Feuilles composées - Bernard Franquin - E-Book

Feuilles composées E-Book

Bernard Franquin

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Beschreibung

Vertes, les feuilles se mordorent sitôt que brâme le cerf. Elles valsent au vent, s'ancrent dans le sol, fécondent son ventre pour jaillir dans la sève visqueuse des bourgeons printaniers. Eternelle ritournelle où la vie et la mort se procréent mutuellement. Blanches, les feuilles s'encrent de poésie pour enfanter des mots qui enchantent la banalité des choses. En chacun de nous dort un rêveur. Réveillé, il émoustille notre langue. Elle se colore, s'envole au vent, s'enfonce dans les coeurs d'où giclent mille émois. Trop peu composent avec lui, laissant aux vers l'art de nous décomposer.

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Seitenzahl: 57

Veröffentlichungsjahr: 2021

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A Sophie

Sommaire

Amarres

Feuillaisons

Feuilles

Double vie

Ombres et lumières

Soir d’été

Le chant de la terre

Triste comme la pluie

Eaux troubles

Septembre noir

Eaux vives

Tonnerre de Brest

Pans de loques

Noël au Léon

Lisières

Orées vespérales

Orées infernales

Orées Aurorales

Lumineuse sylviculture

Sans les géants vient le néant

Danse de Saint-Guy

Silence glacial

Douche écossaise

Eaux mortes

-Eaux fortes

Les quatre éléments

Pierre de touche

Ages de pierre

Labourage des pâturages

Tout n’est pas bon dans le cochon

Bestialité

Salades de saison

Amis

Effeuillement

Entre chien et loup

Raminagrobis

Chat-huant

Foi d’oie

Basse-cour

Accord de basse-cour

Correspondances

Cliquetis de chaîne alimentaire

De mal en pis

Vallées vosgiennes

Vols d’oiseaux

Le rouge-gorge

Ecole buissonnière

Pique-nique

Qui se sent morveux

Noir destin

Proie et prédateur

Amours

Effeuillage

Printemps

Mars

Au fil d’avril

Chaleurs estivales

Tableau champêtre

O tempora, o mores

Le baiser à mort de Casanova

Effusions

Mon amour

L’amour fou

La nuit des temps

Cupidon

Promenade dominicale

Près des yeux, près du cœur

L’union fait la faible

L’un fait la noce, l’autre n’y est pas

Belle hétaïre

Démon et merveilles

Mon dieu

Le viol originel

Mater nostra qui non es in caelis

Déclaration de naissance

Mâle heureux

Magnificat

A mort

Défeuillaison

Evanescence

Qui vivra verra

Au terme de la vie

Métamorphose

Vieux envieux

Agonie

Jour des morts

Mezza voce

Mort ou vif

Armistice 1918

Héros, héros, petit patachon

11 novembre 2020

Noël

Amertumes

Feuillages

Feuille-âge

L’éveil des sens

Patience et longueur de temps

A vue de nez

On-dit

Non-dit

Cancans

Double-jeu

Triple je

Proscrit en crise

Café-théâtre

Côte du Rhône

Côte d’Azur

Cures de campagne

Qui rit aux champs est rat

Défaut de concentration...

Virus de bêtes sauvages

Ruées vers l’or

Couleurs

Charité bien ordonnée

Désespérantes errances

Le mot passe, le vers dure

Rimes en vers. Vers sans rimes

Amarres

Feuillaison

Câlin, le soleil printanier

Taquine les têtes chauves,

Lutine les branches maîtresses,

Turlupine les troncs engourdis.

L'arbre ne reste pas de marbre.

Courent les frissons,

Débourrent les bourgeons,

Les toisons verdoient,

A foison ondoient.

L'ombelle s'ouvre,

Couvre petits et grands,

Croque le clair,

Crotte l'obscur.

Depuis la nuit des temps

Le toit des bois

Glisse le jour

Dans le ventre des arbres.

Lumineuse façon

De vivre sur un grand pied.

Feuilles

De garde en été, volantes en automne,

De vigne pour les culs-bénits,

Farcies par les goulus,

A l'envers pour les culs nus,

Elles mordorent les brumes

D'octobre,

Boutonnent les giboulées

De mars,

Moutonnent au fil

D’avril,

Mitonnent la douceur

De juillet

Décorent la nuit

De Noël.

Qu'elles prêtent un bout d'oreille aux soupirs des vieux

Chênes,

Rient à belles dents à qui leur trouve

Du charme

Ou percent les lèvres houspillant

Le houx,

Les feuilles se mettent en mille

Pour nous laisser bouche bée.

Double vie

Tremble la feuille qui a trop bu de sève,

La cirrhose ronge son foie. La peau jaunit,

Se couperose, roussit, mordore, brunit.

Beaux, laids, les tons tuent tout, la vie s'achève.

Se brise le pétiole où elle se branche.

Les limbes décollent, volent au paradis

Mais leur ciel est sur terre. « Revenez ! » leur dit

Le vent. Ils dégringolent en avalanche.

Peu à peu le sol les réduit en poussière

Qui donne vie à la glèbe nourricière.

Hier végétales, demain minérales,

Les feuilles disparaissent mais ne meurent pas.

De même les aïeux accompagnent nos pas,

Nous parlent longtemps après leur dernier râle.

Ombres et lumières

Elle erre en peine sur la terre,

Constelle de pleurs le petit matin,

Repère un gîte, rampe, l’atteint.

Midi tue toute retardataire.

Dès que l’assaille l’astre solaire,

Elle porte la coiffe d’un sapin,

La robe d’un buis, les nippes d’un pin

Qui la dérobent à sa colère.

Tapie au sol, l’ombragée présume

Qu’être au dehors du bois lui en cuirait.

Aussi torride qu’ombrageux, le rai

Allume, enflamme, bout, consume.

Le monstre enfin s’attiédit, l’ombre

Se détache du couvert de l’arbre,

S’allonge jusqu’aux tombes de marbre

Où le soleil boit son sang et sombre.

Satanique mise en sépulture.

Un halo de lune et des éclats

D’étoiles osent mettre le holà

Au noir de jais des forces obscures.

Chouettes et rossignols l’encombrent

De chansons, mais une grive ébauche

Son chant du cygne. L’aube s’approche,

Sabre au clair. La nuit fuit, reste l’ombre.

Soir d’été

Enfin le jour enfouit ses ardeurs,

L’ombre vespérale me tend les bras,

Ses pas exhibent le noir de ses bas,

Sa peau exsude d’exquises odeurs.

Midi transpire, minuit respire.

Air frais, chairs flasques se congratulent,

De sémillantes pensées ondulent

Sous la lune. La nuit les inspire.

Elles galopent dans la nature,

Chevauchent les étoiles filantes

A la recherche d’ensorcelantes

Diseuses de bonnes aventures.

Sous les astres s'embrasent mille idées,

Une coquine embrasse mon ventre

Et l’ardent démon de midi entre

Dans ma couche d’un air bien décidé.

Le chant de la terre

Dès que les clés de nos chants

Cliquent fa, do, sol,

La craintive clef des champs

S'enfuit sous le sol.

Quand Beethoven compose

Sa Pastorale,

Ses grands airs indisposent

La vie rurale.

Tout se tait, même la pie

Bavarde. Pinsons

Et mésanges sont tapis

Au son du basson.

Si l'hymne à la nature

Gêne les bêtes,

Bridons cette culture

Qui les embête !

Arrêtons nos festivals

Au milieu des bois

Et écoutons les cigales

Jouer du hautbois !

Triste comme la pluie

Les nuages ont gros ventres

Et pissent à grosses gouttes.

L'oie est en joie, le coq rentre

Le cou, la pluie le dégoûte.

Soûle, la terre dégueule

Sa bile. Des rus sillonnent

Les champs hérissés d'éteules

Qu'ils sapent puis abandonnent.

Un tas de corbeaux amaigris

S'y englue, noir de colère

De voir que ce sale ciel gris

Ne lâche que de l'eau claire.

Les rapaces montent aux nues

Tentent de les éviscérer

En enfonçant dans leur peau nue

Bec crochu et griffe acérée.

Le vent éparpille les freux,

Les chasse à grands coups de balai

Dans des craillements si affreux

Que les corbeaux deviennent laids.

Eaux troubles

L'été, l'averse

Éclate soudain.

Tombent à verse

Ses gouttes-gourdins.

Les sols s'engorgent

Les haies s'y saoulent

Les creux dégorgent

Les laies s'y roulent.

Des rus limpides

Ondoient dans les champs.