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Devenir un homme est une aventure passionnante à laquelle le Seigneur nous appelle. Il s'agit de ne pas en avoir peur et de bien comprendre ce on de adulte qui s'ouvre .
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Seitenzahl: 93
Veröffentlichungsjahr: 2018
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Cédric Anastase
Debout
les
gars !
Nihil obstat,
Paris, le 2 mai 2018
P. Pelletier, Cens. dep.
Imprimatur,
Paris, le 2 mai 2018
Mgr Chauvet, Vic. Ép.
Conception couverture : © Christophe Roger
Photo couverture : © Tim Bogdanov/Unsplash
Composition : © Soft Office (38)
© Éditions Emmanuel, 2018
89 bd Auguste-Blanqui – 75013 Paris
www.editions-emmanuel.com
ISBN : 978-2-35389-685-1
Dépôt légal : 2e trimestre 2018
En cette fin d’après-midi, j’arpente les allées de la cité Jeunet, un quartier HLM du 5e arrondissement de Lyon, où l’association Le Valdocco* est implantée depuis quelques années. J’effectue ce que les éducateurs qualifient, dans leur jargon professionnel, un « travail de rue ». Il s’agit de tisser des liens avec les jeunes, scotchés dans les cages d’escalier, ces jeunes pour lesquels l’école n’a pas marché et dont l’accès à l’emploi est parsemé d’embûches. Ils ont pour seule perspective ce qu’ils nomment « la galère ».
Quelques-uns m’interpellent : « C’est quand il revient, Cédric ? »
Cédric était un jeune séminariste qui avait effectué, l’été précédent, un stage d’un mois dans l’association.
« Je ne sais pas, répondis-je, il est reparti à Paris, mais sans doute repassera-t-il par Lyon d’ici la fin de l’année. »
Et je les questionnai : « Y a-t-il une activité que vous avez menée avec lui et que vous aimeriez refaire ?
– Non, pas particulièrement. Mais on aimait bien quand il discutait avec nous. »
*
J’ai compris, en lisant ce livre, la raison d’une telle accroche. Cédric s’est intéressé à chacun d’entre eux, leur montrant combien il croyait en leur capacité de grandir, de faire quelque chose de leur vie. Et c’est un langage qu’ils n’ont pas l’habitude d’entendre, eux qui sont si souvent jugés comme fauteurs de troubles. Il n’a pas eu peur de réfléchir avec eux à ce qui pourrait être leur idéal de vie, puis à regarder leur vie à la lumière de cet idéal en les aidant à prendre les bonnes décisions.
N’est-ce pas là la meilleure manière de prévenir la radicalisation ? J’aime dire aux hommes politiques qu’il est rassurant de voir des jeunes de 18-25 ans rêver de devenir des héros… Mais si on ne leur offre aucune perspective, pourquoi s’étonner que certains tombent dans les rets de ces prêcheurs d’illusions, qui les font miroiter avec des idéologies mortifères et dangereuses pour eux et pour notre société ?
Au contraire, Cédric savait écouter leurs aspirations, et leur proposer non pas la voie facile de la fuite, mais la voie exigeante de la négociation avec les contraintes de la réalité. Il leur conseillait ainsi de choisir de bons amis, non pas ceux qui peuvent faire glisser sur la dangereuse pente de la délinquance ou de la dépendance, mais ceux qui aident à devenir des hommes debout.
Forger sa volonté, mener le combat pour la pureté, procéder à un examen de conscience. Oh ! je sais, certains jugeront ces terminologies ringardes. Ils se trompent, car le langage que ne cesse d’utiliser Cédric n’a pour seul but que de se mettre au service des jeunes. C’est le langage de la vérité, qu’ils ont tant besoin d’entendre. Être vrai avec soi-même, en reconnaissant lucidement ses forces et ses faiblesses. Être vrai dans la relation à l’autre, en refusant de le réduire simplement au statut d’objet de ses désirs et de ses pulsions. C’est ainsi que l’on devient des hommes debout, capables de rendre les autres heureux.
*
Si le salésien** que je suis vibre à la lecture de ces pages, c’est aussi – bien sûr – parce qu’elles s’ancrent dans l’héritage de Don Bosco. Tous les conseils donnés par Cédric sont truffés de références à l’enseignement que prodiguait Don Bosco à ses jeunes, et en particulier à l’un d’entre eux qui l’a considérablement marqué, Dominique Savio. Cédric s’inscrit dans la mouvance de ce prêtre éducateur qui savait si bien parler aux jeunes. Ce livre est comme un écho au petit recueil de Conseils aux jeunes écrit par Jean Bosco et qui a connu cent vingt-et-une éditions du vivant de son auteur. Il l’avait intitulé Il giovane provveduto (le jeune homme instruit).
Puissent de nombreux adolescents lire les conseils prodigués par Cédric dans cet ouvrage !
Puissent de nombreux éducateurs s’appuyer sur ses propos pour guider les jeunes, si nombreux aujourd’hui à être déboussolés dans notre société ! Car rappelons qu’éduquer (du latin ex-ducere) signifie d’abord « conduire hors de ». Autrement dit, accompagner les jeunes hors de l’état d’enfance pour devenir de vrais adultes.
Oui, puissent de nombreux jeunes bénéficier de tels conseils et répondre à l’appel par lequel Cédric conclut son ouvrage : « Soyez des hommes debout et rendez les autres heureux ! »
Jean-Marie Petitclerc
Salésien de Don Bosco
À tous ces jeunes
à qui j’ai dédié ma vie.
* Il s’agit d’une association de prévention, fondée en 1995 à Argenteuil et qui a essaimé sur le Grand Lyon (Lyon 5e, Tassin-la-Demi-Lune, Vaulx-en-Velin), Lille et Nice.
** Les salésiens de Don Bosco sont les membres de la congrégation fondée par saint Jean Bosco (1815-1888) au service de la jeunesse en difficulté.
Je suis prêtre du diocèse de Paris depuis trois ans. Il m’arrive parfois de me demander ce que j’aurais fait si je n’étais pas devenu prêtre. J’en arrive toujours à la même conclusion : je serais entré au séminaire pour devenir prêtre ! Il est bon d’être prêtre de Jésus-Christ. Il est beau et bon de se donner pour le bien des autres. L’été dernier, je rencontrai un vieux prêtre au cours de mes vacances : « Cela fait soixante-cinq ans que je suis prêtre », me confia-t-il. Après un instant de silence les yeux levés au ciel, il me regarda fixement en ajoutant : « Et je ne regrette pas une seule seconde ! » C’est cette joie d’être tout donné à Dieu pour être tout donné aux hommes qui m’a un jour attiré et qui dilate aujourd’hui mon cœur, même dans les difficultés.
Ma mère vient de Martinique, mon père de Guadeloupe et je suis né à Paris. J’aime bien plaisanter en disant que je viens de trois îles : la Martinique, la Guadeloupe… et l’Île-de-France. Au-delà de la blague, mon histoire est réellement marquée par cette double origine. Des Antilles, j’ai reçu en héritage une certaine ferveur dans la foi, des goûts, des odeurs, une langue qui traduisent la joie de vivre d’un peuple fier de ce qu’il est, et un sens très fort de la famille (je suis très complice avec ma sœur et mon frère). Dans le même temps, je suis né à Paris, j’ai grandi à Paris, j’ai étudié à Paris, je suis supporter inconditionnel du PSG depuis plus de vingt ans. Je suis viscéralement attaché à cette ville. C’est peut-être la raison pour laquelle mes supérieurs m’ont envoyé étudier trois ans à Bruxelles pendant ma formation au séminaire. Il est vrai que c’était toute une aventure de me rendre au-delà du périphérique. Alors, y vivre pendant plusieurs années…
Ma grande sœur, mon petit frère et moi-même avons été élevés par notre mère, mon père ayant quitté la maison quand j’étais assez jeune. De Maman, je retiens une foi débordante et un courage qu’elle a su nous transmettre. Elle s’est toujours battue pour que ses enfants aient un avenir : « À 18 ans, j’ai quitté la Martinique où je connaissais la misère pour que mes enfants puissent avoir d’autres conditions de vie », m’a-t-elle un jour confié. Aujourd’hui, je sais que mon désir de me mettre au service de la jeunesse provient certainement de l’exemple de dévouement que m’a donné ma mère.
Je me souviens de l’époque où elle est tombée gravement malade. Je devais être en 6e. J’avais peur de rentrer à la maison après les cours, ne sachant pas dans quel état j’allais la retrouver. Et puis un jour, je suis allé lui parler : « Maman, Dieu et la souffrance, ce n’est pas compatible, alors si tu souffres, c’est que Dieu n’existe pas. » Ma mère m’a écouté en silence pendant plus d’une demi-heure. J’essayai de la convaincre de l’évidence de ce que je lui racontais. Mais au fond, je n’y croyais pas vraiment moi-même. Puis elle m’a répondu : « Écoute, Cédric, je souffre, c’est vrai, mais je crois ! »
Je n’oublierai jamais la flamme intérieure qui luisait dans son regard. Dieu n’était pas pour elle une idée vague. Dieu était une personne, sur laquelle elle pouvait s’appuyer. Aujourd’hui encore, je suis touché de voir la manière dont la foi de ma mère s’exprime simplement mais sincèrement. C’est peut-être le plus bel héritage que j’aie reçu d’elle : le lien à Jésus.
Éduqué tout petit déjà dans une telle proximité avec le Bon Dieu, la question de devenir prêtre s’est très vite posée. Un jour, à l’âge de 8 ans, alors que j’étais en retard pour aller servir la messe, je courus dans l’église pour enfiler mon aube rapidement. Arrivé au niveau de la sacristie, je poussai la porte un peu trop brusquement. Celle-ci alla s’éclater contre le mur en faisant un bruit monstre. J’entrai dans la sacristie, un peu impressionné par ma bêtise et là, je fus saisi par l’image : un prêtre, en habits de célébration, s’apprêtant à célébrer la messe, regardait intensément la Croix. Il avait entendu la porte claquer mais il ne s’était pas retourné. Il avait mieux à faire… Cette intimité du prêtre avec Jésus résonnait déjà en moi comme un appel. « Moi aussi, je veux vivre cela », me disais-je.
Durant toute mon enfance, après avoir servi la messe dominicale de 8 h 30, je rentrais à la maison regarder Téléfoot (il ne fallait quand même pas négliger les fondamentaux…). Téléfoot terminé, très souvent, je m’enfermais dans ma chambre avec mon petit frère pour refaire les gestes du prêtre que j’avais vu le matin même : je jouais à célébrer la messe. Je me souviens de la fois où mon frère en a eu assez d’être le servant de messe. Il voulait être le prêtre, j’ai refusé, il est parti… Il me fallait donc trouver quelqu’un pour écouter mes homélies. C’est là que j’ai eu l’idée de mettre tous mes nounours sur mon lit et de les enseigner…
Vous vous dites certainement que j’étais prédestiné à devenir prêtre, qu’il me fallait simplement attendre quelques années pour aller pousser la porte du séminaire afin de répondre à cette vocation précoce. Les choses ont été plus compliquées que cela. En effet, j’étais fasciné par une autre profession, incarnée par un homme, Monsieur Moineau, mon instituteur de CE1, que mes yeux d’enfant avaient admiré. J’étais très impressionné par cette capacité à transmettre un savoir qui pouvait faire grandir les autres. « Soit je serai prêtre, soit je serai prof », me disais-je. À l’âge de 16 ans, comme la question n’était pas encore tranchée, j’ai adressé une prière au Seigneur : « Seigneur, si tu m’appelles à devenir prêtre, j’en serais heureux et je répondrais aussitôt. Mais si tu m’appelles, appelle-moi clairement. Tant que ce n’est pas clair, c’est que tu ne m’appelles pas et je continuerai à vivre ma vie. » C’est une prière que le Seigneur a entendue…
