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Pour sa seconde mission, l’épidémiologiste Léna Mathisen est envoyée en Amazonie équatorienne où le virus Zika commence à se développer chez les autochtones, au cœur de la forêt vierge.
Elle devra faire face à de nombreux périls et à diverses tentations, tout en essayant de trouver son chemin dans sa vie personnelle. A son retour, partagée entre deux amours, elle sera confrontée à de douloureux choix qui l’entraîneront jusqu’au bord de l’abîme.
Mêlant problématique scientifique et introspection, "
Double faille" entraîne le lecteur sur les traces d’une héroïne des temps modernes qui cherche à harmoniser réussite professionnelle et aspirations privées, soif d’indépendance et besoin d’être aimée, alors que son horloge biologique tictaque de plus en plus fort.
Posant des questions d’actualité sur les relations au sein du couple et sur la place de la femme dans la société, ce roman décrit les enjeux auxquels sont confrontées celles qui essaient de concilier toutes les facettes de leur vie, sans se renier ni se perdre mais en avançant dans l’harmonie.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Biologiste,
Nicole Lachat conjugue dans ses romans son intérêt pour les thématiques scientifiques, ses réflexions sur les relations humaines et sa passion pour les voyages. "Double faille" est le second volet d’une quadrilogie centrée sur le personnage de l’épidémiologiste Léna Mathisen dont les premières aventures sont relatées dans "Menace sur la toundra", également disponible chez Isca-Livres.
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Seitenzahl: 292
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Menace sur la toundra, IscaLivres 2024.
Nicole Lachat
Double faille
Léna, volume 2
© 2025, Nicole Lachat.
Reproduction et traduction, même partielles, interdites.Tous droits réservés pour tous les pays.
ISBN 9782889821112
Montagnes de l’Ulvefjell, Norvège
Assis sur un rocher au sommet de la crête dominant le refuge, Nils suivait aux jumelles la progression de la harde des bœufs musqués lorsqu’il aperçut un marcheur qui cheminait entre les arbrisseaux nains, très loin, à l’entrée du haut plateau. L’inconnu avançait lentement, ployé sous le poids d’un gros sac à dos, s’arrêtant fréquemment. Il le vit contourner le troupeau avec prudence puis s’asseoir par terre, apparemment pour observer les animaux. La lumière diminuant rapidement, il n’était plus possible de distinguer clairement les détails à cette distance, alors Nils entreprit de redescendre, perdant de vue l’individu. Si celui-ci venait au refuge, il le verrait bientôt apparaître à l’entrée de la vallée, là où le sentier rejoint le torrent. En attendant, il allait rallumer le feu et préparer du thé.
La harde paissait dans la pente au-dessus de la cabane quand le randonneur réapparut. Il semblait effectivement venir dans sa direction. Lorsqu’il saisit la silhouette dans ses jumelles, Nils tressaillit, son cœur se mettant soudain à battre la chamade. Elle était encore un peu trop loin, il n’était pas sûr, ce ne pouvait pas être elle… Elle était retournée en Suisse… Retenant sa respiration, il ajusta la netteté. Au même moment, la femme s’arrêta et, repoussant son capuchon en arrière, elle regarda droit dans sa direction. L’espace d’un instant, il entrevit son visage, juste avant qu’elle porte aussi des jumelles à ses yeux. Il mit la main devant sa bouche grande ouverte, le souffle coupé. Plus de doute, c’était Léna ! Il la reprit dans ses oculaires et la regarda qui le regardait. Alors elle leva le bras et l’agita follement avant de se remettre en route, presque en courant maintenant. Incrédule, il tourna sur lui-même, ne sachant comment se comporter, rattrapé par sa timidité maladive. Il se frotta les yeux, comme pour sortir d’un rêve puis, alors qu’elle atteignait l’endroit où le sentier franchissait le torrent, il se mit en marche à sa rencontre.
Ils se rejoignirent au moment où le crépuscule faisait basculer les ombres, noyant les couleurs de la toundra. Leurs regards s’accrochèrent et ils restèrent plusieurs secondes immobiles, comme suspendus face à une impossibilité. Puis Nils fit un pas supplémentaire et la prit dans ses bras sans rien dire. Elle se laissa aller contre lui, essoufflée par sa course et il sentit les battements violents de son cœur au travers du rembourrage de sa veste. Le vent redoublait d’intensité alors il l’entraîna vers la chaleur du refuge, l’aida à se débarrasser de son gros sac et lui proposa du thé.
10 janvier, Aéroport de Trondheim, Norvège
Le vol SAS pour Stockholm était prêt pour l’embarquement. Léna rassembla ses affaires et se mit dans la queue. Après cette première étape, elle aurait quarante-cinq minutes pour changer d’avion à Arlanda puis le voyage durerait encore 2 h 45 jusqu’à Genève où elle arriverait en milieu d’après-midi.
Epidémiologiste, elle avait été envoyée en Norvège l’année précédente par le Centre mondial d’étude des maladies émergentes (CMEME), basé dans la cité de Calvin, pour se consacrer à sa première grande mission sur le terrain, lors de la mystérieuse épidémie qui s’y était déclenchée en août, avant de se répandre à travers la Scandinavie. A Grønnedalen, où moururent les premières victimes, la situation était maintenant revenue à la normale, tout comme à Longyearbyen au Svalbard et en Laponie finlandaise. Restée seule en Norvège, après que son équipe soit retournée en Suisse, Léna avait passé la fin de l’année à aider l’Agence Norvégienne de la Santé et son homologue finlandaise à mettre en place le dispositif de prévention sur le long terme. Travaillant sans relâche, elle avait dû mobiliser toute son énergie pour mener cette tâche à bien, affrontant de nombreux obstacles, tant professionnels que privés.
Elle se réjouissait de retourner dans les locaux de son employeur, de retrouver Martial Lorétan le directeur et de présenter enfin au comité de direction le projet d’étude du développement du virus Zika aux Antilles, programme qu’elle avait dû laisser en attente cinq mois auparavant, en quittant son laboratoire.
Profitant de son voyage en Helvétie, elle comptait aussi aller récupérer ses affaires à son ancien appartement, si possible en évitant de tomber sur Noah, son ex-compagnon. Elle avait rompu dans un moment de clairvoyance, après qu’elle ait décidé de rester en Norvège le temps qu’il faudrait pour achever son travail d’épidémiologiste. Un concours de circonstances lui avait permis de retrouver le patient zéro de l’épidémie, Nils Rønning. Guéri, il séjournait dans le refuge sur les hauts plateaux, là où il étudiait les bœufs musqués quand il était tombé malade. Le hasard avait voulu qu’elle s’y rende également, désireuse de prendre un peu de repos avant de continuer son travail. Les quelques jours qu’ils passèrent ensemble leur donnèrent l’occasion de mieux se connaître et de se remettre un peu de toutes les émotions vécues lors des dernières semaines. Leur vie prit alors une nouvelle direction. Une fois redescendus à Grønnedalen, la petite ville où tout avait commencé, ils partirent pour Trondheim et Nils lui offrit l’hospitalité chez lui, le temps qu’elle achève sa mission et décide de son avenir.
Déjà lors de leur rencontre pendant l’épidémie, Léna avait ressenti pour le biologiste une forte attirance. Elle s’était efforcée de l’ignorer, tourmentée par l’incertitude face à l’avenir. Après leurs retrouvailles, ses sentiments s’amplifièrent rapidement et elle s’éprit véritablement de Nils mais ce dernier ne semblait pas prêt pour une relation amoureuse et encore moins enclin à mener une vie de couple. S’il était parfois tendre et souvent attentionné, il s’obstinait à garder une certaine distance avec elle, probablement encore échaudé par l’abandon de sa première compagne et toujours sujet à des angoisses en lien avec ce qu’il avait vécu pendant sa maladie. Léna s’accommodait tant bien que mal de cette situation, puisant dans cette amitié amoureuse le réconfort dont elle avait besoin après sa rupture d’avec Noah. Elle était soulagée d’avoir osé mettre fin à une relation devenue toxique mais se sentait maintenant un peu perdue. La retenue de Nils à son égard la faisait douter et elle craignait de mal interpréter la douceur qu’elle lisait dans son regard et le trouble qu’il semblait parfois ressentir quand elle était toute proche de lui.
Il l’avait conduite à l’aéroport ce matin et elle sourit en pensant à ce doux géant avec qui elle partageait désormais une maison, à ses yeux tristes quand il l’avait laissée, quelques minutes auparavant, dans le hall. Rêveuse, elle pensait à sa brève étreinte, aux lèvres qu’il avait rapidement posées sur son front, lorsqu’une voix la fit sursauter :
– Votre carte d’embarquement, Madame, s’il-vous-plait !
Elle tendit le document à l’hôtesse puis s’engouffra dans le couloir qui menait à l’avion. Une fois installée à sa place, elle se laissa à nouveau aller à sa rêverie, jusqu’à ce qu’un homme se laisse choir sur le siège voisin du sien et la dérange. Il tenta immédiatement d’engager la conversation.
– Bonjour, belle journée pour voler, vous ne trouvez pas ?
Peu désireuse de s’engager dans un dialogue, Léna lui fit comprendre qu’elle ne désirait pas parler plus que nécessaire en se bornant à une réponse laconique et en se tournant vers le hublot.
– Oui, oui.
Alors il se pencha vers sa voisine de droite, apparemment plus encline à discuter. L’avion se mit en mouvement sur le tarmac puis décolla. Léna replongea dans ses pensées, ses yeux suivant sans les regarder vraiment les petits nuages qui défilaient de l’autre côté du hublot.
Tout en achevant son travail sur l’épidémie en Scandinavie, elle avait gardé un œil sur la situation aux Antilles. Le virus Zika continuait à étendre sa zone d’influence et bien que sa dangerosité pour les populations soit relativement basse, il n’en demeurait pas moins très préoccupant en ce qui concernait les femmes enceintes et leurs fœtus. Léna restait donc persuadée que son projet serait bien accueilli par le comité de direction et qu’elle partirait probablement bientôt sous les tropiques. Elle en ressentait une grande excitation mais ne pouvait s’empêcher de penser avec appréhension au moment où elle devrait quitter Nils. La jolie petite maison de bois peinte en jaune où ils habitaient à Trondheim se situait à Bakklandet, au cœur de la vieille ville, à quelques minutes à pied du Gamle Bybro, un antique pont de bois franchissant la Nidelva et permettant de rejoindre le centre de la cité. Nils travaillait depuis peu au NINA* à un programme de reconstitution de la population de renards polaires dans le Trøndelag, l’immense comté dont Trondheim est la ville la plus importante. Il avait difficilement quitté Grønnedalen et l’Ulvefjell, région où il étudiait les bœufs musqués, à la fin de sa précédente mission, mais s’était très vite enthousiasmé pour ce nouveau challenge. Léna l’avait vu renaître à sa passion de biologiste, après les dures épreuves traversées durant sa maladie. Il avait mis de longues semaines avant de retrouver toutes ses capacités physiques et de pouvoir à nouveau passer des heures à l’affût dans la nature, car handicapé par une fatigue tenace. La bactérie qui l’avait terrassé l’année précédente avait certes causé des ravages physiques mais l’avait aussi laissé psychologiquement fragilisé, comme beaucoup d’autres hommes, ainsi qu’elle avait pu le constater lors du suivi effectué auprès de plusieurs patients. Nombre d’entre eux semblaient avoir perdu le goût de vivre ou, tout au moins, présentaient une crainte profonde face aux aléas de la vie. Cela se traduisait par des difficultés à s’investir dans leur travail mais également dans leurs relations avec les autres et notamment avec la personne qui partageait leur vie. Nils avait en partie échappé à ces travers, heureux d’avoir rencontré Léna et de passer du temps avec elle. Mais il était néanmoins resté prudent dans leurs échanges et elle avait dû le pousser gentiment pour qu’il se laisse aller et retrouve sa confiance dans le futur. Jusqu’au jour où il avait été contacté par une chaîne de télévision pour une interview en tant que patient zéro de l’épidémie. Réticent, il avait fallu que Léna l’encourage vivement à accepter, pensant que cela lui ferait du bien d’expliquer comment il avait pu s’en sortir. En y repensant, elle se remémora quelques extraits de l’entretien et replongea immédiatement dans ses remords.
***
Journal télévisé NRK1**, Sedna Pettersen
– Madame, Monsieur, bonsoir. En une de notre journal, six mois presque jour pour jour après le début de l’épidémie à Grønnedalen, voici l’interview du patient zéro que notre correspondant a retrouvé à Trondheim. C’est à vous, Björn.
– Merci Sedna. Nous sommes avec Nils Rønning, le biologiste qui fut le premier atteint l’an passé par cette bactérie devenue tristement célèbre. Merci d’avoir accepté de nous parler. Vous êtes donc le patient zéro, comment allez-vous aujourd’hui ?
– Je vais bien. Je n’ai plus de symptômes depuis un bout de temps et toute cette histoire est derrière moi maintenant.
– Plus de symptômes ? Nous sommes ravis de l’entendre… Mais il semblerait que presque tous les patients ont eu des difficultés dans les mois qui ont suivi leur maladie. Des difficultés d’ordre psychologique, s’ajoutant aux séquelles physiques. Cela a-t-il été votre cas également ?
Nils se rembrunit et hésita quelques secondes avant de répondre.
– Euh… des difficultés psychologiques… Je ne dirais pas cela ainsi… J’ai mis du temps avant de retrouver toute mon énergie, mais ma tête va bien…
– Vous n’avez donc pas souffert de problèmes relationnels, de manque de confiance en vous, de craintes vis-à-vis de votre avenir ?
Mal à l’aise, Nils se contenta de répondre que non. Mais le journaliste insista :
– Et vous êtes toujours suivi actuellement ? Médicalement parlant, je veux dire…
– Non, pourquoi le serais-je ? Je ne suis plus malade…
– Vous n’ignorez sûrement pas que de nombreux hommes, contaminés par cette bactérie, ont maintenant été diagnostiqués avec un gros souci de fertilité, leur enlevant tout espoir de procréation sans assistance médicale ?
– Oui, je suis au courant…
– Pardonnez cette question très personnelle, mais vu les conséquences importantes pour les couples concernés, vous êtes-vous aussi fait tester ?
– Non…
– Mais pourtant je crois savoir que vous vivez en couple avec l’épidémiologiste suisse qui a travaillé sur cette épidémie. Vous ne rencontrez pas de difficultés ?
Nils blêmit et s’exclama :
– Absolument pas ! Et cela ne vous regarde d’ailleurs pas ! Cette interview est terminée !
Nils tourna les talons, laissant le journaliste un peu éberlué.
– Euh… Voilà Sedna, c’est tout ce que nous avons pu obtenir. Vous constaterez que ce sujet très délicat ne va pas sans causer passablement de souffrances…
***
Léna s’en voulait énormément d’avoir poussé Nils à faire cette interview. Elle n’aurait jamais pensé que le journaliste puisse être aussi intrusif. Nils avait été très remué par la suite. Il savait pourtant que quelques mois après l’épidémie, les médecins avaient identifié chez de nombreux sujets masculins un problème d’oligospermie***, des difficultés de procréation au sein de jeunes couples ayant fait l’objet de consultations dans les services de fertilité. Nils avait refusé de se faire tester, considérant que le sujet était prématuré et bien qu’il ait concédé que l’idée de fonder une famille avait fait partie de son projet de vie, avant… Léna n’avait pas insisté. De son côté, elle continuait à prendre un contraceptif, comme durant sa vie d’avant l’épidémie, avec Noah. Elle espérait secrètement que sa cohabitation avec Nils évoluerait vers une relation plus intime, mais ne désirait pas avoir d’enfant dans l’immédiat, préférant laisser la place au développement de sa carrière. Et après l’émission, elle n’avait plus osé aborder ce sujet délicat.
L’hôtesse arriva à la hauteur de leur rangée et leur proposa une boisson. Léna demanda un jus de myrtilles. Son voisin en profita pour lui adresser à nouveau la parole.
– Vous voyagez pour le plaisir ? Où vous habitez à Stockholm ?
Décidément, elle détestait son sourire et l’odeur de son aftershave, sans parler de sa propension à se pencher vers elle, sa cuisse frôlant la sienne. Elle lui répondit sans le regarder.
– Non, je voyage pour mon travail… Et il faut d’ailleurs que je me concentre sur ce que j’aurai à faire tantôt.
Sa boisson terminée, elle se tourna à nouveau vers le hublot et repartit dans ses pensées. Elle se revit dans la montagne, courant presque sur le sentier, malgré la fatigue de la longue montée, portée par un élan de joie après qu’elle eut reconnu Nils dans l’homme qui se tenait devant le refuge. De ses pieds volant de pierre en pierre alors qu’elle franchissait le torrent. Et des yeux de Nils, si bleus, qui ne la lâchaient plus, comme s’il avait peur qu’elle disparaisse. De ses bras autour d’elle et du sentiment de bonheur infini qu’elle avait alors ressenti. L’odeur de la fumée du feu de bois imprégnait les vêtements du biologiste et les jumelles qui pendaient sur son torse lui écrasaient les seins. Mais elle était restée ainsi collée contre lui un long moment. Après, il l’avait emmenée à l’intérieur et lui avait offert une tasse de thé brûlant. Il la regardait boire, sans rien dire. Puis, comme elle examinait la cabane, l’unique pièce avec la large banquette faisant office de lit, il avait dit timidement :
– C’est assez large. Tu pourras dormir à côté de moi, près du feu.
Elle avait acquiescé, se demandant tout de même ce qui allait se passer. Si l’attirance qu’elle ressentait pour lui était partagée. Il l’avait serrée tellement fort tout à l’heure… Nils avait ensuite préparé une soupe et ils avaient mangé du fromage et de la viande d’élan séchée, échangeant quelques phrases passe-partout sur les jours écoulés. Elle avait finalement évoqué l’invraisemblance de leurs retrouvailles.
– Je croyais que tu étais retourné à Trondheim…
– Et moi que tu étais repartie en Suisse avec ton équipe…
– C’est quand même incroyable que nous nous retrouvions ici tous les deux…
Et comme il ne disait rien, elle osa :
– Je suis tellement heureuse de te revoir… J’avais voulu passer te dire adieu à l’hôpital, avant mon départ… mais tu n’étais plus là…
Elle ne lui avoua pas ce qu’elle avait ressenti quand elle était entrée dans sa chambre et avait trouvé quelqu’un d’autre dans le lit et qu’elle avait cru qu’il était mort… Il la regardait, toujours sans parler, mais l’intensité de son regard suscitait un émoi très fort chez Léna. Un long silence s’installa, ponctué seulement par les craquements du bois dans la cheminée quand Nils rechargea le feu.
– Pourquoi n’es-tu pas repartie ? Il n’y avait plus personne dans le labo du Centre Nature quand j’y suis passé.
Elle hésita, ne sachant pas comment formuler l’impulsion folle qui l’avait fait changer d’avis au dernier moment, juste avant de monter dans l’avion qui devait la ramener à Genève. Elle se borna à une explication passe-partout.
– Euh… j’ai réalisé que j’avais encore du travail à terminer en Norvège… Et j’avais aussi besoin de me reposer…
– Et pourquoi tu es montée jusqu’ici ? Tu savais que j’étais là ?
– Non, mais je sentais que je devais venir ici… Je ne sais pas pourquoi… Et puis quand je t’ai vu, j’ai compris que c’était ce que j’espérais secrètement. A l’hôpital, déjà, j’avais très envie de mieux te connaître.
Nils sembla troublé par cette révélation, mais gêné, il ne dit rien. N’y tenant plus, Léna se leva, s’approcha de lui et appuya ses paumes contre la poitrine de l’homme. Surpris, il eut d’abord un mouvement de recul mais il recouvrit finalement ses mains avec les siennes. Elle sentait sa chaleur à travers le pull. Elle se blottit tout contre lui. Il poussa un long soupir puis murmura tout en se dégageant :
– Tu es gelée… Je vais préparer ton lit. Il faut te reposer maintenant.
Il déroula le sac de couchage de Léna sur la banquette, ajouta une couverture et un oreiller.
– Je vais chercher du bois dehors. Je te laisse te préparer pour la nuit. Il y a des toilettes sèches là-bas au fond.
Il sortit dans le noir avec sa lampe frontale et elle l’entendit fendre du bois. Un peu décontenancée par son attitude distante, elle quitta ses habits de randonnée et revêtit une tenue en polaire pour la nuit. Elle utilisa les toilettes et se brossait les dents au-dessus de l’évier minuscule lorsqu’il revint en portant un panier plein de bûches. Il les empila à côté de l’âtre et quand il se redressa, elle était prête. Ne sachant pas trop comment se comporter, elle allait grimper sur la banquette lorsqu’il la saisit par le bras. Elle se tourna vers lui. Il avait le visage grave, presque triste. Il joua avec une mèche des cheveux de Léna puis caressa sa joue. Et comme elle le regardait, interrogative, il murmura :
– Pardonne-moi, je ne sais pas trop m’y prendre avec les femmes… mais je suis heureux que tu sois là.
Puis il commença lui aussi à se préparer pour la nuit. Léna se glissa dans son sac de couchage et se tourna contre la paroi. Elle était un peu déçue, ne comprenant pas bien l’attitude de Nils. Elle s’était probablement trompée quand elle avait cru que quelque chose se passait entre eux, à l’hôpital, pendant qu’elle était à son chevet. Il se coucha à côté d’elle sans rien ajouter et bientôt sa respiration se fit plus profonde. Il s’était endormi. Elle restait éveillée, partagée entre la joie de l’avoir retrouvé et la crainte d’avoir fait fausse route. Finalement, elle se laissa aller à la douceur de sa présence et sombra dans le sommeil.
***
L’avion amorçait sa descente vers Stockholm.
– Ça va la concentration ?
Son voisin l’observait avec un sourire ironique. Elle réalisa alors ce qu’elle faisait : entièrement plongée dans ses souvenirs, ses mains étaient pressées sur sa poitrine, sa tête rejetée en arrière et ses lèvres entrouvertes.
Furieuse contre elle-même, elle le fusilla du regard en haussant les épaules mais ne lui répondit pas. Et c’est soulagée d’être débarrassée de cet enquiquineur qu’elle débarqua. L’aéroport d’Arlanda était vaste et elle n’eut que le temps de trouver la bonne porte avant d’embarquer sur le vol suivant pour Genève. Cette fois, elle était seule dans sa rangée et elle apprécia de pouvoir se laisser aller à la méditation sans se soucier d’un voisin trop curieux.
Ils étaient restés trois jours au refuge, partageant leur temps entre l’extérieur où ils réalisèrent d’incroyables observations des bœufs musqués et des moments au coin du feu où ils apprirent à mieux se connaître. Si Léna ne fit pas mystère de sa vie et de sa relation compliquée avec Noah, relation qu’elle qualifia de terminée, Nils eut plus de mal à se livrer, bridé par une pudeur masculine et, d’après ce que comprit Léna, encore blessé par le fait que sa compagne l’ait abandonné un an auparavant. Le soir venu, ils partageaient la banquette proche de la cheminée et Léna appréciait la chaleur que lui procurait cette proximité avec Nils. En effet, il faisait froid la nuit désormais dans la montagne et le sol ne dégelait plus, même durant la journée. A aucun moment Nils ne tenta une approche plus poussée vers la jeune femme. Il se contentait de s’allonger près d’elle et s’endormait rapidement. Léna restait éveillée longtemps, l’écoutant respirer, n’osant pas bouger, alors même qu’elle aurait souhaité qu’il soit plus entreprenant. Elle ressentait un intense désir quand elle était aussi près de lui et ne comprenait pas qu’il ne manifeste aucune velléité. Était-elle donc si moche et si peu désirable ? Elle ne découvrirait que plus tard qu’il souffrait, entre autres séquelles et tout comme de nombreux patients mâles, d’une baisse importante de la libido. Des toxines sécrétées par la bactérie responsable de l’épidémie s’étaient accumulées dans les centres nerveux associés au désir sexuel et inhibaient leur comportement amoureux.
Il lui avait quand même proposé de s’installer dans sa maison, à Trondheim, le temps qu’elle achève le suivi de l’épidémie. Ce qu’elle fit. Les semaines s’étaient succédé sans que leur relation n’évolue. Léna avait l’impression de vivre chez un bon copain et elle se sentait presque asexuée. Elle dormait sur un lit d’appoint dans une petite chambre qui servait de bureau. Seules les nombreuses tentatives téléphoniques de Noah pour la convaincre de rentrer en Suisse et de lui revenir avaient étrangement alimenté son sentiment d’être une femme, même si ce n’était pas la bonne personne qui la désirait… Puis Noah avait cessé de la harceler. Ce fut certes un soulagement, mais elle vécut alors une période étrange et compliquée, oscillant entre la douceur de vivre auprès de Nils et le désespoir de ne pas voir ses sentiments partagés. Jusqu’à ce soir de décembre…
Ils allèrent se promener dans les rues pour admirer les décorations lumineuses et mangèrent au restaurant, sur les quais de Bryggen tout en contemplant les anciens entrepôts illuminés pour les fêtes. Sur le chemin du retour, comme ils s’engageaient dans leur rue, Léna glissa et faillit tomber. Nils la rattrapa et la tint brièvement contre sa poitrine. Il la regardait, ses yeux bleus riaient et une fois de plus elle ressentit un violent désir pour lui. Puis il la relâcha. De retour à la maison, Nils alla prendre une douche. Restée seule au salon, Léna fut saisie d’une envie irrépressible. Faisant fi de toutes ses craintes, sans réfléchir, elle se dévêtit, laissant ses habits par terre et entra dans la salle de bains. Nils se savonnait les cheveux lorsqu’elle ouvrit la porte de la cabine. Il la regarda avec des yeux ronds. Alors elle se faufila sous l’eau chaude et se colla contre lui. Il resta un instant figé puis ses mains pleines de mousse se mirent à parcourir le corps de la jeune femme, découvrant pour la première fois ses courbes. Il la retourna, pressant son ventre contre son dos et poussa un gémissement sourd quand il trouva ses seins. Il enfouit son visage dans le creux de son cou. La tête rejetée en arrière, les yeux clos, Léna soupirait sous les caresses. N’y tenant plus, Nils arrêta l’eau et l’entraîna vers sa chambre en traçant un long sillon mouillé sur le plancher. Elle n’avait pas ressenti un tel bonheur depuis longtemps. Il fut tour à tour doux et puissant, attentif à son plaisir comme au sien. Ils restèrent longtemps enlacés. Elle n’osait pas parler. Et lui bien sûr ne disait rien. Mais leurs corps parlaient pour eux.
Après ce soir-là, Léna partagea plusieurs fois la chambre de Nils mais ils n’échangèrent pas de promesses ni ne firent de réels projets.
L’avion atterrit à Genève-Cointrin.
* Norsk institutt for naturforskning, Institut norvégien de recherche sur la nature.
** Chaîne de télévision publique norvégienne.
*** Concentration anormalement faible de spermatozoïdes dans le sperme de l’homme.
11 janvier, Genève, Suisse
Léna quitta son hôtel de bonne heure et prit un taxi pour se rendre au CMEME. Martial Lorétan et le comité de direction l’attendaient pour la présentation de son nouveau projet auquel elle avait consacré beaucoup de temps avant son départ pour la Norvège et qui restait d’actualité.
Elle avait eu un peu de mal à laisser Nils la veille mais quand elle pénétra dans le hall vitré de l’institution, elle fut immédiatement reprise par sa passion pour son métier et ne pensa plus qu’à convaincre ses supérieurs afin de repartir bientôt sur le terrain.
Elle fit un crochet par les laboratoires pour saluer ses collègues. Ils voulurent savoir si son travail en Scandinavie était terminé et si elle revenait pour de bon. Elle laissa plusieurs questions sans réponse, leur expliquant que son avenir professionnel allait se jouer tout à l’heure à l’étage de la direction. Ils lui souhaitèrent bonne chance et elle grimpa l’escalier jusqu’au troisième étage. Elle pénétra dans la salle de réunion encore vide et fut envahie par le souvenir de la fameuse séance vécue dans ces murs des mois plus tôt, lorsqu’elle avait été désignée pour diriger la mission en Norvège. Elle était plongée dans ses pensées quand Martial Lorétan fit son entrée.
– Léna, ma chère, quel plaisir de te revoir parmi nous ! Comment vas-tu ?
– Je vais bien, merci. Un peu tendue, mais ça va…
– Ne t’en fais pas, ton projet va faire l’unanimité, tu verras !
Les autres membres du comité arrivèrent et la séance débuta. Léna exposa son projet d’étude de la propagation du virus Zika dans les Antilles. Dans cette région du monde, le virus n’avait pas encore occasionné beaucoup de cas, contrairement à ce qui s’était passé au Brésil ou en Polynésie. Il serait donc très intéressant de suivre son expansion dès le début. Elle collecterait et traiterait des informations multiples afin d’évaluer à quel point et à quelle vitesse la situation pouvait devenir critique, ce qui permettrait à l’avenir d’être mieux préparé si une flambée devait se produire ailleurs dans le monde.
Son dossier fit l’objet de plusieurs questions, mais comme il était complet et bien étayé, il passa la rampe sans problème. Il fut alors décidé qu’elle s’embarquerait pour les Caraïbes début février. Son séjour durerait en principe six à huit semaines et devrait déboucher sur un rapport à présenter au comité avant l’été. Les participants à la séance se retirèrent et Léna resta seule avec son directeur.
– Tu vois, je te l’avais dit ! Aussi simple qu’une lettre à la poste ! Tu as maintenant quelques semaines pour te préparer. Je vais avertir le secrétariat pour qu’il t’aide à mettre sur pied les détails de ce nouveau mandat.
Léna ressortit de sa séance très satisfaite. La confiance que lui octroyait le Dr Lorétan lui faisait beaucoup de bien. Malgré la réussite de sa mission en Scandinavie, elle avait encore besoin de se sentir valorisée pour croire vraiment en ses compétences. Il fallait qu’elle passe voir la secrétaire pour régler quelques détails. Mais d’abord, elle voulait appeler Nils pour lui annoncer la bonne nouvelle. Il l’avait soutenue quand elle hésitait à poursuivre dans cette voie. Il allait bien maintenant, avait recouvré toutes ses capacités et repris confiance, oubliant peu à peu ses mauvais souvenirs et décidé à poursuivre sereinement son chemin. De plus, lui aussi avait un nouveau projet, le suivi d’une population de renards arctiques, qui allait l’occuper pleinement.
Léna s’installa dans la cafétaria encore déserte à cette heure matinale et sortit son téléphone. Nils répondit immédiatement.
– Léna, dis-moi vite !
– C’est tout bon ! Ils ont accepté le projet presque sans discuter !
– Super ! Je te félicite ! J’étais sûr que tu les convaincrais ! Et tu vas partir quand ?
Elle soupira, triste soudain à l’idée de le quitter encore.
– Début février… pour au moins six semaines…
– Six semaines… ah oui, quand même… C’est une mission importante…
Et comme elle ne disait rien, il ajouta :
– Ça va bien se passer, Léna, tu verras… Et après ? Tu feras quoi après ?
– Je ne sais pas encore… Ça ne dépend pas que de moi…
Il ne releva pas le sous-entendu, se contentant de demander :
– Mais tu reviens quand même ici avant de partir aux Antilles ?
– Oui, évidemment ! J’ai plusieurs affaires à régler à Genève mais je vais revenir très vite.
Elle raccrocha et resta pensive quelques instants, mesurant combien elle tenait à lui et comme elle aurait voulu qu’il se montre plus impliqué. Plusieurs employés entrèrent alors dans la cafétaria, mettant fin à ses réflexions. Elle se joignit à eux pour boire un café. Elle passerait ensuite au secrétariat puis irait récupérer quelques affaires à l’ancien appartement d’Onex qu’elle partageait encore l’année précédente avec Noah.
***
Comme prévu en ce début de l’après-midi, la voiture de son ex-compagnon n’était pas sur le parking. Léna monta au deuxième étage, ouvrit la porte et pénétra dans le logement. L’odeur familière la saisit aux narines et elle fut immédiatement mal à l’aise. Elle s’était pourtant préparée à ce moment, avait planifié son déroulement. Mais maintenant, debout dans le salon, la vue des objets de son ancienne vie avec Noah la remplissait d’un profond mal-être. Elle qui pensait avoir mis de l’ordre dans ses idées se trouvait brutalement confrontée à des sentiments ambigus. Les mois passés avec Nils, bien que compliqués au début, lui avaient finalement apporté beaucoup de bonheur et elle ne pensait presque plus jamais à Noah, surtout depuis que ce dernier avait cessé de tenter de la joindre. Là, pourtant, des souvenirs lui revenaient pêle-mêle et lui procuraient un sentiment désagréable. Elle le revoyait, debout près du canapé. Il la regardait comme elle entrait dans la pièce, ses yeux la dévorant, son visage tendu par le désir. Son appétit sexuel n’avait pas de limite et il était sans cesse désireux de la prendre, même lorsqu’elle n’en avait pas envie, fatiguée par sa journée de travail. Il se faisait alors câlin, la séduisait, ses mains s’attardant sur elle. Puis, si elle persistait à le repousser, il pouvait devenir un peu brutal et presque la malmener pour qu’elle lui cède. Cette violence latente lui faisait parfois peur mais l’excitait aussi, au-delà de ses craintes. Et leurs jeux érotiques la transportaient dans des extases inouïes, la faisant accepter jusqu’aux demandes les plus tordues de son amant.
Consternée par ce reste de désir qui, contre toute attente lui fouaillait maintenant le bas-ventre, Léna alla dans la salle de bains se passer un peu d’eau sur le visage.
– Mais qu’est-ce qui m’arrive ? C’est n’importe quoi ! Je viens de parler à Nils, j’ai hâte de le retrouver et voilà que je me mets à fantasmer sur Noah ! Arrête de dérailler, ma fille !
Elle retourna dans le salon et regarda autour d’elle. Rien ne semblait avoir bougé depuis son départ, si ce n’est que l’appartement était mieux rangé que quand elle l’occupait. Elle ne décela aucun indice d’une présence féminine, hormis les bibelots qu’elle avait elle-même disposés çà et là. Elle se dirigea vers la chambre à coucher et entreprit d’entasser ses vêtements dans deux sacs de voyage. Puis elle s’attela à vider la salle de bains de ses effets personnels. Au fond d’un tiroir, elle mit la main sur un sex toy que Noah lui avait acheté, peu de temps avant son départ pour la Norvège. Nils n’était pas du genre à aimer ces pratiques. Les quelques fois qu’elle avait partagé sa couche, il s’était contenté d’une relation bien plus traditionnelle et elle avait apprécié sa douceur et son respect. Parfois pourtant, elle aurait eu envie d’un peu plus de folie. Mais la tendresse qu’il lui vouait durant leurs rares moments intimes la faisait fondre et lui aussi savait la faire jouir, après tout… Elle remit l’objet dans le tiroir et le referma brusquement puis repassa dans le salon pour récupérer quelques livres et des babioles auxquelles elle tenait. Cherchant à oublier le trouble qui venait de la saisir, elle procédait méthodiquement.
Il ne lui restait plus qu’à récupérer des dossiers dans le bureau. Elle était en train de les glisser dans son porte-documents lorsqu’elle entendit la porte d’entrée s’ouvrir. Interdite, elle pensa d’abord se cacher… Mais réalisant que, vu l’heure, ça devait être une femme de chambre, Noah n’étant pas du genre à faire le ménage, elle se décida à retourner dans l’entrée. C’est alors qu’elle se retrouva face à lui en train d’enlever sa veste et ses chaussures… Il la regarda bouche bée mais reprit rapidement ses esprits et écarta les bras en s’exclamant :
– Léna ! Toi ici ?! Mais quelle magnifique surprise ! Tu as finalement entendu raison ?
Et alors qu’elle restait muette, pétrifiée sur le seuil, il aperçut les sacs qu’elle avait laissés dans le salon. Il changea immédiatement de ton et d’attitude.
– Ah ! Je vois… Tu ne reviens pas ! Tu déménages !… Mais tu ne peux pas me faire ça ! Tu ne peux pas m’abandonner ! Je ne le supporterai pas ! Maintenant que tu es là, tu vas rester !
Et comme elle secouait la tête, incapable de prononcer un mot, il avança et la saisit par les bras. Elle sentit l’odeur de son eau de toilette et cela la remplit d’une sensation étrange. Alors qu’elle aurait dû le repousser, elle se sentait prête à défaillir et se laissa aller contre lui. Profitant de cet avantage, il l’enlaça. Puis, sans rien dire, il l’entraîna directement vers la chambre à coucher. Elle protesta faiblement mais elle se sentait comme une poupée de chiffon. Il la fit s’étendre sur le lit et s’allongea contre elle, sans bouger. La chaleur de Noah la remplissait de sentiments contradictoires. Elle s’étonnait qu’il ne dise rien, qu’il reste immobile, respirant seulement profondément, le nez enfoui dans ses cheveux. Puis ses mains se mirent en mouvement et il la caressa par-dessus ses vêtements. Il murmurait des mots sans suite, le visage déformé par ce qu’elle prit d’abord pour de la tristesse mais cela se transforma rapidement en désir. Il commença à embrasser son visage puis ses lèvres, se faisant de plus en plus pressant. Elle reprit enfin ses esprits et essaya de le repousser.
– Arrête, Noah ! Il ne faut pas…
