Grâce à tout l'essaim - Michel Avincey - E-Book

Grâce à tout l'essaim E-Book

Michel Avincey

0,0
5,99 €

oder
-100%
Sammeln Sie Punkte in unserem Gutscheinprogramm und kaufen Sie E-Books und Hörbücher mit bis zu 100% Rabatt.

Mehr erfahren.
Beschreibung

Un photographe reconnu se lance dans un projet inédit : prendre vingt-quatre clichés de femmes aux seins nus afin d'en faire une exposition. C'est ainsi que Tullio Boscani, artiste atypique, reçoit ses modèles dans son atelier et écoute leur histoire, leurs anecdotes... Grâce à ces voix féminines singulières, l'artiste nous plonge ainsi dans leur quotidien. Avec tout son humour à l'italienne !

Das E-Book können Sie in Legimi-Apps oder einer beliebigen App lesen, die das folgende Format unterstützen:

EPUB

Veröffentlichungsjahr: 2024

Bewertungen
0,0
0
0
0
0
0
Mehr Informationen
Mehr Informationen
Legimi prüft nicht, ob Rezensionen von Nutzern stammen, die den betreffenden Titel tatsächlich gekauft oder gelesen/gehört haben. Wir entfernen aber gefälschte Rezensionen.



DU MÊME AUTEUR

Le Génie du cagibi, Books on Demand, 2024

Ah, darwinisme, quand tu nous tiens !, Books on Demand, 2024

(Sous le nom de Michel Robert)La Grosse Marfa, Arléa, coll. « 1er mille », 2001

(Sous le pseudonyme de Michel Hauteville)L’Enfant des forêts, Le Tripode, 2023

Merci, Hélène, pour ta lecture attentive…

Mai 2024

Ô belle Gorge, Ô précieuse imageMaurice Scève

Je m’appelle Tullio Boscani, photographe de mon état. Depuis plus de quinze ans déjà, je fais le tour du monde à la recherche des plus belles images de notre planète – soit autant de traces de ce qui existe dans la nature comme parmi différentes civilisations avant que tout ne parte à vau-l’eau du seul fait de l’action hautement corrosive et polluante de l’humanité... Et c’est essentiellement pour l’agence suédoise Gamla Entertainment que je concocte, « clefs en main », une partie des expositions qu’elle me commande. À moi de produire une trentaine de clichés autour d’un thème avant de les scénariser avec les œuvres prêtées par différents musées internationaux. (À l’agence Gamla d’organiser les procédures de prêt de tableaux, de sculptures et autres installations traitant dudit sujet… soit l’aspect logistique des choses.)

L’année de mes trente ans, mon ami Oskar Kretschmar, le directeur notre antenne française, m’a laissé la bride sur le col :

– Trouve-moi l’idée de ouf ! m’avait alors enjoint cet optimiste patenté… Quelque chose d’accrocheur... Et par-dessus tout, en suivant le fameux précepte de Diaghilev à Jean Cocteau : “Étonne-moi” !

En un mot, j’étais entièrement libre sur le choix du sujet de l’exposition à venir.

Oskar avait bien remarqué le sourcil pointé vers le haut que je n’avais pas pu m’empêcher de retenir en signe de surprise, aussi s’était-il empressé d’ajouter :

– Ach ! Mensch ! Tu sais bien désormais que ce n’est plus le sujet qui motive les foules mais le teasing autour… Il nous faut du lourd pour cette année. Nos partenaires commerciaux apprécieraient que nous tapions dans plus ou moins 100 000 visiteurs.

– Ouah ! 100 000 ! Eh ben, mazette ! Rien que ça ! Y aura intérêt à trouver un foutrement bon sujet.

– Exactement ! mon vieux… Sinon ça va chauffer pour nos fesses. Allez, Dix-neuf heures quarante : tu viens boire un coup avec moi ?

Boire un coup avec Oskar, ça ne se refuse pas. D’autant que l’invitation est souvent suivie d’un bon dîner au restaurant alsacien du coin, son préféré, le Marizibill. Chose qui s’est très précisément passée ce soir-là.

En entrant dans l’établissement, j’ignorais complètement ce que j’allais photographier dans les mois à venir tandis qu’à 23h34 précises, à l’issue de notre copieux dîner, je tenais le sujet de ma future exposition pour Gamla : les seins des femmes, de toutes les femmes. Des jeunes comme des vieilles. Les seins ! Les nénés… Les nibards… Voilà mon sujet.

Il avait suffi d’une bouteille de pinot gris de Türkheim bue avec mon vieil ami et que mon regard croise par hasard la devanture de la jolie boutique « Les Dessous Chics » pour produire ce miracle… Dans ma demi-ivresse, j’ignorais alors sur quel continent fabuleux m’engagerait ce point de départ.

Sommaire

1 Sissi

2 Marthe

3 Lolita

4 Oksana

5 Gina

Les seins d’Ombelle

6 Albane

7 Scholastique

8 Heather

9 Gertrude

10 Flore

11 Romaine

12 Gabrielle

Le Croc-nichons

13 Suzy

14 Stessy

Conique iconique

15 Jordan.e

Ludico-lolo

16 Vera

17 Louise

18 Gisèle

Sainte aréole

19 Mireille

20 Janis (et Cathy)

Seins-phonie

21 Betty

22 Julienne

23 Violaine

Couvrez ce sein !

24 Ninon

Finalmente

Post-scriptum

1 Sissi

Ma première prise de vues a commencé par Sissi – Sissi qui avait répondu, à l’instar de dizaines d’autres femmes, à la petite annonce postée sur mon site perso. « Pour participation à un projet photographique qui fera l’objet d’une future exposition. Avec pour thème du shooting : LE SEIN. Recherche femmes de tous âges, de toutes origines. Séance rémunérée 150 € / heure. Délivrance de facture et déclaration à l’Urssaf. Agence sérieuse... » (Suivaient alors toutes les informations concernant Gamla Entertainment – raison sociale, adresse du siège à Stockholm, de son antenne en France, numéro de SIRET, de téléphone, de fax, etc. – ; sans omettre un bref descriptif du protocole de prise de vues ni l’adresse du studio à Paris où auraient lieu les séances et enfin des explications sur la prise en charge des billets de train, le cas échéant ; etc.) Il suffisait de remplir le formulaire en ligne pour se présenter et prendre rendez-vous.

– Mais pourquoi les seins ?

– ?

– Ben oui, après tout : pourquoi pas les pieds ? les chevelures ou, que sais-je encore ? les chevilles, par exemple ! C’est très beau, une cheville… Enfin ça peut être beau. Regardez celles des Hermès de toute la statuaire antique, agrémentées d’ailes… Les Apollon quand ils lacent leurs sandales, pas mal non plus en termes de sensualité, non ?… On la voit bien alors, leur cheville, toute en marbre blanc, saillant du bloc comme un joli mont de Vénus mais un mont imberbe et sans fente…

– Ah, “Uno !” que je m’écrie alors comme quand je joue avec mes neveux à ce jeu… Uno !

Je l’ai stoppée net dans son élan, elle, un peu estomaquée par la véhémence (bienveillante et volontairement primesautière, cette véhémence, je le précise ici tout de suite) de mon interjection.

– Vous dites : “comme un joli mont de Vénus”. Mais alors c’est vous-même qui reprenez une comparaison typiquement évocatrice de la féminité pour parler de la cheville et vous me demandez en même temps pourquoi les seins ? Prise en flagrant délit de stéréotype, madame !… Eh oui ! Notre petite photothèque intime ne peut pas s’empêcher de revenir toujours aux mêmes références… Même vous !

Je m’amusais à gentiment la chambrer de la sorte alors que je zoomais sur sa poitrine nue depuis dix bonnes minutes. Pour sa part, Sissi était ravie d’entrer dans mon jeu, je le voyais à sa mine réjouie.

– Rien à faire, on y revient toujours aux formes féminines. Hé ! C’est là la très grande différence entre la cheville, partie asexuelle de l’anatomie, et pour ainsi dire “épicène”, tandis que le sein, partie hautement sexualisée, c’est autre chose ! Cheville masculine, féminine : où est la distinction qui sauterait aux yeux ? Il n’y en a quasiment pas. Alors qu’avec le sein ! Ah, avec le sein ! Là, nous touchons, au contraire, à un domaine autrement plus vaste et genré (pour utiliser un vilain terme de notre époque) que celui de la pauvre cheville...

– Même si, par ailleurs, les hommes en ont aussi, des seins !

– Oui, enfin, ce n’est pas exactement la même chose, rétorquai-je cependant sur le même ton.

Détendue, Sissi s’amusait ainsi beaucoup à me taquiner, ses seins prenant merveilleusement la lumière. Sissi qui, même pas dix minutes avant, était entrée dans le studio avec les signes évidents d’un très grand stress… Cette même Sissi désormais rieuse qui, néanmoins, était très loin de l’image d’Épinal de Sissi l’impératrice véhiculée par les portraits qu’on a tous quelque part dans les limbes de notre cerveau – cette Sissi-là ne possédait ni la beauté ni la grâce de la célèbre icône autrichienne immortalisée sous les traits de Romy Schneider. Non, trop maigre ; trop « montée en graine » ; avec un centre de gravité trop haut qui conférait à l’ensemble de sa silhouette une sorte de déséquilibre, pas laid certes, mais pas très harmonieux non plus pour autant.

Mais ses seins !

Ses seins m’ont fait penser à deux belles méduses (menues et plutôt plates, certes ! mais captivantes) palpitant dans les eaux ultramarines de quelque lointain lagon. Des méduses couleur crème taillées dans de l’opaline… Ils n’étaient pas « beaux » stricto sensu, mais fascinants, je dirais. Peut-être semblables en cela à ceux de Sissi Spacek dans Carrie au bal du diable… des seins ayant loupé le bus de la post-puberté, restés au stade de boutons de rose pas encore prêts à éclore... Mais sans doute infiniment plus émouvants pour cette raison même.

– J’ai jamais eu de seins ! Pfut ! Regardezmoi ça !

Pour le coup, subitement dépitée, Sissi ne minaudait plus, avec son regard posé sur ses deux menus renflements de porcelaine vivante qui la décevaient tant.

– Et pourtant, vous êtes devant moi ! Moi qui les photographie sans relâche !

– Vous savez, 150 euros, je ne crache pas dessus… comme quand je pose pour des photos de calendrier, des séances aux Beaux-Arts, seins nus ou pas... ou encore pour un magazine... Ce genre de trucs, quoi !… Et vous savez pour quoi faire ?

– ?

– Pour me payer une augmentation mammaire dès que j’aurai atteint les 5000 !

Grand est le mystère du sein idéal !