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Dans son célèbre Discours sur la servitude volontaire, Etienne de La Boétie fait l'amer constat que la tyrannie, depuis toujours, plane comme une ombre sur le destin des peuples. Quelle est cette constante de l'Histoire qui veut que des millions d'hommes toujours se soumettent à un seul, quand il s'agirait pour eux, non pas de se battre, mais seulement de cesser d'obéir ? Du consentement à la complicité, il n'y a qu'un pas : y aurait-il au coeur des peuples, et donc en chacun de nous, une forme de servitude volontaire ? Sur la scène, c'est un homme « hors du temps » qui reprend le flambeau de La Boétie, ayant longtemps observé les hommes et parcouru les époques, nous rappelant, avec une logique implacable et une ironie mordante, que les tyrans ne tirent leur force que de notre coupable faiblesse, et que la liberté n'est pas un vain mot mais, toujours, un acte, un risque, une conquête - et d'abord sur nous-mêmes.
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Seitenzahl: 34
Veröffentlichungsjahr: 2025
Dans son célèbre Discours sur la servitude volontaire, Etienne de La Boétie, alors tout jeune homme, s’en prend avec fougue aux brutalités du pouvoir – celles de son temps, mais aussi de tous les temps –, faisant l’amer constat que la tyrannie, depuis toujours, plane comme une ombre sur le destin des peuples. Mais, surtout, l’auteur ne s’en prend pas tant aux tyrans eux-mêmes qu’aux peuples soumis, qu’une étrange lâcheté fait taire et consentir à la servitude. Il s’agirait pourtant, non pas de se battre, mais seulement de cesser d’obéir. Du consentement à la complicité, il n’y a qu’un pas. La Boétie, en interrogeant l’Histoire, nous place devant nos responsabilités : n’y aurait-il pas, dans tout peuple, et donc en chacun de nous, une forme de servitude volontaire ?
Après un long oubli et sa redécouverte au moment de la Révolution française, ce texte est devenu une référence incontournable pour toute pensée politique. Depuis lors, chaque époque y a vu un texte « d’actualité ». La nôtre n’y échappe pas. Tant pour décrire les régimes autoritaires que nos démocraties imparfaites, on convoque aussitôt cette « servitude volontaire » qui, par l’allure séduisante d’une formule pleine de paradoxe, nous éclaire cependant d’une lumière trop vive et garde une forme d’énigme, tant qu’on n’en a pas sondé les profondeurs ni révéléce qu’elle suggère de la nature humaine, et particulièrement de l’homme en société.
C’est pourquoi, fasciné par l’audace d’esprit de La Boétie – mais aussi ému par sa juvénile indignation –, conscient de la portée intemporelle de son oeuvre et des réflexions nombreuses qu’elle suscite, je rêvais de faire entendre un jour cette voix sur la scène, au plein coeur de notre XXIe siècle.
Néanmoins, partant d’un texte, certes porteur d’une pensée vigoureuse et sans âge, mais vieux de quatre siècles et destiné à une lecture solitaire et muette, je sentais qu’il n’était pas question seulement d’une adaptation, comme on l’entend habituellement au théâtre. Il s’agissait de faire oeuvre originale. J’envisageais ainsi que ce texte nouveau, sur le fond, bénéficiât d’une réflexion nouvelle, nourrie précisément de quatre siècles peu avares en tyrannies de toutes sortes ; sur la forme, qu’il pût se prêter au jeu et s’incarner dans un authentique personnage.
C’est à ce double défi que répond le texte qui suit.
LM Formentin
De la servitude volontaire a été créée en juillet 2023 au théâtre Le Petit Louvre, dans le cadre du Festival d’Avignon. Elle a été interprétée par Jean-Paul Farré et mise en scène par Jacques Connort.
SCÈNE I
SCÈNE II
SCÈNE III
SCÈNE IV
SCÈNE V
Il n’est guère de plus grand privilège à la cour
que celui d’assister au lever du roi.
Comme l’astre du jour rituellement se dresse par-dessus l’horizon,
et s’élevant dans le ciel et répandant ses feux,
tout monarque se plaît, au matin, à déployer le faste de sa
personne
sur le monde qu’il gouverne et qui, tout ensemble, le vénère et le craint.
Est-il plus rude et plus digne concurrence faite à la nature
qu’un souverain qui, par son élévation, déclare à son tour que le jour est levé
et que l’humanité, à nouveau, peut reprendre sa course ?
Que l’on songe à notre bon Louis – si bien nommé Roi-Soleil –
se laissant voir au « petit lever » en robe de chambre, les cheveux ébouriffés,
et, comme on le raconte, portant son séant sur sa chaise dite « d’affaires »,
et recevant ainsi les plus hauts personnages de l’État.
Pause.
Un grand esprit, plus ancien, écrivait
que « sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul ».
Certes, mais montrer celui-ci sur ce trône-là,
oser faire d’un moment si intime, et qui habituellement répugne,
un événement admirable et prisé,
c’est assurément faire parler sa toute puissance.
J’en vois sourire ou grimacer de mépris.
C’est oublier que pas un ne manquait à l’appel,
que tout le parterre des notables jouait des coudes et implorait ce bon roi
de leur accorder ce privilège immense d’assister à sa sérénissime défécation.
