Erhalten Sie Zugang zu diesem und mehr als 300000 Büchern ab EUR 5,99 monatlich.
Jessie, jeune femme aux multiples talents traverse une période difficile dans sa vie professionnelle. Elle accepte exceptionnellement de participer à des repas d'affaires organisés par un certain Raymond Villié qui lui confiera une étrange mission en Afrique du Sud et à Miami. Un jeu d'échanges de clubs de golf, trop grassement payé entre Villié et elle. Pourquoi tant d'argent pour pratiquer son sport favori ? Amateurs de golf, vérifiez vos clubs avant de jouer : on ne sait jamais.
Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:
Seitenzahl: 80
Veröffentlichungsjahr: 2013
Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:
Quelques notes d'un saxo pleurnichard la tirèrent d'un sommeil profond qui n'avait pourtant duré qu'un moment. Son radioréveil affichait vingt heures. Une heure pour se préparer et filer au rendez-vous rue de Berri.
Jessie écouta distraitement la musique de jazz, s'étira languissamment et se leva. Ses longs cheveux châtains et sa silhouette élancée lui donnaient une allure de mannequin.
Cette pause l'avait remise en forme. Après une journée monotone dans le petit bureau sombre, elle avait besoin d'un sas de récupération pour passer à autre chose. Surtout les vendredis où cinq jours de travail consécutifs s'accumulaient.
Il y avait déjà six mois qu'elle avait accepté ce boulot intérimaire de secrétariat administratif. Des rédactions et mises au point de rapports et comptes-rendus où la technicité des termes l'emportait sur les effets de style et la poésie... Mais, bah !... Le plus pénible était ce rythme "neuftreize-quatorzedixhuit" tous les jours de la longue semaine. La sédentarité lui pesait. Et cet emploi, sans réelles responsabilités et initiatives, l'abrutissait. Elle avait beau se dire que c'était provisoire et se raccrocher à de vagues réponses qu'elle attendait par ailleurs, elle trouvait le temps long entre ces murs gris. Mais c'était ça ou le chômage pur et dur. Et elle n'avait pas les moyens de rester sans rémunération. Elle s'était toujours assumée, avec plus ou moins de bonheur, et tenait avant toute chose à son indépendance.
L'oisiveté, au sens de manque d'occupations, n'était pas son mode de fonctionnement. Elle recherchait dans une activité professionnelle, non seulement de quoi vivre financièrement, mais surtout une satisfaction de l'esprit, une sorte de plaisir d'être. Un épanouissement et non pas l'accomplissement obligé de tâches répétitives dont l'intérêt - s'il y en avait un - lui échappait.
Elle pensait souvent, et surtout ces derniers temps, à ses trois années passées à New-York dans la filiale américaine d'une société française de prêt à porter.
De secrétaire-traductrice, elle avait été rapidement promue responsable administrative des ventes. Ensuite, le siège parisien, l'avait fait revenir, lui proposant une situation de direction administrative et commerciale à l'export, car son charme naturel et sa spontanéité mettait son entourage à l'aise. Tout allait pour le mieux, lorsque le nouveau dirigeant de la société, auquel elle avait refusé ses faveurs, n'avait décidé purement et simplement de la virer pour ce crime de lèseprésident. Il ne lui plaisait pas, et de toute façon elle n'admettait pas cette espèce de droit de cuissage.
Elle lui avait d'abord fait comprendre gentiment et poliment, puis avait été obligée de lui dire plus brusquement, un jour où il était allé trop loin. Une paire de claques et un coup de genou dans le bas-ventre avait mis bon ordre à sa gestuelle déplacée.
Aujourd'hui, elle était en procès avec la société pour licenciement abusif. Elle savait qu'elle ne gagnerait pas les dommages et intérêts qu'elle demandait, mais elle le faisait par principe.
À trente-cinq ans elle n'entendait pas qu'on lui manquât de respect. Surtout pas un employeur macho.
Cependant, depuis près d'un an, malgré ses excellentes références elle ne retrouvait pas une situation qui lui convienne. Après de vaines recherches, elle avait accepté quelques remplacements pour éviter d'entamer son petit capital, constitué grâce à ses excellents appointements précédents et dont elle avait judicieusement placé le reliquat, mais dont les intérêts ne seraient valables que dans cinq ans.
Sa nouvelle installation à Paris avait coûté. Même si ce n'était qu'un deux pièces en location, elle avait dû le meubler un minimum. La vente rapide de quelques meubles de son appartement new-yorkais en avait payé plus de la moitié. Le crédit avait complété. Maintenant, elle devait rembourser.
Bien sûr, les extras qu'elle faisait depuis quelques temps grâce à son amie Laurence l'aidaient à mieux vivre. Mais elle savait qu'elle ne continuerait pas longtemps ce genre de prestations.
Laurence et elle se connaissaient depuis une dizaine d'années. Elles s'étaient rencontrées lors du lancement d'une boutique de vêtements branchés dans l'Upper East Side. Laurence travaillait en free-lance pour un magazine people et couvrait toute la rubrique événementielle donnant à chaque lectrice l'impression d'être informée avant tout le monde. Laurence avait réalisé son rêve : travailler dans la « Grosse Pomme ». Aussi blonde que Jessie était brune, ses longues jambes galbées et sa démarche assurée faisaient se retourner la gente masculine, ce qui pour Laurence était devenu un véritable jeu !
C'est justement en croisant son regard ironique que Jessie avait compris l'effet que Laurence provoquait autour d'elle... Une bousculade et des verres renversés sur un plateau leur avaient fait prendre un sourire complice. Elles s'étaient découvert la même passion pour les fameuses lasagnes du Sofia 's dans Little Italy et le canard laqué du fameux Peking Duck House dans Chinatown. Mais le milieu hypocrite et malsain avait déçu Laurence qui avait choisi de revenir à Paris.
Quelques années après, Jessie l'avait retrouvée à son retour des États-Unis. Laurence travaillait alors dans une agence immobilière et elle l'avait aidée dans sa recherche d'appartement à Paris.
Un soir Laurence lui avait téléphoné avec beaucoup de ménagement pour lui demander un service très particulier.
Elle expliqua qu'elle faisait partie d'un réseau privé, constitué de quelques restaurants et cabarets parisiens de luxe. Elle était une des quinze ou vingt jeunes femmes sélectionnées et bien rémunérées, dont le rôle était de tenir compagnie aux hommes d'affaires essentiellement, pendant leurs soirées dans ces établissements.
La plupart des sociétés sollicitaient ce type de prestations, facturées en plus des repas, lorsqu'ils recevaient d'importants clients provinciaux et surtout étrangers.
Le charme féminin, auquel leurs hôtes étaient sensibles, se révélait parfois un atout supplémentaire qui leur permettait d'amorcer ou de conclure agréablement et plus facilement une affaire.
Pour les restaurateurs, ce service-plus les aidait à fidéliser une catégorie de clientèle qui avaient les moyens - enfin ceux de leurs sociétés- et privilégiaient la qualité, sans regarder de trop près l'addition. Ainsi, chacun trouvait son compte.
Les jeunes femmes devaient être élégantes avec discrétion, avoir une culture générale suffisante pour la conversation et disposer de quelques soirées libres sur demande. Parler l'anglais était un plus. En pratique, il leur fallait aussi savoir se taire et écouter, sinon savourer les beaux discours de ces messieurs qui, très sérieusement accrochés à leur verre ballon de trois étoiles ou fine Champagne, faisaient ou défaisaient le monde de la manière qui leur était la plus favorable.
Rien, ni personne n'interdisait à ces dames d'accepter d'autres propositions, mais ce n'était pas la finalité du service. Il s'agissait alors d'une question personnelle, réglée selon les goûts et affinités, quelquefois par la loi du marché qu'est l'offre et la demande, mais toujours avec tact et délicatesse... En tout état de cause, les prestations tarifées du réseau, s'arrêtaient à la porte de l'établissement.
Ce soir-là, au téléphone, Laurence lui avait expliqué qu'il manquait une convive. Celle prévue venait de faire faux bond au dernier moment.
Il s'agissait d'un dîner chez Justin Ferlot, le grand restaurant de la rue du Louvre.
Trois hauts fonctionnaires pakistanais étaient à Paris pour signer un important contrat de matériel ferroviaire. Ils étaient invités par le président de la société française, bénéficiaire du marché. Avec le directeur général et le directeur de l'exportation, le dîner devait réunir six hommes. Une seule présence féminine ne suffisait pas. Elle avait pensé à elle.
D'abord réticente, Jessie s'était laissé convaincre pour rendre service. Laurence lui avait juré qu'il s'agissait uniquement de dîner dans un bon restaurant en compagnie de ces hommes d'affaires. Sans qu'il soit question d'autres prestations, il lui serait remis une enveloppe avec la somme de trois cents euros en espèces.
La soirée se passa effectivement comme Laurence l'avait dit. Ce fut même presque agréable : le cadre et la fine cuisine de cet établissement de première catégorie, les convives étrangers et français s'étaient montrés très courtois, sans propos équivoques.
À l'issue de la soirée, un taxi l'avait ramenée à son domicile, il n'était même pas deux heures du matin.
Laurence pour sa part avait accepté que le président la raccompagne. Mais cela était son affaire...
Depuis cette première fois, elle avait participé à d'autres soirées de ce genre, plus par nécessité financière que par plaisir.
Toutes n'étaient pas aussi agréables.
Quelquefois, elle devait remettre à sa place, aimablement ou plus vivement, un de ces messieurs qui avait tendance à la prendre pour du bétail, dont il était le maquignon pourvoyeur ou acheteur puisque payeur. Ceux-là n'avaient qu'une obsession : après les plaisirs du ventre, ceux du basventre. La soirée de Jessie était alors gâchée.
De toute manière, même si l'un des participants lui avait fait la cour d'une manière polie, elle n'aurait pas accepté une quelconque proposition et encore moins de coucher dans ces conditions. Son intégrité, un respect d'elle-même et une indépendance absolue l'en auraient empêché. De plus, elle était maintenant fidèle à Julien qui la comblait...
Aujourd'hui, Raymond Villié, un client du réseau l'avait demandé personnellement.
Le mois dernier, elle avait accompagné une soirée où il avait invité deux acheteurs vénézuéliens.
Sa société faisait du trading, comme il disait. Il exportait et importait dans un même pays ou pour des pays différents. Au passage, comme agent commercial, il empochait de substantielles commissions, les marchés traités se chiffrant par millions d'euros, de dollars, de florins ou autres monnaies.
Avec les vénézuéliens, elle avait compris que l'affaire traitée portait sur la fourniture de poutrelles métalliques pour un montant de trois cents mille dollars. Que cette affaire, liée à l'extraction du pétrole au Venezuela, était reconductible à raison de deux fournitures annuelles pendant un minimum de trois ans sur contrat ferme.
