Emporté par le vent - Isa Lamant - E-Book

Emporté par le vent E-Book

Isa Lamant

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Beschreibung

Il suffit d’une légère brise pour que le monde se révèle à nous autrement.

Les akènes d’un pissenlit, un souvenir transparent, un rire d’enfant, un battement d’aile...

Tout devient caresse effleurant nos maux.

À travers ses haïbuns, récits brefs entre prose et haïku, Isa Lamant nous invite à marcher dans des heures intemporelles.

Chaque mot s’allège, chaque image s’efface faisant place à la vibration d’une émotion simple née dans la présence de l’instant.

Dans l’esprit du karumi, cette légèreté chère au poète Matsuo Bashô, la poésie ici se dépouille de tout artifice et fait corps avec l’invisible.

Car la vraie beauté, nous murmure le vent, réside dans la fragilité de l’instant qui s’en va, déposant sur nous l’empreinte de l’éternité.

À PROPOS DE L'AUTRICE

 Isa Lamant habite en Tourraine, terroir fertile pour la poésie, essentiellement tournée vers la forme du petit poème japonais, le Haïku, elle a publié deux recueils : "Quatre vents" et "Petit Vent Frais". Elle aime également la photographie, autre moyen de capturer l'instant présent.




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Seitenzahl: 104

Veröffentlichungsjahr: 2025

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Isa Lamant

EMPORTÉ PAR LEVENT

À mes filles Kim, Anna et Loïs Mes petits-enfants Noah, Mia, Yaël, Ezra, Asa et Yona

Le haïku s’offre en partage. Il est le souffle d’un moment que chacun peut respirer. Il dépeint une émotion, une vision fugace, un sens exalté durant un bref instant. Il fait écho à nos ressentis, mais c’est toujours une caresse, un moment léger, même si parfois il est empreint de tristesse.

Chaque haïku est une promenade, au cours de laquelle on trouve un banc pour s’asseoir, pour se laisser porter par ce qu’il nous offre, pour laisser nos sens s’abandonner au vent léger apporté par ce petit poème.

Oui minuscule poème doué d’une grande force.

Peut-être insignifiant au premier abord, on comprendra bien vite que l’on ne peut plus s’en passer.

Parce qu’il est essentiel pour nous de vivre l’instant présent et de le goûter pleinement.

J’ai récemment lu les écrits d’une femme de lettres japonaise vivant à la cour au 11e siècle. Sei shônagon*. À son époque, pas de vie trépidante, de télévision, de moyens de locomotion ultrarapides. En lisant ce qu’elle écrivait de son vécu au quotidien, de son rapport à la nature, cela m’a semblé d’une beauté inouïe.

Peut-on aujourd’hui encore être capable de vivre cette même symbiose avec ce qui nous entoure ? Si la réponse est non, récupérer cette capacité est fondamental pour notre bien-être.

Lire et relire des haïkus, ces beaux cadeaux que nous font tous les poètes haïjins, nous permettra de donner à chacun de nos jours une autre dimension, de stopper la course contre la montre et d’apprécier avec chacun de nos sens tous les moments offerts par lavie.

Lors de nos balades, de nos expériences quotidiennes, reviendront alors ces images portées par des mots simples pour embellir l’instant présent par ces échos poétiques qui auront touché notre cœur lors de leur lecture.

IsaL.

Extrait « herbes »

« l’acore aromatique, l’avoine d’eau…

L’oseille des bois est plus jolie que n’importe quoi, en dessins sur la soie damassée.

L’armoise est très jolie.

La massette en fleur est aussi très jolie, et les feuilles du carex qu’on voit sur le rivage sont encore plus belles.

Le jonc des lacs. La lentille d’eau.

La prêle d’hiver. Il est délicieux d’imaginer quel bruit le vent doit faire quand il souffle dans sa chevelure.

La bourse du pasteur. Le gazon des chênes.

Les feuilles flottantes du lotus sont très élégantes. À la surface d’un étang calme et limpide, les grandes et les petites s’étalent et se déplacent à l’aventure. C’est charmant. Si on détache une de ces feuilles et si on la regarde après l’avoir laissée quelque temps pressée sous quelque objet, on trouve que c’est la chose la plus gracieuse du monde… »

«Je cherche la grande douceur, celle que personne n’a jamais vue et dont l’existence ne fait aucun doute car c’est à elle que l’on doit la beauté odorante des jacinthes, la lumière dans les yeux étonnés des bêtes et tout ce qu’il y a sur terre et dans les livres de bienfaisant.»

Christian Bobin

«Ressusciter»

*Sei Shônagon : choses qui rendent heureux.

Le haïku et la notion de Karumi

Le mot japonais karumi (軽み) signifie littéralement « légèreté » ou « légèreté d’esprit ». C’est un concept esthétique et poétique important dans la culture japonaise, notamment dans la pratique du haïku.

Le karumi, introduit par Matsuo Bashō à la fin de sa vie, n’a pas le sens d’une légèreté superficielle mais c’est une manière de revenir à une simplicité naturelle.

En quelque sorte une brise poétique, qui allège la profondeur de son poids.

C’était une des trois notions fondamentales de son école Shòmon avec le wabi et lesabi.

Ce concept de légèreté a été popularisé plus tard notamment par le poète Masaoka Shiki (1867-1902), qui a modernisé le haïku. Il a encouragé à adopter un ton plus léger, plus simple et plus naturel, évitant le pathos trop lourd ou les émotions excessives.

Il valorisait l’esquisse de l’instant.

Karumi, ne fuit pas la profondeur. C’est un léger pas de côté pour mieux voir l’essence et la fragilité d’un moment.

L’art d’expliquer les choses, les instants, même graves et profonds, avec des mots simples.

C’est une façon de dire peu pour laisser entendreplus.

Comme une brise sur l’un de nossens.

Cette notion apporte quelque chose de rassurant, même dans un état de mélancolie ou de tristesse.

il peut y avoir dans les mots employés, un brin d’humour et de fraîcheur.

Un détachement, une acceptation, un apaisement.

Le pas d’un chat sur le parquet, la lumière qui danse à travers une robe, une plume qui se pose sur un drap, la caresse d’un doigt sur une blessure.

L’italien Italo Calvino a une vision similaire de la légèreté. Elle devient une manière d’habiter le monde sans s’y empêtrer, de le rencontrer avec une sorte de clarté qui permet de le traverser avec plus de sérénité.

A l’instar de Bashô et de Shiki, il voit dans ce concept une façon d’ôter l’inutile, de chercher une forme d’élévation. Il ne s’agit pas de s’échapper mais de regarder les choses avec distance, clarté, ironie, agilité.

C’est cela. Un pas de côté.

Le travail de l’écrivain est, selon lui, un travail d’allègement qui produit une énergie liée à l’exactitude, la concision et l’intensité.

Et il me semble que ce sont trois qualités que le haijin sait exploiter.

Au-delà de la poésie, la notion de karumi influence aussi la peinture, la calligraphie, et même la vie quotidienne japonaise, invitant à une approche légère et joyeuse, sans lourdeur ni prétention.

Karumi regarde la beauté sans artifice.

C’est un peu le langage du vent,

celui desanges

un morceau de soie qui se pose sur l’instant.

J’ai choisi d’étayer haïbuns et haïkus de photographies épurées, notamment à travers des voiles légers ou de dentelle afin de rester fidèle à cette notion de karumi, perçue comme un baume bienfaisant sur chacun de nossens.

J’ai cette impression, voire sensation certaine, qu’en écrivant mais aussi en lisant des haïkus emprunts de légèreté, on se sent mieux, plus serein.

J’espère que cette sensation sera aussi la tienne, cher lecteur.

Et pardonne moi ce néologisme mais mon souhait en écrivant ce recueil, est que tu puisses juste un instant sentir la brise de karumi « enjoyer » toncœur.

IsaL.

“en matière d’art, il convient de suivre la matière créatrice et de faire des quatre saisons ses compagnes.

De ce que nous voyons, il n’est rien qui ne soit fleur, de ce que nous ressentons, rien qui ne soit lune”.

Qui dans les formes ne voit la fleur est pareil aux barbares.

Qui en son cœur ne ressent la fleur, est pareil aux bêtes brutes.

Sors de la barbarie, écarte-toi de la bestialité, suis la nature et retourne à la nature” est-ildit.”

Bashô -journaux de voyage.

Il y a des jours où l’on sort de soi-même.

Plus d’idées, plus d’envies

juste le besoin de se poser sur un transat

ou de prendre un sentier au hasard.

Avancer droit devant.

Un souffle léger derrière l’oreille

une petite brise, un petit vent

caresse ma nuque.

Résurrection.

Il ravive mes sens, éclaire mes pensées.

Je reviens àmoi

et je souris au soleil,

tout redevient vivant.

Moi, en plein dedans.

Grâce

à la petitebrise

grâce

au petitvent

pensées vagabondes–

une plume de moineau

bercée par levent

chemin de traverse

les herbes folles

ouvrent le passage

âme nomade–

le vent seul choisit

ce qui s’envole

terre en jachère–

dans les herbes folles

un champ de coccinelles

terre en jachère–

le ciel entier appartient

aux herbes folles

PRINTEMPS

fièvre printanière-

la forêt s’embrase

dans les couleurs de l’aube

Il y a le chat sur le canapé et son ronronnement familier.

Par la fenêtre se glisse un air de clarinette qu’un enfant débutant essaie de s’approprier avec constance.

Il vient doucement effleurer mon front.

Ce petit vent, même pas une brise, fait se mouvoir la petite marionnette de bois suspendue à la poignée de la fenêtre.

Est-ce ce léger vent, est-ce la clarinette qui la font danser?

Puis le silence et mes yeux qui se ferment

sur les pages du livre ouvert

et sur un dialogue dont j’ai déjà perdu lefil.

douce aprèsmidi

le vent pose sur mescils

le souffle d’un enfant

Il y a des lampions et du mouvement dans la petite baraque près de l’étang.

La fraîcheur du soir tombe agréablement sur nos épaules.

Il n’est pourtant pas tard, mais ici après 18 heures, tout le monde rentre chezsoi.

Il faut dire qu’ils aiment danser les seniors,

se retrouver dans cette guinguette aux peintures défraîchies,

où leurs rires et leur joie sont les véritables couleurs, les plus belles lumières.

Chacun a sa cavalière ou son cavalier attitré(e), parce qu’on aime chalouper ensemble

ou parce que deux danseurs sont sur la même longueur d’ondes

Pour les dames non accompagnées, des taxis-danseurs offrent généreusement bras et jambes

pour un paso-doble ou une java.

Gisèle à l’endurance des passionnés. Elle tourbillonne sans faiblir, entre deux cafés tièdes et des parts de cake aux fruits, sous les yeux admiratifs de quelques jeunes passants.

C’est la fête dans sa tête, dans son corps, mais surtout dans son cœur.

Elle, elle est là chaque semaine. Ses cheveux blancs tirés en chignon soigné.

Elle s’est préparée longuement, comme tous les dimanches, avec le soin des grandes occasions.

Elle ferme les yeux sur la voix de luis Mariano et s’envole aussi frêle que le jour de ses vingt ans, dans ses escarpins à talons hauts.

Que demander de plus.

Dans le tourbillon présent, elle goûte à l’éternité.

bal musette-

la valse légère

d’un parfum de violette

Elle est tombée sans prévenir, cette fine pluie d’avril. Ni orageuse, ni froide. Juste assez vivifiante pour effacer les pensées grises de l’hiver, laver les feuilles, rafraîchir la terre et tout ce qui s’y trouve.

Je reste là, immobile sous l’auvent du grand marronnier, respirant juste un peu plusfort.

Tout semble n’être qu’une grande respiration.

Le sol boit en silence.

La pluie a un goût deciel.

La terre exhale son premier souffle. Odeur profonde, presque charnelle.

Le réveil de l’humus mélangé aux racines tièdes. Quel bonheur !

Comme si le monde retrouvait son premier rythme, comme si le chant de la création rejaillissait par les pores du sol, par chaque fissure, chaque brin d’herbe, chaque racine.

Et ces souvenirs d’enfance !

La terre mouillée, les vers de terre, les genoux sales après lesjeux…

Tout près, au milieu des feuilles, les trilles d’un merle accueillent ce qui commence.

fin d’averse-

l’odeur de la terre s’unit

au chant dumerle

Quelle merveille de se lever tôt pour aller se réveiller doucement dans le creux de la nature qui s’éveille également.

Une petite fraîcheur d’avril, cette petite odeur de printemps qui revient pour nous annoncer, quand le jour se lève

ou dès que le soir nous enveloppe,

que le printemps revient camper dans nos contrées.

C’est une odeur bien particulière, une eau de toilette légère, note de tête lilas et fraîcheur de l’herbe nouvellement poussée.

Un petit parfum connu et rassurant, qui disparaît et réapparaît au fil des années, et nous assure que tout est renaissance, tout est résilience.

Il n’y a pas à s’inquiéter.

Cette petite fraîcheur croquante, vient-elle du ciel, de la terre ou de l’entre deux ?

C’est un méli-mélo d’ivresse, juste ce qu’ilfaut.

Des gazouillements d’oiseaux, l’odeur des prémices printaniers…

et des centaines de petites touches blanches brodées de rose à mes pieds.

Des étoiles tombées pendant la nuit qui auraient revêtu leurtutu.

Et je pense qu’il en a fallu du temps pour créer ces humbles merveilles.

Mais souvent, les pas de l’homme n’en ont que faire.

Dans leur grande indifférence,

Ils foulent l’humble création muette.

tapis de pâquerettes–

dans la brume matinale

mon pas plusléger

Il est là depuis plusieurs matins.

Toujours le même — ou peut-êtrepas.

Un petit corps d’ambre et de feu, qui sautille comme un feu follet

près des croquettes duchat.

les yeux ronds, la tête penchée,

il me regarde, semble-t-il

de la tête aux pieds.

Il semble attendre quelque chose de mapart.

L’air est tiède.

Dans les odeurs de menthe et de basilic

je m’assieds, à bonne distance.

Je fais mine derien,

je respire plus doucement.

Et lui, le rouge-gorge, s’approche.

Pas à pas, saut aprèssaut,

il réduit l’espace entrenous