Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Le commissaire Théo dirige un département d’affaires non élucidées, son épouse Lara, universitaire, collabore dans l’ombre à leur résolution. Théo et sa brigade travaillent sur des meurtres à la mise en scène étrange de jeunes femmes rousses retrouvées mortes à côté d’un point d’eau. Enquêteurs spécialisés, ils font le lien entre les nouvelles victimes et des dossiers non résolus vingt ans auparavant. S’agit-il d’un tueur en série, d’un copycat ? Lors d’une soirée au théâtre, Lara stocke dans sa mémoire un détail qui la mènera à quitter l’ombre pour la lumière. Parti à sa recherche, Théo sera confronté au pire. Des signes lui révéleront que Lara est toujours à ses côtés. Pourront-ils se retrouver à la frontière entre la vie et la mort ? Une nouvelle investigation faisant écho à une affaire classée de femmes disparues conduit Théo dans une petite ville de Province. Il choisit d’emmener avec lui son nouvel adjoint Julius Beauchamp. Que cache ce garçon introverti et torturé ? Lara, évoluant désormais dans le monde de l’entre-temps, investigue de son côté en compagnie de sa nouvelle équipe, formée d’un aigle, de deux corbeaux et un renard. Théo et Lara se retrouveront face à de trompeuses apparences, à un combat ancestral entre le bien et le mal. Ils seront entraînés dans les méandres de l’âme humaine, ménageant suspense, psychologie et quête de la vérité.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Lielie Sellier - L’auteure a écrit des romans, un recueil de nouvelles et des articles et nouvelles pour la presse féminine. Elle aborde des thèmes tels que la diversité, l’acceptation de la différence, les changements de choix de vies, les rapports entre humains et animaux, les liens entre le monde des vivants et des morts, la résilience. Elle anime des ateliers d’écriture et un club de lecture à Paris auprès de différents publics : enfants et adultes.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 270
Veröffentlichungsjahr: 2024
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Du même auteur
– Murmurations 5 Sens Editions 2021
– Villa Eugénie 2019
– Le Parc aux rêves 2018
– Rejoins-nous 2017
– Danse la vie 2017
Lielie Sellier
Dédales intimes
Les enquêtes de Lara et Théo
Écrire, c’est vivre des vies démultipliées.
C’est endosser de nouvelles identités par le biais de mes personnages.
C’est parfois un étrange voyage quand je me glisse dans la peau d’un personnage qui bascule vers l’impensable.
Lielie Sellier
Partie I
Anatomie d’un amour
« Roméo, à un valet montrant Juliette : – Quelle est cette dame qui enrichit la main de ce cavalier, là-bas ?
Le valet : – Je ne sais pas, Monsieur.
Roméo : – Oh ! Elle apprend aux flambeaux à illuminer ! Sa beauté est suspendue à la face de la nuit comme un riche joyau à l’oreille d’une Éthiopienne ! Beauté trop précieuse pour la possession, trop exquise pour la terre ! Telle la colombe de neige dans une troupe de corneilles, telle apparaît cette jeune dame au milieu de ses compagnes. Cette danse finie, j’épierai la place où elle se tient, et je donnerai à ma main grossière le bonheur de toucher la sienne. Mon cœur a-t-il aimé jusqu’ici ? Non ; jurez-le, mes yeux ! Car jusqu’à ce soir, je n’avais pas vu la vraie beauté. »
Extrait de Roméo et Juliette de Shakespeare.
Chapitre 1
1983
Ils avançaient silencieux à travers la forêt, leurs torches éclairaient leurs pas. Des chouettes hululèrent à leur passage rompant le cheminement de leurs pensées. Portés à bout de bras, les jerricanes d’essence commençaient à peser lourd. Ils arrivèrent au chalet du bûcheron et l’encerclèrent. Trois d’entre eux aspergèrent d’essence les cloisons. Le quatrième homme se tenait prêt, une boîte d’allumettes dans le creux de sa main. Il en craqua une qu’il jeta ; la cabane s’embrasa. Reculant de quelques mètres, ils observèrent les flammes s’élever. Après avoir levé leur pouce en l’air, en signe de victoire, ils regagnèrent leur Jeep garée à l’orée de la forêt. Mission accomplie.
Les émanations de fumée le réveillèrent. À demi asphyxié, il sortit de son lit et rampa sur le sol. Animé d’un puissant instinct de survie, il réussit à pousser l’imposant coffre en bois qui trônait au centre de la pièce. Le feu lui léchait déjà le visage et le corps. Il ne lui restait qu’une infime fraction de seconde pour s’extirper de cet enfer. Au bord de l’évanouissement, il rassembla ses dernières forces pour faire basculer la trappe. Il bénit son père de l’avoir construite. Il chuta un mètre plus bas en roulant sur lui-même et, à l’aide de ses pieds, il se propulsa en avant. Ses tentatives payèrent, au prix de douloureux efforts, il se retrouva dans l’eau glacée de la rivière. Le haut de son corps semblait paralysé. De son œil gauche à demi ouvert, il aperçut un morceau de ciel étoilé. Il confia son âme à Dieu avant de s’évanouir.
Des grattements insistants à la porte la réveillèrent.
Émergeant avec peine des brumes d’alcool, elle tituba jusqu’à l’entrée en se cognant contre tout le bazar qui encombrait les lieux.
– Ah c’est toi ! Cela doit être urgent. Attends-moi. Où est-ce que j’ai pu fourrer cette satanée lanterne ! Quel bordel ! Un de ces jours, je vais devoir ranger.
Il lui fallait une cigarette pour se concentrer. Elle mit la main sur la lampe, attrapa sa vieille besace de médecin et une civière pliable.
– Allez en route, je te suis.
À cette heure, la forêt devenait spectrale. Le loup s’enfonça, elle le talonna hors d’haleine, elle fumait trop. Une pluie diluvienne cinglait les feuilles et les branches, rendant le sol glissant. L’animal stoppa sa course. Ils se trouvaient près de l’embranchement de la rivière peu profonde. Elle discerna à quelques mètres une forme. En se rapprochant, elle découvrit un corps qu’elle hissa péniblement hors de l’eau. Le loup les observait. Ses réflexes d’ex-médecin de guerre la guidèrent pour poser un diagnostic rapide. Après avoir contrôlé sa respiration, son pouls, son état de conscience, elle l’enveloppa d’un long morceau de tissu qu’elle venait de tremper.
– Nom d’un chien, tu es salement amoché. Wolf va prévenir les autres.
Une odeur de roussi s’était répandue dans l’air. Un peu plus loin, des volutes de fumée s’élevaient vers le ciel. Ce n’était pourtant pas encore la période des incendies, qu’était-il arrivé ? L’animal partit chercher sa meute. Elle reconnut la chevalière à l’un des doigts du brûlé.
– C’est toi, gamin. Nino, si tu m’entends, essaie de bouger la main. Tu es en état de choc, ne lâche pas prise. On va te ramener chez moi. Accroche-toi.
Le loup et les siens attendaient ses instructions.
– Bien, les gars, vous allez m’aider à le transporter.
Elle posa l’homme sur la civière en position latérale. Elle se posta à l’avant, les loups prirent place à l’autre extrémité. Le chef de meute hurla pour donner le signal du départ. Le convoi se mit en route.
Chapitre 2
Repose en paix belle endormie
2016
Une nouvelle paire de Santoni baptisée par l’eau, soupira Théo.
Que dirait le pape de la chaussure italienne de luxe s’il apprenait le traitement que réservait Théo à ses créations ! Le cuir patiné cousu main par des artisans passionnés ne prenait pas l’eau, le modèle iconique des Richelieu Kenneth à ses pieds pourrait survivre. Ce n’était pas le cas de la victime, sixième jeune femme rousse retrouvée morte, près d’un point d’eau, mains jointes sur la poitrine, une marguerite posée sur la bouche, vêtue d’une robe longue verte style Renaissance, les yeux grands ouverts fixant le ciel et le vol des oiseaux pour l’éternité. Il franchit le périmètre de sécurité, échangea avec les gendarmes sur place. Il rejoignit son vieil ami Victor, médecin légiste.
– Heure du décès à ton avis, Victor ?
– Je dirai environ cinq heures.
– Par injection de fentanyl ?
– Laisse-moi le temps de pratiquer son autopsie.
– Appelle-moi dès que tu auras terminé ton compte rendu.
Les techniciens de la police scientifique leur confirmèrent que la scène de crime avait été contaminée par les promeneurs et leurs chiens qui avaient découvert le corps. Ils avaient relevé leurs empreintes. Ils devraient faire le tri des différents éléments trouvés sur place. Pas de voisinage proche, pas de caméras.
Les supérieurs de Théo exigeaient des résultats rapides. L’enquête progressait lentement. La consultation des différents fichiers de criminalité sérielle et des bases de données, la collaboration entre diverses antennes de police, leur avaient permis d’établir un lien avec d’anciennes affaires classées, non résolues datant d’une vingtaine d’années. La pratique d’un même mode opératoire perfectionniste était-elle une simple coïncidence ou l’œuvre d’un tueur en série ou d’un copycat ?
Les médias avaient beaucoup parlé à l’époque du cas des jeunes femmes rousses. Les journaux à scandale avaient inventé d’invraisemblables scénarios. De nombreuses femmes s’étaient coupé les cheveux ou avaient fait le choix de se les teindre ou de porter une perruque. Une véritable psychose s’était installée dans les villes où le meurtrier avait sévi. Il faisait les gros titres dans la presse : « Le fantôme à la marguerite a encore frappé cette nuit ! Une nouvelle victime partie rejoindre les étoiles. » Ainsi « le fantôme à la marguerite » fut le nom que les enquêteurs reprirent afin de lui donner une identité. Les femmes s’arrangeaient pour ne plus se promener seules, elles sortaient en groupe, en famille ou en couple. La police avait été sur les dents de nombreuses années, les meilleurs limiers et gendarmes spécialisés avaient échoué à éclaircir cette affaire. Les pistes exploitées les avaient menés à des tueurs en série déjà sous les verrous ou morts par injection létale aux USA. Le public réclamait un ou des coupables. À l’époque, les autorités avaient sollicité les citoyens afin de recueillir toute information permettant la résolution des meurtres, leurs appels à témoins étaient restés sans réponse. Les proches n’avaient pas pu faire leur deuil. La presse internationale avait jeté en pâture aux citoyens les vies privées des victimes et de leur entourage. Les familles apparaissaient sur les clichés sans fard, orphelines d’un être aimé.
Le mystère demeurait entier. De nombreuses marches silencieuses furent organisées pour les soutenir dans différents pays, accompagnées de roses blanches, bougies, vols de colombes.
L’unité d’enquêteurs spécialisés dirigée par Théo gérait l’investigation en cours. Les victimes étaient toutes des jeunes femmes aux longs cheveux roux, à la peau très claire, même poids, même taille, même tranche d’âge, une mise en scène immuable correspondant à un rituel précis, un symbolisme particulier : les marguerites posées sur les bouches, les mains jointes sur la poitrine, les yeux grands ouverts sur l’éternité, vêtues de robes longues vertes d’inspiration Renaissance. Les corps placés avec respect et minutie près d’un point d’eau dénotaient un acte conscient. Les autopsies n’avaient révélé aucune marque de violence, d’agression sexuelle. Aucun témoin, aucune trace d’ADN, aucune présence de caméras aux alentours. Leur mort due à une injection de fentanyl les plongeait dans un éternel sommeil. Aucun lien n’avait été établi entre les différentes victimes.
L’équipe de Théo avait identifié le couturier des robes. Après de nombreux interrogatoires, il avait été relâché, son profil de bon père de famille tranquille et son planning avaient plaidé en sa faveur. Son atelier de confection fournissait des particuliers ainsi que des troupes d’artistes professionnels et amateurs, de théâtre, de spectacles. Son fichier commercial comprenait à peu près deux mille personnes, les pistes se révélaient multiples. Théo et sa brigade convoquèrent chaque client, vérifiant leur casier judiciaire, leur emploi du temps. Une interruption de dix ans séparait les deux dossiers. Comment expliquer l’apparition d’autres victimes ? Par un nouveau besoin d’adrénaline ?
Théo regagna le commissariat central dans lequel il dirigeait une équipe au sein d’un pôle spécial créé depuis peu, composée de juges d’instruction, de magistrats, de juristes spécialisés, d’avocats, dans le département d’anciennes affaires complexes en déshérence. La justice semblait vouloir bouger les lignes. Les nouvelles technologies utilisées par les laboratoires aidaient à rouvrir des cas abandonnés, classifiés et à les résoudre après des années d’interrogation. La création de ce pôle représentait un espoir immense pour les familles en attente de réponse. Ses enquêteurs hors pair, rompus à analyser les modes opératoires, le boostaient. Il avait intégré la police pour servir son pays, servir les autres. À la suite du décès de son père, militaire mort en mission, il était devenu un enfant pupille de la nation. Il était important pour lui de se battre pour les valeurs de sa patrie et de les protéger. Après avoir expédié des dossiers en cours, briefé son équipe, répondu à de nombreux coups de téléphone, il regarda sa montre, impatient de retrouver le meilleur élément de sa brigade.
Évitant l’ascenseur poussif, Théo s’élança dans les escaliers. En passant la porte de son loft, il buta sur deux cartons, son épouse et lui venaient d’emménager. Leur bureau commun et leur chambre étaient les seules pièces rangées, la décoration momentanément reléguée au second plan. L’appartement à l’ambiance bohème leur ressemblait, un joyeux fouillis y régnait.
– Comment s’est passée ta journée ?
– J’ai animé deux conférences, mon cerveau est en totale ébullition.
Quelques minutes plus tard, Théo apporta deux cocktails faits maison.
– Nous avons une sixième victime. Même modus operandi que pour les cinq précédentes.
– Cet après-midi, j’ai commencé à développer une théorie.
Leur bureau, divisé en deux espaces, offrait un agréable contraste, le premier encombré par des livres, des feuilles éparses, un ordinateur, divers carnets de notes, des chaussons de danse, des scénarios était celui de son épouse Lara universitaire, comédienne à ses heures perdues, sportive accomplie ; l’autre surchargé d’anciens dossiers d’affaires non élucidées en cours de l’être, de boîtes à archives délabrées, de vieilles photos, de gants de boxe appartenait à Théo. Au centre, un tableau de bord de l’enquête en cours fournissait une vue d’ensemble, des clichés des cinq dernières victimes, celles de ces vingt précédentes années illustrées de commentaires, de rapports, d’articles de presse. Théo scotcha la photo de la sixième personne morte. Lara aidait, dans l’ombre de son mari, à la résolution de ses investigations. Sa mémoire eidétique, sa pugnacité, sa capacité d’analyse avaient contribué au dénouement de nombreux cas insolubles.
– Quelle est ta théorie ?
– Je pense qu’il les a toutes aimées fugacement.
– Pourquoi « il » ?
Chapitre 3
Un détail
2016
Théo s’impatientait. Leurs amis, Simon et Anne, devaient être arrivés au théâtre. L’apparition de Lara effaça tout l’empressement de son mari. Sa robe rouge sublimait son teint métis. Théo se rappela fugacement la première fois où il l’avait aperçue à l’université : une grande bringue solitaire cachée sous d’amples vêtements noirs d’inspiration punk. Elle venait d’être sacrée championne du 4 fois 100 mètres. Théo était tombé amoureux de son regard félin, de son sourire enfantin. Il aimait l’entendre rire quand il faisait le pitre, il avait réussi peu à peu à briser sa carapace. Bientôt, les autres étudiants, gosses de riches, cultivant l’entre-soi, les surnommèrent Holmes et Watson. Sur le campus, Théo se passionnait déjà pour les multiples affaires criminelles non résolues. C’est à cette époque qu’ils avaient découvert la capacité de mémoire phénoménale de Lara. Théo venait de terminer un solide cursus en droit pénal, spécialisation en criminologie et psychologie, il avait un grand intérêt pour le profilage en développement aux USA.
Dans le hall du théâtre, Lara regarda l’affiche du spectacle auquel ils allaient assister, un détail attira son attention, qu’elle stocka dans sa tête.
Bernardo Moravi, maître absolu de la transformation, entra en scène. Deux heures plus tard, les spectateurs bluffés avaient vu défiler une centaine de personnages masculins et féminins. L’artiste leur rendait force et exubérance en épousant leurs voix. Le transformiste, toujours entouré d’une mystérieuse aura, devait approcher de la soixantaine, son étonnante plasticité laissait le public songeur.
– Cette représentation était époustouflante !
En rentrant, Lara posa l’affichette de la représentation sur son bureau. La tête à peine sur l’oreiller, elle s’endormit. Quelques heures plus tard, son cauchemar récurrent la réveilla, la mettant une nouvelle fois face à ses vieux démons : une ruelle vaguement éclairée, un corps de femme disloqué, jeté dans une benne à ordures, les paroles d’une comptine de son enfance : « Ton ami le chat vient se blottir doucement contre toi. Sa patte de velours caresse ta joue pour te souhaiter une belle nuit. Dors, mon enfant. Que la paix soit avec toi… »
Chapitre 4
Rouge sang
2016
Chaque matin, une nouvelle guerre se déclenchait dans sa tête.
Ses neurones semblaient se désagréger, son cerveau se broyer. Les yeux à demi fermés, une sensation de nausée omniprésente l’empêchait de savourer le petit déjeuner qu’elle prenait en compagnie de Théo. Lara arrivait juste à avaler quelques gorgées de son thé préféré à la bergamote.
– Un petit bébé en route, plaisantait Théo.
« Lara, tu laisses trop traîner ! Ma belle-sœur m’a transmis les coordonnées du spécialiste qui l’a soignée, à l’hôpital Saint-Joseph. Prends rendez-vous », lui avait conseillé sa meilleure amie Sophie.
Lara fixait un paysage champêtre accroché à l’un des murs blancs de la salle d’attente. À l’annonce de son nom, elle sursauta.
Le professeur Martin arborait une mine soucieuse.
– Les résultats de vos examens ne sont pas bons. Vous auriez dû venir me consulter dès que vous avez éprouvé les premiers symptômes.
Lara pensa à sa dernière crise d’épilepsie dans son bureau à l’université, à ses pertes d’équilibre, aux troubles cognitifs qu’elle ressentait depuis un certain temps. D’autres priorités l’avaient accaparée au détriment de sa santé.
– Résumez-moi la situation, professeur.
– L’IRM a révélé une tumeur cérébrale à un stade avancé, très agressive, de grade IV, ce qui explique vos fortes douleurs, vos pertes de connaissance. Son volume augmente la pression dans votre crâne. La chirurgie n’est plus envisageable. La chimiothérapie n’apportera rien de mieux dans votre cas.
– Combien de temps me reste-t-il à vivre ?
– Je ne peux pas me prononcer avec exactitude, je peux juste vous indiquer une fourchette variable entre sept et vingt-quatre semaines. En attendant, je vais vous prescrire un traitement antidouleur. N’hésitez pas à consulter notre équipe de psychologues, je suis à votre disposition.
Avant de faire démarrer sa voiture, Lara contempla le parterre de fleurs en éclosion face au parking, composé de coquelicots, de marguerites, de tulipes. Le rouge des coquelicots lui rappela des flaques de sang, vision récurrente qui hantait souvent ses jours et ses nuits. Afin de se calmer, elle inspira et expira à trois reprises. Elle toucha les traces de scarifications sur ses avant-bras pour se rassurer.
Elle extirpa, de son sac, la photo de la sixième victime : Tessa Waget. Un ensemble d’images défila dans sa tête, elle venait de faire le lien entre un détail gravé dans sa mémoire depuis la veille et les jeunes femmes rousses. Elle bénit les coïncidences de la vie. La sonnerie de son téléphone portable interrompit ses réflexions.
– Comment vas-tu, petit chat ?
– Bien Théo, je sors de mon cours de Pilates.
– On dîne toujours ce soir chez Luigi ?
– Oui, à vingt heures, je t’aime.
– Je t’aime.
Ses doigts tremblèrent légèrement quand elle raccrocha. Elle venait de décider de ne pas lui révéler sa maladie, son cancer ne deviendrait pas un sujet. Avant de quitter ce monde, elle ne souhaitait pas d’acharnement thérapeutique ni de tristesse, la mort l’habitait déjà.
Chapitre 5
Cio-Cio-San
1984
Après avoir débité un tas de bois de chauffe en prévision de l’hiver, une cigarette à la bouche, Greta était fascinée devant un parterre d’anémones blanches en éclosion.
– J’ai bien eu raison de semer vos graines l’an dernier. Vous êtes si belles, mes jolies fleurs, si inspirantes. Quelles merveilles !
Assis dans un rocking-chair, enveloppé d’un vieux plaid, Nino se laissait bercer par la seule voix humaine qu’il entendait depuis des semaines. Il avait appris à en connaître les modulations, les intonations, il s’était concentré sur cette voix quand il lui semblait qu’il ne reviendrait pas des limbes dans lesquels l’incendie l’avait fait basculer. Sa présence l’ancrait dans le monde des vivants. Lorsqu’il s’était senti flotter au-dessus de sa carapace de chair, le premier visage qu’il avait distingué était celui de sa sauveuse.
Sa main et son bras droits, dissimulés sous un gant et un manchon en cuir de fabrication maison, reposaient inertes sur l’accoudoir. Une heure plus tôt, Greta lui avait changé ses bandages, il s’était habitué au ballet de ses mains agiles, efficaces. L’effroi venait à nouveau de le saisir à la vue de son reflet dans le miroir fêlé de Greta, fêlé comme son âme. En touchant les contours des tissus scarifiés de son visage, il pensa qu’à ce stade son visage était digne d’une galerie de monstres. Seule la nuit octroyait une plage de repos à ses maux, à son désespoir. Greta lui avait offert un vieux livre d’astronomie pour le distraire. Il s’amusait à identifier les constellations. Il partait en imagination dans une autre dimension, il trouvait là de la consolation, oubliant momentanément sa souffrance et son aspect physique.
Greta l’avait veillé, pansé, soigné jour et nuit en lui racontant l’ensemble de ses missions menées dans des régions en guerre. Elle était persuadée qu’un infime souffle de vie valait la peine que l’on se batte, qu’un être humain pouvait se remettre de toute tragédie et se réinventer. Elle essayait de le convaincre d’accepter sa nouvelle apparence physique.
Elle venait de recevoir une réponse favorable à une requête à un ancien ami de la faculté de médecine, devenu l’un des meilleurs chirurgiens plasticiens, spécialiste des greffes de peau aux USA. À l’époque où ils étaient étudiants, Greta avait réussi à le sortir de l’enfer de sa dépendance à la cocaïne. Il s’engageait à prendre sous son aile son jeune protégé et à tout entreprendre afin qu’il retrouve une apparence quasi normale. Une question demeurait en suspens, qu’en serait-il de son état psychique et de la possible fragmentation de sa personnalité ?
– Alors, mon chou, tu comptes rester assis toute la journée ! Viens voir le soleil. J’ai besoin de ton aide pour débroussailler les mauvaises herbes et planter de nouvelles graines.
Nino se leva avec difficulté, son corps n’était qu’une vaste mer de souffrances. Greta lui administrait un traitement antidouleur, des injections morphiniques en sous-cutané, des topiques anti-infectieux. Elle changeait ses pansements deux fois par jour.
Il attrapa au passage un masque vénitien trouvé dans le bazar de Greta et dissimula son visage bandé. Nino adorait les opéras, les pièces de théâtre, les ballets, les concerts de musique. N’ayant pas les moyens financiers de s’offrir une place, un jour, il s’était faufilé par une petite entrée entrouverte du théâtre de la ville. Caché derrière des malles d’accessoires et des portants de costumes, l’adolescent avait observé les allées et venues des techniciens et des artistes. Quand la représentation avait commencé, il s’était aventuré dans les nombreux couloirs du bâtiment, entrebâillant de multiples portes jusqu’à trouver une loge vide. Dissimulé par un pan de rideau en velours, il avait assisté ému à son premier opéra. Les années avaient filé, les spectacles s’étaient enchaînés, le transportant vers des mondes insoupçonnés. Dans l’auditorium à l’excellente acoustique, il observait parfois les répétitions, la genèse des créations. Ces moments tenaient du sacré. Les salves d’applaudissements, les spectateurs debout à la fin des représentations, les fleurs jetées sur la scène participaient à la magie unique de cet instant où, à l’unisson, un public partageait une ferveur commune, meilleur hommage aux artistes présents qui ont tout donné sur les planches pour leur art et leur auditoire. Il y avait la lumière, le public était heureux, échappant à la réalité pour se plonger dans des mondes fictifs.
Une affiche annonçant un opéra, Madame Butterfly de Puccini avait retenu son attention. À la lecture du résumé, la traduction du mot Butterfly par papillon avait éveillé sa curiosité. Dissimulé dans la loge vide habituelle, il avait assisté à la représentation. Une vive émotion, véhiculée par la richesse des voix des interprètes, l’avait submergé jusqu’au plus profond de son être. À l’instant, où il entendit sur la scène : Cio-Cio-San, son attention fut attirée par le jeu de lumière se reflétant sur une chevelure rousse ondulée qui dessinait un halo de douceur autour d’un visage à la peau diaphane, parsemé de taches de rousseur. Le port de tête aristocratique lui rappela les toiles des grands maîtres florentins du xve siècle. Cette apparition l’avait bouleversé autant que l’épilogue de Madame Butterfly. L’or roux de la chevelure et le visage de madone le fascinèrent. Sur scène, le papillon Cio-Cio-San était délicat et envoûtant.
En se baissant, pour arracher un vieux plant de tomates, la chevalière de son père glissa de l’un des doigts de sa main valide. Il la ramassa. Le ou les incendiaires n’avaient pas réussi à brûler l’essentiel, sa mémoire.
Chapitre 6
Détruis ce masque
2016
– Bonjour, commissaire Châtel, Julius Beauchamp, votre nouvel assistant.
Théo regarda le jeune homme timide qui se tenait devant lui. En se présentant, d’un revers de main, il venait de faire chuter le plus ancien spécimen de sa collection de cactus. En se penchant pour le ramasser, ses lunettes tombèrent.
– Je vous prie d’excuser ma maladresse.
– J’espère que vous êtes plus adroit au tir !
Son teint rouge vira au blanc cadavérique. Théo toisa son nouvel assistant. Le commissaire avait obtenu une rallonge financière pour son département. En échange, sa direction lui avait demandé d’incorporer dans son unité, Julius Beauchamp, beau-fils du préfet de police.
Lara quitta l’exposition de Paul Clément, jeune artiste dont la côte montait en flèche. L’un de ses tableaux et son titre, Détruis ce masque, avaient capté son attention : un homme au visage dissimulé par un masque de clown brandissant un couteau. La couleur verte d’une robe, les chevelures rousses des femmes décédées de l’affaire en cours, les toiles de Paul Clément, un fragment d’une représentation lui revinrent en mémoire. Des dates : janvier, février, mars 1994, janvier, février, mars 2016. Ces vingt-deux dernières années une victime par mois, une interruption de dix ans, des points colorés dispersés sur une carte géographique. Sa théorie devenait crédible : un homme amoureux, en quête d’un absolu, peut-être un fétichiste. Depuis quarante-huit heures, elle venait de brosser un début de portrait psychologique, elle pensait à un soliste, un individu qui voyageait au gré de son métier ou par plaisir, un nomade, d’un niveau intellectuel élevé, un esthète. Le thème de l’exposition de Paul Clément, déstructurer les visages, la laissa songeuse. L’artiste révélait la noirceur des âmes, se servait du sang comme maquillage. Les portraits des vivants se transformaient en masques de morts.
Lara se contempla dans le miroir de la cabine d’essayage.
– Je la prends.
Elle sortit, quelques instants plus tard, encombrée d’un paquet supplémentaire.
Il adorait les coiffer.
– Que tu es belle, mon amour, tu seras bientôt ma reine pour l’éternité.
Chapitre 7
Trouver la faille
2016
Sur la scène du théâtre du Belvédère, Bernardo Moravi répondait à ses fidèles fans.
– Pourquoi ne montrez-vous jamais votre visage ?
– Il a toujours pensé qu’il était préférable de cultiver le mystère.
– Allez, nous sommes entre nous, nous aimerions tant découvrir votre figure. Faites une exception.
– Vous avez devant vous Bernardo Moravi, artiste aux multiples facettes, un et tous ses personnages. Il a de la sympathie pour vous, il est touché par votre ferveur.
L’artiste répondait systématiquement aux questions à la troisième personne.
Lara dissimula ses cheveux crépus sous une perruque rousse, son visage sous un masque blanc. Elle lissa le jabot en dentelle de la robe verte chinée dans une friperie. L’ensemble lui sembla parfait. Elle fit une entrée remarquée dans la salle du Belvédère. En s’installant dans l’un des fauteuils libres non loin de la scène, elle nota le léger frémissement du bras droit de l’artiste. Le fan insista à nouveau.
– Baissez votre garde, faites tomber le masque.
D’autres questions fusèrent, le directeur du théâtre intervint :
– S’il vous plaît, une question à la fois.
– Quel personnage préférez-vous interpréter ?
L’artiste recouvrit sa main droite agitée de tremblements par celle de gauche. Lara se tenait immobile. L’un des fans se tourna brusquement vers elle.
– Lequel d’entre vous deux est le véritable Bernardo Moravi ?
Lara resta silencieuse.
Bernardo Moravi intervint pour briser le doute qui se propageait dans son public.
– Le vrai et l’unique Bernardo Moravi se trouve devant vous.
Dans l’assistance, un homme émit une nouvelle hypothèse.
– Il existe peut-être plusieurs Bernado Moravi. C’est pour cette raison que vous ne pouvez pas nous révéler votre visage.
Lara était satisfaite : le pari, qu’elle s’était lancé, fonctionnait. Moravi semblait de plus en plus déstabilisé, les tremblements de sa main droite avaient gagné l’ensemble du bras et de sa jambe. L’artiste commençait à perdre pied. Travestie, Lara avait semé l’interrogation dans l’esprit des admirateurs du transformiste, qui paraissait être pris au piège tel un lézard coincé à l’intérieur d’une fissure trop étroite pour sa taille.
Agacé, l’homme se tourna à nouveau vers Lara et reformula sa question.
– Qui êtes-vous ?
Lara ne répondit pas, et laissa planer le doute. Elle choisit cet instant pour piquer une marguerite dans ses cheveux. L’artiste semblait fixer un point au fond de la salle. Lara se rendait compte qu’il l’observait, la jaugeait.
Sa visite à l’hôpital, la jonction entre les détails stockés dans sa mémoire, la date de la fin de la dernière représentation sur l’affiche du transformiste avaient précipité sa décision. Cet homme pouvait être une piste. Il fallait passer à l’action sans tarder, sans en référer à Théo, il n’accepterait jamais de la savoir en danger. Dans leurs enquêtes communes, Théo avait imposé une règle : Lara devait rester dans l’ombre, à l’abri des prédateurs qu’ils recherchaient. Elle venait de déroger à cet accord. Les autres collaborateurs du commissaire n’étaient pas au courant de l’aide que Lara lui apportait. Théo réservait les interventions sur le terrain à son équipe ultra-entraînée.
– Préférez-vous la campagne ou la mer ?
– La mer m’apaise, ses ressacs me bercent. J’apprécie le silence bleu et à la fois toutes les histoires de marins, de voiliers, de voyages au long cours que la mer nous murmure. Tout semble possible près de l’océan, prendre le large, s’évader, tout oublier, se perdre dans les sublimes couleurs des couchers et des levers du soleil, dans la ligne d’horizon entre mer et ciel.
Lara fit le rapprochement avec l’une de ses anciennes interviews où il avait révélé que la présence de l’eau calmait ses émotions.
Chapitre 8
Mirage identitaire
1984
À la fin de la lecture de la lettre de son amie Greta, le célèbre chirurgien plastique Zachary Brooks se souvint de leurs années universitaires. Greta, toujours aussi chère à son cœur, lui offrait, sans le savoir, la possibilité de continuer ses essais d’un nouveau traitement en cours d’étude, son sérum de vie. Il était difficile ces derniers temps de trouver des cobayes humains valables. Ses assistants lui ramenaient trop d’alcooliques, de toxicomanes, abîmés par leurs excès. L’arrivée d’un jeune homme sain, sportif, bien que brûlé à 70 %, lui procurait une lueur d’espoir en ce matin ensoleillé à Los Angeles. Dans sa salle de bains d’un blanc immaculé, il admira son visage et son corps parfait, résultats de nombreuses interventions et injections de son sérum de vie.
Nino se retourna et dit adieu à cette forêt qui l’avait vu naître. Il prit place dans le vieux pick-up de Greta, garé sur un chemin. Ils avaient dû marcher deux heures pour l’atteindre, ponctuées d’arrêts. Son état convalescent ne lui permettait pas de porter de lourdes charges. Il n’emportait qu’un léger sac à dos contenant l’essentiel et deux souvenirs : la chevalière de son père, un médaillon, une tenue de rechange, ayant appartenu à un ex-compagnon de Greta. Nino flottait dans ses vêtements, son corps était bandé sur presque toute sa superficie. Greta avait fait appel, en plus de ses soins d’urgentiste, aux esprits et aux plantes médicinales de la forêt. Son protégé, survivant de l’enfer, avait besoin d’être greffé. Elle le confiait aux bons soins de son ami, Zachary Brooks.
Pendant leur trajet, il somnola, bercé par les chansons de Cyndi Lauper diffusées par le vieil autoradio dont Time after time, sa préférée. Plus tard, la chanteuse au look bariolé, au maquillage outrancier, à l’intrépide gestuelle deviendrait une source d’inspiration. À leur arrivée à l’aéroport de Vancouver, Greta le réveilla.
– Une route insoupçonnée va s’ouvrir devant toi. Zachary réalise des prouesses, il va te créer une nouvelle apparence. C’est un vrai magicien, le meilleur dans son domaine, saisis cette chance.
Après une pudique accolade, les deux amis se séparèrent. Cette amitié singulière les lierait toute leur vie. Le chalet de Greta resterait à jamais le lieu où il avait pu panser ses blessures et son vague à l’âme. Le bas de son visage dissimulé par une grosse écharpe tricotée main par sa sauveuse, Nino baissa la longue visière de sa casquette de baseball. Devenu un monstre, il se sentait sans identité. Sur la passerelle de l’avion, il se rappela : Cio-Cio-San, il la retrouverait. Il ne se préoccupait pas de rechercher les incendiaires. Seule comptait Cio-Cio-San, accepterait-elle sa défiguration ?
Chapitre 9
Sur tes pas
2016
Julius Beauchamp accroché à ses basques, Théo avait passé une pénible journée. Son image trop lisse de premier de la classe le dérangeait. En rentrant de déjeuner, il avait remarqué que son habituel fouillis de dossiers et de notes n’était plus disposé de la même manière. Le préfet et le directeur de cabinet du Premier ministre ne le lâchaient pas. L’affaire très médiatisée des femmes rousses ne devait pas se transformer en une nouvelle psychose générale. Il fallait au plus vite des résultats, appréhender le ou les coupables pour calmer les esprits. Théo pressentait que cette enquête allait évoluer, une question de jours. Il se rappela cette phrase de Lara au petit déjeuner « je suis sur une piste, il subsiste quelques détails à vérifier ».
Théo attendait Lara au restaurant, il commençait cependant à s’inquiéter, elle avait une heure trente de retard, ce n’était pas son habitude. Il lui avait laissé des messages sur son répondeur et envoyé des SMS restés sans réponse. Où était-elle ? L’université était fermée à cette heure. Il avait appelé Sophie, sa meilleure amie, peut-être que Lara était passée au siège de l’association où elles étaient toutes les deux bénévoles certains soirs de semaine. Sophie n’avait pas eu de ses nouvelles depuis le début de l’après-midi. Théo délaissa le restaurant et décida de rentrer chez eux.
La séance de questions-réponses avec le célèbre transformiste Bernardo Moravi venait de prendre fin. Il restait toujours aussi énigmatique. En un fragment de secondes, il s’était éclipsé de la scène. Lara profita d’un moment d’inattention des groupies pour quitter, à son tour, la salle. Elle se changea dans les toilettes, enfila un large sweat-shirt et un legging noir. Elle garda la perruque rousse qu’elle dissimula sous une casquette. Enfermé dans sa loge, l’artiste ôta son masque en latex et ferma les yeux pour se recentrer. Quand il les réouvrit, il regarda sans émotion son visage défiguré. Cette séance s’était transformée en une terrible épreuve. Qui était cette créature affublée d’un masque blanc, surgi de nulle part ? Le besoin d’étreindre Cio-Cio-San et de la retrouver se fit à nouveau pressant.
Dans la ruelle de la sortie des artistes du Belvédère, Lara se dissimula derrière une haie d’arbustes. À travers les branches, elle distingua le clair de lune. Pour se donner force et courage, elle se rappela les paroles de la comptine que sa mère lui répétait chaque soir : « Doucement, ton ami le chat viendra se blottir contre toi… »
