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Et si éduquer au numérique, c’était d’abord éveiller la conscience de soi ? Ce livre propose une démarche accessible et structurée, fondée sur les outils de la philosophie, pour aider les enfants à réfléchir à leurs usages numériques à partir de leurs émotions.
Ce guide s’adresse aux parents, enseignants et professionnels de l’enfance qui souhaitent aborder autrement la relation des enfants au monde numérique. Les ateliers proposés mêlent émotions, imaginaire, réflexion partagée et expérience corporelle, pour aider les enfants à questionner leurs usages, mieux comprendre ce qu’ils cherchent en ligne, et transformer peu à peu les automatismes numériques en choix conscients.
À PROPOS DE L'AUTRICE
Titulaire d’un master en philologie, ancienne enseignante, juriste spécialisée en droit du numérique et formée à l'hypnose, Virginie Tyou conjugue expertise, pédagogie et engagement. Fondatrice de l’association "La philosophie Cliky", et auteure de la trilogie "Cliky", elle développe depuis 2012 une approche sensible et novatrice pour éduquer enfants et familles à un usage conscient du numérique.
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Seitenzahl: 104
Veröffentlichungsjahr: 2025
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Celui qui regarde à l’extérieur rêve, celui qui regarde à l’intérieur s’éveille.Carl Gustav Jung
Partie ILes origines de Cliky
Le déclic
En matière d’éducation au numérique, c’est souvent la question du temps qui prévaut. Puis-je laisser mon ado une heure par jour sur son portable sans danger ? Quelques minutes d’écran sont-elles nocives pour un enfant de trois ans ? On s’en doute, il n’existe pas de réponse simple et rassurante à cette interrogation pourtant légitime. Que représentent trente minutes sur écran si elles sont consacrées à la découverte d’une espèce animale ou d’une conversation passionnée avec un ami lointain ? Quel impact peuvent avoir sur les émotions d’un enfant quinze secondes de visualisation d’une scène d’agression ou d’une attaque terroriste ?
Même si nous avons tous l’intuition que trop de temps d’écran est une source de déséquilibre, dans l’univers numérique, l’enjeu est émotionnel avant d’être temporel. Nos activités en ligne stimulent nos émotions qui, en retour, conditionnent nos comportements, comme notre besoin compulsif de consulter les actualités ou les réseaux sociaux. Si nous ne prenons pas la peine de nous questionner sur le fonctionnement du monde numérique et sur les effets qu’il a sur nous, nous ne pourrons pas décider en conscience des activités et du temps que nous lui consacrons.
Spécialiste en droit européen du numérique depuis les débuts de l’explosion du commerce en ligne, j’ai assisté à des colloques internationaux qui, dès les années 2010, mettaient en garde contre le risque d’addiction aux écrans. Je constatais l’engouement de mon entourage pour les premiers smartphones et les réseaux sociaux. Tout le monde plongeait avec délice dans cet univers merveilleux et branché. Lorsque je partageais mes réticences, je me heurtais tantôt à un désintérêt poli, tantôt à un agacement affiché, y compris de la part de certains amis. J’assistais à un tsunami numérique sur une foule en hypnose.
Au début de l’été 2012 s’organisait la grand-messe annuelle du commerce électronique en Europe. Une cérémonie dans l’esprit des Golden Globes, récompensant les entreprises les plus performantes du Net. Organisée dans un cadre enchanteur à Barcelone, elle était présidée par une communicatrice américaine qui, lors du discours inaugural, a lancé avec conviction devant un auditoire conquis d’avance : Kids are your target !
Douche froide. Ces quatre mots m’ont violemment éjectée de l’enthousiasme sans faille que j’éprouvais pour ces pros de la technologie.
Aujourd’hui, je ne comprends toujours pas que personne, pas un seul papa, pas une seule maman dans l’auditoire n’ait réagi à cette phrase assassine. À ma grande honte, je dois reconnaître que moi non plus, je n’ai pas osé interrompre ce moment sacré. Une colère immense m’a cependant traversé le ventre et à la fin de la conférence, ma décision était prise : désormais, je me consacrerais à éveiller les consciences. À aider les enfants et leurs parents à devenir responsables de leur vie en ligne. Car il s’agit bien d’une part de notre vie, et personne ne devrait avoir le droit de l’exploiter impunément.
Imaginez un monde dans lequel vous seriez en permanence la proie de centaines de paparazzis prêts à vendre la moindre information sur vous et ceux qui vous accompagnent. Imaginez un monde dans lequel vos enfants ne pourraient pas sortir de chez eux sans être assaillis de questions sur leur famille et attirés par la promesse de cadeaux parfaitement adaptés à leurs envies du moment. Un cauchemar ? Il s’agit pourtant de notre quotidien en ligne. Et pour bien des entreprises de commerce digital, les enfants sont les cibles prioritaires.
Internet ne se limite cependant pas à un enfer commercial. Comme notre monde, il s’agit d’un milieu à la fois merveilleux et sauvage. Aussi fantastique, lumineux et enthousiasmant soit-il, nous ne pouvons cependant pas nous retrancher derrière l’idée simpliste de tout accepter sous prétexte de « vivre avec son temps ». Vivre avec son temps, c’est vivre librement et transmettre à nos enfants ce qui fait de nous des êtres humains : une conscience éclairée, curieuse et respectueuse des autres. Mais afin de les accompagner dans leur appropriation du monde digital, nous devons d’abord nous extraire de l’extase numérique dans laquelle nous baignons. Mission impossible ? Non, à condition de trouver l’antidote, le déclic…
Le chemin vers Cliky
Dès mon retour de ce fameux colloque, je me suis posé mille et une questions sur la meilleure façon de procéder. Par quel biais aborder cet univers infini avec les enfants ? Quelques années auparavant, j’avais exploré le numérique avec des adolescents au sein du collège de mon fils aîné. L’approche s’était limitée à une conférence sur les dangers d’Internet face à des ados méfiants et peu intéressés. Seul mon titre d’experte avait eu raison de la suspicion de certains d’entre eux. À la fin de cette séance, j’étais repartie avec le sentiment d’arriver trop tard. Est-il productif de parler des dangers du Net à des ados qui sont nés avec des écrans en main ? Aborde-t-on la sécurité routière en organisant des conférences sur les accidents de voiture ? Internet est un monde à part entière avec des règles spécifiques, des dangers, mais aussi de formidables possibilités de développement, de création et d’information. C’est une seconde planète que nos enfants doivent apprendre à habiter en pleine conscience.
La transe numérique a été éveillée essentiellement par le côté ludique d’Internet comme les vidéos, les dessins animés et les séries. Ces activités nous transforment en consommateurs passifs. Cet état hypnotique est devenu presque permanent car entretenu par les notifications, les rappels de jeux et autres récompenses symboliques, particulièrement chez les plus jeunes.
Afin d’aborder le rapport à notre cybervie, il faut donc d’abord s’extraire d’un état de fascination qui nous rend hermétiques à des réflexions moralisatrices. Et pour cela, il faut sortir des sentiers battus. Il faut surprendre.
On pourrait être tenté d’élaborer un guide de bon usage. Un Code de la route pour circuler sur Internet, en quelque sorte. Mais, pour peu qu’il soit applicable et donc concret, il serait aussitôt périmé dans un monde digital en mutation perpétuelle, où de nouvelles applications, de nouvelles fonctionnalités apparaissent sans cesse. Apprendre aux enfants à cliquer sur des boutons en quête de sécurité est illusoire et donc, dangereux.
Prise dans ce maelström de réflexions, je me suis couchée un soir d’août 2012 en demandant à la partie créative de mon cerveau de m’aider à trouver le meilleur moyen de parler d’Internet aux enfants. Au bout de cette nuit-là, dans un demi-sommeil, j’ai découvert au pied de mon lit une sphère dorée en lévitation… Déclic. Il fallait que je matérialise Internet, que ce monde abstrait s’incarne sous la forme d’un personnage qui, catapulté dans une famille, vient chambouler son existence. Et que je raconte son histoire.
L’apparition de cette sphère qui ne s’appelait pas encore Cliky a déroulé en un éclair tout un projet éducatif dans mon esprit… C’était une évidence.
Cliky à l’épreuve de notre monde
Quelques semaines plus tard, l’histoire de l’entrée fracassante de Cliky au sein d’une famille, les Duraisau, prenait forme. Le point de départ de ce conte tient dans la rencontre de Félix, un petit garçon de huit ans, avec Cliky, une donnée personnelle échappée d’un centre de données un soir d’orage. Au fil des pages, le lecteur découvre sa manière d’interagir avec chaque membre de la famille. Cliky est présent, physiquement, dans les bras de Félix. Il mange, se met en veille, communique selon un mode qui lui est propre. Cette matérialisation du numérique donne naissance à des situations concrètes auxquelles l’enfant peut faire correspondre sa propre vie connectée. L’aventure se déroule essentiellement au sein de la sphère familiale avec Isabelle, une maman « experte d’Internet », Michel, un papa enseignant, une grande sœur, Amandine, et un grand frère, Hadrien. Les grands-parents sont également présents, et tout aussi fascinés par les pouvoirs « magiques » de Cliky.
Chaque chapitre symbolise un aspect du fonctionnement d’Internet afin d’éveiller, pas à pas, la conscience de l’enfant aux paramètres de cet univers. Un dossier psychopédagogique permet aux accompagnants, qui ne sont pas nécessairement des experts dans le domaine du numérique, de saisir les principales clés de lecture de la fable ainsi que des idées d’activités à organiser à la maison, en classe ou en cabinet autour de chaque chapitre du roman.
Encore fallait-il que l’histoire que j’avais écrite fasse sens pour les enfants. J’ai donc demandé à l’enseignante de ma fille, alors en 5e primaire (CM2), de tester cette lecture au sein de sa classe.
– Madame Tyou, vous n’y pensez pas ! Moi, parler aux enfants d’Internet ? Je n’y connais rien !
– Mais justement, c’est parfait ! Vous allez pouvoir apprendre avec vos élèves et les ouvrir à une démarche essentielle : celle d’apprendre à apprendre sur ce monde en perpétuelle évolution…
À la veille de la retraite, cette institutrice héroïque s’est lancée dans l’aventure. Une démarche courageuse, car non seulement elle se sentait totalement étrangère au monde numérique, mais elle n’avait en outre aucune idée de la place et du temps à consacrer à l’éducation au numérique dans son programme.
À ma grande joie, la majorité des élèves ont accroché à l’histoire et se sont pris de curiosité pour Cliky. En fin d’année, mon enseignante testeuse était très enthousiaste et m’a encouragée à trouver un éditeur pour lancer la boule jaune dans notre monde.
2012… ce n’est pas si loin et pourtant, à ce moment-là, éduquer au numérique n’était pas une priorité. À tel point que je me suis retrouvée face à des éditeurs sceptiques, convaincus que mon projet traitait d’un sujet qui serait vite passé de mode…
Parallèlement, je rencontrais – et rencontre encore – des enseignants, des directeurs et directrices qui pensent que parler d’Internet à l’école, c’est inciter à augmenter encore le temps d’écran. L’école devrait être un sanctuaire où il faudrait surtout éviter le sujet. Mais si l’école refuse d’en parler, les familles s’en chargeront-elles ? Pas si sûr, dès lors que de nombreux adultes n’ont déjà pas très envie de réfléchir à leur propre usage du smartphone ou de la tablette, source d’évasion rapide d’un quotidien souvent lourd à porter.
Il faudra attendre la rencontre d’un jeune éditeur belge qui avait notamment étudié… l’informatique ! Entre un éditeur geek passionné par l’éducation des enfants et une maman « experte d’Internet », le dialogue ne pouvait que s’établir. Au bout de dix minutes de discussion, l’affaire était réglée !
Le premier tome, Cliky : l’énigme numérique (2015), offre une vue générale du fonctionnement du monde numérique et de son impact sur nos vies.
Le deuxième tome, Cliky : le crack des réseaux (2016), se focalise sur les réseaux sociaux et la rapidité avec laquelle une photo peut entraîner des conséquences désastreuses (cyberharcèlement, culpabilité, honte…)
Le troisième tome, Cliky lâche prise (2020), se veut plus philosophique et se concentre sur le sens donné à notre présence sur les réseaux sociaux et la notion de bonheur avec ou sans nos écrans.
Les résistances à l’éducation aux écrans
Dès le début de mon parcours, j’ai été confrontée à trois résistances principales. Ces obstacles m’ont aidée à comprendre les raisons de l’absence jusqu’à présent d’une véritable éducation au numérique dans notre société.
Dès 2015, Cliky fait son chemin vers les enfants grâce à des enseignants motivés, en recherche de solutions aux problèmes de violences et de harcèlement sur les messageries instantanées et les réseaux sociaux chez les 8-12 ans. Je suis régulièrement invitée en tant qu’auteure dans les classes pour échanger autour de mon travail d’écrivaine, mais surtout pour partager mes connaissances autour de l’univers numérique.
J’ai été rapidement débordée par les demandes, mais simultanément, je me suis heurtée tantôt à des réticences, tantôt à une parfaite indifférence de la part de parents. Ils achetaient mon livre parce que l’école l’avait demandé, mais les premières salles de conférences sur l’accompagnement de l’enfant face à l’écran étaient peu peuplées, voire désertes…
Pourquoi si peu de curiosité et d’implication face à un univers que nous côtoyons au quotidien et dont nous percevons les dégâts ? En révolutionnant nos existences, Internet a créé un état de sidération et élevé une série de barrières mentales qui empêchent un réel examen de cet univers.
Il y a d’abord le côté fantastique et socialement valorisant d’être « progressiste », de voir en ces nouvelles technologies le produit de l’intelligence humaine. Pourquoi s’affairer autour de l’accompagnement des enfants en ligne ? « C’est leur monde ! Ils sont nés avec les tablettes ! C’est la plus grande révolution depuis l’imprimerie, c’est le progrès ! »
Derrière cet enthousiasme teinté de fatalisme se dissimule une fascination qui trouve son point culminant chez les transhumanistes, ceux-ci estimant que le numérique, intelligence artificielle en tête, nous permettra de devenir éternels, emportant ainsi l’ultime bataille contre la nature.
À l’opposé, les dimensions anxiogènes et négatives
