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Le présent ouvrage n'est pas un fac-similé, mais un texte revu et corrigé, traduit en français moderne, et annoté. Le titre originel développé (changeant au gré des rééditions) est : Histoire des aventures Heureuses et Malheureuses de Fortunatus, avec sa bourse et son chapeau... Il s'agit d'un conte philosophique, datant du XV° siècle (première édition répertoriée e, 1509), ayant connu de nombreux avatars, romans ou pièces de théâtre. Héros populaire de la littérature allemande du XVI°siècle, c'est dans les Deutsche Volksbücher de J. Simrock (1509) que ses aventures furent racontées pour la première fois. Fortunatus avec son sac de souhaits fut ensuite une tragédie de Hans Sachs (1533).
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Seitenzahl: 173
Veröffentlichungsjahr: 2023
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Nasr Eddin Hodja/Djeha :
Les Très-mirifiques et Très-édifiantes Aventures du Hodja (Tome 1)
Nasr Eddin Hodja rencontre Diogène (Tome 2)
Nasr Eddin sur la Mare Nostrum (Tome 3 disponible chez l’auteur uniquement)
Le Sottisier de Nasr Eddin (Tome 4) disponible également chez l’auteur en format A4 - grands caractères)
Nasr Eddin en Anglophonie (Tome 5)
Avant Nasr Eddin – le Philogelos (Tome 6)
Les Plaisanteries – Decourdemanche (Tome 7)
Candeur, malice et sagesse (Tome 8)
Les nouvelles Fourberies de Djeha (Tome 9)
Humour :
Le Pogge – Facéties – les Bains de Bade – Un vieillard doit-il se marier
Contes et Facéties d’Arlotto
Fabliaux Rigolos (anonymes du XII° et XIII° s. en français moderne)
Nouvelles Récréations et Joyeux Devis – Bonaventure des Périers
La Folle Enchère – Mme Ulrich/Dancourt
Les Contes aux Heures Perdues du sieur d’Ouville
La Nouvelle Fabrique – Philippe d’Alcrippe
Le Chasse-Ennui – Louis Garon
Anecdotes de la Vie Littéraire – Louis LOIRE
Almanacadabrantesque – Ch. Noël
Des milliers de Plaisanteries – H. Le Gai
L’esprit de M. de Talleyrand – Louis THOMAS
Les Fabuleux Résultats de la politique Sociale d’E. Macron – Ch. Noël (Amazon)
Anecdotes Normandes – Amable Floquet
Fabliaux - Nouvelles :
Fabliaux Coquins (anonymes du XII° et XIII° s. en français moderne)
Lais & Fables de Marie, dite de France (en français moderne)
Les Nouvelles de Bandello (1 à 21)
L’Oiseau Griffon – M.Bandello et F.Molza
Le Point Rouge – Christophe Voliotis
Philosophie :
Les Mémorables – Xénophon
La Cyropédie ou Éducation de Cyrus – Xénophon (à paraître)
La République des Philosophes - Fontenelle
La Ruelle Étroite – Marguerite de Valois
Diogène le Chien – Paul Hervieu
Romans/Divers :
L’École des Filles (chez TheBookEdition)
Sue Ann (chez TheBookEdition)
Rien n’est jamais acquis à l’homme
Au format e-book exclusivement :
Nathalie et Jean-Jacques – recueil de nouvelles
Jacques Merdeuil – nouvelle - version française (chez Smashwords/Google)
Le Point Rouge –nouvelle - version française (chez Smashwords/Google)
Les Fabulistes :
Les Ysopets – 1 – Avianus
Les Ysopets – 2 – Phèdre – version complète latin-français
Les Ysopets – 2 – Phèdre – version Découverte en français
Les Ysopets – 3 – Babrios – version Découverte en français
Les Ysopets – 4 – Esope – version Découverte en français
Les Ysopets – 5 – Aphtonios – version en français
Les Fabulistes Classiques – 1 – Benserade
Les Fabulistes Classiques – 2 – Abstémius - Hecatomythia I et II
Les Fabulistes Classiques – 3 – Florian
Les Fabulistes Classiques – 4 – Iriarte – Fables Littéraires
Les Fabulistes Classiques – 5 – Perret – 25 Fables illustrées
Philosophie/Politique :
De la Servitude volontaire – ou Contr’Un – La Boétie
La Désobéissance civile - Thoreau
Humour :
Histoire et avantures de Milord Pet
Eloge du Pet
Discours sur la Musique Zéphyrienne
Commandes avec dédicace : (à demander([email protected]
ou https://www.bod.fr/librairie/
PRÉFACE, par Henry Fouquier
NOTE DES ÉDITEURS
CHAPITRE Ier. – De la naissance de Fortunatus et du commencement de sa bonne et de sa mauvaise fortune
CHAP. II. – Comment Fortunatus obtient la faveur du comte de Flandres
CHAP. III. – Comment Fortunatus gagna des prix à la joute et comment il s’enfuit de la cour du comte de Flandres
CHAP. IV. – Comment Fortunatus arrive à Londres, où il fait de mauvaises connaissances
CHAP. V. – Comment Fortunatus dépensa tout son argent dans la débauche et se vit réduit à une extrême pauvreté
CHAP. VI. – Comment l’amie de Fortunatus ne lui voulut pas prêter d’argent, et comment il entra au service d’un marchand
CHAP. VII. – Comment un gentilhomme fut assassiné, et du danger où se trouva Fortunatus
CHAP. VIII. – Comment Robert et tous ceux de sa maison furent pendus, et comment les joyaux furent retrouvés
CHAP. IX. – Par quel moyen on trouva les joyaux dans la maison du gentilhomme, et comment ils furent rendus au roi
CHAP. X. – Comment Fortunatus s’égare dans un bois, et ce qui lui arrivé
CHAP. XI. – De la bourse merveilleuse que Fortunatus reçut de la Fortune
CHAP. XII. – Le séjour de Fortunatus à la taverne, et comment, après avoir acheté des chevaux qu’un comte marchandait, il fut fait prisonnier et se vit en plus grand danger qu’auparavant
CHAP. XIII. – Du séjour de Fortunatus à Angers
CHAP. XIV. – Comment Fortunatus vint en Irlande pour voir le purgatoire de Saint-Patrice
CHAP. XV. – Comment Fortunatus passa de Venise à Constantinople le couronnement d’un nouvel empereur
CHAP. XVI. — De la fille d’un pauvre homme, à laquelle Fortunatus donna quatre cents ducats en mariage
CHAP. XVII. – Comment l’hôte, pensant voler Fortunatus, fut tué par Léopold
CHAP. XVIII. – Comment Léopold jeta le mort dans un puits
CHAP. XIX.— Du palais superbe que Fortunatus fit bâtir à Famagouste
CHAP. XX. – Des trois sœurs que le roi présenta à Fortunatus, et comment il choisit la plus jeune pour sa femme
CHAP. XXI. – Du mariage de Fortunatus avec Cassandre
CHAP. XXII. – Comment Leurs Majestés remirent la belle Cassandre à Fortunatus, et des bagues qu’il fit courir durant plusieurs jours
CHAP. XXIII. – Comment la belle Cassandre accoucha d’un fils
CHAP. XXIV. – Du voyage que fit Fortunatus en Turquie
CHAP. XXV. – L’arrivée de Fortunatus aux Indes et son retour à Alexandrie
CHAP. XXVI. – Comment le Soudan montra ses trésors à Fortunatus, lequel lui enleva son chapeau merveilleux
CHAP. XXVII. – De l’ambassadeur que le Soudan envoya à Fortunatus pour ravoir son chapeau
CHAP. XXVIII. – Les dernières paroles de Fortunatus avant de mourir
CHAP. XXIX. – Le départ d’Andolosie avec sa bourse, et comment il vint à la cour du roi de France
CHAP. XXX. – Comment on trompa Andolosie en lui supposant une personne pour une autre
CHAP. XXXI. – Le retour du roi d'Angleterre et d’Andolosie, et comment Sa Majesté l’invita à dîner
CHAP. XXXII. – Comment Agrippine, par ses feintes, emporta la bourse d’Andolosie.
CHAP. XXXIII. – De l’étonnement où se trouve Andolosie, ayant perdu sa bourse, et comment il congédia tous ses serviteurs, puis s’enfuit secrètement à Famagouste
CHAP. XXXIV. – Des plaintes qu’Andolosie fait à son frère pour la perte de sa bourse
CHAP. XXXV. – Comment Andolosie, avec le chapeau de son frère, se souhaita en Angleterre, où il enleva Agrippine et sa bourse
CHAP. XXXVI. – La rencontre qu’Andolosie fit d’un ermite qui lui apprit le moyen d’ôter les cornes
CHAP. XXXVII. – Comment Andolosie, déguisé en médecin, ôta les cornes d’Agrippine et recouvra par ce moyen son petit chapeau et sa bourse
CHAP. XXXVIII. – Comment Andolosie, en se baissant pour ramasser son bonnet, trouva son chapeau
CHAP. XXXIX. – Comment Andolosie mit Agrippine dans un couvent et la recommanda à l’abbesse
CHAP. XL. – Le retour d’Agrippine, et comment elle fut mariée au roi de Chypre
CHAP. XLI. – De l’adresse d’Andolosie à courir la lance et la bague, ce qui lui attira l’estime des dames et l’envie de la plupart des grands
CHAP. XLII. – Comment Andolosie fut fait prisonnier et tous ses gens mis à mort
CHAP. XLIII. – Comment Ampedo mit en pièces le petit chapeau, et puis le brûla, afin qu’il ne tombât entre les mains de personne.
CHAP. XLIV. – Comment on étrangla Andolosie après lui avoir ôté sa bourse
CHAP. XLV. – Comment le meurtre d’Andolosie fut découvert, et la punition que le roi fit faire des meurtriers
POSTFACE
Le livre que voici est un livre dont on ne connaît ni l’auteur ni la date. On le trouve, avec des versions un peu différentes, dans toutes les littératures de l’Europe, en français, en allemand, en italien, en espagnol, en anglais, en suédois, en hollandais, en patois irlandais même. Uhland1 l’a mis en vers. Hans Sachs2 en a tiré une tragédie : FORTUNATUS AVEC SON SAC DE SOUHAITS (1553) et Thomas Decker3, contemporain de Shakespeare, une comédie : LA COMÉDIE PLAISANTE DU VIEUX FORTUNATUS (1600). Tous les peuples ont adopté cet enfant de père inconnu. On ignore même dans quelle langue a été écrite la première version. En général, on pense que c’est en allemand. Mais les bibliographes, dont Fortunatus fait le désespoir, ne sont pas même d’accord sur ce point. La première édition de ce joli conte a bien été publiée en allemand, à Augsbourg (15 09), mais qui voudrait jurer qu’elle est vraiment la première ? Les légendes qui forment le fond de ce récit ont une couleur d’Orient, et le grand goût de voyages attribué au héros, ne à Chypre, semble dénoncer un auteur vénitien de la fin du XV° siècle ! Je crois qu’il est sage de laisser les érudits chercher le dernier mot d’un problème peut-être insoluble. Accueillons donc Fortunatus avec son origine incertaine, et écoutons ses aventures comme un récit qu’on nous ferait sous le masque, ce qui n’ôte rien à son piquant.
Fortunatus est, tout d’abord, un conte philosophique, d’une sagesse ancienne, et qui appartient à toutes les littératures. Sitôt qu’une civilisation se forme, sitôt qu’on sort du communisme et de l’indivision des sauvages4, l’amour des richesses se développe chez l’homme. Cet amour est excellent en soi, aiguillon du travail et source du progrès, mais ses abus sont funestes. L’amour des richesses fait naître l’avarice, l’égoïsme, les discordes et l’envie, jusque dans le sein des familles. Et, sitôt qu’il se répand et grandit, des philosophes arrivent, loués plutôt que suivis en leurs conseils, qui viennent vous assurer que l’argent ne fait pas le bonheur et que « contentement passe richesse », comme a dit La Fontaine. Il y a tout un cycle d’œuvres, qui sont dans toutes les littératures, sur cette donnée, et qui, si elles n’ont pas souvent appris aux riches le mépris de la fortune, ont du moins consolé quelquefois ceux à qui elle a refusé ses présents.
Fortunatus est une de ces œuvres, un de ces plaidoyers en faveur de la médiocrité, mais du repos dans la vie, plaidoyer sans pédanterie et dont l’agréable couleur légendaire fait oublier la banalité.
Notre héros, né dans l’île de Chypre, est un homme comme les autres, ni très bon, ni très méchant, beau d’ailleurs, bien doué, qui, fils d’un gentilhomme ruiné, se met en tête de courir le monde. Au premier détour de chemin, il rencontre la Fortune. Cette Fortune, c’est la déesse aveugle des anciens, qui répand ses dons au hasard. L’idée que tout est heur et malheur en ce bas monde est une idée commune à tous les peuples qui, peu heureux et peu libres, se sont réfugiés dans un fatalisme résigné. Elle domine l’Antiquité et le Moyen Âge. Il ne serait pas tout à fait juste, aujourd’hui, de considérer ainsi la Fortune. Certes, la chance est beaucoup dans la vie, et les hasards, heureux ou malheureux, de la naissance dominent parfois l’existence entière. Mais le génie ou simplement la constance de l’effort humain savent lutter contre la fatalité et en triompher. Si la Fortune n’a pas perdu son bandeau, on peut dire qu’elle paraît parfois le soulever pour s’offrir aux plus dignes ou aux plus hardis.
Mais, ici, la Fortune est bien l’aveugle déesse, et c’est par un pur caprice qu’elle s’intéresse à notre héros. Elle lui remet une bourse qui, sitôt vidée, se remplit, non pas de monnaie de cuivre, comme la bourse du Juif errant, mais de belles pièces d’or ayant cours dans tous les pays. À ce talisman déjà précieux Fortunatus en joint bientôt un autre, dû à son industrie. Il dérobe au Soudan5 d’Égypte un chapeau grâce auquel on peut disparaître et se transporter en tous lieux. La façon dont Fortunatus se procure ce couvre-chef merveilleux n’est pas très conforme aux strictes lois de la morale. Il trompe et vole son hôte. Mais il est vrai que cet hôte est un infidèle. Équiper un navire, aller aux pays musulmans et y pirater quelque peu, sans nul scrupule, c’est bien là un trait de caractère d’un Vénitien du XV° siècle ; et, sans pousser plus loin, je trouve dans ce goût des voyages et dans cet esprit de fourberie une raison de croire que notre conte est peut-être italien d’origine.
Avec sa bourse et son chapeau, Fortunatus marche à la conquête du monde. Il va en Flandre, en Angleterre, en France ; il est choyé dans son propre pays ; il est même aimé des filles de rois, parfaitement sensibles aux mérites de la bourse inépuisable, ce qui ne donne pas une haute idée de leur vertu et ce qui me paraît fort irrespectueux. Mais, avec la fortune, il connaît les désillusions, les jalousies, les calomnies et les misères du cœur. Cependant il lègue en mourant ses talismans à ses deux fils, dont la destinée est plus tragique. Les deux frères agissent vis-à-vis l’un de l’autre sans loyauté. Ils perdent leurs talismans et ont toutes les peines du monde à les reconquérir. Enfin, après cent aventures dont je ne veux pas déflorer le récit, l’un meurt avec chagrin, et l’autre est assassiné par les seigneurs de son pays, jaloux de ses richesses.
Il faut reconnaître que la composition de Fortunatus n’est pas très habile, si nous lui appliquons nos idées d’aujourd’hui. Le conte finit et recommence avec Fortunatus d’abord, puis avec ses deux fils, Andolosie et Ampedo. Il faut avouer encore que certains épisodes viennent s’y greffer, qui ne tiennent guère au récit et qui n’ont pas de rapport bien précis avec la donnée morale de l’œuvre. Mais c’est justement ceci qui donne à Fortunatus son caractère de composition populaire. Les rédactions ont dû être nombreuses avant d’arriver à celle qui peut passer pour définitive, et il est certain que les auteurs successifs de chaque version ont volontiers ajouté à la légende primitive les épisodes qui les avaient frappés dans la vie de leur temps. C’est ainsi que Fortunatus a pris un double caractère, un triple caractère même, fort intéressant : il y a en lui du roman d’aventures et de mœurs, tel que Gil Blas, du conte philosophique à la façon de Voltaire, et aussi des récits légendaires que le Moyen Âge et la Renaissance empruntèrent, pour la plupart, à l’Orient.
Le fantastique est vieux comme le monde. Les sociétés les plus civilisées, on le voit par notre exemple, retournent toujours très volontiers au surnaturel, et quand celui-ci reste confiné dans le domaine de l’art, c’est encore une merveille et un bonheur ! Dangereux dans la science et dans les choses de la religion et de la politique, le surnaturel est une porte laissée ouverte à l’imagination, qui n’abdique jamais ses droits. Seulement, le fantastique diffère sensiblement selon les temps et selon les peuples. Aujourd’hui, par exemple, en dehors de quelques fantaisies, qui sont presque toujours de seconde main et franchement imitées, nous ne goûtons qu’une sorte de fantastique qu’on pourrait presque appeler rationnel. Il prend naissance, en effet, soit dans une observation scientifique, soit dans une observation des états maladifs de l’esprit. M. Verne, par exemple, un des maîtres dans l’art du merveilleux scientifique, prend une observation fort juste en soi, et son artifice consiste à considérer comme résolus les problèmes qui ont cette observation à leur base. Puisqu’on tire le canon à dix kilomètres, pourquoi, en augmentant la charge et la résistance du métal, n’irait-on pas, dans un obus, de la terre à la lune ? On plonge avec des torpilleurs et des scaphandres : pourquoi ne perfectionnerait-on pas le bateau sous-marin et l’habit du plongeur de façon à créer la vie sous-marine ? C’est ainsi qu’ont pris naissance toutes les inventions des voyages extraordinaires qui peut-être un jour, qui sait ? ne seront pas tous extraordinaires.
Une autre des sources du fantastique moderne, c’est l’hallucination sous toutes ses formes, si variées. Certes, il y a toujours eu des hallucinés, et, particulièrement au Moyen Âge, l’hallucination se développa jusqu’à l’épidémie. L’Antiquité la connut, sut la faire naître par des breuvages particuliers qu’on donnait à boire à certains initiés des cultes mystiques6 qui, de l’Asie, envahirent la Grèce. Mais le propre des hallucinés du passé, c’est de croire, même réveillés ou guéris, à la réalité du rêve, et tout le monde y croyait avec eux. Quand on brûlait une sorcière qui avait vu le diable, elle jurait l’avoir vu, et tout le monde le pensait de même. Singulière folie, où les victimes et les bourreaux étaient également de bonne foi ! Dans notre littérature, surtout depuis Hoffmann et Edgar Poë, le fantastique est autre. Il naît presque toujours d’un état de l’âme, amour, remords, qui, par quelque hasard ingénieux, développe une crise d’hallucination qui entraîne des conséquences dramatiques.
Rien de semblable ne se trouve dans le merveilleux de Fortunatus. Ce merveilleux se rapproche plutôt de celui des contes de fées donneuses de talismans, et surtout de celui des Mille et Une Nuits. Il ne serait pas difficile de retrouver les origines orientales de notre héros. Son chapeau, qui est devenu plus tard, en Allemagne, le manteau magique sur lequel Goethe fait voyager Méphistophélès et Faust, a des vertus très analogues à l’anneau de Salomon et à l’anneau de Gygès. La bourse inépuisable est une bourse qui a été aux mains des Génies bienfaisants de la Perse et de la Chaldée. Et on peut remarquer ce trait, commun à presque toutes les légendes orientales, que la Fortune ne récompense pas l’effort humain, mais va répandre ses bienfaits comme au hasard, selon les lois d’une fatalité aveugle. Le souvenir des contes d’Orient se précise encore dans la façon dont Andolosie récupère le talisman de son père aux mains de la fille du roi d’Angleterre, Ces médecins qui s’introduisent dans l’appartement des femmes avec des secrets et des onguents merveilleux pour tenter leur curiosité et leur coquetterie, ce sont les médecins des harems. Pour dérober à Aladin sa lampe merveilleuse, les procédés sont les mêmes que pour faire acheter, dans notre conte, les pommes fatales. Enfin, dans ce verger en pays inconnu, où poussent des fruits qui rendent l’homme qui les mange semblable aux bêtes, ou qui le guérissent, il n’est pas interdit de retrouver un souvenir lointain du Paradis terrestre et de l’arbre de la science du bien et du mal.
Car le champ de la légende, si vaste qu’il paraisse d’abord, est bien plus restreint qu’il ne semble. Les fables qui nous charment arrivent à nous de très loin, presque toujours les mêmes, sous des costumes divers. Et elles nous plaisent toujours, à toutes les époques comme à toutes les périodes de la vie. Les enfants, dans les récits merveilleux, ne voient que le merveilleux. Ils s’extasient devant ce que l’imagination des conteurs a ajouté aux lois de la nature. Les surprises comiques du fantastique les mettent en de grandes gaietés, et ils se réjouissent aussi bien de la houppe rouge de Riquet que des cornes de bélier qui poussent à la princesse Agrippine. Tout ce qui sort des habitudes que l’observation a déjà données à leur esprit est une récréation délicieuse, et il n’y a pas de mal à aimer les contes pour les contes, comme ils le font, sans y entendre malice. Je m’y suis laissé prendre pour Fortunatus, et peut-être le plaisir le plus grand que j’aie trouvé à ce récit est-il le plaisir naïf de l’enfant qui n’y cherche pas des leçons, mais une distraction de son imagination demi-crédule encore et éveillée.
Cependant il faut encore, dans les contes, chercher autre chose. Ce sont presque toujours les os à moelle dont parle Rabelais, grand faiseur de contes aussi, où l’on trouve, en les brisant, la substance et la moelle philosophique. Je ne reviens pas sur la signification morale de Fortunatus. Mais il s’ajoute à la leçon que nous en pouvons tirer un sujet d’études de mœurs qui a également son prix et qu’il convient de noter. Il est curieux d’observer qu’à mesure que le goût des voyages se développe, que l’on va plus loin et plus souvent hors de chez soi, que les moyens de transport sont plus nombreux, l’aventure disparaît. Pour la connaître, il faut aller dans les pays barbares. Jadis il suffisait de sortir de sa ville pour rencontrer des aventures. On voyageait à pied, à cheval, en coche, souvent contraint à des associations que le hasard réglait seul. On séjournait longtemps dans les villes, où l’on recevait, sous des formes diverses, l’hospitalité, où l’on se liait avec toutes sortes de gens. Le caractère des voyages d’autrefois éclate au plus haut degré dans Fortunatus. En Égypte, en Flandre, à Venise, à Londres, partout nos héros font, sur leur bonne mine et sur le crédit que leur donne la bourse inépuisable, des connaissances variées, depuis celle des rois jusqu’à celle d’aventuriers assez peu recommandables. Ces mœurs et le grand goût des tournois, des fêtes, des exercices d’adresse et de sport, – dirions-nous aujourd’hui, – donnent, plus que le reste, une date à Fortunatus. C’est vers la fin du XV° siècle que la jeunesse se mit ainsi en quête de la fortune et des bonnes fortunes. Et, dans notre conte, on rencontre jusqu’à des renseignements assez précieux sur la façon dont se faisait alors le commerce et sur les hasards de tout genre où s’exposaient ceux qui le pratiquaient.
