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Maeva mène une vie ordinaire… jusqu’à ce qu’elle croise Luka, un inconnu au passé énigmatique.
À 36 ans, Maeva vit une existence tranquille en tant que barmaid dans la boîte de nuit de sa jeunesse. Solitaire, elle se raccroche à ses deux meilleurs amis, seuls rayons de soleil dans une vie marquée par les blessures du passé. Dix-huit ans après un événement qui a bouleversé sa vie, Maeva peine à tourner la page de son premier amour et des douleurs qui l’accompagnent encore. Mais lorsque Luka, un jeune homme ténébreux et mystérieux, entre dans sa vie, tout bascule. Sera-t-il celui qui parviendra à effacer les cicatrices du passé et à rallumer la flamme du cœur de Maeva ? Ou leur rencontre ne fera-t-elle qu’exacerber les souvenirs d’un amour perdu ?
Plongez dans cette romance captivante où les fantômes du passé et l’espoir d’un nouvel amour s’entremêlent dangereusement. Découvrez l’histoire de Maeva et Luka, un récit bouleversant d’amour, de résilience, et de nouvelles chances.
EXTRAIT
La passion d’un couple est souvent la plus intense au début, quand tout est nouveau et magique… Mais très vite, la routine s’installe, on se lasse, on s’éloigne, et parfois, on se quitte. C’est là que le drame commence : on se désaime. J’ai connu ce début, mais jamais la fin ; une histoire inachevée, arrachée trop tôt, avant même d’avoir connu le vrai déclin de l’amour. Je me suis vue privée de tout, sans raison, alors que je n’étais qu’une adolescente. Depuis, je porte en moi le poids de cette perte, d’un amour brisé avant l’heure. Mon premier regard sur lui, lors d’une soirée chez sa cousine, a suffi pour me lier à lui à jamais. C’était l’homme de ma vie, même si nous n’étions que des gamins. Et aujourd’hui encore, je me demande : pourquoi ce bonheur m’a-t-il été enlevé ?
À PROPOS DE L'AUTEUR
Sophie Leseure est née en 1980 et nourrit depuis toujours une passion pour l’écriture et la lecture. Auteure de romances et de livres pour enfants, elle explore désormais l’univers du thriller, son genre de prédilection. Ses récits sont portés par une plume sensible et des histoires qui touchent le cœur.
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Seitenzahl: 149
Veröffentlichungsjahr: 2019
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Face à toi
Sophie Leseure
Romance
Editions « Arts En Mots »Illustration graphique : © Val
Ce roman est dédié à mon Père…Et surtout à mon premier Amour… Il sait tout pas besoin d’en dire plus…
CHAPITRE I
Une pluie chaude et abondante d’été se déverse sur la route. De jolis ruisseaux se forment aux côtés des trottoirs, laissant le souffle du vent emporter quelques bribes de ma vie. Avec cette chaleur pesante de cette soirée débutante de juillet, je me sens moite. Me savoir collante me met mal à l’aise. J’ai l’impression d’être sale. Il est vingt-et-une heure, si je continue à m’extasier de la sorte face à cette vision qui me rappelle tant de souvenirs, je vais finir par être en retard. Je trouve ce paysage si captivant. Un arc-en-ciel se dessine au loin, c’est alors que mon passé me revient à l’esprit. Qu’il est bon de sentir son âme d’enfant ressurgir soudainement face à ce spectacle qu’est la nature. Laquelle on ne peut apprivoiser, ni contrôler. Mes pensées me ramènent à la réalité, à rêver que pour une fois la boîte de nuit dans laquelle je travaille ne soit pas bondée de clients. J’ai pleinement conscience que je me berce d’illusions, en dix années de bons et loyaux services en tant que barmaid au Privilège, jamais je n’ai eu de soirée sans avoir une foule monumentale à servir. Comment puis-je espérer qu’un club soit désertique ? Qu’aucun fêtard ne soit présent?
Je suis naïve, je me marre toute seule, en croisant les rares personnes qui se sont retrouvées coincées sous cette pluie diluvienne. Ils se sont fait avoir, tout comme moi. Je dois passer pour une folle, ça me donne le sourire encore plus que de raison. Je perçois dans le regard de certains que ma joie les transperce, les contamine, alors que dans d’autres, c’est tout le contraire.S’ils savaient tous comme je m’en fous de ce qu’ils peuvent penser de moi !
Dans la rue principale, j’accélère le pas, je ne suis plus qu’à quelques mètres de la porte d’entrée. J’aperçois déjà une longue file d’attente, certains n’arrivent qu’en milieu de nuit, après avoir passé un début de soirée chez les uns ou les autres, quand d’autres viennent dès l’ouverture, pour ne rien louper.
Mathieu, le videur, commence à les faire rentrer. Il est toujours souriant et sympa, même avec ceux qui arrivent déjà bourrés, et qu’il faut rembarrer pour la bonne éthique de la discothèque. Il est, pour moi, comme un grand frère, un mètre quatre-vingt, baraqué et irrésistible. Brun aux yeux vert gris, un regard pénétrant et touchant. Systématiquement habillé avec un costume deux pièces noir, cravate et chemise blanche, et pas le moindre faux pli, il sent bon le musc. C’est lui qui m’a trouvé ce job, au moment où ma vie ne ressemblait plus à rien, c’était le néant. Je n’avais plus envie de quoi que ce soit, seul un emploi pouvait m’aider, et Mathieu me l’a trouvé… Il est comme un ange gardien. Nous étions très liés, amis fusionnels, nous nous connaissions depuis notre plus tendre enfance, nos parents étaient proches, jusqu’au jour où l’adolescence nous a séparés, plus les mêmes copains, ni centres d’intérêt.
Puis, il y a vingt ans, il a réapparu, plus mature, plus posé, et c’est comme si nous ne nous étions jamais quittés. Des jumeaux ayant grandi ensemble, qui ne peuvent se détacher l’un de l’autre. Au détour d’une conversation, nous avons parlé de son emploi, et c’est de là qu’il a bouleversé mon existence. J’étais plongée dans une grosse dépression, suite à mon premier chagrin d’amour, c’était terrible, je n’arrivais pas à refaire surface, je ne vivais pas, je survivais. Une moitié de moi me manquait. Je n’avais plus de souffle pour respirer. Dix ans où je me noyais dans mon malheur. Mathieu a changé mon existence toute entière, me l’a rendue plus belle, plus facile à supporter...
Depuis, je travaille au Privilège, ici, avec mon ami de toujours, je sors, je me sociabilise, il est mon moteur. Ce n’est pas pour autant que la plaie béante que mon premier amour m’a laissée en partant a cicatrisé. Oublier ce choix, que l’on ne fait qu’une fois, donner à quelqu’un son âme entière, son corps, qui fera de nous l’adulte de plus tard. C’est impensable, improbable, impossible. Non, bien au contraire, j’ai beau essayer, mais en vain. J’ai tenté avec d’autres hommes, mais personne n’arrive à combler ce manque, sa présence, lui. Il est inégalable, irremplaçable. J’ai conscience d’être un cas désespéré, et j’aimerais sincèrement profiter de la vie, faire la mienne, comme lui l’a faite, en partant et m’oubliant. Parfois, avec Mathieu, j’angoisse à l’idée que nos routes se séparent de nouveau, mais nous nous sommes promis que plus jamais cela n’arriverait, et je suis persuadée que ça ne se reproduira plus. J’ai une peur incontrôlable de l’abandon, c’est pourquoi je ne m’attache plus, je suis liée à Mathieu et à ma meilleure amie.
Mon entourage s’arrête là.
— Dépêche-toi, Mae, sinon Fred va encore te tomber dessus ! me dit-il en m’embrassant sur le front.
Ses baisers me réchauffent toujours le cœur, ils sont si tendres, si appuyés, que si nous n’étions pas potes, je croisque je craquerais littéralement pour lui.Je me demande même comment il fait pour être encore célibataire !
— Je sais, merci, Mat ! Ça me met tout de suite dans l’ambiance! dis-je en courant pour rejoindre mon bar.Je manque de me ramasser par terre, en me retournant pour lui envoyer un baiser de la main.Il sourit en se moquant, je l’adore!
À l’intérieur, je joue des coudes pour me frayer un chemin jusqu’à mon poste.
— Pardon! Pardon!
Si vous voulez boire un verre, voire plus, laissez-moi passer! Allez, on se pousse!
Je commence, tel un robot, à vérifier si tout est bien en place, si mes frigos sont pleins, je n’aime pas être dans le jus. Je termine, comme à mon habitude, par balayer du regard la salle, comme si j'étais armée de rayons lasers.
Cette discothèque est un lieu rempli de souvenirs, j’y ai passé des nuits entières durant mon adolescence. Mes premières amitiés, beuveries, mes premiers déhanchements, mon premier coup de foudre, mon premier amour. Le temps de l’innocence! Où seuls les potes et les histoires de cœur nous préoccupent. Des fauteuils et des canapés rouges avec leurs tables noires, des plots et un pont en bois, le mien ! Celui où je dansais sans cesse avec mes amis, comme s’il nous appartenait. Toujours, non, pas vraiment, les slows eux se faisaient sur la piste. Seul le mobilier est resté le même, mais les clients, la musique, l’ambiance de mon temps est révolue. Une boule au ventre se forme en moi quand je repense à toutes ces années de bonheur, d’insouciance, comme si ma vie avait fait « pause » sur mes dix-huit ans. J’ai beau y être confrontée tous les week-ends, rien n’y fait, la nostalgie est toujours présente, la souffrance d’une époque qui n’est plus et qui ne reviendra pas.
Je n’ai pas aimé passer de l’âge d’enfant à jeune fille, ni de celle d’ado à adulte, les bouleversements me perturbent. Je mets tellement de temps à m’habituer aux choses que le moindre changement me bloque. Je suis restée coincée dans cette bulle que j’aimais tant. Ma vie s’est arrêtée là.
Pour l’heure, je dois me ressaisir. J’ai bien conscience que parfois, pour envisager l’avenir plus sereinement, il faut savoir se confronter aux démons du passé. Encore faut-il le vouloir…
Je prends une grande et profonde inspiration pour chasser mes idées noires et tristes, et c’est parti ! Quelques minutes me suffisent pour être parée pour la nuit.
***
La soirée bat son plein, le bar ne désemplit pas.
— Deux demis, s’il vous plaît !
— Trois vodkas !
— Deux martinis ici !
Je suis partout, et j’assure, comme à mon habitude. Fred, la cinquantaine, est mon patron, un homme en or, compréhensif et d’une gentillesse incroyable. Il parle peu, mais c’est le boss le plus arrangeant du monde. Il n’a pas tergiversé lors de mon entretien, et j’aime ça. Il ne m’a pas posé mille et une questions, ça a été un : je t’embauche, très rapidement. Puis je ne vends que du rêve, personne ne peut deviner ce que je ressens quand je travaille. Je danse en servant, je souris, je suis une autre. J’enfile mon costume, porte mon masque, et je deviens une actrice !
Soudain, je l’aperçois, lui. Comme s’il se trouvait seul dans cette immense salle. Quelques projecteurs éclairent son visage si doux. Je n’entends plus la musique, j’en ai le souffle coupé. Il me désarme littéralement lorsque ses yeux plongent dans les miens, je perds pied. En une fraction de seconde, nos âmes sont comme aimantées, elles se confondent, et ne font qu’une. Sa chevelure, châtain clair, courte sur les côtés, longue sur le dessus, appelle ma main à s’y glisser tendrement. Un charisme incroyable, une prestance impressionnante se marie avec le tout. Je suis là, seule face à lui. Plus rien n’existe autour de nous. Aucun de nous deux ne cille. Les commissures de nos lèvres frémissent ensemble, sous cet échange irrésistible, inéluctable. Nos corps sont en alerte. Je perçois sa frustration, de se contenter de cette simple fusion visuelle. Ses pupilles marrons me transportent au loin, son regard est si perçant et profond. Je me sens voler au-dessus de tout, je voudrais tant le rejoindre, là, tout de suite. Je manque de tomber à la renverse, lorsqu’il échappe à notre échange.
Pourquoi me quitte-t-il déjà ? Nous ne faisions qu’un...
Vêtu d’un costume trois pièces, je me demande où il se croit. Il fait vraiment décalé, voire tache dans le décor, où la clientèle est plutôt jeune, genre décontracté. Pourtant, cette différence change tout. Ce qui me plaît le plus, c’est qu’il est rasé de près, il n’est pas comme tous ces hommes avec une barbe naissante donnant un petit air de mauvais garçon, non, il paraît doux, tellement tendre, tout en lui inspire la confiance. Mais que fait-il ici dans un endroit qui n’offre que de la perversion, des danses endiablées, des silhouettes appelant le sexe uniquement ?
Je ne peux m’empêcher de baver en admirant sa peau, son regard, son corps, sa chemise le sublime à son paroxysme. Quand il pose ses bras sur le comptoir, je suis attirée par ses longues mains fines…
Vincent avait les mêmes...
Oh merde ! Faut que je me reprenne, je ne vais pas en plus d’être dépressive devenir parano ? Qu’est-ce qui te prend, ma vieille ?
Je ne pense plus comme ça depuis des années, et voilà qu’en un regard je me prends à fantasmer d’une peau à caresser, d’une bouche à embrasser, de bras pour m’y lover…
Oh là ! Oh là ! Calme-toi !
Il ne me quitte pas des yeux, je vais finir parm’évanouir, personne ne me regarde jamais comme ça, je ne suis qu’une simple barmaid, je suis seulement Maeva, la pauvre fille, toujours seule et malheureuse.Cependant, il me reluque de la tête aux pieds et, étrangement, ça ne me déplaît pas.Je suis limite choquée et en panique de me sentir si vulnérable, je devine ses pupilles se dilater, au fur et à mesure qu’il parcourt mon corps avec intérêt.Je sens qu’il me désire, je connais les hommes. Avec mon travail, je ne peux que savoir analyser leurs moindres faits et gestes.Je me tourne discrètement pour regarder en arrière, vérifier si c’est bien moi qu’il dévisage ainsi.Quand je reviens à lui, son visage s’est éclairé d’un sourire amusé, il se fout de moi ?Sûrement, et je ne peux m’empêcher moi aussi de lui sourire, la tension est palpable, c’est ça un coup de foudre ?Quelque chose passe entre nous, comme si un lien invisible s’était tissé en une fraction de seconde.J’essaie au maximum de me concentrer, sur la musique, mes gestes, mes commandes, pour éviter de penser à lui, lui qui m’a envoûtée si simplement, c’était inattendu, inespéré.Je me sens désirée, convoitée, alléchante, belle.J’ai l’impression de m’échapper de mon corps, je mesurprends à me considérer séduisante, attirante même.
Moi qui fais toujours tout pour cacher mon corps, c’est assez ironique.Encore ce soir mes cheveux sont détachés, s’échouant au creux de mes reins, jean bleu délavé et débardeur blanc moulant, enfin pour les seins que je n'ai pas, je ne sais pas si c’est à mon avantage.Il n’y a pas grand-chose à voir.Montée sur mes escarpins de dix centimètres avec lesquels je ne sais toujours pas marcher au bout de quatre mois d’entraînement, je suis trop sexy ! Enfin, Fred a tellement insisté pour que je porte ces échasses qu’il a bien fallu que je cède au désir du boss.
La sono résonne partout dans la boîte, les corps se déhanchent, les hommes et les femmes se rapprochent, se cherchent, se taquinent, jusqu’à se coller-serrer. Les visages se font face, se sentent, s’apprivoisent, les mains commencent à se balader sur l’autre partenaire, jusqu’au moment où les lèvres se rencontrent. J’aime observer ces premiers baisers, je trouve ça tellement beau ces toutes nouvelles émotions, lorsqu’on découvre quelqu’un. La véritable passion d’un couple se vit très souvent au tout début de la relation, quand tout est nouveau, tout beau… Après c’est la routine, on se lasse, on s’éloigne, on se perd, on se quitte. Et le drame est inévitable, on se désaime.
Je ne connais malheureusement que le début, c’est le plus douloureux, vivre dans le non vécu jusqu’au bout. Vivre avec cette sensation d’inachevé. Il est très difficile, voire impossible, de passer à autre chose dans ces cas-là, enfin pour moi. Ne pas avoir été jusque-là, où l’amour s’achève réellement. Non, moi, on m’a tout enlevé comme ça, du jour au lendemain. J’ai tout connu, on m’a tout ôté, alors que je n’étais qu’une gamine. Qu’ai-je fait pour mériter tant de souffrances dès les premiers émois ?
Je l’ai rencontré chez sa cousine, une amie à moi.Un seul regard a suffi pour que nous soyons liés, à jamais.À cet âge, ce n’est pas vraiment de l’amour, enfin c’est ce que l’on pense, jusqu’au jour où on le perd, et on se rend compte que c’était l’unique. Aucun doute n’a jamais subsisté en moi, c’était l’homme de ma vie. Totalement et inconditionnellement éprise en un instant. Tout s’est déroulé très rapidement. Après quelques heures à se tourner autour, nous étions en train de danser l’un contre l’autre.
Je donnerais tout pour revenir en arrière, revivre tout ça, pour éviter ce drame qui gouverne ma vie depuis dix-huit ans. Pour le garder près de moi, faire ce que je n’ai pas su faire, ou dire ce que je n’ai pas su dire. Je mène et poursuis une lutte sans merci contre moi même, envers mes sentiments. Mais ils demeurent éternels, à mon grand désespoir.
***
Je ne le regarde plus, mais je sens que lui ne m’a pas quitté un seul instant. Mes pulsations cardiaques en sont douloureuses tant il me fait de l’effet. Je vois au loin Élodie venue, comme à son habitude, alpaguer le premier qui la voudra.
Élodie est ma meilleure amie depuis la maternelle, nous avons grandi ensemble, fait les quatre cents coups toutes les deux, main dans la main. Nous sommes inséparables. Pourtant, on ne peut pas faire plus opposées que nous. Elle est grande, fine, brune au carré plongeant avec sa frange stricte, elle se dit plus excitante ainsi. Chacun son truc. Elle a du caractère mon amie ! Elle joue avec les hommes, ils sont ses jouets, son passe-temps favori, elle ne s’attache jamais, ça ne dure pas plus de quelques jours, elle refuse l’attachement, elle s’est interdite depuis notre adolescence à être malheureuse en amour. Je me sens souvent responsable de son état d’esprit. Avoir été spectatrice de mon échec, le partager avec moi a dû la refroidir, et je la comprends. Élodie arrive plutôt bien à vivre ainsi, du moins en apparence. Quant à moi, je suis une écorchée de la vie, de l’amour, je n’y crois plus et n’en veux plus. Je sais que je me prive d’une multitude d’expériences, bonnes et mauvaises, que je passe à côté de tout, mais contrairement à Élo, je ne cache rien. Je suis honnête avec les rares hommes que je laisse entrer dans ma bulle, c’est éphémère, ils le savent. Je ne dis pas qu’elle n’est pas franche avec ses conquêtes, je parle d’être sincère vis-à-vis d’elle-même. Elle a même essayé les femmes, se demandant si son refus d’aimer était une question de sexe.
Mais elle s’est lassée, encore plus vite qu’avec ses mecs.
Je la vois se trémousser contre un blond, elle lui sort le grand jeu, la totale, cul en arrière, elle se frotte contre sa braguette, le mec n’en peut déjà plus, il ne va pas tarder à succomber, si ce n’est pas déjà fait. La voilà qui se penche en avant, plus provocatrice que jamais. Lui est aux anges, il passe carrément sa main le long de sa cuisse, en remontant jusqu’à sa hanche. Elle n’a vraiment pas froid aux yeux ! Comment résister à une nana en minijupe en cuir noir et top assorti, qui s’offre si facilement? Je me mets à rire seule dans mon coin, je la connais tellement, pauvre garçon, si tu savais ce qui t’attend !
— Deux demis, s’il te plaît !
— Deux demis ! me demande-t-on d’un ton pressant.
La tonalité de la voix s’intensifie et limite m’engueule. Merde, je reviens à moi. Il faut que je me reconcentre sur mon travail.
— Oui, tout de suite, dis-je toute gênée.
C’est mon bel inconnu qui vient de passer commande. En plus d’un regard à faire fondre un iceberg, il a une voix suave et caliente. Tout pour plaire. Ça y est, ça recommence, je divague, je récidive, je le bouffe avec pour seules armes mes yeux. Je le désire, je meurs d’envie de goûter le nectar de sa bouche et, comme par hasard, il se lèche la lèvre supérieure. Il me cherche.
