Fantasy Art and Studies 9 -  - E-Book

Fantasy Art and Studies 9 E-Book

0,0

Beschreibung

Compagnons des hommes, alliés, proies ou bêtes féroces, les animaux habitent la Fantasy, tantôt miroirs de ce que nous sommes, tantôt incarnations d'une altérité radicale. Le 9e numéro de Fantasy Art and Studies s'attache à explorer les multiples déclinaisons du bestiaire des animaux fabuleux, à travers les actes du colloque "Représentations animales dans les mondes imaginaires" et des nouvelles qui donnent la part belle aux créatures animales. En bonus : une nouvelle signée de Charlotte Bousquet, figure incontournable de la Fantasy française, et un nouveau chapitre de la BD de Guillaume Labrude. Et les illustrations de Véronique Thill, Antoine Pelloux, Océane Azeau, GaëlleC., Guillaume Sallah Thomas, Princesse Mandragore Art et Guillaume Labrude. Mankind's companions, allies, prey or savage beasts, animals inhabit Fantasy, sometimes mirroring us, sometimes embodying absolute otherness. Fantasy Art and Studies issue 9 explores the multiple variations of the representation of amazing beasts in Fantasy through the proceedings of the symposium "Représentations animales dans les mondes imaginaires" and short stories which prominently feature animals. Bonus: a short story by Charlotte Bousquet, a major figure of the French Fantasy scene, and a new chapter of Guillaume Labrude's comics. And illustrations by Véronique Thill, Antoine Pelloux, Océane Azeau, GaëlleC., Guillaume Sallah Thomas, Princesse Mandragore Art and Guillaume Labrude.

Sie lesen das E-Book in den Legimi-Apps auf:

Android
iOS
von Legimi
zertifizierten E-Readern
Kindle™-E-Readern
(für ausgewählte Pakete)

Seitenzahl: 627

Veröffentlichungsjahr: 2021

Das E-Book (TTS) können Sie hören im Abo „Legimi Premium” in Legimi-Apps auf:

Android
iOS
Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



EDITO

CE 9ENUMÉRO consacré aux animaux fabuleux n’est pas un numéro comme les autres. Pour la première fois depuis sa création, Fantasy Art and Studies accueille les actes d’un colloque. Il s’agit pour notre revue et pour notre association, les Têtes Imaginaires, d’une reconnaissance dans le monde universitaire et d’une marque de confiance rares pour une publication associative. Nous tenons tout particulièrement à remercier Anne Besson et les organisatrices du colloque « Représentations animales dans les mondes imaginaires », Marie-Lucie Bougon, Charlotte Duranton et Laura Muller-Thoma, pour nous avoir choisis pour ce projet.

Nous nous sommes mis en quatre pour nous montrer à la hauteur de leur confiance en réunissant en sus des articles des chercheurs ayant participé au colloque – articles qui ont été doublement relus par les organisatrices du colloque et par notre comité de lecture –, des nouvelles de qualité en adéquation avec la ligne éditoriale exigeante qui est la nôtre depuis les débuts de la revue, ainsi que des illustrations par des artistes talentueux : Véronique Thill, qui signe pour la troisième fois l’illustration de couverture d’un de nos numéros, Océane Azeau, Gaëlle C., Guillaume Sallah Thomas, Princesse Mandragore Art.

Ce numéro est aussi le quatrième mis en page par notre collaborateur Antoine Pelloux, graphiste et illustrateur, qui agrémente les pages de ses créations graphiques.

Comme toujours, depuis notre n°3, ce 9e numéro accueille également un chapitre inédit de la BD de Guillaume Labrude, collaborateur de la revue, membre du comité de lecture, chercheur et illustrateur.

Bonus supplémentaire : nous avons l’honneur de publier une nouvelle inédite de Charlotte Bousquet, figure bien connue du paysage de la Fantasy française.

Nous espérons que vous prendrez plaisir à la lecture de ce numéro spécial, comme nous avons pris plaisir à l’éditer et laissons à présent la parole aux organisatrices du colloque pour vous présenter les articles et les nouvelles rassemblés.

THIS 9TH ISSUE dealing with amazing beasts is a special issue. For the first time since its creation, Fantasy Art and Studies welcomes the proceedings of a symposium. For our journal and for our association, Les Têtes Imaginaires, it is a recognition of our editorial work in the academic world and a rare mark of trust for an associative publication. We would particularly like to thank Anne Besson and the organizers of the symposium “Représentations animales dans les mondes imaginaires” (“Animal Representations in Imaginary Worlds”), Marie-Lucie Bougon, Charlotte Duranton and Laura Muller-Thoma, for choosing us for this project.

In addition to articles by the researchers who took part in the symposium – articles that were double-read by the organizers of the symposium and by our reading board – we have gone to great lengths to live up to their confidence by bringing together quality short stories in tune with the ambitious editorial line that has been ours since the journal’s beginnings, as well as illustrations by talented artists: Véronique Thill, who signs for the third time the cover illustration of one of our issues, Océane Azeau, Gaëlle C., Guillaume Sallah Thomas, Princesse Mandragore Art.

This issue is also the fourth to be designed by our collaborator Antoine Pelloux, graphic designer and illustrator, who embellishes the pages with his graphic creations.

As always, since our issue 3, this 9th issue also welcomes an all-new chapter of the comics by Guillaume Labrude, a collaborator of the journal, member of the reading board, researcher and illustrator.

As an additional bonus, we have the privilege to publish a new short story by Charlotte Bousquet, a well-known figure of the French Fantasy scene.

We hope that you will enjoy reading this special issue, as we enjoyed editing it, and we now leave it up to the symposium organizers to present the selected articles and short stories.

Viviane Bergue

Sommaire / Contents

Edito

Introduction,

de/by Marie-Lucie Bougon, Charlotte Duranton et Laura Muller-Thoma

Article.

Prise en compte du bien-être des animaux dans les mondes imaginaires

, de/by Mathilde Lalot

Article.

Dragon de glace et femme de feu : Œdipe argenté chez les Targaryen ?

, de/ by Isabelle-Rachel Casta

Article.

« You Are the Queen. You Decide. » Métamorphose, alliances et confrontations : les enjeux éthiques du pouvoir dans la relation entre femme et dragon chez Robin Hobb,

de/by Pascale Laplante-Dubé

Fiction.

La Guerrière et l’Ours

, de/by Mina Jacobson

Article. Perspective SF.

L’Invisible Phénix dans

The Hunger Games

de Suzanne Collins : animal

, personnage et symbole, de/by Françoise Lecocq

Article.

« Noires ailes, noires nouvelles » : représentation plurielle des corbeaux en

Fantasy

,

de/by Agatha Liévin-Bazin

Fiction.

La Terrible Malédiction du Croconard

, de/by Jonathan Jubin

Article.

Domesticated Wisdom: Learning from the Badger in Children’s Fantasy Literature

, de/by Justine Breton

Article.

Souls and Serpents: Re-reading Dæmons in Philip Pullman’s

His Dark Materials, de/by Caroline Duvezin-Caubet

Article.

Les Légendes au service de l’environnement : le rôle des animaux et des créatures folkloriques dans la littérature brésilienne

, de/by Bruno Anselmi-Matangrano

Fiction.

Le Ricanement des veilleuses

, de/by Julien Brethiot

Fiction.

Le Secret de la louve à corne

, de/by Ange Beuque

Article.

Les Orques ou les porcs de la

Fantasy

. Le sens de l’animalisation de l’autre dans les œuvres de l’imaginaire

, de/by William Blanc

Fiction.

The Guardian of the Wood

, de/by Michael Noonan

Fiction.

L’Or des Arimaspes

, de/by Olivier Boile

Article.

Du vivet doré au Vif d’or dans le jeu de Quidditch de la saga

Harry Potter

 : regards croisés entre praxéologie et symbolique

, de/by Thierry Lesage

Article.

Le(s) Bestiaires de J. K. Rowling : par-delà nature et culture ?

, de/by Isabelle Olivier

Article.

La Place du chien psychopompe dans les littératures de l’imaginaire. L’exemple de

Harry Potter, de/by Charlotte Duranton & Laura Muller-Thoma

Fiction.

The Surety of Rain

, de/by Catherine Bloom

Fiction.

Au-delà des frontières

, de/by Charlotte Bousquet

BD/Comics.

La Bête au Bois dormant

, de/by Guillaume Labrude

INTRODUCTION

EN MAI 2019, le terme d’ « anthropocène », discuté par la communauté scientifi que depuis près d’une décennie, est validé par l’AWG (Anthropocene Working Group) pour désigner une nouvelle subdivision de l’ère quaternaire, liée aux bouleversements opérés par l’humanité sur la planète. Pour Jean-Renaud Boisserie, « [i]l s’agit en eff et de marquer un changement fondamental des rapports entre notre planète et nous, les humains étant devenus une force géologique qui dénature la biosphère de manière irréversible. »1 Si le terme même d’ « anthropocène » suggère une place centrale de l’être humain, c’est en vérité ici son déplacement du sujet vers la cause – il n’est plus la mesure de toute chose comme dans la pensée humaniste, mais la source d’une destruction qui menace toute vie terrestre. En eff et, alors que la biodiversité est en péril et que la sixième extinction de masse a commencé, le dernier rapport de l’IPBES2 (le plus long jamais écrit sur le sujet) indique que l’activité humaine est la principale responsable de ce déclin.

Si les sciences du vivant cherchent activement à freiner cette catastrophe, les sciences humaines contribuent elles aussi à une réfl exion collective. Au cœur de l’actualité de la recherche nationale et internationale, les relations que nous entretenons avec les autres espèces ont été particulièrement étudiées, comme le montre l’avènement de l’éthologie, science du comportement des animaux, et sont aussi à l’interface de la psychologie et de l’anthropologie. Le développement de la pensée antispéciste, qui interroge la place de l’être humain au sein des espèces, et se traduit concrètement par la pratique du végétarisme et du véganisme, témoigne également de la portée sociale de ces questionnements scientifi ques. Devant l’imminence d’un désastre écologique, il semble naturel que ces interrogations se déploient de manière interdisciplinaire et touchent tous les domaines de la recherche et des arts. Alors, que peut la fi ction face à cette urgence ?

En eff et, la thématique rayonne aussi en littérature et sur les écrans : la science-fi ction a, de son côté, grâce à la climate fi ction (ou cli-fi ), héritière de la nature writing, intégré les préoccupations écologiques à ses explorations des futurs possibles. Mais qu’en est-il de la fantasy, souvent assimilée à l’escapisme, au voyage dans des mondes merveilleux éloignés de nos inquiétudes contemporaines ? Souvent tournée vers un passé fantasmé, peut-elle se saisir à son tour des questionnements liés de l’angoisse climatique et à la place de l’être humain au sein de son environnement ? Loin de se limiter à l’évocation nostalgique d’un âge d’or plus harmonieux, la fantasy constitue bien, elle aussi, un laboratoire propice au déploiement spéculatif. Son recours au merveilleux lui permet notamment de donner une voix à ceux qui n’en ont pas, les animaux ; soit de façon littérale, soit en remettant en question la hiérarchie des espèces qui pose l’humain à son sommet. On voit eff ectivement s’exercer en fantasy une tension particulièrement fructueuse entre la mise en scène d’invariants mythiques ou anthropologiques (de l’animal psychopompe à l’animal-totem en passant par le monstre hybride) et une grande sensibilité aux préoccupations sociétales, caractéristique du pôle commercial de la production culturelle.

Le colloque « Représentations animales dans les mondes imaginaires : vers un effacement des frontières spécistes ? », qui a eu lieu les 14 et 15 novembre 2019 à Arras, a proposé une réflexion pluridisciplinaire sur ce que les fictions de l’imaginaire peuvent apporter au questionnement des rapports entre animal et être humain. Fruit de notre collaboration, deux littéraires (Laura Muller-Thoma et Marie-Lucie Bougon) ainsi qu’une éthologue (Charlotte Duranton) et supervisé par Anne Besson, il a été accueilli par le laboratoire « Textes et Cultures » de l’Université d’Artois, pionnier dans l’étude des littératures de l’imaginaire et des fictions de jeunesse. Il a également bénéficié de l’aide de l’AFRELOCE, association française de recherches sur les livres et objets culturels de l'enfance. Réunissant littérature, éthologie, sociologie et histoire, son objectif était de rassembler la communauté scientifique pour réfléchir ensemble aux pouvoirs du merveilleux pour accompagner la redéfinition contemporaine des rapports à l’animal. Un entretien final avec Charlotte Bousquet, autrice de La Peau des rêves3, des Masques d’Azr’Khila4 ou de Veggie tendance vegan5, nous avait permis de conclure des ceux journées par une discussion fertile autour des possibles de la fiction dans l’engagement en faveur de la cause animale.

Le présent numéro de Fantasy Art and Studies rassemble les articles issus des communications proposées lors de ce colloque. Mathilde Lalot commence, en alliant éthologie et littérature, par dessiner les contours de l’empathie entre espèces via les fictions de l’imaginaire. Isabelle Rachel-Casta et Pascale Laplante-Dubé nous confrontent ensuite à l’une des altérités les plus essentielles en fantasy, le dragon, et analysent ses affinités particulières avec des héroïnes telles que Daenerys Targaryen et Thymara, elles-mêmes incarnant l’Autre6, au sens beauvoirien du terme, dans les sociétés patriarcales dépeintes par George R. R. Martin et Robin Hobb. C’est ensuite à tire d’ailes que Françoise Lecocq et Agatha Liévin-Bazin nous invitent à réfléchir à la présence des oiseaux en fantasy, qu’il s’agisse du phénix toujours renaissant de Hunger Games, qui ouvre sur l’univers de la science-fiction, ou des corbeaux messagers de Game of Thrones, la force symbolique de ces représentations continuant d’innerver les fictions contemporaines. Justine Breton explore à son tour les attributs du blaireau, qui, loin d’être seulement l’emblème de la maison Poufsouffle, est l’un des animaux récurrents de la littérature de jeunesse, enraciné dans une symbolique terrienne et nourricière. Caroline Duvezin-Caubet se penche ensuite sur l’une des représentations animales les plus fortes en fantasy, celle des daemons de l’œuvre de Philip Pullman, manifestations animales de l’âme humaine, qui mettent en chair le partage d’une animalité originelle et immémoriale. William Blanc et Bruno Anselmi-Matangrano proposent quant à eux des lectures politiques des représentations animales en fantasy : de la bestialité dépréciative des orques, reflet d’une structure sociale spéciste, à la valorisation du bestiaire merveilleux dans la fantasy brésilienne, qui se saisit de son patrimoine légendaire pour affirmer son engagement écologique. Enfin, Thierry Lesage, Isabelle Olivier et le duo formé par Charlotte Duranton et Laura Muller-Thoma nous permettent de revisiter le phénomène Harry Potter à la lumière de ces questionnements : une incursion dans la praxéologie pour mieux comprendre les enjeux éthiques du vif d’or, une visite au pays des Animaux fantastiques de Norbert Dragonneau, sorcier antispéciste avant l’heure qui défend les droits des créatures fabuleuses, et un dernier voyage pour développer les fonctions psychopompes des chiens du Wizarding World, compagnons de l’être humain jusqu’à sa toute dernière destination.

Dans ces pages vous pourrez également découvrir les nouvelles que nous avons choisies avec l’équipe de la revue Fantasy Art and Studies. La première, de Mina Jacobson, est intitulée La Guerrière et l’Ours. On y suit la combattante Eryn et le terrible dilemme qui repose sur ses épaules : jusqu’à quel point ira-t-elle pour protéger les siens ? Puis, Jonathan Jubin nous propose une histoire comique avec La Terrible Malédiction du Croconard, mi-crocodile, mi-canard, dont les préoccupations existentielles font sourire. Ensuite, Le Ricanement des Veilleuses de Julien Brethiot fait le récit des aventures du jeune Akit, qui ira d’infortune en infortune en se voyant confronté à un terrible mage noir. Ange Beuque nous conte les filoutages d’un marchand d’animaux rares, pris à son propre piège dans Le Secret de la Louve à Corne. Michael Noonan, pour la première nouvelle en anglais, nous fait voyager dans un monde de contes de fées, dans lequel la forêt enchanteresse sait se protéger des intrusions extérieures. Olivier Boile nous emmène, quant à lui, sur le chemin difficile de la coexistence entre sociétés humaines et animales dans L’Or des Arimaspes. La seconde nouvelle en anglais, The Surety of Rain de Catherine Bloom, vous émouvra sans doute autant que nous. Elle y parle avec justesse et féérie du déchirement que représente la séparation d’avec un animal qui nous est cher. Enfin, Charlotte Bousquet nous fait l’honneur d’une nouvelle inédite, Au-delà des frontières, qui raconte elle aussi cette expérience de rupture traumatisante, avec beaucoup de douceur et de poésie.

La revue Fantasy Art and Studies nous permet de donner corps à ces explorations grâce à la collaboration précieuse d’auteurs et d’autrices, d’illustrateurs et d’illustratrices qui démontrent que le questionnement des frontières entre les espèces est une source toujours renouvelée d’inspiration. Nous les remercions chaleureusement pour avoir fait des actes de ce colloque une aussi belle publication – qui, nous l’espérons, continuera de faire avancer la réflexion autour de l’antispécisme, et du grand pouvoir de la fiction et des mondes possibles pour repenser la place de l’être humain dans son environnement.

Marie-Lucie Bougon, Charlotte Duranton et Laura Muller-Thoma

1 Jean-Renaud Boisserie, « Anthropocène : l’humanité mérite-t-elle une époque à son nom ? », The Conversation, 23 septembre 2019. [En ligne : https:// theconversation.com/anthropocene-lhumanite-merite-t-elle-une-epoque-a-son-nom-123030]. Consulté le 25 juillet 2020.

2 Plateforme intergouvernementale scientifi que et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.

3 Charlotte Bousquet, La Peau des rêves, 4 tomes, Paris, L’Archipel, coll. « Galapagos », 2011-2013.

4 Charlotte Bousquet, Les Masques d’Azr’Khila, Saint Laurent d’Oingt, Mnémos, 2018.

5 Charlotte Bousquet, Veggie tendance vegan, Paris, Rageot, 2019.

6 Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe, I. Les Faits et les mythes, Paris, Gallimard, 2014.

ARTICLE

PRISE EN COMPTE DU BIEN-ÊTRE DES ANIMAUX7 DANS LES ŒUVRES DES MONDES DE L’IMAGINAIRE

Mathilde LALOT

Mathilde Lalot est docteur en éthologie, spécialisée dans l’étude du bien-être animal (et l’utilisation du biais cognitif comme indicateur de bien-être chez des animaux captifs) et des origines animales de la morale (sa thèse de Doctorat portait notamment sur l’étude de comportements prosociaux selon la réciprocité et les capacités de coopération des sujets chez des dauphins, des rongeurs et des oiseaux).

Mathilde Lalot is a Doctor in Ethology. She specialises in the study of animal well-being (and the use of cognitive bias as an indicator of well-being in captive animals) and the animal origins of morality (her PhD thesis focused on the study of prosocial behaviour according to the reciprocity and cooperative capacities of subjects in dolphins, rodents and birds).

LE BIEN-ÊTRE animal est devenu un enjeu de plus en plus important aux yeux du grand public ; tant et si bien que les lois de protection animale ont évolué et que cet enjeu apparaît abondamment dans les œuvres des mondes de l’imaginaire (parfois appelées œuvres de SFFF, pour Science-Fiction, Fantasy, Fantastique), qu’il en soit un arc narratif central ou non.

Trois axes de réfl exions peuvent alors être étudiés : engouement de l’opinion publique pour la cause animale, mention de cette cause dans les œuvres de SFFF, évolution des lois de protection animale. Si ces axes ont progressé dans le même sens, il reste diffi cile de déterminer avec certitude si l’un pourrait être la cause des autres. Certaines études suggèrent bien évidemment que l’opinion publique pourrait infl uencer le domaine législatif8. Toutefois, d’autres recherches montrent que l’évolution même des lois pourrait moduler la perception du grand public sur des phénomènes de société9. Ces axes s’infl uencent donc l’un l’autre et évoluent de concert.

La portée des œuvres de fi ction sur l’opinion publique, et notamment celles de SFFF (bien que moins documentée), a également été étudiée, révélant que la lecture de textes de fi ction augmentait l’empathie et la compréhension de certaines minorités (homosexuels, migrants…) chez les sujets testés10, augmentant même leur niveau de Théorie de l’Esprit (c’est-à-dire, leur capacité à prendre en compte les états mentaux d’autrui et à les considérer comme potentiellement différents des siens) des sujets11. La prise en compte du bien-être des animaux pourrait donc, comme les autres enjeux de société, recevoir l’influence des œuvres de SFFF et l’évolution de la représentation de l’animal pourrait avoir déteint sur l’évolution de ses droits.

Une récente étude12 a mis en évidence que l’empathie envers les animaux augmentait suite à la lecture d’un texte de fiction mettant en scène le point de vue d’un animal. Or, cette même équipe de chercheurs a suggéré que la nature fictive des histoires et l’imagination qu’elles susciteraient pourraient impliquer davantage les émotions des lecteurs. Nous pourrions donc émettre l’hypothèse que les œuvres de SFFF (entre autres du fait qu’elles induisent souvent une grande part d’imagination) impliquant des animaux comme personnages ou s’engageant pour la cause animale pourraient également accroitre le niveau d’empathie ressentie envers les animaux chez leurs lecteurs et lectrices.

Aujourd’hui considéré comme un enjeu important, le bien-être animal est pris en compte de manière plus systématique dans le domaine judiciaire qu’il y a quelques décennies. Cependant, les droits des animaux ont été durement acquis et la mise en place effective de la réglementation (avec réelle application des peines citées dans les lois) reste relativement lente (voir « La multiplicité du statut de l’animal », plus loin dans cet article). L’enjeu du droit animal est particulièrement important pour les animaux vivant en captivité (envers lesquels l’être humain a une responsabilité morale accrue).

Comme pour beaucoup d’autres luttes (anti-racisme, anti-sexisme…), les œuvres de SFFF reflètent les évolutions des mœurs sur la question13. L’étude de la prise en compte du bien-être animal dans ces œuvres pourrait donc permettre de s’enquérir des avancées de la réflexion et de l’opinion du grand public sur ce sujet. Cependant, des difficultés inhérentes au concept même de condition animale pourraient apparaître dans cette évolution des mœurs. Pour étudier les co-évolutions de l’opinion publique, de la législation et des œuvres de fiction sur la question du bien-être animal, il faut d’abord s’intéresser au statut même d’animal dans ces domaines.

Dans ce présent article, je me suis tout d’abord intéressée à la représentation de l’animal en questionnant la délimitation de la notion même d’animal et en étudiant la multiplicité de ses statuts, que ce soit dans la réalité ou dans la SFFF. Puis, j’ai axé mes recherches sur la prise en compte du bienêtre des animaux en évoquant l’évolution des moyens utilisés pour le mesurer, en décrivant les études qui établissent un lien entre lecture d’une œuvre et prise en compte du bien-être animal, puis en présentant la façon dont certaines œuvres de SFFF tiennent compte ou non des besoins naturels des animaux.

Évolution de la représentation de l’animal

Prérequis n°1 : Que va-t-on considérer comme « animal » ?

Il est tout d’abord important de s’interroger sur ce qui va être considéré comme animal. Depuis ces 28 000 dernières années, Homo sapiens sapiens étant le seul représentant de la lignée humaine, il pourrait être raisonnable de penser que la limite entre animal humain et animal non-humain aurait été simple à appréhender. Néanmoins, l’Histoire nous a montré qu’il y a eu des difficultés à fixer une limite, notamment considérant le fait que ce que l’on appelle des « zoos humains » (parcs zoologiques dans lesquels étaient exposés des humains de cultures considérées comme exotiques pour les visiteurs) aient existé. Ces « zoos » ont été rendus accessibles au grand public à partir du XIXe siècle, notamment dans le cadre des expositions coloniales et des expositions universelles (il y avait par exemple un « village nègre » à Paris en 1889), et ont perduré jusqu’en 1940. Les individus exposés n’étaient pas vraiment considérés comme des humains au même titre que l’homme blanc colonisateur.14

Cette difficulté à fixer une limite s’observe également dans la SFFF. Dans La Planète des singes15, de Pierre Boulle, ce sont les humains qui sont parqués dans des zoos (tenus par des grands singes). En outre, dans Harry Potter et la Coupe de feu16, de J. K. Rowling, le personnage d’Hermione crée le Front de Libération des Elfes de Maison pour défendre les droits des elfes (association qui est d’ailleurs moquée par les autres personnages du roman). Dans la saga Harry Potter en général et dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix17 en particulier, il est régulièrement mentionné que la plupart des créatures magiques (elfes, centaures, géants…) ne disposent pas des mêmes droits que les sorciers humains. Certaines œuvres ont même utilisé l’anthropomorphisme à outrance pour parfois palier des problèmes de communication ou de statut.

Que ce soit dans de nombreuses mythologies ou dans des œuvres de fictions, l’anthropomorphisme a souvent été utilisé pour attirer l’attention ou pour faire passer un message plus ou moins implicite. Par exemple, dans La Ferme des animaux18, de George Orwell, où la plupart des personnages sont des animaux de ferme, il y a une mise en parallèle d’un nouveau système philosophique, l’Animalisme, avec la société communiste de l’époque (l’auteur étant anticommuniste) où « Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres.19 » Il y a un semblant d’égalité et tous les animaux présentent une personnalité et des sentiments mais certains (les cochons notamment) se jugent supérieurs aux autres personnages et se jouent de leur confiance.

L’anthropomorphisme a également été utilisé pour créer une intimité entre des humains et des animaux et susciter alors plus d’empathie pour ces derniers. Dans À la croisée des mondes20 de Philip Pullman, les ours, comme Iorek Byrnison, portent une armure et maîtrisent le langage humain. La Peau des rêves21 de Charlotte Bousquet met en scène des personnages hybrides humains-animaux. Par ailleurs, d’autres œuvres ont utilisé l’animalisation (de l’humain) pour augmenter le lien entre animaux et humains. Dans Le Dernier Ours22 de Charlotte Bousquet également, le personnage principal, Karen, peut communiquer avec l’ours Anuri car elle a été le fruit d’une expérience génétique qui a ajouté de l’ADN d’ours à son ADN humain. Dans La Belgariade23 de David Eddings, plusieurs mages peuvent se changer en animal. L’amoindrissement des frontières, que cela passe par anthropomorphiser l’animal ou animaliser l’humain, aboutit souvent à l’abolition de la barrière du langage, ce qui peut accroître l’empathie ressentie par le lecteur envers l’animal.

Une autre manière d’abolir les frontières du langage est d’utiliser la télépathie comme moyen de communication entre humain et animal. Par exemple, dans L’Assassin royal24 de Robin Hobb, les personnes qui possèdent le Vif (une forme de magie) considèrent l’animal comme un partenaire, avec lequel une certaine forme de télépathie est possible. Cependant, l’utilisation du Vif induit également le risque d’une dépendance ou d’une perte de contrôle (une sorte de sauvagerie), ce qui la rend mal vue par les autres personnages. Ce don s’accompagne donc d’un stigma social, les utilisateurs du Vif étant persécutés aussitôt découverts (la société décrite dans cette œuvre est manifestement spéciste). Le choix de ce lien se fait de manière réciproque. L’animal, autant que l’humain, peut donc refuser l’association. Ainsi, quand Fitz, le personnage principal, perd son loup, Œil-de-Nuit, il choisit de ne plus jamais se lier à un autre animal. Ce lien représente donc plus qu’une simple amitié, le compagnon animal de Vif pouvant même devenir un support de l’esprit de l’humain (l’esprit de Fitz se réfugie dans le corps de son loup pour échapper à la mort). Dans A la Croisée des Mondes14, les dæmons représentent là-aussi plus qu’un ami, ils sont des incarnations palpables de l’âme de leur humain, à tel point que la mort de l’un entraîne généralement la mort de l’autre. Les paroles et pensées des dæmons sont rendues accessibles au lecteur. L’utilisation de la parole ou de la télépathie dans ces livres rend l’empathie entre les personnages humains et animaux encore plus manifeste. La magie présente dans la SFFF pourrait donc permettre de rendre le lecteur encore plus empathique envers les personnages animaux, du fait d’avoir un accès explicite aux pensées de l’animal dans le texte.

Si nous souhaitons fixer une limite entre les êtres humains (ou humanoïdes, comprenant ceux ayant des droits équivalents) d’une part, et les animaux d’autre part, il faudrait trouver des critères fiables en toute circonstance et dans toute œuvre.

Le critère du langage ou de la difficulté à communiquer entre deux populations ne semble bien évidemment pas suffisant (autrement, des êtres humains ne parlant pas la même langue pourraient se considérer l’un l’autre comme des animaux) et, quand ce critère est utilisé dans la SFFF, c’est parfois pour en démontrer la faiblesse (par exemple dans Harry Potter11, les créatures magiques n’obtiennent de maigres droits que si elles militent pour cela, en parlant bien évidemment la langue des sorciers humains). Dans Pied d’argile25 de Terry Pratchett, l’existence même des Golems (créatures d’argile créées par des alchimistes) pose question aux personnages d’autres races sur leurs éventuels droits (étant alors utilisés comme main-d’œuvre gratuite et dénuée de droits) : alors que leur statut d’être vivant ou non est encore en doute, certains Golems développent une personnalité et cherchent même à acheter leur liberté.

De même, le statut légal des individus est soumis à modifications selon le régime politique, n’en faisant pas un critère robuste. Je vais donc m’appuyer ici sur un concept de biologie évolutive : la spéciation. Tout groupe d’individus A ne pouvant concevoir des hybrides fertiles (par procréation naturelle) avec les individus B pourra alors les considérer comme d’une autre espèce (et donc potentiellement comme des « animaux »).

L’avantage premier de cette classification est que les humains, elfes, nains, orcs, géants, etc. de la SFFF pourront se considérer comme des « races » dès lors qu’une descendance fertile est envisageable. Il serait alors raisonnable d’attendre des droits similaires (ou une indignation des races lésées le cas échéant). De plus, cette classification permettrait de limiter les changements de statut des personnages en cours de récit. En effet, dans Futurama26 de Matt Grœning et David X. Cohen, le personnage de Nibbler, d’abord considéré comme un animal de compagnie par les personnages principaux (humains) est en fait un extraterrestre dont la société surpasse technologiquement celle des humains. De même, dans le tome 21 de Fairy Tail27 de Hiro Mashima, il est révélé au lecteur que le personnage de Happy, alors vu comme un chat qui parle, est en réalité un Exceed, une créature d’une autre dimension que celle des personnages principaux. Les Exceed se disent eux-mêmes supérieurs aux humains et ont mis en place une politique de contrôle de ces derniers avec élimination des individus jugés inutiles.

Prérequis n°2 : La multiplicité du statut de l’animal

Dans nos sociétés, tous les animaux n’ont pas le même statut légal. Les animaux de compagnie, les animaux d’élevage, les animaux de zoo et les animaux sauvages, par exemple, ne jouissent pas des mêmes droits et du même niveau de protection face aux modifications éventuelles de ces lois.

Le statut légal de l’animal, de manière générale, a évolué plus rapidement en France depuis ces dernières décennies. En effet, en 1791, la première loi de défense de l’animal, en tant que propriété de l’Homme est votée28. En 1850, l’interdiction des mauvais traitements apparaît dans la législation29. En 1963, l’acte cruel est considéré comme un délit30. En 1976, l’animal est considéré comme un être sensible dans le Code rural et de la pêche maritime31. Enfin, il faut attendre 2015 pour que le statut de l’animal passe de « bien meuble » à « être sensible » dans le Code civil32.

L’évolution relativement plus rapide de ces dernières années a été accélérée suite au fait que certains articles scientifiques établissaient un lien solide entre maltraitance envers les animaux et probabilité de maltraiter des humains. La conséquence principale des dernières lois est que les peines encourues pour maltraitance deviennent beaucoup plus lourdes (dépassement de la simple amende, risques de prison ferme)33.

De manière anecdotique mais néanmoins de plus en plus fréquente, des animaux obtiennent un statut juridique de « personne non-humaine »34, leur conférant ainsi le droit de vivre en liberté sans être chassés ni enfermés. C’est notamment le cas d’une femelle orang-outang en Argentine35. Les arguments ayant pesé en la faveur du reclassement du statut de cet orang-outang étaient en lien avec ses capacités cognitives mais surtout émotionnelles après avoir vécu vingt ans en captivité au zoo de Buenos Aires. La population a ressenti une forte empathie envers elle36.

Pourtant, des problèmes juridiques persistent. En effet, si tous les animaux n’ont pas le même statut légal (animaux de compagnie, d’élevage, de zoo, sauvages… ont des statuts juridiques différents), il s’avère également que ce statut peut changer à la fois entre plusieurs individus d’une même espèce (par exemple, des canaris sauvages et des canaris domestiques n’ont pas les mêmes droits) et entre plusieurs périodes de vie d’un même individu (des animaux de laboratoire peuvent par exemple être réhabilités dans des parcs zoologiques, les juristes se demandent donc s’ils doivent changer de statut entre ces deux stades de vie).

Concernant la fiction, il s’avère que certains statuts de l’animal sont plus souvent utilisés que d’autres. L’animal pourra représenter un être sur lequel l’humain peut projeter un attachement profond (comme dans Boule & Bill37 de Jean Roba), un être sauvage, indomptable, symbole de liberté (comme dans Spirit: Stallion of the Cimarron38 de Kelly Asbury et Lorna Cook), voire un être ayant une composante mystique (statut notamment utilisé dans diverses mythologies et religions). Les statuts liés à la captivité (élevages, zoos…) reviennent plus rarement et, quand ils sont évoqués, les œuvres traitant de cette situation le font souvent pour la dénoncer (comme dans Okja39 de Bong Joon-Ho et dans Free Willy40 de Simon Wincer).

Des changements de statuts s’observent également dans la SFFF. De nombreuses œuvres utilisent un lien d’amitié entre un humain et un animal sauvage qui fini par être apprivoisé, domestiqué, voire dressé et qui devient alors un compagnon pour le héros. En effet, ces arcs narratifs s’observent à la fois dans des œuvres de SFFF, comme dans How to Train Your Dragon41 de Dean DeBlois et Chris Sanders, où Harold se lie au dragon Krokmou et dans Eragon42 de Christopher Paolini, où Eragon se lie à la dragonne Saphira, et dans des œuvres de fiction générale, comme Kes43 de Barry Hines, où Billy se lie au faucon Kes et Mon amie Flicka44 de Mary O’Hara, où Ken se lie à la pouliche Flicka. Dans toutes ces œuvres, le personnage est un adolescent qui finit par s’attacher davantage à l’animal qu’à sa propre famille.

Dans Les Zinzins d’Olive-Oued45 de Terry Pratchett, Gaspode, un chien intelligent doté de la faculté de parler le langage humain, préfère être considéré par ces derniers comme un chien errant ou même un animal de compagnie plutôt que de devenir un sujet de recherche.

Dans la trilogie dystopique MaddAddam46 de Margaret Atwood, les porcons (des cochons génétiquement modifiés avec ajout d’ADN humain dans le but de faire d’eux des réserves d’organes à transplanter) changent de statut après l’éradication de la plupart des humains par un virus extrêmement mortel et hautement dispersif et contagieux (qualifié aussi de Déluge, de peste). Ces animaux passent du statut d’animal de laboratoire à animal sauvage. Dans le troisième tome de la trilogie, le lecteur se rend compte que les porcons font montre d’une grande intelligence, d’une forme de culture et développent des rituels funéraires. Ils finissent même par s’allier avec le reste des humains, chacune des deux populations (humains et porcons) finissant par considérer l’autre comme une communauté égale en droits.

Les textes de lois tout comme les œuvres de SFFF mentionnent le statut de l’animal et la possibilité pour ce statut d’être modifié au cours de la vie de celui-ci. L’amoindrissement des barrières de langage (via la télépathie par exemple) sera utilisé dans la SFFF pour provoquer un plus haut niveau d’empathie inter-espèces.

Évolution de la prise en compte du bien-être animal

Évolution de l’évaluation du bien-être animal

La façon même de mesurer le bienêtre des animaux a évolué ces dernières années. L’amélioration des conditions de vie d’animaux maintenus en captivité est fortement dépendante de l’élaboration et du développement d’indicateurs de bienêtre pertinents. En l’absence de mesures directes des émotions des animaux, des mesures physiologiques invasives et des mesures comportementales indirectes ont longtemps été utilisées ; mais ces dernières présentent certaines limites car si elles constituent de bons indicateurs du niveau d’intensité émotionnelle, elles ne renseignent pas suffisamment sur la valence (positive ou négative) de ces émotions. Plusieurs recherches récentes suggèrent que l’étude des biais dans le traitement de l’information offre un nouveau moyen de comprendre les émotions des animaux47. Un biais cognitif apparaît lorsque l’état émotionnel d’un individu module sa réponse dans une situation ambiguë48.

Des corrélations avec d’autres indicateurs de bien-être (ou de mal-être) ont été montrées. En effet, des étourneaux sansonnets présentant des stéréotypies (comportements répétitifs et invariants, incluant par exemple des balancements, des mouvements de tête ou des automutilations, et considérés comme un indicateur de stress) ont traité des signaux ambigus de manière plus pessimiste que les autres49. Chez des moutons, un biais pessimiste a même pu être induit par l’injection d’un inhibiteur à la sérotonine50, suggérant l’implication de circuits sérotoninergiques. L’utilisation de biais cognitifs comme indicateurs de bien-être pourrait donc constituer une mesure non-invasive, fiable et permettant de déterminer la valence de l’état émotionnel des animaux.

Influence des œuvres de fiction sur la prise en compte du bien-être animal

Plusieurs études suggèrent que la littérature pourrait influencer la prise en compte du bien-être animal51 ou même augmenter le niveau d’empathie des lecteurs52. Après la parution de Black Beauty53 d’Anna Sewell, l’opinion publique a montré un engouement grandissant pour les mouvements anti-cruauté, à tel point que la législation a évolué, certaines pratiques envers les chevaux devenant alors illégales54.

Dans une étude récente, Małecki et ses collègues6 se sont justement intéressés à l’influence que peut avoir un texte de fiction sur la prise en compte du bien-être animal par les lecteurs. Pour ce faire, ils ont collaboré avec un romancier qui devait mettre en ligne (sur les réseaux sociaux) deux portions de texte issues de son prochain roman (non encore publié). Les sujets pouvaient lire l’un des deux textes et répondaient ensuite à un questionnaire. 921 sujets ont lu une portion de roman présentant une situation de maltraitance envers un singe (groupe traitement) et 912 sujets ont lu une autre portion de ce roman, similaire en longueur, sans référence à des animaux (groupe contrôle).

Le questionnaire comprenait, entre autres questions portant sur des traits de personnalité ou des croyances morales et politiques (par exemple, « Cultural minorities should be protected and supported »), sept propositions mesurant la prise en compte du bien-être animal en général, non spécifiquement lié aux primates :

The slaughter of whales and dolphins should be immediately stopped even if it means that some people will be put out of work.

The suffering of animals is an acceptable price for inventing drugs for humans.

Human needs should always come before the needs of animals.

I feel personally responsible for helping animals in need.

The low costs of food production do not justify maintaining animals under poor conditions.

Apes should be granted rights similar to human rights.

Basically, humans have the right to use animals as we fit.

Un score de prise en compte du bienêtre animal a été attribué à chaque sujet et les résultats ont montré un effet simple de la condition (groupe traitement ou groupe contrôle) : les individus ayant lu le texte faisant mention de la maltraitance envers le singe se sont montrés plus concernés par le bien-être animal en général que ceux ayant lu le texte n’en faisant pas mention, indépendamment de leur sexe ou du fait qu’ils possèdent ou non un animal de compagnie.

Si, comme le suggère cette étude, l’empathie envers les animaux augmente suite à la lecture d’un texte de fiction mettant en scène le point de vue d’un animal, il est tout à fait possible que la nature fictive des histoires et l’imagination qu’elles impliquent puissent davantage susciter les émotions du lecteur. Les œuvres de SFFF (induisant une grande part d’imagination) qui mettent en scène des animaux comme personnages ou qui s’engagent pour la cause animale pourraient donc accroitre d’autant plus le niveau d’empathie envers les animaux de la part des lecteurs.

Prise en compte du bien-être animal dans les œuvres de SFFF

Concernant la prise en compte du bienêtre animal dans les œuvres de SFFF, on remarque une prise de conscience, bien que certaines œuvres maintiennent encore les animaux dans un statut d’outil au service des intentions humaines. Par ailleurs, la prise en compte des besoins fondamentaux des animaux captifs (de compagnie en particulier) reste trop rare dans la SFFF : les chiens sont souvent attachés, les chevaux semblent souvent passer la journée à attendre dans une écurie en restant sellés, il est rarement fait mention de la nécessité de sortir, nourrir et nettoyer ses animaux tous les jours (d’autant plus quand l’animal en question n’est pas un personnage principal). La responsabilité de s’occuper d’un animal et les contraintes associées sont peu mises en avant. Les animaux sont encore souvent perçus comme des « outils », des « commodités », et non des sujets/personnages à part entière. Toutefois, les œuvres qui font des animaux de véritables personnages sont plus attentives à ces questions.

Dans la saga Harry Potter11, de J. K. Rowling, le personnage de Hagrid aime les « créatures » qu’il adopte et cherche à en prendre soin mais se fait souvent reprocher de ne pas les maintenir dans des conditions de vie adéquates et répondant aux besoins naturels des espèces qu’il cherche à apprivoiser. Cependant, dans Fantastic Beasts and Where to Find Them55, ces conditions sont davantage respectées par le personnage principal, Norbert Dragonneau, magizoologiste spécialiste des créatures magiques, qui tente de recréer des conditions de captivité proches des conditions du milieu naturel des espèces qu’il recueille. La thématique de cette œuvre en fait un support idéal pour les questions de respect du bien-être animal. Il est à noter que ces deux œuvres, bien qu’émanant du même univers (le Wizarding World) n’engagent pas les mêmes supports et que J. K. Rowling n’est pas l’unique auteur du scénario de la saga Fantastic Beasts.

Si certaines œuvres ont mis en avant un libre arbitre d’animaux (notamment sauvages) à accepter les requêtes ou ordres d’un humain, cette liberté de choix a aussi servi à mettre en avant les qualités de l’humain accepté ou choisi. Par exemple, dans Le Seigneur des anneaux56 de J. R. R. Tolkien, le cheval Gripoil, chef des Mearas (chevaux entre autres connus pour comprendre le langage humain), choisit de se laisser monter par Gandalf. De même, dans Les Hérauts de Valdemar57 de Mercedes Lackey, les Compagnons sont des chevaux télépathes qui élisent un humain qui leur est lié.

Néanmoins, il est à noter que dans la saga Le Trône de fer58 de G. R. R. Martin, les Loups59 recueillis par la famille Stark, même s’ils sont dressés par les enfants Stark, semblent être libres de leurs mouvements et respectés dans leurs besoins fondamentaux de chasse.

La trilogie MaddAddam de Margaret Atwood met en avant l’importance du bienêtre animal (sur une toile de fond post-apocalyptique) par petites touches subtiles mais nombreuses, que ce soit dans le comportement des Jardiniers qui refusent de tuer le moindre animal, si nuisible soit-il pour les récoltes dans Le Temps du déluge60 (deuxième tome de la trilogie), ou dans le choix des innovations proposées par les Corps, comme la pseudo-viande créée en laboratoire appelée Pas1GtteDe100VerC (lire pas une goutte de sang versé) dans MaddAddam40 (troisième tome de la trilogie) ou les cornets de SojaMiam-Miam (ersatz de crème glacée) dans Le Dernier Homme61 (premier tome de la trilogie).

Que ce soit dans les méthodologies utilisées en éthologie et en agronomie ou dans les œuvres de SFFF, il y a parfois une réelle volonté de mettre en avant la prise en compte du bien-être animal. Toutefois, ces mentions, quand elles sont faites, portent un message souvent explicite sur toute l’œuvre.

Conclusion

L’opinion publique, la législation et les œuvres de SFFF ont donc convergé vers la prise en compte du bien-être des animaux. Les œuvres mettant en scène des mondes imaginaires sont non seulement influencées par les préoccupations du grand public mais exercent elles-mêmes un impact sur ce dernier. La fiction, en induisant une charge émotionnelle dénuée de propagande trop explicite, pourrait davantage impliquer le grand public dans les questions de bien-être animal que des arguments moraux utilisés de manière explicite. Les auteurs de fiction auront donc un rôle à jouer dans l’évolution des mœurs sur ces questions éthiques.

Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement Laurent Hanotel et Marie-Lucie Bougon pour leurs précieux conseils et remercie également Charlotte Duranton, Laura Muller-Thoma et Marie-Lucie Bougon pour l’organisation du colloque « Représentations animales dans les mondes imaginaires : vers un effacement des frontières spécistes ? ».

Bibliographie

Œuvres

Anna Sewell, Black Beauty: The Autobiography of a Horse, Jarrolds & Sons, 1877.

Barry Hines, Kes, Penguin, 1982, trad. L. Tranec-Dubled, Kes, Paris, Gallimard, 1998.

Charlotte Bousquet, La Peau des rêves, Paris, L’Archipel, 2011.

—, Le Dernier Ours, Paris, Rageot, 2012.

Christopher Paolini, Eragon, États-Unis, Alfred A. Knopf, 2003, trad. B. Ferrier, Eragon, Paris, Bayard Jeunesse, 2004.

David Eddings, The Belgariad, États-Unis, Ballantine Books, 1982, trad. D. Haas, La Belgariade, Paris, Presses Pocket, 1990.

George Orwell, Animal Farm. A Fairy Story, Londres, Secker and Warburg, 1945, trad. J. Queval, La Ferme des animaux, Paris, Gallimard collection Folio, 1984

George R. R. Martin, A Song of Ice and Fire, États-Unis, Bantam Books, 1996, trad. J. Sola et P. Marcel, Le Trône de fer, Paris, Pygmalion, 1998.

Hiro Mashima, Fairy Tail, Tome 21, Pika, 2006, p. 128.

Jean Roba, Boule & Bill, Dupuis, 1959.

J. K. Rowling, Harry Potter and the Goblet of Fire, Londres, Bloomsbury, 2000, trad. J.-F. Ménard, Harry Potter et la Coupe de feu, Paris, Gallimard, 2000.

—, Harry Potter and the Order of the Phoenix, Londres, Bloomsbury, 2003, trad. J.-F. Ménard, Harry Potter et l’Ordre du Phénix, Paris, Gallimard, 2003.

J. R. R. Tolkien, The Lord of the Rings: The Two Towers, Londres, Allen & Unwin, 1954, trad. F. Ledoux, Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours, Paris, Christian Bourgois, 1972.

Margaret Atwood, MaddAddam, Toronto, McClelland & Stewart, 2013, trad. P. Dussoulier, MaddAddam, Paris, Robert Laffont, 2014.

—, Oryx and Crake, Toronto, McClelland & Stewart, 2003, trad. M. Albaret-Maatsch, Le Dernier Homme, Paris, Robert Laffont, 2005.

—, The Year of the Flood, Toronto, McClelland & Stewart, 2009, trad. J.-D. Brèque, Le Temps du deluge, Paris, Robert Laffont, 2012.

Mary O’Hara, My Friend Flicka, Philadelphie, Lippincott, 1941, trad. H. Clairau, Mon amie Flicka, Paris, Calmann-Lévy, 1947.

Mercedes Lackey, Heralds of Valdemar, New York, Daw Books, 1994, trad. A.-V. Tarall, Les Hérauts de Valdemar, Paris, Pocket, 1998.

Philip Pullman, His Dark Materials, Northern Lights, Londres, Scholastic, 1995, trad. J. Esch, À la croisée des mondes, Les Royaumes du Nord, Paris, Gallimard, 1998.

Pierre Boulle, La Planète des singes, Paris, Julliard, 1963.

Robin Hobb, The Farseer Trilogy, New York, Bantam Spectra, 1995 trad. A. Mousnier-Lompré, L’Assassin royal, 1998.

Terry Pratchett, Feet of Clay, Londres, Victor Gollancz, 1996, trad. P. Couton, Pieds d’argile, Paris, Pocket, 2006.

—, Moving Pictures, Londres, Victor Gollancz, 1990, trad. P. Couton, Les Zinzins d’Olive-Oued, Paris, Pocket, 2001.

—, The Light Fantastic, Londres, Colin Smythe, 1986, trad. P. Couton, Le Huitième Sortilège, Paris, Pocket, 1997.

Films et séries TV

Okja, Bong Joon-Ho, Lewis Pictures, 2017.

Dragons (How to Train Your Dragon), Dean DeBlois & Chris Sanders, DreamWorks Animation, 2010.

Les Animaux fantastiques (Fantastic Beasts and Where to Find Them), David Yates, Warner Bros, 2016.

Spirit, l’étalon des plaines (Spirit: Stallion of the Cimarron), Kelly Asbury & Lorna Cook, DreamWorks Animation, 2002.

Futurama, Matt Groening & David X. Cohen, 20th Century Fox Television, 1999-2003.

Sauvez Willy (Free Willy), Simon Wincer, Warner Bros, 1993.

Articles et ouvrages critiques

Arluke, Arnold, et al., “The Relationship of Animal Abuse to Violence and Other Forms of Antisocial Behavior”, Journal of Interpersonal Violence 14.9, 1999, p.963-975.

Bal, P. Matthijs, and Martijn Veltkamp, “How does Fiction Reading influence Empathy? An Experimental Investigation on the Role of Emotional Transportation”, PloS one 8.1, 2013.

Boissy, Alain, et al., “Assessment of Positive Emotions in Animals to improve their Welfare”, Physiology & Behavior 92.3, 2007, p. 375-397.

Brilot, Ben O., Lucy Asher, and Melissa Bateson, “Stereotyping Starlings are more ‘Pessimistic’ ”, Animal Cognition 13.5, 2010, p. 721-731.

Buell, Lawrence, Writing for an Endangered World: Literature, Culture, and Environment in the U, Belknap Press of Harvard University Press, 2001.

Clark, Tom S., “The Separation of Powers, Court Curbing, and Judicial Legitimacy”, American Journal of Political Science 53.4, 2009, p. 971-989.

Doyle, Rebecca E., et al., “Administration of Serotonin Inhibitor p-Chlorophenylalanine induces Pessimistic-like Judgement Bias in Sheep”, Psychoneuroendocrinology 36.2, 2011, p. 279-288.

Epstein, Lee, and Andrew D. Martin, “Does Public Opinion Influence the Supreme Court-Possibly Yes (But We’re Not Sure Why)”, U. Pa. J. Const. L. 13, 2010, p. 263.

Flynn, Clifton P., “Examining the Links between Animal Abuse and Human Violence”, Crime, Law and Social Change 55.5, 2011, p. 453-468.

Giles, Micheal W., Bethany Blackstone, and Richard L. Vining Jr., “The Supreme Court in American Democracy: Unraveling the Linkages between Public Opinion and Judicial Decision Making”, The Journal of Politics 70.2, 2008, p. 293-306.

Johnson, Claudia Durst, and Vernon Elso Johnson, The Social Impact of the Novel: a Reference Guide, Greenwood Publishing Group, 2002.

Johnson, Dan R., Brandie L. Huffman, and Danny M. Jasper, “Changing Race Boundary Perception by Reading Narrative Fiction”, Basic and Applied Social Psychology 36.1, 2014, p. 83-90.

Johnson, Dan R., et al., “Reading Narrative Fiction reduces Arab-Muslim Prejudice and offers a Safe Haven from Intergroup Anxiety”, Social Cognition 31.5, 2013, p. 578-598.

Kaufman, Geoff F., and Lisa K. Libby, “Changing Beliefs and Behavior through Experience-Taking”, Journal of Personality and Social Psychology 103.1, 2012, p. 1.

Keen, Suzanne, Empathy and the Novel, Oxford University Press on Demand, 2007.

Kidd, David Comer, and Emanuele Castano, “Reading Literary Fiction improves Theory of Mind,”, Science, 2013, 1239918.

Lalot, Mathilde, et al., “You know what? I’m happy. Cognitive Bias is not related to Personality but is Induced by Pair-Housing in Canaries (Serinus canaria).”, Behavioural Processes 134, 2017, p. 70-77.

Małecki, Wojciech, Bogusław Pawłowski, and Piotr Sorokowski, “Literary Fiction influences Attitudes toward Animal Welfare”, PLoS one 11.12, 2016.

McGuire, Kevin T., and James A. Stimson, “The Least Dangerous Branch Revisited: New Evidence on Supreme Court Responsiveness to Public Preferences”, The Journal of Politics 66.4, 2004, p. 1018-1035.

Mendl, Michael, et al., “Cognitive Bias as an Indicator of Animal Emotion and Welfare: Emerging Evidence and Underlying Mechanisms”, Applied Animal Behaviour Science 118.3-4, 2009, p. 161-181.

Paul, Elizabeth S., Emma J. Harding, and Michael Mendl, “Measuring Emotional Processes in Animals: the Utility of a Cognitive Approach”, Neuroscience & Biobehavioral Reviews29.3, 2005, p. 469-491.

Pinker, Steven, The Better Angels of Our Nature: Why Violence has Declined, Penguin Group USA, 2012.

Regad, Caroline, Cédric Riot, and Sylvie Schmitt, « La Personnalité juridique de l’animal (I)-L’animal de compagnie », Lexis Nexis, 2018.

Regad, Caroline, « Genèse d’une doctrine: l’animal, personne physique non-humaine », dA Derecho Animal: Forum of Animal Law Studies. Vol. 10. No. 1. 2019.

Regan, Tom, and Andrew Linzey, Other Nations: Animals in Modern Literature, Baylor University Press, 2010.

Roberts, Julian V., “Public Opinion and Sentencing Policy”, Reform and Punishment. Willan, 2012, p. 30-51.

Slovic, Paul, “If I look at the Mass I will never act: Psychic Numbing and Genocide”, Emotions and Risky Technologies. Springer, Dordrecht, 2010, p. 37-59.

Tompkins, Jane P., Sensational Designs: The Cultural Work of American Fiction, 1790-1860, Oxford University Press on Demand, 1986.

Vezzali, Loris, et al., “The Greatest Magic of Harry Potter: Reducing Prejudice”, Journal of Applied Social Psychology 45.2, 2015, p. 105-121.

Zeitoun, Charline, « À l’époque des zoos humains », CNRS Le journal, 263, 2011, p. 20-23.

7 En éthologie, science issue de la biologie et reposant sur la théorie de l’évolution, il est d’usage de préciser le terme « animal » en « animal non-humain » pour exclure ces derniers. Dans le but de rendre la lecture de cet article plus fl uide, je me permettrai d’utiliser le terme « animal » en sous-entendant qu’il exclut les humains.

8 McGuire, Kevin T., and James A. Stimson, “The Least Dangerous Branch Revisited: New Evidence on Supreme Court Responsiveness to Public Preferences”, The Journal of Politics 66.4, 2004, p. 10181035.

Giles, Micheal W., Bethany Blackstone, and Richard L. Vining Jr., “The Supreme Court in American Democracy: Unraveling the Linkages between Public Opinion and Judicial Decision Making”, The Journal of Politics 70.2, 2008, p. 293-306.

Clark, Tom S., “The Separation of Powers, Court Curbing, and Judicial Legitimacy”, American Journal of Political Science 53.4, 2009, p. 971-989.

Epstein, Lee, and Andrew D. Martin, “Does Public Opinion Infl uence the Supreme Court–Possibly Yes (But We’re Not Sure Why)”, U. Pa. J. Const. L. 13, 2010, p. 263.

9 Roberts, Julian V., “Public Opinion and Sentencing Policy”, Reform and Punishment. Willan, 2012, p. 30-51.

10 Slovic, Paul, “If I look at the Mass I will never act: Psychic Numbing and Genocide”, Emotions and Risky Technologies. Springer, Dordrecht, 2010, p. 37-59.

Vezzali, Loris, et al., “The Greatest Magic of Harry Potter: Reducing Prejudice”, Journal of Applied Social Psychology 45.2, 2015, p. 105-121.

Pinker, Steven, The Better Angels of our Nature: Why Violence Has Declined, Penguin Group USA, 2012. Kaufman, Geoff F., and Lisa K. Libby, “Changing Beliefs and Behavior through Experience-Taking”, Journal of Personality and Social Psychology 103.1, 2012, p. 1.

Johnson, Dan R., et al., “Reading narrative fiction reduces Arab-Muslim prejudice and offers a safe haven from intergroup anxiety”, Social Cognition 31.5, 2013, p. 578-598.

Johnson, Dan R., Brandie L. Huffman, and Danny M. Jasper, “Changing Race Boundary Perception by Reading Narrative Fiction”, Basic and Applied Social Psychology 36.1, 2014, p. 83-90.

11 Kidd, David Comer, and Emanuele Castano, “Reading Literary Fiction improves Theory of Mind”, Science, 2013, 1239918.

12 Małecki, Wojciech, Bogusław Pawłowski, and Piotr Sorokowski, “Literary Fiction influences Attitudes toward Animal Welfare”, PLoS one 11.12, 2016.

13 Tompkins, Jane P., Sensational designs: The Cultural Work of American Fiction, 1790-1860, Oxford University Press on Demand, 1986.

14 Zeitoun, Charline, « À l’époque des zoos humains », CNRS Le journal, 263, 2011, p. 20-23.

15 Pierre Boulle, La Planète des singes, Paris, Julliard, 1963.

16 J. K. Rowling, Harry Potter and the Goblet of Fire, Londres, Bloomsbury, 2000, trad. J.-F. Ménard, Harry Potter et la Coupe de feu, Paris, Gallimard, 2000.

17 J. K. Rowling, Harry Potter and the Order of the Phœnix, Londres, Bloomsbury, 2003, trad. J.-F. Ménard, Harry Potter et l’Ordre du Phénix, Paris, Gallimard, 2003.

18 George Orwell, Animal Farm. A Fairy Story, Londres, Secker and Warburg, 1945, trad. J. Queval, La Ferme des animaux, Paris, Gallimard, collection Folio, 1984.

19 George Orwell, Animal Farm. A Fairy Story, Londres, Secker and Warburg, 1945, trad. J. Queval, La Ferme des animaux, Paris, Gallimard, collection Folio, 1984, p.144.

20 Philip Pullman, His Dark Materials, Northern Lights, Londres, Scholastic, 1995, trad. J. Esch, À la croisée des mondes, Les Royaumes du Nord, Paris, Gallimard, 1998.

21 Charlotte Bousquet, La Peau des rêves, Paris, L’Archipel, 2011.

22 Charlotte Bousquet, Le Dernier Ours, Paris, Rageot, 2012.

23 David Eddings, The Belgariad, États-Unis, Ballantine Books, 1982, trad. D. Haas, La Belgariade, Paris, Presses Pocket, 1990.

24 Robin Hobb, The Farseer Trilogy, New York, Bantam Spectra, 1995 trad. A. Mousnier-Lompré, L’Assassin royal, 1998.

25 Terry Pratchett, Feet of Clay, Londres, Victor Gollancz, 1996, trad. P. Couton, Pieds d’argile, Paris, Pocket, 2006.

26Futurama, Matt Groening & David X. Cohen, 20th Century Fox Television, 1999-2003.

27 Hiro Mashima, Fairy Tail, Tome 21, Pika, 2006, p. 128.

28 Loi du 28 septembre-6 octobre 1791 Article 30 du Code pénal

29 Loi Grammont du 2 juillet 1850 - article 483 du Code pénal

30 Loi n°63-1143 du 19 novembre 1963

31 Loi n° 76-629 du 10 juillet 1976

32 Loi n°2015-177 du 16 février 2015

33 Arluke, Arnold, et al., “The Relationship of Animal Abuse to Violence and Other Forms of Antisocial Behavior”, Journal of Interpersonal Violence 14.9, 1999, p. 963-975.

Flynn, Clifton P., “Examining the Links between Animal Abuse and Human Violence”, Crime, Law and Social Change 55.5, 2011, p. 453-468.

34 Regad, Caroline, “Genèse d’une doctrine: l’animal, personne physique non-humaine”, dA Derecho Animal: Forum of Animal Law Studies, Vol. 10. No. 1. 2019.

35 Ceci aurait pu plaire à Terry Pratchett. Un de ses personnages emblématiques dans Les Annales du Disque-Monde, le bibliothécaire de l’Université Invisible, était d’ailleurs un humain devenu orang-outang suite à un accident de magie ; le personnage a par la suite toujours refusé de redevenir humain. Voir Terry Pratchett, The Light Fantastic, Londres, Colin Smythe, 1986, trad. P. Couton, Le Huitième Sortilège, Paris, Pocket, 1997.

36 Regad, Caroline, Cédric Riot, and Sylvie Schmitt, « La personnalité juridique de l’animal (I)-L’animal de compagnie », Lexis Nexis, 2018.

37 Jean Roba, Boule & Bill, Dupuis, 1959.

38Spirit, l’étalon des plaines (Spirit: Stallion of the Cimarron), Kelly Asbury & Lorna Cook, DreamWorks Animation, 2002.

39Okja, Bong Joon-Ho, Lewis Pictures, 2017.

40Sauvez Willy (Free Willy), Simon Wincer, Warner Bros, 1993.

41Dragons (How to Train Your Dragon), Dean DeBlois & Chris Sanders, DreamWorks Animation, 2010. ee

4243 Christopher Paolini, Eragon, États-Unis, Alfred A. Knopf, 2003, trad. B. Ferrier, Eragon, Paris, Bayard Jeunesse, 2004.

43 Barry Hines, Kes, Penguin, 1982, trad. L. Tranec-Dubled, Kes, Paris, Gallimard, 1998.

44 Mary O’Hara, My Friend Flicka, Philadelphie, Lippincott, 1941, trad. H. Clairau, Mon amie Flicka, Paris, Calmann-Lévy, 1947.

45 Terry Pratchett, Moving Pictures, Londres, Victor Gollancz, 1990, trad. P. Couton, Les Zinzins d’Olive-Oued, Paris, Pocket, 2001.

46 Margaret Atwood, MaddAddam, Toronto, McClelland & Stewart, 2013, trad. P. Dussoulier, MaddAddam, Paris, Robert Laffont, 2014.

47 Paul, Elizabeth S., Emma J. Harding, and Michael Mendl, “Measuring Emotional Processes in Animals: the Utility of a Cognitive Approach”, Neuroscience & Biobehavioral Reviews29.3, 2005, p. 469-491.

Mendl, Michael, et al., “Cognitive Bias as an Indicator of Animal Emotion and Welfare: Emerging Evidence and Underlying Mechanisms”, Applied Animal Behaviour Science 118.3-4 (2009): 161-181.

Lalot, Mathilde, et al., “You know what? I’m happy. Cognitive Bias is not Related to Personality but is Induced by Pair-Housing in Canaries (Serinus canaria).”, Behavioural Processes 134 (2017): 70-77.

48 Boissy, Alain, et al., “Assessment of Positive Emotions in Animals to improve their Welfare” ,Physiology & Behavior 92.3, 2007, p.375-397.

49 Brilot, Ben O., Lucy Asher, and Melissa Bateson., “Stereotyping Starlings are more ‘Pessimistic’ ”, Animal Cognition 13.5, 2010, p. 721-731.

50 Doyle, Rebecca E., et al., “Administration of Serotonin Inhibitor p-Chlorophenylalanine induces Pessimistic-like Judgement Bias in Sheep”, Psychoneurœndocrinology 36.2, 2011, p. 279288.

51 Buell, Lawrence, Writing for an Endangered World: Literature, Culture, and Environment in the U, Belknap Press of Harvard University Press, 2001.

Regan, Tom, and Andrew Linzey, Other Nations: Animals in Modern Literature, Baylor University Press, 2010.

52 Keen, Suzanne, Empathy and the Novel, Oxford University Press on Demand, 2007.

Bal, P. Matthijs, and Martijn Veltkamp, “How dœs Fiction Reading influence Empathy? An Experimental Investigation on the Role of Emotional Transportation”, PloS one 8.1, 2013.

53 Anna Sewell, Black Beauty: The Autobiography of a Horse, Jarrolds & Sons, 1877.

54 Johnson, Claudia Durst, and Vernon Elso Johnson, The Social Impact of the Novel: a Reference Guide, Greenwood Publishing Group, 2002.

55Les Animaux fantastiques (Fantastic Beasts and Where to Find Them), David Yates, Warner Bros, 2016.

56 J. R. R. Tolkien, The Lord of the Rings: The Two Towers, Londres, Allen & Unwin, 1954, trad. F. Ledoux, Le Seigneur des anneaux : Les Deux Tours, Paris, Christian Bourgois, 1972.

57 Mercedes Lackey, Heralds of Valdemar, New York, Daw Books, 1994, trad. A.-V. Tarall, Les Hérauts de Valdemar, Paris, Pocket, 1998.

58 George R. R. Martin, A Song of Ice and Fire, États-Unis, Bantam Books, 1996, trad. J. Sola et P. Marcel, Le Trône de fer, Paris, Pygmalion, 1998.

59 Le terme utilisé dans la version originale est « dire wolf » pour désigner ces loups géants. La traduction française de Jean Sola est « loup-garou », ce qui peut être maladroitement associé au mythe d’un humain se transformant en loup vorace les soirs de pleine lune.

60 Margaret Atwood, The Year of the Flood, Toronto, McClelland & Stewart, 2009, trad. J.-D. Brèque, Le Temps du deluge, Paris, Robert Laffont, 2012.

61 Margaret Atwood, Oryx and Crake, Toronto, McClelland & Stewart, 2003, trad. M. Albaret-Maatsch, Le Dernier Homme, Paris, Robert Laffont, 2005.

ARTICLE

DRAGON DE GLACE ET FEMME DE FEU : ŒDIPE ARGENTÉ CHEZ LES TARGARYEN ?

Isabelle-Rachel Casta

Professeur de littérature émérite à l’Université d’Artois, Isabelle-Rachel Casta scrute la sérialité sous toutes ses formes, et publie de nombreux articles sur l’imaginaire de la criminalité. Spécialiste également en Dark Fantasy et en Fantasy urbaine, elle étudie le renouvellement des fi gures du mal dans les œuvres transmédiatiques contemporaines. Responsable de la RLM « séries policières » chez Garnier-Minard, elle dirige aussi un numéro de la revue Pardaillan consacré à la série Buff y, (parution automne 2020). Enfi n, elle co-édite également un futur numéro des Cahiers Robinson sur la Figure du/ de la justicier/ ère en littérature de jeunesse, réaliste et surnaturelle (second semestre 2021).