Entre deux éclipses - Yves Gerbal - E-Book

Entre deux éclipses E-Book

Yves Gerbal

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Beschreibung

Quelque part sur la planète Terre, vers le début du 21ème siècle, un humain écrit à un extra-terrestre... Est-il fou ? Est-il sage ? Que peut-il lui dire ? Que veut-il nous dire ?

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Seitenzahl: 162

Veröffentlichungsjahr: 2016

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« Je me sentais responsable de la beauté du monde »

Marguerite YOURCENAR,

Mémoires d’Hadrien

« Et pourtant je vous dis que le bonheur existe

Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues

Terre, terre, voici ses rades inconnues »

Louis ARAGON,

Le roman inachevé

À elles...

Sommaire

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21

1

Cher E.T.,

L’entreprise pourra paraître un peu folle. On me soupçonnera d’avoir perdu la raison. Pourtant je ne veux plus tarder. Le temps est venu, sans que je sache bien pourquoi. Il me faudra probablement essayer d’expliquer ce qui me pousse à me lancer dans ce projet insensé, et pourquoi maintenant. Mais l’essentiel ne sera pas de me justifier. L’essentiel sera que tu puisses un jour entendre, venue de très loin, cette petite voix d’un terrien relativement ordinaire.

Je m’adresse à toi dans la langue qui est la mienne. Je n’ai pas le choix. Je ne veux pas tenter d’élaborer quelque hypothèse sur le vocable dans lequel tu communiques. Je ne veux pas m’embarrasser, pour l’instant, avec ce genre de considération. Si un jour ces lettres te parviennent, je sais bien que tu sauras les déchiffrer. Je ne doute pas de ta très haute intelligence car nous-mêmes, pourtant très proches du chimpanzé, nous avons su lire les hiéroglyphes égyptiens, les alphabets les plus anciens, les langues les plus rares. Nous avons, parfois même à l’aide seulement de quelques fragments, reconstitué des systèmes de signes très éloignés des nôtres.

Voilà pourquoi je ne veux pas non plus épurer mon propos ou en simplifier le style. J’ai décidé de parler à quelqu’un qui saura, dans tous les cas, lire (ou équivalent) ce langage, et percevoir, le cas échéant, la rhétorique usuelle et les finesses du style.

Pardonne si tu le peux, lecteur lointain, cette position égocentrique. Je n’ai guère le choix, n’étant nullement un brillant scientifique et n’ayant aucune velléité de tenter des expériences diverses. Je suis donc condamné à croire que tu décoderas ma langue qui te sera pourtant étrangère.

Et puis je tiens à garder la spontanéité d’une communication amicale. Je ne m’adresse pas à toi, frère inconnu, avec la volonté de t’épater par quelques coquetteries langagières. Pour le lecteur que tu seras, l’essentiel sera d’abord dans l’information. Mais je ne peux pas pour autant me résigner à adopter le ton neutre d’une communication scientifique. Car je veux témoigner, à ma façon, à la place qui est la mienne, et je ne pourrai pas le faire avec sincérité si je rabote mon expression, si je me maintiens dans les bornes étroites d’un système de signes spécialement adapté à ton intention. Cher extra-terrestre, je te demande un effort. Si quelquefois les mots m’échappent, je ne veux pas les retenir par pur souci de te simplifier la tâche.

D’autant plus que si tu découvres ces lettres dans les ruines de nos civilisations englouties par leur propre orgueil, tu auras eu le temps d’apprendre, dans nos dictionnaires, les sens variés de notre riche lexique, et dans nos manuels de grammaire, les règles pour démêler l’écheveau serré de nos phrases. D’une curiosité ardente et d’une grande vigueur neuronale, tu sauras, j’en suis sûr, naviguer dans les méandres de notre syntaxe.

Dans ce cas-là, celui où tes vaisseaux se seraient enfin posés pour de bon sur notre planète, tu ne manqueras pas de données. Et comme l’hypothèse la plus probable est que ta civilisation soit largement en avance sur la nôtre, je pense même que tu peineras moins sur cette traduction que nous sur des textes en grec ancien, en latin, en araméen…

Car nous lisons nous-mêmes, plus de 2000 ans après, des lettres écrites dans des langues que plus personne ne parle aujourd’hui. Nous appelons cela des langues mortes. Mais nous savons bien que le message, lui, n’est pas mort. Une fois déchiffré, ce que nous recevons ainsi par-dessus les siècles est plus vivant que bien des images qui nous cernent aujourd’hui. Les mots des philosophes anciens, par exemple, parlent à notre âme, nous disent leurs questions et leurs doutes, et nous pouvons vibrer de la connivence humaine qui abolit les siècles.

Et je me rends compte en écrivant cela, cher extra-terrestre, que je rêve d’une même complicité. Ressentiras-tu, un jour très indéfini, les battements de mon cœur, les tremblements de mon esprit, le trouble de mes sens ?

Mais je peux faire une autre hypothèse. Aussi probable (certains diront aussi improbable) que la première. Ces lettres te parviendront chez toi. Sans que je sache pour l’instant par quel canal car bien entendu se pose alors le problème capital du facteur intergalactique. Nos vaisseaux habités sont allés jusqu’à la lune. C’est encore bien loin, semble-t-il, de ton hypothétique planète. D’autres vaisseaux sans vie sont lancés dans des voyages au long cours qui prennent plusieurs années mais qui eux aussi ne vont pas plus loin que les limites finalement très étroites de la galaxie gouvernée par notre soleil.

Dans l’état actuel des choses, et à l’heure qu’il est, dans la courte tranche de vie que je vais parcourir, il n’y pratiquement aucune chance que nous dépassions les frontières de notre voie lactée. Seuls quelques robots iront chercher des traces de vie aux confins de notre système solaire. Il y a peu de chances que je te rencontre physiquement…

Comptons alors sur les signaux que nous émettons en permanence et dont on ne peut pas prévoir l’écho qu’ils provoqueront un jour ou l’autre.

Pour cette correspondance, il faudra que je me préoccupe de trouver une boîte à lettres. Un ordinateur embarqué à bord d’une sonde ? Une enveloppe jetée dans l’espace par un cosmonaute en promenade ? Une retranscription en ondes électromagnétiques ? Le problème est d’importance, bien sûr. Je ne pourrai pas m’y dérober. Je tâcherai d’y réfléchir tout en continuant d’écrire. Mais je ne veux pas me laisser accaparer par le média. L’important, c’est le message. Nous disons ici, quand nous faisons un cadeau : c’est l’intention qui compte.

Sans savoir même si tu es (ce qui est bien pire que de seulement se demander où tu es) je t’envoie donc ces étranges lettres. Je n’y dévoile aucun secret d’importance sur notre espèce ni sur notre civilisation. Je n’y prétends à aucune exhaustivité ni à quelque volonté encyclopédique. À quoi bon, alors ? demanderont mes incrédules congénères. Pourquoi feindre d’ignorer ces barrières énormes de l’espace et du temps ? Comment puis-je croire, en effet, que pourront être dépassés les obstacles infranchissables des distances intersidéra-les ? Suis-je fou ? Devrais-je déjà, avant même la fin de cette première lettre, céder au découragement ?

Non, ma résolution est prise. J’entame cette correspondance avec exaltation, sans vraiment en percevoir le sens, sans pouvoir dire ce que cache cet enthousiasme de missionnaire.

On me trouvera futile. On jugera vain le message enfermé dans cette bouteille jetée dans un océan infini. Mais pourquoi devrais-je ainsi m’attacher à tout prix à donner une motivation recevable par mes frères humains ? C’est à toi, extra-terrestre, que je m’adresse. Pas à mes semblables. Peu m’importe leur jugement. Seule compte la toute petite probabilité que tu perçoives un jour, par-delà les étoiles, l’infime vibration de mes mots, la toute petite ondulation de mes phrases. Cela me suffit pour avancer.

La nuit tombe. La lune paraît. Ici, chez nous, sur notre calendrier, c’est le premier jour de l’automne, l’une de nos quatre saisons. Celle-ci n’est pas la plus gaie, mais j’aime ce rythme que nous impose la nature. Nous entrons dans une période plus grise et pluvieuse, nos jours vont être plus courts, mais je ne crains pas ce changement. Au contraire, j’entre dans l’automne comme dans un autre pays. Changer de saison, c’est comme voyager sans changer de maison. Et t’écrire, cher extra-terrestre, est également un voyage immobile que j’entame ce soir avec le même enthousiasme que certains de mes ancêtres qui s’interrogeaient sur ce qui se trouvait au bout du monde, là où, croyaient-ils, la terre se terminait. Nous avons depuis lors considérablement repoussé les limites de nos territoires connus, mais nous butons encore sur une frontière qui recule toujours à mesure que nous nous en approchons. Il peut sembler incompréhensible de continuer malgré tout à sonder ainsi l’infini en sachant que nous resterons aveugles malgré tout. Mais c’est ainsi que nous sommes. Je n’ai pas de télescope puissant, je ne suis pas un astronaute ni un astrophysicien, mais je ne peux m’empêcher d’interroger à ma façon cet espace, ce temps, et cette vie de terrien ordinaire qui est la mienne. C’est l’une de nos lubies les plus anciennes que d’essayer de trouver le lien entre ce que nous connaissons et tout ce qui nous échappe.

En m’adressant à toi, cher E.T., je fais une expérience à ma manière. Je ne suis pas un savant, mon matériau c’est ma vie, mes outils ce sont mes mots. En te les confiant je ne sais pas ce que je veux prouver. Je fais seulement une hypothèse. C’est assez, en ce premier soir d’automne, pour me pousser à écrire alors que j’aurais tant de raisons de ne pas le faire.

La lune, désormais, est toute ronde. Sur cet astre familier les hommes ont longtemps rêvé. Nous avons réussi à poser quelques vaisseaux spatiaux sur cette planète accrochée à la nôtre par les liens indéfectibles de la gravitation, mais je reste aussi démuni que le premier homme qui s’interrogeait sur cette lumière dans la nuit. Nos rêves, nos questions, nos espoirs, se déplacent d’un objet à un autre, mais rien ne change vraiment. Je lève les yeux et regarde la nuit derrière la fenêtre. Mon esprit s’y égare. Peut-être est-ce pour cela, aussi, que je t’écris.

À bientôt, ton frère terrien.

2

Cher E.T.,

Si tu reçois, comme je le souhaite si fort, ces lettres dans ta propre galaxie, ne te fonde pas uniquement sur mes sentiments pour te faire une idée de ce que nous sommes ici, hommes et femmes qui habitons cette planète. Ne t’y trompe pas : je ne suis pas un représentant exemplaire de l’espèce humaine. Je suis un humain bien nourri, et cela suffit à me distinguer d’une majeure partie de notre espèce. J’appartiens à cette petite frange de notre population qui parvient à se préoccuper d’autre chose que de survivre. Nous ne sommes vraiment pas nombreux dans ce cas. Deux habitants sur dix, à peu près.

Ainsi tu penseras peut-être, si tu connais mieux un jour les aléas de notre monde, que j’exprime des considérations de nanti. Si tu comprends après une étude rapide les inégalités d’une région à l’autre de cette terre, tu mépriseras mes petits discours, comme moi-même je pourrais penser de quelques érudits ancêtres qui s’essayaient à des autoportraits à valeur universelle qu’ils ne voyaient le monde qu’à travers leur bibliothèque, que leur vue ne portait pas plus loin que les vignes de leur domaine. Comment pouvaient-ils prétendre parler pour d’autres qu’eux-mêmes ? En les lisant aujourd’hui, pourtant, il me semble que je leur ressemble, et je comprends, malgré le temps qui nous sépare, leurs doutes, leurs angoisses, et je partage, malgré l’apparente étroitesse de leur champ de vision, leurs enthousiasmes, leurs espoirs. Pourrai-je, comme eux, faire entendre ma voix au-delà de ce que je suis ? Je me résous difficilement, je le sais, à ne pouvoir parler que de moi quand je parle d’ici et de maintenant.

Pour oser parler, faut-il être nécessairement cet homme le plus représentatif, à mi-chemin entre l’obésité et la famine, entre le luxe et la misère, entre la paix et la guerre ? Où est-il cet homme standard, cet archétype de l’espèce ? Faut-il avoir endossé tous les habits, avoir changé plusieurs fois de peau ? Combien d’existences faut-il avoir vécu avant de prétendre connaître un peu ce monde ? D’une vie à l’autre, tant de différences donnent le vertige, encore, et nous plongent ici même, sans aller plus loin, dans l’étourdissante spirale de l’inconnaissable et de l’incommunicable.

Si tu arrives un jour jusqu’ici, tu liras bien d’autres témoignages que le mien. Le chantier sera immense pour toi. Il te faudra décrypter toutes nos productions. Tu ne manqueras pas de points de vue. En attendant, permets-moi néanmoins de me substituer à cet homme virtuel qui serait composé d’un peu de chaque humain. Ou à cet homme tant de fois réincarné qu’il aurait parcouru toutes les existences.

Je ne suis pas de tous les pays, je ne suis pas de tous les destins. Je ne suis qu’une parcelle infime de cette superstructure ronde, je ne suis qu’une portion ridiculement petite de l’espace-temps. Je suis né ici, je vis là. Sans avoir tout vu, sans avoir tout vécu. Mais je ne me tairai pas. Mon statut de terrien, mon corps d’homo sapiens sapiens, les deux lobes de mon cerveau, et mon âme (si elle existe et où qu’elle se loge) sont aussi un monde.

Je ne sais si en chacune des parties de ce tout que constitue pour nous cette étroite bande d’atmosphère, je ne sais si en chacun de nous s’exprime une forme de totalité. Mais ce que je sais, c’est précisément que ce statut m’impose peut-être un devoir.

Dépositaire d’un esprit et d’un langage, je dois dire ce qui m’étreint, je dois transmettre mes joies et mes doutes. Que celui qui peut dire parle. Puisqu’il ne peut pas parler pour tous, qu’il parle en son seul nom.

Mais toi, mon ami étranger, reçois ces lettres comme une main tendue. De moi à tous les autres, il y a peut-être autant de distance qu’entre la terre et ta planète. Je me dis pourtant certains jours, certains matins moins chagrins ou certains soirs de belle lumière, qu’une communauté de destin m’unit à tous ces corps qui s’agitent sur notre sphère bleue.

Je t’écris, cher E.T., parce que j’aime la vie (dois-je dire « ma » vie ?) et que peut-être je fais le rêve un peu fou de te confier dans ces pages un peu de ces pulsations. Suffisamment pour que tu les recueilles, ondes faibles et discontinues à de telles distances, et que tu sois à ton tour le dépositaire de ce feu qui brûle en moi, qui brûle en nous.

Sur notre planète qui tourne il fait jour ici quand il fait nuit là-bas, et les saisons du nord ne sont pas celles du sud. Oui, E.T., je ne suis qu’un parmi tous ceux-là, mais unique et éphémère comme tous ceux-là. Si je ne peux donc pas être une voix qui sortirait de l’immense bouche de la terre, je prétends néanmoins partager avec toi, cher ami éloigné, un peu de ce mystère que nous appelons la vie.

Aujourd’hui, le froid s’est invité chez nous pour la première fois depuis le début d’un automne clément. C’est encore à la nuit que j’achève cette deuxième lettre. Connais-tu toi aussi, dans ta lointaine planète, la beauté des saisons ?

À très bientôt. Ton frère terrien.

3

Cher E.T.,

Je te parle donc de la terre, une planète qui tourne autour du soleil. Me voilà bien embarrassé pour t’en dire davantage. Je connais mal mon adresse interstellaire. À cette échelle, je m’égare vite. Je tâcherai, un jour prochain, de pouvoir te donner plus de précisions. Je vais me renseigner. Nos savants sauront m’aider, ils déchiffrent chaque jour un peu mieux notre place dans le cosmos, mais découvrent chaque jour aussi que la vérité s’éloigne quand ils s’en approchent. Je me demande souvent comment ils font pour ne pas se laisser happer par ces immensités, comment leur esprit parvient encore à raisonner dans de telles dimensions.

C’est l’une de nos plus grandes énigmes, E.T., que de notre infinie petitesse nous parvenions tout de même à nous projeter, même si ce n’est qu’en imagination, dans de telles grandeurs. Hier encore, un de nos vaisseaux est parti pour Titan, un satellite de Jupiter. Le voyage durera sept ans, ce qui, à notre échelle, est très long. Le temps d’une enfance. Sept fois quatre saisons. Mais pour toi, cette durée a-t-elle la même valeur ?

N’étant sûr de rien, je te parle comme si tu ignorais tout. Mais tu sillonnes peut-être depuis longtemps les parages de notre planète. Beaucoup, ici, le croient fermement, et témoignent de leurs rencontres avec vos avant-gardes qui ne sont peut-être que des vaisseaux égarés. Les récits ne manquent pas, des photos circulent et on s’interroge sur leur authenticité, des films se font et participent à faire de vous, E.T. de toutes provenances, un mythe tenace. On nous cacherait, diton couramment, la vérité. Moi-même je suis peut-être contaminé par cette théorie du secret, mais malgré de nombreux films à grands spectacles qui vous imaginent en barbares haute technologie, robots sans cœur, soldats cuirassés de titane et maîtres d’armes terrifiantes, je n’arrive pas à te croire habité par de cruelles intentions.

J’aurais pourtant de bonnes raisons de penser que tu puisses débarquer ici en ennemi. La guerre fait tellement partie de notre histoire qu’il serait naturel que tu veuilles toi aussi te rendre maître de notre territoire et nous assujettir à tes lois.

Quand nos ancêtres navigateurs et explorateurs européens sont arrivés sur des terres inconnues, ignorées jusque-là par les géographes, quand ils ont découvert des peuples aux mœurs et aux coutumes différentes des leurs, ils n’ont pas tardé à leur imposer leurs propres lois par la force et à les réduire à l’esclavage. L’Europe n’est pourtant qu’une petite partie de notre planète. Tout cela est récent, et nous n’avons pas fini, aujourd’hui, d’évaluer les conséquences de cette rencontre ratée.

Ces navigateurs embarqués dans des voyages au long cours vers des destinations improbables se trouvaient sur la mer comme vous l’êtes peut-être dans l’espace, lancés à la recherche de planètes nouvelles. Je ne voudrais pas que la même cruelle histoire se reproduise. Je ne peux pas te promettre un accueil chaleureux de tous les humains, mais je peux au moins tenter de préparer cet abordage, pour que cette rencontre d’un certain type ne se termine pas elle aussi en un massacre effroyable.

Voilà encore une raison, cher E.T., de m’adresser à toi, et à toi en particulier, je veux dire à toi qui le premier me liras, le premier qui découvriras ces lettres écrites du bout d’une galaxie, frêles échos d’une vie que j’aime trop pour ne pas essayer, à ma modeste place, d’en garder une empreinte, même fragile, toujours menacée par l’effacement. Car si par malheur, et malgré votre avancée scientifique et spirituelle, vous en veniez à conclure qu’il faut nous effacer de la terre, je voudrais être celui qui intercède pour cette espèce, certes folle et dangereuse, mais porteuse d’un souffle de vie dont je sens, à défaut de pouvoir le prouver, qu’il doit continuer à se perpétuer car quelque chose me dit, cher E.T., que nous n’en sommes qu’au commencement.

Ainsi, si ce sont tes nacelles volantes qui touchent en premier notre terre, et avant qu’elle ne soit dévastée,