Du bulgom et des hommes - Amandine Dhée - E-Book

Du bulgom et des hommes E-Book

Amandine Dhée

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Beschreibung

De courtes histoires composent ce roman de la ville si particulier, le premier texte d’Amandine Dhée, où l’on découvrait alors avec jubilation ce ton décalé et cet humour parfois corrosif qui lui sont propres.


Dans Du bulgom et des hommes, l’autrice-narratrice, dans un monologue adressé directement au lecteur ou à la lectrice, décortique avec humour des situations absurdes auxquelles sont confronté.e.s la plupart des citadin.e.s d’une grande ville. Vieilles dames armées, super-héros souterrains, conseillers municipaux inspirés… sont autant de personnages inventés pour mieux saisir l’absurdité de ce monde. À la façon d’un documentaire animalier, Amandine Dhée passe au crible les comportements humains en milieu urbain.

Au risque de se répéter, c’est jubilatoire, que l’on soit citadin ou non !


À PROPOS DE L'AUTEURE


Amandine Dhée est écrivaine et comédienne. L’émancipation, notre rapport à autrui et à notre environnement de vie sont les thèmes récurrents qui marquent son travail, distingué par le prix Hors Concours pour La femme brouillon en 2017.


Son besoin d’exploration des formes l’amène régulièrement sur scène pour partager ses textes lors de lectures musicales ou encore pour y interpréter un rôle dans l’adaptation de ceux destinés au théâtre.





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Seitenzahl: 72

Veröffentlichungsjahr: 2021

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Couverture

Page de titre

MICRO POÉSIE

Apporté par des pigeons

couvé dans un chicon

le teint tout pâlichon

L’enfant des villes grandit.

Il pose les yeux sur nous

nous regarde par en dessous

pas sûr que ce soit joli.

Après quoi il se laisse pousser

La morve et les idées.

LA VILLE POUSSE

Autour de mon cou le lacet avec la clef de la maison le midi je rentre seule je regarde le juste prix à la télé le zoo la salle des reptiles l’odeur horrible mélange de merde et d’humidité le rhinocéros s’appelle Christian

ils ont mis une femelle rhinocéros dans son enclos mais Christian a jamais voulu aller avec elle tu ne parles pas aux inconnus si quelqu’un t’embête tu cries très fort tu cours le plus vite possible dans un magasin des chats des chiens des cochons d’inde des poissons rouges en appartement bonjour madame

est-ce que Amandine elle peut descendre jouer ? les marches que je monte à toute vitesse j’ai peur de la cage d’escalier j’ai mis des sandalettes blanches toutes neuves avec une boucle dorée très jolie une voiture écrase mon pied pendant quatre ans

je ne traverserai plus cette rue t’as six francs soixante tu veux quoi ? des bouteilles de coca combien 5 non 4 des omelettes d’accord des carambars tu peux en prendre 2 des langues de chat des schtroumpfs des tête-de-nègre il te reste 40 centimes tu peux avoir 2 schtroumpfs

t’as pas assez ok je retire des bouteilles de coca une soucoupe je rajoute deux malabars bigoût on habite tous le même quartier mais on est des ennemis parce qu’on est pas dans la même école primaire quand on se croise à la piscine municipale

on se regarde d’un air super méchant en plissant les yeux comme ça l’acte héroïque de mon grand frère qui écrit à la craie sur le mur Pierre-Yves est un con et c’est vrai que Pierre-Yves est un con sauf que Pierre-Yves me poursuit

dans les escaliers c’est terrible mon premier amoureux s’appelle Bertrand Sticker mon frère l’appelle Bertrand moustiquaire ça m’énerve les rollers américains bleu et rouge avec le frein en gomme devant

on s’est embrassés sur le trottoir en face de celui où le macadam est plus lisse les gobelets en plastique la grenadine les animateurs qui se pelotent les parents divorcés le tourniquet sur lequel on vomit à tour de rôle y’a tout ce qu’il faut du pain de la confiture je vais tout le temps goûter chez ma copine qui est pas vraiment ma copine mais chez elle y’avait des yes et des milky way

Jeremy Vandale s’appelle vraiment Jeremy Vandale c’est la terreur de l’école il rackette mes chips à la sortie de la piscine un jour il se fait agresser il fait le tour de toutes les classes pour expliquer les maîtresses nous disent vous voyez les enfants la violence c’est pas bien au mois de septembre à la foire aux manèges

on entend juste la voix de la créature dans le haut-parleur moitié femme moitié gorille elle est née dans la jungle ma mère veut pas me payer d’entrée parce qu’elle dit que c’est de l’arnaque moi j’en fais des cauchemars la nuit plus tard j’ai vu des fœtus dans du formol des enfants crocodiles je crois que c’est vrai que c’est de l’arnaque à la radio on entend Babacar où es tu où es tu je me demande où est Babacar je vole toutes les gommes de la classe je trouve que c’est mieux si c’est moi qui les ai toutes tout le monde sait que c’est moi la voleuse de gommes les plus grandes parlent de sexe j’apprends des trucs je croyais même pas que c’était possible moi je lis le mystère de la vie expliquée aux enfants les humains sont roses et sans poils.

Voilà, ça y est. J’ai terminé de grandir.

DESSOUS LA VILLE

Sous nos pieds, ça vit.

Les gens des villes s’enfouissent sous le trottoir pour arriver plus vite.

Ça s’appelle le métro, qui s’appelle en réalité le métropolitain c’est plus joli mais plus long alors tant pis on dit métro.

Métro ça fait moderne, on va être à l’heure, on time, point de croissance et club sandwich. Métropolitain, ça fait terrasses de café, baguettes et béret, on tombe amoureux et on arrive en retard les cheveux mouillés.

Fort gentiment, une voix de femme annonce les stations du politain. La voix s’appelle Élise. Elle s’applique bien, pour que les gens ne se trompent pas, ne sortent pas on ne sait où et recommencent une nouvelle vie par hasard. Parfois les gens s’endorment – un vrai gens des villes sait s’endormir partout, voler du sommeil à la ville, se laisser bercer par les secousses et la douce voix d’Élise, qui se donne parfois la peine de chuchoter.

Pourtant Élise, elle aimerait bien dire autre chose. De la poésie, des contes médiévaux, par exemple. Ou bien passer des messages : Kévin t’as oublié ton sac de piscine ou Pierre-Yves, je te quitte. Rendre service, quoi. Mais si elle fait ça elle sera renvoyée — Rends ta voix !

On se connaît non ? on lui dit souvent à Élise, et elle n’ose pas dire pourquoi.

Elle rougit et elle se tait. Il y a plein de mots qu’elle évite de dire pour pas qu’on la démasque. Par exemple, elle prononce jamais le mot « République », ce qui est très gênant de nos jours, vous imaginez.

Prendre le métro lui serait insupportable, elle me dit. Le métropolitain, à la limite…

Mais pas le métro.

Le métro elle me dit, c’est des yeux endormis sur un magazine people c’est des odeurs d’aisselles c’est ma voix qui sourit pas.

C’est cette femme et ses enfants.

Deux petits, un bébé dans la poussette, des sacs coincés un peu partout. Juste avant la gare, elle se tourne vers eux : On va bientôt descendre. Tenez-vous prêts. Et oubliez pas, si quelqu’un vous pousse vous le poussez !

Les portes se sont ouvertes. Je les ai vus se durcir sur leurs petites jambes et foncer droit devant en s’agrippant aux manches de la poussette. Les petits ont vaillamment bataillé contre une armée de pieds, de mollets, de tibias, de fesses inconnus. C’était la minuscule bataille de tous les jours.

Et c’est pas tout :

Il faut faire attention aux doigts quand les portes s’ouvrent c’est le bonhomme blanc dessiné sur la porte de la rame qui l’a dit ensemble restons vigilants un bonhomme blanc qui a l’air rond et gentil d’ailleurs il n’a pas d’oreilles ni de mains ni de pieds, celui-là au moins il risque pas de t’écraser il faut laisser sa place aux grands invalides de guerre on les reconnaît ils ont des rides des médailles des cicatrices partout ensemble créons des liens on appelle ça de la charte de bonne conduite il faut laisser les passagers sortir avant d’entrer dans la rame là-haut les militaires et aussi vingt-sept écrans de télé ça fait un carré géant de télés mais il faut pas rester sans rien faire dans la station de la gare il faut circuler mais le carré géant raconte comment c’est la météo dehors et la publicité alors toi tu pourrais t’arrêter mais ce serait pas la charte de bonne conduite alors il faut marcher en regardant la télé et créer des liens tout en restant vigilant.

J’aimerais bien m’asseoir un peu pour réfléchir à tout ça c’est compliqué, bonjour madame je voudrais un croissant vigilant et créer du lien pur beurre est-ce que vous pouvez m’aider. Je me demande ce qu’en penserait le bonhomme blanc celui qui est rond et gentil d’ailleurs il faudrait qu’en général les choses soient plus rondes et plus gentilles.

Mardi 17 avril bonne fête à toutes les Brigitte température 12 degrés ondées à prévoir sur l’ensemble du département je commence à me demander si ça vaut le coup de remonter, heureusement que j’ai pas le droit de m’arrêter je dois prendre l’escalator et remonter à la surface.

Le mot escalator est terrible on dirait un nom de super héros méchant. Venez suivre les aventures d’Escalator, Escalator saura-t-il créer des liens tout en restant vigilant ? Escalator is so brave, he’s never afraid ! Dans le prochain épisode : Escalator et le pass’ journée damné, Escalator fera régner la bonne conduite dans l’univers souterrain pour le confort et la sécurité de tous avec ses vieux amis les grands invalides de guerre.

Je voudrais que le bonhomme blanc prenne la mitraillette des militaires tant pis s’il a pas de bras et qu’il sauve tous les enfants du métro qui se font écraser les pieds !

Non, ne prenez pas le métro aujourd’hui.

Réfléchissez bien. Devez-vous vraiment (cochez la case correspondante) :

☐Effectuer ce travail dégradant ?