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Rien de tel qu'une virée en famille pour s'évader du quotidien !
Mireille et Claudine sont sœurs. Aujourd'hui, Claudine a les boules. C'est son anniversaire : cinquante-neuf ans. Putain. Cinquante-neuf ans ! Pourtant, elle se lève tous les jours à quatre heures du matin pour avoir le temps de faire du sport. Elle s'entretient la Claudine, pas comme Mireille...
Mireille est à la retraite. Ça aurait pu être chouette : la vie cool, pépère, les voyages même... Hélas, Gilbert, son mari aussi est en retraite ! Plutôt crever que de rester à la maison avec lui, à le regarder nettoyer, bichonner et chérir sa collection de... boîtes aux lettres ! Alors Mireille est mamie, vingt-quatre heures sur vingt-quatre ! Si on a besoin d'elle, elle ne dit jamais non. Même quand ses enfants abusent...
Sur un coup de tête, les deux sœurs décident de partir toutes les deux au Maroc, de prendre une semaine de vacances au soleil. Une semaine où tout va changer... Une semaine pour revenir à soi, à l'essentiel...
Ce deuxième roman de Marie Burigat est dédié aux femmes, à toutes les femmes, qui, parfois, en devenant mère ou grand-mère, oublient leur féminité, leurs désirs, leurs rêves, ou alors s'acharnent à devenir des working-girls ! Elles pensent que la vie quotidienne, voire professionnelle, s'organise autour d'elles, que leur présence est indispensable à chaque instant. Mais une semaine de vacances peut tout changer...
Ce roman de chick lit est un concentré de bonne humeur, de joie de vivre, d'émotion, de tendresse ! Un vrai régal !
EXTRAIT
Cinquante-neuf ans. Putain, cinquante-neuf ans. Claudine se regarde dans le miroir. Elle a les boules. Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Et au bout d’un moment, ce n’est plus un événement heureux. Claudine est une femme exceptionnelle. Elle le sait. Elle se lève tous les jours à quatre heures du matin pour avoir le temps de faire « son sport ». Ensuite, elle passe le reste de la journée à motiver les plus jeunes dans son havre de paix... La salle de remise en forme où elle a le bonheur de travailler. Oui, une force de la nature, Claudine ! Le travail de toute une vie !
La soixantaine approche, mais elle sait qu’elle est encore pas mal gaulée, même si ce n’est plus la plastique ferme des belles années.
Elle fait encore le grand écart, y’a qu’à voir.
Au boulot, elle l’a prouvé plus d’une fois, à toutes ces petites jeunes... La relève...
CE QU'EN PENSE LA CRITIQUE
Ce livre est une bombe de fraîcheur, de bonne humeur, de crise intérieure, de remise en cause, de réflexion, de coup de foudre... Un livre profond qui parle de toutes les femmes au travers de Claudine et Mireille. -
Blog Les Bouquineurs
À PROPOS DE L'AUTEUR
Diplômée en arts plastiques,
Marie Burigat oscille entre l'écriture, le théâtre, le dessin et les illustrations. Elle chérit la moindre idée de liberté, à l'image de ses personnages. L'auteur compte aujourd'hui plusieurs romans à son actif, notamment
Betty Bulle et
La vie en Rosalie.
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Seitenzahl: 211
Veröffentlichungsjahr: 2016
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Aux soeurs Schapman, Myriam, Régine, Monique, Martine, Christine, Sylviane, Murielle et Nine...
À ma Julie, ma soeur, mon autre, mon essentielle... Avec tout mon amour...
Cinquante-neuf ans. Putain, cinquante-neuf ans. Claudine se regarde dans le miroir. Elle a les boules.
Aujourd’hui, c’est son anniversaire. Et au bout d’un moment, ce n’est plus un événement heureux.
Claudine est une femme exceptionnelle. Elle le sait. Elle se lève tous les jours à quatre heures du matin pour avoir le temps de faire « son sport ». Ensuite, elle passe le reste de la journée à motiver les plus jeunes dans son havre de paix… La salle de remise en forme où elle a le bonheur de travailler. Oui, une force de la nature, Claudine ! Le travail de toute une vie !
La soixantaine approche, mais elle sait qu’elle est encore pas mal gaulée, même si ce n’est plus la plastique ferme des belles années.
Elle fait encore le grand écart, y’a qu’à voir.
Au boulot, elle l’a prouvé plus d’une fois, à toutes ces petites jeunes… La relève…
– Ah, Claudine ! Vous êtes un phénomène !
– Ah, Claudine, je rêverais d’être comme vous plus tard !
Ouais, ben Claudine, même si elle adore les compliments, commence à en avoir ras le bol du « plus tard ». Dans un an, elle aura soixante ans et ça, ça fait peur…
Transpirante, elle entre dans la douche. L’eau chaude fait du bien. Elle ferme un peu les yeux en priant pour que cette foutue journée d’anniversaire soit terminée quand elle les rouvrira…
Mais ça ne marche pas comme ça. Ç a aussi, elle le sait.
Allez, on termine par un jet d’eau froide, ça raffermit les tissus. On commence par les pieds et on remonte doucement… On s’attarde sur les cuisses… Le ventre… Les seins… Ouah, ça caille, mais ça draine ! On se sèche, on se frictionne. La crème pour les yeux. La crème pour le visage. La crème pour le cou. La crème pour les seins. La crème pour le corps. La crème pour les pieds. Et la crème pour les mains. Voilà.
Brushing. Elle enfile ses vêtements, soigneusement choisis. Que du neuf. Toujours. Du qui fait jeune, sans faire vieille qu’assume pas. Un bon fond de teint pour parfaire les bienfaits des UV. Fard à paupières. Crayon. Mascara. Rouge à lèvres.
Ses clés, son sac. Claudine est prête. Elle entend René ronfler, au loin. Fainéant…
Elle marmonne. Oui. Mais pas parce qu’elle est vieille. Parce qu’elle a les nerfs.
Elle se précipite vers la sortie et paf ! Son petit orteil vient s’écraser contre le meuble à chaussures, dans un petit « cric » désagréable.
AIE ! Gourde ! Trente-six chandelles.
Gourde ? Une petite pensée pour Mireille. Tiens ! Elle, elle va appeler, c’est sûr. Juste pour faire chier, elle va appeler. Oui, c’est sûr.
8H45. Mireille pense à se lever et se contente d’y penser. Mireille a le temps. Mireille est à la retraite. Ça aurait pu être chouette, le farniente, la vie cool pépère, les voyages même, peut-être… Mais, hélas, tout ça, ce n’est pas pour Mireille. Non. Parce que Gilbert aussi est en retraite. Et plutôt crever que de rester à la maison, avec lui, à le regarder nettoyer, bichonner et chérir sa collection.
Gilbert collectionne les boîtes aux lettres.
Alors, Mireille s’est trouvé des activités. Elle est devenue bénévole dans différentes associations, elle y a presque des copines. Et puis, il y a les livres… Surtout. Elle lit beaucoup. Des romans d’amour essentiellement…
Puis, Mireille est mamie. Mamie envers et contre tout, vingtquatre heures sur vingt-quatre s’il le faut !
Enfin, si on a besoin d’elle, elle ne s’impose jamais et ne dit jamais non. Même quand ses enfants abusent. Elle les aime tant. Et les petits ?!
Un « je t’aime, mamie » vaut tout l’or du monde ! C’est la championne des mamies, Mireille. De ça, elle est fière.
Mais ce matin, elle a le temps. Elle entend Gilbert se lever. Merde. Ça fait vingt-huit ans qu’ils font chambre à part. Il répétait à tout va qu’elle ronflait. Il y a eu la fois de trop. Elle a emménagé dans une des anciennes chambres des enfants et lui, a appris à changer ses draps tout seul.
Pour l’heure, il est réveillé. Elle sait bien que si elle descend, il commencera à faire le programme du jour pendant qu’elle lui prépare son petit-déjeuner. Elle se retourne dans son lit, tire la couverture bien haut et cache son livre sous les draps. Mireille va lire un peu, cachée comme une gamine.
Oui, ça aurait pu être cool, la retraite. La vie aussi.
Claudine désespère. Depuis ce matin tout le monde s’acharne à lui souhaiter un bon anniversaire, joyeusement. Y a-t-il une personne qui ne soit pas au courant, bordel ?
Elle a fait tout ce qu’elle a pu pour avoir l’air impeccable, comme d’habitude et tous s’accordent à laminer ses efforts. Ils lui crieraient : “Oh, tu as vieilli aujourd’hui, Claudine !”, ce serait pareil.
Aucun savoir vivre…
Un peu avant la pause déjeuner, elle a senti que quelque chose se tramait dans son dos. Elle a rejoint l’espace personnel, un peu irritée et “SURPRISE !” ils s’étaient tous collectés pour le mousseux et le cadeau. Le mousseux était dégueux, quant au cadeau…
Une bonbonnière !
Un cadeau pour les mémés !
En plus, Claudine n’a qu’une fille et une petite-fille qu’elle ne voit presque jamais…
Qu’est-ce qu’elle va foutre avec une bonbonnière ?
Bande de rats. Tous pressés de la voir partir en retraite. Qu’elle dégage, la vieille ! Place aux jeunes…
Eh ben, non ! Claudine n’a pas du tout l’intention de la prendre sa retraite ! Elle travaillera jusqu’à ce que la police, ellemême, vienne la sortir de là ! Et quand elle ne pourra vraiment plus travailler, elle se suicidera, voilà !
Plutôt crever que d’accepter de devenir vieille et inutile !
Les jeunes ont bien vu que quelque chose n’allait pas avec la bonbonnière. Ils ont mis ça sur le compte de l’émotion. C’est pas une sentimentale, la Claudine ! Pas du genre à s’épancher quand elle est émue ! Elle a même préféré manger seule ! C’est quelqu’un !
Isolée, face à sa salade, Claudine se laisse un peu aller à l’intérieur. Elle a envie de voyager. De partir à l’aventure. À la recherche d’une vie pour après…
Qu’est-ce qu’il lui reste si elle ne travaille plus ?
Son mari ? Beurk. Un mou. Un bon à rien.
Sa fille ? Adélaïde se fiche pas mal de sa mère. Elle n’a même pas encore appelé pour son anniversaire…
Sa petite-fille ? Camille pleure dès qu’elle doit aller chez sa grand-mère…
Rien. Il ne lui restera rien. Elle sera seule. Et les gens comme Claudine vivent dans les yeux des autres.
Mireille a fini par se lever. “C’est pas trop tôt” a dit Gilbert. “Va au diable” a pensé Mireille.
Elle a déjeuné, puis a fait ce qu’elle avait à faire. Les carreaux. Les tapis. Déclarer, encore et encore, la guerre aux poussières immondes qui s’amusent à souiller les trésors de monsieur…
C’est le prix de la tranquillité.
Gilbert vit pour sa collection et la maison devrait être aseptisée.
« Un joyau dans un écrin sale, ça n’existe pas ! » aime-t-il répéter.
Il faut du vide. Du vide pour ne pas altérer la peinture, du vide pour limiter les moutons de poussière, du vide où on pourrait bouffer par terre…
Mireille, elle, aime les maisons où il y a de la vie, des jouets qui traînent un peu, des traces de petites mains sur les carreaux, des miettes cachées dans les coins…
Il aurait dû marier Claudine, c’est sûr, avec sa baraque qui ressemble à un musée…
Tiens, Claudine ! On est le 27 ! Aujourd’hui, la petite sœur a 59 ans ! Faut pas oublier de l’appeler, ç a lui fera plaisir…
Mireille prépare sa ratatouille en fredonnant “Joyeux anniversaire…”. Chanter, c’est le meilleur moyen de ne pas oublier et comme Gilbert est parti « chiner », elle se laisse aller à un peu de gaieté.
DRING DRING
– Allô ?
– Allô, maman ?
– Ah, Marion, ma chérie, comment ça va ?
– Bof, ça va. Les enfants me pourrissent la vie, comme toujours. Je me paye une honte pas possible à chaque fois que je vais les chercher à l’école, leurs maîtresses ont toujours quelque chose à me dire pour me convaincre que je suis une mauvaise mère. Là-dessus, Stéphane ne m’aide pas beaucoup, il n’est jamais là. Il y en a que pour son boulot et quand il rentre, c’est ses gosses Pfffff… Je suis un meuble, maman… Pour tout le monde… Bouhouhou…
– Ne dis pas ça, ma chérie. Tu fais toujours de ton mieux et c’est ça qui compte…
– Ouais, je sais…snif… mais c’est jamais assez. Ils en demandent toujours plus…snif. Et moi, je suis au bord du gouffre ! Même le médecin ne cesse de me répéter que je dois me reposer…snif… Mais je ne vois pas bien quand !
– Essaie de te reposer quand ils sont à l’école, chérie…
– Ah oui ??? Et qui va faire mon ménage ? Les lessives ? Préparer la bouffe ? J’en peux plus, maman, je te jure Bouhouhou…
– Allez, ça va aller, tu sais. Les garç ons vont gran…
– Dis, tu les prendrais ce week-end ? Histoire que je souffle ? Je t’en supplie, maman. On a besoin de se retrouver avec Stéphane. Il est en déplacement pour son boulot et je me suis dit que je pouvais peut-être le rejoindre… ?
– Bah… Oui, bien sûr…
– Super ! Ah, merci, maman ! C’est cool ! Bon, ce que je fais, c’est que je te rappelle pour te dire quand je te les dépose ! Ok ?
– Oui, très bien…
– Bon allez, je te laisse ! Merci !
– Oui, de rien… Grosses bises à tous.
– Ok ! Ciao !
– Au revoir.
– Ah ! Au fait, maman !?
– Oui ?
– Toi, ça va ?
– Oui, très bien…
– Bon, c’est cool ! Salut !
– Salut…
Voilà. Il y en a encore un qui va faire la gueule Gilbert en a marre d’avoir les petits à dormir tous les week-ends, ça bouge trop. Et on avait dit « pas cette semaine »…
Mais Mireille est quand même contente, au moins elle aura ses petits…
Enfin, la journée est terminée. Dans sa voiture, Claudine souffle. Demain, tout redeviendra comme avant et elle pourra oublier ses fichus cinquante-neuf ans, bon sang !
Elle ne compte pas sur une surprise malvenue de la part de René, il a toujours été nul pour tout ça. Même à l’époque où ça lui aurait encore fait plaisir.
Elle rentre, il est avachi dans son canapé, bloqué sur la chaîne “Voyages”. Le nul. Il n’a même jamais emmené Claudine au-delà des frontières françaises…
C’est simple, il ne sert à rien. Si, à salir sa maison, parce que, con comme il est, il n’a toujours pas compris à quoi sert un paillasson ! Goret.
Tiens ! Ce soir, quand elle aura fini de nettoyer, elle se fera un petit Bolino et ira se coucher. Qu’il se débrouille pour bouffer !
DRING DRING !
Merde. Claudine décide de ne pas répondre…
Et si c’était Adélaïde ? Ou Camille ?
– Allô ?
– Joyeux anniversaire, Claudine !
– Ah, Mireille… (super…)
– Comment ça va ?
– Bien, merci…
– Alors, un an de plus ?
– Oui, Mireille, pareil que l’année dernière…(pfff… ça y est ça l’énerve !)
– Mais là, plus qu’un et…
– Et c’est la retraite, oui, Mireille, merci. Mais, tu sais, moi je ne suis pas pressée de la prendre (la putain de retraite !).
– Je sais bien, tu dis toujours ça…
– (Ben arrête de m’emmerder, alors) C’est vrai !
– Les filles vont bien ?
– Oui, oui…
– Elles t’ont appelée ?
– (Qu’est– ce ça peut te foutre, Mireille ?) Oui, oui…
– Ah, c’est bien !
– Oui…
– Bon, je passerai te voir tantôt, un jour où tu ne travailles pas…
– Oui, pourquoi pas…
– Il y un bout qu’on s’est pas vues…
– (Un an et demi) Oh, tu crois ?
– Bah oui, ça doit faire un an et des brouettes…
– Noon ! Tant que ça ?
– Bah oui…
– Alors, on fait ça, on se dit à bientôt !
– Très bien ! Au revoir, Claudine.
– Au revoir, Mireille.
– Encore joyeux anniversaire !
– Merci, au revoir !
Et elle insiste en plus !
Mireille n’a pas vraiment envie d’aller chez Claudine. Mais elle sait que ça lui fera plaisir…
Claudine ne lui passe rien. Jamais. “Tu devrais faire un petit régime, Mireille !”. “Tu aurais pu te coiffer, Mireille !”. “Mireille, fais donc un effort ! Tu es habillée comme un sac !”.
Il y a de quoi avoir le moral en chute libre mais Mireille s’en fout.
Oui, elle est un peu vieille. Oui, elle est un peu trop ronde. Non, elle ne va pas souvent chez le coiffeur. Oui, elle met, d’une manière générale, un pull et un caleç on long… Mais au moins, elle est à l’aise, Mireille ! Et de toute façon, elle n’a plus à plaire à personne.
Et depuis longtemps…
Elle ira chez Claudine. Parce qu’elle l’a dit. Et qu’au fond, Claudine, c’est qu’une femme malheureuse. Mireille est même quasi-sûre qu’Adélaïde, et Camille n’ont pas appelé. La pauvre.
DRING DRING
– Allô ?
– Allô, m’an, c’est Flavien !
– Bonjour, mon grand, ça va bien ?
– Bof… Je me tue au boulot comme un con, ma femme est nulle et de fait, mes gosses sont chiants et j’en ai ras le bol ! Franchement, tu m’avais pas dit que la vie, c’était autant la merde !
– Ne parle pas comme ça…
– Ouais, pardon. C’est parce que j’en peux plus, moi, tu sais. J’ai beau faire tout ce que je peux, c’est jamais bien. Christine est crevée à rien foutre…
– Ne dis pas ça. Elle élève tes enfants et s’occupe de ta maison, ce n’est pas rien, tu sais…
– Ouais, sauf que mes gosses ressemblent à des animaux et que la baraque est dégueulasse ! Je sens que je ne vais pas tarder à péter un plomb !
– Mais non, ça sert à rien…
– Ouais… M’an ?
– Oui… ?
– Tu me les prendrais, toi, les gosses ce week-end ? S’il te plaît, faut qu’on respire, avec Christine…
– Tu sais, ça me dérange pas, moi, mais papa va râler. Déjà qu’on a ceux de ta sœur…
– Quoi ? Mais elle est chiante, celle-là ! Elle court tout le temps pour te les coller dans les pattes !
– Calme-toi, Flavien, s’il te plaît ! De toute façon, tu sais bien que je vais te les prendre, tes chéris…
– Oh, cool ! Merci, maman, tu es super !
– C’est à moi que ça fait plaisir…
– Oh, super, vraiment ! Bon, je vais te laisser, je vais annoncer la bonne nouvelle à Christine !
– Très bien, grosses bises à tous.
– Ouais, pareil ! Allez, salut !
– Au revoir…
– Ah, maman, au fait !?
– Oui… ?
– Toi, ça va ?
– Oui, oui…
– Cool, salut !
Là, c’est sûr, Gilbert va hurler. Mais Mireille va se débrouiller. Elle a l’habitude…
Claudine ne pensait pas que Mireille viendrait vraiment… Qu’est-ce qu’elle peut bien trouver à venir ici ?
Encore une fois, elle est fagotée n’importe comment…En même temps, avec son tour de taille, elle ne doit pas pouvoir porter ce qu’elle veut ! Et ses cheveux… pffffff. Que doivent penser les voisins en la voyant entrer ici…?
En plus, Claudine aurait préféré un autre jour… Ou jamais. Aujourd’hui, elle a le cafard. Comme tous les jours où elle ne travaille pas…
– Café, Mireille ?
– Oui, s’il te plaît…
Mireille semble contente d’être ici, en plus… Ça doit la changer de sa pauvre vie…
Claudine sert le café et regarde Mireille angoisser à l’idée de faire goutter sa tasse sur la belle table…
– Alors, comment ça va ?
– Bien, Mireille, merci.
– C’est long, hein, un an et demi !
– C’est vrai, mais tu sais, je bosse, je bosse…
– Je sais bien…
Un ange passe. Ce n’est pas le premier, il y en a déjà eu un beau quand Claudine a ouvert la porte. Mireille avait eu René au téléphone. Il avait pas fait la commission.
– Tu as bonne mine en tout cas !
– Merci, Mireille. Mais toi, ça va ?
– Oui, ça va, comme d’habitude…
Un nouvel ange les laisse partir chacune dans leurs pensées. Elles pensent à la vie…
– J’ai des envies de voyages, lance soudain Claudine.
– En voilà une jolie idée !
– Envie de prendre du bon temps…
– Bah ! Bientôt la retraite !
– Arrête avec ces histoires de retraite, Mireille ! Tu m’énerves ! Tu y es en retraite, toi ! Tu pars en voyage ?
– Non…
– Alors !? Pourquoi je partirais plus que toi quand je serai en retraite ?
– Je sais pas… Avec René, vous aurez le temps…
– Tu l’as le temps, bon sang ! Gilbert aussi, ça change quoi ?
– Ben rien…
– Tu vois !
Claudine bouillonne. Il n’y a pas une demi–heure que Mireille est là, et elle la gonfle déjà …
– Moi aussi, je voyagerais bien… dit doucement Mireille.
– Ben, fais le, tiens ! T’as l’temps !
– Faudrait que j’en parle à Gilbert…
– Ben voilà !
Claudine est excédée. Elle confie ses envies de voyages et c’est l’autre pauvre pomme qui va monter dans l’avion ! Elle se sent seule au monde…
Elle n’envisagerait pas de partir avec René, même pour vingt millions d’euros !
Alors, elle décide de faire ce qu’elle fait de mieux et parle de son boulot le reste de l’après-midi…
– Je suis allée chez Claudine… dit Mireille.
Habituellement, quand elle parle à table, Gilbert ne daigne pas lever les yeux de son écran de télévision. Il s’en fout des histoires de Mireille. Mais là, il lui accorde son attention, il a toujours eu un profond respect pour Claudine. Et une grande admiration pour l’entretien de sa maison. Oui, c’est bien elle qu’il aurait dû épouser.
– Ah ouais, elle va bien ?
– Oui, je crois… Elle aime toujours autant son travail.
– Et sa maison ?
– Superbe, toujours aussi chic…
– Et propre !
– Oui…
Mireille se demande si ça vaut vraiment le coup de lui parler de voyage. Que fera-t-elle en vacances avec lui ? Trimballer les mêmes pénitences en changeant juste le décor ? Et abandonnerait-il sa collection l’espace de quelques jours ?
À quoi ça sert ?
D’un autre côté, elle ne pourrait jamais partir seule ! Que ferait-elle ? Ses petits lui manqueraient trop ! C’est sûr, elle s’ennuierait…
Alors, elle tente, sans trop savoir pourquoi…
– On a discuté de sa retraite…
– Ah ouais ?
– Elle a des envies de voyage…
– Elle peut, elle le mérite quand même !
– Je me disais que nous pourrions peut-être partir, nous aussi… On est en retraite tous les deux et…
– Pour quoi faire ? Atterrir dans un hôtel dégueulasse où on sera même pas sûr qu’ils ont changé les draps ?
– …
– Et puis, toi, je voyagerai avec toi quand tu sauras tenir ta maison ! Regarde cette merde dans laquelle vivent mes bébés, j’ai des pièces rarissimes ! Je t’ai déjà expliqué combien la poussière est néfaste pour la peinture ?
– …
Mireille laisse tomber. De toute façon, elle n’a plus envie de partir avec lui. Que lui a-t-il apporté de positif ? Ses enfants. C’est tout. Quatre minutes en tout. Le reste du temps, il lui a pourri la vie.
Elle envie un peu Claudine. Avec son René, elle est bien, elle. C’est un gentil, René. Un homme en or. Elle peut avoir des envies de voyages, la Claudine.
Pas Mireille.
Pourtant, elle aimerait tant partir un peu. Voir du monde, dorer sa vieille pilule au soleil. Elle n’a jamais fait que rêver de tout ça. Et même aujourd’hui, ça n’ira pas plus loin.
Ce n’est pas juste. Bien sûr, qu’elle mériterait ! Elle a passé sa vie à s’occuper de ses gosses, de son mari et de ses petits maintenant. Elle a travaillé aussi. Femme de ménage durant quarante– trois ans. Chez elle et chez les autres. Elle a nettoyé, Mireille. Et elle mériterait bien une petite place au soleil…
Mireille n’a plus faim.
Claudine pensait respirer à nouveau. Mais elle a le sentiment que plus rien n’est comme avant. Depuis ce foutu anniversaire, elle se sent en sursis. Elle n’a plus confiance. Au boulot, elle a l’impression qu’on prépare son pot de départ en retraite dans son dos. Claudine n’a pas digéré le coup de la bonbonnière.
Elle se sent vieille. Même sur ses machines, à l’aube, le cœur n’est plus. Elle n’a plus d’entrain.
Et René…? Rien que de le voir, elle a le vomi qui lui remonte. Il est là, comme un paquet à charge, un boulet. Un vieux chien à moitié aveugle dont on ne veut plus mais qui continue d’attendre sa gamelle les yeux larmoyants. Si elle l’abandonnait sur l’autoroute, il serait capable de rester assis sur son cul de singe, persuadé qu’elle reviendrait le chercher. Mais elle ne reviendrait pas. Non.
Elle ne le supporte plus. Rien que de l’entendre manger un bout de pain, elle a des envies de meurtre. Quelle vie…
Claudine est solide. Claudine est dure. Claudine gère.
Ouais, mais Claudine en a marre. Claudine voudrait qu’on s’occupe d’elle. Que quelqu’un d’autre qu’elle-même s’occupe d’elle.
Mais elle a séché le cœur des gens qui auraient pu l’aimer. Claudine n’est pas assez souple. Pas trop de temps pour s’occuper d’Adélaïde. Encore moins pour Camille. René, on en parle même pas…
Plus personne ne pense à elle. Si, Mireille. Toujours. Mais elle doit bien se foutre de sa gueule avec sa petite famille parfaite ! Ses enfants, ses cinq petits-enfants.
Elle n’en manque pas d’amour, la Mireille. Mais elle est toujours passée après tout le monde. Une icône.
Bon, Gilbert ne doit pas toujours être très facile mais même ça, elle s’en accommode. La personnification de la générosité et de l’abnégation. Insupportable.
Claudine, y’a plus que ses petites jeunes qu’ont besoin d’elle. Ce n’est pas de l’amour. C’est son travail. Et elles ne lui rendent pas grand chose… Elle voudrait partir. Aller voir ailleurs. Apprendre à voir la vie autrement…
Mireille est dépassée. C’est nouveau. Les cinq petits sont là, elle a le cœur qui déborde d’amour, mais elle rêve de s’allonger un peu. Mireille est fatiguée.
Et Gilbert qui fait la gueule. Cinq heures qu’il est enfermé dans sa chambre. Qu’est-ce qu’il peut bien foutre ? Caresser ses boîtes aux lettres ? Dormir ? Elle aussi, elle aimerait bien…
Et Flavien qui n’arrête pas d’appeler pour la prendre à partie et se plaindre. Il s’engueule encore et toujours avec Christine.
Mireille en a ras le bol…
– Mamie ? Tu viens nous aider à construire une tente ?
– Et comment mon petit cœur ?
– Avec des draps et des pinces à linge !
Dehors, les autres tentent déjà d’accrocher les grands carrés blancs immaculés aux branches d’un vieil arbre vermoulu. Son linge propre… Elle peut tout recommencer…
Alors ça fait comme la petite goutte d’eau qui fait déborder le gros vase. Celui de Mireille déborde comme un tsunami. Elle a envie de pleurer.
– Qu’est que y’a, Mamie ?
– Rien, mon bichon. Mamie est un peu fatiguée. Faites la tente, moi, je vais m’asseoir un peu et je viendrai voir quand ce sera fini…
Les jambes flageolantes, elle retourne vers son canapé. Elle tremble comme une vieille feuille morte. C’est rien, c’est les nerfs.
Mireille n’en peut plus.
DRING DRING
– Allô ?
– Ouais m’an ! C’est encore Flavien, tu peux dire à Christine, pour qu’elle l’entende que…
– Flavien ?
– Ouais ?
– Débrouille-toi…
Elle entend au loin l’amorce d’un « ça va pas, m’an ? » mais elle raccroche. Elle veut juste fermer les yeux. Un tout petit peu.
Pas longtemps.
Claudine rentre chez elle. Elle n’a pas fanfaronné au boulot, aujourd’hui. Elle a réfléchi. À sa vie. À l’avenir, surtout. Faut qu’elle essaie de voir les choses autrement, sinon, elle va imploser. Mais c’est dur. Y’a pas grand-chose qui la motive
Alors, ce soir, elle a décidé d’appeler Adélaïde. Comme ça. Juste pour prendre des nouvelles. Pour s’intéresser, « gentiment ».
René est encore dans son fauteuil… Comme d’habitude.
Un homme plein de surprise… Allez, Claudine, ne soyons pas mesquine…
