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Laissez-vous emporter par ces quinze histoires. Elles vous racontent la vie d'un cultivateur russe, les retrouvailles d'une famille, l'indifférence face à un crime ou encore la misère humaine. Ces tranches de vie, toutes très courtes, sont idéales pour vous distraire pendant un moment perdu ou tout simplement pour le plaisir.
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Seitenzahl: 79
Veröffentlichungsjahr: 2024
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Pour La Meute
Grande lectrice, je n’aimais pas spécialement les récits courts, frustrée par leur concision.
En répondant à des concours de nouvelles, je me suis aperçue que ce sont de vraies histoires avec une construction similaire à celle des romans et des codes bien précis.
Qu’elles soient d’une ou plusieurs pages, j’y trouve maintenant le plaisir de la lecture.
Elles sont idéales pour lire dans une salle d’attente, avant de s’endormir, si on n’a pas le courage d’attaquer un gros livre ou simplement pour le plaisir.
Ces petites tranches de vie m’ont été inspirées par des contraintes d’écriture (thème ou longueur de texte) imposées par les organisateurs de concours ou appels à textes.
Tissage de Mots
Confusion
La bibliothèque
Une étrange fumée
Retrouvailles sous le tilleul
La petite voix
Mélodie
John
Le rêve
L'indifférence
Les rideaux
Masques et miroirs
Les calopsittes élégantes
Jardin secret
Le mystère du cercueil vide
Atelier d’écriture proposé par Le Rendez-Vous des Plumes. Dix mots doivent figurer dans le récit ayant pour thème “Patchwork”.
Un atelier d’écriture sur le thème du patchwork avec dix mots à parsemer tout au long du texte. Quelle bonne idée ! Comme il se doit, ces termes sont aussi difficiles à combiner les uns avec les autres que les pièces cousues d’un patchwork. Voyez donc : vite – pouls – fameux – charlotte – bécasse – pépite – louer – dériver – brun – moucheté.
Qu’importe, je me saisis du sujet. N’est-ce pas un passage obligé pour prétendre devenir écrivaine de répondre à toutes sortes de propositions ?
Mon pouls se met à battre plus vite. Le fameux syndrome de la page blanche me guette. Je me remémore mon premier assemblage hétéroclite de tissus colorés. Je me trouvais dans la même situation : des coupons de textiles partout et aucune inspiration pour les agréger afin de produire un charmant rendu. Une vraie bécasse ! À force de réflexion et de tentatives toutes plus horribles les unes que les autres, je finis par obtenir un magnifique paysage dans les tons brun moucheté.
Ici c’est plus compliqué : non seulement, il faut que ça sonne « beau » à l’oreille mais en plus ce doit être intelligible.
Les idées fusent. Malheureusement elles ne sont pas compatibles avec ma liste de mots.
Mon esprit s’égare et une anecdote que me racontait ma tante Charlotte au moment du coucher me revient.
« Quand j’étais petite, nous étions très pauvres. Je devais rapiécer les vêtements de toute la famille. Je flânais sur les chemins pour ramasser les bouts de tissus qui dérivaient au gré des vents. Je les assemblais du mieux que je pouvais afin de combler les trous.
Un jour, je tombai sur une véritable pépite : un petit fragment de tissu lamé or. Je le cachai sous mon oreiller pour une occasion spéciale.
Quand j’eus à ravauder la plus belle robe de maman, j’utilisai enfin mon trésor. Elle était tellement usée que cette tenue ressemblait à un patchwork. Pour terminer, j’intercalai le morceau lamé or à hauteur de son coeur pour la remercier de tout ce qu’elle faisait pour nous au quotidien. Je l’entendis louer le ciel d’avoir une fille si gentille.
Cette histoire me rappelle que quelque chose de beau peut apparaître à tout moment et qu’il faut savoir apprécier ce que l’on possède.
Mais je me suis dispersée. Et mon texte ? Je relis ce que je viens d’écrire sans même y prendre garde. Je biffe les mots sur ma feuille. Tout y est !
Appel à textes proposé par l’Association Pouchkine 82. Première phrase imposée.
La Lada avance lentement entre les hautes herbes, lestée des 38 caisses de pommes récoltées la veille dans le verger de la datcha. La chaleur de ce mois d’août est étouffante. Le soleil brille de mille feux et aucun souffle de vent ne vient rafraîchir l’atmosphère. La végétation s’écarte au passage de la voiture puis se redresse. Une délicate odeur s’échappe des cageots et se répand à l’arrière du véhicule.
Seul Nicolaï parcourt ces sentiers au volant de sa vieille Lada. Malgré ses 220 000 kilomètres, elle tourne comme une horloge. Il faut dire qu’il la bichonne : il partage son temps entre elle et ses arbres fruitiers.
Nicolaï aime l’été. Cela lui rappelle les jours interminables vécus avec son père dans leurs vergers afin de soigner leurs bébés. Ces pommiers très spéciaux appartiennent à leur famille depuis près de trois siècles. Leur ancêtre, un précurseur, les planta en 1732. Personne ne croyait à sa réussite. Pourtant, cette variété de pommes est rustique et résiste au froid. La culture des Borowitsky, comme on les nomme, se transmet immuablement au fils aîné. Chez Nicolaï, toutes les générations ont donné naissance au moins à un garçon, la question de la transmission ne s’est donc pas posée.
Nicolaï tire une grande fierté de son travail. Son père, maintenant âgé et usé par les ans, l’admire même s’il ne le montre pas : chez les paysans les sentiments restent discrets. Ces hommes exercent un métier rude et ne s’épanchent pas.
Cette année, la récolte est excellente : en moyenne une trentaine de caisses tous les deux jours. Ces fruits d’un beau coloris jaune clair et verdâtre, panaché de rouge cerise, sont un peu capricieux. Leur cueillette doit se faire à complète maturité faute de quoi ils sont soit trop mûrs, soit pas assez… Nicolaï explore donc le verger trois à quatre fois par semaine et cueille les pommes à maturité parfaite. Pendant environ un mois, fin juillet, début août, il y reste quasiment toute la journée. Puis le rendement diminue et il peut se consacrer à la vente.
Le chemin s’étire dans la fournaise. Enfin, la route apparait. Les 38 caissettes de pommes sont destinées à un des restaurants de Krasnodar. Le chef s’est lancé dans la cuisine moléculaire à laquelle se prête admirablement la Borowitsky grâce à sa tenue exceptionnelle lors de la cuisson dans l’azote liquide. Sa chair fine à la fois légèrement sucrée, acidulée et parfumée permet de nombreuses variantes dans les plats. Nicolaï vit de ses récoltes en raison du coût relativement élevé de ces fruits : la rareté se paie !
Il repense à la floraison de ses arbres fin avril. De jolies grappes de petites fleurs blanc-rosé les recouvrent. C’est sa saison préférée : les arbres, palissés pour certains, libres pour les plus robustes, dessinent un tableau magnifique.
Le paysage défile et Nicolaï atteint la datcha de leurs voisins. Ils ont emménagé dans cette résidence, le verger rempli de pommiers Borowitsky, quatre ans auparavant. Les parents y habitent avec leur fils aîné qui apprend la culture des pommes avec son père.
Nicolaï les voit souvent. Ils bavardent parfois. Le jeune homme, avec ses grands yeux verts et sa voix rauque, est coiffé d’une casquette quel que soit le temps. Nicolaï est troublé quand il le voit mais n’arrive pas à définir ce sentiment étrange.
Devant leur portail, il aperçoit justement Nikita, son couvre-chef vissé sur la tête. Il décide de s’arrêter pour parler de leurs récoltes respectives. Nikita a l’air ravi de le voir. Nicolaï descend de son véhicule et s’approche en souriant. De nouveau, le sourire et le regard le mettent mal à l’aise. Ils discutent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Tous les deux sont « amoureux » de leurs pommes et s’y connaissent parfaitement.
Tous les arbres de Nikita sont palissés : la configuration de son terrain s’y prête bien. Il vend surtout ses fruits sur les marchés.
Nicolaï remonte dans sa voiture et repart vers Krasnodar. Il lui reste environ une heure de route. Il est songeur : il a des papillons dans le ventre en songeant à Nikita et se sent perturbé par ce beau gars. Pourtant, Nicolaï aime les filles. Et elles le lui rendent bien ! Il est parmi les garçons les plus recherchés aux alentours.
À l’entrée du village, il se concentre pour naviguer au mieux dans la circulation. Le restaurant n’est qu’à quelques rues. Il se gare et retrouve avec joie son ami de longue date qui lui achète une grande partie de sa récolte. Pavel l’accueille toujours avec enthousiasme et lui offre un coup à boire. Après avoir refait le monde pour la énième fois, ils parlent affaires : Pavel négocie les 38 caisses de Borowitsky et en commande pour la semaine d’après. Nicolaï lui confirme une livraison dès le lundi suivant. Sorti de la ville, il peut se détendre : la route est dégagée. Il repense à ses fous rire avec Pavel, si francs et si virils. Comme avec tous les autres hommes, il ne se sent jamais mal à l’aise. Seul Nikita provoque en lui de drôles de sensations. Rien que de penser à lui, sa gorge se serre et ses mains deviennent moites. Ces signes ressemblent étrangement à ceux qu’il ressent quand il a le béguin pour une jeune femme… Aime-t-il les filles et les garçons ? Être bisexuel en Russie n’est pas simple. Les personnes à la sexualité soi-disant « anormale » sont traitées comme des pestiférées et peuvent finir en prison. Ses parents en mourraient. Il décide d’éviter Nikita le plus possible. Il est célibataire pour l’instant mais compte y remédier rapidement. Absorbé par son travail, il ne sort pas beaucoup. Il décide d’aller à la fête du bourg prévue samedi soir pour se changer les idées. C’est la seule à des kilomètres à la ronde ce week-end. Il devrait y avoir du monde…
Il se prépare avec soin. Se rase, prend sa douche, dompte son épaisse tignasse. Revêt un pantalon noir, une chemise blanche
