Diwarh'ya - Tome 2 - Stéphane Ribera - E-Book

Diwarh'ya - Tome 2 E-Book

Stéphane Ribera

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Beschreibung

Vladock, accompagné de son fidèle robot Alfred et de son équipe de hors-la-loi, commence à entrevoir la véritable histoire de la Terre : histoire bien différente de celle professée dans les écoles du Ram Fractal. Son unique espoir, les archives stellianes. Alors que l'étau se réduit sur eux, arriveront-ils jusqu'à l'Empereur ? Par viendront-ils à éclaircir les ombres du passé ?

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Seitenzahl: 492

Veröffentlichungsjahr: 2023

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Stéphane RIBERA

DIWARH´YA

2. LES OMBRES DU PASSé

Roman

Du même auteur

Diwarh’ya, l’âge noir du passé, Tome 1

Cet ouvrage a été imprimé en France par Copymédia

Et composé par Les Éditions La Grande Vague

3 Allée des Coteaux, 64340 Boucau

Site : http://editions-lagrandevague.fr/

ISBN numérique : 978-2-38460-091-5

Dépôt légal : Mars 2023

Les Éditions La Grande Vague

AVANT-PROPOS

Si vous lisez ces lignes, c’est sans nul doute que vous avez aimé les précédentes aventures de Vladimir et de ses « potos » de la Galaxie. Je vous rassure tout de suite, vous allez aimer la suite. C’est aussi que mes éditeurs, Natali et Yves Roumiguières, les créateurs des éditions « La Grande Vague », ont gagné leur pari : à savoir proposer à ses lecteurs des romans ni trop gros, ni trop petits ; des livres qui ne vous déboîtent pas une épaule ou ne vous filent pas un lumbago quand vous les attrapez sur une étagère de bibliothèque. Au début, ce format n’était pas évident pour moi ; ce deuxième opus était originellement intégré au premier livre et formait le premier bloc de la saga Diwarh’ya, un monstre de plus de 650 pages.

Malgré tout, les deux livres constituent toujours ce bloc et c’est pour cette raison que les chapitres se suivent entre les deux volumes. Le premier, l’Âge noir de la Terre, vous a permis de découvrir un monde aussi riche que bigarré avec des personnages hauts en couleur. Le deuxième, les ombres du passé, va vous plonger dans une intrigue qui devrait faire naître en vous une multitude de questions.

Tout comme dans la première partie, pour une meilleure immersion dans le monde de Diwarh’ya, outre le who’s who et le lexique, présents en fin d’ouvrage, vous pouvez consulter et télécharger des cartes sur le site qui reprend l’univers du roman, à l’adresse ci-dessous.

Diwarhya.com\Le monde\Atlas galactique

Diwarhya.com\Le monde\La Terre et la Lune

Trop denses et détaillés, elles sont définitivement inadaptées au format du livre alors une fois encore, n’hésitez pas à visiter le site.

Bonne lecture !

Stéphane RIBERA

Pour Brigitte,

qui est partie danser avec les étoiles.

26La Vipère dorée

Au bout de trois tentatives, Vladimir parvint à renouer le contact avec son ami.

— Mad ? Ça va ?
— Ouais, c’est la chiotte, répondit Jérémy. Alfred est venu prendre Kevin et Valène qui ont pu s’échapper avec les clients du casino lors de l’évacuation, mais je suis bloqué avec Boubaka dans une salle de surveillance, juste à côté de l’entrée. Ils ont envoyé du lourd les enfoirés ! Et on a que des petits flingues de daube. Y a des membres de la Guilde des marchands et des flics du Ram.

Destrex regarda Vladimir et déclara :

— Bon, de notre côté, les commandos ont emmené Natacha et deux autres marchands sur le vaisseau de Vladock, sans repasser à la planque. On va venir vous aider.
— C’est pas de refus ! lança Jérémy.

Ce dernier interrompit la communication et se rapprocha discrètement de Boubaka qui, caché derrière un large bureau renversé lors du tumulte de l’évacuation, scrutait les mouvements dans la salle du casino.

— Aïe, là-bas ! se lamenta ce dernier en désignant deux robots parmi un bataillon de troupiers de l’espace.
— Quoi ? fit Mad Sex.
— Avec les trois soldats cybernétisés de la Guilde des marchands, Eliminator et Exterminator, les chefs des commandos interespace et des combattants de la mort.
— Ah ! Va y avoir du sport alors !

Il remit en marche son communicateur.

—  Je préviens Vladock et Destrex pour qu’ils soient prêts à utiliser du lourd.

Les deux intéressés, après avoir reçu l’information de Mad Sex, se postèrent de part et d’autre de la grande porte du hall. Ils rangèrent leurs fusils dans leurs holsters dorsaux et, sortant des armes de plus petit calibre, s’élancèrent brusquement dans le couloir de l’entrée en criant comme deux barbares en furie.

Les robots, même s’ils étaient dotés de réflexes hors du commun furent surpris par l’entrée des deux combattants.

Destrex bondissait comme une balle de caoutchouc, katana magnétique dans la main droite et lançant à intervalles réguliers des shaken explosives de la main gauche. Les robots qu’il touchait explosaient à chaque impact victorieux. Destrex virevoltait en exécutant des sauts périlleux successifs et à chaque fois, il découpait un bras par ci, une jambe par là et de temps à autre, une tête de robot.

Vladimir, lui, avait dégainé deux pistolets antimatière. Il progressait d’une manière moins impressionnante que Destrex, mais malgré tout avec dextérité et précision. Chaque tir qu’il effectuait atteignait quasi immanquablement sa cible et lorsque le rayon d’antimatière touchait quelque chose, robot ou mobilier, une forte décharge d’énergie explosait en provoquant de lourds dégâts.

Après avoir parcouru le hall, ils pénétrèrent dans la salle du casino et obliquèrent sur la gauche pour rallier la position de leurs deux collègues, continuant à éliminer des robots dont les réactions semblaient curieusement toujours avoir un temps de retard sur les deux hommes.

Par contre, les deux chefs robots du Département V entrèrent en action dès l’entrée des deux rebelles. Le dénommé Eliminator, un cyborg de deux mètres trente, fixait les deux hommes de ses yeux rouges et se mit à tirer à l’aide d’un gros fusil mitrailleur blaster qu’il tenait d’une seule main et d’un pistolet électronique de gros calibre. Le deuxième cyborg, Exterminator, était encore plus grand et devait mesurer près de deux mètres quarante. Sur ses deux avant-bras étaient greffées des petites batteries énergétiques articulées qui alimentaient deux prothèses internes, des canons implantés dans les avant-bras.

Quant aux trois membres de la Guilde des marchands, leurs avant-bras gauches consistaient en deux grosses prothèses externes qui étaient des canons de soixante centimètres de long pour un diamètre de douze centimètres, ce qui en faisait des prothèses laser de calibre dix, calibre qu’on avait plus fréquemment l’habitude de trouver sur un véhicule de combat.

Les cinq ouvrirent le feu quasi instantanément lorsqu’ils remarquèrent l’entrée des deux rebelles, mais ne purent les toucher et cela grâce à un champ de force déviant que Destrex avait lancé. Les renégats parvinrent jusqu’aux deux autres, retranchés, et se jetèrent dans le bureau.

— Tiens Mad, dit Vladimir en tendant un gros sac en kevlar, j’ai dégoté un paquet d’explosifs, j’ai pas vraiment regardé ce qu’il y avait dedans.

Destrex leur lança deux fusils imposants et ils se préparèrent tous à refaire une sortie. Mad Sex regarda le contenu du sac et eut l’air satisfait. Pour le moment, ils restaient plaqués au sol et subissaient un feu nourri provenant des assaillants.

Ils s’élancèrent lorsqu’ils notèrent une courte accalmie dans le déluge de feu qui s’abattait sur le bureau. Mad Sex jeta une première grenade fumigène qui masqua leur sortie et Vladimir usa de ses deux pistolets antimatière pour créer la confusion dans les rangs du Ram. Ils filèrent vers une cage d’escalier qui permettait de monter dans les niveaux supérieurs.

— Grenade ! cria Mad Sex, en partant comme une fusée. Vite, suivez-moi !

Vladimir, surpris par la vitesse de son camarade, l’interpella :

— Putain, pourquoi tu cours si vite ?
— J’en ai balancé une grosse, pas le choix avec deux chefs robots du Département V et trois membres de la branche B.

Ils venaient d’entrer dans la cage d’escalier latérale qui menait à la deuxième mezzanine. Ils grimpaient les marches quatre à quatre.

— Comment ça une grosse ? demanda Destrex.
— Une plasma à double concentration.
— Houlà !

Une terrible déflagration retentit. L’onde de choc ébranla le bâtiment et pulvérisa la coupole du grand casino. À l’abri, sur un palier, ils ressentirent quand même fortement les effets du souffle de la détonation.

Ils faillirent même perdre l’équilibre, mais parvinrent sans encombre à l’étage. Ils sortirent sur la mezzanine et approchèrent de la balustrade d’où ils jouissaient d’une vue d’ensemble sur toute la salle dévastée. L’explosion avait généré une impulsion électromagnétique qui avait temporairement mis hors service les robots du Ram, et les quatre hommes en profitèrent pour ouvrir le feu sans sommation sur l’ensemble des robots encore debout. Deux des membres de la branche spéciale B de la Guilde des marchands ainsi que le cyborg portant le nom d’Eliminator avaient été littéralement pulvérisés sous la force de l’explosion.

Les quatre hommes essuyèrent alors plusieurs rafales provenant des deux derniers cyborgs encore sur pied. La puissance des tirs était telle que, malgré le mur invisible de protection qu’avait mis en place Destrex, les rafales traversèrent le plancher de la mezzanine et touchèrent Vladimir ainsi que Boubaka. Vladimir reçut un tir qui réussit à pénétrer son champ de force et perfora finalement sa flexi-armure. Il fut touché à la poitrine et tomba à la renverse, mais ne perdit pas conscience. Boubaka, lui, hurla lorsque son bras gauche fut arraché sous l’impact.

Ils durent rebrousser chemin et décidèrent de monter plus haut dans les étages, car des renforts composés de combattants de la mort venaient d’arriver dans la salle et commençaient à escalader les gravats. Ils allaient reprendre les escaliers lorsque Vladimir attrapa au hasard une des grenades du sac de Mad Sex et la lança vers le bas de la salle.

Ils s’engouffrèrent dans la cage d’escalier et à nouveau une énorme explosion secoua la structure du bâtiment. Le plafond au-dessus d’eux se lézarda et un gros bloc de béton se détacha soudainement. Destrex eut à peine le temps, grâce à une télékinésie majeure, de ralentir et détourner la trajectoire du bloc d’une tonne qui aurait pu les écrabouiller.

— Au son de l’explosion, dit Mad Sex, je pense que tu as choisi une Décadédra. Même moi je n’aurais pas osé.
— M’en fous, ils m’ont trop fait chier là !

Ils accédèrent à la salle principale de surveillance du casino. Les opérateurs étaient partis précipitamment et avaient tout laissé en place. Sur les écrans de surveillance, plus rien n’était visible car les deux grenades successives avaient grillé les caméras.

Au même moment, Kevin, Valène, Natacha et les deux hommes qui avaient été libérés étaient rentrés sur le Sogot en compagnie d’Alfred. Ce dernier avait commencé à faire des préparatifs en vue d’un probable décollage en urgence. Tous à bord du vaisseau pensaient que les rebelles allaient bientôt débarquer, pourtant, au bout d’une demi-heure, il n’y avait toujours personne en vue et ils tentèrent d’entrer en contact avec eux, mais sans succès.

Dans la salle de contrôle plongée dans la pénombre, Mad Sex et Destrex avaient déplacé du mobilier pour bloquer les deux accès principaux pendant que Vladimir, de son côté, s’était arrangé pour abaisser les volets de protection sur toutes les fenêtres. Destrex avait également plongé Boubaka dans un état léthargique en attendant une meilleure prise en charge. Ils s’apprêtaient tous les trois à tenir un siège, mais n’étaient pas dupes. En fonction des forces que jetterait le Ram dans la bataille, la durée de ce siège pouvait tomber à quelques heures, tout au plus.

— Alfred ? demanda Vladimir sur un canal crypté relié au Sogot.
— Oui, Monsieur ?
— Nous sommes coincés et la situation ne joue pas en notre faveur.
— C’est-à-dire, Monsieur ?
— Boubaka est blessé, il est inconscient, mais stable, je suis également blessé, Destrex est un peu crevé et Mad Sex n’a plus de cigares.
— Vous souhaitez que j’intervienne ?
— Non, c’est inutile. Écoute-moi bien Alfred ! Si on ne s’en sort pas, emmène Kevin et Valène loin de la Terre, contacte les rebelles sur Anthrax et confie-les à leurs soins. Je pense plus particulièrement à Racquella.
— Et moi, Monsieur ?
— On en a déjà parlé Alfred, mais pour le coup, je préférerais que tu restes avec eux. Ils t’aiment bien. Tu pourras les aider et les soutenir.

Pendant la discussion, Kevin et Valène étaient restés derrière Alfred, mais leurs visages s’étaient décomposés au fur et à mesure de ce qu’ils avaient entendu.

— Mais qu’est-ce que vous racontez ? s’enquit Valène.
— Comme tu nous l’as dit il y a quelque temps ma petite Valène, expliqua Vladimir, pour le Ram nous ne sommes que des criminels, des ennemis publics. S’ils ont décidé de nous éliminer, ils n’hésiteront pas.

Les yeux de la jeune fille se mirent à briller, se remplissant de larmes, tandis que Kevin restait silencieux.

— Mais… Kevin vous l’a déjà dit, on a plus personne nous ! Qu’est-ce qu’on va devenir sans vous ? John, Jérémy et toi, vous êtes notre unique famille, je ne veux pas vous perdre. Rendez-vous !
— Le résultat sera le même, nous serons, dans le meilleur des cas, déportés sur un bagne lointain où l’on nous tuera à la tâche. Ou bien nous serons simplement exécutés après avoir été torturés, voire même disséqués.

Vladimir reprit au bout d’un instant :

— Et dites à Natacha qu’elle s’occupe de toutes les vieilles carcasses de vaisseaux que j’accumule depuis toutes ces années.
— Arrête de raconter des conneries Vlad ! dit Natacha la voix un peu nouée. Tu t’en tires toujours, alors tu t’occuperas toi-même de tes vieilles merdes !
— Et tonton Destrex ? demanda Kevin, il n’a pas un pouvoir genre téléportation pour vous ramener dans le vaisseau ? Et après on s’arrache directos !
— Si, répondit Destrex, mais les pouvoirs mutants fatiguent l’esprit, la téléportation est un pouvoir puissant mais très délicat ; ilrequiert beaucoup de force mentale, et là je suis déjà fatigué. Tu n’irais pas courir un marathon après avoir fait un combat de boxe de douze rounds ?

À ces mots, une explosion se répercuta dans les enceintes du Sogot.

— Non ! cria Valène.
— T’inquiète pas fillette, dit Mad Sex, on est toujours là.

Il y eut un blanc.

—  Ah... attendez voir, reprit le rebelle, il semble que quelqu’un veuille parlementer, restez en ligne !

Les secondes s’égrenèrent lentement et finalement, derrière la porte barricadée, une voix forte et claire de femme se fit entendre :

— Messieurs ? J’ai une proposition à vous faire.
— Va te faire enculer ! répondit Mad Sex, sans même savoir ce que la femme avait à proposer.
— Toujours aussi diplomate Mad, dit Vladimir en regardant Destrex qui souriait. Ne prenez pas pour argent comptant ce que vient de dire mon camarade, on vous écoute, Madame.
— Laissez-moi entrer, reprit la femme, j’ai des choses importantes à vous dire.

Destrex fit alors un petit signe discret à ses deux acolytes qui allèrent retirer une lourde armoire barrant l’entrée. Ils déverrouillèrent le loquet de la double porte et reculèrent dans le fond de la salle.

— Très bien, lança Vladimir, vous pouvez entrer.

Une grande femme au doux visage et à la longue chevelure roux flamboyant pénétra dans la salle, flanquée de deux Mantaa en tenue de prêtres de l’Horizon inversé, une puissante caste de sages combattants.

— Je me nomme Gabriella Fnizzia, dit-elle en rengainant son pistolet à titanium 320, et voici mes associés Emmm-té Tem Hum et Loum-hata Raff. Je suis chasseuse de primes pour le compte de diverses organisations, dont la Guilde des marchands.
— Venez-en au fait, dit Vladimir.
— J’ai négocié avec le Ram pour récupérer la prime qu’il a mise sur vos têtes. J’y ai mon intérêt, ne vous y trompez pas, alors rendez-vous et au moins vous aurez la vie sauve, mais déposez immédiatement vos armes !

Il y eut plusieurs échanges de regards successifs entre les trois hommes et la jeune femme.

— Jamais ! crièrent-ils.

Mais ils n’eurent pas le temps d’esquisser le moindre mouvement, car sous l’effet d’une force inconnue, ils s’écroulèrent tous les trois lourdement au sol.

La chasseuse de primes se tourna vers ses deux acolytes.

— Mettez-leur des liens magnétiques et emmenez-les jusqu’à leur vaisseau !

Elle activa, à son oreille, un émetteur la mettant en relation avec les forces de sécurité de Titan.

— Il y a leur équipage à ajouter sur la liste des prisonniers et je vais les chercher de ce pas.

Les corps des quatre hommes s’élevèrent au-dessus du sol comme par magie et se déplacèrent dans le sillage des deux Mantaa.

— Le vaisseau est réquisitionné par le Ram Fractal, lui répondit un robot de la police qui suivait le groupe.
— Non, répliqua-t-elle fermement en descendant les escaliers, ce n’est pas le vaisseau que vous aviez saisi, il a subi des modifications et l’article 127-4 ALINÉA B du code des transports galactiques stipule que lorsqu’un véhicule ne correspond plus au modèle standard, il échappe à la règlementation en cours. Ma mission consiste à ramener les fuyards et leur moyen de transport. Je prends donc leur vaisseau en vertu de notre accord.
— Bien, répondit le robot, qui se rendit compte qu’il avait à faire à quelqu’un de calé au sujet des lois et règlements galactiques.

La chasseuse de primes et son escorte quittèrent l’hôtel en passant devant une foule importante qui s’était massée depuis plusieurs heures autour du bâtiment, malgré les cordons de sécurité installés par les autorités de la planète. Ils se rendirent à l’astroport où était parqué le vaisseau de Vladimir.

Une fois arrivée devant l’astronef, la chasseuse de primes utilisa un petit dispositif pour augmenter le volume vocal et appela :

— Robot serviteur de classe alpha dénommé Alfred, votre maître et ses compagnons sont sous notre responsabilité, ouvrez les portes du vaisseau et venez à notre rencontre !

Contre l’avis de Kevin et de Valène, qui protestaient avec virulence, Alfred ouvrit la soute. Ils descendirent alors en compagnie de Natacha et trouvèrent les corps de Vladimir, Destrex, Mad Sex et Boubaka étendus sur les plaques de métal constituant le sol.

Valène et Natacha se précipitèrent sur Vladimir dont la plaie à la poitrine était encore un peu saignante, mais largement cautérisée, et Kevin, voyant cela, devint tout rouge et se précipita vers la guerrière en essayant de la frapper.

— T’as fait quoi à ma mifa ?1 Grosse salope ! hurla-t-il en exécutant des moulinets avec les bras.

Elle esquiva son attaque avec une dextérité surprenante et, en une fraction de seconde, le ceintura en lui plaquant fermement son bras sur la gorge.

— Calme-toi gamin ! Et garde tes forces pour plus tard. Tu pourrais en avoir besoin.

Elle desserra légèrement son étreinte tout en donnant des ordres pour que ses acolytes menottent et ligotent les prisonniers dans la partie avant du vaisseau. Toujours en tenant fermement Kevin par le cou, elle mit en joue Natacha, Valène, Alfred ainsi que les deux marchands qui avaient été sauvés des griffes des sbires de la Dafia.

Ils grimpèrent tous dans le cargo de Vladimir. Un des Mantaa avait pris les commandes du vaisseau et décolla, suivi de près par le vaisseau de la chasseuse de primes et de son équipage. Gabriella était assise avec les prisonniers face à Natacha, Valène et Kevin qui la fusillaient des yeux. Elle soutint leur regard d’un air amusé et, au bout de longues minutes, déclara :

— Emmm-té, c’est bon, tu peux les réveiller.

Les quatre hommes, qui avaient été installés sur les banquettes à proximité, reprirent alors leurs esprits et Mad Sex fut le premier à bafouiller quelques mots confus.

— Mmm. ça y est ? C’est l’heure ?

La rouquine se leva et se planta devant les quatre hommes.

— Oui, c’est l’heure, bande de nazes inconscients ! Vous ne pensiez tout de même pas que vous alliez pioncer pendant tout le trajet ! Hein les mecs !
— Tu nous as attachés comme des saucissons en plus, dit Vladimir qui sortait d’un état confus, t’es vraiment qu’une grosse pouf !

Natacha, Valène et Kevin étaient très surpris par ce début de déroutante discussion. Alfred, lui, était resté impassible, lorsque Gabriella lui avait demandé d’ouvrir l’accès au vaisseau, il avait reconnu cette voix à la gouaille particulière.

— Fallait bien que cela ait l’air vrai ! Et puis comme ça, je vais pouvoir abuser de vous si je m’emmerde pendant le voyage.
— Que de la gueule ! lança Destrex en réussissant à s’asseoir.

La jeune femme se déplaça et alla lentement s’assoir sur les genoux de Destrex en remuant langoureusement son postérieur.

— ça te plairait hein ? Gros dégueulasse !

Valène ouvrit de grands yeux, tourna la tête vers Natacha et Kevin qui semblaient tout aussi surpris qu’elle.

— Tu fais chier Ghafnie ! grogna Mad Sex, Vladimir a raison, t’es qu’une pouf. Enlève-moi ces liens ou je te les fais bouffer !

Ghafnie se releva, appuya sur l’écran de sa montre et les liens magnétiques des quatre hommes se rétractèrent.

— La pouf, si elle n’avait pas été là pour vous sauver les miches, vous feriez moins les malins ! Et au fait, vous me remercierez quand vous y penserez !
— Mais ! Vous vous connaissez ? demanda Valène.
— Un peu qu’on la connaît cette chieuse ! dit Mad Sex en se levant et en se massant les poignets, on a fait un paquet de missions et de bringues ensemble. Allez, viens me voir ma libératrice, que je te fasse un gros poutou.
— Tiens, moi je vais te remercier comme ça, dit Destrex en passant à sa hauteur et en lui mettant une claque sur les fesses, ça t’apprendra à m’exciter pour rien.
— Oh oui, grand fou !
— Mais c’est qui cette meuf ? demanda Kevin.
— Gabriella Fnizzia, dit Mad Sex, qu’on surnomme Ghafnie ou la Vipère dorée, mercenaire à plein temps et chasseuse de primes à ses heures perdues. Beau cul, belle gueule, mais caractère de merde.
— Mais pourquoi la Vipère dorée ? demanda Kevin, soudain sous le charme de la jeune femme.
— Chevelure rousse aux reflets dorés, langue acérée distillant des paroles venimeuses, démarche ondulante de serpent, dit Vladimir… tu comprends mieux ?
— Vladimir ! dit Ghafnie.
— Oui ma Ghafounette ?
— Ta gueule !

Ils se tapèrent dans les mains et rigolèrent.

— En tout cas, reprit Vladimir en s’adressant à Kevin et Valène, vous avez ici les deux femmes qui m’enterrent au cocktail vénusien : Natacha et Ghafnie.
— Ouais ben ça c’est vraiment pas difficile, dit Mad Sex, de toute façon tu le tiens pas le cocktail vénusien. Même Valène te ferait la misère.
— Mais euuuh, ta gueule !
— Bon, assez plaisanté les gamins, déclara Ghafnie. Où souhaitez-vous aller ?
— Nous avons décidé de passer quelque temps sur Anthrax où nous devons rencontrer des responsables de la Rébellion pour deux ou trois choses.
— Nos chemins se séparent ici alors, dit-elle.
— Tu ne veux pas passer quelques jours avec nous ? demanda Destrex, j’ai de la place pour toi et ta petite troupe de moines guerriers.
— Merci John, mais ce sera pour une autre fois. Je dois repartir sur Élitos avec mes hommes. J’ai un autre client qui a besoin de mes services. Ah, au fait, quand vous retournerez sur Terre, il faudra passer voir le maître du Temple de la Sagesse au Kaïro ainsi que le chef de la guilde des mutants de Méditerre, ils souhaiteraient vous voir.
— Vous irez sans moi, dit Vladimir.
— T ne vas pas t’en tirer comme ça mon Vladock, ils ont insisté pour que, toi aussi, tu y ailles.
— Et merde ! Bon, plus sérieusement, tu as vraiment racheté notre prime de wanted ? Cela a dû te coûter un bras ma Ghafounette !
— Non, sûrement pas, vous m’auriez ruinée ! C’est un mécène magnanime et secret qui s’en est chargé, il m’a confié, par l’intermédiaire d’un homme de paille, la somme correspondante, soit trois millions de crédits. C’est tout ce que je sais.
— Nous avons donc un admirateur ou une admiratrice anonyme, constata Destrex. C’est inespéré, mais plutôt flatteur.

Ils se quittèrent non sans avoir, au préalable, échangé moult accolades et embrassades.

— Elle est trop canon c’te meuf, dit Kevin les yeux dans le vague en voyant s’éloigner Ghafnie de sa démarche chaloupée.
— Pourtant, rigola Vladimir, y a pas si longtemps tu l’insultais comme du poisson pourri.
— Oui, mais c’était avant de savoir qu’il s’agissait d’une de vos amies. Je pense même qu’elle pourrait avoir besoin de mes connaissances très étendues et de mon QI démesuré.
— Ouais, ben y a pas que ton QI qui est démesuré, conclut Vladimir, ton melon aussi…

Kevin fit la moue. Il était tombé sous le charme de cette femme à poigne et il était tout pensif. Il soupira, puis en se retournant, il remarqua à travers l’armure de Vladimir la blessure qu’il avait au thorax. Sa figure se décomposa soudain.

— Tonton Vladimir, c’est quoi ce gros chtar que t’as dans le buffet ?
— C’est rien ça, j’ai pris un coup de faisceau delta. Il va juste falloir régénérer les tissus. Quelques heures dans la médicab et le tour sera joué.

Valène s’approcha, et à son tour elle fut surprise par la blessure qui n’était pas visible au premier abord. Elle mit ses deux mains sur sa bouche et s’exclama :

— Oh, mon Dieu ! Mais c’est grave, dit-elle en commençant à défaire les attaches latérales de l’armure de Vladimir. Il faut soigner ça tout de suite sinon ça va s’infecter.
— Mais non, t’inquiète ma petite Valène ! Y a rien d’urgent.

Une fois la flexi-armure ôtée, les deux adolescents virent alors la blessure en détail et malgré l’aspect sanguinolent et brûlé du stigmate, ils scrutèrent et remarquèrent un détail qui les surprit encore plus que la blessure elle-même.

— Oh ! Chanmé ! C’est quoi ce truc que t’as sous la peau ? demanda Kevin. On dirait du métal.
— Mon thorax, il est recouvert par une coque d’adamantium. Tout comme une petite partie de mon squelette d’ailleurs, le reste étant du neutronium.
— T’es sérieux ? demanda Kevin.
— Oui, c’est un procédé relativement courant à notre époque.
— Maintenant, je comprends mieux pourquoi il est aussi résistant, dit Valène à l’attention de Kevin. Quand la bête du vaisseau s’était jetée sur lui, je fus surprise de la force dont il avait fait preuve.
— C’est clair ! Eh, tonton Mad ! fit Kevin. Toi aussi tu as un système comme celui de tonton Vlad ?
— Oui, j’ai même des servomoteurs insérés dans mes articulations qui sont biomécaniques. Cela me procure une force supérieure à la normale si je le souhaite.
— Ah putain, mais je pige maintenant pourquoi tu as défoncé la machine au bras de fer dans le casino ! C’est de la triche en fait. Tonton Jérémy, c’est Steeve Austin le lascar, dit-il en regardant Valène.
— Comment ça c’est de la triche ? Le bras de fer, c’est une machine mécanique, c’est même pas la peine de tenter le truc si t’as pas un p’tit boost. T’as récupéré les dix mille crédits de gain au fait ?
— Ben non, t’as foutu un méga bordel tonton, j’pouvais pas.
— Pff, mais c’est pas vrai, qui c’est qui m’a foutu un empoté pareil ? P’tit con va !
— Bon, dit Kevin, et toi tonton Destrex ?
— Quoi ?
— T’as un squelette renforcé et des servomachins qui te dopent ?
— Non, j’ai pas besoin de tous ces artifices de tarlouze, moi. Je suis naturellement balaise, très balaise en fait.

Vladimir rigola de bon cœur.

— Pff, branleur va !
— Quoi ?

Mad Sex enchaîna :

— Valène, Kevin, n’écoutez pas Destrex, sachez qu’un des premiers indices qui permettent de confondre un mutant est une forme de mythomanie congénitale ainsi qu’un ego surdimensionné.

Les enfants et Natacha rigolèrent en voyant la tête outrée de Destrex.

— Et à part ça, demanda Kevin, vous avez d’autres trucs implantés dans le corps ou la cervelle ?

Mad Sex s’installa confortablement dans un des sièges du carré de repos.

— Des coprocesseurs analytiques neuronaux, des régulateurs du système nerveux, des capteurs sensitifs, des puces de perception augmentée, des émetteurs-récepteurs miniaturisés…

Kevin fut surpris.

— Oh ! Sa mère ! Vous pouvez communiquer entre vous par ces systèmes ?
— Oui.
— Mais, je vous vois continuellement utiliser vos montres connectées, vous raccorder avec des câbles, utiliser des gadgets alors que vous les avez en vous !
— Bien sûr qu’on les utilise ! Mais avec parcimonie. Les communications par exemple, c’est vraiment rare. Les ondes sont néfastes pour les neurones et les cellules du proche environnement.

Vladimir apporta une précision.

— À une certaine époque, sur Terre et ailleurs dans la Galaxie, les gens étaient totalement connectés. Résultat : il y eut une hausse vertigineuse des dégénérescences précoces et incurables du cerveau et la courbe de l’espérance de vie a drastiquement chuté. Il s’ensuivit une méfiance de la population qui perdure encore aujourd’hui. Et je ne parle pas des croyances qui disent que le Ram serait en mesure de te contrôler s’il parvenait à s’immiscer dans ton cerveau.
— Pour conclure, dit Destrex, on préfère utiliser d’anciennes technologies banalisées qui ont fait leurs preuves et qui sont sans danger.
— Faut que j’me fasse greffer tout ça, dit Kevin.

Vladimir rigola de bon cœur en s’éloignant pour aller se faire soigner au tout nouveau bloc médical qu’il avait fait installer, lors de la réfection du Sogot sur Cérès.

Il y rejoignit ainsi Boubaka qui s’y trouvait déjà.

Ce dernier avait été placé par un des adjoints de Ghafnie dans la super médicab de troisième génération pour y recevoir un traitement préventif préalable à son amputation. Ensuite, iln’aurait même pas besoin de recevoir une future greffe, car la médicab allait peu à peu reconstituer son bras à l’aide d’un système de bio reconstruction cellulaire. Anthrax se situait à sept mille cinq cents années-lumière de la Terre et le voyage en Warp allait durer un peu plus de neuf jours, temps largement suffisant pour que l’opération soit menée à terme. Dans quelques jours, Boubaka aurait retrouvé un bras tout neuf et disposerait même de quelques gadgets cybernétisés qu’Alfred allait lui implanter. Mais pour le moment, ce dernier avait repris les commandes du vaisseau et suivait le navire spatial de Ghafnie jusqu’aux limites administratives du système solaire, juste après la sphère de Oort. Sur les instructions de Destrex, il mit ensuite le cap vers la planète Anthrax.

Mad Sex et Destrex s’enquirent alors de l’état de santé des deux marchands qu’ils avaient sortis des geôles de la Dafia. Ils avaient eux aussi subi des sévices et des privations qui laisseraient des traces pendant quelque temps. L’un deux était le gérant d’un gigantesque centre commercial de la banlieue ouest de York sur Short Island, tandis que le deuxième dirigeait une chaîne de confection vestimentaire sur Tasseline, une colonie indépendante avagonos. Ils discutèrent longuement avec eux durant le trajet qui les emmenait vers Anthrax, recueillant des informations que leur ami Vladimir pourrait sûrement exploiter à l’avenir.

Les neuf jours qui suivirent se passèrent sans encombre, et finalement ils sortirent du boyau hyperdimensionnel et se retrouvèrent devant une grosse planète flottant dans l’océan cosmique, avec en toile de fond une nébuleuse majestueuse, flamboyant sous l’intense rayonnement de l’étoile η Carinae2.

*

Quelque part sur la face cachée de la Lune, parmi une des nombreuses bases du Ram Fractal disséminées sur la surface de l’astre invisible aux yeux des terriens, Yxio et Lyssia, sous leur forme stelliane, rentrèrent dans un gigantesque atelier où s’alignaient, pêle-mêle, des châssis de véhicules endommagés, des dizaines de modèles de robots en tous genres attendant des réparations et des structures aux formes variées dont les fonctions semblaient obscures. Une multitude de robots réparateurs s’affairaient à remettre en état tous ces objets.

Ils rejoignirent deux autres personnages qui se tenaient près d’un large établi industriel, d’où partaient des poutrelles métalliques etdes fagots de câblages. Sur ce plan de travail gisait une carcasse de cyborg humanoïde très endommagée, coupée en deux au niveau du bassin.

Une de ces deux personnes se tenant debout près de la table de travail leur ressemblait légèrement ; elle était métissée, mélangeant des traits terriens et des traits stellians. Pourtant, de larges parties de son visage présentaient des boursouflures et des cicatrices de sang séché. Ses yeux étaient d’un noir profond et accentuaient la rudesse de ce visage repoussant.

La deuxième personne n’était autre que l’être ténébreux qui avait échangé avec la reine vilmol. Après avoir été salué par ses deux sujets, il prit la parole avec une voix sourde et semi-métallique :

— Lyssia, Yxio, nous venons d’arriver il y a quelques instants et nous vous attendions. Approchez et venez voir ce que Ken-Yoa veut nous montrer !
— Un cyborg défectueux ? avança Lyssia.
— Il s’agit d’une de nos unités espionnes, un cyborg qui opère chez les sans-abris de New Parisse, dit Ken-Yoa, elle a subi des dégâts irréversibles en perdant sa cyber-âme, pourtant, son enregistreur vidéo a continué à recueillir des éléments qui devraient intéresser le Grand Tout.
— Pourquoi me fais-tu attendre alors ? Montre-moi !

Ken-Yoa actionna la mise en route du lecteur vidéo et une image holographique en trois dimensions, d’une netteté impeccable, se matérialisa devant le groupe.

On pouvait aisément distinguer, derrière les vitres d’un établissement ressemblant à un restaurant, un groupe de personnes attablé autour d’un petit-déjeuner. L’entité sombre s’approcha de l’image et demanda de sa voix gutturale :

— Il s’agit bien du groupe de rebelles dont vous m’avez parlé lors de notre dernière entrevue, il y a presque deux mois ?
— Oui, Grand Tout, répondit Yxio, mais vous ne sembliez pas vous y intéresser…

La voix de l’entité claqua en coupant net la déclaration de son subalterne :

— Ce ne sont pas eux qui m’intéressent !

Un filament d’une noirceur qui contrastait avec la lumière environnante jaillit soudainement de l’entité et vint se ficher dans la nuque de Ken-Yoa. Ce dernier eut un spasme de douleur et perdit tout contrôle de lui-même. Il actionna involontairement les commandes du lecteur vidéo qui effectua un zoom sur Kevin et Valène.

L’entité demanda alors :

— Qui sont ces deux adolescents ? Les caméras d’enregistrement prouvent qu’ils n’étaient pas avec le groupe de rebelles lorsque ces derniers sont descendus dans la fosse.

Les deux stellians hésitèrent.

— Vous devez les avoir dans la base de données Grand Tout, supposa Lyssia en tremblant, leurs numéros d’identification universelle sont les…

À nouveau, l’entité noire sembla grossir et coupa la parole de son interlocutrice :

— Ce sont de faux numéros, empruntés à des personnes décédées. Leurs noms sont peut-être également des noms d’emprunt. Qu’ont trouvé nos unités de recherches lorsqu’elles ont « nettoyé » le fond du gouffre ?
— Un repaire de brigands, tapi dans des tunnels désaffectés d’un ancien réseau ferroviaire souterrain ; un détachement d’un clan se faisant appeler « la Horde des Scorpions ».
— Et quoi d’autre ? demanda l’entité en effectuant, par le biais de Ken-Yoa, un agrandissement de l’image de Valène.

Les deux sujets-esclaves de l’entité ne pouvaient pas voir ce que cette dernière avait aperçu pendant un court laps de temps : une aura particulière qui entourait Valène, encore plus intrigante pour elle que celle qu’elle avait pu déceler quelques instants auparavant autour de Kevin.

— Rien, Maître.
— Renvoyez les unités de recherche et fouillez plus en profondeur ! Elles ont dû passer à côté de quelque chose d’important. C’est une priorité.
— Bien, Maître !
— Et prévenez nos contacts au sein du Culte ! Annoncez-leur que nous avons trouvé la trace d’un Ancien sur un vieux vaisseau dreck disparu au sein de la Grande Anomalie.
— Entendu. Ce sera fait dans les plus brefs délais Grand Tout.

L’entité lâcha Ken-Yoa en ramenant à elle son filament et se dématérialisa sans un mot. Lyssia et Yxio rattrapèrent leur collègue avant que ce dernier ne tombe au sol. Il était proche de perdre connaissance.

Il parla d’une voix faible et tremblante :

— Pour la première fois de ma courte vie, j’ai senti un trouble chez le Maître, on aurait dit de la… peur ! Oui c’est cela, de la peur. Et cette peur était terrible, cela n’a duré qu’un bref moment, mais elle m’a tétanisé et a failli me faire perdre l’esprit.

Les deux autres se regardèrent et ne surent quoi penser de cette déclaration. Cette peur dont parlait Ken-Yoa sembla les contaminer et cela les mit mal à l’aise. Ils restèrent ainsi pendant plusieurs minutes au beau milieu de l’entrepôt, parmi les carcasses, les robots et le bruit obsédant du fonctionnement de toutes ces machines.

*

Sur un des nombreux vaisseaux spatiaux de l’organisation des pirates de l’espace, Kurt Slamagor dirigeait un conseil d’administration composé de plusieurs de ses capitaines ainsi que d’une ribambelle de représentants des colonies pirates. Ils étaient au nombre de quinze, richement habillés et arborant des mines aussi patibulaires que rayonnantes. Lors d’une pause pendant cette réunion semestrielle, un serviteur-esclave pénétra dans la salle et s’approcha du maître de cérémonie.

— Maître Slamagor, Uriya est dans l’antichambre depuis quelques minutes. Elle souhaiterait vous parler et elle a précisé que c’était important.
— Fais-la entrer !

Elle pénétra dans la grande salle de réunion aux lumières lugubres, salua les différents participants et s’avança vers son supérieur.

— Ah ! fit Slamagor, ma fidèle lieutenante ! Viens t’assoir à mes côtés. Quelles sont ces nouvelles qui semblent si importantes ? Sont-elles bonnes ou mauvaises ?

Il attrapa un verre et lui servit une rasade d’alcool fort. Elle se saisit du gobelet et huma les vapeurs du breuvage tout en sentant sur elle le poids du regard de Slamagor.

— Mauvaises, avoua-t-elle la mine renfrognée.

Le visage plutôt jovial de Kurt changea brusquement et il se cala au fond de son siège.

— Je t’écoute.

Elle vida sa coupe. L’eau de vie de mirabelle lui brûla le fond du gosier.

— J’ai perdu la trace du jeune Endrick.

Slamagor ouvrit grand son œil droit. Il était visiblement surpris par cette annonce.

— Tu t’es fait semer ! C’est bien la première fois que ça t’arrive ! Et en plus, c’est un petit morveux inexpérimenté qui s’est joué de toi. Surprenant…

Il ricana amèrement. Des murmures de réprobation couraient parmi les participants.

Piquée au vif et quelque peu déstabilisée par la remarque désobligeante de son chef, elle se ressaisit, ravala sa fierté et planta son regard dans celui de son supérieur.

— Il est peut-être moins inexpérimenté qu’il en avait l’air, à moins qu’il n’ait bénéficié d’une aide coordonnée.
— Qu’importe ! lança Slamagor en accompagnant sa déclaration d’un geste dédaigneux de la main. J’ai réussi à obtenir des informations par d’autres moyens. Il est tout de même regrettable que tu ne te sois pas acquittée de ta mission.

Elle prit une profonde inspiration, se leva, se plaça face à son supérieur et fit un pas en arrière.

— J’en assume la responsabilité, dit-elle en se baissant et en posant un genou au sol.

Slamagor se leva, fit un pas Uriya et posa sa puissante main sur l’épaule de sa lieutenante.

— J’ai besoin de toi Uriya, tu fais partie de mes meilleurs éléments, mais je ne peux pas tolérer une telle incompétence. Je passe l’éponge pour cette fois, mais la prochaine fois je devrai prendre des décisions difficiles.

Il fit un signe de la main en montrant la sortie.

— Maintenant, disparais !

Elle tourna les talons et se dirigea vers la sortie de la salle sous les regards curieux et les quolibets de certains des responsables. Elle entendit alors Slamagor qui lançait :

— Ne crains rien pour ta vie Uriya, si je dois prendre une décision difficile, c’est ton frère qui subira ma colère.

Humiliée une nouvelle fois, elle marqua un temps d’hésitation, serra les dents et se remit en marche.

27Anthrax City

FICHE SIGNALÉTIQUE D’ANTHRAX

Type

Diamètre

Pesanteur

Densité

Rotation

Inclinaison équatoriale

Albédo

Écarts de température

Atmosphère

Terraformation

Satellites naturels

Distance (km)

Distance (UA)

Révolution

Diamètre apparent Obevax

Planète tellurique

14202 km

1,06

5,11

24 h 22 m

2° 07’

0,44 (44 %)

-40 à 55 °C

N2, O2

Achevée

2

128 944 500

0,8619

292 j 10 h 45 m

40’30”

Habitations

Astroports types

Population

Races (humains)

Races (E.T.)

Niveau technologie

Importations

Exportations

Gouvernement

Niveau d’insécurité

Niveau de liberté

Indice de légalité

Statut

Tous types, toutes tailles

Usine du Ram désaffectée

SIM C, M et P

745 740 000 habitants

68 %

32 %

10

Nourriture, biens

Minerais, biens

République anthracéenne

13 %

6

13

Colonie indépendante

Fiche signalétique type de la guilde des baroudeurs : Anthrax.

1 - Retour au bercail.

Anthrax était une grosse planète tellurique. D’un diamètre de quatorze mille kilomètres, ce fut une des premières colonies du gouvernement terrien à être terraformée en 2810. Toutefois, son administration s’était peu à peu révélée extrêmement complexe et, du coup, le Ram avait délaissé cette planète au fil du temps. Les rebelles avaient vite compris qu’ils pourraient, de manière opportune, implanter des bases arrière sur ce gros caillou orbitant autour d’une belle étoile blanche répondant au nom d’Obevax.

Après avoir acquis son autonomie en 2890 avec l’implantation d’un gouvernement transitoire, associant les forces robots du Ram fractal et des humains expatriés, la planète avait finalement obtenu son indépendance en 2965 après plusieurs mois de troubles.

Avec une population totale de près de sept cent cinquante millions d’habitants dont les humains représentaient une proportion de soixante-huit pour cent, Anthrax était une colonie importante. Ses revenus provenaient principalement des cultures céréalières, de la pêche, de l’élevage, de l’exploitation de nombreuses mines de métaux et de certains bois précieux.

La planète présentait un vaste continent du nom d’Axe, qui se composait de quatre grandes péninsules se réunissant en un point central formant un grand « X ». Les bras du « X » formaient des péninsules qui étaient elles-mêmes entourées de quatre mers qui bordaient l’Océan des Antipodes, énorme masse liquide où il ne faisait pas toujours bon naviguer, compte tenu des énormes tempêtes qui s’y déclenchaient de manière difficilement prévisible.

La grande capitale de la planète, Anthrax City, était nichée au niveau de l’équateur dans une large vallée boisée, au milieu de laquelle s’écoulaient lentement les eaux scintillantes d’une rivière qui descendait depuis le nord en trois cascades successives. Au nord de l’agglomération, une ville haute, comparable à celle que Kevin et Valène avaient découverte à New Parisse, s’élevait dans les airs. Au sommet, Destrex possédait une maison spacieuse de près de trois cents mètres carrés. Elle avait été mise à sa disposition par l’ancienne présidente alors qu’il en était le garde du corps en chef, et cela peu de temps avant qu’éclatent les évènements connus sous le nom de « deuxième révolution d’Anthrax ».

Dans les faubourgs d’Anthrax City, Vladimir disposait quant à lui d’une modeste maison. En dessous de celle-ci, il y a un peu plus de sept ans, il avait construit un grand centre de recherche en biologie réplicative, vestige d’une époque où les révoltes étaient monnaie courante sur la planète. En plus de cela, il possédait une chaîne de magasins d’armes et d’équipements divers dont le siège se situait à Rodville, une ville de moyenne importance à une centaine de kilomètres d’Anthrax City.

Il devait être 16 h 00 ce 21 juillet 2980 et Obevax était encore haut dans le ciel. La température avoisinait les trente degrés et une légère brise rendait cette température extrêmement agréable à supporter. Après avoir posé le « Sogot II »sur l’astroport d’Abougal, le gros centre spatial de la capitale qui jouxtait la forêt tropicale du même nom, ils confièrent Boubaka N’jobbo aux services médicalisés de la présidence en le remerciant chaleureusement de son aide. Ils permirent aux deux marchands rescapés de rejoindre leurs délégations et leurs familles qu’ils avaient pris soin de prévenir puis commandèrent un taxi-bus antigrav qui décolla rapidement et fila vers la ville haute. La circulation était assez dense à cette heure de la journée, mais relativement fluide. En s’approchant de la ville haute, Kevin et Valène, une fois de plus, furent impressionnés par l’imposante structure citadine.

Le bus volant se posa devant un large portail noir en fer forgé qui s’ouvrit sur une commande vocale de Destrex. Ils s’engagèrent dans une allée de graviers et longèrent une bordée d’arbres taillés, semblables à des buis. Finalement, ils se retrouvèrent devant une vaste maison de plain-pied entourée d’essences d’arbres imposants.

Une fois à l’intérieur, et après avoir traversé le hall d’entrée, ils débouchèrent sur un spacieux salon de quatre-vingts mètres carrés, richement décoré, qui donnait sur une terrasse et une grande piscine dont l’eau scintillait sous les rayons de l’astre anthracéen.

— Mortel ! dit Kevin, une piscine.

Il se mit illico à se dévêtir en boitillant et en manquant de perdre l’équilibre sous les yeux surpris de ses amis. Une fois qu’il fut en slip, il courut et sauta dans l’eau de la piscine en faisant une bombe et en éclaboussant les pourtours du bassin.

— Il me faut un maillot de bain, dit Valène. J’ai trop envie de me baigner.
— On ira faire les magasins, dit Natacha en lui faisant un clin d’œil, mais demain matin ; il commence à être tard et je ne te cache pas que j’ai besoin de repos.
— Yes ! Ok pour demain !

Pour cette première journée sur une planète où ils n’étaient pas obligés de se retourner à chaque bruit suspect et où chaque personne rencontrée n’était pas forcément un espion à la solde du Ram Fractal, ils prirent le temps de s’installer, de se détendre et de se restaurer. Ils savourèrent enfin un repos bien mérité.

Le lendemain matin, Obevax apparut peu à peu à l’est et darda radieusement ses rayons sur toute la vallée d’Abougal et sur la gigantesque structure de la ville haute qui brillait de mille feux. La journée s’annonçait belle et Natacha emmena Valène, comme elle le lui avait promis la veille, faire la tournée des magasins. Kevin flemmarda longuement au lit ainsi que Mad Sex qui avait du sommeil en retard et qui, la veille, s’était endormi comme une masse dans un des hamacs du jardin. Il ronflait encore au petit matin et concurrençait les oiseaux-plumes qui étaient pourtant connus pour être relativement bruyants.

Vladimir et Destrex, toujours très matinaux en toute circonstance, avaient pris leur petit-déjeuner ensemble et avaient reparlé d’un partenariat possible avec les deux marchands qu’ils avaient sauvés lors de l’opération sur Titan. Vladimir en avait d’ailleurs profité pour confier à Destrex son souhait : mettre en place un projet basé sur l’éventualité et l’opportunité de créer un système indépendant de protection des marchands. Devant la surprise et le peu d’emballement de Destrex, il n’avait pas trop insisté. Pourtant, lorsque son ami était parti pour suivre quelques-unes des affaires qu’il avait à régler, il prit le temps de poser à plat toutes les idées qui lui venaient sur la faisabilité de ce projet.

Les trois jours qui suivirent se passèrent sans encombre. Chacun vaqua à ses occupations, qu’elles soient professionnelles ou personnelles, mais le 23 juillet fut un jour particulier, car Valène, qui s’était confiée à Natacha lors de leur journée de magasinage, fêtait ses seize ans. Ils lui préparèrent une petite fête où elle fut couverte de cadeaux, mais cela n’empêcha pas certains souvenirs douloureux de remonter à la surface. Valène était constamment tiraillée entre la joie et la tristesse, entre l’envie de vivre et la mélancolie oppressante du passé qui faisait naître des idées malsaines. Et depuis qu’elle avait vécu cette expérience près du vaisseau abandonné, elle sentait son corps changer. Ce n’était pas simplement le fait de sortir de l’adolescence, mais plutôt cette sensation bizarre de ressentir et de voir des choses qu’elle seule pouvait appréhender.

Durant ces trois jours, Vladimir s’était également affairé à visiter plusieurs de ses magasins, profitant de l’occasion pour faire quelques cadeaux à quelques-uns de ses employés qu’il ne voyait qu’occasionnellement. Il avait aussi pris le temps de rassurer Natacha sur la perte de son entreprise de York en lui proposant de travailler sur Paradis où il avait, l’année passée, racheté un gros garage de mécanique spatiale. L’affaire était en train de végéter et avait bien besoin de quelqu’un comme Natacha pour la remettre à flot.

Le quatrième jour, par un après-midi pluvieux, après avoir dégusté une darne de Baratmon cendré, Vladimir emmena ses amis dans sa maison du quartier des belles collines sous laquelle se trouvait son laboratoire secret. En son absence, ce qui était le cas la majeure partie de l’année anthracéenne, la maison était occupée par Racquella Meyer, une amie qui, avec lui, avait participé à la révolution d’Anthrax.

Lorsque Vladimir sonna à l’interphone de sa maison, au niveau du portail plein, il posa la main sur la caméra et fit un clin d’œil aux autres.

— Oui ? demanda une douce voix féminine.
— Police planétaire, Madame ! dit-il en maquillant sa voix, nous avons des questions à vous poser.

Il y eut un blanc pendant un court moment.

— Vladimir ?

Les autres se mirent à rire, ce qui finit de mettre en échec la vainetentative de Vladimir de jouer un tour à son amie. Il retira sa main de la caméra et cette fois la voix fut claire et joyeuse.

— Vladimir !

Le portail s’ouvrit et ils entrèrent dans une allée pavée. Au fond du chemin, une maison à pans de bois de style très ancien, voire moyenâgeux, dénotait singulièrement avec le style des autres demeures alentour. La pluie s’était arrêtée depuis quelques minutes et des senteurs de jasmin, de menthe et de rose montaient délicieusement dans l’air qui se réchauffait déjà.

La porte de la maison s’ouvrit et dans l’encadrement apparut une femme d’une trentaine d’années vêtue d’une simple et légère robe d’été blanche et d’une paire de sandalettes à lacets. Elle avait des cheveux blonds, mi-longs, en bataille, et un regard mêlé de joie et de tristesse. Elle descendit rapidement les quelques marches du perron et écarta les bras pour accueillir la petite troupe.

Vladimir la prit dans ses bras et ils restèrent ainsi quelques secondes. Elle salua ensuite Destrex qu’elle connaissait bien, puis les autres et les invita à entrer. À l’intérieur, les meubles semblaient, eux aussi, sortir d’une auberge médiévale. Certains, en bois rares, par leurs styles particuliers, provenaient même d’autres planètes que Vladimir avait visitées au cours de ses pérégrinations galactiques.

Ce dernier leur fit visiter les lieux. Destrex connaissait la maison ainsi que le laboratoire, mais Mad Sex, lui, n’y était jamais entré. Le sous-sol comprenait un laboratoire ultra perfectionné, plusieurs bureaux d’analyses dotés de scanners positroniques et de radiographes à neutrinos, une salle d’opération avec assistance robotisée, une chambre de conservation où étaient disposées six cuves cryogéniques dont deux contenaient des clones de Vladimir. Enfin, une pièce au milieu de laquelle trônait un dispositif curieux, constitué d’un cylindre surmonté d’une sphère transparente remplie d’un liquide fluorescent, au-dessus de laquelle partaient verticalement plusieurs lamelles de métal.

Kevin et Valène se postèrent de part et d’autre de la machine, absorbés par la lumière qu’elle émettait. Les deux adolescents scrutaient avec fascination la structure complexe de l’appareil.

— C’est quoi ce machin ? demanda Kevin.
— Un résonateur d’ondes psy couplé à un amplificateur d’ondes θ3.
— ça sert à quoi ?
— À capter, acheminer et transférer mon esprit dans un des clones que tu as vus précédemment. Mais cela ne fonctionne que sur une distance limitée, quelques centaines de kilomètres tout au plus.
— ça déchire ! dit Kevin en regardant Valène qui semblait fascinée par le prototype. C’est cet appareil que tu as mentionné dans ton récit l’autre jour ?
— En effet.

Au bout d’un moment, alors que les autres (hormis Valène et Kevin toujours curieux et furetant partout) étaient remontés, et que Vladimir était occupé à inspecter un vieux modèle de prothèse de combat qu’il avait bidouillé il y a fort longtemps, Valène s’approcha et prit la parole :

— Dis-moi tonton Vladimir, Racquella, c’est ta petite amie ?
— Comment ça ma petite amie ?
— Ben ! dit Kevin, ta cops, ta caille, ta meuf, ta poule, ta zessegon, ta blonde, ta rombière, ta greluche, ta régulière, ta fatou, ta nana, ta gisquette, ta grosse, ta belette, ta…
— Kevin ! cria Valène, arrête ! T’es chiant !
— Non, répondit Vladimir, elle a quelqu’un je crois. Il y a quelques années, on a eu une petite histoire, mais rien de sérieux. Et puis d’une, je suis tout le temps en vadrouille et de deux, je suis comme qui dirait un peu son employeur.
— Ben, l’un n’empêche pas l’autre, dit Kevin.
— Tout à fait, dit Valène, et vu comment elle te regarde, je crois qu’elle a toujours un petit faible pour toi.
— T’es sérieuse ? demanda Vladimir en fronçant les sourcils.
— C’est clair Albert, dit Kevin, même moi je l’ai remarqué et pourtant, je suis pas un radar à gonzesses.
— Moi non plus. Je suis plutôt bon pour renifler une arnaque ou une bonne affaire marchande à des kilomètres, mais une nana qui m’envoie des petits signaux amoureux, ça me passe à des années-lumière au-dessus de la tête.

Ils remontèrent alors et s’installèrent avec les autres autour d’une grande table de ferme où les discussions allèrent bon train. Ils prirent quelques rafraîchissements et Vladimir, tout en discutant, regardait discrètement Racquella de temps à autre. Plus il la regardait, plus il la trouvait belle et fragile. Et chaque fois que leurs regards se croisaient, elle souriait adorablement.

Le lendemain, Hubert les contacta pour les avertir de sa prochaine arrivée et, cette fois, il viendrait avec son petit vaisseau scientifique dans lequel il installerait son prototype complet d’extracteur de souvenirs. Ils pourraient donc l’utiliser pleinement.

Et en effet, un jour plus tard (le temps nécessaire au voyage avec le système Warp+), Hubert débarqua sur Anthrax. Il arriva en fin d’après-midi par une météo maussade, venteuse et humide. Lors du repas du soir, chez Destrex où ils étaient tous retournés, il annonça une nouvelle surprenante.

— Vous savez que sur Vénus, lorsque je vous ai fait passer le test de KYU, j’ai également fait un prélèvement biologique pour affiner les résultats. J’ai fait une découverte étonnante. Elle concerne John et Jérémy.
— Et ? demanda Destrex, tandis que Mad Sex vidait sa chope de bière sganéane.
— Le test génétique est sans faille, vous avez une parenté commune, plus précisément vous êtes cousins.

Mad Sex cracha le peu de bière qu’il avait dans le fond de la gorge et éclaboussa Kevin, qui était juste en face, et qui se mit à râler. Vladimir regardait ses deux compagnons avec un intérêt soudain.

— C’est pas possible ! dit Destrex, me dites pas que ce mec-là est mon cousin.

Il secoua la tête de droite à gauche et se mit la main sur le crâne.

— Cool, dit Mad Sex en s’essuyant la bouche avec le revers de la nappe, vu que t’as pas de gosses ni de famille, si tu claques, je vais hériter d’une chouette baraque avec une vue d’enfer !
— Qu’est-ce que tu en sais qu’il a pas de marmots ? demanda Vladimir, avec toutes les nanas qu’il a sautées aux quatre coins de la Galaxie…
— Qui voudrait d’un rejeton ayant cette trogne ? renchérit Mad Sex en désignant la tête de Destrex.
— Ben quoi, dit Vladimir, dans un bocal de formol au-dessus de la cheminée !

Destrex insulta ses deux amis qui se tapaient dans les mains.

— Je devrais appeler la guilde des notaires indépendants et te déshériter sur le champ, répondit-il en le fusillant du regard.
— Hé, cousin, t’as pas de cœur ! dit Mad Sex en faisant semblant de pleurer tandis que l’ensemble des personnes présentes faisaient mine de le réconforter.
— Bon, dit Vladimir, c’est pas tous les jours que deux membres d’une même famille se retrouvent, on va boire un coup pour l’occasion !

Les jours suivants s’égrenèrent paisiblement et le huitième jour après leur arrivée sur la planète, la borne quantique que les rebelles de York leur avaient confiée vibra sourdement, s’éclaira par petites pulsations et sonna. Destrex décrocha, eut une rapide discussion et prévint les autres :

— Les grands pontes de la Rébellion débarquent dans trois jours, on doit tout préparer pour leur arrivée. Allez hop, c’est parti !

Ils se mirent à l’œuvre avec excitation. Valène et Kevin se sentaient utiles pour la première fois depuis leur arrivée du passé. Destrex et ses amis déplacèrent une grande partie du mobilier du salon pour faire de la place, cela permettait de rajouter des chaises et quelques fauteuils en vue d’accueillir les hauts dignitaires de la Rébellion (ainsi qu’un bon nombre de sympathisants de dernière minute qui n’étaient pas prévus au départ).

Hubert avait tenu à s’occuper de la nourriture avec Racquella et Valène. Ils avaient préparé une quantité impressionnante de petits fours, de canapés et de plats froids en alliant des recettes provenant des quatre coins de la Galaxie, afin de plaire aux différents représentants des civilisations qui seraient présents à la réunion.

La météo avait prévu une journée particulièrement chaude et ensoleillée pour la tenue de la réunion. Natacha, qui avait pris soin de vérifier le bon fonctionnement des moteurs de chaque climatisation de la maison, pesta lorsqu’elle s’aperçut que deuxd’entre eux devaient être changés ou réparés. En urgence, elle dut aller en acheter, et devant plusieurs ruptures de stock, elle écuma les casses de la ville pour enfin en dégoter deux d’occasion. Elle avait également, avec l’aide de Mad Sex, vérifié le bon fonctionnement des bornes génératrices de champ de protection disséminées autour de la maison de Destrex.

Vladimir commanda auprès d’un petit viticulteur de la région deux tonneaux de vin rouge et un tonneau de rosé. Les vignes poussant sur les coteaux de Vendrelle, non loin de Rodville, étaient issues d’un mélange de cépages provenant de la Terre, d’anciennes vignes de Sancerre et de Reuilly.

2 - L’assemblée des civilisations.

Finalement, le jour tant attendu arriva. Il régnait dans la maison de Destrex une animation qu’on n’avait pas vue depuis la célébration de la victoire contre le régime de l’ancienne présidente, il y a cinq ans. Destrex, Mad Sex et Vladimir retrouvèrent avec plaisir Roger, Alkreg, Rebell et Karen. Ces derniers firent connaissance avec Valène et Kevin. Les trois rescapés des cryptes sympathisèrent quasi-immédiatement et échangèrent des anecdotes sur leurs passés respectifs.

Il y avait là des représentants de plusieurs races extraterrestres, des Valyrians, des Avagonos, des Drecks, des Mantaa, des Astraliens, des Nessors, des Fédrans, des Fardiants et des Sgurtons. Valène, Kevin et Roger n’avaient encore jamais vu d’aussi près une telle concentration de races extraterrestres et ils déambulaient avec curiosité au sein des différents groupes, se demandant si la maison de Destrex n’était pas en fait un simple zoo galactique. Les discussions allaient bon train et, pendant un moment, les deux adolescents et Roger coupèrent leurs traducteurs : un brouhaha incompréhensible les submergea. Des voix claires, cliquetantes, haut perchées, sifflantes, rauques, désarticulées, gutturales et profondes s’entrechoquaient et ressemblaient à l’accordage des instruments de musique avant un concert.

Les différentes personnes se mirent bientôt en place, s’installèrent dans les multiples sièges, fauteuils et canapés mis à disposition. Certains, très peu, préférèrent se tenir debout. Il y avait là au moins cent cinquante personnes qui mangeaient, buvaient et conversaient en attendant patiemment le début du Conseil. Puis, le chef de la Rébellion demanda le silence.

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