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Un ouvrage qui, selon toute vraisemblance, marquera les esprits en ce sens où il s’agit bien de l’essentiel de la philosophie de l’auteure, car il y aura toujours deux dimanches pour se questionner en soi.
« L’odeur des croissants me chatouille le nez. D’où vient le fait qu’on se réjouit encore de ce « demain, c’est dimanche, on va pouvoir faire la grasse-matinée » ? Comme si on ne pouvait pas la faire chaque jour que Dieu fait depuis qu’on est libre de son temps, qu’on se lève pour écrire principalement. Non, cette sacralité du dimanche signe et persiste. Une amie, au téléphone, me demande si elle peut me déranger un dimanche. Les magasins ne sont même pas fermés ici chez nous. Un vieux reliquat de religion catholique ? Je ne crois pas. J’opterais plutôt pour un rythme de vie tellement ancré dans nos gènes qu’on ne peut s’en débarrasser. D’ailleurs, le voulons-nous ? Pas vraiment et c’est pourquoi j’ai mis ici "deux dimanches la semaine". »
À PROPOS DE L'AUTRICE
Journaliste culturelle,
Annie Depont fonde en 2006 le magazine TRACES. Elle le dirige pendant dix belles années pleines de rencontres d’auteurs, d’artistes et de personnages incroyablement enrichissants. Elle partage ses coups de cœur en organisant des expositions jusqu’au Japon. "Fanny, les ailes sur le sol" est son premier roman, un deuxième est en préparation, ainsi qu’un recueil d’articles qu’elle a publiés au cours des dernières années.
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Seitenzahl: 149
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Annie Depont
Deux
dimanches
la
semaine
journal
À Mimi,
« Si écrire est un luxe, écrire son journal est le luxe des luxes… Chaque jour est une page blanche, pour la remplir, il faut remplir sa journée… Doit-on exagérer sa manière d’écrire ou samanière de vivre ? Dilemme. »
Yann Moix
Avant d’entamer la lecture de ce livre, laissez-moi vous présenter sa couleur. Il s’agit d’une suite de petites nouvelles, de brefs récits, de courts essais, sans aucune prétention de plan ni de structure. La forme de journal intime que prend cet ouvrage, au fur et à mesure de son développement, ne prétend pas délivrer un message personnel exclusif qui ne puisse être généralisé et partagé par de nombreux humains. Je souhaite donc vous voir vous promener à travers collines et vallées, ces hauts et ces bas qui composent toute vie, je désire savoir que vous vous êtes arrêtés sur tel ou tel sujet pour affiner votre réflexion et constater que « nous-sommes-tous-beaucoup-pareils ». Si l’envie vous prend de partager vos opinions, vous me trouverez aisément sur Facebook et choisirez entre message public ou message privé. Je vous répondrai assurément.
Pour répondre à la citation en exergue, j’exagère toujours. Et ma manière de vivre, et ma manière d’écrire, alors, s’il vous plaît, ne prenez pas tout au pied de la lettre, ne soyez sûr de rien ni de personne. Le personnage que vous croyez avoir reconnu est peut-être un assortiment de personnalités composant mon cercle rapproché. Ne sautez donc pas aux conclusions, vous ne me connaîtrez jamais tout à fait.
Elle jardine le dimanche, réfléchit le lundi, danse le swing le mardi, écrit le mercredi, va chez le coiffeur ou la manucure le jeudi, rencontre des auteurs le vendredi, reçoit ses amis le samedi et va nager le dimanche. Chaque jour, un peu de piano, une heure de lecture et aussi une heure de travaux ménagers, ce qu’elle déteste. Oui, oui, il y a deux dimanches dans la semaine, un qui la commence et un qui la termine. Tu sauras.
Chaque matin, les orchidées sont brumisées, puis c’est le courrier à explorer. Tout par Internet. Les enveloppes sont réservées aux mauvaises nouvelles ou aux factures, ce qui est la même chose. C’est le menu du matin, c’est court, car elle se lève très tard, comme les artistes. Une publication sur Facebook si son actualité s’y prête et une page au moins d’écriture – cinq cents mots en après-midi au coin du feu l’hiver et sur la terrasse sous les arbres, l’été. Donc, pas uniquement le mercredi. Elle écrit vite, puisque tout a été préparé dans sa tête avant de se mettre au clavier. Cette « écriture mentale » surgit au lit bien souvent, c’est pour cela qu’elle traîne le matin. Ensuite, il y a beaucoup de peaufinage : choisir un mot meilleur, une sonorité, raccourcir une phrase, préciser une date ou un lieu. Se mettre à la place du lecteur pour la compréhension, le sourire et le plaisir, si possible.
En après-midi, un œil sur l’international de tennis en cours à la télé, un autre sur une liste d’éditeurs sur son ordi. On en choisit un d’après le manuscrit à envoyer, on fouille les sites Internet, on fait un minimum de recherches et on envoie avec un mot personnalisé, selon l’inspiration. Plus d’une trentaine de réponses sont attendues en moyenne. Espoir. Espoir et lucidité, car il est bien spécifié que « si vous ne recevez aucune réponse de notre part dans les trois à six mois, c’est que votre livre n’a pas retenu notre attention. » Donc, en fait, on n’attend rien, la mer livrera la bouteille au rivage si elle veut.
La fin de l’après-midi est consacrée aux informations. Que s’est-il passé dans le monde aujourd’hui ? Un ou deux débats d’experts permettent de se faire une idée sur les enjeux de la planète. Le soir, c’est soirée cinéma, talk-show ou documentaire. Biographies de personnalités sur YouTube, c’est ce qu’elle préfère. Tout en dégustant du chocolat noir et deux verres à liqueur de vodka.
Le premier livre, Fanny, les ailes sur le sol, un roman autobiographique, a finalement été publié fin 2021. Finaliste au Prix du livre de l’année de l’Association des Auteurs des Laurentides, il a bien commencé sa carrière. Sa traduction est presque aboutie, la Quebec Writer’s Federation aidera peut-être à trouver un éditeur anglophone.
La réédition de Fanny en français est envisagée par un éditeur québécois qui annonce un développement au printemps. Faire preuve de patience. Trois mois, ce n’est rien, surtout si on ne passe pas son temps à attendre.
Justement, la relecture de Paola, en roue libre, le récit à trois plumes de la vie d’une jeune femme en fauteuil roulant, occupe tout l’espace-temps. Mise en place des chapitres et révision. Puis, recherche d’un éditeur idoine. Chaque livre étant d’un genre différent, la difficulté à trouver un éditeur est multipliée d’autant. Si tu fais une série de romans, tu peux n’avoir qu’une seule maison d’édition. Dans le cas d’Astie d’Française de marde, il y a lieu de séduire un éditeur d’essais. Pas évident à commercialiser, les essais. Mais écrit-on seulement pour vendre ?
Puisque chaque projet touche à sa fin et qu’il n’est pas question de se sentir orpheline, désœuvrée, stérile, un nouveau manuscrit est mis en chantier. Il y a plusieurs débuts de livres dans le tiroir. Choisir un roman d’amour, si possible. Une fiction s’appuyant sur une proche réalité, mais qui essaiera de laisser ses personnages vivre leur vie et surprendre leur auteur. Le rêve absolu serait de savoir créer un personnage, central ou pas, amoureux de son auteur. Une forme d’amour sur mesure. Qui n’en a pas besoin ?
Le dimanche
La jardinière du dimanche aime donc les plantes – vertes et d’intérieur l’hiver, fleuries et d’extérieur l’été dans deux grandes jardinières en bois. Elle apprend sur le tas, c’est le cas de le dire. Sur la petite étagère de la fenêtre, dans la cuisine, des boutures de tout et de rien, des expériences, comme quand elle était petite et qu’elle se rendait au fond du jardin, se mettant à plat ventre sur la margelle du puits – à ses risques et périls – afin d’attraper les jeunes fougères qui naissent entre les pierres, pour les repiquer dans des pots de yaourt en carton. Encore aujourd’hui, lors de ses promenades, deux choses attirent son attention : les plantes et les pierres. Peu à peu, elle a acquis une petite expérience qui lui permet de reconstituer des plates-bandes de plantes indigènes. Quant aux pierres, elle ne rentre jamais d’une marche sans au moins un caillou rond, poli, veiné ou gris argent. Elle dispose sa récolte à la queue leu leu tout autour de sa maison, comme on le fait au Japon.
Jour honni des travailleurs qui doivent gagner leur vie sans plaisir, elle réfléchit. Elle a beaucoup travaillé au cours de sa vie. C’est une manière de dire qu’elle ne fait plus grand-chose aujourd’hui. Rien serait plus exact. Qui a dit qu’on n’avait pas le droit de ne rien faire ? Juste vivre. Si une occupation passionnante se présente, alors, lundi est le jour idéal pour l’intégrer à l’agenda. Ce cahier de dimension modeste, demi-format A4, dirige sa vie. Jadis, il était plus grand et tout noirci d’idées, de projets et de rendez-vous, car madame la jardinière était très occupée et n’avait alors aucun temps pour jardiner.
Mais elle a toujours dansé. C’est son sport favori. D’autres courent après le vent, elle court après la musique. Le swing a remplacé la danse classique, car il faut vivre avec le temps du corps. Le temps de sa propre vie, pas celui des autres évidemment. Le swing peut se danser jusqu’à la mort, pas le ballet. À force de progression, la voilà en panne de cours à intégrer. Il n’y a pas de cours intermédiaires ni avancés dans la région, elle s’est donc abonnée aux cours particuliers. Oui, c’est cher, mais si tu réfléchis bien, on ne s’occupe que de toi pendant une heure. Tu y gagnes. Et puis, le prof est sympa.
Le mercredi est un peu plus intense. Il y a des délais à respecter pour certains projets. Elle n’écrit jamais pour écrire, elle écrit pour être lue. C’est parfois une réponse à une amie. Parfois, elle a besoin d’exprimer une colère ou une peine qu’il vaut mieux passer sous silence, pour l’instant, mais qui fera sûrement partie d’un chapitre plus tard. L’écriture est une denrée précieuse, elle n’est pas faite pour traîner dans des tiroirs, mais pour être partagée.
Le mercredi, donc, jour d’écriture, de révision, de mise en pages, de discussions avec son éditeur (oui, oui, elle en a trouvé un !), d’avancement des travaux en cours. Pour le moment, six livres sont en chantier : le premier, déjà publié, mais dont il faut continuer à s’occuper du marketing, le deuxième qui est en production chez l’éditeur, dont la couverture est prête, qui attend son numéro d’ISBN 1, le troisième qui sera la réédition augmentée du premier, le quatrième, sa version anglaise déjà terminée, le cinquième, un livre à trois plumes, presque achevé, dévoilant de l’intérieur la vie, le quotidien, les ressentis d’une jeune femme en fauteuil roulant, et le sixième qui est le démarrage d’un roman d’amour. Donc, six livres qui se trouvent à différents niveaux de la chaîne de production afin de respecter un rythme régulier de parutions.
Le jeudi
Jeudi, on pense à soi : manucure ou coiffeur ou autres rendez-vous esthétiques et emplettes. Car l’image de la jardinière doit être soignée, autant pour elle-même que pour son public. Même si on n’est pas au sommet de la gloire, et on ne sait jamais, cela peut arriver très vite, il y a lieu de prendre et de maintenir de bonnes habitudes. Une bonne présentation à tous les niveaux est le but à atteindre, tant en ce qui concerne la présentation visuelle de ses livres que l’élégance de l’auteur.
Le vendredi
Vendredi est la rencontre hebdomadaire des trois plumes. Rencontre informelle, mais qui fait avancer le schmilblick 2. Il s’agit d’ouvrir les portes du quotidien d’une jeune femme, artiste de talent, active, joyeuse et dynamique, qui se retrouve progressivement empêchée par l’arrivée d’une terrible maladie auto-immune : la sclérose en plaques. Ce projet n’est pas qu’un récit, il est l’occasion d’une rencontre extraordinaire entre trois femmes de trois décennies et trois personnalités différentes. Une grande amitié est née de cette rencontre et de ce travail. Tiens, l’amitié, voilà un sujet à recadrer, on en reparlera tout à l’heure…
Le samedi
Samedi, jour des amis. Il faut les entretenir, ces liens, il faut les arroser avec de bons vins et leur fournir bonne nourriture. Monter une belle table est un acte artistique. C’est un plaisir de recevoir et il en sort toujours quelque chose de positif : une discussion qui mène à une réflexion profonde, un chapitre de livre, peut-être aussi, et pourquoi pas un titre ou un personnage ? La jardinière du dimanche jardine toujours dans sa tête…
Le dimanche
Deuxième jour de sport de la semaine. Il paraît que c’est le minimum, deux jours. Ce jour-là, à midi, il n’y a presque personne à la piscine du coin. On peut nager tranquille, dans les lignes, sans se faire bousculer par des gamins. Pour ceux-là on a donné, on a passé la période des ébahissements devant leurs prouesses, d’autant que les bambins des autres…bof. Les siens sont grands, maintenant, on gère d’autres éclaboussures, mettons. De ça aussi, on en reparlera.
Les inachevés
Voilà le semainier de la jardinière du dimanche. Lorsqu’un jour se libérera, on lui trouvera une autre attribution, ce ne sont pas les inachevés qui manquent. Ah ! à propos d’inachevé : le piano et son apprentissage laborieux. Chaque fois que son mari sort de la maison, afin de ne pas lui casser les oreilles, la jardinière du dimanche fait ses gammes, chaque jour, parfois seulement une dizaine de minutes, parfois plus, mais jamais jusqu’à s’en écœurer. Car pour persévérer, il faut s’assurer de la politique des petits pas, l’ordonnance des petites doses est importante. Pareil pour l’écriture, d’ailleurs. Et pour la lecture. Tout en homéopathie.
Il paraît qu’un écrivain doit toujours lire. Dans « toujours », il est question de régularité. Quand l’envie n’est pas au rendez-vous, une seule page suffit. Être indulgent avec soi-même est une habitude difficile à prendre lorsqu’on a passé sa vie à faire beaucoup d’efforts. De gros efforts pour y arriver, toute sorte d’efforts pour plaire ou pour faire plaisir, pour être parmi les meilleurs, pour jouer le jeu… Cette période est passée, la longue tresse est saupoudrée de neige, le rythme est volontairement ralenti (sauf pour le swing, bien sûr, qui est comme un essai moteur pour vérifier que les rouages sont encore bien huilés).
Parmi les inachevés, la mise à jour du classement de la bibliothèque où se cachent des pépites de joie et de souvenirs.
Les délais
Ce qu’il faut faire « pour avant-hier » n’a plus cours. On respecte les saisons. L’automne de la vie peut être tout aussi lumineux que le printemps à condition de prendre son temps. « Rien ne sert de courir, il faut partir à point » est plus que jamais la règle. Et surtout, surtout élaguer, tailler, raccourcir, simplifier le plus possible. « Le jour où la lenteur s’est emparée de moi 3 », comme l’a écrit la très charmante Marie-France Gaumont, « elle m’obligea à me poser, penser, équilibrer, me dorloter, vivre au présent, enlever ma montre, bouder mon agenda, étirer la lessive, escamoter les tâches, célébrer les coins ronds…»
Célébrer les coins ronds… quelle jolie formule ! En bonne jardinière, elle récolte toutes les fleurs qu’elle rencontre dans les livres de ses amis ou des grands écrivains qui l’inspirent. Comme dans la vraie vie, elle les assemble en bouquets harmonieux. L’ikebana est l’art japonais de célébrer la nature en créant un objet de contemplation. Un livre aussi doit être un objet de contemplation. La lecture est une intrusion dans le monde ou dans l’âme de l’écriture. Le lecteur s’invite chez l’écrivain pour contempler, analyser, aimer – ou non – son for intérieur.
La péremption
On a dit qu’on allait parler d’amitié. Hélas, la date de péremption n’est pas écrite sur l’emballage, et pourtant, elle existe bien. « Amis à la vie, à la mort », il vaut mieux mourir assez vite, alors, pour ne pas assister au désolant spectacle de la débâcle, à cette ruine des sentiments, à l’Alzheimer, feint ou non, qui gomme les plus beaux souvenirs.
L’amitié est une chandelle dont la flamme peut s’éteindre au moindre courant d’air et ne se rallumera pas toute seule. L’événement ne fera aucun bruit, il n’y aura plus de lumière, c’est tout. On a ouvert la porte de l’éloignement et la fenêtre du temps, le vent s’est engouffré et patatras, même le vase a fait la culbute. « Souvent aussi la main qu’on aime effleurant le cœur le meurtrit, puis le cœur se fend de lui-même, la fleur de son amour périt. 4 » Soit on se retourne et on s’aperçoit qu’il n’y a plus rien, soit on constate une fêlure et il faut décider si la réparation vaut le coup.
Là encore, les Japonais ont trouvé la solution du kintsugi, ou l’art de sublimer les fêlures en y coulant de l’or, acceptant ainsi l’imperfection en y donnant de la valeur. Tout le monde n’est pas capable de faire ça. Certains pensent recoller les morceaux avec de l’or, mais en fait, c’est de l’argent. Or, l’argent pollue tout, particulièrement les relations humaines.
Une relation naît, vit et meurt, comme beaucoup de plantes. La petite jardinière a pleuré en apprenant cela. Elle y croyait, elle, à l’amour-toujours et à l’amitié-éternité. Elle est encore très tenace à conserver ses liaisons, mais certaines sont comme le sable fin qui s’échappe entre vos doigts.
Récemment, elle a retrouvé la trace d’une de ses grandes amies, perdue de vue, on ne sait pas comment. Voulant couler de l’or dans la fêlure, elle s’est fait vertement rabrouer. C’est terrible de ne pas savoir la raison. Et le déni du passé qui verse de l’acide sur la blessure : On se demande bien comment nous avons pu être amies pendant tout ce temps. Cinquante ans aux ordures…
Une autre forme de rupture est celle où tu constates que ta plante chérie ne veut plus de son tuteur. Tu as été son soutien dans son beau développement, elle s’est épanouie grâce, entre autres, au temps que tu lui as consacré, à l’argent que tu as investi dans ses projets, aux contacts que tu lui as fournis et dont elle s’est largement nourrie, et puis, sans crier gare ! ni au revoir ni merci, la voilà partie. Elle pioche encore dans ton carnet d’adresses, mais elle n’y trouve plus ton nom.
Donc, amis très chers qui êtes encore là et nouveaux amis si enthousiastes, soyez certains que l’obsolescence est bel et bien programmée tant pour les annuelles que pour les vivaces.
Peu après la parution du premier roman, il y eut les questions des amis, des journalistes, des amis-journalistes et autres curieux lecteurs. Des entrevues, aussi, un salon du livre, des séances de dédicaces chez les libraires.
Elle avait écrit ce livre pour ses amours, ceux que l’on nomme les siens, les proches, l’entourage. Ses personnages, en fait. Aucun d’eux ne l’a compris, il a été impossible d’en parler plus de deux minutes alors que le but était de révéler la photo de famille en laissant une empreinte indélébile d’amour et de racines. Certains se sont regardés dans le miroir et ne se sont pas reconnus. Ils ne se voyaient pas ainsi. « Parlez-moi d’moi, y’a qu’ça qui m’intéresse », chantait Jeanne Moreau sur les paroles de Guy Béart. Aucun n’a lu la vie de Fanny, chacun cherchant son propre reflet conforme à l’idée qu’il s’en faisait déjà. Quant à un objet littéraire, il n’en a pas été question. En était-ce vraiment un, d’ailleurs ?
Un vrai flop du côté familial.
C’est donc de l’extérieur qu’est venu le vent. Doux et chaud. Une nomination en tant que finaliste d’un prix littéraire, de très jolis commentaires et surtout des interrogations variées.
En voici quelques-unes…
—Mon enfance a été bercée par les aventures de Babar, le petit éléphant.
— Puis est apparue la jeune Lili sous forme de cahiers mensuels, je crois. Ou hebdomadaires, je ne sais plus.
— En même temps que toute la collection de la Comtesse de Ségur.
