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Corinne est fauchée brutalement en plein élan de bonheur, le choc est violent, si violent qu'elle reste coincée entre deux mondes. Son esprit doit continuer ce qu'elle n'a pas pu terminer sur terre, seule Fiona, sa fille de 6 ans peut la voir et l'entendre pour l'aider. Première histoire de la trilogie " Histoires de l'autre côté" Quand la vie nous emmène ailleurs en plein élan, de l'autre côté, là ou personne ne sait ce qui se passe, coincé entre deux mondes et des choses à réparer. l'histoire d'une femme réconciliée avec l'amour qui est fauchée en plein bonheur et qui reste là , coincée devant le spectacle de sa vie sans pouvoir la vivre.
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Seitenzahl: 75
Veröffentlichungsjahr: 2021
Aux gens fauchés par
le destin, partis trop tôt,
coincés entre deux
mondes…
Merci à Nadia pour sa magie,
Merci à tous les amis pré lecteurs
Ô combien indispensables.
Et merci à tous ceux qui partagent
Leur temps à croire en moi…
Je me dépêchais, j’avais hâte d’arriver, encore plus que d’habitude et je ne savais pas pourquoi, une sensation bizarre me traversait. Je croisais la voisine en lui souriant mais elle garda son regard planté droit devant elle sans même me regarder. Bizarre !
Ce n’était pas dans ses habitudes mais elle devait sans doute être perdue dans ses pensées, ce qui m’arrivait aussi parfois. J’étais encore à une centaine de mètres de notre maison, un joli pavillon en bois blanc avec une grande avancée de terrasse couverte et une jolie balancelle à l’entrée.
Je me suis installée à Carmel il y a quelques années, une charmante petite ville californienne que nous avions traversée avec Claude, mon premier mari, lorsque nous venions tout juste de nous rencontrer.
Nous avions séjourné au Mission Ranch Hôtel, une propriété touristique appartenant à Clint Eastwood. J’en garde un souvenir merveilleux. Claude avait choisi le « Honey Moon cottage » en sapin naturel, entouré d’une clôture en palissade blanche. La vue plongeait sur la vallée avec en premier plan un troupeau de moutons à tête noire en semi-liberté. J’avais toujours rêvé d’y retourner.
Carmel est hors du temps, situé dans la péninsule de Monterey, face à l’océan Pacifique.
Je me souviens de ces senteurs de cyprès et d’eucalyptus qui flottaient dans l’air en remontant de l’océan. Avec ses allures de petit village européen, on la croirait tout droit sortie d’un conte de fée. Il faisait bon se balader en centre-ville, dans les petites ruelles pittoresques, au milieu des cottages et des chaumières cosy. Cette ville est comme protégée du futur, il y a notamment des tas de choses bizarres qui m’ont plu et souvent fait sourire comme l’interdiction de marcher en talons hauts, de manger des glaces dans la rue ou encore de mâcher du chewing-gum. Il n’y a pas non plus de grands magasins ni de chaines de restaurant, ils sont tout simplement interdits. Comme les parcmètres et les lampadaires qui sont inexistants.
J’étais presque arrivée quand je vis de loin, Tom, sortir en trombe de la maison complètement paniqué. Il fonçait sans me voir, passant très vite devant moi au risque de me percuter me frôlant au dernier moment.
Je criais
- Tom !! Que se passe-t-il ?
Il poursuivit sa course sans prendre la peine de me répondre ; je ne comprenais plus rien. Ma voisine qui ne m’avait pas vue et ensuite Tom, complètement affolé.
Il me fallait vite arriver à la maison.
Fiona !!!
Lorsque j’ai rencontré Tom, j’étais à l’opposé d’une vie de couple stable et rangée. Et je n’en voulais pas, j’avançais vers des jours opaques, fatiguée et sans perspective aucune. Mais comme le hasard a tout prévu, j’allais à nouveau être surprise…
Je marche seule, je me sens bien, légère et heureuse emplie d’une douce sensation de bonheur.
Mon lourd passé qui s’estompe, je file tout droit vers mon destin retrouvé.
Avec Tom, ma vie prit un tout autre sens, un nouveau départ, une page nouvelle s’ouvrait enfin.
Je viens de Boston ou j’ai passé la plus grande partie de ma vie. J’ai grandi dans cette ville qui me plaisait mais un jour son rythme devint insoutenable. J’avais besoin de tranquillité après ce qui était arrivé. J’ai choisi Carmel car je m’y sentais bien, comme protégée de tout.
J’adore flâner dans les rues de cette charmante petite ville d'une autre époque, comme à travers l’histoire. Je m’imagine plus jeune, insouciante, sans le moindre problème. Je souris à la vie comme pour la remercier de ce nouveau cadeau.
C’est si simple parfois d’être heureuse, d’être soi-même, de sourire aux gens, comme ça sans retour.
Je rentre à la maison retrouver mes deux amours. Ce soir j’ai envie de préparer un bon dîner.
Quand je dis un bon diner, c’est juste une ratatouille avec du saumon en papillote car Fiona adore ça, c’est comme une surprise pour elle à chaque fois.
Ce n’est pourtant rien d’exceptionnel mais les choses extraordinaires sont finalement les plus simples quand on y repense plus tard.
On se fait parfois ce genre de réflexion quand on cherche une surprise, on veut en mettre plein la vue, marquer le coup pour s’en rappeler indéfiniment. Mais ce ne sont pas ces choses-là dont on se souvient lorsqu’un drame arrive, c’est au contraire la somme des petits gestes et des mots simples. Les petites attentions au coin de la porte avant de partir, les regards à la sauvette empreints d’un sourire malicieux, une main qui se pose sur l’épaule en passant quand l’autre est occupé et qu’on ne veut pas le déranger, une caresse dans les cheveux, une grimace rien que pour nous. C’est l’ensemble de ces petits détails qui disent l’amour et qui tissent la trame des souvenirs sans oublier les repas de famille que tant de gens trouvent ennuyeux.
Je ferai aussi une charlotte aux fraises avec de la crème fouettée vanillée, mais ça c’est pour moi, je suis gourmande et c’est mon péché mignon depuis ma tendre enfance. Lorsque maman la préparait, je restais à côté d’elle tout le temps pour goûter en premier et voler avec mon doigt cette gourmandise blanche.
Je profitais de ma nouvelle vie merveilleuse arrachée à mon passé par Tom, libérée d’une existence qui ne méritait plus d’être vécue…
J’étais mariée à Claude, pilote de ligne à American Air line, du moins ce que j’ai cru pendant des années. Notre vie était devenue ennuyeuse après avoir été si passionnante. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous étions très jeunes et l’avenir se déroulait comme un tapis rouge. Nous nous sommes tout promis et surtout de ne jamais nous quitter comme tous les jeunes couples, certains que seule la mort nous séparerait et c’est ce qui arriva.
- Maman c’est quoi la surprise ? me demande t elle a chaque fois ?
- Ouvre ma chérie tu verras bien…
- Ouaaiiis c’est encore du saumon !!
- Mais tu adores ça, non ?
- Oui mais pourquoi en faire en surprise alors si c’est toujours la même chose ?
Les enfants ont toujours le dernier mot, toujours…
Ils nous apprennent tellement quand on sait les écouter et les regarder.
Fiona venait d’avoir 6 ans et cet amour m’avait réconcilié avec la vie.
Tom adore la ratatouille, une recette que sa maman partie un peu trop tôt m’avait transmise pour qu’il retrouve la magie des douces heures à travers l’alchimie des saveurs. Elle venait souvent le dimanche, prenait possession de la cuisine et avec un immense plaisir, coupait les légumes, les préparait, puis faisait mijoter le tout à feu doux dans une énorme marmite en gré rouge ramené d’un voyage en Provence dans le sud de la France. Elle n’oubliait pas de rajouter un beau filet d’huile d’olive. C’était, je pense un moment privilégié. Elle passait ainsi la journée avec nous, jouait ensuite au scrabble avec Fiona.
- C’est pour lui apprendre les jolis mots, disait-elle en souriant.
Toute la matinée, les senteurs se répandaient partout dans la maison, autant dire que le repas était attendu avec impatience.
Tom me parlait souvent de ces dimanches quand sa mère nous laissa, comme s’il avait besoin de revivre ces instants le plus souvent possible.
Chaque fois qu’il la goûte, il lève les yeux vers moi avec dans son regard la même émotion qui me fait fondre à l’intérieur.
Il aimait profondément sa mère. Il y avait entre eux quelque chose de fusionnel qui au début me surprit un peu. J’avais parfois l’impression d’être en concurrence mais je chassais ces pensées d’un revers de la main.
Il essayait néanmoins de faire la part des choses. Je sais qu'il m’aime profondément, mais depuis que sa maman est partie, même si je n’ose le formuler ainsi, il m’aime vraiment plus fort ou plus librement plutôt comme s’il pouvait se le permettre à présent.
Sa mère m’a tout de suite aimée. Ce fut comme une évidence entre nous et mon affection pour elle était profonde et d’une grande pureté. Ayant perdu ma mère assez tôt, cet amour était un cadeau de la vie. Je pense que Tom l’aimait si fort qu’il avait du mal à aimer deux personnes avec la même intensité sans culpabiliser.
Depuis son départ il est si présent, si protecteur et si amoureux que je me sens aimée et en sécurité plus que toute personne sur terre.
Fiona, elle, sait juste que sa grand-mère est sur un nuage au-dessus de la maison et qu’elle nous protège.
Alors de temps en temps elle lui parle, sort sur la terrasse comme si elle la voyait puis elle crie
- Mamie mamie ! Maman a encore fait sa surprise au saumon, je lui ai pourtant dit que je savais ce que c’était mais elle continue, tu viens ? Elle a fait ta ratatouille aussi…
- Fiona, viens à table maintenant !
- Mais j’appelais mamie !! Elle a dû aller faire un tour de nuage !
