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Un auteur français célèbre de roman policier se retrouve face au héros de sa saga. Ils vont confronter leur vision de la vie, de la création, du rapport l'un à l'autre et de leur drôle "d'amitié".
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Seitenzahl: 46
Veröffentlichungsjahr: 2025
Une petite dédicace pour toutes les personnes, professeurs (Alain, Josiane, Patrick, Daniel) ou élèves qui ont partagé ma formation théâtrale entre 2002 et 2024. Il y a un peu de nous toutes et tous dans ce texte.
Merci à Jorge et Philippe pour vos idées à ajouter lors des répétitions.
L’écriture de cette pièce a vu l’évolution de l’âge des deux personnages. Dans cette version finale, ce sont deux hommes de 65 et 45 ans environ.
Faites-vous plaisir pour inverser les âges et les genres. Je vous fais confiance, vous saurez être cohérent(e)s et pertinent(e)s.
*
Lorsque j’ai commencé à écrire cette pièce, je n’avais pas encore émis l’idée de mon thriller M.Monday. À la fin de sa rédaction, je finissais le tome 2, La mort qu’ils méritent. Environ dix ans entre le début et la fin du projet…
Mon propre rapport à ma création, à ma créature et à ma créativité est ici extrapolé, projeté voire fantasmé. C’était très amusant d’explorer cette réflexion autour d’une potentielle célébrité et de ses conséquences. Tout comme il était très intéressant de se confronter au ras-le-bol de la création et à la pression du devoir de créer.
La beauté et la difficulté de pratiquer un art, quel qu’il soit et à quelque niveau que ce soit, sont universelles, en tout cas j’aime à le croire.
Un homme, la soixantaine, est assis à un bureau devant un ordinateur. Il frappe frénétiquement les touches du clavier.
De l’autre côté de la pièce, un fauteuil en cuir et une bouteille de bière à moitié pleine attendent sagement que leur propriétaire fasse appel à eux.
À côté de la machine et un peu partout tout autour, des piles de livres, des feuilles, quelques bouteilles vides…
Malgré sa frénésie, il ne semble pas satisfait de lui jusqu’au moment où il frappe du poing sur la table, et soupire bruyamment.
AUTEUR
J’en peux plus de toi…
Il attrape une lettre froissée au sol. On y aperçoit aussi une autre bouteille de bière belge, vide. Il lisse la lettre et on entend en off :
« Cher Monsieur Nicolas Drouot,
Nous avons bien pris connaissance de votre demande de report de la date d’envoi de votre manuscrit. Croyez bien que nous sommes conscients de vos difficultés. Cependant, il s’agit du troisième report et nous ne pouvons nous permettre de repousser une nouvelle fois la sortie de ce tome important, autant pour les fans de David Stevenson, que pour votre maison d’édition.
Nous attendons donc un manuscrit achevé pour le 20 du mois prochain.
En attendant, nous restons à votre disposition et nous vous prions d’agréer, Monsieur Drouot, l’expression de nos salutations distinguées. »
NICOLAS
(ironique)
« Nos salutations distinguées »… Enfoirés ! C’est grâce à moi qu’ils vivent depuis près de 30 ans !... « Les fans de David Stevenson »…
Il froisse à nouveau la lettre, et la jette au sol. Il se dirige vers son fauteuil et s’affale dedans. Il cherche maladroitement une bouteille de bière posée au sol, la vide d’un trait…
Il fixe l’ordinateur posé à l’autre bout de la pièce, se frotte les yeux et commence à sombrer.
Noir dans la salle.
La lumière revient, l’auteur n’a pas bougé mais on aperçoit un homme assis à son bureau. Il a entre 40 et 45 ans, est habillé de manière décontractée avec une veste en cuir et une paire de jeans.
L’auteur ne paraît pas surpris de le voir là. Il attrape sa bouteille et boit une nouvelle gorgée de bière en l’observant. Le nouveau venu lit l’écran de l’ordinateur avec attention, puis s’appuie sur le dossier de la chaise.
HOMME
C’est tout ce que tu as trouvé ?
Silence. L’auteur ne réagit pas. Il continue de boire et d’observer.
HOMME
380 pages au lieu des 500 habituelles… 380 pages ? Pour finalement me faire mourir.
Silence.
Tu pourrais juste me faire quitter mon poste, me reconvertir, changer de vie… Mais non, tu me tues.
NICOLAS
(tout doucement)
C’est moi l’auteur…
HOMME
Répète-moi ça ?
NICOLAS
(plus fort)
J’ai dit : c’est moi l’auteur !
HOMME
(désabusé)
Combien de fois est-ce que j’ai entendu ça… ?
NICOLAS
Chaque fois que tu es venu me voir pour te plaindre… et me faire chier.
HOMME
C’est-à-dire souvent ces derniers temps.
NICOLAS
(en contemplant son verre)
Trop souvent.
HOMME
On se demande pourquoi.
NICOLAS
(après un temps de réveil)
Si toutes les créations étaient venues se plaindre auprès de leur créateur à chaque fois que leur destin ne leur convenait pas, l’art n’aurait jamais dépassé les peintures des grottes de Lascaux…
HOMME
(amusé)
On devrait peut-être monter un syndicat, pour nous protéger des auteurs cruels.
NICOLAS
Fais donc ça, et tu te rendras peut-être compte du bol que tu as que je sois ton auteur.
HOMME
Tu me tues ! Il est où le bol ?
NICOLAS
Si tu vivais un chapitre, un seul, entre les mains de George R. Martin ou de Sophocle… Leur héros meurt à tour de bras.
HOMME
C’est pas faux… et alors ?
L’homme quitte sa veste en cuir.
NICOLAS
Tu sais, ça me rappelle un auteur, Jacques… Géraud je crois, qui a écrit un livre dans lequel 24 personnages célèbres de la littérature écrivent une lettre à leur auteur respectif pour râler. Je ne me souviens plus du titre…
HOMME
Ils envoient une lettre ?
NICOLAS
(tout en réfléchissant au titre dudit livre)
Oui, ça m’aurait arrangé que tu fasses pareil.
HOMME
Tu l’aurais lue ?
NICOLAS
(réfléchissant toujours)
Non, je ne pense pas.
HOMME
Alors je fais bien de passer…
NICOLAS
(réfléchissant et ignorant les remarques de l’homme)
