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Depuis sa chambre d'enfant, Liang rêve de Paris, de médecine, et de l'Arc de Triomphe. En 2004, à sa majorité, il atteint enfin son objectif : poser ses valises dans la capitale française. Il va devoir apprendre à vivre seul, avec l'aide de ses nouveaux amis, Valentin et Dimitri. Ces rencontres vont venir bouleverser la vie du jeune homme, à tout jamais. Cette histoire mélange amitié, secret, pardon, mensonge, mais reflète parfaitement le verbe aimer. Retenons en que la vérité finit toujours par éclater, mais qu'il faut savoir pardonner, quand la faute est crée par amour.
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Seitenzahl: 132
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Du même auteur
Des mois, des années... 2018
Chapitre 1 : Arc
Chapitre 2 : Adieu
Chapitre 3 : Rentrée
Chapitre 4 : Clone
Chapitre 5 : Cache-cache
Chapitre 6 : Famille
Chapitre 7 :
快
乐
Chapitre 8 : A table
Chapitre 9 : Retrouvailles
Chapitre 10 : Missive
Chapitre 11 : Silence
Chapitre 12 : Deuil
Chapitre 13 : Corruption
Chapitre 14 : Ecrire
Chapitre 15 : Accident
Chapitre 16 : Colette
Chapitre 17 : Retour
Chapitre 18 : Entretien
Chapitre 19 : Menace
Chapitre 20 : Révélation
Chapitre 21 : Clichés
Chapitre 22 : Jumeaux
Chapitre 23 : Vol
Chapitre 24 : Triomphe
Le WanBao Seafood Fang offrait ses plus belles lumières, ses poissons les plus frais, et sa plus belle vue. L’immense Lao Dong Park laissait échapper quelques feuilles, mais surtout des toits, des grues, et des kilomètres de béton vers le ciel. Par la fenêtre d’un des restaurants les plus chics de Dalian, les centaines de personnes profitant des derniers rayons du soleil pouvaient nous apercevoir. Ma mère, mon père et moi, étions attablés près du musicien de la salle quatre. Pensif, et sûrement un peu triste, mon père préférait admirer les lacs du parc. De son côté, ma mère tentait de faire de ce dernier repas un moment joyeux, riche et pleins de souvenirs, à l’image de mon enfance. Dalian est une des villes les plus agréables de Chine. J’ai toujours vécu ici, en plein centre, au milieu des voitures et des gratte-ciels. Mes parents ont pris soin de moi. J’ai eu le droit de faire le sport que je voulais, d’avoir les copains que je voulais, de choisir mon avenir… Cela paraît peut-être anodin, mais ça ne l’était pas. Depuis le début des années 2000, les enfants de ma ville peuvent trouver cela anodin. Mais pour un petit garçon de 1985, en Chine, avoir tous ces droits, c’est une chance incroyable.
Dix huit années plus tard, mes parents me laissent choisir mes études supérieures. La plupart de mes amis du lycée, pour ceux qui y sont allés, ont arrêté leurs études pour reprendre le petit commerce familial du coin de la rue. Moi, mes parents ne m’ont pas demandé de reprendre leur entreprise. Ils savent que je veux devenir un grand médecin, et qu’un employé de leur société sera le plus heureux des hommes s’il devenait le successeur. “Il est préférable que tu fasses ce qu’il te plaît, plutôt que tu te forces pour prendre la place de quelqu’un qui en meurt d’envie”. Voilà ce que m’a dit mon père un jour, sans le français. Mon père ne parle pas un mot de français, il a toujours vécu ici, en Chine. Ma mère, elle, le parle lentement, peu, et mal. Mais elle ne le comprend pas très bien. De mon côté, j’ai appris la langue dans les livres et un peu à l’école. J’ai commencé à m’y intéresser très jeune, j’ai toujours sû que ce jour arriverait, alors, autant prendre de l’avance.
La villa que nous habitons m’a toujours parue bien trop grande pour la petite famille que nous étions. Pour communiquer, on pourrait presque s’écrire des lettres et se les envoyer, ou mieux, prendre la voiture. Le salon est la plus grande pièce. Le canapé pour s’y allonger à dix personnes, et la télé surdimensionnée, ne m’ont jamais trop impressionné, contrairement à tout ceux qui passaient le pas de ma porte. Non, moi, j’ai toujours été fasciné par le tableau accroché au mur, à côté de la cheminée, derrière le second canapé gris, en face du miroir ovale et suspendu à deux mètres de hauteur du sol. Mon attention lui est entièrement consacrée depuis que je suis gamin. Les arbres orangés, les bâtiments beiges (anciennement blanc), le ciel bleu éclatant et les quelques passants grossièrement dessinés au premier plan. C’est exactement ça que j’aimais. Lorsque j’eus atteint ma septième année d’existence, mon père m’éclaircit les idées et développa encore un peu plus l’amour que j’avais pour ce tableau. Il m’expliqua alors, que les arbres sont ceux des avenues menant à la place Charles de Gaulle, que le bâtiment beige est l’Arc de Triomphe, et les passants, certainement des touristes. Je me souviens qu’il avait ajouté aussi que le ciel bleu ne représentait pas du tout la réalité. Il m’avait d’ailleurs fait remarquer que les touristes paraissaient habillés chaudement. Ce fut un coup de foudre instantané entre la capitale française et moi. Paris, Paris, magnifique Paris. Depuis, je n’ai qu’un rêve, y aller. Visiter, de nuit, de jour, en été, en hiver, au printemps, seul ou accompagné, nu ou habillé de six gros pulls, ivre, malade, en vélo, au lieu d’être au travail, mourant, roux et même les yeux débridés s’il le fallait. Je les ferai toutes.
Adieu papa, adieu maman, adieu Dalian, adieu mon tableau.
Même pas un petit chat à qui je pourrais dire adieu aussi. Il n’y avait vraiment pas grand chose qui pouvait me retenir ici. Ma vie n’est plus celle-ci, je le sais. On m’attend ailleurs. Je quitte le hall d’entrée et je me dirige vers les pistes de décollage. Mon avion part dans une heure mais je ne tenais plus en place, puis le nombre de places vendues est toujours supérieur au nombre de places disponibles, alors je ne prend pas de risque. Mon père paraissait abattu par mon départ, tandis que ma mère tentait de relativiser. Je leur ai promis de revenir, et de les inviter quand je serais bien installé.
Minuit, heure chinoise, je quitte un sol pollué pour aller vers un ciel pollué.
Quinze heures d’avion m’attendent, les quinzes plus belles heures de ma vie. La mère de famille ne pense qu’à son bébé qui hurle, le jeune garçon derrière, qu’à ses petites voitures bloquées dans sa valise, la grand-mère du siège voisin, qu’à sa famille qu’elle part retrouver. La plupart ici ne pensent qu’à dormir, à un probable accident, et moi, qu’à Paris. Mon sourire incontrôlable commence à paraître louche pour certains des passagers. Pourvu qu’ils ne me prennent pas pour un terroriste.
Neuf heures, heure française, je quitte un ciel un peu moins pollué pour un sol un peu moins pollué.
Le décalage horaire me sonne complètement. Je n’ai plus aucune notion, ni du temps, ni de l’endroit, ni de rien. Je me suis avancé sans trop savoir vers où, j’étais complètement livré à moi même dans cette grande ville si différente de chez moi. Je vous l’accorde, on retrouve toujours le béton, les parcs, les lacs, les restaurants, les villas, mais leur saveur est différente. J’ai trouvé un point de renseignement à la sortie de l’aéroport qui m’a guidé jusqu’à mon appartement.
Spacieux, blanc, très blanc, moderne et intelligemment construit. Je me sens tout de suite chez moi. Je crois que c’était le but, que n’importe qui s’y sente tout de suite chez lui. Le petit bijou dont je viens de prendre possession est entièrement financé par mes parents, folie. A peine ai-je posé mes tonnes d’affaires que je m’écroule sur le lit.
Le lendemain, après n’avoir pas dormi de la nuit à cause d’une sieste qui commence à dix heures et se finit à dix-huit heures, j’ai quand même décidé de descendre dans les rues de la ville. Le même bruit de foule permanente qu’à Dalian, les mêmes bouchons de voiture sur des kilomètres, les même clodos en bord de route. J’ai pris le V’lib pour mon premier déplacement, histoire de m’intégrer un peu. Il fallait que je me rende absolument aujourd’hui à la faculté de médecine, boulevard de l’hôpital. Il paraît qu’ici, la faculté où j’ai été accepté est une école extrêmement réputée. Je ne me souviens même plus du nom, j’ai juste l’adresse. En une vingtaine de petites minutes, j’avais traversé la Seine et j’étais arrivé devant l’immense bâtiment, de la même couleur que celui du tableau. Sur plusieurs étages, mais vide, le lourd bloc de béton m'accueille à bras ouverts, prônant fièrement son drapeau tricolore. Un sourire s'installe sur mes lèvres, je suis bien en France, je le sais un peu mieux. A l’intérieur, il y a beaucoup trop d’informations pour que mes yeux et ma curiosité arrivent à suivre. Je lève la tête, puis le sol les attire à son tour, mais les panneaux à gauche hurlent, alors mes yeux les écoutent, puis la droite, à nouveau en haut, en bas… On n’en finissait plus. Je ne sais plus comment je m’appelle. Une petite dame à l’entrée me fait décrocher de toute la décoration, et soudain, je me souviens de tout.
“Bonjour, que voulez vous ?”
- Mm.. oh, je viens pour mon inscription.
- Mais tous les dossiers sont clos monsieur.
- Je suis accepté ! J’ai rendez-vous, je voudrais voir celui qui m’a dit de venir.”
Lorsqu’elle a osé parler de “dossiers” et de “clôture” dans la même phrase, j’ai cru devenir un explosif lancé à perte de vue, loin, loin. Et pour bien mettre le feu à tout l’ensemble, j’avais du mal à m’exprimer. La petite dame parlait bien vite, je ne comprenais pas tout de suite. Il me fallait du temps pour intégrer ce qu’elle me disait, et je voyais bien que cela l'agaçait. Je n’aimais pas beaucoup cette personne. Elle a respiré un grand coup, et on a enfin réussi à se comprendre.
“J’ai compris, ça y est. Alors quel est ton nom jeune homme ?
- Liang Zetian, je m’appelle Liang, mon prénom, et Zetian, c’est mon nom ensuite, de famille.
- Ah oui, je vous ai sur ma liste, vous êtes le garçon de Dalian. Montez à l’étage, le bureau 203 vous attend.”
Est-ce qu’il y avait vraiment deux cent trois bureaux ici ? Quoi qu’il en soit, je suis monté accompagné par un grand monsieur tout mince, tout blanc comme mon appartement, et qui portait des chaussures trop grandes. Effectivement, le bureau 203 m’attendait. Je suis resté à l’intérieur une bonne demie-heure. Les inscriptions finalisées et le poil bien brossé, je suis redescendu par un chemin sûrement un peu plus long. Une fois dehors, je n’attendais plus qu’une chose, continuer ma visite. Je suis un peu psycorigide sur les bords, je voudrais tout connaître de la capitale avant de commencer mon année scolaire, histoire de ne pas perdre de temps.
Vers quinze heures, je suis rentré pour m’habituer aussi à l’appartement. Un coup de fil rapide à mes parents pour les rassurer, et je me suis rendormi. Décidément !
Bonjour Paris, bonjour le chat, bonjour l’Arc de Triomphe, bonjour mon avenir.
Dixième jour de ma naissance parisienne, et premier de ma rentrée scolaire.
Je commençais à me faire à ma nouvelle vie. Contrairement à ce que j’avais pu imaginer avant d’y mettre les pieds, c’est très différent de ma vie d’avant. Je me sens libre, je sens que j’ai le droit de parler. Même si les gens n’ont pas trop le temps pour moi ici, je trace mon chemin et je m’en sors plutôt bien. Ma rentrée est aujourd’hui. J’ai un peu de pression qui forme un cercle continu autour de mon coeur et qui descend jusque dans mon ventre, mais j’essaye de rester calme.
Le grand bâtiment est cette fois-ci plein à craquer. Des gens sortent, d’autres entrent, ils discutent, se sourient, se chamaillent, s’ignorent, mais tous sont là pour quelqu’un. Moi je suis seul, mais je sais pourquoi je suis là, après tout ce temps à en rêver. Je pose mon vélo, et je m’avance lentement vers l’entrée. Mon premier cours aura lieu dans une heure, mais on m’a dit qu’il fallait être en avance pour pouvoir s’installer. La salle est immense, des mètres de bancs à peine espacés s’étendent à perte de vue. On entre par le haut, le tableau me paraît si loin. Je me dépêche d’avancer mais je me fais un peu bousculer de tous les côtés. Je suis placé en plein milieu de la salle. Devant, derrière, sur les côtés, il y a du monde partout. Drôle d’univers. Le cours était intense mais intéressant. Dès que je suis sorti, j’ai pu respirer à nouveau. Personne ne m’a parlé, ni même adressé un regard.
Seul, mais finalement assez heureux, je suis retourné chez moi pour travailler ce premier cours.
Les jours passent. Quelques habitudes s’installent, et je me sens de plus en plus à ma place. Je n’ai pas encore d’amis mais je me dis que je pourrais aussi faire sans. Et le pire, c’est que j’essaye de m’en convaincre. Ce matin, un garçon de la fac s’est installé à côté de moi. Il me souriait. Je ne comprenais pas trop, mais je ne m’en plaignais pas. En relevant sa mèche et ses cheveux blonds comme de l’or il a commencé à me parler, mais je n’ai rien compris.
“ Je me suis renseigné, la promo sera divisée dans des groupes plus tard, pour les travaux dirigés. Mais les cours comme aujourd’hui sont tout le temps comme ça. T’es arrivé tôt cette fois !”
Incompréhension. Il me parlait comme si on se connaissait, pire, comme si on avait déjà eu cette discussion, et qu’il la continuait. Comme je n’ai pas eu le temps de réagir vraiment, il a repris :
“ Je ne t’ai même pas demandé ton prénom hier ! Moi c’est Valentin.
- Enchanté, d’accord, mais je pense que vous faites erreur, parce que je n’ai parlé avec personne hier. Je ne comprend rien.”
Le type, enfin Valentin, a ri, puis s’est arrêté lorsqu’il a vu que je ne plaisantais pas. Bon, dommage, pour une fois que quelqu’un me parlait… Il m’a regardé longuement, il a plissé les yeux. Au début j’ai cru qu’il se moquait de moi, mais en fait non. Les français font ça quand ils ne comprennent rien. Il paraissait convaincu que je sois son ami. Il a quand même fini de sortir ses affaires de son sac, puis il s’est excusé de m’avoir pris pour quelqu’un d’autre. Finalement, au fil du cours, nous avons discuté. Valentin était gentil, marrant, sérieux, un peu difficile à suivre parfois mais j’y arriverais. Avant de partir, il a ajouté :
“ T’as un sosie ici, c’est sûr ! J’étais persuadé que c’était toi, mais non, car celui d’hier n’avait pas d’accent, je m’en serais souvenu.”
Les jours suivants, les trois quarts de mon temps se résumaient à bosser, le reste à manger et à dormir. Un soir, je me suis accordé une petite pause pour aller boire un verre avec Valentin et une fille qu’il connaissait. Elle était dans la même promo que nous. C’était le genre de soirée que je ne faisais jamais à Dalian. On ne sortait pas, on travaillait, on n’avait pas d’amis, on se construisait un réseau pour plus tard, entre aisés. Seuls quelques potes de mon quartier ou des fils de collègues de mon père acceptaient les soirées d’été, dans un grand parc voisin. Valentin et son amie avaient l’air de bien connaître les lieux, de bien connaître l’ambiance de ces soirées, la sensation d’apaisement que cela procurait. Ils avaient l’air d’en savoir un bon rayon sur l’amitié aussi. Je les enviais.
Fin de la soirée. J’ai vaguement réalisé que j’étais en médecine dans une école très prestigieuse, qu’il était déjà tard, et que je devais rentrer tout de suite pour tenir le coup le lendemain. C’est pour cela que je me suis égaré vers l’Arc de Triomphe. Mon bel ami. Enfin je te vois, tu scintilles, tu occupes toute la place et les regards des passants chaudement habillés. Comme sur le tableau. J’étais rassuré de constater qu’on ne m’avait pas menti tout ce temps, que mon tableau me disait toujours la vérité.
