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Un témoignage poignant et porteur d'espoir sur la sclérose en plaques.
« La descente aux enfers pourrait bien définir le parcours de Paola n'eut été l'extraordinaire prise de pouvoir de ses pensées sur son état physique. Ceci est l'histoire, écrite à trois plumes, de la vie d'un vif-argent peu à peu restreint à rouler sa bosse dans un fauteuil électrique. Il s'agit également d'une formidable leçon de vie à l'intention de ceux qui risqueraient, un jour ou l'autre, de manquer de courage. » (Annie Depont, coauteure du livre)
Un ouvrage percutant sur une femme qui se bat, une véritable source d'inspiration pour tous et toutes. Avec force détails, rires et joies, Paola Corbo nous raconte son quotidien avec la sclérose en plaques avec un détachement hors du commun.
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Seitenzahl: 205
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Annie Depont • Paola Corbo • Valérie Spitzer
Paola,
en roue libre
récit
Donner un espoir aux personnes
atteintes de la sclérose en plaques
Préface de Jean-François Beauchemin,
auteur du roman Le Roitelet
© Les Éditions Garuda, 2023.
ISBN : 978-2-925342-13-7
Dépôt légal : Troisième trimestre 2023
Table
En référence à la version brochée, papier
Les trois plumes : Annie Depont, Paola Corbo, Valérie Spitzer 11
Notes des auteures 13
Préface de Jean-François Beauchemin 17
PROLOGUE 23
Bonjour, chère amie 26
Je suis une danseuse hors pair 29
« Le trio est complété ! » 31
Là où ça commence 33
Qui suis-je ? 35
« Il a été mon cadeau de Noël ! » 37
« Nous sommes très amoureux ! » 39
Les difficultés ne l’arrêtent pas 42
L’homonyme de son nom de famille 45
L’argile 47
Aujourd’hui, c’est Serge qui m’accueille chaleureusement 51
« À quoi tu penses ? dit l’un. — À rien », dit l’autre. 53
Ce matin, c’est le thème de l’insouciance qui est à l’honneur 55
Un beau dimanche du mois de juin, à Tremblant… 58
Lettre à Annie en date du 9 juillet 2022 [61]
Aujourd’hui est une journée bien spéciale 63
Mécréante ? 68
« Aimez-vous l’un l’autre, mais…» 71
La mal-a-die 72
Société canadienne de la sclérose en plaques 75
Hommage à mes ancêtres 77
Alimentation crue et vivante 77
La mixture 80
Manger cru et vivant ? Manger du poulet cru ? 83
Mon style de vie 86
Le mode de vie n’est pas une religion 89
La vie à pleins poumons 92
Les bienfaits du jardinage 95
Je n’aime pas la salade 98
La pandémie est un beau cadeau 101
Valérie Spitzer 104
Frère Jacques, frère Jacques… 105
Les praticiens 108
Un soin incroyable 110
Comme un petit miracle 113
Le pot de confiture 116
La douleur 119
Les loups 121
Le phénix 124
Changement de cap 126
Tout une escouade ! 128
Si j’étais Paola… 131
«Je t’écris de la main gauche » 133
Mourir à petit feu 135
Accepter l’inacceptable 136
Les émotions 138
La colère ancestrale 140
La tristesse 142
Le juste milieu 145
Annie, la guerrière ! 148
La tendresse 150
Awèye ! 152
En « furieux maudit » 154
L’injustice 156
La joie émane d’un cœur aimant 159
La peur 160
Peur de quoi ? 162
La peur et l’amour 164
Faire des « bulles » 166
La petite fille 169
Un sujet délicat et sensible 172
Un slowlangoureux ! 174
Après le slow, le swing! 176
Cher lecteur… 179
Retrouvailles 182
Le système du nerf veut 184
Les mécaniciens 186
La roue tourne 187
Annie a fait un bien joli rêve ! 189
Bifurquer sans « s’enfarger » 191
Développé à cent pourcent au Québec ! 193
La magie de Noël existe ! 196
Le pont sur la rivière 199
Lettre à monsieurBédard 202
Le jour où elle guérira… 204
Quand est-ce qu’on danse ? 207
Leçons de vie 209
Et pendant ce temps-là… 211
Expérience de Serge 214
La conclusion n’est pas une fin en soi ! 218
Mettre au monde un livre 221
Conclusion 223
Remerciements 225
Recettes du bonheur 231
Gaufres de Serge 232
Lait d’or au curcuma 234
Réjuvélac au quinoa 235
Choucroute aux légumes 237
Vinaigrette Caméléon 239
Soupe énergie d’Ann Wigmore 240
Soupe miso 242
Hachis 243
Pad thaï cru 245
Salade de chou-fleur 247
Gâteau aux carottes cru 248
Brownies décadents 250
Les trois plumes :
Annie Depont, Paola Corbo, Valérie Spitzer
Notes des auteures
Ces observations et cette curiosité permettent également de trouver des solutions, car un esprit libre et ouvert verra plus facilement que d’autres les petits sentiers adjacents tandis que les désolés resteront englués dans leur désolation.
Annie
Autrement, pas le choix, s’énerver empire la situation, augmente les contractions, les sensations de brûlure. La meilleure manière d’abréger la souffrance est d’invoquer l’état de joie. Pour y accéder, je détiens des paroles-clés, celles qui réconfortent.
Paola
Malgré les différents maux qui l’assaillent, elle choisit consciemment d’invoquer la joie plutôt que la peur. Je crois bien que c’est ce qui m’a donné envie d’écrire ce livre. Elle nous rappelle à chaque instant que nous créons notre vie.
Valérie
À nos amis
À nos amours
À qui veut l’entendre
Préface de
Jean-FrançoisBeauchemin,
auteur du romanLe Roitelet
Un subtil appel à l’élévation
Malgré les différents maux qui l’assaillent, elle choisit consciemment d’invoquer la joie plutôt que la peur. Ces mots simples de Valérie Spitzer (l’une des trois auteures de Paola, en roue libre), résument admirablement la rai-son d’être et l’esprit de ce livre inoubliable. Car ne nous y trompons pas : en dépit de la douleur devinée, finement évoquée partout dans les pages que voici, c’est ce parti-pris pour la joie qui demeure dans la mémoire après, bien après leur lecture.
Qu’est-ce que l’âme ? Pas facile de définir un objet aus-si insaisissable, voisin de l’esprit, cousin de la conscience, proche parent de l’intuition. Il nous vient spontanément en tête l’image, approximative mais séduisante, d’un canal, d’une sorte de voie d’accès à une réalité cachée mais pres-sentie et dont nous devinons sourdement qu’elle est en lien,
d’une façon ou d’une autre, avec le corps. Ce sont ces éton-nants allers-retours entre l’âme et la chair, cette recherche d’un passage vers le jour, et donc cette sorte d’élévation, que provoque en nous la lecture de ce livre qui devrait figu-rer, pour quiconque doute du pouvoir de l’amitié, du don de soi, de la volonté et de la confiance sur la courte liste des ouvrages indispensables. Car il y a dans l’ouvrage pa-tiemment et lumineusement écrit par Paola Corbo, Annie Depont et Valérie Spitzer une très éloquente illustration de ce désir de vivre qui non seulement résiste à tout, mais qui aussi brille à l’avant de la vie comme les feux de position d’un navire.
Il convient par ailleurs de dire quelques mots concer-nant la forme, révélatrice, donnée au texte par ses auteures. On notera qu’il est du début à la fin constitué de très courts chapitres (une page en moyenne). Cette physionomie gé-nérale n’est pas anodine : elle est mise au service d’une cer-taine façon de réfléchir, puis de ressentir les choses, et par extension, d’une certaine façon de concevoir l’existence dé-peinte ici, vécue au jour le jour, par tranches, dirions-nous, comme pour en fragmenter et en atténuer la dureté et peut-être la souffrance. Cette manière de décrire le monde et la vie comme en instantané est en vérité très proche du fonctionnement de la mémoire elle-même qui donne accès au réel par l’entremise de sa collection d’images disconti-nues. Dans le contexte de ce livre, la chose en effet n’est pas sans importance. Car par elle, nous assistons en direct, pour ainsi dire, à la fabrication d’une sorte de boîte à sou-
venirs qu’on ouvrira et rouvrira plus tard en se rappelant ces moments tendres partagés entre trois personnes mani-festement très liées et par le cœur, surtout. Il ne faudrait pas croire pour autant que ces images sont figées, à jamais fixées comme sur une pellicule photographique. Elles ne le sont nulle part et leurs couleurs changent sans cesse au gré des pages et des circonstances que leur commande le temps qui passe, ce grand peintre improvisateur.
De la plus simple des manières, ce livre, en somme, inter-roge la nature humaine, s’étonne et s’émerveille de l’activi-té des sens, s’émeut de la beauté du monde. On y perçoit à chaque ligne une farouche détermination à surpasser le malheur ou en tout cas à lui tendre la main. On en est, à la longue, comme frappé de stupeur : comment, en côtoyant de si près l’adversité, peut-on à ce point célébrer l’exis-tence ? La réponse tient sans doute en ce souci de vérité si palpable dans ce petit ouvrage en forme de calepin de bien-veillance. Car que nous reste-t-il à la fin de sa lecture ? Les reflets d’un objet plus brillant encore que les songes, que les desseins et même que les actions. On y a vu s’animer une vie obsédante, tragique et magnifique, que la vie ordi-naire, trop rapide et compliquée, peut-être, ne nous révèle guère ou ne nous révèle que trop tard.
Aucune existence n’échappe aux maux du corps, de la pensée, de l’humeur ou du simple caractère. Mais pour-quoi chaque vie ne profiterait-elle pas de leur contrepoids d’attention, d’intelligence et de grandeur ? C’est l’objectif ambitieux que mesdames Corbo, Depont et Spitzer se sont
fixé : décrire des situations, des sensations, des pensées et des caractères auxquels l’instinct, la compréhension et la sensibilité se mêlent non seulement sans se nuire, mais en se complétant. Pour cela, les auteures choisissent de montrer au lecteur des gens qui lui ressemblent, non pas tellement dans leurs faits et gestes ni même dans leur histoire person-nelle, mais plutôt dans une espèce de mécanique univer-selle du sentiment. Comment diable y parviennent-elles ? Par la constance et en unissant leurs forces. Encore ici, une image vient à l’esprit : celle du maçon qui inlassablement soulève, puis scelle ses pierres, et dont le geste mille fois reconduit finit par former un monument qui à la longue le dépasse en hauteur et en stabilité.
« J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé », écrivait Voltaire en 1761 dans une lettre à son ami l’abbé Trublet. Deux siècles et demi plus tard, la phrase ré-sonne en nous comme si elle avait été prononcée hier. C’est qu’elle contient une vérité immuable, intemporelle et uni-verselle. Celle évoquée ici, dans l’histoire immensément touchante de cette Paola qu’on aime et qu’on voudrait, comme le font trois magnifiques auteures, serrer contre son cœur et accompagner dans l’épreuve. Une vérité toute simple, en somme : il n’est pas tant de distance séparant le corps et l’esprit, la substance dont nous sommes faits, et son essence ou son âme, comme on voudra. À nous de tirer les enseignements de cette âme qui on dirait cherche à se soulever. À nous de dépasser, au moins par instants, les contingences de cette vie quelquefois trop étroitement
matérielle et d’accéder ainsi, peut-être, à une vie plus haute, moins humainement tragique.
Jean-François Beauchemin
Le vendredi 26 mai 2023
Prologue
« Tu t’en fais trop avec ce qui était ou ce qui sera. Hier est derrière nous, demain est mystère et aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle le présent 1».
Certains diront que ma rencontre avec Paola est le fruit du hasard. En ce qui me concerne, je parlerai davantage de synchronicité. Vous savez, ces moments magiques où l’on a l’impression que tous les astres sont alignés et que l’on est en train de vivre une situation qui va influer sur le cours de nos vies ?
Elle a commencé à me parler de son quotidien, tout ce qu’elle met en place pour aller mieux :l’alimentation vi-vante, l’aromathérapie, la spiritualité. C’est fou le nombre de points que nous avons en commun ! Comme dit ma fille Jade : « Maman, on dirait ton âme-sœur, mais en plus vieille ! » La vérité sort souvent de la bouche des enfants.
Recruteuse, chasseuse de têtes depuis plus de vingt ans, j’arrivais à un tournant de ma vie. Alors, en parallèle, j’ai commencé un service d’accompagnement auprès de per-sonnes âgées atteintes de maladies dégénératives de type Alzheimer ou simplement de personnes en perte d’auto-
1. Ici, ce sont les paroles de maître Shifu, personnage du film Kung Fu Panda (2008)
nomie. Une magnifique expérience où chaque patient me rappelle l’importance du présent. Il existe des moments où la maladie n’existe plus. Nous sommes leurs aidants, ils sont nos enseignants !
Et puis, voilà la pandémie. Toutes sortes de procédures furent mises en place dans les résidences et il fallait pou-voir montrer « patte blanche » avant d’y pénétrer. Passe-port vaccinal, masque, blouse, lavage de mains à répétition. Tout cela ne correspondait pas trop à l’anticonformiste que je suis. J’ai donc mis entre parenthèses cette activité en me disant : « Un jour, la vie me ramènera vers ce travail qui n’en est pas un tellement il emplit mon âme de bonheur et fait chanter mon cœur ! »
Un an passe… Une petite annonce sur Internet, un coup de fil, une rencontre « coup de cœur » par un beau dimanche après-midi, et hop ! je suis engagée. J’accom-pagnerai Paola, atteinte de sclérose en plaques, dans son quotidien tous les vendredis, au sein de sa jolie maison écologique nichée au cœur de la forêt. Une brise d’air frais avant la fin de semaine !
Ainsi, chaque vendredi, Paola me fait entrer dans son monde. Avec sa gentillesse toute simple, son charme dis-cret, son amour sans jugement, elle pourrait en apprendre à plus d’un, je vous assure ! Déjà, elle me fait découvrir les joies de l’alimentation crue et vivante, indispensables au maintien de sa santé. Promis, on vous donnera quelques recettes à la fin de ce livre !
Ensuite, elle m’initie, avec son conjoint Serge, aux ver-
tus des soins énergétiques :reiki, quanta-massage. C’est fascinant !
Et cet enseignement continue. Elle partage également la richesse de sa vie intérieure. Eh oui, quand on est cloué dans un fauteuil, soit on se lamente et on se victimise (moi, franchement, c’est ce que j’aurais fait) ou on en profite pour entrer à l’intérieur de soi et y trouver des richesses in-finies. C’est ce que Paola accomplit chaque jour de sa vie. Et le résultat est magnifique !
Du jus d’herbe de blé à la germination, de la résilience à la spiritualité, de l’alimentation vivante à la méditation, de tout cela jaillit un projet insensé et pourtant si vibrant !
Un livre.
Un livre qui raconte toutes ses découvertes, un livre pour donner de l’espoir à toutes les personnes avec des symptômes de maladie et à tous ceux qui cherchent le bon-heur malgré les conditions adverses… Un livre où Paola se raconte, avec sa pudeur, ses espoirs et toute sa résilience.
Vous êtes prêts ? Allez, hop ! c’est parti pour la grande Aventure.
Bonjour, chère amie
« J’ai été ravie – et surprise – de te voir vendredi, à Sainte-Adèle. Je me sens très maladroite pour te commu-niquer toute l’empathie que je ressens. Nous sommes plu-sieurs à manquer cruellement d’éducation à ce sujet : com-ment se comporter, que dire, que faire pour t’apporter un peu de joie ? Ton sourire est toujours aussi lumineux, ce qui révèle ta force de caractère. Tu as l’air bien entourée…
— Merci pour ces touchantes pensées. Sachez que la vie m’apporte une expérience très enrichissante. J’ai choisi de prendre cette épreuve tel un grand défi. Bien des deuils à faire avec joie. J’ai appris le détachement, la gratitude et l’amour… inconditionnel.
— Un livre ?
— C’est-à-dire ?
— C’est le moment pour toi d’écrire ? Aimerais-tu ça ? L’as-tu déjà fait ?
— Effectivement, l’idée me trotte dans la tête depuis un moment déjà de parler de mon parcours de vie, l’ex-périence de la maladie et tout le positif que je peux vivre à travers cette expérience malgré les apparences. Parler de résilience, d’alimentation crue et vivante (j’ai plein de re-
cettes à proposer !) des thérapeutes merveilleux qui ont croisé ma route, etcætera. Dans mon quotidien, il y a Va-lérie qui m’accompagne (une autre Astie d’Française de marde 2, haha !) et qui a aussi toujours eu envie d’écrire. Elle a notamment été chroniqueuse santé et bien-être pour le Journal Le Nordet Accès. »
Voilà, c’est ainsi que tout a commencé. Cet échange sur-réaliste, incroyable, surprenant. Je dansais le swing. Cent quatre-vingts personnes dans la salle. Danseurs et spec-tateurs. Un fauteuil roulant au bord de la piste. Des yeux noirs me fixent intensément. Qu’est-ce qu’elle me veut ?
Puis, un signe de la main. « Viens ! » Je m’approche et son sourire m’éclabousse. Je la reconnais : Paola, cette belle artiste ! Nous avions organisé des expositions ensemble. Pas vue depuis des années. « Mais que fais-tu là, dans ce fauteuil ? » Je n’entends pas bien la réponse. L’orchestre joue probablement trop fort ou quelque chose en moi ne veut pas savoir. Moi, je danse, et elle ne peut même plus se tenir debout. Veux-tu bien me dire où est la justice cé-leste, dans ce cas ? Je bredouille, je ne sais pas quoi dire. Je suis heureuse de la revoir et triste à la fois. Elle, toujours ce sourire en bandoulière. Une autre question me traverse l’esprit :que fait-elle ici à la fête de tout ce qui bouge et se trémousse ? Deux personnes l’accompagnent : une amie et son mari. Son conjoint à elle : comment vivent-ils leur amour, ces deux-là ? Ai-je seulement le droit de me poser cette question ? Quelle retenue, quelle élégance dois-je
2. Annie Depont, Astie d’Française de marde, essai, Les Éditions Garuda, parution le 7 avril 2023.
adopter au plus profond de mes pensées ? Mon insatiable curiosité de la différence ne va-t-elle pas me jouer des tours ? Et puis, zut, le lendemain, je lui envoie un SMS : « J’ai été ravie – et surprise – de te voir vendredi, à Sainte-Adèle... »
Je suis une danseuse hors pair
Le premier concours a été remporté du haut de mes douze ans. Par surprise, les adultes ont décidé de qualifier celle qui dansait le mieux. Je suis choisie. Presque choquée, puis touchée par leur appréciation, je rougis très certaine-ment.
C’est que je n’aime pas être comparée. C’est plus fort que moi, le rythme me colle à la peau. À la moindre har-monie, ma tête, mes épaules, mes bras et tout mon corps se mettent à vibrer.
Au moment de suivre la cadence, ma gêne tombe.
Je me souviens, au Guatemala, lors d’un souper, un groupe jouait de la flûte de pan. Spontanément, je me suis mise à danser au bout de la table en invitant mes com-pagnes à me joindre. C’est comme si une transe s’emparait de moi. Après tout, la flûte de pan est mon instrument fa-vori… jouée par des pros !
Ce soir, nous sommes invités au jardin de la nef, à Sainte-Adèle, afin d’entendre un impressionnant orchestre dirigé par Alain Gravel. Une soirée de swing. Ah ! ce sera une belle sortie. Martine m’accompagne et m’aide à choi-sir une tenue.
Nous y voilà. Je suis attendue. Un professeur demande à tous ceux qui ne connaissent pas le swing de prendre place sur la piste de danse. Martine et moi ne bougeons pas. Serge prend quelques clichés. Quand l’orchestre se met à jouer, la piste se remplit. Je reconnais une dame de « mon »cœur. À Martine, je demande de prendre une photo afin que demain je la lui envoie et lui mentionne que j’étais là. Au lieu de m’écouter, elle lui fait signe de venir en s’assu-rant que cela ne me dérange pas. Les deux, nous restons surprises. Moi, de voir qu’elle vient à moi, et elle, de me voir en fauteuil roulant.
« Le trio est complété ! »
C’est ce qu’affirme Serge dans un demi-sommeil. « Oui, effectivement », dis-je sans hésiter en souriant, me référant à cette merveilleuse, presque miraculeuse, équipe : Annie, Valérie et moi. Hier, nous avons fait notre première ren-contre pour le bouquin. Sans l’ombre d’un doute, le projet est lancé !
Depuis quelques années, je prends des notes sur ce que je souhaite partager : le trajet particulier pour recouvrer une santé parfaite. Une sorte d’héritage sous forme d’un modèle de vie.
Serge ajoute, endormi : « Elles sont trois chics dames noires. Le compte y est ! Et elles sont des pierres précieuses. »
Waouh ! Elles sont des pierres précieuses. Du coup, je vois Annie, Valérie et moi. De la terre surgit Annie, le dia-mant, Paola, le cristal, et Valérie, évidemment, le jade.
Pour un tel projet, le diamant donne mille facettes mi-roitantes, La direction sera celle de « briller », d’être en-tendues et comprises de tous les lecteurs. Le cristal transpa-rent, pur, est par nature toujours accompagné. Il réfracte la lumière, énergise. Le jade noir, lui, favorise un état d’esprit
positif et procure de la joie.
De ce trio, la lumière surgit. Ma vie s’illumine. Amour et joie nous portent. Fluide, tout coule, gemme ou plume, tout devient léger et brillant !
Là où ça commence
«Je suis convaincue que mon premier pleur n’était non pas un cri de soif, mais un ardent désir de retourner d’où je viens. J’ai choisi d’être la cinquième de cinq enfants, d’une mère qui, selon son médecin, avait le bassin trop petit pour porter et accoucher de sa progéniture. Née quatre ans après mon frère. Une naissance planifiée ?
Dans l’oubli total de ce que je suis venue faire ici, une chose me revient :je vis selon mes ressentis. Rêveuse, j’adore contempler. Je m’amuse des heures durant avec les éléments de la nature. Les sauterelles me captivent par leur « design », leur force de propulsion. Je me souviens de ma fascination à dénuder des branches et observer la blancheur et l’indescriptible fraîcheur de celles-ci. À bien y penser, je prends un agréable plaisir à… tuer des branches ! »
C’est ainsi que Paola nous décrit sa venue au monde et son enfance. On l’aura compris, Paola est une marginale. Elle pense différemment de la majorité des gens et c’est cette différence qui la rend fascinante.
Monsieur et madame Corbo sont des parents stricts et sévères. La maman veille au grain et s’assure que ses petits sont toujours bien mis. Une famille bourgeoise, des valeurs
traditionnelles. Voilà, le décor est planté. Des valeurs qui ne sont pas les siennes, mais Paola y trouve malgré tout sa place. Rêveuse et pleine d’imagination, on sent la graine d’artiste en elle. Cette graine qui va germer et va lui faire entreprendre, entre beaucoup d’autres métiers, un début de carrière comme artiste verrier. D’ailleurs, que ce soit comme profession ou comme passion, la création la guide tout au long de sa vie, et encore aujourd’hui. Ce ne sont pas juste ses pensées, qu’elle crée au quotidien, mais aussi des projets qui bouillonnent sans arrêt. Le livre, bien sûr, mais aussi les huiles essentielles. Récemment encore, Paola me parlait de produire une huile qui serait adaptée à dif-férents types de personnalité, une sorte d’essence d’âme. Tiens, encore un projet intrigant…
Être en fauteuil empêche, certes, la liberté dese mou-voir, mais celle de l’esprit est plus grande que jamais. Ar-rêter de marcher, mais continuer à concevoir, à imaginer, à construire. La Vie continue et elle peut être plus belle et plus riche que jamais !
Qui suis-je ?
C’est une question piège. Je suis ce que je suis. Piégée dans ce corps, des pieds à la tête.
Tiens, voilà comment cela se présente.
Mon corps parle fort tellement souvent que j’ai décidé d’en faire mon objet d’étude. Ainsi, j’observe les différentes réactions de mon corps avec différents produits. Naturels. Authentiques. Purs.
Aussi loin que je me souvienne, j’ai aimé connaître l’ac-tion des aliments et des plantes locales sur la peau et dans l’organisme. Par gourmandise, est-ce que ça se mange ?
Parlons des pieds, jambes, hanches. Qui dit pieds dit mouvements. Danser, bouger, se déplacer. Oui, cela me res-semble. Active tout en étant calme et fluide.
Prête à rendre service, à créer, réparer, améliorer. Ingé-nieuse, l’esprit vif, je donne du mien sans réserve et avec plaisir. Une vraie mère, quoi. Maternelle plus qu’à mon tour. Je veille au tout dernier. Celui qui traîne par plaisir ou par lenteur.
En même temps, si je comprends les derniers, c’est peut-être que je me considère comme telle, comme une bonne dernière. L’estime de soi n’est donc pas à l’honneur. Cette
estime s’est malgré tout exprimée par l’expression corpo-relle, le patin artistique, le Hatha Yoga, et pendant plusieurs décennies, j’ai eu le vent dans les voiles. Tel un papillon à en perdre le pied !
Bien, aujourd’hui, je le vis autrement.
Bas du dos, bassin, intestins, plexus, diaphragme. Une
