depuis fort longtemps. Le constat d’échec n’est plus à faire. Même les enfants savent que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. La grenouille, qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, est en train d’éclater. La raison a changé de camp : on ne peut plus qualifier les écolos de doux rêveurs idéalistes ; le concept de croissance est une utopie, ses artisans des irresponsables.
Nous devons changer de trajectoire, nous pouvons changer le monde. Ce n’est pas une utopie, c’est une nécessité, c’est un idéal.
– Faut-il pour autant sacrifier notre prospérité pour sauver la planète ?
Paradoxalement, on peut dire que c’est au moment où l’espèce humaine atteint le sommet de sa puissance qu’elle se trouve la plus menacée. La crise, les crises auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui sont d’une ampleur sans précédent. Ce n’est pas seulement l’espèce humaine qui est concernée, mais l’ensemble de l’écosystème planétaire. Des centaines d’espèces disparaissent pour toujours. Notre impact est si fort que nous parvenons même à modifier le climat. Nous sommes littéralement en train de détruire la planète qui nous abrite ; c’est un fait et c’est la conséquence directe de nos actes.
Une crise n’est rien d’autre qu’une rupture d’équilibre, une période d’instabilité. Sa conséquence est de provoquer (ou de permettre) le changement. Ces crises ne sont pas arrivées par hasard. Nous sommes directement responsables de la plus grosse extinction de masse que la terre n’ait jamais connue. Des milliards d’êtres vivants meurent chaque jour à cause de nous.
Nous en sommes responsables, mais cela ne signifie pas pour autant que nous avons souhaité en arriver là. Personne ne vient au monde avec l’envie de détruire ou de tuer son prochain. Nous ne l’avons certainement pas programmé délibérément, mais c’est pourtant ce que nous faisons, il faut que nous en soyons conscients.
Ce comportement est la résultante de nos schémas de pensées, de nos conditionnements, de nos habitudes, de notre manière de concevoir le monde.
Si des hommes se regroupent pour fonder une civilisation, c’est avant tout pour rassembler des compétences et pour construire ensemble. Malheureusement, nous ne pouvons que constater que les pays modernes, développés, industrialisés et numérisés fonctionnent actuellement sur le mode de la destruction massive.
L’Égypte antique, berceau des civilisations, est née du regroupement autour du Nil de tribus venues d’horizons divers. Nous profitons encore aujourd’hui de l’héritage qu’ils ont laissé.
– Qu’allons-nous léguer à nos enfants ? Quels souvenirs laisserons-nous dans les mémoires ?
Ce que nous appelons le progrès, les découvertes médicales, scientifiques, techniques n’ont pas été développées pour détruire, mais pour nous permettre de satisfaire nos besoins, pour augmenter notre espérance de vie, pour rendre notre existence plus sereine, mais aussi pour léguer un monde meilleur à nos enfants.
Les civilisations se créent par le regroupement de peuples, unis par l’intention de construire, contrairement à ceux que nous appelons les barbares, qui étaient des peuples avides, vivant du pillage, ne laissant derrière eux que champs de ruines et désolation.
– Les pays civilisés ont-ils basculé dans la barbarie ?
Nous avons bâti une société et aujourd’hui, nous ne pouvons que constater qu’elle ne tient pas ses promesses. Lorsque l’on entreprend des projets et qu’au bout du compte on s’aperçoit que les conséquences de nos actes se révèlent totalement différentes de ce que l’on avait anticipé au départ, qu’est-ce que cela signifie ?
– Tout simplement que l’on s’est trompé !
Lorsque l’on fait fausse route, il faut savoir regarder en arrière et rebrousser chemin. Il n’est pas facile de reconnaître ses erreurs. Cela demande beaucoup d’humilité, mais s’entêter sur la même voie ne peut qu’aggraver la situation et intensifier les crises. L’avenir peut paraître bien sombre. Une crise est une période d’incertitude. Elle nous ébranle dans nos certitudes, elle nous oblige à nous remettre sincèrement en question. Les crises nous invitent à retourner à l’essentiel, à nous remettre en quête de sens.
— Qu’est-ce qu’une société ? Que signifie être civilisé ? Sur quoi se fonde une civilisation ?
— Sommes-nous plus évolués que la nature ? Qu’est-ce qu’un organisme ? Qu’est-ce que la vie ? Comment évolue-t-elle ?
— Est-il encore possible d’inverser le cours des choses ? Peut-on basculer de la dégradation à la régénération ?
— Comment retrouver le chemin de notre évolution ?
— Comment retrouver le chemin du progrès ?
Clef n°1 : La construction d’un monde meilleur commence par la conception d’un avenir désirable.
1 Effondrement : Processus à grande échelle, à l’issue duquel les besoins de base de la population (eau, alimentation, logement, transport, énergie, etc.) pourraient ne plus être fournis à une majorité de la population ?
Dans les années 70, deux australiens, Bill Mollison et David Holmgren, ont mis au point les principes de la permaculture après avoir fait la constatation suivante :
Dans la nature, un terrain laissé à l’abandon évolue spontanément vers un milieu de plus en plus diversifié et abondant, grâce au sol et à la forêt qui s’y développent. L’activité humaine, au contraire, parvient à réaliser la prouesse de transformer une forêt en désert tout en cherchant pourtant à implanter des cultures.
« La permaculture est une méthode systémique et globale, qui vise à concevoir des systèmes, en s’inspirant de la nature. Elle n’est pas une méthode figée, mais prend en considération la diversité de chaque système » (Wikipédia).
— La nature s’améliore spontanément avec le temps. Sommes-nous capables d’en faire autant ?
— La dégradation de notre milieu est-elle une fatalité, une constante de l’espèce humaine ?
— Notre seul recours serait-il de laisser faire la nature et de revenir progressivement à l’état sauvage ?
Fort heureusement non !
La nature tend naturellement vers la diversité et l’abondance (Image de Eko Pramono de Pixabay)
Diversité et abondance ne sont pas incompatibles avec l’activité humaine. L’étude de la flore et de la faune, au travers notamment des pollens, a pu montrer qu’un pic de diversité a été atteint dans un passé encore très récent. En effet, à la fin de l’ère préindustrielle, la biodiversité de nos campagnes européennes était très importante, plus importante même qu’il y a quelques milliers d’années [1].
À cette époque, la présence de champs cultivés bordés de haies vives, alternant avec des espaces boisés, offraient le gîte et le couvert à une faune et une flore bien plus abondante et avec une plus grande diversité que lorsque l’Europe était encore recouverte de forêts primaires.
Non, l’activité humaine et la biodiversité ne sont pas incompatibles. Au contraire, une agriculture intelligente peut même contribuer à recréer des espaces plus riches et plus diversifiés, capables de rivaliser avec les espaces sauvages. A condition pour cela, d’en avoir compris les principes de fonctionnement et d’en tenir compte. La nature est un livre ouvert. La solution se trouve sous nos yeux, il suffit d’observer. Nous pouvons basculer de la dégradation à l’aggradation. Il est encore possible d’inverser le cours des choses, à condition de trouver des solutions pour produire avec la nature et non contre elle. Comme dirait Gunter PAULI : « Soyons aussi intelligents que la nature » [2]. Nous pouvons concevoir un nouveau modèle qui ne soit plus destructeur de son milieu, mais réparateur.
Clef n°2 : La nature évolue spontanément vers la diversité et l’abondance.
L’ordre parfait d’un côté, un paysage que l’on peut qualifier d’harmonieux de l’autre.
Si on compare un champ cultivé de manière conventionnelle avec un espace naturel, on ne peut qu’être frappé du contraste existant entre les deux. D’un côté, le spectacle d’un ordre parfait : une seule espèce de plantes parfaitement alignées et espacées et de l’autre un milieu qui n’est ni ordonné ni désordonné, mais plutôt un ensemble composé d’éléments divers et variés que l’on pourrait plutôt qualifier d’harmonieux.
Ce que nous produisons et ce que la nature produit « naturellement » c’est-à-dire spontanément, sont deux choses différentes.
Nous qualifions d’ailleurs comme « artificiel » ce qui a été façonné par l’homme, par opposition à ce qui est « naturel ». C’est un peu comme si nous n’appartenions pas à la nature ou plutôt comme si nous nous considérions nous même comme des étrangers.
Quelles sont ces lois que la nature met en œuvre pour mener à l’harmonie ?
Quels sont les mécanismes qui caractérisent notre façon de faire ? Sur quels concepts reposent-ils ?
En quoi sommes-nous si différents. L’homme « civilisé » peut-il réellement s’affranchir des lois de la nature pour imposer ses propres règles ?
Culture de riz face au mont Fuji-Yama au Japon.
Clef n°3 : Les lois de l’homme ne sont pas les lois de la nature.
Quelle perception avons-nous du milieu naturel ? Personnellement lorsque je pense « lois de la nature », les premières choses qui me viennent à l’esprit sont des notions comme celle de « loi de la jungle » ou de « sélection naturelle ».
Dans son livre publié en 1859 au début de l’ère industrielle « De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle », Charles Darwin a fortement influencé la pensée moderne en tentant une explication rationnelle et scientifique portant sur des sujets qui jusqu’alors relevaient plutôt du domaine philosophique ou religieux.
Il y défend la thèse selon laquelle « La vie est une lutte perpétuelle » et l’évolution serait basée sur : « la persistance du plus fort et l’élimination du plus faible »2.
Sur la base de ces travaux, durant presque tout le XXème siècle les scientifiques ont admis que les forces principales qui structuraient les relations entre espèces vivantes étaient la compétition et la prédation.
Cette conception des lois du vivant a malheureusement eu pour conséquence de nous imposer l’image d’un milieu naturel ultra concurrentiel où chaque individu devrait lutter en permanence pour sa survie.
La nature vue sous cet angle serait vécue comme un milieu hostile et menaçant. Le monde sauvage serait un lieu ultra concurrentiel où il faudrait toujours être le plus fort pour ne pas se faire manger. « Manger ou être mangé ?Telle est la question. » Comme aurait pu dire Shakespeare.
L’évolution, quant à elle, serait le fruit du hasard : la génétique produirait, par mutations ou par « erreurs » des « nouveautés ». De ces « malformations », la sélection naturelle ne garderait que les meilleurs éléments. De génération en génération seuls les plus forts et les mieux adaptés seraient capables de se reproduire et de survivre. La nature serait ainsi une sorte d’arène où de nouvelles espèces, nées au hasard de la génétique seraient jetées régulièrement pour y être confrontées aux autres.
Cette présentation de la théorie de l’évolution proposée par Darwin peut paraître un peu caricaturale et simplifiée, mais elle n’est sans doute pas très éloignée d’une certaine idée que nous nous faisons encore de cette nature dite « sauvage ». Cette façon de voir les choses est certainement encore très présente dans notre inconscient collectif. Insidieusement, elle influence notre manière de penser et d’agir.
La loi de la jungle : une certaine conception de la nature sortie tout droit de notre imaginaire, incarnée par le mythe de Tarzan.
(Photo : Tarzan The Ape Man, affiche du film de 1932).
Si la jungle était réellement cet environnement hostile et sans pitié, soumise à la loi du plus fort, alors la forêt ne serait qu’un champ de bataille.
Un champ de bataille est incapable d’évoluer vers la diversité et l’abondance, Il est incapable d’engendrer ce biotope luxuriant et diversifié que nous connaissons. Le champ de bataille ne peut que se transformer en champ de ruines.
Le champ de bataille ne peut engendrer qu’un champ de ruines. (Image Free Photos de Pixabay).
Clef n°4 : On n’évolue pas vers la diversité et l’abondance en procédant par élimination.
2 Charles DARWIN « The origin of species by mean of natural sélection, or the preservation of favoured races in the struggle of life » publié en 1859.
Si nous sommes sensibles à la beauté d’un paysage, c’est parce que nous percevons intuitivement l’ordre qui règne en son sein, l’harmonie qui s’en dégage. C’est une caractéristique du vivant que d’être capable de s’organiser. On qualifie d’ailleurs les êtres vivants d’organismes, les organismes vivants.
La nature n’est pas chaotique. Elle n’est pas ordonnée comme du cristal non plus, la nature est harmonieuse. Cette capacité d’organisation, de mise en ordre est à l’essence même de la vie.
— Qu’est-ce que l’harmonie ? Par quel mystère la nature parvient-elle à se mettre en ordre pour atteindre un tel niveau d’organisation ?
Pour comprendre ce processus qui permet à la nature de s’organiser pour prendre forme reprenons les choses depuis le début, là où tout a commencé :
On peut distinguer dans la nature trois grands principes d’organisation : le chaos, l’ordre et l’harmonie.
— Au commencement était le chaos…
Dans le chaos, il y a tout, mais on ne voit rien, car tout y est mélangé. Alors pour y voir plus clair, il faut commencer par y mettre de l’ordre. C’est ce que fait par exemple le prisme avec la lumière blanche. La lumière blanche contient toutes les couleurs, pourtant on n’en voit aucune. Le prisme, en filtrant la lumière, va révéler les couleurs de l’arc-en-ciel.
– Qu’a fait le prisme ?
En passant au travers du prisme, les longueurs d’onde de la lumière ont été séparées, triées, puis rangées par ordre de taille. De la plus grande à la plus petite, de l’infrarouge à l’ultraviolet. Ce classement, cette mise en ordre va permettre de les comparer. Chacun va ainsi se distinguer de son voisin. Les bleus d’un côté les verts de l’autre. Petit à petit, en rapprochant tout ce qui se ressemble ensemble, des subtilités vont apparaître, des nuances de plus en plus fines vont pouvoir se révéler. A force de divisions et de comparaisons, on va finalement aboutir à des éléments qui vont devenir inséparables, indissociables, indivisibles, uniques.
On appelle cela des individus.
Le prisme en classant les longueurs d’onde par ordre de grandeur révèle les couleurs de l’arc en ciel.
L’ordre en attribuant un rang et une place distincte pour chaque chose sépare les éléments. Ce classement va permettre de les différencier, de les comparer. L’ordre est le fruit de la sélection et de la concurrence. Ce processus a pour vocation de révéler les individus. Chaque individu se caractérise par des qualités qui lui sont propres. Chaque différence, chaque spécificité va permettre à chacun de se distinguer de son voisin. Ces particularités vont être à l’origine de notre identité. Dans la nature tous les individus sont différents, chaque individu est unique. C’est une loi fondamentale de la nature.
Quand la nature se met en ordre : le cristal une structure géométrique, répétitive, uniforme et rigide.
L’ordre trouve sa plus belle expression sous la forme du cristal. Au sein d’une structure cristalline les atomes sont agencés de façon géométrique et répétitive, à la manière d’un damier ou d’une structure en nid d’abeille. L’agitation d’un gaz va donner place à la stabilité du cristal. La vapeur d’eau va ainsi se métamorphoser en cristaux de neige. Cet agencement offre à la matière qui le compose des propriétés nouvelles comme sa translucidité, sa couleur, sa dureté ou sa stabilité. C’est ainsi que le carbone se transforme en diamant, à la fois rare, pur, solide et précieux. L’ordre cristallin offre des propriétés particulières à la matière, mais une structure cristalline est géométrique, répétitive et figée. Il ne règne en son sein que peu de diversité et de liberté.
Si l’ordre a donné naissance à des individus séparés les uns des autres, c’est l’harmonie qui va leur permettre de se retrouver pour vivre ensemble.
On dit en permaculture que le déchet de l’un est la ressource de l’autre.
L’harmonie va se nourrir de la diversité pour trouver des complémentarités de manière à faire fonctionner ensemble des individus de nature différente. L’excès de l’un va venir combler le manque de l’autre, dans une constante recherche d’équilibre.
La multiplicité des couleurs, des sonorités, des saveurs, seront autant de sources d’enrichissement. Les différences ne sont plus prétextes à rivalité, mais occasions d’échanges et d’enrichissement mutuel. L’harmonie est le fruit de la coopération.
SI la concurrence a permis de révéler les individus, elle n’a plus sa place au sein de l’harmonie. Dorénavant, chacun va pouvoir exprimer le meilleur de lui-même au profit de tous. Au sein de l’orchestre, chacun apporte sa compétence et son talent au service de la beauté de l’ensemble. Il ne s’agit plus de jouer plus vite ou plus fort que les autres, la grosse caisse comme la petite voix doivent être audibles.
L’ordre révèle les individus en leur donnant une identité différente de celle des autres, alors que l’harmonie va leur donner un sens, une utilité, une raison d’être.
La compétition a pour vocation de révéler les individus. (Podium olympique 1932)
Si l’ordre est à l’origine des individus, l’harmonie va être à l’origine des organismes.
L’harmonie va mettre de l’ordre dans la diversité pour inventer de nouvelles compositions à partir d’individus d’origines différentes. L’ordre dans la diversité, c’est comme cela que l’on peut définir l’harmonie.
Il ne s’agit plus de comparer pour se distinguer, mais de composer ensemble pour former une nouvelle unité, être supérieur, un organisme.
Un être vivant se compose de cellules à la fois variées et mobiles, comme un orchestre de musique qui produit une symphonie à partir d’une grande variété d’instruments et de notes de musiques.
On ne peut pas dire qu’un organisme vivant, un orchestre ou une œuvre d’art soient ordonnés comme du cristal. On ne peut pas dire qu’ils soient chaotiques non plus. Les êtres vivants obéissent à un modèle d’organisation particulier. Un organisme fonctionne sur le mode de l’harmonie. Un orchestre ne produit pas une succession de notes de musiques séparées les unes des autres, mais un ensemble harmonieux, nommé symphonie. Dans l’harmonie, les individus ne sont plus concurrents, mais en accord. Ils ne sont plus séparés, mais en interaction, pour constituer une entité nouvelle, une œuvre, un organisme.
L’harmonie est le mode de fonctionnement des organismes.
Du chaos à l’harmonie : le secret de l’évolution.
Clef n°5 : L’ordre révèle les individus. L’harmonie est à l’origine des organismes.
Dans la savane le lion mange la gazelle.
– Peut-on dire pour autant que lions et gazelles soient en concurrence ?
– Le lion est-il une menace pour la survie des gazelles ou une nécessité ?
S’il y a trop de lions, il n’y aura plus de gazelles et s’il y a trop de gazelles, il n’y aura plus d’herbe. Gazelles et lions ne sont pas en concurrence, mais en harmonie, chacun a besoin de l’autre. Par contre, lorsque le lion se met en chasse, les gazelles ne se retrouvent pas en situation de concurrence avec le lion, mais entre elles. Ce sont les gazelles les moins rapides, les plus faibles qui seront éliminées.
De leur côté, les lions sont également en concurrence entre eux, car au sein de la meute, seul le mâle dominant peut avoir accès aux femelles et assurer la descendance.
Cet exemple est particulièrement révélateur. Il permet de comprendre le rôle et le mode de fonctionnement de la concurrence.
Ce que l’on peut remarquer au travers de cet exemple c’est que la concurrence ne s’exerce pas entre individus d’espèces différentes, mais plutôt entre individus appartenant à un même groupe, ayant les mêmes aspirations et les mêmes besoins.
S’il y a un domaine ou sélection et compétition sont particulièrement mises en œuvre c’est celui du sport et dans ce domaine on peut remarquer que les athlètes s’affrontent par discipline et par catégorie, comme aux Jeux olympiques. Le champion olympique n’a pas uniquement vocation à montrer qu’il est le meilleur, mais également de révéler à tous ce qu’il est possible de faire dans sa discipline.
Lorsque le lion se met en chasse ce n’est pas avec le lion que les gazelles se retrouvent en concurrence, mais entre elles. (Photo par Alexas Fotos de Pixabay)
L’ordre au travers de la selection vise ainsi deux objectifs : booster les individus pour les obliger à se démarquer, tout en en limitant le nombre. Si l’ordre rapproche tout ce qui se ressemble ensemble, ce n’est pas pour créer de l’uniformité, mais pour mieux les comparer, afin de révéler les nuances, les subtilités, les particularités de chacun. En révélant les individus, l’ordre est à l’origine de la diversité, en empêchant l’hégémonie d’un seul individu ou d’une seule espèce ; il la protège.
La concurrence vise ainsi deux objectifs : pousser chaque individu à s’améliorer tout en évitant qu’une population ne devienne trop nombreuse. L’hégémonie d’un seul groupe constituerait une menace pour les autres espèces. La concurrence doit rester au service de la diversité. Un écosystème ou un organisme sont comparables à un mécanisme d’horlogerie. Chaque élément occupe une place et remplit un rôle bien précis.
On a pu observer par exemple que la réintroduction d’un tout petit nombre de loups dans le parc de Yellowstone aux Etats-Unis avait permis aux jeunes arbres de repousser et aux forêts de se reconstituer, non pas parce que le loup faisait chuter drastiquement les populations de cervidés, mais simplement par sa présence. En effet, la peur qu’il suscite fait que certaines zones trop exposées ne sont plus fréquentées par ces animaux craintifs, permettant ainsi aux arbres de s’y réintroduire [3].
La sélection naturelle n’a pas pour objectif de privilégier les individus ou les espèces les mieux adaptés à des fins de domination, mais vise en priorité à protéger la diversité pour maintenir l’équilibre de l’ensemble. Un organisme vivant a besoin d’individus (ses cellules) vigoureux et en bonne santé, mais la prolifération d’une seule souche de cellules au détriment des autres se transformera en tumeur ou en cancer.
Nos véritables concurrents sont en réalité ceux qui nous ressemblent le plus. L’évolution se fait en associant les éléments entre eux pas en les opposant. La vie progresse en formant des accords, grâce à des liens d’affinité, des liens d’amour. C’est comme cela qu’elle produit de l’harmonie. La peur et la haine ne peuvent produire que du désaccord et nous ramener au chaos.
En l’absence de diversité, les individus se retrouvent en situation de concurrence : chacun a le même besoin que son voisin et va produire le même déchet, ce qui entraîne à la fois pénuries et pollutions. En l’absence de diversité, la quête d’équilibre ne peut se faire que par la réduction du nombre d’individus. L’uniformité mène à la désertification.
L’uniformité mène à la désertification. (© Marion Wunder de Pixabay)
Clef n°6 : En empêchant l’hégémonie d’un seul individu ou d’une seule espèce le processus de sélection préserve la diversité.
Le terme aggradation a été inventé pour désigner la faculté d’un sol à s’améliorer avec le temps. La genèse du sol est un très bel exemple qui nous montre comment la diversité peut mener à l’abondance. Le sol est l’endroit le plus diversifié de la terre. Dans un gramme de sol, vivent plus d’habitants que d’êtres humains sur terre et la masse de ces êtres vivants peut représenter 12 tonnes à l’hectare, ce qui est bien plus que la vie animale de surface. Le sol forme, avec les plantes, un véritable écosystème qui se renouvelle en permanence. Une forêt est capable de se développer à partir d’un sol nu, grâce aux micro-organismes qui s’y développent et de se maintenir spontanément sans engrais, ni traitement.
Pour s’en rendre compte, il suffit de s’intéresser à la genèse d’un sol.
Nous venons de la mer : nous y baignons dans le ventre de notre mère et nos cellules y baignent encore dans le liquide interstitiel : la lymphe, mais c’est sur le sol que nous vivons et c’est lui qui nous nourrit.
À l’origine, il y a plusieurs milliards d’années, ce dernier n’existait pas. Il n’y avait que de la roche inerte qui s’est d’abord recouverte de bactéries et de champignons microscopiques. Quasiment toutes les surfaces de la planète en sont recouvertes. Sur notre peau, cette flore dite saprophyte protège notre barrière cutanée et contribue à nos défenses immunitaires. Les bactéries s’accumulent sur différentes surfaces qu’elles colonisent, les premières arrivées préparant le terrain des suivantes. Les couches successives de bactéries vont former ce que l’on appelle : le biofilm. Celui-ci constitue un premier ensemble complexe et structuré d’organismes vivants. Les bactéries sont de petites usines chimiques. Elles synthétisent des enzymes et des acides, capables d’attaquer et de dissoudre les substances qui les entourent, comme la roche pour la rendre soluble et assimilable.
Sur les dents, c’est ce processus qui provoque la perforation de l’émail et provoque les caries.
Viennent ensuite des lichens qui vont s’agripper sur la roche. Ils sont le fruit d’une symbiose, une association entre des algues et des champignons. On dit aussi que ce sont des plantes parasites, car elles puisent leurs ressources du milieu où elles s’accrochent sans rien apporter en échange. La roche est attaquée (parasitée) par les bactéries et les lichens qui s’y développent. Peu à peu, un tapis se forme, à l’image d’un paillasson, qui va retenir les poussières apportées par le vent ainsi que l’humidité de l’air. Une petite couche meuble commence à se former en surface, mais les choses n’évoluent encore que très lentement.
Les premières herbacées vont maintenant pouvoir s’enraciner. Les plantes, grâce à cette « nouvelle technologie » qu’est la photosynthèse, vont avoir accès à une source d’énergie inépuisable, le soleil. Elles vont s’en servir pour puiser de nouvelles ressources venues des airs. L’essentiel de la matière « vivante » que l’on nomme matière organique se compose de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote présents dans l’air, par opposition aux minéraux venus du sol. Grâce à la photosynthèse, les plantes vont pouvoir assembler ces molécules pour synthétiser la cellulose de leurs feuilles. Elles transforment l’énergie du soleil en sucres utiles à leur croissance et leur métabolisme.
À la mort de la plante, toute cette matière organique avec l’énergie qu’elle a transformée et stockée sera léguée au sol. Elle servira à d’autres formes de vie, qui s’en nourriront à leur tour, à moins qu’elle ne s’évapore et ne retourne dans l’atmosphère.
Le sol s’épaissit et s’enrichit de nouveaux habitants ; une prairie se forme. Le milieu devient de plus en plus clément, les populations se multiplient. La totalité de la surface disponible est maintenant occupée.
Après avoir aménagé et colonisé le sol, c’est maintenant vers l’espace que les organismes vont se développer. La conquête du ciel va être rendue possible par la synthèse d’une molécule beaucoup plus complexe que la cellulose : la lignine. Grâce à elle, les plantes vont gagner en rigidité, pour former un tronc et des branches capables de s’élancer dans le ciel, vers le soleil. La lignine du bois et les tanins des feuilles sont beaucoup plus stables que la cellulose. Les bactéries ne pourront plus les dégrader seules, elles auront besoin de champignons, les seuls à avoir l’équipement enzymatique adapté.
Une nouvelle manne se dépose sur le sol, le bois. La lignine, contrairement à la cellulose, ne va pas être solubilisée tout de suite, mais va être transformée et stockée sous forme d’humus. L’humus, d’origine organique, va avoir la faculté de se lier à l’argile, d’origine minérale, pour former ce que l’on appelle le complexe argilo-humique. Grâce à l’humus, le sol va acquérir de nouvelles propriétés : en liant les composants du sol entre eux, sa texture sera à la fois plus souple et plus cohérente. En cas de pluie, l’eau va s’infiltrer au lieu de ruisseler. Le sol ne sera plus lessivé, mais va au contraire filtrer l’eau, tout en gardant ses minéraux.
Chaque nouvel habitant, par les compétences qu’il apporte, permet au terrain d’améliorer sa capacité à accueillir la vie : il gagne en fertilité.
Le climat aussi devient plus favorable : la prairie se contentait d’attirer l’humidité de l’air par la rosée. La forêt, elle, attire maintenant l’eau du ciel et des nuages pour faire tomber la pluie.
De petits arbustes s’installent, puis des arbres. Notre dalle rocheuse s’est transformée en forêt tropicale luxuriante. Ce processus a nécessité plusieurs milliards d’années. Les populations augmentent, la diversité aussi, la vie se développe. Les organismes vivants ont transformé une roche austère, en berceau d’une vie abondante et diversifiée.
La constitution d’un sol est le fruit d’une longue suite d’associations entre individus qui se succèdent de génération en génération. Chaque espèce remplit une fonction et prépare le terrain pour la suivante. Chaque apparition d’une nouvelle espèce est pour le milieu l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences, pour former un système organisé toujours plus riche, toujours plus diversifié, toujours plus accueillant : le sol, la terre.
Le processus d’évolution aboutissant à la formation d’un sol n’est pas le fruit d’une compétition acharnée, mais bien la résultante d’une longue chaîne de coopération. La nature n’évolue pas par hasard, elle progresse dans une direction bien déterminée, elle tend vers son idéal.
Dans le domaine de l’écologie, on parle de climax pour désigner l’état ultime d’une succession écologique. Le climax correspond à l’état le plus stable dans les conditions de terrain et de climat pour un milieu donné. Il est le point culminant dans une progression à travers le temps. Ce terme est synonyme d’apogée.
Clef n°7 : Au sein d’un écosystème équilibré, chaque espèce en aménageant son propre espace de vie contribue à rendre l’ensemble du système plus accueillant.
